ARTIFICES
SloDsiear le Préfet, rattention de mon ministère a M appelée sur le danger qiie présente on mode de fabricaliou eniployé duns certaines villes manufacta* rières de France.
Il s*agit de remploi de Tarsénilc de cuivre pour la teinture de certaines étoffes» telles que la gaze verte et le tulle vert dit d'Azoff, et des feuillages artificiels destinés à la parure des dames.
Des accidents sont résultés de Tusage de ces produits, et des réclamations sont \enoes de l'étranger contre Texportatlon qui en était faite de France.
Je pense. Monsieur le Préfet, que, sans recourir, quant à présent, à des dispositions réglementaires spéciales, Tadministralion a un devoir à remplir en ces circonstances : c'est de recommander aux fabricants d'apporter une grande dfconspection dans le choix et l'emploi des agents chimiques pour la teinture, et de leur signaler particulièrement, comme devant être proscilte, la temtureen vert par l'arsénite de cuivre. Veuillez donc, Monsietur le i^réfet, adresser, par U voie que vous jugerez préférable, des avertissements en ce sens aux fabricants et aux marcliands de votre département qu'ils pourraient intéresser. Vous leur rappellerez, en même temps, qu'ils encourraient non-seulement des réparations civiles, mais aussi des peines correctionnelles, si des marchandises par eux mises dans le commerce produisaient des accidents plus ou moins sérieux.
Signé E. ROUHER.
Nous compléteit)ns cette étude de Taction délétère des vapeurs ou poussières arsenicales en passant en revue diverses autres opérations agricoles, métallurgiques ou industrielles. — Voy. Allumettes, Bon-
iO!IS, Ck>SM£TtQU£S, FlEL-RS, GrILLâGE DES MINERAIS, INSECTICIDES, MORT
Arx RATS, Papiers, etc.
Bibliographie. — Cbevallier, Euai $ur Uè maladies qui atteignent Ui ouvrien qui friparent le vert anenieal {AnnaUi iChygiine, etc, 18^7, t. XXXVIII, p. 56). — Sur U préparation de» papiers peinte au vert arêtnieal {Annales d'hygiène^ etc, 1849, I. XLI, p. &73). — Blaodet, i4fifia(0j d'hygiène, t. XL, p. â71. — De Pielra-Sjota, Egiste-t-il «ne afeetion propre avœ ouvriers en papiers peints qui manient U vert de Sekmeinfurt {Ann, d*kyg., de mid, Ug,, 2' série, t. XII, p. 339). — Vernois, àkmoires mr tes accidents produits par l'emploi des verts arsenicaux (Ann, d'hyg, etdemid. <rf.,2* série, L XII. p. 318). — A. Clievallicr, Ueckirches sur les dangers queprésente le vert de Sckweinfurt {Ibid.^ p. &9).
ARTIFICES, ARTIPICIKR9. — L'art de Tartiflcier a pour objet non-seulement de composer les feus d'artifice qui sont à peu près exclusivement destinés aux fétcs publiques; il sert encore à produire les signaux usités en temps de guerre, ou dans la marine, et il lient enfin de fort près à Tart de fabriquer certains engins de guerre dans lesquels on s'est attaché à perfectionner, autant que possible, les moyens de destmction.
Les artificiers emploient comme matière première la poudre, en génf^ral de qualité très commune, le salpêtre, le soufre, le charbon, p\m certaines matières, la plupart métalliques, qui, réduites en TAiioiei'. — Dicr. d'rtg. t. i. 9
iSO ARTIFICES.
poudre, servent à colon»!' les feux et à leur donner certaines apparences : ainsi les limailles de fer, de cuivre, de zinc, Tambre, le noir de fumée, etc. C'est avec du carton assujetti à r.iide de ficelles, que se conslnûsenl les pièces d'artifice ; enfin, ils se senenl d'instruments à pulvériser, h fouler, à tailler des moules, etc. . Les fabriques d artifices sont rangées dans la première classe des établissements dangereux ou insalubres (décret de 1810;, à cause des dangers d'explosion ou d'incendie qui en sont inséparables. On trouve dans une ordonnance du 12 juin 1811 le considérant qiii suit : « Les plus graves dangers résultent souvent de rimpéritif ou de la négligence des artificiers, soit dans la composition, soit dans l'emploi des pièces d'artifice; notamment ils sont dans l'usage d'employer des baguettes de bois dans la composition des fusées volantes; ces baguettes peuvent, par leur chute, occasionner des incendies, l)l(»sscr des personnes^ mettre leur vie en danger. »
Il a donc été défendu aux artificiers d'employer, dans la composition des fusées volanl(»s, aucune baguette de bois ni d'aucune espèce de corps dur. Mais cett<* prohibition a souvent été violée. Huggieri, voulant évit(*r les accidents causés assez souvent par la chute des baguettes, y avait substitué de longues gaines de carim i*emplies de composition, et connnuniquant par des étoupilles am la garniture. Par ce nu)yen, la baguette faisiiit elle-même explosion à la fin de sa course, en ajoutant à Tefiet de la fusée; mais cet exemple n'a pas été suivi.
l'ne ordonnance du 3 février 1821 défend la vente de la moindre pièce d'artifice ailleurs que chez les artificiers patentés et autorisés, et prescrit à ces derniers d'inscrire sur un registre coté par l'autorité locale les noms, qualité et demeure de toute personne à laquelle ils vendront des pièces d'artifice, ainsi que la quantité des objets vendus. Il leur est défendu de conserver une quantité de poudre excédant celle qui est lixàv par lautorilé, de travailler à là lumière ailleurs que dans l'atelier de cartonnag(% et encore, dans ce dernier cas, de ne faire usiige que de quinquels et de lanternes. Cette ordonnance a été complétée par celle du 'M) juin 1842, qui rappelle les dispositions précédentes,
Bibitograpbie. — Dictionnaire de l'induitrict efr., 1833, t. I, p. 5f0. — Tréli éê la Mlnbrité dam les grandit villci, par Monlfalcon et de Polinière, I8&0, |i» ISt.- (^Ueetian oficielU des ordonnancfi de police.
AHIWaWj • Sau.es ])'j. — Les salles d'asile sont des établissements charitables où les enfants des deux sexes peuvent être admis, jusqu'à l'âge de six ans accomplis, pour recevoir, pendant le jour, les soins d'une surveillance maternelle ou de la première éducation.
ASILE. ISl
Cette institution, dit M. le docteur Thouvenin, de Lille, est Uii immense bienfait pour les enftints des ouvriers : elle permet aux mères de se livrer à toute espèce de travail ; elle garantit les enfents du danger du vagabondage; elle leur inculque des idées d'obéir sance et d'exactitude; elle les garantit, pendant l'hiver, du IVold qu'ils pourraient éprouver chez leurs parents; elle leur permet de respirer un air plus pur que dans leur propre domicile; elles les habitue dès le bas âge à recevoir quelques principes d'éducalion ; elle force les mères à laver, à nettoyer leurs eniknts, qu'elles laisseraient dans un état de saleté, sans cette circonstance.
L'origine des salles d'asile date du siècle dernier; cette utile création est due à Oberlin, pasteur protestant dans les Vosges. Plut tard, à Paris, madame la marquise de Pastoret réunit, dans une maison du foubourg Saint-Honoré, un certain nombre de petits en* Hunls de quatre à six ans, sous la sun*eillance de sœurs chargées d'en prendre soin. En 1826, le développement que cette insti* tution avait reçu en Angleterre appela l'attention de M. Cochin et ifautres philanthropes français, et bientôt un ceriain nombre de Mlles s'ouvrirent à Paris et dans les districts manufacturiers.
One parait pas cependant que cette institution ait été tout d'abord accueillie avec faveur et sans défiance. En 1829, les aumônes étaient insuffisantes pour soutenir la Maison Cochin et trois autres asiles qui s'étaient formés à Paris. Le Conseil général des hospices dut venir à leur secours. Mais, à partir de 1830, l'institution des asiles cessa d'être contestée; elle se consolida à Paris; elle s'étendit aux principales villes des départements. En 1837, il y avait en France Kl asiles, répartis dans 172 communes, et admettant, chaque jour, 29 21 & enfbnts. En 18&0, 555 asiles recevaient, dans 352 cx>m^ mîmes, 50 986 enfants. En 18i!t3, 1/^89 asiles, établis dans 750 com^ mîmes, étaient fréquentés par 96 192 enfants. En 1846, on estimait qu'il y avait en France plus de 2000 asiles. De 1846 à 1855, le progrès a été encore plus notable. On compte aujourd'hui (1860) plu^de 3000 asiles, ouverts à 200 000 enfants. Le département de la Seine, qui n'avait que 6 asiles en' 1830 et 27 en 1846, en possède aujourd'hui 104, dont 51 dans la ville de Paris, et 53 dans les arrondissements de Saint-Denis et de Sceaux.
Mais n'oublions pas, remarque M. de Malarce, que l'on évalue en France à 3 600 000 le nombre des enfants de deux à six ans ; que, >ur ce nombre, plus de la moitié appartiennent aux familles qui ont spécialement besoin d'assistance, et que, pour 1 800 000 enfants, il faudrait 20 000 asiles au moins, et non pas 3000 seulement.
Au reste, ce n'est pas l'Étal, ce ne sont pas les conseils généraux des départements, ce ne sont pas même les communes qui
iVl ASILK.
l'ont défaut k cette extension plus rapide et complète. Les salles d'asile sont une de ees institutions auxquelles il ne sufQt pas d'accorder des allocations pour en créer toutes les conditions d'existence. On ne peut notamment attendre que du temps et d*un long apprentissage la formation de ce personnel si méritoire des dames directrices, des mères pwir le dévouement et la science de la charité. Institution privée et municipale en 4829, revendiquée par l'État en 1833, comme une partie de Tinstruction primaire, les salles d'asile ont reçu leur première organisation de l'ordonnance du 22 décembre 1837, complétée par les arrêtés du Conseil royal de l'instruction publique des U avril et 6 février 1838. Cette organisation, désormais dépendante d'une administration plus générale, a été modifiée, comme l'instruction primaire elle-même, par la loi du 15 mars 1850, par les décrets du 7 octobre 1850 et du 9 mars 1852, et par la loi du 1^ juin 1854. Mais dans ces derniers temps, les salles d'asile sont devenues l'objet d'une active préoccupation, et il y a eu pour elles une législation spéciale. Le 19 août 1850 , uœ instruction ministérielle a recommandé des mesures pour généraliser l'établissement des écoles normales' ou maisons d'études propres à former les directrices des salles d'asile. Le 16 mai 1854, un décret d placé les salles d'asile sous la protection de S. M. llmpératrice, et institué, près du ministère de l'instruction publique, un comité central de patronage , notamment chargé d'élaborer un plan de réforme et de perfectionnement. Un an après, le comité central de patronage terminait gon travail sous la présidence de Mgr le cardiuil Morlot; le décret du 21 mars et le règlement intérieur du 22 mus 1855 ont donné aux salles d'asile une nouvelle constitution, que les documents officiels qui suivent vont faire connaître d'une manière complète.
RAPPORT A l'empereur.
(( Sire, j'ai l'honneur de présenter à Votre Majesté un projet de décret préparé par le comité central de patronage des salles d'asile, et qui a été adopte par le Conseil impérial de l'instruction publique, en exécution de l'article 57 de la loi du 15 mars 1850. Ce projet de décret a pour but de régler tout ce qui se riipporte à la surveillaDce et à l'inspection des salles d'asile, aux conditions d*Age, d'iiptitnde et de moralité des personnes qui y seront chargées de la directioo et du service ainsi qu'au traitement qui leur sem assuré.
» En plaçant les salles d'asile de Tenlance sous un régime spécial* le législateur a parfaitement compris la difTérence qu'il y a eotre les écoles et les salles d'asile. Ces derriiers éta])lissemenls ne sont, en réalité, que des maisons de première* éducation. On s'y applique,
XS\LYL ISS
non à iustruire les enfants, mais à y former leur cœur, à leur inspirer de bons principes, de bonnes habitudes, à leur faire contracter le goût du travail, à développer, sans la fatiguer, leur jeune intelligence, tout en leur donnant les soins physiques que réclame leur faible constitution, et que la plupart d*entre eux ne recevraient pas de familles retenues au loin pendant la journée par d'impérieuses nécessités.
» De semblables établissements ne peuvent se soutenir et se propager que par les efforts réunis de la charité publique et de la charité privée. Si, d'une part, il importe qu'ils soient adoptés par les administrations municipales, sans le concours desquelles l'Etat serait impuissant à les fonder, il est, d'un autre côté, essentiel qu'ils ne perdent pas, en recevant un caractère public, cet autre caractère si doux et si attrayant qu'ils tiennent de l'intervention charitable des mères de famille.
» C'est ce que le comité central est parvenu à établir en proposant d'organiser, partout où il y aura utilité et possibilité, des comités locaux de patronage composés de dames dévouées aux intérêts de l'enfance, comités présidés par le maire et dont le curé doit faire partie de droit. Nul doute que dans ces réunions, où l'administration, la religion et la charité maternelle auront leurs représentants naturels, les salles d'asile ne trouvent tout à la fois des surveillants et des protecteurs. Ces comités, qui correspondront avec les dames déléguées par le ministre, dans chaque académie, se relieront ainsi an comité central de patronage, de qui ils recevront une haute et salutaire impulsion. Par leurs soins, rien d'intéressant ne passera inaperçu ; aucune amélioration réelle ne sera constatée dans une salle d'asile, quelque éloignée qu'elle soit de Paris, que le comité central ne puisse être en mesure d'en recommander l'introduction dans tous les autres établissements du même genre.
0 Les comités locaux de patronage ne sont cependant pas substitués aux autorités instituées par la loi du i5 mars i850 : ainsi les inspecteurs de l'instiiiction primaire, les délégués cantonaux, les ministres des différents cultes reconnus, conserveront toujours la suncillance prescrite par l'article kU de la loi.
0 La gratuité absolue a généralement prévalu dans les salles d'asile. Peut-être était-il nécessaire qu'il en fût ainsi dès le principe, pour déterminer les familles à envoyer leurs enfants dans ces établissements; mais, tout en respectant les usages reçus, il importait de ne consacrer cette situation qu'à titre exceptionnel. Les salles d'asile sont, "omme les autres écoles, fréquentées par beaucoup d'enfants dont les familles sont en état de payer une rétribution. Or cette rétribution, quelque faible qu'elle 8oit,étant versée par un grand nombre d'enfants,