‹ Dictionnaire d'hygiène publique et de salubrité; ou répertoire de toutes les questions relatives a la santé publique. Considérée dans leurs rapports avec les subsistances, les épidémies, les professions les établissements et institutions d'hygiène et de salubrité (volume 3)Chapitre 30 sur 169 · ISA ASILE · texte numérisé non relu

ISA ASILE

est une ressource trop importante pour qu*uu gouvernement prévoyant n*en doive pas tenir compte. Afin d'arriver, sous ce rapport, à une situation plus régulière, le décret propose d'exiger qu'aucun enfant ne soit définitivement reçu dans une salie d'asile sans un billet d'admission délivré par le maire ; mais il exige aussi que ce billet ne fasse aucune distinction entre les enfants payants et les enfants admis gratuitement. La directrice de Tasile devra recevoir tous les enfants qui lui seront présentés par les familles, sans s'informer si elles sont en état de piiyer ou non une rétribution ; mais elle leur fera savoir que, dans la huitaine, elles devront obtenir du maire un billet d'admission définitive, et celui-ci délivrera ce billet d'ad* mission, soit à titre gratuit, soit à titre onéreux. Ainsi la direcliûce, qui n'est pas chargée de recevoir la rétribution, et qui ignorera ellcmôme les conditions auxquelles les enfants sont reçus dans son asile, ne sera jamais exposée m^mo au soupçon de partialité.

)) Quant aux conditions d'ouverture des salles d'asile publiques ou libres posées par le projet de décret, elles sont à peu près celles qui sont exigées par la loi du 13 mars 1850, modifiées par le décret du 9 mars 1852. L'autorité des préfets s'étendra sur les salles d'asile publiques comme sur les écoles, et la liberté laissée aux fondateur» d'écoles libres sera également laissée aux fondateurs de salles d'asile; cniinle conseil départemental aura sur les salles d'asile publiques et libres la même juridiction que sur les écoles.

» Les traitements des directrices et des sous-direcli'ices des salles d'asile devront être prélevés d'abord sur le produit de la rétributiou mensuelle payée pour les entants , laquelle sera perçue , pour le compte de la commune, par le receveur municipal. A défaut de celle rétribution, le conseil municipal devra aviser aux moyens de corn* pléter le minimum du traitement prescrit, soit sur les revenus ordinaires, soit sur le restant disponible des trois centimes spéciaux aflectés à l'instruction primaire, soit enfin par le vote d'une imposition spéciale. Quant aux départements, qui ne peuvent Ctro obligés d'intervenir dans cette dépense, il leur sera loisible de secourir les communes pauvres, soit sur le restant disponible de leurs deux centimes spéciaux, soit par des fonds qu'ils voteraient en vue de celle dépense. L'État lui-même ne pourrait, sans de grands inconvénients pour l'ordre de ses finances, parfaire le traitement des directrices des asiles, comme il complète celui des maîtres d'école. Son inte^ vention serait ici, en quelque sorte, le signal donné partout de rendre les salles d'asile gratuites. Elle aurait donc le double danger de lui imposer pour le présent mie dépense considérable, et pour l'avenir un fardeau dont le poids ne pourrait être calculé avec certitude. U ne faut pas perdre de vue, d'ailleurs, que l'État consacre déjà annuel-

ASILE. tS6

lement à la propagalion des salles d'asile une somme de 400 000 fr., et il Y a Heu d'espérer que cette subvention continuera de figurer rhaque année à son budget.

»> 8i Votre Majesté daigne adopter le projet de décret dont je viens de lui signaler les dispositions principales, je la prierai de vouloir bien le revôtir de son approbation. Signé H. Fortoul. »

D£CH£T DU 31 MAHS 1855.

, TITKE P^ — DISPOSITIO.^S GÉNÉRALES CONCERNANT L'éTABUSgElfIfiNT DES SALLES D'ASILE ET LE PROGRAMME DE L'ENSEIGNEMENT.

Aru l*^ Les salles d^asile, publiques ou libres, sont des éiablisseinents d*édii« atioQ où les enfants des deux sexes 'de deux à sept ans reçoivent les soins qu^ réclame leur développement moral et physique.

Art. 2. L'enseignement, dans les salles d'asile publiques et libres, comprend :

i** L.es premiers principes de rinstruction religieuse, delà lecture, de récriturei du calcul verbal et du dessin linéaire ;

T Des connaissances usuelles h la portée des enfants ;

3"* Des ouvrages manuels appropriés à l'âge de» enfants ; ,

6'' Des chants religieux, des exercices moraux et des exercices corporels.

Les leçons et les exercices moraux ne durent jamais plus de dix à quiqi^ minutes, et sont toujours entremêlés d'exercices coriiorcls.

Art. 3. L'instruction religieuse est donnée, sous l'autorité de i'év^ue, dans les salles d'asile catholiques.

Us ministres des cultes non catholiques reconnus président ù l'instructioi^ religieuse dans les salies d'asile de leur culte.

Art. U. Les salles d'asile sont situées au rez-de-chaussée; elles sont planchéiéef et éclairées, autant que possible, de deux côtés par des fenêtres fermées avec des châssis mobiles.

Les dimensions des salles d'exercice doivent être calculées de manière qu'il y ait au moins 2 mètres cubes d'air pour chaque enfant admis.

A côté de la salle d^exercices il y a un préau desthié aux repas et aux récréations,

ArL 5. Nulle salle d'asile ne peut être ouverte avant que l'inspecteur d*acaiémie ait reconnu qu'elle réunit les conditions de salut>rité ci-dessus prescrites:

ArL 0. il y a dans chaque salle d'asile publique et libre du culte catholique ;

Un cruciGx.

Une image de la sainte Vierge.

ArL 7. Il y a, dans toutes les salles d'asile, un portrait de Pimpératrice, pro^ ecti'ice de l'institution*

ArL 8. Le titre de salle d'asile itiodèle peut être conféré parie ministre de Tiu- ^truction publique, sur la proposition du comité central de patronage ù celles des salies d'asile qui auraient été signalées par lés déléguées spéciales pour la bonne disposition du local, l'état satisfaisant du mobilier, les soins donnés aux enfants, ainsi que pour l'emploi judicieux et intelligent des meilleurs moyens d'éducation et de premier enseignemenL

Il ya à Paris un cour.s pratique avec pensionnai, destiné : 1" a former, pour Paris et les départements, des directrices ou des sons-direcirices de salles d^asile; 2* à conserver les prinafies de la méthode établie ; 3" à expérimenter les noa^ veaux procédés d'éducation et de premier enseignement dont Pessai serait recommandé par le comité central de patronage.

Art. 9. Un règlement, arrêté par le ministre de Pinstruction publique sur la proposition du comité central de patronage, déterminera, sous Papprobation de PImpératrice, tout ce qui se rapporte au mobilier des salles d'asile ainsi qu*anx procédés d'éducation et d'enseignement dans les salles d'asile publiques. -

TITI\E II. — DE l'admissioîi des enfants dans les salles d^asilr.

Art. 10. Aucun enfant n'est reçu, même provisoirement, par la directrice, dans une salle d'asile publique ou libre, s'il n'est pourvu d'un certificat de médecin dûment légalisé, constatant qu'il n'est atteint d'aucune maladie contagieuse et qu'il a été vacciné.

L'admission des enfants dans les salles d'asile publiques ne devient définitive qu^autant qu'elle a été ratifiée par le maire.

Dans les huit jours qui suivent Padmission provisoire d'un enfant dans une salle d'asile publique, les parents sont tenus de présenter à la directrice un billet d'admi!«sion délivré par le maire.

Art. 11. I/es salles d'asile publiques sont ouvertes gratuitement à tous les enfants dont les familles sont reconnues hors d'état de payer la rétribution mensuelle.

Art. 12. Le maire, de concert avec les ministres des différents cultes reconnns dresse la liste des enfants qui doivent être admis gratuitement dans les salles d'asile publiques. Cette liste est définitivement arrêtée par le conseil municipal.

Art. 13. Ijcs billets d'admission délivrés par les maires ne font aucune distlnC' tion entre les enfants payants et les en^mts admis gratuitement.

TITRE III. — DE LA surveillance et de l'inspection des salles d'asile.

Art. J/i. Indépendamment des autorités instituées pour la surveillance et Pinspection des écoles par les articles 18, 'iO, ^2 et fifx de la loi du 15 mars 1850, Il peut être établi dans chaque commune où il existe des salles d^aslles, et 4 Paris dans chaque arrondissement, un comité local de patronage nommé par le préfet.

Ce comité local, dont le curé fait partie de droit et qui est présidé par le maire, est composé de dames qui se partagent la protection des salles d'asile du ressort.

ArL 15. liC comité local de. patronage est chargé de recueillir les offrandes de la charité publique en faveur des salles d'asile de son ressort, de veiller au bon emploi des fonds alloués à ces établissements par la commune, le département ou l'État, et au maintien des méthodes adoptées pour les salles d'asile publiques. Il délibère sur tous les objets qu'il juge dignes de fixer Pallcntion du comité central.

Il 5c réunit au moins une fois par mois. '

Art. 16. Un ou plusieurs médecins nommés par le maire visitent, au moin< une fois par semaine, les salles d'asile publiques.

ASILE. i37

CJiaiiie médecin inscrit SCS observations cl ses prescriptions sur un registre

particulier.

Art. 17. Le ministre de Tinstruction publique et des cultes peut, suivant les

iKsoins du service, déléguer, pour iinspection des salles d*asile dans chaque

académie, une dame rétribuée sur les fonds de TÉtat. Nulle ne peut être nommée déléguée spéciale si elle n'est pourvue d*un certi«

fcat d'aptitude.

Le reclenr de Tacadémie détermine Ponlre des tournées des dames déléguées

spédales et en règle Pitinérafre. Il transmet au ministre, avec son avis, les

rapports généraux que les dames lui adressent. Le ministre place ces rapports

sous les yeux du comité central de patronage. Les déléguées spéciales correspondent directement avec les comités de patro-

lage de leur circonscription, et envoient à chaque inspecteur d'académie un npport sur les salles d'asile du département.

Art. 18. Il y a près du comité central de patronage des salles d'asile deux délé- ^ées générales rétribuées sur les fonfis de l'État et nommées par le ministre de nastroction publique.

Les déléguées générales sont envoyées par le ministre de l'instruction publiqie partout où leur prés(*ncc est jugée nécessaire ; elles s'entendent avec les déléguées spéciales, et provoquent, s'il y a lieu, les réunions des comités locaux de patronage ; elles rendent compte au ministre et au comité central, et ne décident rien par elles-mêmes.

TITIIE IV. —DES CONDITIONS d'AGB, DB MORALITÉ ET D'APTITUDE DES DIRECTRICES DES SALLES D'ASILE.

An. lu. Les salles d'asile publiques et libres seront h l'avenh: exclusivement dirigt^ par des Temmes.

Art. 20. Nulle ne peut diriger une salle d'asile publique ou libre, avant l'âge de ^iogi-quatre ans accomplis, et si elle ne justifie d'un certiGcat d'aptitude.

Les lettres d'obédience délivrées par les supérieures des communautés relipenses régulièrement reconnues, et attestant que les postulantes ont été particu* iièrement exercées à la direction d'une salle d'asile, leur tiennent lien de certificat d^ptiiude.

lèvent toutefois être admises à diriger provisoirement, dès l'âge de vingt et na ans, une salle d'asile publique ou libre, qui ne reçoit pas plus de trente à qiirante enfants, les sous- directrices pourvues du certificat mentionné en l'art. 31 do présent décret, et les membres de communautés religieuses pourvus d'une lettre d'obédience.

Art. 21. Sont incapables de tenir une salle d'asile publique ou libre les personnes qui se trouvent dans les cas prévus par l'art. 26 de la loi du 1 5 mars 1850.

Art. 22. Quiconque veut diriger une salle d'asile libre doit se conformer préabblement aux dispositions prescrites par les art. 25 et 27 de la loi du 16 mars 1850, et 1,2 et 3 du décret du 7 octobre 1850

i/inspecteur d'académie peut faire opposition ù l'ouverture de la salle dans les Q$ prévus par l'art. 28 de la loi du 15 mars 1850 et par l'art. 5 du présent d^t. L'opposition est jugée par le conseil déparlcnenlal, contradictoiremeni et sans recovrs.

A défaut d'opposition, la salle d'asile peut être ouverte à Texpiration du mois.

Art. 23. Les directrices des salles d'asile publiques sont nommées et révoquées par leA préfets sur la proposition de l'inspecteur d'académie; elles sont choisies après avis du conseil municipal, soit parmi les membres des congrégations religieuses, soit parmi les laïques, et dans ce dernier cas, autant que possible, parmi les sous-directrices.

An. 3/i. Le conseil départemental peut, dans les formes prescrites par lo art. 30 et 33 de la loi du 15 mai-s 1850, interdire de l'exercice de sa proliessioD dans la commune où elle réside une directrice de salle d'asile libre.

11 peut frapper d'interdiction ubsolue une directrice de salle d\isile libre ou publique, sauf appel devant le Conseil impérial de Tlnstruction publique*

Art. 25. Dans toute salle d'asile publique, qui reçoit plus de quatre-vingts enfants, la directrice est aidée par une sous-dirccli'ice.

Art. 2G. Nulle ne peut être nommée sous*Kiirectrice dans une salle d'aiile publique avant l'âge de vingt ans, et si elle n'est pourvue d'un certificat de stage délivré ainsi qu'il est dit à l'art. 31 du présent décreL

Les sous-directrices dans les salles d'asile publiques sont nommées et rév(K quées par les maires, sur la proposition du comité de patronage.

Art. 27. 11 y a dans cliaquc département une commission d'examen cliargée de constater l'aptitude des personnes qui aspirent à diriger les salles d'asile,

La commission tient une ou deux sessions par an.

Les membres de la commission d'examen sont nommés pour trois aps pirie préfet, sur la proposition du conseil départemental de l'instruction publique.

La commission d'examen se com^iose :

De l'inspecteur d'académie, président ;

D'un ministre du culte professé par la postulante ;

D'un membre de l'enseignement public ou libre ;

De deux dames patronesses des asiles ;

D'un inspecteur de Tinstruction primaire faisant fonction de secrétaire.

A Paris, la commission est nommée, sur la proposition du préfet, par le miiib* tre de l'instruction publique, qui fixe le nombre des membres dont elle doit être composée.

Art. 28. Les certiûcats d'aptitude sont délivrés au nom du recteur par IlQspecteur d'académie dans les départements, et à I^ris par le vice-recteur.

Art. 29. Nulle n'est adnn'se devant une commission d'examen avant l'ige de vingt et un ans, et si elle n'a déposé entre les mains de l'inspecteur d'académie, un mois avant l'ouverture de la session :

1° Son acte de naissance :

2** Des certificats attestant sa moralité et indiquant les lieux où elle a résidé ^ les occupations auxquelles elle s'est livrée depuis cinq ans au moins.

La veille de la session, l'inspecteur d'académie arrête, sur la proposition de b commission d'examen, la liste des postulantes qui seront admises à subir rcxaoïcfl*

Art. 30. L'examen se compose de deux parties distinctes :

!• Un examen d'instruction;

2* Un examen pratique.

L'examen d'instruction comprend l'histoire sainte, le catéchisme, la lectuiti l'écriture, l'orthographe, les notions les plus usuelles du calcul et da systèo^

métrique, le denin au trait, les premiers éléments de géographie, le cliant, le travail manuel.

L'eiamen pratique a lien dans une salle d*aslle. Les postulantes sont tenues de diriger les exercices de cette salle pendant une partie de la journée.

Art. 31. Sur la déclaration de la directrice d*une salle d'asile modèle, visée par le comité de patronage, l'inspecteur d'académie délivre aux postulantes qui ont suivi les exercices de cette salle d^asile pendant deux mois au moins le certificat de stage mentionné en Tartlde 26 du décret.

A Paris, le certificat de stage est délivré par le recteur d'académie, soit sur l'attestation de la direcnrice d'une salle d'asile modèle, comme il est dit ci-dessuSt toit sur Tattestation de la directrice du cours pratique, certifiée par la commission de surveillance de cet établissement.

TITBE V. — DU ItRAITEMElIT DBS DIRECTRICES ET SODS- DIRECTRICES

DES SALLES d'ASILE PUBLIQUES.

Art. 32. Les directrices des salles d*asile publiques reçoivent sur les fonds oom- Banaux an traitement Rxt qui ne peut être moindre de 200 fr,, et le^ sous<lirectriœs un traitement dont le minimum est fixé à 150 fr.

Les unes et les autres Jouissent, en outre, du logement gratuit.

Les dispositions du décret du 9 juin 1953 sur les pensions civiles leur sont applicables.

Art. 33. Une rétribution mensuelle peut être exigée de toutes les familles dont <« enfants sont admis dans les salles d'asile publiques, et qui sont en état de payer le service qu'elles réclament.

I^ uux de cette rétribution est fixé par le préfet en conseil départemental, sur Ta? is des conseils municipaux et des délégués cantonaux.

Art. 34. La rétribution mensuelle est perçue pour le compte de la commune parle receveur municipal, et spécialement afifectée aux dépenses de la salle d'asile.

En cas d'insuflisance du produit de la rétribution mensuelle et à défaut de fondaiioas, dons ou legs, il est pourvu aux dépenses des salles d'asile publiques : i'sor les revenus ordinaires des communes; 2» sur l'excédant des trois centimes <P^ux affectés à l'instruction primaire, ou, à défaut, au moyen d'une imposition V^dalemcnt autorisée à cet effet.

lue subvention peut être accordée par les départements aux communes qui ne peuvent suffire aux dépenses ordinaires des salles d'asile qu'au moyen d'une im* position spéciale. Cette subvention est prélevée soit sur le restant disponible den deux centimes affectés à l'instruction primaire, soit sur des fonds spécialement volés à cet eOèL

Aru 35. Notre ministre secrétaire d'Etat au département de l'instruction publique et des cultes est chargé de l'exécution du présent décret.

Bibliographie. — Cerise, Le médecin det tallet d'aiite. Parti, 1896, in-8. -* E* Dorieu a G. Rocbe, Répertoire de l'adminiitration des établinemenlt de bienfai- <M(e, fffc, 18^1, I. Jl, p. 720. Thouveoio, De Vinfluenee que Vinduetne emercc nrUionlédês pop^tlationê (Annales d'hygiène, etc., i8d7, t. XXWII, p. 93). — Mootralcon et de Polioière, Traité de la salmbrité dans les grandes villes, 1846, p. 121. "" Rostaiog de Rivas, Des établissements publics destinés à la première enfance, à

UO ASPHYXIK.

Mantes, Nantes, 18&9. — Pécict, Instructiom »»r le chaufagc et l'atêoimiMsewumt des écoles primaires et dis salles d'atiU. Paris, I8Â2. — A. de Malaroe» Histoire des salles d'asile et des asiles-oufroirs, Paris, 1855. ^ Journal des salles d^asilss, par M. E. Rendu.

AliPHAIiTE. — Voy. Bitume.

A9P11WX.IK. — On confond sous le nom d'asphyxie plusieurs étais morbides diiTéreuls par leur origine et par leurs caractères, mais qui ont ce trait commun d'amener la suspension prolongée ou l'abolition complète de l'hématose, et, par suite, de toutes les fonctions, tant de la vie de relation que de la vie organique. Cependant , au point de vue de Thygiène publique, et toutes résen-es faites, il convient de rapprocher et d'étudier simultanément les différentes causes qui peuvent produire ce que l'on appelle Tasphyxic : U submersion, la pendaison, la strangulation, la suffocation; les gaz méphitiques, tels que : vapeur du charbon, émanations des égouts, des fosses d'aisances, des cuves à vin, etc. ; le froid, la chaleur, la foudre, eti\

Nous n'avons à entrer ici dans aucune considération scientifique sur ces sortes d'asphyxies; il est certain que des accidents qui tiennent à l'interruption mécanique de la respiration, comme dans la pendaison, ou à la raréfaction de l'air par une température très élevée, ou bien à une niodification spéciale du système nerveux par l'action du froid, ou par celh^ de la foudre, sont des accidents de nature fort différente. Mais ce qui rapproche tous ces accidents, en hygiène publique, c'est qu'il faut recourir à un ensemble de moyens à peu près identiques pour les prévenir ou pour les combattre.

C'est à la France, dit M. Guérard, que revient l'honneur d'avoir la première jeté un regard d'intérêt sur les victimes de ces sortes d'accidents, et d'avoir cherché à populariser les méthodes de traitement que réclame en particulier l'asphyxie par submersion, la plus commune de toutes. Réaumur rédigea, en 1740, par ordre du gouvernement, un avis pour donner des secours à ceux qu'on croit noyés.

Depuis cette époque, l'administration n'a cessé de s'occuper de ce sujet important, soit sous forme d'instructions publiées, soit sous forme de moyens matériels de secours, rapproches autant que possible du théâtre des accidents. Nous ne saurions mieux faire que de reproduire l'ordonnance relative aux secours à donner aux noyés, asphyxiés ou blessés, en y joignant les dernières instructions rédigées en 1850 par le Conseil de «dubrité de Paris, et applicables à tous les genres d'accidents que nous avons énumérés.

ASPHYXIE. Ui

ORDONNANCE (DU 17 JUILLET 1850) CONCERNANT LES SECOURS A DONNER AUX NOYÉS^ ASPHYXIÉS OU BLESSES.

Nous, Préfet de police.

Vu rordoDDance de police en date du 1'' Janvier 1836, et rinstruction qui y e^t annexée ;

Considérant qu^l est utile de renouveler les instructions relatives aux secours d donner aux asphyxié;} ou blessés, et de faire connaître les modiûcations et les améliorations obtenues par Texpérience dansia manière d*administrer les secours pour les rendre plus efficaces ;

Vu : 1« la loi du 16-24 août 1790; 2» les art. 2, 26 et 42 de l'arrCté du gou- Ternement du 12 messidor an VIII (!«' Juillet 1800); 3* le décret du 13 Juin 1811 ; Ordoonons ce qui suit :

Art. l*^ La nouvelle instruction sur les secours à donner aux asphyxiés et Dojés, rédigée par le Conseil de salubrité du déparlement de la Seine, sera Imprimée, publiée et affichée.

Art. 2. Tout individu trouvé blessé sur la voie publique, ou retiré de Tcau en état de suffocation, ou asphyxié par des vapeurs méphitiques, par le froid ou par la chaleur, devra être immédiatement transporté au dépôt de secours le plus voisfai ou dans un hôpital, s*ll s^en trouve à proximité, pour y recevoir les secours Déces«taires.

Art 3. Lorsqu'un individu sera retiré de la rivière. Il n'est pas nécessaire, fomme on pourrait le croire assez généralement, de lui laisser les pieds dans Teaa Jusqu'à l'arrivée des agents de l'autorité; les personnes présentes devront immédiatement s'occuper de lui administrer des secours sans attendre l'arrivée des hommes de l'art ou des agents de l'autorité.

On devra également porter des secours immédiats ù tout individu trouvé en étal d'asphyxie par strangulation ou pendaison ; les personnes qui arriveront les premières sur le lien de l'événement devront s'empresser de détacher ou de couper le lien qui entoure le cou.

Art 6. 'Si l'individu rappelé à la vie a besoin de secours ultérieurs, il sera tran^^porté à son domicile s'il le demande, sinon ù l'hospice le plus voisin.

.VrL 5. Aussitôt qu'un officier de police Judiciaire aura été averti qu'une perwnae a été asphyxiée, noyée, blessée ou victime de tout autre accident grave, il w transportera à l'endroit où se trouve l'individu ou sur le lien de l'événement, et il en dressera procès-verbal ; il devra être assisté d'un médecin.

i^ procès-verbal contiendra : 1* La désignation du sexe, le signalement, les nom, prénoms, qualité et âge de l'individu, s'il est possible de les connaître; 2* La déclaration de l'homme de l'art sur l'état actuel de l'individu ; 3*" Les renseignements sur le fait ou sur l'accident ;

V Les dispositions des témoins ou de toutes les personues qui auraient connaissance de l'événement.

An. 6. Il sera alloué, h titres d'hoiîoraires, récompense ou salaire, aux personnes qui auront repéché, secouru ou transporté un noyé ou asphyxié ou un blessé, savoir :

l*" Pour le repécliage d'un noyé rappelé à la vie, vingt-cinq francs. 2* Pour le repêchage d'un noyé mort ou non rappelé à la vie, quUize francs.

3° Pour le transport h Phospice ou à son domicile d'oQ noyé, asphyxié on blesscS trois li cinq francs, selon les distances.

Nc^anmoins les maires des communes du ressort de la préfecture de police pourront, lorsque le transport exigera l'emploi d*une charrette et d*im cbenl, allouer au voiturier la somme qui leur paraîtra rigoareiuement Juste.

Ix"* A rhomme de Part, les honoraires déterminés par le décret du 18 Juia 1811, plus, s'il y a lieu, une indemnité qui sera calculée sur la durée et rimportaice des secours.

Ces frais seront payés à la caisse de la préfecture de police, après la récepUoD du procès- verbal et sur le vu des certificats séparés qui seront déUfrés aux partiet intéressées.

Nous nous réservons de foire remettre une médaille de distinction à toute personne qui se ferait remarquer par son zèle et son dévoneaieiit à secouririui noyé ou asphyxié.

Art 7. Le directeur des secours publics veillera constamment & rentretko et à la conservation des brancards et de leurs accessoires, des bottes de secoars et des instruments, médicament:» et autres objets qui les composent ' Art. 8. L'ofTicicr de police et le commandant du poste où une personne ï secourir aura été transportée veilleront à ce qu'après radministration desMConi et le transport de Tindividu, les brancards et accessoires en dépendant totatt rapportés au Heu ordinaire de lour dépôt, comme aussi à ce que les iislensilcf et médicaments soient fidèlement réintégrés dans la botte de secoars.

Si quelque ustensile se trouvait dégradé ou quelque médicament épuisé, Toffi* cicr de police ou le commandant du poste nous en rendrait compte immédiatement. L'un et l*aiure veilleront à ce que, dans le cas de déplacement de la boltf de secours, elle soit promptement reportée au lieu ordinaire du dépôt.

Art. 9. Les proprittaires des bains chauds et des bains froids, établb sur ta rivière sont tenus d'avoir à leurs frais, et d'entretenir en bon état, une botte de secours dans chacun de leurs établissements.

Art. 10. I^s propriétaires de bateaux à vapeur partant deParlset ayantàborf des voyageurs, sont aussi tenus d'avoir ù leurs frais, et d'entretenir en bon état, une botte de secours sur chaque bateau.

msTnrcTioN sun les secouhs a doniïer \vx asphyxiés et notes.

Heniarques générales, — 1° Les peisomies asphyxii^es ne sont soth vent que dans un état de mort appan*nte.

2* Pour les personnes étrangèn^s h la médecine, In mort apparente ne i)eut ^tre distinguée de la mort réelle que par la puiréfiiclion.

3* La couleur rouge, violette ou noire iluWsage, le froid du corps, la roideur des membres, ne sont pas toujours des signes certains de mort.

h* On doit donc, à moins que la putréfaction ne soil évidente, administrer des secours à tout individu noyé ou asphyxié, môme après un séjour assez prolongé dans l'eau ou dans le lieu où il a été asphyxié.

ASPHYXIE. i4à

5" Los secours les plus essentiels à prodiguer aux asphyxiés peuent leur être administrés par toute personne intelligente; mais, K>ur obtenir du succès, il faut les donner sans se décourager, quelquefois pendant plusieurs heures de suite.

On a des exemples d'asphyxiés rappelés à la vie après des tentaiÎTes qui avaient duré six heures et plus.

6* Quand il s'agit d'administrer des secours à un asphyxié, il faut éloigner toutes les personnes inutiles; cinq ou six individus suffisent pour les donner, un plus grand nombre ne pourrait que gêner ou nuire. 7* Le local destiné aux secours ne devra pas être trop chaud ; la meilleure température est de 17 degrés du thermomètre centigrade \\k degrés de celui de Réaumur).

Enfin, les secours doivent être administrés avec activité, mais «ans précipitation, et avec ordre.

Auphymlés par swIiiiieMloii (noyéti). -^ Règles à suivre par teux qui repêchent un tioyé, — l«Dè« que le noyé est retiré de Teau, on doit le coucher sur le côté, et depréférence sur le côtédroit. On incline légèrement la tête en avant, en la soutenant par le front ; on écarté doucement les mâchoires, et Ton fhcilite ainsi la sortie de Teau qui pourrait s'èlre introduite par la bouche et par les narines. On peut même immédiatement, après le repêchage du noyé, pour mieux ûûre sortir Teau, placer à différentes reprises la tête un peu plus bis que le corps, mais il ne faut pas la laisser chaque fois plus de quelques secondes dans cette position.

2* Pendant celte opération, qui ne doit pas être prolongée au delà d une minute, on comprime doucement et alternativement le kis-venlre de bas en haut, et les deux côtés de la poitrine, de manière à faire exercer à ces parties les mouvements qu'on exécute lorsqu'on respire.

y Immédiatement après ces premiers soins, qui n'occuperont que quelques instants, le noyé doit être enveloppé, suivant la rigueur de la saison, de couvertures, ou, h défaut de couvertures, de foin ou de paille, et transporté au bureau de secours promptemenl et sans secousses.

Pendant ce transport, la tête et la poitrine seront placées et mainlonues dans ime position plus élevée que le reste du corps; la tête restera fibre el le visage découvert.

Iks soins â donner lorsque le noyé est arrivé au dépôt des secours fnédicaux, — 1** Aussitôt après l'arrivée du noyé, on lui ôtera ses vêtements le plus promptement possible. Il sera essuyé, revêtu d'une chemise ou peignoir de laine, coiffé d'un bonnet de laine et posé doucement sur une paillasse ou un matelas, entre deux couvertures de laine.

2" On couchera encore une ou deux fois le corps sur le côté droit; on fera légèrement pencher la tôte en la soutenant par le front, pour lui faire rendre l'eau. Cette opération, comme il a été dit, ne devra durer que quelques secondes^ chaque fois. Il est inutile de la répéter, s'il ne sort pas d'eau, de mucosités on d*écuiDe; dans le cas où les mucosités ou glaires ne s'écouleraient qu'avec peine, on en faciliterait la sortie à l'aide du doigt, des barbes d'une plume ou d'un bâtonnet couvert d'un linge.

3° On cherchera à imiter les momements que font la poitrine et le ventre lorsqu'on respire, en exerçant «avec les mains, sm' ces parties, des pressions douces, lentes et alternatives. On laissera entre ces pressions un intenalle d'environ im quart de minute ; on les réitérera quinze k vingt fois de suite, et on les suspendra pendant environ dix minutes. 11 conviendra d'y revenir à plusieurs reprises. On peut recourir en même temps à l'insufflation pulmonaire de bouche à bouche, ou à l'aide d'une canule.

/|0 Aussitôt que la respiration tend à s'établir, c'est-à-dire dés qu'on s'aperçoit que le noyé happe pour ainsi dire Tair, il faut cesser tout moyen spécialement dii'igé vers le rétablissement de cette fonction.

5° Si les mâchoires sont serrées, il con\-ient de les écarter légèr^ ment et sans violence en employant le petit levier de buis. On maintient l'écartoment obtenu en plaçant entre les dents un morceau de liégo ou de bois tendre.

6* Pendant les opérations qui viennent d'être décrites, on s'occupera de la préparation de tout ce qui est nécessaire pour réchaufll» le corps. A cet ellet, on remplira d'eau le caléfacteur, et Ton versera dans la galerie inférieure l'alcool nécessaire pour porter cette eau à l'ébullition; une fois ce résultat obtenu, on introduira Teatt chaude dans la bassinoire, que l'on promènera ensuite, par-dessus le peignoir de laine, sur la poitrine, le long de l'épine du dos et sur le bas-ventre, en s'arrêtant plus longtemps au creux de l'estomac et aux plis des aisselles.

7* Quels que soient les moyens qu'on emploie pour réchauffer le corps d'un noyé, il faut se régler sur la température extérieure. Tant qu'il ne gèle pas, on peut être moins circonspect. Cependant il ne faut jamais, particulièrement dès le début des secours, exposer le corps des noyés à une température supérieure à 35 degrés centigrades. La bassinoire a, il est \rai, un degré de chaleur plus élevé; mais comme elle agit à trtivers une couverture ou une chemise de laine, et ne reste pas longtemps appliquée sur la même place, son action se trouve par cette raison suffisamment affaiblie.

8<> Tout en employant les moyens nécessaires pour réchauffer le

ASPHYXIE. ihS

noyé et pour rétablir la respiration, on le frictionnera avec des frottoirs de laine chaude sur les cuisses, les 1)ras et principalement le long de l'épine du dos et sur la région du cœur ; on brossera doucement, mais longtemps, la plante des pieds ainsi que le creux des mains; on pourra aussi frotter avec les frottoirs de laine le creux de Testomac, les flancs, le ventre et les reins dans les inter* valles où l'on n'y promènera pas la bassinoire.

9* Si le noyé donne quelques signes de vie, il faut continuer les frictions et l'emploi de la chaleur; s'il fait des efforts pour respirer, il faut discontinuer pendant quelque temps toute manœuvre qui pourrait comprimer la poitrine ou le bas-ventre et contrarier leurs mouvements.

10* Si, pendant les efforts plus ou moins pénibles que fait le noyé pour respirer, on s'aperçoit qu'il a des envies de vomir, il faut provoquer le vomissement en chatouillant le fond de la bouche avec les barbes d'une plume.

il* n ne làut pas donner de boisson à un noyé, avant qu'il ait repris ses sens et qu'il puisse facilement avaler. Cependant on peut, en vue de le ranimer, lui introduire dans la bouche quelques goatles d'eau-de-vie ordinaire, d'eau-de-vie camphrée, d'eau de mélisse, d'eaude Cologne.

12* Si le ventre est tendu, on donne un demi^lavement d'eau tiède, dans laquelle on a fait fondre une forte cuillerée à bouche de sel.

13* Dans le cas où, après une demi-heure d'administration assidue, les secours indiqués plus haut auraient été inutiles, et où le ooyé ne donnerait aucun signe de vie, si le médecin n'était pas encore arrivé, on pourrait recourir à l'insufflation de la fumée de tabac par le fondement

Voici la manière de la pratiquer. L'appareil qui sert à cet usage se nomme appareil ftunigatoire. Pour le mettre en jeu, on humecte da tabac à fumer, on en charge le fourneau formant le corps de la machine fumigatoire, et on l'allume avec un morceau d'amadou ooavec un charbon; ensuite, on adapte le soufflet h la machine. Quand on voit la fumée sortir abondamment par le bec du chapiteau, on ajoute la canule, qu'on introduit dans le fondement du noyé.

On fait mouvoir le soufflet, afin de pousser la fumée dans les intestins. Si la canule se bouche, en rencontrant des matières dans le fondement, ce qu'on reconnaît à la sortie de la fumée à travers les jointures de la machine, ou à la résistance du soufflet, on la nettoie à l'aide de l'aiguille à dégoi^er et l'on recommence, en ayant ^in de ne pas introduire la canulq aussi profondément.

TiBono. * Mcrl D'ara, t. u 10

A défaut de Tapparcil fumigatoire, on pourrait se servir de deux pipes. On en charge une, que l'on allume, et dont on introduit le tuyau dans le fondement du noyé, en guise de canule ; on souffle par le tuyau de l'autre, qui est appliquée sur la première, fourneau contre fourneau.

Chaque i]:\jection de fumée devra durer une ou deux minutes au plus, et, dans aucun cas, elle ne devra être portée au point qu'on s'aperçoive que le ventre se gonfle et se distende.

Après chaque opération, qu'on pourra répéter plusieurs fois, de quart d'heure, en quart d'heure, on exercera à plusieurs reprises une légère pression sur le bas-vcntrc, de haut en bas ; et, avant de procéder à une nouvelle fumigation, on introduira dans le fonde* ment une canule fixée à une seringue ordinaire \ide, dont on tirera le piston vers soi, de manière à retirer l'air ou la fumée que les intestins pourraient contenir de trop.

ik'' Quand le noyé revient à la vie, il faut le coucher dans un lit bassiné, et l'y laisser reposer pendant une heure ou deux. Si I*on ne peut pas disposer d'un lit, on porte le noyé à l'hôpital, en prenant les précautions convenables pour le soustraire à l'action du firoid.

Si la face, de pÀic qu'elle était, se colore fortement pendant le sommeil, et qu'en réveillant le malade il retombe aussitôt dans un état de somnolence, on doit^préparer les sinapismes (pâte de Affine de moutarde et d'eau tiède], et lui en appliquer entre les épanlei ainsi qu'à rintérieur des cuisses et aux mollets. On lui posera en môme temps six à huit sangsues derrière chaque oreille* D est entendu qu*on n'aimi recours à ces moyens qu'autant qall n^ aurait pas de médecin présent ; car, dans le cas contraire, ce serih à lui à décider s'il faut tirer du sang, en quelle quantité, sur quel point et par quel moyen.

AmpHjikiém par les ^as mépliitlqvefl. -^ lo U ibtlt retiM le plus promptement possible l'asphyxié du lieu méphitisé et l'eiposer au grand air.

2<> Aussitôt arrivé à l'air libre, on le débarrassera de ses tète* ments. Cependant, si l'asphyxie a lieu dans une fosse d'aisances» et si l'on a de l'eau chlorurée à sa disposition, il faut tout d'abwd^ et avant de déshabiller l'asphj'xié, l'arroser largement avec ceM eau.

3*" Le malade, dépouillé de ses vêtements, placé dans on lien 4'une température modérée, doit ôtre assis dans un feuteuil ou sur une chaise, et maintenu dans cette position, en soutenant la Uta verticalement.

On lui jettera dés lors avec force de Teau froide par potée, sur le corps, et principalement au visage ; cette opération doit ôtrs cob-

tinuée longtemps, surtout dans l'asphyxie par la vapeur du charbon, des cuves en fermentation, en un mot, dans Tasphyxie par le gaz acide carbonique.

4** De temps à autre on s'arrêtera, pour tâcher de provoquer la respiration, comme il a été dit précédemment, à l'occasion des noyés.

5"* Si Tasphyxié commence à donner quelques signes de vie, il ne laut pas discontinuer les affusions d'eau froide, seulement il fkut laire attention à ne pas lui jeter de Teau, principalement sur la bouche, pendant qu'il fait des mouvements d'inspiration.

6* S'il flUt quelques efforts pour vomir, il faut les favoriser en cha* touillant l'arridre-bouche avec les barbes d'une plume.

7* Dès que l'asphyxié pourra avaler, on devra lui faire boire de Teau vinaigrée.

8* Lorsque la respiration sera rétablie, il faudra, après avoir bien essuyé le malade, le coucher dans un lit bassiné, et lui administrer un lavement avec de Teau dégourdie, dans laquelle on aura hit fondre gros comme une noix de savon, ou encore à laquelle on aura ajouté^ pour chaque lavement, deux cuillerées à bouche de linaigre.

C'est au médecin à juger ensuite s'il y a lieu de donner un vomitif^ de faire inspirer de l'ammoniaque^ et surtout de pratiquer une liignée ; c'est à lui seul qu'il appartient de prescrire les moyens de traitement à employer après que l'asphyxié est revenu à la vie.

AmpUfjLËém par la fovdre* — Lorsqu'une personne a été isphyxiée par la foudre, il &ut immédiatement la porter au grand air, la dépouiller promptement de ses vêtements ; faire des affusions d'eau faMe, comme il a été dit à l'article 3 du paragraphe précédent ; pratiquer des frictions aux extrémités, et chercher à rétablir la restmtion par des compressions alternatives de la poitrine et du basventre, comme pour les nojési

AmpHjuAém par le titmà^* — - 1^* On portera l'asphyxié , le plus int>mptement possiUe^ de Tendroit où il à été trouvé au lieu où U devra recevoir des aecoors; pendant ce transport, on enveloppera le corps d'une couverture, ou bien, à défaut de couverture, tie paille ou de fbin, en laissant la face libre. On évitera aussi d'imprimer au corps, et surtout aux membres, des mouvements btvsques.

2* Dans l'asphyxie par le froid, il est de la plus haute importance de Qe rétablir la chaleur que lentement et par degrés. Un asphyxié par i€ froid qu'on approcherait du feu, on que, dès le commencement des secours, on ferait séjourner dans un lieu échauffé, même médioctemeol, «erut inéfoeablement p«rdii. Il fout, en conséquence^ le

porter (l'abord dans une chambre sans feu, et là, lui administrer les premiers secours que réclame sa position.

3*" Si Tasphyxie ou la submersion ont eu lieu par un froid de plusieurs degrés au-dessus de zéro, et que le malade conserve encore de la souplesse, on le déshabillera et Ton couvrira tout le corps, y compris les membres, de linges trempés dans Teau froide, qu'on rendra plus froide encore en y ajoutant des glaçons concassés.

li? Si le corps était tellement frappé par le froid qu'il fût dans un état de rigidité prononcée, il y aurait avantage à le plonger dans une baignoire contenant assez d'eau pour que le tronc et les membres en fussent couverts. Cette eau devrait être aussi h^ide que possible, et Ton en élèverait la température par degrés, de dix en dL\ minutes.

5' Lorsque les membres auront perdu leur roideur et oCTrironl de la souplesse, on fera exercer à la poitrine et au ventre quelques mouvements dans le but de provoquer la respiration, comme il a été dit à l'occasion des noyés. On continuera en môme temps les frictions sur le corps et les membres, soit avec de la neige, si l'on a pu s'en procurer, soit avec des linges trempés dans l'eau froide.

6*» Lorsque le malade commence à se réchauffer, ou qu'il se manifeste des signes de vie, on doit l'essuyer avec soin et le placer dans un lit qui ne doit pas être plus chaud que le corps lui* même. Il ne faut pas non plus allumer du feu dans la pièce où est le lit, avant que le corps n'ait recouvré entièrement sa chaleur naturelle.

7o Aussitôt que le malade peut avaler, on peut lui faire prendre un demi-verre d'eau froide, dans laquelle on a ajouté une cuillerée à café d'eau de mélisse, d'eau de Cologne, ou de tout autre spiri* tueux.

8*" Si, au contraire, l'asphyxié avait de la propension à ^engoa^ dissemcnt, on lui ferait boire un peu d'eau vinaigrée, et si cet assou* pissemcnt était profond, on administrerait des lavements irritants, soit avec de l'eau salée, soit avec de l'eau de savon.

Il est inutile de faire observer que de toutes les asphyxies, l'as* phyxie par le froid est celle qui laisse, selon l'expérience des pajs septentrionaux, le plus de chances de succès, môme après douze oo quinze heures de mort apparente.

Mais, d'un autre côté, cette asphyxie exige aussi plus que toute autre une grande précision dans l'emploi des moyens destinés à la combattre, et notamment dans le réchaulTement du malade.

A«pbj&lés par straiiffalailoii oo suspeiiflloii (peméÊÈr ft«m). — 1° La première opération à pratiquer consiste dans ce cas à détacher, ou plutôt, pour aller plus vitu, à couper le lien qui entoure

le cou, et s'il y a suspension (pendaison), à descendre le corps en le

soutenant, de manière qu'il n'éprouve aucune secousse. Tout cela

doit être fait sans délai, et sans attendre l'arrivée de l'officier public.

Il faut, tout aussitôt ensuite, enlever ou desserrer les jarretières,

la cravatte, les cordons de jupon, le corset, la ceinture de culotte,

en un mot, toute pièce de vêtement qui pourrait gêner la circulation.

2^ On placera le corps, toujours sans lui faire éprouver de

secousses, selon que les circonstances le permettront, sur un lit, sur

an matelas, sur de la paille, etc., de manière cependant qu'il y soit

commodément, et que la tête, ainsi que la poitrine, soient plus

élevées que le reste du corps.

5* Si le corps est dans une chambre, on doit veiller à ce qu'elle DC soit ni trop chaude, ni trop froide, et à ce qu'elle soit aérée.

&* Il est instant d'appeler le plus tôt possible un homme de l'art, parce que la question de savoir s'il faut ou s'il ne faut pas pratiquer une saignée reposant» en grande partie, sur des connaissances anatomiqucs, et sur l'examen de la direction de la corde ou du lien, il n'y a que le médecin qui puisse bien apprécier les circonstances de ce genre et ordonner ce qui convient.

b" Après l'enlèvement du lien, si les veines du cou sont gonflées, la face rouge tirant sur le violet; si l'empreinte produite par le lien est noirâtre, et si l'honmie de l'art tarde d'arriver, on peut mettre derrière chaque oreille, ainsi qa'à chaque tempe, six à huit sangsues.

6* Si la suspension ou la strangulation a eu lieu depuis peu de minutes, il suffit quelquefois, pour rappeler le malade à la vie, de bire des affusions d'eau froide sur la face, d'appliquer sur le front et sur la tête des linges trempés dans de l'eau froide, et de faire en même temps des frictions aux extrémités inférieures.

7* Dans tous les cas il faut, dès le commencement, exercer sur la poitrine et le bas-ventro des compressions intermittentes, comme pour les noyés, afin de provoquer la respiration.

8* On ne négligera pas non plus de frictionner l'asphyxié avec des flanelles ou des brosses, surtout à la plante des pieds et dans le creux des mains.

9* Dès qu'il peut avaler, on lui fait prendre par petites quantités de Teau tiède, additionnée d'un peu d'eau de mélisse, de Cologne, de vin, ou d'eau-de-vie.

10" Si, après avoir été complètement rappelé à la vie, le malade éprouve de la stupeur, des étourdissements, les applications d'eau froide sur la tête deviennent utiles.

11* En général, il doit être traité, après le rétablissement de la vie, avec les mêmes précautions que les autres asphyxiés.

AmphjiLÎém pav la eluilear. i— 1* Si Tasphyxie a eu lieu par l'effet du séjour dans un lieu trop chaud, il faut porter Tasphyxié dans un endroit plus frais, mais pas trop froid, le débarrasser de tout vêtement qui pourrait gêner la circulation.

3^ Dans toute asphyxie par la chaleur, la première indication à remplir est de débarrasser le cen^eau, en tirant du sang. S'il n'y avait pas de médecin pour pratiquer une saignée, et que quelqu'un des assistants tCd apte à le faire, il ne devrait pas hésiter un seul instant, principalement dans les contrées et les saisons chaudes.

S"* Les bains de pieds médiocrement chauds, auxquels on peat ajouter des cendres ou du sel, sont indiqués.

b^ Tout aussitôt que le malade peut a\'aler, il faut lui faire boire par petites gorgées de l'eau froide acidulée avec du vinaigre ou do jus do citron, et lui donner des lavements d'eau vinaigrée, mais un peu plus chargée de vinaigre que l'eau destinée à être bue.

Les boissons aromatiques ou vineuses sont toujours nuisibles en pareil cas.

S"" Si la maladie persiste, si elle fkit des progrès, et si aucun des assistants n'est apte à pratiquer une saignée, on peut sans attendre l'arrivée du médecin, appliquer huit à dix sangsues derrière chaque oreille, ou quinze à vingt à l'anus.

6"* Si l'asphyxie a été déterminée par l'action du soleil, conune cela arrive surtout aux moissonneurs et aux militaires, le traitement est le même ; mais il faut, dans ce cas, insister sur les applications d'eau froide sur la tête. Il est à noter que c'est surtout dans ces circonstances que la saignée est efflcace.

Etat des objets qui doivent être contenus dans les boites de êsemm, suivant l'ordre dans lequel on les emploie ordinairement, — !• One paire de ciseaux de 16 centimètres de long, à lames mousses; 2*un peignoir de laine ; 3" un bonnet de laine ; U* un levier do bois ; 5* un caléfacteur de demi-litre à un litre ; 6** deux frottoirs de laine; 7** deux brosses ; 8° une bassinoire à eau bouillante ; 9* le corps de la machine fumigatoire; 10" son soufflet; 11" un tuyau et une canule ftimigatoires ; 12° une boîte contenant du tabac à fumer; 13* une seringue à lavement, avec canule ; W une aiguille à dégorger la canule; 15" des plumes pour chatouiller la gorge; 16" une cuiller étamée ; 17" un gobelet d'étain; 18" un biberon ; 19" une bouteille contenant de reau-de->ie camphrée ; 20" un flacon contenant de l'eau de mélisse spîritueuse; 21" un flacon renfermant un demilitre d'alcool ; 22" une petite boîte renfermant plusieurs paquets d'émétique de 10 centigrammes chacun; 23" un flacon à l'émcri à large ouverture, contenant 500 grammes de chlorure de chanx en poudre; 24« un flacon de 200 grammes de vinaigre; 25* un

ASSAINISSEMENT. iSi

flacon à l*éineri contenant 50 grammes d'éthcr sulftirique ; 26*" un flacon à l'émeri renfermant 50 grammes d'ammoniaque (alcali volatil); 27* 100 grammes de sel gris, en trois paquets ; 28'' des bandes k saigner, des compresses, de la charpie ; 29* un nouet de poivre et de camphre, pour la conservation des objets de laine ; 30* une palette; SI* un briquet.

Outre ces objets, on placera un thermomètre centigrade dans cbar que localité où il sera possible de le faire.

BiliKff phât. — Han:, Nowdla rtdurckêê nr la êtcaun â donntr nm noyéi et upkjfsîéu Paris, I8S5. — Bêeudl de$ frù^eiptm» travaux di$ catudU de êalnMté ém iàpartemewt iê tàubtii leptembre 1885, p. 68. — Ollifier (d*Aiigcn), Relation mHkéÊlg iêê éwénementê êvrwwui au ekamp de Mars, le i& Juillet 1897 {Bulletin de fàêoêàwdê de mideelme^ t, I, f. 881). -^ Toardo, Relation médieale det aeph^miei eMêdomméêt d Stra$èour§ par k $êt de l'éeUiragê. Paris 18dl« «^ Goérard, Okêêrm nlhuê Mur Uê meoure d doùn$r au9 noyée el aim aephfxiéi (Annàlêê d*k$fgièaÊ% etOtt WO, U XUV, p. tu).

Ji 89 AimssranmT.-— L'assainissement consiste dans lareçherdie et l'emploi méthodiques des moyens propres à faire disparaître les cause d'insalubrité très diverses, qui peuvent exister d'une manière fixe ou accidentelle dans les différentes localités ; en d'autres termes, rassainitsement est l'objet même de la salubrité, et pour ainsi dire, « la partie essentielle de l'hygiène publique.

On comprend, d'après la généralité de ce terme et des sujets qu'il embrasse, qu'il ne saurait donner lieu ici à de longs développements, el que les détails importants qui s'y rattachent doivent être exposés k part et avec tout le soin nécessaire dans un grand nombre d'articles spéciaux. Nous avons voulu seulement rappeler quelques principes généraux qui permettront de considérer d'un seul coup d'œil l'enlemble des moyens d'assainissement, et réunir dans une même indication bibliographique la liste sommaire des principaux travaux qui ont eu en vue quelques-unes des formes de l'assainissement.

L'air, les eaux, le sol, tels sont, dans l'ordre éternellement vrai, indiqué par le père de la médecine, les sources où Thomme puise la vie, et dont l'altération peut engendrer la maladie et la mort. C'est k entretenir leur pureté et à détruire les principes délétères qui peuvent s'y former ou s'en dégager, que doit tendre l'hygiéniste et que doivent concourir les méthodes rationnelles d'assainissement. Elles «'adressent dans ce cas aux conditions géographiques, géologiques et dimatologiques d'un lieu, et peuvent consister dans ces grands travaux de colonisation, de défrichement, de dessèchement et de cultnre, qui transforrafent peu à peu la face du globe, et marquent en quelque sorte, dans chaque pays, les premiers pas de la civilisation, A un point de vue non moins élevé, mais plut restreint, les causes

d'insalubrité peuvent se montrer dans les lieux habités à reztérienr ou à l'intérieur des habitations, et dépendre soit de ragglomération des hommes, soit de leurs travaux et de leur genre de vie ; d'où résulte la double nécessité* de pourvoir à l'assainissement des villes au moyen d'une bonne voirie, et à celui des édifices tant publics qae privés, par la surveillance active et l'amélioration constante de leun dispositions et aménagements, aussi bien que des procédés industriels usités dans certaines professions plus ou moins incommodes ou insalubres.

Le savant M. Chevreul, dans une communication pleine d'intérêt faite à l'Académie des sciences le 16 novembre i8&6, a parfaitement résumé les principes de l'assainissement des villes. Les moyens propres à y assurer la salubrité sont les uns préventifs, les autres curatifs. Les premiers consistent à diminuer la masse des matières organiques qui pénètrent dans le sol : tels sont l'établissement des sépultures et des voiries hors des villes, la bonne construction des fosses d'aisance, le lavage des ruisseaux des rues par les fontaines, les multiplications des égouts dans lesquels de\Tont se trouver les conduites d'eau et celles du gaz de l'éclairage. Les moyens cuiatifs sont de trois ordres : par les uns, on fait arriver Toxygëne atmosphérique et la lumière partout où existent des matières organiques susceptibles de devenir insalubres par un commencement de décom- ^ position. Par l'influence réunie de ces deux agents, les matières dont il s'agit se brûlent lentement et se transforment en eau, en adde carbonique et en azote. C'est à cet ordre de moyens qu'appartiennent l'élargissement des rues, l'agrandissement des cours, etc. Un second moyen d'assainissement est le percement de puits où l'eau se renonvelle avec facilité et où l'on puise incessamment. En effet, cette eaa reçoit directement l'action de l'oxygène atmosphérique; toutefois l'efficacité de ces puits est fort limitée, à raison des conditions qu'ils offrent dans les cités populeuses dont le sol est infecté. Les plantations constituent un troisième moyen d'assainissement et de purification du sol , puisque les arbres ne peuvent s'accroître qu'en y puisant des matières altérables, cause prochaine ou éloignée d'infection. Mais ces plantations doivent être faites avec intelligence quant au nombre, à la répartition et môme au choix des arbres. U importe en effet que les racines puissent, tout en s'étendant assez, satisfaire au besoin des espèces qu'on plante, sans jamais être exposées i atteindre un sol infecté où l'oxygène atmosphérique ne pourrait pas pénétrer.

Dans l'intérieur des habitations, la capacité proportionnée ao nombre des habitants, le renouvellement de l'air confiné, l'absorptioo des principes étrangers qui peuvent s'y mêler, constituent les pr^

mières conditions de TassaiDisseraent. La science possède les moyens de les remplir. Nous amx>ns plus d'une fois l'occasion de signaler les procédés de chauffage et de ventilation à l'aide desquels on peat renouveler et purifier l'atmosphère, et auxquels restera attaché avant tout autre le nom de d'Arcet; nous ferons connaître aussi'les perfectionnements souvent merveilleux par lesquels se corrige incessamment l'insalubrité de certaines professions. La science est d'ailleurs sur ce point sanctionnée par la loi qui, soit en prescrivant l'assainissement et môme l'expropriation des habitations malsaines, soit en réglementant les établissements industriels, a favorisé par les plus louables progrès l'assainissement des lieux habités, et amé* iioré les conditions essentielles de la vie humaine.

II est à regretter que dans quelques circonstances les intérêts particuliersy l'ignorance surtout et les préjugés viennent, ainsi que l'a montré Pareni-Duchàteiet, mettre obstacle à la réalisation des projets les plus utiles à la santé publique. Il importe que l'administration et les conseils dont elle est entourée ne fléchissent pas dans l'accomplis* sèment de toutes les mesures tutélaires, et ne s'arrêtent pas dans les voies de progrès od pourraient nous devancer des nations Tobines, qui ont tant fait dans ces derniers temps pour l'assainis* sèment des villes et la propagation des Inenfaits de l'hygiène publique. -

liais la grande question de l'assainissement des villes qui, depuis ces dernières années et aujourd'hui encore, est à l'ordre du jour exige des développements particuliers. La grande méthode d'assainissement c'est la circulation de l'eau, et nous ne pouvons mieux &ire pour l'exposer sous son vrai jour que de donner un aperçu de la vaste enquête à laquelle un ingénieur des plus distingués, H. Mille, a procédé en 1855 en Angleterre.

Le travail de M. Mille est divisé en trois parties : la première ren^ ferme des détails administratifs d'un grand intérêt; tout en regrettant que le délaut d'espace ne nous permette pas de la reproduire en eatier, nous en avons intercalé quelques passages dans les deux autres que nous donnons presque textuellement.

Nous verrons successivement, dit l'auteur de ce travail : 1"* dans Undres, l'assainissement de la .Cité, le projet des égouts latéraux à la Tamise, et le service amélioré des eaux de rivière ; 2» Dans Glascow, le service des eaux de montagne ; 3^ Dans Rugby, un service combiné d'eaux pures prises au drainage du sous-sol et d'égouts de petit diamètre exécutés complètement en poterie.

Londres. — La Cité est une place de commerce , avec un trafic énoraie entre le pont de Londres, la banque et Temple-Bar, avec des maisons occnpéesi depuis le bas étage jusqu'au troisième, par

des magasins ou des comptoirs. A côté des mes de grande circulation, il faut voir des cours et allées étroites où s'entassent, dans de petites maisons, des familles d'ouvriers. L'administration est id compacte ; elle est représentée par le lord maire assisté des aldei^ men ou adjoints et du common council ou conseil municipal , chaque branche importante du service ayant d'ailleurs à sa tête un comité spécial, comme la commission des égouts dont nous allons parler.

L'institution des commissions des égouts remonte à Henri Vni; mais pour chaque localité le titre organique eçt presque ioujoarsi non le statut général, mais un acte spécial du parlement La com» mission de la Cité réorganisée par les actes de 1848 et 1851, iU alors investie des attributions les plus étendues en matiôre d'assat nissement et de viabilité.

Les commissaires nommés par le conseil et présidés de droit par le lord maire, ont pouvoir de construire, réparer ou prescrire tout égouts ou drains qu'ils jugeront nécessaires ; ils sont chargés, en même temps, du pavage, du nettoiement et de l'éclairage des voies publiques; ils arrêtent les alignements et les percements; Usent enfin la police des logements et des établissements insalubres. C'est la commission qui délivre les autorisations, fait les commandements, arrête les projets, passe les marchés et décide même les expropriations.

A la tête du senice d'exécution se trouvent un ingénieur qui dirige les travaux et l'entretien, un médecin qui surveille les mesures d'hygiène, et un secrétaire qui centralise les affaires et la comptabilité. Les frais sont couverts au moyen d'un taxe d'entiron 6 0/0 sur le montant des loyers, taxe qui porte le nom de consolidée, à raison de la i\ision des services qu'elle alimente. Le revenu est d'environ 2 000 000 de francs; il constitue le budget des travaux publics. Voyons maintenant l'administration à l'œuvre.

La Cité est pavée et bien pavée ; les trottoirs, les cours et lei allées sont dallés en pierre blanche ; le bitume est peu employé à Londres. Pour le drainage, il y a sous les voies publiques 80 kilomètres d'égouts ; c'est presque moitié de ce qu'il y a dans Paris. Pas de bornes-fontaines lavant les ruisseaux, parce que les maisons versent directement à l'égout; au lieu des bouches sous-trottoirSi des grilles à siphon en simple poterie. Les trappes de regard sont sur le trottoir. Les ventilateurs ou petites cheminées d'aérage dos galeries coupent seuls la continuité du pavage.

Le nettoiement des rues i\it fait, de 1852 à 1853, par le itne^ ordely System^ service qui consistait à avoir sur place asser d'hommes et assez de matériel pour enlever la boue et la poussière aa for et à mesure qu'elles se produisent. A l'expiration du déU

d'essai, au 25 juin 185&, les dépenses, qui avaient doublé, forent trouvées excessives, sans que le résultat parût satisfaisant ; on réso* lut de borner le travail à un seul nettoiement par jour dans chaque rue, nettoiement qui doit être parfait et pour lequel on a passé des marchés à forftdt.

Pour un bloc de 125 000 fr., l'entrepreneur est tenu de balayer, curer à vif et débarrasser de toute ordure, chaque jour, les rues de grand trafic, avant neuf heures du matin; les cours et les allées, aTant une heure. Un second balayage peut être prescrit dans la journée par l'inspecteur, si les circonstances Texigent. Deux fois par semaine, l'entrepreneur va prendre dans les maisons particulières les débris^ les épluchures, les cendres déposés ordinairement en hce de la cuisine, dans le bas étage, sous le trottoir. Tous les tra* ranx doivent être faits à l'entière satisfaction de la commission ; et en cas de procès-verbal, il y a pénalité par des amendes de 250 flr.

Les boues et les immondices sont dirigées sur des dépôts établis dans la campagne, où Ton vient prendre des engrais pour la petite cnlture. Il n'y a, du reste, rien de bien organisé en ce genre.

Quant aux égouts, on les nettoie le plus possible par des chasses ; on t^mine par le curage au rabot et à la pelle, et par l'enlèvement m tombereau. H parait que les matières solides proviennent en grande partie des ordures qu'on jette furtivement par les grilles ou trappes d'eau ; car, en principe, les égouts ne doivent recevoir que les Uquides non susceptible» de former dépôt et d'obstruer les ra* diers; mais les prescriptions à cet égard sont souvent éludées,

La question du service d'hygiène est la plus neuve à examiner.

Le territoire est coupé en six sections confiée? à des inspecteurs qui, pour les travaux et la surveillance, relèvent de l'ingénieur, mais qui, en môme temps, rendent compte au médecin chef de Hygiène. Toutes les semaines ils visitent un certain groupe de mai-* ions et ils remettent une note spécifiant quelles sont les habitations à laver et à blanchir à la chaux, à débarrasser de leurs ordures, à paver dans les cours ou les caves, à approvisionner d'eau, à drai« ner, à ventiler, enfin à assainir d'une manière quelconque. Le méde* cin visite les lieux, juge les propositions des inspecteurs, et dresse une feuille de signalement, fixant les prescriptions à imposer à chaque habitation.

Sur le vu de la feuille, des commandements sont remis au propriétaire, qui doit s'exécuter dans un délai ne dépassant pas quinzaine. S'il s'agit de drainage et d'améliorations essentielles, la formule a la teneur suivante :

«Ordonne la commission , que M , propriétaire, rue ,

^^* , ait à exécuter, dans le délai de , la jonction souter»

» raine de la maison avec l'égout publique. Les privés ou waler- )» closets seront munis de fermetures hermétiques, et pourvus de B Tcau nécessaire pour emporter les vidanges. Les cours, écuries, 0 cuisines et toitures perdront aussi souterrainement leurs eaux. )) Une citerne et un appareil convenable seront établis, pour assurer » aux occupants un approvisionnement suffisant de belle et bonne )) eau ; enfin, les fosses actuellement existantes seront vidées, pois » comblées avec des remblais de bonne qualité. »

A ce commandement est joint un plan complet de drainage, dressé par l'ingénieur et présentant les plans, profils et estimations de h pose des conduits. L'exécution jusqu'au rez de façade appartient à la conmiission. Les travaux intérieurs concernent le propriétaire, si mieux il n'aime les confier à l'entrepreneur public. De toute façon, le plan et les niveaux sont obligatoires. La copie représentant l'état des lieux reste déposée aux archives.

En 1853, les inspecteurs ont visité 31^7 maisons; c'est un pea plus d'un cinquième de la Cité ; 1587 signalements ont été envoyés, et le nombre des maisons drainées s'est élevé à 280.

Il faut remarquer que, sur 16 000 maisons composant la Cité, il y en a à peine /iOOO qui ne soient pas drainées ou dont le drainage ne soit pas officiellement connu. En imposant d'office Teau et leixntercloset, on attaque des exceptions, on poursuit des logements notablement insalubres. Les maisons qui n'ont pas l'eau dans l'habitation et la perte des vidanges à l'égout sont dans un état d'infériorité réelle, comme les maisons qui, à Paris, n'ont pas encore de trot< toirs.

Pour poursui\Te une œmxe d'amélioration commencée avec tant de vigilance et de fermeté, le médecin distingué qui dirige l'hygiène, M. J. Simon, propose d'interdire, à partir du mois de mai, toute tranchée dans les bas quartiers, là où le sol est formé d'une boue qoi fermente par la chaleur; il désire qu'en attendant le service d'ean à robinet libre, on obtienne le remplissage régulier des citernes toos les jours ; enfin il représente comme de la dernière urgence de provoquer la construction d'égouts latéraux , qui verseront hors de l'atmosphère de la ville les eaux infectes qui salissent la rivière en tous les points de son cours.

L'idée des égouts latéraux est, du reste, complètement acceptée aujourd'hui ; elle a été étudiée à fond par M. Forster, ingénieur de la grande commission de la métropole. Les projets, un peu modifiés après sa mort, ont enfin reçu l'assentiment des enquêtes préparatoires et sont actuellement soumis au parlement.

M. Mille donne la substance des projets de M. Forster, lesquels consistent à diviser la rive gauche et la rive droite de Londres ea

plusieurs bassins. Le drainage de chacun de ces bassins est recueilli, soit par le lit d'un ancien cours d'eau mis en galerie et chargé de rassainissement des communes rurales, soit par des égouts latéraux, véritables grandes artères, affectés les uns aux districts élevés de la ville, et les autres au service de l'agglomération la plus compacte et la plus exigeante. Ces égouts aboutissent à des espèces de puits ou dépotoirs, où les eaux, amenées par la gravité, sont reprises par des noachines et élevées à un niveau supérieur de 10 mètres. Cette disposition a pour but de renvoyer les eaux à la mer, à un point où la marée ne puisse en repousser les produits vers Londres. Une branche mère ou réservoir couvert est- destiné à emmagasiner les pro* duits à marée haute et à alimenter de produits chimiques ou d'en* grais les usines qui voudraient venir prendre des matières premières. Il est un point sur la rive droite où, faute de pouvoir rattacher l'assainissement au système général, on est obligé de traiter avec la Compagnie générale des engrais, et de supposer que toutes les eaux seront travaillées et renvoyées pures à la rivière. Le projet de travailler les eaux d 'égouts pour en faire des engrais solides a déjà été régulièrement autorisé pour une ville de 70 000 âmes, Leicester, qui a traité avec une Compagnie dont les travaux sont presque terminés. Le procédé consiste à précipiter les matières organiques par la duuix, à reprendre le précipité par une vis d'Archimède, à le dessécher par les turbines et à le découper en mottes susceptibles d'être portées au loin.

L'amélioration par les égouts latéraux est, en définitive, un vaste traTail qui ne représente pas moins de ^0 millions de dépense, et (|ui ne peut être mené à fin que successivement.

En 1850, neuf Compagnies avaient le privilège de la distribution des eaux. Elles s'alimentaient toutes à la Tamise ou à ses afQuents, et versaient dans la consommation journalière l'énorme quantité de 200 000 mètres. Au bout de l'année, c'était assez pour représen^ 1er la pluie tombée sur l'étendue de la métropole. Si l'on observe qu'à peine 22 000 mètres ou 11 0/0 allaient aux services publicsi chassés dans les égouts, arrosement des rues, incendies, on jugera que le service domestique était largement traité. Des 288 000 maisons composant l'agglomération (ce chiffre atteint aujourd'hui 300 000), 270000 avaient des abonnements; 18 000 ou 6 0/0 s'alimentaient encore par des pompes ou des bornes-fontaines; il y avait, en défioitive, pour chaque maison 7&0 litres par jour ; la quantité eût été suffisante si la qualité et le mode de distribution n'eussent été ûnparfaits»

En général, on trouvait dans les cours un tonneau ou une cuve de plomb remplie chaque jour par la Compagnie. Le réservoir était sou-

vent en mauvais élat, le bois vieux et échauffé, le plomb sali ou altéré. L'eau, après un séjour de vingt-quatre heures, se cou\Tait de poussière, de corps étrangers, d'infusoires ; elle absorbait les gai infects qui passaient au-dessus d'elle, et devenait une boisson détestable. Le matin, avant l'ouverture des robinets, il fallait la fiiirc couler en pure perte à Tégout. Le système intermittent était évidemmenl mauvais et onéreux pour l'habitant, dispendieux môme pour la Compagnie, en grossissant les conduites, en multipliant les appareilSf les chocs, les causes de rupture.

Mais la qualité surtout était défectueuse. L'eau puisée dans la Tamise, aux points salis par la marée ou par le drainage de la métropole, n'était pas môme filtrée. Elle ét<iit donc livrée corrompue par des matières organiques en pleine décomposition. De plus, par sa nature et quelque bien clarifiée qu'on la prit, elle restait fortement calcaire et dure ; or une eau dure contrarie tous les usages domestiques ou industriels. La dureté des eaux peut se mesurer : elle réside dans la proportion des sels calcaires ou des bicarbonates que contient l'unité de volume. En adoptant le procédé du docteur Clarke, qui, répétant l'expérience de toutes les ménagères, salure les bicarbonates par le savon lui-môme, on peut classer les eaux d'après la quantité de savon qu'elles absorbent avant de devenir mousseuses. On trouve ainsi que l'eau de la Tamise marque 16 degrés, tandis que les eaux de montagne qui alimentent Glascow ne marquent guère que 5 degrés.

La commission d'cnquôle nommée en iSUS maintint les eaux de rivière dans la distribution , mais sous la condition qu'elles seraient prises en amont de la marée et préalablement filtrées. Deux Compagnies déjà se sont exécutées et ont satisfait aux prescriptions nouvelles sous l'habile direction de leur ingénieur, M. Simpson, aujom^ d'hui président de la Société des ingénieurs civils.

Les derniers flots de la marée viennent mourir un peu au-dessous de Tkamei Ditton^ à 33 kilomètres de Londres, bien au delà du parc de Eichmond. C'est en face des ombrages i'ffampton Court, choiiii par le cardinal Wolsey, à cause de l'air salubre qu'on y respire, qae les prises nouvelles ont été placées^ La rivière, semblable à un canaif oirculc au milieu des prairies et des lies, et roule sur un fond de eailloiu: et de gravier.

Sur la rive droite, on a élevé un long mur de quai, et sous sa pKH tection on a^ en arrière, creusé des bassins à talus perreyés. Un pri< mier système reçoit les eaux et leur donne le temps de déposer; on second système les filtre en leur faisant traverser des couches de sable et de gravier posées sur drains; la production moyenne est de 1 mètre cube par mètre superficiel et par heure* Les eaux, ainsi clarifiées par le drainage se rendent au puisaid des pompes, qui» an

aomhfe de quatre, les refbulent sur les réservoirs, au moyen d'une eonduiteenfonfedeO",75 de diamètre. Le réservoir, pour Tune des Compagnies, est sur une hauteur appelée Brxxton Bill y à 18 kilomètres de distance et à 36 mètres de hauteur. Le travail journalier est de 45,000 à &8,000 mètres en vingt-quatre heures. Toutes les dispositions sont prises pour doubler la production, le jour où la Com«» pagnie verra la nécessité de s'agrandir.

Ces données d'un service par machines sont traitées avec un soin extrême dans les détails.

Les filtres puisent directement à la rivière quand les eaux sont belles ; au mcmient des troubles, les bassins de dépôt fonctionnent tomme réserve; on peut, d'ailleurs, marcher à simple ou à double filtre, suivant la quantité des matières en suspension. Pour la vidange^ an jours de nettoyage, il y a des conduites de décharge aboutissant ^ à des pompes spéciales qiii peuvent élever beaucoup d'eau à une lai* \ ble hauteur en peu de temps.

f Les pompes maltresses, à gros diamètre (0b,60) et à grande course (]*,&0}, sont tme heureuse combinaison de la pompe aspirante et de la pompe foulante ordinaires; il y a la soupape mobile de Tune et le piston plongeur de Tautre; il en résulte qu'il y a mouvement de la colonne ascensionnelle dans les deux périodes de la course. Les soupapes sont à boulet, ouvrant et se fermant toujours parallèlement à l'axe.

Chaque pompe a son balancier et sa machine spéciale ; mais elle est conjuguée avec la pompe voisine au moyen d'un volant commun. 0& peut se figurer la chambre des machines, en imaginant quatre iNllancierB, mus, chacun, à une extrémité, par les pistons d'un double cylindre, et emportant, à l'autre extrémité, les tiges des pompes; entre chaque couple, un volant et un réservoir d'air régularisent les ifimtions et dans le moteur et ddils la conduite.

Les machines sont du système de Woolf, à deux cylindres, à dé* tetite et à condensation; elles réprésentent 800 chevaux par paire; dles marchent soit en service sinlple sur le réservoir, soit en service mixte lorsqu'il y a distribution en route; elles varient à la main du mécanicien de à à 14 coups à la minute , saUs que lé moindre bruit Hppe Inattention. Enfin, lé travail en plein, quand les quatre pom^ pes mises en jeu envoient au réservoir près de 2000 mètres par beure, est si régulier que la colonne manométrique de b5 mètres^ mesurant la charge, varie à peine de 2>",ft0 à chaque oscillation des tiges.

Quanta la consommation^ elle est réduite par des précautions con* stamment attentives. Les chaudières longues et à foyer central utilisât, par une combustion lente, toute la chaleur de la flanune; k

peine si l'on ramasse des cendres dans le foyer, et si la ftimée se distingue au haut de la cheminée. On ne brûle pas 2 kilogrammes par heure et par force de cheval.

Si l'on cherche à apprécier le degré de perfection d'une machine d'après la réalisation plus ou moins compliquée des conditions théoriques du travail, on pourra critiquer le choix des machines à balancier, alors qu'un cylindre moteur, placé directement au-dessus des pompes, eût supprintié les transmissions; mais on approuvera le double effet des pompes, en vertu duquel la colonne ascensionnelle reçoit, dans la conduite, une double impulsion, et ne prend plus que des oscillations réduites à moitié. A l'occasion des filtres, on sera porté à penser que le drainage de si larges surfaces de sables n'est encore qu'une approximation , et qu'il faut arriver à puiser directement dos eaux filtrées dans la ri\ière, en usant de la force horizontale du courant pour créer un filtre self-actingy se nettoyant lui-même. Mais, si l'essentiel en industrie est de faire des machines douces, mft* niables, régulières, consommant peu et rendant des produits, les installations de M. Simpson sont excellentes, et il suffirait de les répéter pour organiser tout de suite ailleurs un bon service d'eaux de rivière.

Glascow. — Mettons en regard des installations mécaniques appliquées à Thames Ditton^ le ser>'ice par la gravité, tel qu'on le trouve ï Glascow, à Manchester, à Livcrpool, là où il y a, dans les montagnes, des eaux coulant sur le roc et des terrains livrés seulement au pacage des troupeaux. Il faut aussi qu'on ait, comme dans le Nord, des pluies annuelles de plus de 1 mètre, qui, après évaporation et absorption, laissent encore une hauteur disponible de 60 centimètres. Un bassin de 1000 hectares, par exemple, va procurer tout de suite 6,000,000 de mètres, qui, ramassés dans un creux de vallée, deviendront un approvisionnement suffisant pour alimenter une distribution journalière 15 à 16,000 mètres. C'est ce que l'on trouve à Glascow.

Glascow a commencé, depuis un siècle, à profiter des avantages de sa position et de son sol. La construction des navires à vapeur le long de la rivière, la fabrication des tissus de coton sur les collines, la production de la fonte, du fer et des métaux, qui abondent dans l'étendue même du bassin houiller, développent singulièrement l'ac^ tivité d'une population de /iOO,000 Âmes. La rive droite est alimentée en eaux de rivière par une Compagnie ancienne, qui, au moyen de sept pompes et de trois conduites maîtresses, répand journellement 50,000 mètres d'eau filtrée; mais les charges du service sont lourdes, La ville tend à se porter vers la mer ou à monter sur des hauteurs qui dominent de 60 à 90 mètres la vallée. Les machines travaillent vingt* deux heures, et il n'y a pas de résenoirs d'extrémité. Aussi la rive

gauche est-elle abandonnée à une autre Compagnie, qui, elle, fonctionne par le principe de la gravité, fait descendre sans frais, dans Glascow, des eaux de montagne réunies sur une paroisse, à 10 kilomètres de distance et à 68»,50 de hauteur au-'dessus des quais de la rivière de la Clyde. Les projets et les travaux sont de M. Gale, ingénieur, qui a, le premier, appliqué en grand les réserves en pays haut.

Un ruisseau a été barré avant qu'il descende aux usines et aux blanchisseries établies sur son cours. Quoique réduit, le bassin de collection représente encore 1100 hectares. Les eaux de pluie et de sources, très pures parce qu'elles ont traversé un sol à peine cultivé et qu'elles ODt coulé sur le basalte, descendent dans de grands étangs étages, en suivant le profll et les anfractuosités de la vallée. A chaque gorge est on remblai de 25 à 30 mètres de hauteur, traversé par les conduites on les puits de communication, c'est-à-dire que, pour puiser aux couches ou les plus reposées, ou les plus fraîches, il y a au dernier étang une tour avec des robinets-vannes situés à différents étages ; on OQvre à hauteur convenable, et Ton envoie sur des ûltres de sable et de gravier, qui unissent la clarification déjà commencée par le repos. L'eau ainsi versée dans la distribution est limpide, fraîche et très pore; elle convient et pour les usages domestiques et pour l'industrie, car elle est d'une qualité supérieure. Il faut remarquer les faibles dépenses du service; un simple gardien suffit à la manœuvre des Tiones et à la mise en charge des conduites.

On a eu soin de tracer à l'ancien cours d'eau un lit latéral qui sert de décharge ou de déversoir; de cette façon, les troubles qui, par les fortes pluies d'hiver, arrivent chargés de tourbe ou d'argile, trouvent un écoulement sans pénétrer dans les étangs.

D'autres fois, comme à Manchester, où les étangs sont plus vastes et plus multipliés, on reçoit les troubles dans des compartiments spéciaux, et on les utilise pour le service des usines inférieures. L'aménagement des eaux dans la montagne présente alors trois fonctions : préserver la vallée, alimenter les usines, et livrer des eaux pures à la distribution. Mais comme la sécurité du service veut des appro- Tisionnements de 100 à 120 jours, on arrive à des réserves énormes. A Glascow, les trois étangs exécutés ou à finir tiendront U 560 000 mètres cubes. A Manchester, où l'on a travaillé pour une population de 400 000 âmes, la réser\'e est de 18 000000 de mètres cubes; ce sont de véritables bassins d'alimentation de canaux.

Glascow, avec deux sources d'approvisionnement qui lui assurent déjà 60000 mètres cubes ou 150 litres par habitant, n'en a pas encore assez. L'usage de l'eau y est singulièrement répandu. Dans les maisons aisées, on trouve parfois à chaque étage un water-closet,

TâlDfCif. — WCT. d'HTO. t. 1. ti

i 62 ASSA INISSExM ExXT.

un bain chaud cl un shoivet^-bath , espèce de pluie froide qui produit inie réaction salutaire en raison de Thumidité du climat. Des logements d'ouvriers valant de 125 à 150 francs de loyer ont un robinet de cuisine, un water-closet et un shower-bath, le tout pour 7 à 8 fr. de dépense annuelle fixée à environ 5 p. 0/0 de la valeur locativc. Enfin les industries de tissus et d'impressions consomment beaucoup. Or h Clyde, à l'opoquo des troubles, est noircie par la tourbe arrachée des montagnes, et les usines comme les ménages se plaignent. La Compagnie des eaux de rivière, poussée à bout par les exigences do service, a d'elle-même proposé d'améliorer sa distribution, en allant chercher une dérivation du lac Lubnaig, à 40 kilomètres de Glascow.

C'est alors que M. Bateman, ingénieur des eaux de Manchester, présenta un projet plus important et qui réunit immédiatement tontes les sympathies. Au lieu d'aller au lac Lubnaig par une route singoliôremont tourmentée , il s'agirait de remonter jusqu'au lac Ratrin. Ce beau réser\'oir de 1000 hectares de superficie est taillé dans le schiste micacé ; ses bords à pic sont à peine couverts de broussailles, et son bassin de 900 hectares reçoit des pluies annuelles de 1*40, représentant un minimum de 1",00, tant l'évaporation est faible sons ce ciel brumeux et froid. D'eaux plus vives et plus pures, il n'y en a pas ; elles contiennent à peine le quinzième de la chaux que présentent les eaux de la Tamise.

En manœuvrant le niveau de manière à lui donner une oscillatiofl totale de 1"',50, on forme une réserve de 15;000000 de mètres cubes, qui assurent un ser^•ice de 100000 mètres cubes pendant 150 jours de sécheresse. Le tracé entraine des souterrains dans te schiste micacé, le grès rouge et le basalte; mais la traversée des vallées est facih^ Avec sa longueur de 50 kilomètres environ, l'aquedoe ne coûterait que 15 millions; il déboucherait à 96 mètres au-dessos des quais de la Clyde, pourrait livrer 100000 mètres par jour, dès à présent, et plus tard le double, quand les besoins de la population l'exigeraient.

Tel est l'ensemble d'une entreprise qui absorberait les deux CodiH pagnies existantes et leur substituerait la ville, agissant dan» l'intérM général des administrés. La ville, en eff'et, poursuit l'aHkire devant te parlement.

Nous avons à dessein suivi le développement de la distribution I Glascow, pour montrer ce qu'on entendait, en Angleterre, parsenrirt de la gravité. La solution du lac Katriii en est la dernière expression. Au lieu de créer des étangs toujours insuffisants et singulièrement coûteux d'indenmités et de barrages, on choisit les lacs que la nature a placés elle-même au milieu des montagnes, et ces sites deviennent le point d'cippui de l'assainissement des grandes >'illes.

Rugby, — La grande commission instituée, en 1848, par le parieînt, sous le nom de General Board ofhealtk, posait en principe que n ne devait jamais séparer la distribution et le drainage, et recomlûdait, comme élément d'exécution, les eaux de sources et les faux de grès; elle établissait que les sources donnaient seules une a pure, limpide et fraîche, et que les tuyaux à pente forte et couot continu étaient les seuls égouts qui eussent la propriété de ne* s s'engoi^er.

t^lusieurs villes d'importance secondaire. Rugby, Croydon, Morth, Warwick, Douvres même, ont adopté les principes du Board; or assainissement a été créé de toutes pièces. L'entreprise est •fenue une œuvre purement municipale, dont les frais ont été cousis par une taxe proportionnelle, espèce d'impôt mobilier qui crée i Angleterre les ressources ouvertes chez nous par l'octroi. Nous décrirons Rugby, dont l'assainissement a été souvent cité; le rojet et l'exécution sont de M. Rammell, ingénieur inspecteur du ^wd.

Rugby, . petite ville de 8000 habitants et de 1100 maisons, est taée sur la pente d'une plaine cultivée qui descend au ruisseau de Avon. La circulation y est peu de chose. Dans la campagne, le sol rable est séparé des argiles bleues, du lias, par un lit de gravier, où s eaux de pluie circulent comme dans un filtre, en déposant les latiëres qu'elles tiennent en suspension et sans rien dissoudre. Aussi 4^1 suffi de poser des collecteurs sous deux grandes routes, pour :éer les artères d'une alimentation qui grossit au fur et à mesure que s propriétaires riverains veulent s'assainir en drainant ou en laissant wier leurs cultures. Comme le produit de ces sources artificielles I variable suivant les saisons, on le modère ou on l'accumule dans s diverses régions de la couche filtrante, au moyen de barrages de rre glaise échelonnés intérieurement sur les pentes. C'est par des anœmTes de vannes d'arrêt que Ton épuise l'une après l'autre les iserves qui ont eu le temps de se former dans les gradins successifs 1 sou&^sol.

Les eaux ainsi recueillies sur des points divers de la circonférence 1 bassin sont amenées par un tuyau de grès de 0«,18 à un réser^•oir »oterrain de 000 mètres cubes de capacité, puis reprises par les pom- » d'une machine horizontale de lO chevaux et refoulées au somet d^une tour qui domine de 33 mètres le pays. Là est la cuve rmant château d'eau, d'où part la conduite maîtresse qui circule ms la >'ille, et qui doit donner à chaque maison de Teau à discré- )n pendant la durée entière du jour. A cet égard, la promesse n'est nue encore qu'à moitié, car la conduite ne reste en charge que jus-

i 6/1 ASSALNISSEMENT.

qu'à midi, altcndu que la moitié seulement des terrains de collection est aujourd'hui drainée.

Sur les 1100 maisons, 700 à 750 ont exécuté leurs prises et ODtaQ moins deux robinets, l'un dans la cuisine, l'autre au water-closet. Le robinet de cuisine n'a de particulier, parfois, qu'un appareil selfacting^ pour l'alimentation du réservoir d'eau chaude ménagé dansic fourneau. Le water-closet a été réduit à quelque chose de fort simple. C'est, dans les maisons pauvres, une cuvette conique, de grès, sur montant un tube à siphon. Le bouton d'eau est à la partie supérieure ; on le manœuvre soit librement, soit par le mouvement de la porte, quand on redoute l'incurie des occupants.

Les pertes des cours et des cuisines sont établies sur le môme principe; elles consistent en une plaque percée de trous, avec tubei siphon, pour conduire les eaux à l'égout. Les divers branchements qui reçoivent les perles sont ordinairement en diamètre de 0»,10 a 0»,15; ils versent à un train principal qui a 0«,20 à 0"»,25, lequel aboutit à une ligne sous-chaussée de O^jSO et grandissant successifmenl jusqu'à 0»»,50, à mesuie que le nombre desaffluents «lugmcute. Le dernier tuyau qui jette le drainage au ruisseau d'Avon a môme 0«,55. Toute la canalisation est en poterie de grès émaillé, gris brun, dur et sonore. Les tuyaux ont l'assemblage par emboîtement et le^ joint se fait avec l'argile. La pose exige le plus grand soin dans la vérification des niveaux; et même, pour obvier aux tassements du sol, chaque tuyau est noyé au milieu d'un lit de béton.

Il n'y a pas de drain qui ait moins de 0°>,02 d'inclinaison dans l'habitation. Dans la rue, où les tuyaux sont en moyenne à 2*,&0 de profondeur de tranchée, il y a ordinairement aussi de 0",01 à 0»,(B de pente. Enfin, de distance en distance, on a ménagé des regards en forme de puits, arasant le dessus des drains, et permettant d*y introduire une chasse d'eau vive alimentée par la distribution.

On a complété l'amélioration, en passant un marché avec un fe^ mier des environs pour l'application des eaux d'égout à la culture. U fermier a acheté , au prix de 1250 francs par an , le droit de prendre i l'égout la quantité de liquide nécessaire à ses arrosements; il a d^ji construit des citernes, monté une machine de 10 chevaux, et commencé la pose des conduits au milieu d'une exploitation de 200 hectares. On reconnaît d'ailleurs que là où l'on a répandu les eaux, l'herbe est plus touffue et plus broutée par le bétail.

La canalisation sous les voies publiques a été exécutée par I* ville ; les branchements sont faits par le particulier. La part de b ville pour les travaux de machines, de conduites et de tuyaux, s'élève à environ 375000 fr.; les ouvrages particuliers ont varié de 125 ff-

à i 230 fr. par maison. Si Ton tient compte des compléipents reconnus nécessaires, de la pose d'une deuxième machine, d'une plus grande extension à donner au drainage des eaux pures ; si Ton aj(}ute les frais à faire dans les maisons encore non rattachées à l'assainissement, on arrive à un total de 600000 francs pour l'ensemble de la ville, bien pourvue d'eau et complètement drainée.

Les travaux de Rugby sont intéressants, non parce qu'ils ont procuré une distribution d'eaux souterraines et un drainage en tuyaux de grès, mais parce qu'ils ont sagement utilisé les ressources existant dans la localité. Ainsi le sous-sol était pénétré d'eau qui circulait dans un filtre naturel ; on en a profité pour assainir les cultures et porter dans l'habitation le service mécanique des eaux pures. Il y avait en ville de vieux égouts qui ne fonctionnaient que pour les ruisseaux des rues, on a posé tout à côté un système de lignes bien igencées comme tracés et comme pentes, dans lesquelles descendent immédiatement les eaux infectes de l'habitation ; et quand ce contint abondant, mais sale, va tomber au ruisseau, on le livre au cultkatcur, qui le répand comme engrais liquide sur ses champs et ses prairies. La terre qui a donné l'eau pure en reçoit l'engrais.

n y a, dans cette rotation si conforme aux lois de la nature, une idée qui méritait de préoccuper des hommes désireux d'améliorations. Il est certain que, pour beaucoup de petites agglomérations situées au milieu de la campagne, le service combiné est applicable et serait un bienfait.

Au retour de la course que nous avons faite à travers l'Angleterre jusqu*aux lacs d'Ecosse, après avoir entendu des avis bien firers et visité des travaux conçus sur des bases complètement diflirentes, nous avons à nous demander ce qui est bon, ce qui est nti, ce qui, en définitive, est applicable aux besoins et aux habitudes de la France.

Or, du milieu des efforts d'assainissement qui se produisent sur tous les points du pays que nous avons parcouru, deux faits se montrent avec la généralité, avec l'énergie d'un principe : l'eau dans fkàbitatiofiy la perte des vidanges à l'égout. Il en est un troisième qui i*c«t qu'un moyen, mais dont l'importance mérite d'être mise en *elief : c'est l'emploi des machines.

A Londres, les 300 000 maisons qui appartiennent a des classes liverses, bien plus nuancées que celles de la société française, ont le l'eau ; car on ne doit pas compter ces quelques milliers dliabitaioDs pauvres et malsaines que l'on traite comme un reste de bar- «rie, et qui sont suines, cernées parla police de l'hygiène. Et par 'eau dans la maison, il faut entendre le service do deux robinets au 3oins , l'un dans la cuisine , l'autre au water-closet. Dès qu'on

s'adresse à des habitudes plus élevées, on trouve Teau dans le cabinet de toilette et Tony trouve môme le bain. Comme conséquence forcée, arrive le drainage ou la perte des eaux aussitôt qu'elles ont servi Une maison pouniie d'eau est une maison drainée ; on ne peut ob> tenir le courant d'eaux pures sans ouvrir en même temps la route au courant des eaux infectes. C'est parce que les maisons de Londres ont voulu avoir de Toau, qu'il a fallu créer ce réseau d'égouts et de conduites qui fait du ^ous-sol de la Cité une sorte de système artériel dont les veines sont partout.

A Manchester, à Glascow, à Edimbourg, l'essentiel est iait;b distribution d'eaux existe et se propage. Les villes ont consenti à de lourds sacrifices pour l'obtenir , mais la canalisation du drainage est encore à ses premiers pas. On se débarrasse en perdant les vidanges au cours d'eau le plus rapproché, sans s'inquiéter encore si ce cours d'eau traverse l'agglomération et s'il en vicie Tatmosphère.

Dans les petites villes et sous l'inspiration du Board of healtk^ oo a agi avec plus d'ensemble ; on a créé l'assainissement de toutes pièces, en établissant le même jour l'ensemble de la distribution etdu drainage, et surtout en procurant l'expulsion des eaux infectes bon du rayon.

Partout, en définitive, on a cherché le bien de l'habitation en J portant l'eau, donnée le plus libéralement possible, et appliquée soit à alimenter elle-même les besoins de la \ie, soit à emporter au loin les matières qui afreetcnt désagréablement nos organes et dont U décomposition rapide est un danger. Jamais on n'a proposé un pas en arrière, jamais on n'a pensé à rouvrir les fosses, quelque impc»* tance qu'on donnât h la récolte des engrais, et personne n'a contesté cette vérité : <( que la mauvaise odeur dans l'habitation ou dans h rue signale une atteinte à la santé publique. »

De l'eau à pleine pression et à robinet libre, voilà ce que les COffi» pagnics ou les administrations cherchent à établir ou à répandre, en môme temps qu'elles repoussent au loin les vidanges. Quant aux sources d'approvisionnement, elles sont ce que la nature les a bitei dans le voisinage des localités elles-mêmes. Londres a des eaux de rivière, et, dans la condition où les mettent la prise en amont du lot et le filtrage, la qualité devient acceptable. Manchester recueille ses eaux sur les hauteurs qui couronnent la formation de grès rouge sur laquelle elle repose. Glascow veut utiliser les magnifiques ressources des lacs. Edimbourg a pris des eaux vives qui sortent du granit Rugby profite d'un banc de gravier ; Douvres d'un puits ouvert dans le calcaire. Le but est partout le même, mais les moyens diffèrent suivant les conditions géologiques du sol, suivant les ressources financières dont on dispose.

Il en est de même du drainage. Il faut perdre, voilà la règle. Quant inx procédés, tuyaux de grès, de fonte et de tôle, égouls de briques, le pierre ou de ciment, tout cela n*est qu*un matériel mis à la di&- M)sition de l'ingénieur pour produire le maximum d'effet avec le Binimum de dépense.

Quant aux machines, elles font à l'Angleterre une supériorité *éelle. Les mouvements sont partout à peu près aussi directs que le lavail théorique peut l'exiger. Dans la grande étude d'amélioration la drainage de Londres, les deux niveaux importants, exigeants, Ufficiles, sont assainis par des stations de machines et de pompes Dévatoires.

L'agriculture a suivi l'industrie dans cette voie. Il y a plusieurs hècles qu'à ^iilan et à Edimbourg on applique les eaux d'égout à llrrigation des prairies, parce que, dans ces deux villes, les ridanges des maisons particulières, comme les boues liquides des rues, sont perdues à de petits cours d'eau qui traversent la campagne,

A cet égard, la science agricole vient de faire un grand pas. Le procédé Kennedy a montré tout le parti qu'on pouvait tirer de l'engrais liquide versé par arrosement. La ferme de M. Kennedy, en Ecosse, est une exploitation de 130*hectares. On a drainé d'abord assez profond, puis on a' posé des conduites écartées de 600 mètres environ, et qui puisent à des réservoirs couverts où vont aboutir toutes les urines des étables, toutes les eaux do lavages et de vidange. On mélange avec trois ou quatre fois le volume en eau pure, et Ton y fcit digérer les fumiers, dissoudre tous les engrais qu'on veut donner lia terre. Alors, au moyen d'une machine à vapeur de 12 chevaux, on refoule dans les conduites, et, vissant sur elles des tuyaux de pitta-percha, on fait de l'arrosage à la lance. Un homme et un enfant loIBsent à arroser 3 hectares par jour. On répète six ou sept fois par saison, et l'on arrive à quadrupler les produits.

Autour d'Edimbourg, chaque ferme a une machine à vapeur qui commande dans les écuries la distribution des eaux et dans les granges la machine à battre, les hache*-paille, la machine à mouibe, etc. On fait bouillir par la vapeur la nourriture des bestiaux et les chevaux. Dès qu'on est arrivé là, la pose des conduites sur l'étenhie des cultures et l'arroscment à la lance n'ont plus rien de nouveau li de difficile. La mise en charge des conduites n'est qu'un travail [ui utilise mieux le moteur. Dans les fermes qui recueillent les eaux i'étable, aux environs d'Edimbourg, la proportion des eaux qui sérient à couper le mélange va croissant. L'infection cesse d'ôtre un (lérite agricole, et, en répétant les arrosements avec des liquides libles, mais abondants, on peut récolter non-seulement des herlages, mais des céréales et des fruits.

Aussi l'application des liquides d'égouts à la culture nous paraît une question de mécanique. Laissons à nos agriculteuSrs le temps de prendre cette conviction qu'une machine à Vapeur est un excellent garçon de ferme, toujours prêt, toujours obéissant, pourvu qu'on le soigne, et nous ne tarderons pas à voir apprécier ce que valent les eaux perdues des villes.

Remarquons maintenant combien nos maisons de Paris sont bien disposées pour recevoir Teau pure et se débarrasser des vidanges. Tous les logements se superposent. Les branches ascensionnelles montent presque verticalement au sortir de la conduite mère ; les tuyaux de chute, également verticaux, ont la pente la plus favorable à l'action énergique des eaux. Nous n'avons pas de poterie comme en Angleterre, mais nous avons mieux ; les tuyaux de tôle bitumée sont d'excellents matériaux de drainage, d'une pose facile, d'un se^ vice très sûr et d'un prix qui baissera ; car on travaille à simplifier encore l'enveloppe bitumée et les assemblages. De plus, la guttapercha peut avec économie remplacer le plomb dans les branchements, et déjà quelques maisons de la rue de Rivoli ont une distribution toute montée en gutta.

Nous désirons, nous appelons la distribution à robinet libre et à tout étage; nous voudrions que le moindre logement eût les deux robinets de rigueur, l'un dans la cuisine et l'autre au water-closet; mais cela réclame un mode d'abonnement simple. A cet égard, h taxe proportionnelle aux loyers, si usitée chez nos voisins, répond au but. Au taux de 5 p. 0/0, elle ne serait môme pas trop lourde. Uo logement de 2ti0 fr., occupé par une famille d'ouvriers, payerait 12 fr. Il est certain que l'eau à domicile lui procurerait plus de 12 francs de bien-être et d'économie. La suppression de J'impôt des vidanges serait d'ailleurs un prime offerte au propriétaire pour le décider à établir chez lui les appareils. On continuerait à traiter avec les usines et les industries spéciales au mètre cube et au comptant.

Donner aux maisons de Paris l'eau et le drainage, c'est procurer à la grande ville l'un des avantages essentiels qu'elle peut envier à sa rivale.

Notre agriculture n'y perdra pas, car de deux choses l'une : oo l'on parviendra à travailler les eaux d'égout, comme on va l'entreprendre à Leicesler, comme on le suppose môme pour l'une des lignes de la canalisation de Londres, et l'on retirera, par des procédés industriels, les sels ammonicaux et les matières organiques à transformer en engrais solides; ou bien encore l'exemple de l'Angleterre, les progrès de la science et l'aide des capitaux, modifieront profondément les habitudes de la campagne, y répandront de jour en jour davantage le semce économique et nécessaire des machines.

ASSALNISSEMËNT. 169

Alors, après avoir épuisé l€s liquides d'étables, nos cultivateurs seront heureux de trouver les liquides d'égouts, et de pouvoir engraisser la terre avec des eaux que les villes ne peuvent garder dans leur sein sans vicier Tair et le sol où vit leur population. Ainsi, suivant nos convictions , la salubrité des villes repose sur deux conditions essentielles : l'eau à discrétion dans l'habitatiariy la perte immédiate des vidanges à Végout.

JKbKoyphie. — CoUeetian des mémaire$ relatifê à l'asêainissement des afelieri, ift idi/Ue» pMics €t des habitations particuliéru, par K.-P.- J. d*Arcet, mis en ordre par If. GroQfdle. lo-Ao« Paris, iSÂS. — Traité de la êalubrité dans les grandes villes^ par Mootfalcon et PoUuière, paêsinu — Des puits forés ou artésiens employés à l'ivatMoinm des eaux saHas et infectes et à l'assainissement de quelques fabriques, par MU. Girard et ParenlDiicliàtelet][4nii. d'kyg. et de méd. lég., t. X, p. Zîl)»^Mémoires ie la Soeiéti d'encouragement, oollection passim , el notamineot janvier et novembre 1 885 et ISSd. — Assûiuissemeut des vities, par M. A. Clievallîer {Ann* d'hyg, et de méd. lég., t XXIV, p. S8S). » De l'emploi des corps gras comme hydrofuges^ par MM. d*Arcet et TlKoard (4tiii. de chim, et As pkys,, L XXXII, p. SA, el collection de mémoires déjà tàhy — Asêaiuistement des habitations, par M. d*Arcet. {Ann d'hyg, et de méd, lég,^ l XXIX» p. SSS, et XXX, p. àS)» ^ Assainissement des habitations récemment eon* ttnites (/M., t. XXXVII, p. 130). -^ Instructions sur les moyens de prévenir ou de fore cesser Us efets de l'humidité dans les bâtiments, par L« Vaudoyer. Paris, iShh» ^ Régénération du wiesm Paris, par M. Perreymond {Revue de l'architecture et des treMouB publiée, iSAS-iS^S). — Rapport fait à la Société centrale des architectes de Perissur Caseainissement des habitations insalubres^pSLT M. Adolplie Lance. Paris, 1850. — Études ^hygOnê publifue sur l* Angleterre, par M. Antoine Ostrowsiii (.^fin. d'hyg. ftéeméd. tég., t. XXXVII, p. i). — Mémoire sur la plantations d'arbres dans l'iu" tirieur des viUee, par le doclear Jetnnet (Ann, d'hyg, et de méd, Ug,, t. XLIII, p. &9). ^ t tuées d'un nauvemu systhu d'alignements et de percements dt voies publiques, faites en iSAO et ISAi, par MM. Grillon, G. Gallon et Tli. Jacouliet. — Traité de la légiêlatiom des travaum publies et de la voirie en France^ par M. Armand Husson* Paris, 1850. " Rapports des Conseils de salubrité des départements de la Seine, des èeeehes-dU'Rkâne, de la Loire-Inférieure, du Nord, de la SeinC' Inférieure, de la Gironde, du Rhône, de l'Aube, dé la Nièvre, de la Moselle, du Pas-de-Calais, da Tem, de l'Eure, etc. — Ordonnance du préfet de police dt la Seine, suivie d'une hutruetion du Conseil de salubrité, concernant les moyens d'assurer la salubrité des hésitations, du SO BOfembre 1848. — Compte rendu des travaux du Conseil central de ulubrité pubOpm da BruxeOes. — Projet d'association pour C assainissement des quartiers habités par la classe ouuriire à Bruxelles, par M. Ducpétiauz. Broxellei, iM, — Exposé avec plan d^un système complet et remarquablement économique é'assaimiesememt des propriétés et des voies publiques, par M. Allain. lo-à, Paris, 1855.— Hepport sur le mode d^auainissement des villes en Angleterre et en Ecosse, par H. Mille (i4«ii. d'hyg. et de méd, Ug„ S'série,!. IV, p. 199).— Consultation sur l'assai" niisement d'une petite ville, pur A, Chefailier [Ann, d'hyg, et de méd, lég., 3* série, t. XI, ^ 3M}. — Report of the CommissUmersforinquiring into the state of large towns and papulatùme districts, Londoo, 184&,3, passim,-^ Report on the présent stats of certain paru of the uutropolie and on the model lodging houses of London, by R. D. Grainger, eaq., 1851. — Report by the gênerai Board of health on the supply of water to the metropolis, 1850, with Appendix, nos 1, 3, 3, h, — Report on a prelimtnary hqmiry into the seaerage, drainage and supply of water and the sanitary conditions

170 ASSISTAXCB.

of ik€ îmkmHtûnU of thê tomm» of Lummgtmk, Dmrim§tûmt MêmIu/UU, «Ib. ^ Vofti, en outre, b bibliofnpbie des mots Au, AmrmnuUimwi, AisaianDiT, Balatmi, Bocn, Caxacx, Cascbiics, CBicrFACf,CoLHjiTAGi, Ccticc, DiBOOOBXT, DÉrucvonm, DiifsincTiOB, DauxAci, Eicx, Écocts, Hibitatiosis, HonTin, Immqjcmces, Laimsi M AC5AVUIB, Maba», NcTTomoT, Pa? Acft, Plahtatiojis, PnsAiM, Pcm, RmlttKi ViSTiLATfOsi, VofBn, Etc.

AHHËfnA%CW^, — Le nom d'assistance publique est an motnoo» veau; mais il exprime une chose qui ne Test pas. C'est rorganisation des secours que la société doit à ceux de ses membres qui sont impuissants à se suffire à eux-mêmes.

Il y a, dit M. de Gérando, une bienfaisance collective comme ime bienfaisance individuelle : la première agit en commun, comme la seconde agit isolément. Toutes deux ont le même but, le même motif. Leurs moyens diffèrent en partie ; loin de s'exclure, elles s'aident et se suppléent mutuellement; elles sont même nécessaires l'une à l'autre.

La bienfaisance publique n'est autre chose que la bien£BÛsanco col* lective, exercée dans sa forme la plus générale, au nom de la société entière.

L'indigence dans ses douleurs invoque à la fois ce double- apjmi; elle est l'objet commun de la bienfaisance publique et de la charité privée. Comme infortune personnelle, elle sollicite la seconde; comme fléau, elle appelle la première. A l'une, elle demande des soins de détails ; à l'autre des prévisions étendues et une protection puissante.

L'assistance, dit aussi M. Thiers, c'est <( la bienfaisance publiqaei complément de la bienfaisance privée, agissant là où il reste du biea à accomplir, songeant à tout ce qui n'a pas été fini, pansant lei plaies qui sont restées saignantes, et joignant aux Mies individuelleSi qui peuvent être bornées, des vues d'ensemble qui embrassent tont, parce qu'elles ne préjugent rien, et que leur sollicitude pour le* maux de l'humanité est égale. »

La division la plus générale que l'on puisse établir, dans l'organi* sation de l'assistance publique, est celle des secours à domicile, el colle des hôpitaux, hospices ou asiles.

Les secours à domicile sont peut-être la branche la plus impo^ tante des secours publics. Les hôpitaux et les hospices ne doivent en être en quelque sorte que le supplément; ils sont nécessaires pour ceux qui se trouvent dans un dénûment absolu, sans parents, sans amis, sans aucun moyen personnel d'existence. Mais à l'aide dei secours à domicile, on peut diminuer considérablement le nombre de ceux qui demandent à y être admis, en les retenant dans le sein de leur famille.

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