ACCLIMATATION
par ordonnance du 25 septembre 1815 dans trois établissements particuliers situés dans l'intérieur môme de Paris, il est concentré actuellement dans deux abattoirs publics situés hors de la ville, dont l'ouverture a eu lieu en vertu d'une ordonnance du 27 octobre 1848, en 39 articles. Les mesures de police et de salubrité prescrites à cette occasion ne diffèrent pas de celles qui concernent les abattoirs généraux. Ce qu'il y a de plus spécial est relatif au lavage et au grattage des intestins de porc et au travail de .préparation des boyaux de porc qui sont interdits dans les établissements de charcutiers (art. 19).
Pour compléter cet exposé, et notamment pour tout ce qui concerne le régime des abattoirs et la place que ces établissements doivent occuper dans la nouvelle organisation du commerce de la viande, voy. Boucherie, Charcuterie, Porcs, Subsistances, Suifs, Triperie, Viande.
Bibliographie. — Dictionnaire de l'industrie manufacturière, commerciale et agricole. Paris, 1833, art. Abattoir, par Parent-Duchâtelet et Gourlier; Écuaudoir, par Parent-Duchâtelet; Fondoir, par Trébuchet. — Du commerce de la boucherie et de la charcuterie de Paris, par L. Ch. Bizet. Paris, '1847. — Traité de la salubrité, par Monfalcon et Polinière. Paris, 1846, p. 226. — Rapport général sur les travaux du conseil de salubrité de Nantes, de 1817 à 1825, p. 16, et pendant l'année 1829 (Annales d'hygiène et de médecine légale, t. V, p. 471 et 472J. — Sur l'écoulement des eaux fournies par les abattoirs de la ville de Rouen, par M. J. Girardin (Ann. d'hyg. et de mécl. lég , t. XXIV, p. 84). — Mémoire sur les résidus liquides provenant des établissements industriels, par MM. Chevallier et Guérard (Ann. d'hyg. et de méd. lég., t. XXXVI, p. 101) — Sur les abattoirs généraux de la ville de Paris et sur les viandes qui en proviennent. Extrait d'un rapport fait au Conseil de salubrité de Paris le 21 janvier 1848, par MM. Huzard et Emery (Ann. d'hyg. et de méd. lég., t. XXXIX, p. 380). — Journal des économistes, t. XI, p. 405. — Traité de la police, par Delamare, t. II,~p. 355. — Collection officielle des ordonnances de police depuis 1800 jusqu'à 1844, imprimé par ordre de M. Gabriel Delessert. Paris, 1844, 1. 1, p. 172, et II, p. 19, 119, 125, 289, 328, 345. — Ordonnance portant création de deux abattoirs pour les porcs (Annales d'hygiène et de méd. lég., t. XLIII, p. 210). — Dictionnaire général d'administration. Paris, 1847, art. Abattoir. — Documents fournis par M. le Préfet de police au Conseil municipal de Paris et a la commission d'enquête de l'Assemblée nationale sur le commerce de la viande. Paris, juin 1851. — Notice sur le commerce de la boucherie, adressée par le Ministre de l'agriculture et du commerce au Conseil général de l'agriculture, des manufactures et du commerce. Paris, avril 1850.
ABSINTHE. — Les distilleries d'extrait ou d'esprit d'absinthe sont rangées dans la deuxième classe des établissements insalubres, par suite du danger d'incendie. Voy. Alcool, Établissements.
ABSORBANTS HADR A UNIQUES. — Voy. Masques.
ACCLIMATATION. — Voy. Acclimatement, Domestication.
ACCLIMATEMENT. — On doit entendre par acclimatement, l'ensemble des modifications qui s'opèrent dans les conditions de la santé sous l'influence du changement de climat, et d'où résulte pouf l'étranger la possibilité de vivre et de résister aux maladies au même titre que l'indigène. L'acclimatation est le dernier terme et le résultat définitif de l'acclimatement.
Il n'est sans doute pas besoin de longs développements pour faire comprendre quelle importance présente la question de l'acclimatement au point de vue de l'hygiène publique. Il suffit de rappeler qu'elle domine tout essai de colonisation, tout système d'occupation militaire, et en somme tout projet d'émigration particulière ou générale. C'est dans ce sens seulement que nous avons à nous en occuper.
Mais nous devons avant tout faire quelques remarques préliminaires. Les considérations physiologiques et hygiéniques relatives à l'acclimatement ont presque toujours exclusivement en vue le passage des régions tempérées aux pays chauds; l'émigration en sens contraire, qui peut cependant donner lieu aux mêmes remarques générales, et qui est soumise aux mêmes lois, est très secondaire dans la question qui nous occupe. Cela tient en grande partie à une complication, ou plutôt à une confusion qu'il est difficile de dissiper complètement, mais que nous devons du moins nous efforcer de signaler. Les influences auxquelles l'homme se trouve exposé dans les régions voisines de l'équateur sont de nature très diverse et doivent être soigneusement distinguées. Les unes, inhérentes au climat lui-même, telles que la température, l'humidité ou la sécheresse, etc., agissent sur l'organisme d'une matière incessante, et lui impriment dans un temps donné une modification déterminée; les autres, appartenant spécialement à telle ou telle localité et d'une nature toute particulière, produisent des effets plus ou moins délétères, auxquels l'homme peut résister, mais auxquels il ne s'habitue pas (Celle) : ce sont les miasmes. C'est pour avoir confondu ces deux ordres d'influences que quelques auteurs ont nié d'une manière absolue la possibilité de l'acclimatement des Européens dans les pays chauds.
11 faut bien reconnaître qu'en fait, et pour l'hygiène publique surtout, il n'est pas toujours possible de faire la distinction. Cependant la question se réduit, dans le second cas, à une question de salubrité très distincte de l'acclimatement.
En résumé, d'une part, l'organisme peut s'habituer à l'action d'une température élevée et en supporter les variations, pourvu qu'elles ne soient pas trop rapides; d'une autre part, il ne peut subir, sans en ressentir l'influence pernicieuse, les miasmes paludéens, et doit avant tout s'y soustraire. C'est dans ces termes que
la question est posée par les auteurs qui l'ont le mieux comprise : MM. Périer, Aubert-Roche , et surtout le docteur Eugène Celle et M. Dutroulau dans leurs excellents ouvrages sur les pays chauds.
M. Boudin, à un point de vue très différent, sans se préoccuper des transformations opérées par l'acclimatation, ne s'attache qu'au résultat final, et considère qu'il y a acclimatement, lorsque : « 1° pour une armée, un nombre déterminé d'hommes fournit sous l'empire de la prolongation du séjour dans un pays, une proportion sans cesse décroissante de malades et de décès, de telle sorte que l'état sanitaire finit par être celui des contrées salubres du pays natal ; 2° pour une population civile possédant une proportion normale d'hommes, de femmes, d'enfants et de vieillards, et employée à tous les travaux, y compris ceux de la culture du sol, le chiffre des naissances l'emporte assez sur celui des décès pour rendre possible le peuplement d'un pays sans le secours d'immigrations venant du dehors. » Nous ne devons pas entrer ici dans la discussion que soulèvent ces opinions contradictoires, mais nous ne pouvons nous empêcher de foire remarquer que les propositions de M. Boudin, très vraies et fondées sur des statistiques irrécusables, en tant qu'elles s'appliquent aux régions où régnent endémiquement les fièvres paludéennes, et notamment à certaines parties de l'Algérie, cessent de l'être, si l'on veut en faire la condition essentielle et absolue de l'acclimatement. M. Boudin lui-même reconnaît en effet que les contrées non marécageuses, et celles qui sont situées à une certaine hauteur au-dessus du niveau de la mer, peuvent être habitées sans de si grands périls par les étrangers. Il s'agit donc de rechercher précisément quelles sont les conditions dans lesquelles l'acclimatement peut s'opérer le plus favorablement et le plus sûrement pour les Européens, et surtout par les grandes masses d'hommes transportés dans les pays chauds.
M. le docteur Périer, qui a traité avec un si haut intérêt de l'hygiène en Algérie, fait cette remarque que « le recrutement des » troupes et des familles colonisatrices sera toujours utilement cal- » culé sur les dispositions individuelles les mieux appropriées au » climat. » Ce sont ces dispositions qu'il importe d'établir et de préciser, en y ajoutant l'indication des circonstances générales qui sont de nature à favoriser l'acclimatement, Nous étudierons, dans ce but, les conditions d'âge, de sexe, de tempérament, de races, ainsi que l'époque de l'émigration, le choix des lieux d'occupation, la nature des travaux et le genre de vie habituel. Nous déduirons de ces divers éléments les règles de l'acclimatement dans les pays chauds.
Si l'on considère la nature et l'étendue de la révolution qui s'opère
dans l'organisme sous l'influence du changement de climat; si l'on admet, suivant l'expression du docteur Celle, que l'étranger ne s'acclimate qu'à la condition de s'indigéniser en quelque sorte, et que ce changement, pendant qu'il s'opère, peut amener des maladies dont l'indigène est exempt, on comprendra que les enfants, les femmes, les individus débiles, éprouvent de plus grandes difficultés que les individus adultes d'une constitution moyenne. Bajon a montré l'effroyable mortalité qui sévit sur les enfants des Européens qui émigrent dans l'Inde, en Egypte, au Sénégal et môme aux Antilles, et qui, si elle n'est pas le fait de la fièvre jaune, doit être attribuée à mille maux résultant du climat. M. Sigaud déclare que les enfants en bas âge venus d'Europe ne s'acclimatent pas au Brésil. Ajoutons qu'à Alger la mortalité des enfants européens qui y sont nés a été quatre fois plus considérable qu'en Angleterre. Méhémet-Ali, sur 90 enfants, n'a pu en conserver que quatre.
Le tempérament de l'indigène des régions tropicales est lymphatique, nerveux et bilieux. Ceux des Européens qui ont la constitution la plus rapprochée de celle des indigènes s'acclimatent le plus facilement. Les hommes du midi de l'Europe ont été signalés par les observateurs comme ceux qui supportent le mieux l'influence des pays chauds. On peut dire d'une manière générale que le tempérament le plus voisin de celui de l'indigène sera celui qui supportera le mieux l'influence du changement de climat. Il en est de même de la naturalité et de la race. Les produits mixtes du croisement présentent, en vertu d'une sorte de transmission originelle, des conditions très propres à l'acclimatement, et sur lesquelles M. le maréchal Pélissier a insisté avec une grande autorité, au point de vue de la colonisation. Les Coulouglis , enfants des Turcs et des femmes indigènes de l'Algérie, se font remarquer, au dire de M. Périer, par d'excellentes qualités physiques et morales.
L'époque à laquelle a lieu l'émigration est de la plus haute importance pour la facilité de l'acclimatement. La saison de la fraîcheur et de la sécheresse est la plus favorable. On comprend en effet que la température se rapprochant de celle des pays tempérés, la transition est moins grande et l'impression sur les organes moins énergique. On n'a à redouter ni les épidémies annuelles, ni les insectes, ni la mauvaise qualité des viandes et des eaux.
Le choix des localités où se fixent les émigrants est, on peut le dire, la condition capitale de l'acclimatement. Nous avons vu que celui-ci était impossible dans les endroits exposés aux miasmes paludéens. C'est ici que la salubrité des lieux acquiert une importance suprême. On sait que l'altitude peut racheter les inconvénients de la latitude. De Humboldt a trouvé dans les Andes et jusqu'à 6000 mè-
très d'élévation, 1 degré centigrade d'abaissement du thermomètre par 187 mètres d'augmentation de hauteur, et quelques applications de ec principe laites par les Anglais dans l'Inde, et par la France aux Antilles, ont donné de bons résultats. M. Aubert-Roehe a insisté, avec beaucoup de raison, sur la nécessité de choisir, pour fonder un établissement dans les régions équatoriales, les lieux les plus élevés et les plus salubres. Nous ne pouvons malheureusement citer les faits si nombreux et si concluants cpi'a réunis M. Boudin dans ses Etudes sur l'état sanitaire et la mortalité des armées de terre et de mer, et d'où résulte clairement que, dans les localités les plus rapprochées entre elles, la mortalité diffère souvent d'une manière très notable, et que, dans les contrées tropicales les plus insalubres, le choix judicieux de bonnes positions sur des lieux élevés suffira souvent pour assurer aux rassemblements composés d'hommes de race caucasienne un état sanitaire pariait et digne des pays les plus salubres des régions tempérées.
La nature des travaux indue aussi singulièrement sur l'acclimatement; et ce fait est d'un grand intérêt pour la colonisation. En effet, c'est précisément le travail agricole qui expose le pins l'étranger aux miasmes qui sont le grand obstacle à son établissement dans les climats chauds. M. Boudin affirme que dans tous les pays compris entre les deux lignes isothermes de 18 degrés centigrades, la culture du sol ne devient possible à l'Européen que sur les points dont L'altitude annihile en quelque sorte la latitude géographique; en dehors de ces conditions, c'est une autre race qui travaille.
Il faut ajouter à ces conditions individuelles et générales de l'acclimatement L'impérieuse nécessité d'un régime hygiénique sévère et soigneusement approprié à la nature du climat. Nous n'avons pas à en énumérer ici les détails; mais nous dirons qu'il ne repose pas toujours sur l'imitation des coutumes des indigènes, et qu'il doit avant tout être dirigé de manière à neutraliser les influences qui peuvent engendrer les maladies, c'est-à-dire les variations de température et les miasmes.
Si nous résumons les règles à suivre pour favoriser l'acclimatement dans les pays chauds, nous voyons qu'il faut fixer le départ à l'époque la plus convenable pour éviter une trop brusque transition, c'est-à-dire de manière à arriver dans la saison la plus semblable à celle dans laquelle le départ a eu lieu et dans des conditions organiques telles que le changement que l'économie aura à subir ait déjà commencé. Ainsi départ d'Europe à la fin des chaleurs (au commencement ou au milieu d'octobre) et arrivée au commencement de la saison fraîche. Il serait bon, pour les corps de troupes qui doivent être envoyés dans les possessions lointaines des contrées
équatôriâles ou même en Algérie, de les faire séjourner d'abord dans les provinces méridionales. Les mêmes précautions en sens inverse doivent être prises au retour. Le docteur Celle ajoute qu'une autre cause non encore mentionnée lui parait favoriser beaucoup l'acclimatement : c'est la longueur de la traversée par les bâtiments à voiles. (( 11 faut un mois ou six semaines, deux mois ou deux mois et demi, pour aller dans le golfe du Mexique et aux Guyanes. La marche lente des navires au-devant du soleil et de la chaleur donne à l'organisme le temps de se modifier peu à peu; car chaque jour de la traversée amène une augmentation légère de la température; on reçoit ainsi à petites doses et progressivement l'influence du climat sous lequel on va vivre, et à l'arrivée il n'est plus étranger à l'organisme. »
Autant que possible on devrait prendre en considération, dans le choix des individus colons ou soldats, les dispositions particulières que nous avons indiquées et qui sont relatives à l'âge* au sexe, à la constitution, à la nationalité, au séjour antérieur: on choisirait pour résidence les lieux les plus élevés et les plus salubres ; et l'on entreprendrait tous les travaux d'assainissement nécessaire ; en même temps que pour l'habitation, le vêtement, l'alimentation, l'exercice, on se conformerait aux règles d'hygiène particulières au climat nouveau.
Il est difficile de fixer la durée de la révolution nécessaire à l'acclimatement: tantôt, en effet, suivant l'observation très exacte de M. le docteur Périer, il s'opère à la suite d'une secousse brusque toujours grave; tantôt par un enchaînement de transitions lentes parfaitement décrites par M. Celle, et qui peuvent arriver inaperçues jusqu'à l'évolution complète, sans que la santé ait été troublée. La longueur de ce travail intérieur varie nécessairement suivant les conditions dans lesquelles se trouve placé celui chez lequel il a lieu et surtout suivant sa constitution. On peut, avec Lind et Pugnet, l'évaluer environ à un ou deux ans. Mais il est bon d'ajouter que par le fait même de l'acclimatement, l'étranger a perdu son caractère originel; et que s'il retourne dans son pays natal, il lui faudra subir, quelquefois non sans péril, une nouvelle transformation. Cette circonstance mérite d'être signalée, et implique la nécessité de précautions à prendre pour le retour.
Les lois de l'acclimatement que nous venons de tracer pour le passage dès climats tempérés dans les pays chauds sont au fond exactement les mêmes quand il s'agit d'une émigration d'un climat chaud dans une région tempérée ou froide. Les effets seuls varient. Ainsi on voit la mortalité augmenter pour les garnisons nègres qui s'éloignent de l'équateur, autant qu'elle s'accroît pour les troupes européennes qui s'en rapprochent. Seulement on peut dire avec un