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ffie la mortalité- — Ces résultats de la statistique ont exercé la sagacité d'un grand nombre d'économistes, et l'on en a déduit certains faits généraux qui permettent, jusqu'à un certain point, de prévoir le mouvement de la population. Parmi ces faits, il en est quelques-uns qui touchent plus spécialement à l'hygiène. M. Villermé, à qui l'on doit de si belles recherches sur ces questions si compliquées et si difficiles, a démontré, d'une manière positive, l'influence de la misère sur la mortalité; il a fait voir que cette in-
kïk POPULATION.
fluence se faisait surtout sentir dans le premier âge. Il a démontré également l'action qu'exercent sur l'augmentation de la mortalité, l'agglomération des habitants et les mauvaises conditions de salubrité dans les grandes villes, ainsi que le travail manufacturier comparé au travail agricole dans les districts de la Grande-Bretagne.
Le même observateur a été conduit par sa sagacité ordinaire à signaler l'influence de la température sur la mortalité des nouveaunés, et les effets désastreux qui résultaient de leur exposition au froid. C'est de ce fait qu'est née la pensée d'une réforme très utile à laquelle le docteur Loir a attaché son nom, et qui consisterait à faire constater les naissances à domicile au lieu d'exiger le transport des nouveau-nés au bureau de l'état civil. Cette pratique, suivie avec un avantage réel dans plusieurs grandes villes, mériterait d'être généralisée.
La mortalité n'est pas seulement intéressante à connaître dans son chiffre brut ; elle l'est bien plus encore dans ses causes. Aussi toutes les statistiques de décès doivent-elles comprendre une indication des causes de mort. Mais hâtons-nous de le dire, rien n'est plus difficile à recueillir que cet élément essentiel de toute statistique médicale. Si l'on songe, en effet, au peu d'uniformité des doctrines et des nomenclatures, aux difficultés de tous genres que soulève, dans la pratique, le diagnostic des maladies, et à l'absence complète de contrôle, on aura une idée bien incomplète encore des obstacles que rencontre une statistique des causes de mortalité. Cependant des efforts sérieux sont tentés, dont nous reparlerons à l'occasion de la statistique, et qui, émanés du gouvernement lui-même et de l'administration de l'assistance publique, ne peuvent manquer d'aboutir à un utile résultat.
Une dernière question qui se rattache à celles que nous venons d'exposer, et qui intéresse, quoique moins directement, l'hygiène publique, est celle des tables de moralité. M. Villermé , dans un récent travail, a posé les vrais principes qui doivent présider à leur rédaction.
Les tables de mortalité doivent faire connaître combien, sur un nombre donné de personnes dont l'époque de la naissance est certaine, il en est mort, et il en existe encore à chacun des différents âges. Par conséquent, les tables de mortalité sont aussi des tables des probabilités de la vie.
En effet, lorsqu'elles s'appuient sur des quantités assez considérables d'observations exactement recueillies, on en peut déduire, pour les individus de chaque âge, la probabilité de vivre encore un an, dix ans, plus ou moins, comme celle de mourir dans les mêmes espaces de temps. Ainsi, d'après la nouvelle table que M. Quételet a
rédigée pour l'époque présente, sur 1000 enfants nés vivants en Belgique, 150 meurent dans le cours de la première année, 212 avant l'âge de deux ans révolus, 2i2 avant trois ans; d'où il résulte que 850 arrivent à l'âge de un an, 788 à deux ans, 758 à trois ans, etc. Il y a donc 17 chances contre 3 que l'enfant, qui vient de naître en Belgique, vivra au moins un an ; et 3 contre 17, qu'il cessera de vivre avant un an révolu ; un peu moins de 15 contre k, qu'il atteindra l'âge de deux ans; ou k contre un peu moins de 15, qu'il mourra auparavant, etc. Il résulte de la table de M. Quételet que, en Belgique, le quart des enfants succombe avant l'âge de quatre ans ; le tiers, à quatorze ans; la moitié, entre quarante et un et quarantedeux ans; les trois quarts, entre soixante-sept et soixante-huit ans.
S'il ne s'agissait pas d'enfants qui viennent de naître, l'espérance ou la probabilité de vivre encore serait trouvée plus grande ; car la moitié des individus de cinq ans, âge où cette probabilité est à son maximum, parviennent à cinquante-huit ou cinquante-neuf ans. Il s'ensuit qu'ils peuvent espérer de vivre encore cinquante-trois ou cinquante-quatre ans, au lieu de quarante et un à quarante-deux ans, comme pour les nouveau-nés.
Ajoutons que la vie probable s'accroît continuellement de la naissance à cinq ans , pour devenir ensuite de plus en plus courte, à mesure qu'on s'éloigne de cet âge ; et que le danger de mourir dans le cours d'une année diminue de la naissance à treize ans, puis s'accroît jusqu'au terme de la vie. Enfin ce danger est le même ou à peu près, pour l'enfant zéro d'âge à un an que pour le vieillard de quatre-vingts ans.
Telle est, selon M. Quételet, la loi actuelle de la mortalité en Belgique. Nous devons l'admettre pour la population entière, mais on ne saurait jamais la faire servir à calculer l'époque de la mort d'une personne considérée isolément. Tout ce qui est possible , c'est, comme nous venons de le voir, de dire, pour un très grand nombre d'individus de chaque âge, dans quelle proportion ce nombre sera probablement diminué d'ici à un an, à deux ans, à trois ans, etc.
Mais, quels que soient, à un moment donné, les résultats d'une table de mortalité, dans tous les pays, les privations, les fatigues, augmentent le nombre des décès, et l'abondance des choses nécessaires à la vie, la facilité de se les procurer, le diminuent. Il est aussi des causes éventuelles, comme une intempérie des saisons, un fléau naturel ou politique, qui non-seulement accroissent beaucoup la proportion des morts, mais encore celle des mariages et des naissances. Enfin, parmi toutes ces causes, il en est qui frappent plus particulièrement certains âges, et changent ainsi , durant une période plus ou moins longue, les rapports ordinaires de ces âges
avec les autres âges, et par conséquent avec la population totale,
En résumé, il ne suffit pas que ces tables donnent exactement la loi de la mortalité à l'époque de leur rédaction, il faut aussi qu'elles conviennent au temps pour lequel on les adopte plus tard. Or, des variations successives et trè-s notables, observées à d'assez courts intervalles dans la mortalité d'un grand nombre de villes ou pays, ne permettent pas de se servir, comme on le fait chez nous pour des opérations financières, de tables dont tous les éléments datent de soixante ans. On devrait du moins se bien assurer'auparavant qu'elles expriment, ou à peu près, la mortalité actuelle ; à plus forte raison, quand une révolution, comme celle de 1789, a profondément modifié le corps entier des institutions, et. changé l'état matériel, moral et politique de toute la nation.
Ajoutons que certaines conditions particulières viennent encore compliquer les calculs que l'on peut faire sur ces tables de mortalité. Nous citerons, comme offrant à cet égard des difficultés toutes spéciales, les problèmes relatifs à la mortalité proportionnelle des différentes professions, notions jusqu'ici négligées, et cependant fondamentales pour établir toute association ouvrière ou de secours mutuels.
Nous bornerons ici cet aperçu très succinct sur les lois de la population, le mouvement des naissances et des décès, et les causes de la mortalité, en répétant que nous n'avons pas eu la prétention d'aborder les problèmes économiques et sociaux que cette grande question soulève, et qui ont été étudiés par tant d'hommes éminents. On trouvera dans l'énumération suivante quelques-uns des principaux travaux qui, sur ce sujet, se rapportent spécialement à l'hygiène.
Bibliographie. — Dictionnaire de l'économie politique, art. Population, par Joseph Garnier. — Annuaires du Bureau des longitudes, collection complète. Paris. — Recherches sur la population de la France, par Moheau. — Lettres sur le rapport des deux sexes dans les 7iaissances, par le professeur Ch. Babbage (The Edinburgh Journal of sciences, july 1829). — De l'effet de la légitimité sur le rapport des naissances de différents sexes, par M. P. Provost, de Genève (Bibliothèque universelle, octobre 1829). — Notice sur le rapport des deux sexes dans les naissances, par le capitaine Bickes (Zeitung fur das gesammte Medicinalwesen, février 1834). — Recherches sur la reproduction et la mortalité de l'homme aux différents âges, et sur la population de la Belgique, par MM. Quételetet Ed. Smits. Bruxelles, 1832. — Rapport sur le précédent ouvrage à l'Académie de médecine, par Villerraé (Ann. d'hyg. et de mécl. lég., t. VIII, p. 459). — Sur la mortalité moyenne et proportionnelle chez la plupart des peuples européens, considérée comme mesure de leur aisance et de leur civilisation, par M. Francis d'Ivernois (Bibliotlt. univ. de Genève). — Sur la population de la Grande-Bretagne, considérée principalement et comparativement dans les districts agricoles, da?is les districts manufacturiers et dans les grandes villes, par Villermé (Ann. d'hyg, et de méd. lég., t. XII, p. 217). — - Considérations statistiques sur le
royaume de Naples, par le "docteur Salvatore de Renzi (Ibit., t. Mil, p. 298). — Recherches historiques et statistiques sur la population de Genève, son mouvement annuel et sa longévité, de 1549a 1833, par Edouard Mallet (Ibid., t. XVII, p. 1). — Mémoire sur la distribution de la population française par sexe et par état civil, et sur ta nécessité de perfectionner nos tableaux de population et de mortalité, par Viliermé (Ibid., t. XVII, p. 245). ■ — De la durée de la vie en France, depuis le commencement du XIXe siècle, par M. Jules Bienaymé (Ibid., t. XXVIII, p. 177). —De l'influence de la température sur la mortalité des nouveoru-nès, par Villermé et Milne Edwards (Ibid., t. II, p. 291). — De la distribution par mois des conceptions et des naissances de l'homme, par Villermé (Ibid., t. V, p. 55). — Mémoire sur la mortalité en France dans la classe aisée et dans la classe indigente, par Villermé (Mémoires de l'Académie royale de médecine. Paris, 1828, t. I). — Essai d'arithmétique politique, par le comte de P. Balbo. Turin, 1829. — De la durée de la vie chez le riche et chez le pauvre, par M. Benoiston de Châteauneuf (Ann. d'hyg. et de mèd.lég., t. III, p. 1). r^- De la mortalité dans les divers quartiers de la ville de Paris, et des causes qui la rendent, très différente dans plusieurs d'entre eux, ainsi que dans les divers quartiers de beaucoup 'de grandes villes, par Villermé (Ibid., t. III, p. 294). — De la mortalité des enfants en Russie, par M. Herrmann (Ibid., p. 317). — De l'influence des saisons sur la mortalité à différents âges, par le docteur Lombard (Ibid., t. X, p. 93).
— De l'influence du mariage sur la durée de la vie humaine, par le docteur Casper (Ibid., t. XIV, p. 227). — De l'influence des conditions physiques et morales sur la longévité, par le docteur Smith (Ibid., t. XV, p. 87). — Sur la durée probable de la vie de l'homme, pur le docteur Casper (de Berlin). Berlin, 1835. — Essai statistique sur la mortalité du canton de Genève pendant l'année 1838, par docteur Marc d'Espine (Ann. d'hyg. et de méd. lég., t. XXIII, p. 1). — De la durée de la vie humaine dans plusieurs des principaux Etats de l'Europe, et du. plus ou moins de longévité de leurs habitants, par M. Benoiston de Châteauneuf (Ibid., t. XXXVI, p. 241).
— Influence de l'aisance et de la misère sur la mortalité; recherches critiques et statistiques, par le docteur Marc d'Espine (Ibid., t. XXXVII, p. 323). — Notice sta tistique sur les lois de mortalité et de survivance aux divers âges de la vie humaine ; sur la vie moyenne et la vie probable, par M. Marc d'Espine (Ibid., t. XXXVIII, p. 289). — Recherches statistiques sur la ville de Paris et te département de la Seine, publiées par ordre du préfet de la Seine. Paris, 1823-1844, 5 vol. in-4. — Statistique des décès dans la ville de Paris (1809 à 1851), par Trébuchet (Afin, d'hyg., et de méd. lég., t. XLII, p. 350 ; t. XLV, p. 336; t. XLVI, p. 5 et 295; t. XLVIII, p. 130; t. L, p. 336; t. VII, 2e série, p. 5; t. IX, p. 241, etc.). — Statistique de la population de la France et de ses colonies, d'après les derniers recensements, par M. Boudin (Ibid.. t. XLVIII, p. 241). — Statistique de la population de l'Europe, par M. Boudin (Ibid., t. XLIX, p. 126). — Observations sur le principe de population (Journal des économistes, juin 1853, Paris). — Comptes rendus des travaux des Conseils d'hygiène et de salubrité, de la Seine, de la Seine-Inférieure, de la Gironde, des Bouches-du-Rhône, d'Indre-et-Loire, etc. — Considérations sur les tables de mortalité, par M. Villermé (Atm. d'hyg. et de méd. lég., 2° série, 1854, t. I). — Coup [d'oeil sur les maladies qui ont été cause de décès à Londres pendant la période de quinze années, de 1842 à 1856, par M. Boudin (Ann., 2e série, t. VII, p. 468). — Études sur le mouvement de la population en France et en Belgique, d'après les derniers documents officiels, par M. Boudin (Ann., 2e série, t. VIII, p. 13). — Statistique générale de la France, mouvement de la population en 1853. Paris, 1856, in-4. — Statistique des maladies qui ont été cause de décès dans le royaume de Belgique, de 1851 à 1855, d'après les documents les plus récents, par M. Boudin (Ann., 2e série, t. IX, p. 203). — Du mouvement de la popula-