‹ Dictionnaire d'hygiène publique et de salubrité, ou, Répertoire de toutes les questions relatives à la santé publique considérées dans leurs rapports avec les subsistances, les épidémies, les professions, les établissements et institutions d'hygiène et de salubrité (volume 2)Chapitre 65 sur 81 · ACCROISSEMENT · texte numérisé non relu

ACCROISSEMENT

Absolu.

Pour 100,

France, les recensements sont opérés dans les derniers ou les premiers jours de l'année, c'est-à-dire à une époque où les populations flottantes sont rentrées dans les foyers et où les chances d'erreur sont aussi faibles que possible.

Ces observations préliminaires étaient nécessaires pour l'intelligence des documents qui vont suivre.

L'Angleterre proprement dite (pays de Galles compris) compte 7 dénombrements depuis 1801. En voici le résultat :

Années. Population.

Les deux faits saillants de ce tableau sont ceux-ci : l°la population de l'Angleterre a doublé en un demi-siècle ; 2° son accroissement proportionnel n'a pas cessé de faiblir depuis 1821. On a dit, il est vrai, que cet affaiblissement est plus apparent que réel, et qu'il doit s'expliquer par l'émigration. Il est certain que, de 1851 à 1860, 2 287 205 personnes ont émigré par les ports du royaume-uni, et que, sur 1 428 036 dont on a pu déterminer la nationalité, de 1853 à 1860, 454 422, ou un peu plus du tiers, appartenaient à l'Angleterre. Mais, d'une part, il est reconnu que l'émigration anglaise est à peu près balancée par l'immigration irlandaise et écossaise, par la première surtout, qui, considérable en tout temps, s'accroît très rapidement dans les années de cherté. On en trouve, au besoin, la preuve dans ce double fait que, dans la période décennale 1851-1860, on a relevé un excédant de naissances sur les décès de 2 258 703, et que l'accroissement de population constaté par le census de 1861 a été de 2134116. Or, si les émigrants anglais,, que l'on peut évaluer, pour la même période, à 550 000 au moins (à 50 000 par année), n'avaient pas été remplacés par un nombre à peu près égal d'immigrants irlandais ou écossais, on eût trouvé, en 1861, un accroissement de

1 708 000 individus seulement, au Jieu de 2134116. En réalité, la balance au profit de l'émigration n'a été que de la différence entre

2 258 703 et 2 134 116, c'est-à-dire de 124 587, ce qui ne représente

ment leur population a été formellement exprimé, et sans discussion, par le congrès international de statistique, dans sa session de 1850 ù Londres.

TARD1EU. — DiCT. D^YG. T. III. 27

qu'une perte annuelle de 12 458 personnes. Nous ne croyons donc pas que l'affaiblissement graduel de la proportion d'accroissement de la population anglaise paisse être, au moins pour la plus grande partie, attribuée à l'émigration. Nous estimons qu'il faut encore en chercher la cause dans la diminution de la fécondité de cette population. Voici les documents officiels sur ce point. Le rapport des naissances aux mariages (1), après avoir été de 4,13 de 1838 à 1844, est successivement tombé à 3,96 de 1845 à 1849, et à 3,26 de 1850 à 1854. Il est vrai que, sous l'influence d'une prospérité sans exemple, il s'est relevé à 4,15 de 1855 à 1859.

Une des particularités remarquables du nouveau census anglais, c'est la forte diminution du sexe masculin. En 1801, on avait compté, sur 100 individus de la population générale, 50,65 femmes ; on en a recensé 51,36 en 1861. Cet écart de plus en plus grand entre les deux sexes est dû, pour une part, aux progrès de l'émigration, le contingent de l'homme à l'expatriation étant toujours plus fort que celui de la femme ; pour l'autre, à l'immigration irlando-^écossaise, dans laquelle l'élément féminin joue un rôle considérable. Une prédominance aussi marquée du sexe féminin n'est pas sans entraîner des conséquences économiques d'une certaine portée, notamment en suscitant, entre les salariés de ce sexe, une concurrence funeste pour leur moralité et leur bien-être. De là la formation dans ces dernières années, en Angleterre, d'un certain nombre de sociétés charitables ayant pour but l'amélioration de leur situation matérielle.

Depuis 1811, l'administration anglaise fait recenser, à chaque dénombrement, le nombre des maisons, en distinguant entre celles qui sont habitées, inhabitées et en construction. Le nombre des maisons habitées s'est élevé, de 1 575 923 en 1801 à 3 745 463 en 1861 ; c'est un accroissement de près de 138 pour 100 ; tandis que, dans le même intervalle, celui de la population n'a été que de 120 pour 100. En supposant que cet accroissement soit réel, et par conséquent ne résulte pas, au moins en partie, d'une exactitude de plus en plus grande du recensement, on trouve que, tandis qu'une maison abritait 5,81 individus en 1801, elle n'en recevait plus que 5,40 en 1861. Le progrès n'est, pas très sensible, mais il est réel. 11 importe, d'ailleurs, de remarquer qu'en Angleterre, l'habitude pour chaque famille d'avoir, même dans les villes, une maison distincte, quelque modeste qu'elle soit, est un des traits caractéristiques des mœurs nationales.

(1) Nous avons pris le total des naissances au lieu des naissances légitimes; mais, outre que le nombre dos naissances naturelles déclarées à l'état civil en Angleterre est très minime, cette' inexactitude relalive n'altère en rien le sens des résultats auxquels nous somme s arrivé.

Nulle part, en Europe, l'amour du home, c'esl-à-dire du foyer calme, paisible, discret, à l'abri de l'œil curieux du voisin ou des servitudes, des obligations du séjour en commun, n'a poussé de plus profondes racines que dans ce pays.

Si la population de l'Angleterre n'a pas continué à grandir dans les proportions exceptionnelles signalées par les Irois premiers census de ce siècle, son progrès, comme nous l'avons vu, n'en a pas moins été incessant et considérable; par conséquent, sa densité ou son rapport à la superficie s'est très sensiblement élevé. Ainsi le nombre de ses habitants, qui n'était que de 60 par kilomètre carré en 1801, est, en ce moment, d'un peu plus de 133.

Cet énorme accroissement s'est-il également réparti sur tous les points du territoire? Bien loin de là, et disons-le immédiatement, le phénomène le plus grave, le plus fécond en conséquences de toute nature, que présente le mouvement de la population anglaise, c'est sa tendance accélérée à l'agglomération. Sans doute, cette tendance, comme nous aurons plus loin l'occasion de le montrer, est générale en Europe, et se rencontre même dans les pays où, par suite des immenses espaces ouverts à la colonisation, on devrait le moins la trouver, les États-Unis et l'Australie ; mais nulle part elle n'est aussi manifeste, aussi soutenue qu'en Angleterre. Si déjà depuis longtemps les census y avaient mis en lumière le fait de l'abandon continu des campagnes et du progrès correspondant des villes, celui de 1861 atteste qu'à aucune époque, ce double mouvement n'a eu autant d'intensité que dans la dernière période décennale.

Citons quelques exemples. Tandis que l'ensemble de la population

anglaise s'est accru de 12 pour 100, Londres a vu 440 798 personnes

se joindre à cette immense fourmilière de 2 362 236 individus

recensés en 1851 ; c'est 18 nouveaux habitants pour 100. Le progrès

a été plus rapide encore dans les chefs-lieux des comtés industriels.

Les 20 villes de premier ordre, ou ayant plus de 70 000 habitants,

qui réunissaient en 1851 une population de 2 372 887 (sensiblement

égale à celle de Londres), en ont aujourd'hui 2 963 945; c'est 590 058

ou 25 pour 100 de plus. Les 43 villes de second ordre, c'est-à-dire

de 20 à 50 000 habitants, où, en 1851, on en avait dénombré 1 414 093,

en comptent, en 1861, 1 653 386 ; soit une augmentation de 239 293

ou de 14 pour 100. On voit que la proportion d'accroissement diminue

avec l'importance des villes. En voici une nouvelle preuve. Les villes

de troisième ordre ou de 5 à 20 000 âmes, dont la population totale

était de 954 038 en 1851, en ont, en ce moment, 997 389; c'est

43 351 ou seulement 4 pour 100 de plus. Quant aux villes de quatrième

classe, c'est-à-dire ayant moins de 5000 habitants, leur population est

restée à peu près stationnaire (52108 en 1851, et 52 559 en 1861).

C'est exactement le résultat que nous avons constaté en France en 1856, et qui a donné lieu à des interprétations si étranges et si mal fondées.

Population spécifique. — Ainsi que nous l'avons dit, un grand intérêt s'attache à la connaissance de la distribution de la population sur les différents points du territoire; et nous croyons utile de consigner ici les calculs si importants de M. Mathieu sur ce sujet.

Dans un pays où le climat et les habitudes sont semblables, ou à peu près semblables, la population se multiplie généralement avec les moyens d'existence, et chaque localité a un nombre d'habitants proportionné à ses produits. D'après ce principe, une nombreuse population est l'indice d'une production abondante. On peut donc apprécier, par la distribution de la population, l'importance des différentes parties du territoire de la France sous le rapport des productions de tout genre. Le département le plus productif est aussi le plus peuplé. Ces considérations montrent que dans des questions de statistique, il ne suffit pas de connaître la population absolue des départements, il faut encore savoir dans quel rapport elle se trouve avec la surface du territoire sur lequel elle est répandue ; il faut nécessairement avoir recours à la comparaison que nous avons établie entre la population et la superficie de chaque département.

Population et superficie des départements. — Nous -avons reproduit ici la population des départements obtenue par le dernier recensement fait en 1856, afin de mettre en regard les deux éléments du calcul de la population spécifique.

La superficie de chaque département est exprimée en kilomètres carrés ; elle est tirée du tableau de la superficie des départements qui a été dressé récemment dans le bureau de la statistique générale au ministère des travaux publics et du commerce, d'après les opérations cadastrales exécutées en France jusque dans ces derniers temps.

Le kilomètre carré, ou le carré de 1000 mètres de côté, renferme un million de mètres carrés; mais l'hectare comprend 10 000 mètres carrés : le kilomètre carré se compose donc de 100 hectares. Pour exprimer une superficie en hectares, il faudra 'donc multiplier par 100 le nombre de kilomètres carrés qu'elle renferme. Ainsi la superficie du département de l'Ain, qui est de 5798 kilomètres carrés et 97 centièmes de kilomètre carré, comprend 579 897 hectares.

Population spécifique. — L'agglomération de la population varie d'un département à un autre. Ainsi, par exemple, le département des Basses-Alpes, quoique plus étendu que le département du Nord, a cependant une population absolue huit à neuf fois plus petite. La

variation est encore plus grande quand on descend aux arrondissements, aux cantons. Mais arrêtons-nous aux départements, et supposons même que les habitants de chaque département sont uniformément répandus sur sa surface.

La population d'un département étant divisée par le nombre de kilomètres carrés contenus dans sa superficie, on obtient le nombre d'habitants moyennement répartis sur un kilomètre carré. En opérant ainsi pour tous les départements, avec les données de la Table I, on obtient les nombres de la troisième colonne de la Table IL Ces nombres d'habitants par kilomètre carré représentent l'intensité de la population, ou la population spécifique. Prenons pour exemple le Calvados et le Tarn. La Table II donne les nombres 86,65 et 61,79. On y compte donc en nombres ronds 87 et 62 habitants par kilomètre carré, et les populations spécifiques de ces départements sont entre elles comme 87 et 62.

Si l'on divise la population et la superficie de la France entière par le nombre 86 des départements, on trouve pour un département moyen 419 062 habitants répartis sur 6,165,03 kilomètres carrés. La population spécifique de ce département moyen est représentée par le nombre 67,963.

La division de la population 36 039 364 de la France, par les 530 278,91 kilomètres carrés de sa superficie, donne le nombre 67,963 pour la population spécifique de la France entière ou du département moyen. Il y a donc moyennement en France 68 habitants par kilomètre carré. Trente-deux départements ont une population spécifique plus grande que celle de la France entière, et les cinquante-quatre autres ont une population spécifique plus petite.

La population spécifique des départements peut encore s'exprimer en prenant pour unité la population spécifique 67,963 de la France entière. 11 suffit pour cela de diviser par 67,963 tous les nombres de la troisième colonne, Table II : on obtient les nombres de la quatrième colonne. Ces nombres expriment les populations spécifiques sous une forme plus simple et plus commode pour en apprécier l'importance. A la seule inspection des nombres 1,236 et 0,401, on voit, par exemple, que la population spécifique est trois fois plus grande dans la Moselle que dans la Lozère.

Le département de la Seine, le plus peuplé et le plus petit de tous, est tout à fait hors ligne. Sa population absolue est 4 fois plus grande et sa superficie 13 fois plus petite que pour le département moyen. Aussi sa population spécifique est 53 fois celle de la France entière. Si l'on considère séparément la ville de Paris, qui, sur une superficie, de 34,24 kilomètres carrés, renferme, y compris la population flottante, 1 174 3Zi6 habitants ou le 7/10e du département, ou

.trouve une population spécifique de 34 297 habitants par kilomètre carré, ou de 343 par hectare : c'est plus de 500 fois celle de la France. Quant aux arrondissements de Saint-Denis et de Sceaux, dont la population est de 552 073 habitants et la superficie de 441,26 kilomètres carrés, leur population spécifique de 1253 habitants par kilomètre carré est encore 18 fois plus grande que celle de la France entière ou du déparlement moyen.

Population et superficie des départements en kilomètres cartes.

DEPARTEMENTS

Ain

Aisne

Allier

Alpes (Basses-) . . .

Alpes (Hautes-). . .

Ardèche

Ardennes

Ariége

Aube

Aude

Aveyron

Bouches-du-Rhône.

Calvados .

Cantal

Charente

Charen te-I n férieure.

Cher

Corrèze

Corse

Côte-d'Or

Côles-du -Nord. . . .

Creuse

Dordogne

Doubs

Drôme

Eure

Eure-et-Loir

Finistère

Gard

Garonne (Haute) . .

Gers

Gironde

Hérault

Ille-et- Vilaine . . . .

Indre

Indre-et-Loire . . . .

Isère

Jura

Landes

Loir-et-Cher

Loire

Loire (Haute-) . . . .

Loire-Inférieure. . .

Loiret

Lot

Lut-et-Garonne . . .

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