ARROW-ROOT
heures. L'ordre peut être donné à six heures du matin ou à midi j cet ordre doit être pris au bureau de la direction du service.
Art. 33. L'arrosement n'étant pas fini entièrement aux heures prescrites, il est continué sans interruption, sans préjudice de retenue.
L'administration a le droit de faire changer les heures si le besoin du service l'exigeait.
Art. 3/t. Dans les fêtes ou cérémonies publiques, l'entrepreneur est tenu, sur la réquisition de l'administration, de faire conduire tout ou partie des voitures d'arrosement sur les.points et pour le service qui lui sont indiqués, sans autre indemnité que celle de l'eau. L'administration détermine les parties où l'arrosement peut être suspendu dans les cas dont il s'agit.
Art. 35. Pendant les chaleurs, et lorsqu'il en est requis par l'administration, l'entrepreneur est tenu de faire jeter dans les égouts la quantité d'eau qui lui est prescrite. Alors il doit commencer l'arrosement une heure plus tôt. L'indemnité due dans ce cas est fixée de gré à gré ou par expert, en raison de la quantité d'eau jetée dans les égouts.
Art. 36. L'arrosement doit être fait à pleine canule, de manière à bien mouiller le sol sans former de boue. Les arrosements, soumis à l'approbation du préfet, doivent diviser également l'eau qu'ils répandent, et ne pas la verser de trop haut. Les conducteurs des tonneaux seront âgés d'au moins dix-huit ans. En cas de mauvais service, les préposés de l'administration font recommencer l'arrosement, sans préjudice des retenues fixées ci-après.
Art. 38. L'administration ordonne chaque mois, et plus souvent si elle le juge nécessaire, le recensement du personnel et de tout le matériel employé aux différentes parties du service. On y constate le nombre d'ouvriers, de chevaux attelés. En outre, chaque mois l'entrepreneur est tenu de faire connaître au préfet l'itinéraire et la répartition de son service en général. Il ne peut rien changer sans prévenir l'administration quarante-huit heures d'avance.
Art. M. Le préfet de police a droit, après une enquête préalable, d'exiger le renvoi, soit temporaire, soit définitif, de tout employé de l'entreprise qui donnerait lieu à des plaintes fondées à l'occasion du service.
Bibliographie. — Chevallier, Notice historique sur le nettoiement de la ville de Paris (Annales d'hygiène, etc., 18A7, t. XLIÏ, p. 300). — Boudin, Études sur le pavage, le macadamisage et le drainage (Ann. d'hyg. et de mcd. If g., t. XLV, p. 263).
ARROW-ROOT. — L'arrow-root est une espèce de fécule insipide, fine et très douce au toucher, fournie par la racine de plusieurs plantes de la famille des Amomées, cultivées dans diverses parties de l'Amérique du Sud et des Antilles, et particulièrement à la Jamaïque. Suivant M. Chevallier, elle peut être falsifiée par les farines de riz, de froment, de gruau, reconnaissables aux produits ammoniacaux qu'elles fournissent à la distillation, et la fécule de pommes de terre, insoluble dans l'eau, tandis que l'arrow-root s'y dissout. On y mêle quelquefois aussi du gypse, qui se reconnaîtra à son poids et à la calcination : les cendres, traitées par l'eau bouillante, donneront une
liqueur qui précipitera en blanc par le chlorure de baryum et l'oxalate d'ammoniaque.
Bibliographie. — Chevallier, Dictionnaire des altérations et falsifications des substances alimentaires. Paris, 1854, t. I, p. 104. — Fonssagrives, Hygiène alimentaire. Paris, 1861, p. 152.
ARSENIC'. — Les poussières ou vapeurs arsenicales qui se répandent dans l'atmosphère, par suite de certains procédés industriels, ne sauraient manquer d'exercer sur la santé une influence fâcheuse. Des accidents récents observés par suite de l'emploi des verts arsenicaux dans la fabrication des feuillages et fleurs artificiels et de certaines étoffes, peuvent venir s'ajouter aux faits précédemment signalés chez les ouvriers en papiers peints.
Le docteur Blandet a présenté à l'Institut, le 3 mars 18i5, un mémoire sur l'empoisonnement produit par le vert de Schweinfurt, vert arsenical. Il est dit, dans ce mémoire, que les ouvriers qui travaillent dans les manufactures de papiers peints, et qui s'occupent de la fabrication du vert de Schweinfurt, de l'impression des fonds avec ce vert, du brossage et du satinage des fonds imprimés avec ce vert, sont affectés d'accidents graves el en proie à un empoisonnement arsenical, empoisonnement qui donne lieu à l'œdème des bourses, précédé de la bouffissure du visage et d'une éruption papuleuse ou pustuleuse de la peau. L'exactitude de ces observations a été contestée par M. Guérard et par M. Chevallier. Ce dernier s'est procuré de nombreux renseignements auprès des industriels qui emploient ou fabriquent le vert arsenical ; en voici les conclusions :
Les fabricants ne sont pas d'accord sur les accidents qui atteignent les ouvriers qui se servent du vert de Schweinfurt ; dans la fabrication des papiers verts, les uns ont observé de ces accidents et les autres en ont entendu parler. Au dire de quelques-uns, les accidents pourraient être attribués à ce que le vert n'a pas été bien préparé, ni assez lavé ; selon d'autres, ces accidents ne se montrent pas sur tels individus, tandis qu'on les remarque chez d'autres, ce qui tient à la différence des constitutions ou des prédispositions. En résumé, ces accidents n'ont pas autant de gravité qu'on aurait pu le croire, d'après ce qui avait été publié sur le même sujet.
Mais si l'on a pu contester, avec une certaine apparence de raison, l'exactitude des premières observations de M. Blandet, on doit reconnaître qu'elles ont été singulièrement corroborées par celles qu'ont publiées plus tard MM. Beaugrand, Vernois, Chevallier et Pietra- Santa, et qui sont relatives aux ouvriers fleuristes en général, et en particulier aux apprêteurs d'étoffes pour fleurs artificielles. Enfin l'usage d'étoffes ainsi apprêtées et de bijoux fabriqués en pâte arse-
micale, a amené des maladies. Tout récemment des poursuites judiciaires ont été intentées et des peines correctionnelles ont été prononcées contre les fabricants qui avaient été la cause, même involontaire, de semblables accidents, soit en faisant travailler leurs ouvriers avec des verts arsenicaux, soit en livrant au public les objets préparés avec ces substances si éminemment nuisibles.
On comprendra du reste toute l'importance de cette question si Ton considère que le nombre des ouvriers employés seulement à la fabrication des fleurs et des herbes ou feuillages artificiels dépasse à Paris le chiffre de 15 000 , sur lesquels un quart au moins est spécialement occupé à la confection d'objets faits avec le vert de Schweinfurt. Et parmi ceux-ci un plus grand nombre travaillent en chambre dans les conditions d'espace, d'aération et d'outillage les plus défectueuses. Avant d'exposer les accidents auxquels ils sont exposés, nous allons indiquer les opérations particulières dans lesquelles ils emploient les verts arsenicaux ; nous en empruntons les détails au mémoire très bien fait de M. le docteur Yernois.
« Ces verts sont formés soit par l'arsénite de cuivre seul (vert de Schweinfurt), soit par l'arsénite de cuivre mélangé en proportions variables à l'acétate de la môme base (vert anglais) ; il est employé à .colorer diverses herbes, à teindre l'étoffe destinée à préparer les feuilles des fleurs artificielles, ou à ombrer et nuancer directement les feuilles ou les pétales de fleurs taillées dans des toiles de différentes natures. Pour ces divers usages, les fabricants achètent le vert de Schweinfurt ou le vert anglais, soit en poudre, soit tout préparé, c'est-à-dire en solution aqueuse et en y ajoutant, selon les effets qu'ils veulent produire, une certaine quantité de colle de Flandre, d'amidon, de gomme arabique, de miel ou d'essence de térébenthine. D'autres fois ils s'en servent à l'état pulvérulent, afin d'en saupoudrer les objets déjà colorés par le vert arsenical. Le plus souvent, aussi , afin de modifier la teinte à obtenir, ils y mêlent une certaine quantité de chromate de plomb ou d'acide picrique, ou mieux encore les apprêteurs d'étoffes donnent une première teinte jaune à leur toile, afin d'adoucir le trop bleu du vert arsenical.
» La préparation des herbes constitue une partie très limitée de l'industrie du fleuriste : c'est sur celle-là que M. le docteur Beaugrand a publié quelques renseignements ; voici comment elle se pratique. L'ouvrier plonge dans un pot peu profond contenant une solution assez liquide de vert de Schweinfurt, et les y agite avec vivacité, une ou plusieurs tiges d'herbes naturelles parfaitement desséchées, après les avoir saisies avec une pince parleur extrémité radicale. C'est le trempage. Cette opération donne lieu à beaucoup d'éclaboussures sur les doigts, sur les avant-bras, sur la figure et les
vêtements de l'ouvrier ; les objets environnants sont couverts des traces de cette espèce de peinture. On fixe les herbes ainsi préparées sur une corde, et on les y laisse sécher pendant trente-quatre ou quarante-huit heures. Au bout de ce temps, on rassemble toutes les tiges et l'on en forme des paquets, qui, plus tard, serviront à faire des bouquets montés ; assez souvent, pour répondre à un caprice de l'industrie, c'est-à-dire pour donner une nuance spéciale, on saupoudre une partie de ces bouquets avec la poudre d'arsénite de cuivre. C'est le poudrage. Le travail des bouquets constitue un des principaux dangers de leur emploi. La matière colorante, n'ayant été fixée par aucun mordant, se détache sous forme de poussière fine qui pénètre dans la peau des mains et. que l'ouvrier respire constamment ; ce danger s'augmente encore quand l'ouvrier manie les bouquets couverts de la poudre arsenicale : dans ce cas, lui et le consommateur se trouvent très exposés aux inconvénients du contact et de l'absorption respiratoire d'un sel toxique. D'autres fois, cependant, dans la fabrication des herbes, on délaye le vert de Schweinfurt dans une quantité suffisante d'essence de térébenthine et l'on supprime le poudrage; de cette façon, la couleur prend un aspect lisse, n'est pas altérée par le contact de l'eau, et ne s'échappe plus immédiatement dans l'air, sous forme de poussière, à la plus légère manipulation ; mais elle se détache un peu plus tard, à mesure que la dessiccation s'opère, par petites plaques qui tombent à terre et peuvent ensuite rentrer dans l'air avec la poussière ordinaire : le danger est modifié, un peu retardé, mais toujours réel. Il y a donc, dans cette spécialité du fleuriste, le trempage, le séchage, le poudrage et l'assemblage ou montage des bouquets, opérations qui, dans leur détail, placent l'ouvrier ou le consommateur sous l'influence plus ou moins directe, plus ou moins active d'un sel arsenical. Cette industrie particulière est exercée dans des conditions qui la rendent encore plus nuisible ; elle est pratiquée librement par une grande quantité d'ouvriers peu aisés, de ménages vivant dans une ou deux chambres mal aérées, mal éclairées, qu'on ne balaye jamais, et dont le sol, comme une partie du mobilier et des vêtements des ouvriers, est continuellement imprégné de couleur et couvert de poussières arsenicales.
)> Les apprêteurs de toiles destinées à la fabrication des feuilles artificielles à l'aide des verts arsenicaux comprennent la partie des ouvriers fleuristes la plus exposée à leur action délétère. Ils se servent de l'arsénite de cuivre seul, mélangé principalement à l'amidon, et, dans les cas les plus rares, ils y associent l'acétate de la même base en proportions variables. Quelques apprêteurs opèrent d'emblée un mélange d'acide picrique et d'indigo verdâtre dans lequel ils plongent leurs étoffes. D'autres fabricants se servent de toiles pré-
parées par des solutions chaudes, chez les teinturiers ordinaires. Je ne veux pas m'oecuper ici de ces deux derniers moyens d'apprôtage, ils n'entraînent avec eux aucun danger, et ils ne sont utilisés dans le commerce que pour produire un nombre limité de nuances particulières ; l'apprêteur par le vert de Schweinfurt est celui dont j'ai à retracer les opérations. Selon la teinte qu'il veut obtenir, l'ouvrier commence par donner à son étoffe une nuance, jaune en la plongeant dans une dissolution d'acide picrique, dans l'alcool pur ; il l'exprime entre ses doigts jusqu'à ce qu'elle en soit complètement imprégnée, et la fait sécher. C'est cette opération préliminaire qui colore en jaune les ongles de l'ouvrier. Le plus souvent celui-ci incorpore l'acide picrique broyé au vert de Schweinfurt et passe tout de suite à l'application de cette pâte sur la toile. La préparation de la pâte se fait en malaxant à la main le vert de Schweinfurt déjà traité par l'eau, dans une dissolution d'amidon assez épaisse, assez consistante, et cependant assez liquide pour être étendue facilement sur l'étoffe. Pendant ce travail de la pâte, qui constitue un véritable barbotage à la main, les doigts, les avant-bras de l'ouvrier sont couverts de la solution arsenicale. Cette matière étant préparée, l'ouvrier étend sa pièce sur une table, prend avec ses doigts, à môme le pot, un peu de la pâte, en asperge grossièrement différents points de l'étoffe, puis la bat entre ses mains afin d'y faire pénétrer la matière colorante dans toute son étendue ; plus l'étoffe est battue longtemps, mieux elle est préparée : pendant cette opération, la peau des mains et des avant-bras se trouve profondément imprégnée de la solution colorante. D'autres fois, après avoir tacheté la. pièce çà et là de la pâte arsenicale, on attache cette pièce à un crochet placé dans le mur, et l'on tord la pièce sur ellemême dans divers sens, comme si l'on voulait en exprimer de l'eau ; par ce moyen, on obtient encore une coloration assez uniforme de l'étoffe : ce procédé est aussi défectueux que le premier. Un dernier, qui est assez généralement mis en pratique, consiste à placer la pièce teinte ou non avec l'acide picrique sur une table de bois, à étendre sur elle, des deux côtés, à l'aide d'un gros pinceau ou d'une brosse pressée avec force sur l'étoffe, la préparation arsenicale, et à faire ensuite le battage de l'étoffe à travers un torchon épais ; de cette façon, les mains et les avant-bras de l'ouvrier sont beaucoup moins exposés au contact de la pâte que dans les procédés précédemment décrits. Après le brossage et le battage de l'étoffe, vient le séchage des pièces, et c'est pendant cette opération qu'a lieu l'accident principal sur lequel je désire appeler l'attention. Une fois imprégnées de la couleur verte, quel qu'ait été le procédé employé, on fixe les pièces d'étoffes, qui ont environ 1 mètre 50 cent, carré, sur de grands cadres de bois garnis d'un rang très serré de pointes aiguës, dans lesquelles
on enfonce les bords de la toile. De cette manière on lui donne une tension telle, qu'elle puisse, aussitôt séchée, être pliée et livrée au découpeur. Pendant cette opération si simple en apparence, les ouvriers se piquent les doigts, les mains en dessus et en dessous, ainsi que les avant-bras ; ils recommencent ensuite à faire le trempage et le battage de l'étoffe, et sïnoeulent constamment dans les piqûres, ou la solution liquide encore, ou la poudre desséchée du sel arsenical. Une fois l'étoffe détachée des cadres, on la replie sur ellemême, et de toutes les lignes où elle se trouve brisée tombe une poussière fine qui se répand dans l'air et sur le sol de l'atelier, et peut ensuite être portée sur la muqueuse des voies respiratoires. Ces ouvriers se trouvent donc livrés à tous les accidents des fabricants d'herbes , et en plus à tous ceux du barbotage de la pâte, du battage, du brossage, du séchage et du pliage de l'étoffe.
» Au sortir des mains de l'apprêteur, les pièces d'étoffes sont très souvent immédiatement remises aux fabricants de feuilles artificielles qui se chargent de les découper à l'emporte-pièce, de les dédoubler, deles gaufrer, c'est-à-dire d'y imprimer les nervures, de les armer d'un fil de fer et de les monter avec les fleurs. On' comprend tout de suite combien toutes les manipulations que je viens d'indiquer sont susceptibles de développer de la poussière arsenicale : la pâte n'a été fixée sur l'étoffe par aucun mordant ; l'amidon dont on s'est servi lui a donné une consistance très fragile, et l'a prédisposée à être presque en partie détachée de l'étoffe. Le découpage s'opère en superposant un certain nombre de doubles de l'étoffe et en les soumettant à la pression d'un emporte-pièce ; les chocs répétés de cet instrument font écailler l'enduit et remplissent de poussière les doigts et la figure de l'ouvrier. On retire de l'emporte-pièce une série de petits paquets qui contiennent, fortement accolées ensemble, de douze à vingtquatre feuilles ; elles sont transmises à un autre ouvrier chargé du dédoublage. Cette opération se pratique en tenant entre le pouce et l'index de la main gauche le petit paquet de feuilles adhérentes entre elles ; le pouce de la main droite presse fortement et vivement sur "son bord, de façon à isoler les feuilles les unes des autres à la manière des feuillets d'un livre récemment relié. Pendant ce détail du travail, il s'échappe encore beaucoup de poussière. Vient ensuite le gaufrage, qui, par suite du choc successif appliqué à chaque feuille, remplit les doigts et la figure de la même matière pulvérulente ; le montage des feuilles sur un fil de fer, fixé à leur partie postérieure à l'aide d'un peu de gomme, suit cette opération. Puis les feuilles sont réunies ensemble par douzaines et passent aux fabricants de bouquets, qui les montent définitivement. De là elles vont chez les modistes, qui les adaptent aux différentes parures et les livrent
ensuite à la consommation. Dans toute celte série de transformations, même manipulation, même production de poussière, même action sur la peau et sur les muqueuses, seulement dans une proportion décroissante, à partir de l'apprèteur jusqu'à la modiste. Comme le but de l'ouvrier est de travailler sur des matières de la plus minime valeur, et de débiter au plus bas prix possible sa marchandise, l'usage des étoffes préparées comme il a été dit plus haut est très répandu, et, comme on le voit, donne lieu à une source d'accidents très nombreux et très variés.
» Il y a cependant un procédé d'apprêtage des toiles qui diminue dans une notable proportion la violence et la fréquence des inconvénients de ces toiles au vert de Schweinfurt : c'est eelui qui, après le séchage des étoffes, les soumet immédiatement au calendrage. Cette opération fait pénétrer mécaniquement l'enduit arsenical dans les interstices des fibres de l'étoffe, et lui donne un aspect lisse et comme verni qui ne permet plus qu'imparfaitement la production de la poussière arsenicale. Ce procédé rend moins nuisible le travail successif de cette étoffe, mais on serait dans l'erreur si on le considérait comme inoffensif. Pendant l'action de remporte-pièce, et surtout pendant le dédoublage et le gaufrage des feuilles, il se produit encore une quantité notable de poussière toxique. Quelque bien calendrée que soit une étoffe, il suffit de la déchirer pour en faire sortir l'enduit sous forme pulvérulente bien évidente. Il faut ajouter cependant que le passage des feuilles à la cire, après qu'elles ont été découpées et gaufrées, et avant, le montage en bouquets, constitue une enveloppe prolectrice contre les effets de la pulvérulencc de l'enduit pour les ouvrières qui touchent ensuite à ces feuilles, ainsi que pour les femmes qui les portent ; mais cette couche de cire n'est appliquée relativement que sur un petit nombre de feuilles, car, au point de vue des caprices de la mode, elle altère le ton du vert et la vivacité de la couleur. »
Le maniement de ces préparations arsenicales, et l'emploi même passager des matières ou des objets qui en sont enduits, déterminent un véritable empoisonnement qui n'est jamais exempt de gravité, et qui peut aller jusqu'à produire des accidents mortels.
Après un temps .très court passé au travail, les ouvriers qui emploient le vert anglais ou le vert de Schweinfurt perdent l'appétit, se plaignent de maux de cœur, de douleurs de ventre parfois très violentes, de dérangement d'entrailles, d'une céphalalgie constante el d'une oppression très pénible. En môme temps se montre un signe capital el tout à fait caractéristique qui consiste en un affaiblissement considérable de la force musculaire, el surtout de celle des membres. Cet affaiblissement peut aller jusqu'à la paralysie, et
persiste quelquefois: très longtemps après que l'individu a cessé d'être exposé à l'empoisonnement arsenical. Enfin des éruptions spéciales, généralement vésiculeuses ou pustuleuses, apparaissent en plusieurs points du corps. C'est surtout au front, à la face, sur les bourses, sur la poitrine, ainsi qu'aux bras et aux mains, là où pénètrent, soit immédiatement, soit par un transport médiat, la poussière ou la liqueur arsenicale, que l'on voit se développer les boutons qu'un examen superficiel pourrait faire confondre avec une éruption syphilitique.
Chez les apprêteurs d'étoffes, au séchage des pièces, dit M. Vernois, « une condition nouvelle et grave d'accidents apparaît : la multiplicité des pointes aiguës fixées sur le bord des cadres de bois devient une cause presque inévitable de piqûres et de blessures multipliées sur la peau des ouvriers ; il s'opère à l'instant même une inoculation du sel arsenical tout comme si on la pratiquait expérimentalement. La peau s'irrite et rougit; une vésicule, puis une large pustule recouvrent l'orifice de la piqûre, et subissent in situ toutes les transformations phlegmasiques qui produisent la suppuration et souvent la gangrène. J'ai vu quelquefois des pustules hémorrhagiques. Au-dessous d'elles se développe une ulcération profonde et douloureuse, d'autant plus lente à se cicatriser que l'inoculation se renouvelle chaque jour. L'action de l'acide picrique mêlé à la pâte ne peut qu'augmenter et aggraver l'irritation des plaies. Si les ulcérations sont nombreuses, l'ouvrier peut absorber de l'acide arsénieux et être exposé à de sérieux accidents: j'ai vu un certain nombre d'ouvriers avoir des engorgements glandulaires sous les aisselles, et les mains dans un tel état, qu'ils étaient obligés de venir à l'hôpital, où la guérison n'arrivait qu'après un ou plusieurs mois de traitement. L'aspect de la main était alors caractéristique : à la teinte vert jaunâtre de presque toute là peau, et surtout de la face palmaire des mains, à la croûte verdâtre qui remplit la cavité sous-unguéale, se joint presque invariablement la coloration jaune des ungles, produite par Je contact répété de l'acide picrique. Que l'on ajoute un érythème vaguement disséminé, puis une série de points noirs ou de pustules enflammées , quelquefois un panaris, et l'on aura la représentation fidèle des accidents avec lesquels se présentent le plus habituellement les apprêteurs d'étoffes pour fleurs artificielles au vert de Sclrweinfurl. »
Des inconvénients, des dangers si graves, qui ne sont pas restés, nous le répétons, bornés aux ouvriers, mais qui ont fait des victimes dans le public, parmi de jeunes femmes parées des étoffes ou des fleurs empoisonnées ont appelé énergiquement, l'attention, non-seulement des hygiénistes, mais de l'administration elle-même et de ses conseils.
Parmi les tentatives faites pour assainir cette industrie, il convient de signaler, d'une part, la machine à satiner de M. Ebert, de l'autre, les essais de substitution du vert de chrome au vert de Schweinfurt, et le procédé ingénieux d'incorporation directe de la matière colorante arsenicale clans un collodion spécial inventé par un industriel de Paris, M. Bérard-Teuzelin. Mais la généralisation de ce procédé soulève des questions qui ne sont pas de notre domaine. Nous nous bornerons à citer les prescriptions faites sur ce sujet par les autorités qui veillent sur la santé publique.
Le conseil d'hygiène publique et de salubrité du département de la Seine a adopté, le 27 mai 1859, les conclusions d'un rapport, de MM. Bouchardat, Boudet et Vernois, qui peuvent servir de base à des instructions administratives sur ce sujet, et "dont nous reproduisons textuellement les utiles prescriptions :
1° Ne jamais opérer le mélange du vert arsenical avec l'amidon ou d'autres substances à l'aide de la main, mais y procéder dans un large vase avec une spatule de bois ou de métal qui traversera le centre d'une plaque de peau ou de parchemin servant de couverture au récipient de la pâte.
2° Étendre la pâte arsenicale sur l'étoffe à l'aide d'une brosse à dos de bois, haut de k centimètres au moins ; l'usage d'un gant de cuir épais serait très utile.
3° Faire le battage de l'étoffe à la main, d'une manière indirecte, c'est-à-dire à travers un morceau de forte toile.
U" Immédiatement après le brossage et le battage de l'étoffe, se laver les mains dans une eau acidulée avec l'acide hydrochlorique et les enduire de poudre de talc.
5° A cet effet, avoir toujours dans l'atelier, ou dans la chambre où se pratiquent ces opérations, un baquet contenant de l'eau acidulée dans la proportion suivante : une partie d'acide pour 9 parties d'eau et une boîte pleine de talc en poudre.
6° Laisser un espace de 6 centimètres au moins entre chaque pointe destinée à fixer l'étoffe sur les cadres de bois pendant le séchage;
7° Dès que le séchage de la pièce d'étoffe est opéré, plier celle-ci en larges rouleaux, de manière à ne déterminer que très peu de cassures, et la porter immédiatement au calendreur.
8° Recommander aux ouvriers de se frotter les mains avec la poudre de talc, au commencement de la journée, de se les lavera l'eau acidulée , et ensuite à l'eau de savon, avant de quitter l'atelier, et d'avoir, autant que possible, un pantalon et une blouse de travail; enfin, leur rappeler de se nettoyer les mains toutes les fois que, pendant le cours de la journée, ils cesseront leur travail pour manger.
boire, rentrer dans leur ménage, préparer leurs aliments, soigner
leurs enfants, etc.
9" Ne pas laisser manger les ouvriers dans l'atelier de travail, n'y pas déposer leurs aliments ; et spécialement, quant à ceux qui travaillent chez eux, avoir une chambre séparée pour les manipulations et les détails de leur industrie; ne point coucher ni manger dans cette chambre, et n'y point laisser jouer de jeunes enfants.
10° Porter des sabots, préférablcment à des chaussons ou à des «souliers usés.
11° Deux fois au moins par semaine, saupoudrer le sol de l'atelier avec de la sciure ou de la cendre de bois, et l'asperger d'eau avant de le balayer, afin de diminuer la quantité de débris de verts arsenicaux et la poussière produite pendant le balayage.
12° Jeterlc soir, dans le ruisseau de la rue, les résidus du nettoyage de l'atelier, ainsi que les eaux chargées d'arsénite de cuivre, provenant du lavage des mains des ouvriers.
13° Aérer convenablement, chez les ouvriers fleuristes, la table où s'opèrent le dédoublage et le montage des feuilles, et conseiller aux ouvrières chargées de ce travail, d'éponger fréquemment les fosses nasales et les lèvres avec de l'eau légèrement acidulée avec l'acide chlorhydrique, et de plonger souvent les doigts dans la poudre de talc, qui prendra dans la peau la place qu'y occuperait, sans cela, la poussière du sel arsenical.
Enfin, comme dernier conseil, on pourrait indiquer aux industriels la manière d'obtenir une assez grande quantité de verts sans avoir recours aux préparations arsenicales. Ils arriveraient h ce résultat en combinant dans des proportions variées divers bleus, comme le bleu de Prusse verdâfre, l'indigo, l'outre-mer (bleu guimet du commerce), bleu de cobalt, bleu au bois d'Inde, avec certaines matières colorantes jaunes, comme l'acide picrique (amer de Welter), le chromatc de plomb, la graine de Perse, etc., et en y ajoutant directement l'acétate de cuivre (verdet raffiné), le vert émeraude (strass, oxyde de chrome, oxyde de cuivre et quelques matières organiques), ainsi qu'un certain nombre de principes colorants verts animaux ou végétaux. L'albumine des œufs ou du sang pourrait parfaitement fixer ces couleurs.
Nous ajouterons à ces conseils le texte d'une circulaire ministérielle du 16 août 1860, dans laquelle M. le Ministre de l'agriculture, du commerce et des travaux publics, dont la sollicitude avait été éveillée par des accidents répétés, a, sur le rapport de M. Wurtz adopté par le Comité consultatif d'hygiène publique, ordonné une surveillance spéciale à tous les agents de l'administration.