CRISTAL
L'affeclion dominante ou plutôt la pi*emièrc dont sont atteints les tailleurs de cristaux, est une gingivite spéciale avec exhalation d'une odeur qui empoisonne les ateliers, gingivite dont le premier résultat est la perte des dents. On rencontre encore chez ces ouvriers des abcès, furoncles et durillons à la partie postérieure et supérieure de chaque avant-bras, des affections catarrhales aiguCs et chroniques de la muqueuse bronchique, l'asthme, rarement des affections saturnines; mais ce qui, avec la gingivite précitée, domine le tableau, c'est la phthisie pulmonaire qui se manifeste chez ces ouvriers dans des proportions effrayantes.
La gingivite attaque la presque totalité (95 pour 100) des tailleurs de cristaux, quelle que soit leur constitution, quel que soit leur tempérament : elle commence, en général, à se faire sentir au bout de trois mois de travail ; vers le sixième mois, elle est manifeste. Son siège de prédilection est à la mâchoire supérieure ; les arcades dentaires présentent la même coloration que dans Taffeclion saturnine. Une sécrétion acide, qui s'écoule des gencives, altère l'émail des dents ; bientôt celles-ci se piquent, s'usent à leur collet, se carient et se brisent au niveau de l'alvéole, laissant un chicot persistant. Les gencives continuent à rester mollasses, spongieuses; l'haleine exhale une odeur fade à un tel degré, que l'atmosphère des tailleries donne presque des nausées. Du reste, la douleur est nulle, il n'y a pas dliémorrhagies.
Les causes prédisposantes sont, d'après M. Putégnat, les excès de boissons et une nourriture insuffisante, qui altèrent la nutrition; un logement humide et mal aéré. En tète des causes déterminantes, il faut placer l'état hygrométrique des tailleries qui donnent toujours 15 à 20 degrés d'humidité de plus que l'air extérieur.
Quant à la phthisie, l'extrême fréquence de cette maladie, chez les tailleurs de cristal, est un fait incontestable ; elle atteint un ouvrier sur 29, tandis que, d'après le congrès général de Bruxelles, elle ne frappe, dans la \ie ordinaire, que 5 individus sur 1000. Les tubercules se montrent surtout au poumon droit, ce qui est en contradiction avec les relevés de MM. Louis et Andral. M. Putégnat explique cette différence par l'attitude que prennent les ouvriers pendant leur travail. Relativement à la cause, sans nier l'influence de l'hérédité, des mauvaises conditions hygiéniques, de l'inspiration des poussières, l'auteur croit ces causes insuffisantes pour expliquer cette fréquence, puisque les mômes conditions se trouvent dans d'autres établissements, où la phthisie est plus rare. Cette cause, il pense l'avoir trouvée dans la viciation de l'air des ateliers par les exhalaisons de la gingivite. {Voy, Verreiues.)