NOUVEAUX DÉPARTEMENTS
Alpes-Maritimes
Savoie
Savoie (Haute-)
Total
Nous devons aux laborieuses recherches de M. Legoyt, chef de la statistique au ministère de l'agriculture et du -commerce, des renseignements pleins d'intérêt sur le mouvement de la population en Angleterre. Nous les reproduisons avec, empressement.
Un des plus anciens et des plus estimables statisticiens français, Moheau, définissait ainsi qu'il suit l'intérêt qui s'attache à la connaissance exacte du mouvement des populations :
« Les rois et leurs ministres ne sont pas les seuls qui puissent tirer des connaissances d'un tableau de population. On y trouve l'indication des époques, des saisons, des mois climatériques, de la durée de la vie humaine selon les âges, le sexe et les- contrées, des causes
apparentes de mortalité, de l'influence que peuvent avoir le climat, les aliments, les lois, les mœurs, les professions, les usages, sur l'accélération ou le retard du dernier terme ; enfin, des progrès ou des pertes de la population. De là une foule de vérités dont peuvent profiter la physique, la médecine et toutes les sciences qui ont pour objet la santé, la conservation, la protection ou les secours à porter à l'humanité. »
« La population, disait l'illustre géomètre Laplace, est un des plus sûrs moyens de juger de la prospérité d'un empire ; et les variations qu'elle éprouve, comparées aux événements qui les précèdent, sont la plus juste mesure de l'influence des causes physiques et morales sur le bonheur ou le malheur de l'espèce humaine. »
« Une des premières recherches, dit lord Macaulay (qui a fait, dans l'histoire, une si large place à la statistique), de l'écrivain qui veut se rendre un compte exact de l'état d'une société dans un moment donné, consiste à connaître le nombre d'individus dont elle se composait. »
Bien moins préoccupés des grands intérêts scientifiques auxquels, d'après Moheau et Laplace, satisfait un relevé périodique de la population, que des besoins immédiats de leur administration, tous les gouvernements ont pris ou ont dû prendre, dès la plus haute antiquité, les mesures nécessaires pour obtenir, à des intervalles plus ou moins rapprochés, un document d'une aussi grande valeur. Mais ce n'est guère qu'à partir du commencement de ce siècle, qu'ils ont profité de ces vastes opérations que l'on nomme dénombrements ou census, pour recueillir, sur l'état économique des sociétés, les renseignements les plus étendus. L'Angleterre est peut-être le pays qui a poussé le plus loin ses investigations dans ce sens. Le programme des questions que l'autorité n'hésite pas à poser aux administrés, dans cette circonstance, est un des plus considérables que nous connaissions. Sexe, âge, profession, état civil, culte, origine, nationalité, langue parlée, nombre des familles, degré d'instruction, infirmités visibles et apparentes (cécité, surdi-mutisme, etc.), maladies d'une certaine nature (aliénation mentale, etc., etc.), maisons habitées et inhabitées, maisons en construction, nombre et étendue des fermes, nombre des ouvriers employés par chaque cultivateur, nombre des écoles et de leurs élèves, tels sont les principaux renseignements demandés par l'administration anglaise, et que les habitants, nonseulement doivent fournir, mais encore sont tenus de fournir exactement, sous peine d'amende et de prison. On voit que c'est l'enquête la plus détaillée, la plus minutieuse que l'on puisse ouvrir sur l'état moral, social, matériel d'un grand pays. Et cependant ce n'est pas tout. Chaque année, la même administration, en réunissant les élé-
mentsde l'assielte de l 'incarne- fax, recueille un document incomparablement plus délicat et plus intime : le chiffre de la fortune de chacun.
En Allemagne, le census comprend également, au moins dans le plus grand nombre des États, le sexe, l'âge, l'état civil, les cultes, les professions, les familles, les maisons, et quelques infirmités, notamment la cécité et le surdi-mutisme, quelquefois l'idiotie, le crétinisme et l'aliénation mentale. Les gouvernements allemands profitent, en outre, du census pour faire recenser les animaux de ferme et jusqu'aux ruches d'abeilles.
En France, nous ne sommes entrés que fort tard dans la voie déjà largement frayée par l'Angleterre, l'Allemagne, la Belgique, la Hollande, les pays Scandinaves et les États-Unis. Ce n'est qu'en 1851 que, pour la première fois, l'administration s'est décidée, après de longues hésitations, à s'enquérir des âges, de l'état civil, des professions, ainsi que du nombre des familles et des maisons. Peu favorablement accueillie, comme il fallait s'y attendre, des populations et des autorités locales chargées du recensement ,. cette enquête a été maintenue, en 1858 et 1861, par l'énergique volonté du ministre dont relèvent les travaux de la statistique générale de France, et que la haute utilité des résultats obtenus en 1851 avait particulièrement frappé.
Les census sont décennaux en Angleterre, en Belgique, en Norvège, dans les États sardes, en Suisse, aux États-Unis ; quinquennaux en France, en Autriche, en Danemark et en Suède ; triennaux en Allemagne.
Les agents et la forme des dénombrements ne sont pas les mêmes partout. En Angleterre, en Belgique, aux États-Unis, on a cru devoir exonérer les autorités locales, dont le zèle et l'exactitude n'inspiraient peut-être pas une confiance suffisante, du soin d'une opération qui exige la plus grande précision unie à la plus grande célérité, pour la confier à des recenseurs spéciaux salariés par l'État. Dans ces trois pays, des bulletins imprimés sont déposés à l'avance chez les habitants, qui doivent les remplir ou les faire remplir ; puis, à un jour donné, ces bulletins sont tous recueillis pour être dépouillés dans le plus bref délai. Partout ailleurs, les census sont opérés par l'autorité municipale ou le clergé. Les trois États que nous venons de nommer, pénétrés de l'importance des renseignements à recueillir et jaloux d'en assurer, autant que possible, la sincérité, n'ont pas craint de frapper d'une pénalité sévère tout refus de répondre ou toute réponse sciemment contraire à la vérité. Cette pénalité est appliquée par les juges de simple police (1). Enfin, dans toute l'Europe, sauf en
(1) Le vœu que cette législation soit étendue à tous les États qui recensent périodique»