RAPPORT DE M. LE MINISTRE DE L'AGRICULTURE ET DU COMMERCE
La réapparition du choléra-moi bus à Tunis et l'invasion du fléau dans l'île de Malle, d'où l'en peut venir en trois jours à Marseille, ont vivementému les populations de notre littoral de la Méditerranée. Il n'y a pas encore un an que le choléra sévissait avec une cruelle intensité à Marseille et à Toulon, et l'on a exprimé la crainte que la trop grande facilité des communications avec les pays où règne actuellement la maladie ne contribuât à la ramener dans nos ports.
On ne saurait le proclamer trop haut, celte crainte n'est nullement justifiée, et l'expérience acquise, tant en France que dans les autres pays de l'Europe, a démontré depuis longtemps l'impuissance des quarantaines et des cordons sanitaires pour arrêter la marche de l'épidémie. En France, on avait adopté, pendant
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l'année 1831 et au commencement de 1 832, les mesures les plus sévères à l'égard des provenances des contrées atteintes par le choléra. On obligeait les navires qui en arrivaient à se rendre dans les ports à lazaret pour purger leur quarantaine. Les passagers, les équipages et les marchandises y subissaient une quarantaine qui ne pouvait être de moins de dix jours. L'importation des vieux habits setvant au commerce de la friperie était interdite, dans la crainte qu'ils ne servissent de véhicule au germe de la maladie. Les peaux, cuirs et duvets étaient assujettis à de rigoureuses purifications. Les voyageurs entrant par la voie de terre étaient astreints à subir une quarantaine de cinq à dix jours, pendant laquelle les hardes et effets à leur usage personnel étaient purifiés et ventilés. L'inefficacité de ce luxe de précautions, qui a coûté près de 600 000 francs au trésor public et des sommes considérables au commerce, est bien connue. Aussi, lorsqu'en ls/t8, la France fut menacée d'une seconde invasion du fléau, le gouvernement, de l'avis du comité d'hygiène, prit-il le parti de maintenir la liberté de nos communications avec les pays où régnait le choléra. Toutefois, voulant tenir compte de la susceptibilité de nos populations maritimes et de l'effroi qu'aurait pu jeter parmi elles le débarquement d'un ou de plusieurs cholériques dans un port où l'épidémie ne se serait pas encore montrée, il décida que les navires sur lesquels il y aurait eu quelques cas de choléra pendant la traversée seraient soumis à une quarantaine d'observation de trois à cinq jours.
Aujourd'hui, je viens vous proposer, monsieur le président, de modifier ce régime en ce qui concerne nos ports de la Méditerranée. Je viens vous demander d'accorder aux administrations sanitaires de ce littoral la facilité, d'imposer une quarantaine d'observation de trois à cinq jours aux navires venant des contrées où règne l'épidémie, lors même qu'ils n'auraient eu ni morts ni malades pendant la traversée. Cette mesure est réclamée par notre commerce maritime dans la Méditerranée. Elle doit avoir pour effet de le débarrasser des entraves que rencontrent ses navires dans tous les ports de l'Italie. Elle donnera une satisfaction suffisante à des inquiétudes exagérées qui prennent quelque empire sur la population. Elle prouvera combien nous étions sincères quand nous disions récemment aux États de l'Italie que nous étions prêts à faire le sacrifice de nos opinions, dès qu'il s'agissait d'amener une entente désirable entre toutes les puissances intéressées à l'établissement d'un système uniforme de précautions sanitaires dans toute la Méditerranée. Signé J. Dcmas.
DÉCRET DD 1k JUILLET 1850.
Le président de la république, sur le rapport du ministre de l'agriculture et du commerce,
Vu la loi du 3 mars 1822 sur la police sanitaire,
Le comité d'hygiène entendu,
Décrète :
Art. 1er. Les provenances des pays où règne le choléra pourront être soumises, dans les ports de la Méditerranée, à une quarantaine d'observation de trois jours au moins et de cinq jours au plus.
Art. 2. Si, pendant la durée de la quarantaine, il ne s'est manifesté aucun cas de choiera, les provenances seront admises en libre pratique; dans le cas
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contraire, la quarantaine d'observation pourra, par décision de l'intendance sanitaire, être prolongée de cinq jours, à partir de l'invasion du choléra chez le dernier malade.
Art. 3. Le ministre de l'agriculture et du commerce est chargé de l'exécution du présent décret.
Les difficultés auxquelles fait allusion le rapport qui précède ne se sont pas élevées seulement à l'occasion du choléra; et c'est pour arriver à les résoudre, qu'une conférence sanitaire internationale, dont nous aurons plus tard à, faire connaître les importants travaux, a été réunie à Paris vers la fin de l'année 1851. On comprend de quelle importance est l'avis de la conférence dans la question si grave des quarantaines à opposer au choléra. Et nous voulons consigner ici l'opinion développée avec autant d'autorité que de talent par M. Mêlier, le savant rapporteur de la commission appelée à préparer la solution des questions soumises à la conférence. Nous indiquerons ensuite le résultat des délibérations auxquelles le choléra, en particulier, a donné lieu.
« On ne nie pas l'origine exotique du choléra : elle est évidente; on ne nie pas non plus qu'il ne soit susceptible d'importation : beaucoup défaits tendent à l'établir; mais on soutient qu'il est humainement impossible de rien faire d'utile et d'efficace contre un tel fléau; que ce fléau, marchant dans ses invasions à la façon des épidémies en général, tombe comme un orage sur les pays qu'il atteint ; qu'il y arrive, on ne sait comment, sans avoir parcouru les pays intermédiaires, et nullement de proche en proche, comme on paraît le croire et comme il faudrait que cela fût pour que l'emploi des quarantaines pût être rationnellement indiqué; qu'il semble, d'ailleurs, s'être acclimaté en Europe et se répandre à peu près partout.
» On en conclut que les quarantaines ne peuvent rien contre le choléra, et que, tandis qu'on les emploie, la maladie passant pardessus toutes les barrières qu'on lui oppose, arrive ou naît dans le pays, si même elle ne s'y trouvait déjà. A quoi bon dès lors imposer au commerce, imposer aux relations, en général, des gênes et des restrictions sans utilité? à quoi bon prendre des précautions qui ne préservent de rien et qui occasionnent en pure perte des sacrifices considérables ? On va plus loin : on soutient que les quarantaines, au lieu d'être, comme on le suppose, utiles et efficaces contre le choléra, tendent à accroître les chances de l'avoir et qu'elles en favorisent l'invasion, en retenant les passagers dans les bâtiments ou les lazarets, et en les y entassant quand il faudrait au contraire s'appliquer, par tous les moyens possibles, à les disperser.
» Mais si Ton refuse ainsi aux quarantaines proprement dites tout
pouvoir de préserver du choléra, et si on les repousse comme inutiles, impuissantes et peut-être dangereuses, il n'en est pas ainsi des mesures sanitaires envisagées au point de vue de l'hygiène.
» L'hygiène, largement comprise et hien entendue, doit être la véritable préservation des peuples contre les fléaux morbides qui les menacent. Vainement chercherait-on par l'isolement, la séquestration et l'absence de tout contact, à s'en préserver; on n'y parviendrait pas si, en même temps, on ne s'appliquait à prévenir et à détruire les foyers de corruption et d'infection à bord des navires ou au sein des habitations. Ces foyers sont la cause réelle et véritablement puissante de la formation des maladies; s'ils ne les engendrent pas de toutes pièces, ils les favorisent tellement que, sans eux, les maladies ne se développeraient probablement pas ou ne se développeraient que difficilement, et, en tout cas, n'auraient que bien peu d'insensité et ne tarderaient pas à s'éteindre.
» Partant de cette donnée, toute rationnelle, toute scientifique, et que la propreté seule, à défaut d'autre considération, suffirait pour recommander, après avoir dit : Point de quarantaines contre le choléra, parce qu'elles ne peuvent rien pour l'empêcher, on dit : Mesures d'hygiène et de propreté, mesures d'aération et de ventilation, dispersion des personnes et assainissement des bâtiments et des marchandises.
» Ce sont, comme on le sait, les vues et les pratiques de l'Angleterre dans ces matières, vues bien fondées, pratiques parfaitement rationnelles, que le General Board of health s'efforce de faire prévaloir, et qui, il faut le croire, deviendront, dans un avenir prochain, la base de tout système sanitaire.
» Comme on le pense bien, ces idées, qui choquent des croyances faites depuis longtemps, n'ont pas passé sans discussion dans la commission, et cette discussion se reproduira certainement dans la conférence ; des réserves formelles ont même été faites à cet égard. Loin de chercher à éloigner le débat sur un sujet aussi grave, il faut l'appeler ; il faut qu'il soit approfondi et complet, afin que les résolutions quelconques qui en sortiront ne laissent dans les esprits ni doutes ni incertitudes.
» En résumé, deux questions ont été posées au sein de la commission, en ce qui concerne le choléra :
» Y aura-t-il des quarantaines contre cette maladie et pourra-t-on, à cause d'elle, mettre un pays en interdit ? A quatre voix contre trois, la réponse a été négative : Il n'y aura pas de quarantaines contre le choléra, et l'on ne pourra pas, pour cette maladie, mettre en interdit les provenances d'un pays.
» Y aura-t-il, dans des cas donnés, des mes :res d'hygiène contre
le choléra et les provenances venant de lieux actuellement atteints de cette maladie, mesures facultatives que l'on pourra prendre ou ne pas prendre, et dont l'omission n'entraînera aucune conséquence ?
» Sur cette question, il a d'abord été formellement entendu que le règlement à intervenir spécifierait avec soin et détail les mesures d'hygiène en question, et dirait en quoi elles pourront consister. Il a été entendu, d'une autre part, que ces mesures pourraient aller, dans certaines circonstances déterminées, jusqu'à l'isolement d'un bâtiment.
» Ainsi posée et précisée, la question a été résolue affirmativement par cinq voix contre deux : Il pourra y avoir, contre le choléra, des mesures d'hygiène, de propreté et d'aération ; elles pourront aller, dans des cas déterminés, jusqu'à l'isolement d'un navire; mais ces mesures étant essentiellement locales et facultatives, leur omission ne pourra, dans aucun cas, servir à motiver des mesures quarantainaires contre un pays qui s'en sera dispensé.
» Telles ont été les résolutions de la commission à l'égard du choléra. »
Mais si ces principes, si bien développés dans les lignes que nous venons de produire, ont été sanctionnés par l'immense majorité des membres de la conférence, ils ont dû fléchir un peu dans l'application, dans un but de conciliation très pratique et tout à fait en harmonie avec l'esprit môme de la conférence. En résumé, d'après la décision prise par l'assemblée générale, les provenances directes des lieux où règne le choléra pourront être soumises à une quarantaine facultative de cinq jours, qui seront comptés à partir de l'embarquement, en comprenant le temps de la traversée. Pour les provenances indirectes de pays intermédiaires plus ou moins compromis, la quarantaine facultative sera de trois jours seulement.
Telles sont aujourd'hui les bases du régime sanitaire européen, en matière de choléra.
Assainissement et salti»a*£té. — Il est du domaine des autorités municipales de combattre, par tous les moyens qui sont en leur puissance, les causes d'insalubrité qui contribuent si activement au développement et à l'extension de la maladie. Outre l'entretien de la voie publique qu'il faut débarrasser des immondices de toute sorte qui peuvent y être amoncelées, outre la surveillance assidue des établissements insalubres, il conviendrait que l'attention se portât principalement sur ces habitations malsaines où est agglomérée une partie si considérable de la population des grandes villes, et particulièrement sur ces maisons garnies qui sont en quelque sorte désignées aux coups les plus cruels de l'épidémie. Une mesure extrê-
mement sage, qui ne sera malheureusement pas souvent réalisable, mais à laquelle on ne devra pas manquer de recourir toutes les fois que cela sera possible, c'est le déplacement, la dissémination des familles les plus nombreuses et les plus pauvres que l'on ferait sortir de leurs étroites demeures, et auxquelles on donnerait momentanément asile dans les localités spacieuses des édifices publics et des bâtiments divers qui pourraient convenir à cette appropriation. Du reste, il sera partout nécessaire de remédier aux funestes conséquences de l'encombrement, et de faciliter l'aération et la ventilation des lieux où seront réunies un certain nombre de personnes. Si l'on se reporte à ce que nous avons dit en examinant l'influence écologique de l'insalubrité, on comprendra, sans que nous ayons besoin d'y revenir, dans quel sens devront être dirigées les mesures d'assainissement propres à prévenir les ravages du fléau.
Il est une pratique qui a été adoptée et suivie avec une telle exagération, qu'il sera sans doute fort difficile d'en démontrer l'inutilité : c'est l'usage des substances désinfectantes, et notamment des chlorures et du camphre. On se rappelle qu'à Paris bien peu de maisons, bien peu de personnes ont échappé à ces procédés de désinfection, dont l'odeur pénétrante et les propriétés ne sont pas toujours sans inconvénient. Cependant nous n'hésitons pas à les considérer comme plus nuisibles qu'avantageux, et nous nous associons sans réserve à cette judicieuse remarque de M. Monneret : « Combien d'hommes » préfèrent avaler une drogue vendue par un empirique, se soumettre » à quelques pratiques singulières ou ridicules, porter un spécifique » ou infecter de quelque puante odeur l'atmosphère qu'ils respirent, » plutôt que de régler eux-mêmes leur hygiène d'une manière con- » forme à la raison et aux lois de la nature. »
Visites préventives. — Nous croyons tout à fait utile et opportun de donner ici une idée exacte d'une mesure qui, appliquée à la prophylaxie du choléra épidémique, nous paraît appelée à rendre d'immenses services aux populations sur lesquelles pourrait fondre, à l'avenir, le redoutable fléau. Nous voulons parler des visites médicales préventives, qui ont pour objet de rechercher et de traiter, dès l'origine, les premiers troubles qui annoncent d'ordinaire, et qui, dans tous les cas, favorisent certainement l'explosion du choléra.
Le principe sur lequel est fondée cette mesure ne saurait être contesté; il consiste en un fait d'observation signalé dès 1832, avec une grande perspicacité par le docteur Jules Guérin, c'est-à-dire l'existence plus ou moins prolongée de la diarrhée chez les individus qui doivent être atteints par l'épidémie. C'est cette diarrhée qui a reçu, en Angleterre, le nom de prémonitoire, sous lequel on s'accorde
à la désigner aujourd'hui. L'expérience de plusieurs épidémies dans tous les pays du monde a aujourd'hui donné à ce fait une immense consécration. Pour ne citer que l'exemple le plus rapproché de nous et le plus récent, nous dirons que dans la courte apparition que le choléra a faite, à Paris, des premiers jours de novembre 1853 au 22 janvier 1854, sur 974 cholériques admis dans les hôpitaux de la capitale, 740 avaient été atteints de diarrhée prémonitoire et 166 seulement en ont paru exempts, les 68 autres n'ayant pu fournir sur ce point aucun renseignement. On trouvera dans le rapport, remarquable à tous égards, que nous allons citer, des faits bien propres à démontrer l'importance capitale de cette donnée pathologique sur laquelle, nous l'avons dit, repose tout entier le système des visites médicales préventives.
Mais ce ne serait pas assez d'un intérêt purement scientifique pour justifier cette grande mesure, si elle n'avait pour but l'intérêt même du salut des peuples, et pour sanction une diminution considérable des ravages du choléra épidémique. Il ne lui manque qu'une seule chose aujourd'hui, c'est l'épreuve du temps et d'une invasion du fléau dans un grand centre de population. Aussi importe-t-il que tout soit prêt pour que cette épreuve soit, à l'occasion, complète et décisive. On verra par les documents qui vont suivre que l'administration française a compris, à cet égard, comme dans toutes les circonstances, l'étendue de ses devoirs, et que, grâce à l'initiative infatigable autant qu'éclairée de M. Mêlier et au concours du comité consultatif d'hygiène publique, un système complet des visites médicales préventives a été organisé de manière à pouvoir fonctionner du jour au lendemain sur le point du territoire que frapperait le cboléra. Ce n'est pas ici le lieu de répondre à quelques objections de détail qui ont été faites à cette mesure, et qui se réduisent, après tout, aux charges financières qu'elle imposerait au gouvernement et aux communes. Si pourtant on veut réfléchir seulement aux dépenses énormes que pendant des siècles la France a consacrées à un système de protection quarantainaire reconnu aujourd'hui complètement inutile ; si, d'un autre côté, on compare les frais des visites préventives aux charges bien autrement lourdes et regrettables que font peser sur la charité publique et privée les ravages d'une grande épidémie et ses irréparables désastres, on restera certainement convaincu qu'une mesure si humaine est en même temps un calcul plein de sagesse.
Une remarque plus importante et que nous ne saurions omettre, est celle qui a trait au mode d'exécution de ces visites. Leur caractère a été très nettement et très judicieusement indiqué par notre éminent collègue M. Mêlier, dans l'instruction que nous allons citer.
Mais nous devons insister sur un point qui ne paraît pas avoir été sulfisamment compris : nous voulons parler de la nécessité de conserver aux visites préventives leur forme et leur sens exclusivement médical, seule et absolue condition de succès là où il s'agit de surprendre un symptôme négligé, et d'appliquer suivant l'indication, avec autant de précision que de prudence, un traitement énergique et direct. C'est là ce qui donne à la mesure sa véritable portée; c'est là ce qui permet d'en espérer des effets considérables et tout à fait indépendants des autres moyens de secours et des diverses prescriptions hygiéniques et administratives que réclameront toujours et partout les grandes épidémies.
Ajoutons, cependant, avant d'exposer le système lui-même, que s'il a été conçu et appliqué jusqu'ici seulement en vue du choléra, il contient eh germe le principe d'une prophylaxie toute nouvelle et singulièrement efficace des maladies pestilentielles en général.
Nous ne saurions trop vivement appeler l'attention sur les documents à la fois si neufs et si complets que nous allons reproduire. Us contiennent l'exposé le plus exact que l'on puisse désirer de cette intéressante question.
EXTRAIT DD RAPPORT FAIT AD NOM DU COMITÉ CONSULTATIF D'HYGIÈNE PUBLI- QUE PAR M. LAFFONT-LADÉBAT SUR LES VISITES MÉDICALES PRÉVENTIVES DIRIGÉES CONTRE LE CHOLÉRA ÉPIDÉMIQUE (NOVEMBRE 1853).
11 est une mesure sur laquelle votre attention a déjà été appelée, monsieur le ministre, et qui, si elle tenait tout ce qu'on s'en est promis, aurait pour résultat d'arrêter le choléra dans la première phase de son développement : nous voulons parler des visites à domicile, et du traitement préventif auquel on attache maintenant tant d'importance en Angleterre. Vous avez été frappé de ce qui a été dit et publié à ce sujet, et, reconnaissant qu'il était impossible de se faire une jusle idée du mode d'exécution de la métnode ainsi préconisée d'après les documents dont nous pouvions disposer, vous avez autorisé l'un de nous, M. le docteur Mêlier, à se rendre en Angleterre, pour observer comment les visites dont il s'agit étaient pratiquées, et quels en élaient réellement leseffels.
M. Mêlier a fait connaître verbalement à M. le directeur général de l'agriculture et du commerce ce qu'il a vu sur le théâtre même de l'épidémie ; il en a également entretenu le comité ; et d'après les explications qu'il nous a données, d'après les documents officiels qu'il a recueillis, et ceux que nous possédions déjà, nous croyons pouvoir maintenant soumettre à, Votre Excellence un avis et des propositions suffisamment motivés, en ce qui touche la double question de savoir si les visites à domicile, telles qu'elles sont pratiquées en Angleterre, sont vraiment utiles, et comment, en cas d'affirmative, une pareille mesure pourrait être réalisée dans notre pays.
Sur le premier point, nous croyons que le doute n'est pas permis : ce n'est pas que le comité adopte entièrement l'opinion qu'on s'est faite en Angleterre,
de l'efficacité absolue du traitement préventif qui est le but des visites à domicile : l'expérience est là, malheureusement, pour prouver ce qu'il y a d'exagéré dans celte opinion, car il est certain que le choléra a sévi avec violence à Newcastle, malgré les visites à domicile, qui, à la vérité n'ont pas été organisées au début de l'épidémie. On doit faire la part des difficultés inséparables d'une première organisation, et surtout du conflit d'autorités, si fréquent dans les institutions municipales de la Grande-Bretagne; il n'en reste pas moins établi que les visites, quoique laites avec un soin et un dévouement auxquels M. le docteur Mèlier se plaît à rendre hommage, n'ont pas empêché l'épidémie d'exercer de grands ravages, mais bien moindres, évidemment, que si les malades eussent été abandonnés à eux-mêmes au moment où ils commençaient à ressentir l'influence de la maladie.
Ici, monsieur le ministre, qu'il nous soit permis de vous présenter quelques observa lions.
Depuis que le choléra a fait son apparition en Europe, on a signalé comme un fait, sinon général, au moins extrêmement fréquent, la présence d'une diarrhée, qu'on a qualifiée de symptôme avant-coureur de cette épidémie; on a observé que, sôiis l'influence épidémique, une foule de personnes éprouvent un dérangement inlestinal plus ou moins marqué; que dans le plus grand nombre des cas, ce dérangement ne devient pas le choléra, mais qu'on a rarement le choléra sans qu'il ait été précédé de cette diarrhée que les Anglais appellent prémonitoire.
Les observa lions qui ont été faites à cet égard ne nous paraissent pas avoir toute la rigueur nécessaire pour établir une loi véritablement scientifique ; mais il nous paraît impossible de ne pas admellre qu'elles reposent sur des faits réels, au moins dans leur généralité : car il faudrait autrement arguer de faux un nombre immense de publications dont plusieurs sont dues à des médecins éminents.
De ce que le choléra commence ordinairement par une diarrhée simple, on a conclu qu'il fallait, avant tout, s'attacher à combattre le symptôme précurseur., et qu'en l'arrêtant, on préviendrait le développement de la maladie. C'est ce qui a été dit en France, d'une manière plus ou moins explicite, par une foule de médecins dans les journaux médicaux, dans diverses instructions émanées des corps savants ou de l'autorité.
En Angleterre, on est allé plus loin. S'empnrant du fait d'observation déjà proclamé en France, le General Board of health, qui est investi de pouvoirs considérables en temps d'épidémie, en a fait la base d'un système de traitement préventif dont nous avons maintenant à nous occuper.
Lors de l'épidémie de choléra de 18i8 à 1849, ce système a reçu son application dans la plupart des villes qui ont été affligées par le fléau, et les résultats qu'on lui attribue ont été exposés avec beaucoup de développement dans Je rapport sur le choléra, publié en 1850 par le General Board of health.
En quoi consiste cette méthode, Votre Excellence le sait déjà. Pour qui connaît l'imprévoyance naturelle de la plupart des hommes, surtout dans les classes peu éclairées, il est aisé de comprendre que des avis, des publications imprimées, sur ce qui touche à la conservation de la santé, n'ont pas une grande influence. Outre que beaucoup de gens ne les lisent pas, beaucoup les négligent ou ne savent pas
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se les appliquer. On ne met aucune importance à un dérangement qui ne cause aucune douleur, et qui souvent n'empêche pas de vaquer à es affaires; on répugne à aller consulter un médecin, à acheter ou même à demander des médicaments pour une indisposition qui paraît légère.
C'est afin de prévenir les suites de cette négligence, de celte apathie, malheureusement si commune, qu'on a imaginé, en Angleterre, d'aller au-devant des malades, qui ne seraient pas venus d'eux-mêmes aux dispensaires, de les chercher de maison en maison, d'épier les premiers symptômes du mal, pour le combattre et l'étouffer à sa naissance. Tel est le but des visites qui se font chaque jour de maison en maison dans les localités infectées du choléra : nous dirons plus loin comment ces visites sont organisées, voyons d'abord quels ont été les effets.
Ces effets, nous l'avons dit, ont été exposés avec détail dans le rapport sur le choléra de 1 8'a8 à 18'i9, et dans des publications ultérieures du General Board of heulth. Remonter des faits à la cause n'est jamais chose facile, et il est incontestable qu'un certain nombre de cas où la décroissance plus ou moins rapide de l'épidémie a été attribuée à l'institution" des visites pourraient être dus à d'autres causes, puisque le même phénomène a été souvent remarqué dans les localités où les visites n'avaient pas lien. Toulefos il y a dans le rapport que nous venons de citer, un ensemble de faits où l'esprit le plus sceptique pourrait difficilement méconnaître l'influence delà mesure que nous cherchons à apprécier ici.
Pour ne citer qu'un très petit nombre d'exemples, nous voyons qu'à Dumfries, en Ecosse, ville de 10 000 âmes, 250 habitants avaient déjà succombé avant que le nouveau système fût complètement établi ; on mit trois jours à l'organiser, et dans ces trois jours le nombre des attaques fut successivement de 37, de 30, de 23, celui des morts de 7, 5, 6. Les trois jours suivants, le système était en pleine activité, le nombre des attaques descendit à 8, Zt, 2, celui des morts à ■ 6, Zi, 5 : trois jours plus tard, l'épidémie était éteinte. *
Des observations analogues furent faites à Paislez, à Inverness; à Glascow, on traita 13 139 cas de diarrhée, prodromique; et sur ce nombre 1000 présentaient déjà l'apparence d'eau de riz, ce qui est, comme chacun sait, un des signes qui annoncent l'imminence du choléra, ou qui caractérisent le choléra lui-même : de ces cas si nombreux, 27 seulement se terminèrent par le choléra déclaré.
A Londres, dans l'espace de trois semaines, du 1er septembre au 27 octobre 18&9, les visiteurs constatèrent 43 737 cas de diarrhée, 978 de diarrhée ayant l'apparence de l'eau de riz ; sur ce nombre considérable de diarrhées, 58 seulement résistèrent au traitement et passèrent au choléra.
En résumé, dans les quinze villes principales de l'Angleterre où la méthode préventive fut appliquée d'une manière plus ou moins complète, sur 130 000 personnes qui furent traitées, comme nous venons de le dire, 250 seulement eurent le choléra, quoique G000 au moins parussent déjà toucher à la période où cette cruelle maladie présente les symptômes les plus caractéristiques.
Ce n'est pas seulement en Angleterre qu'on a eu à s'applaudir du résultat des visites préventives; un système analogue avait été organisé à Munich, dès l'année 1847, d'après le rapport de M. le docteur Lasègue, et l'on attribua à son
influence l'immunité presque complète dont jouit alors la capitale de la Bavière !
au milieu de localités plus ou moins infectées.
Enfin, un de nos collègues, M. Michel Lévy, nous a fourni des renseignements pleins d'intérêt sur l'organisation et les effets du service sanitaire de l'armée dans son application au choléra, au Val-de-Gràce, qu'il dirigeait pendant l'épidémie de 1849. Dans cet hôpital, qui présentait les meilleures conditions d'une observation aussi étendue que variée, notre collègue a pu reconnaître combien une surveillance continue sur les premiers symptômes, sur les accidents précurseurs du choléra, avait d'empire pour enrayer la maladie, et pour diminuer la mortalité.
La même méthode a été suivie cette année en Angleterre dans le petit nombre de localités où l'épidémie s'est déclarée. On n'ose pas dire que les résultats aient été complètement satisfaisants, puisque, à Newcastle, le choléra a été infiniment plus meurtrier qu'il ne l'avait été en 1831 ; mais cet insuccès, qu'on attribue en partie aux relards apportés dans l'organisation des visites, n'a pas ébranlé la confiance des Anglais dans l'efficacité du système. Un fait notable qui a été observé à Newcastle même semble, jusqu'à un certain point, justifier cette confiance : sur 626 hommes qui étaient en garnison dans cette ville, 459 furent atteints de diarrhée pendant l'épidémie ; mais ils reçurent les :oins nécessaires, et un seul eut le choléra.
Laissant de côté tous ces faits, personne ne peut nier que dans toute maladie, et particulièrement en temps d'épidémie, l'axiome vulgaire : Principiis obsta, ne soit le conseil de la prudence même ; qu'il y a certainement beaucoup plus de chance de guérir le choléra en l'attaquant à son début, qu'en lui laissant le temps de se développer avec tout le cortège de ses affreux symptômes; et que puisque les visites à domicile sont incontestablement le meilleur moyen d'arriver à ce but, s'il n'est pas au-dessus des ressources actuelles de la science, la mesure est bonne en elle-même et doit être approuvée, quelque opinion qu'on puisse avoir sur le plus ou le moins de généralité, en fait, des observations qui lui ont servi de base.
f\este la question d'application, et c'est ici réellement qu'est toute la difficulté. Notre collègue, M. Mêller, nous a donné les renseignements les plus étendus et les plus précieux sur la manière dont les visites à domicile sont organisées en Angleterre. Il ne s'est pas contenté des documents écrits qu'il a pu recueillir, des informations qui lui ont été fournies par le General Board of health et par plusieurs médecins de Londres ; il a voulu voir fonctionner le système, et a suivi les visiteurs dans leurs opérations à Newcastle, qui était encore alors le principal foyer de l'épidémie.
Nous ne produirons pas ici les détails consignés dans un procès-verbal qui a peut-être été mis sous les yeux de Votre Excellence (il est ci-joint); quelques mois nous suffiront pour rappeler comment le système des visites préventives a pu être installé et mis en pratique chez nos voisins.
Nous nous dispenserons d'entrer dans aucun détail sur l'administration de la santé publique en Angleterre ; nous rappellerons seulement qu'un corps, le General Board of health, qui n'a en temps ordinaire que des moyens d'action assez restreints, est, en temps d'épidémie, chargé de pourvoir à toutes les mesures que peut réclamer l'intérêt de la santé publique,
C'est ainsi que par un arrêt du Conseil du 25 septembre dernier, les pouvoirs du General Board of health s'étendront maintenant sur toute l'Angleterre. Armé de ces pouvoirs extraordinaires, le General Board of health dispose non-seulement de tous les médecins des boards locaux dans les villes qui étaient déjà placées sous son autorité, mais encore de ce qu'on appelle, en Angleterre, les gardiens, les surveillants et les officiers médicaux des pauvres, fonctionnaires qui forment, dans chaque union composée de plusieurs paroisses, un personnel assez nombreux, et en rapport immédiat avec la population la plus pauvre.
Le General Board of health adresse ses règlements à tous ces agents, qui sont tenus de les exécuter; partout où il le croit nécessaire, il envoie l'un de ses inspecteurs pour organiser le service préventif, et, sur la demande de cet inspecteur, on envoie immédiatement de Londres un renfort de médecins et d'élèves, si les besoins l'exigent.
Les embarras d'une première organisation une fois surmontés, les visites se font avec facilité, et les visiteurs sont partout bien reçus; les actes officiels ne font aucune distinction et prescrivent les visites d'une manière générale ; mais dans la pratique, on ne visite que les familles pauvres ou peu aisées, et l'on ne va guère au delà de la classe des petits marchands. On suppose que toutes les personnes d'une portion plus élevée sont suffisamment éclairées par tout ce qui se publie chaque jour, en Angleterre, sur les diarrhées prémonitoires, pour faire attention à ce symptôme, et recourir à temps d'elles-mêmes aux secours de la médecine. Les visites se font très vite : l'un des médecins inspecteurs du General Board of health affirme, dans une communication faite à un comité scientifique de Berlin, qu'un seul visiteur peut voir cinq cents familles par jour.
Quoi qu'il en soit de celte assertion, il est certain que le système fonctionne avec activité dans toutes les villes où il est établi, et qu'il n'exige pas, en général, un nombre de médecins très considérable; nous disons de médecins, parce qu'en Angleterre, après avoir essayé d'employer pour les visites à domicile des personnes zélées, mais étrangères à la médecine, on a vu dans l'emploi de ces auxiliaires quelques inconvénients, et il paraît que les visites ne sont plus faites maintenant que par des médecins ou des élèves en médecine avancés dans leurs études.
Votre Excellence nous permettra de nous référer aux procès-verbaux des séances du comité, pour de plus amples détails sur ce mécanisme des visites en Angleterre.
Il s'agit maintenant de voir comment, adoptant le principe des visites à domicile, en présence du choléra, nous pourrions l'appliquer sans trop de difficulté ; comment nous pourrions l'approprier à nos ressources, à nos institutions, à nos mœurs.
Nous avons formulé dans une série d'articles le plan que nous avons l'honneur de soumettre à Votre Excellence.
Nous nous permettrons, à cette occasion, de demander que si le système est adopté en France, les médecins et les élèves visiteurs reçoivent des honoraires suffisants pour soutenir leur zèle dans le service pénible qui leur sera confié.
Nous pensons qu'il ne devrait pas être accordé moins de 20 francs par jour à chaque médecin, et moins de 10 francs à chaque élève, non compris le remboursement de leurs frais de voyage, sïls sont employés hors de leur domicile.
TAUDIEU. — DICT. D'UYG. T: I» 30
Au reste, nous ne croyons pas, monsieur le ministre, que des considérations d'argent puissent arrêter un gouvernement si justement préoccupé des pins chers intérêts du peuple, quand il s'agit de combattre une épidémie telle que le choléra. Ce qui pourrait seulement le faire hésiter, c'est la crainte de ne pouvoir concilier le système des visites préventives avec la nécessité de conserver, de fortifier même, s'il est possible, l'ensemble des moyens de secours qui ont été employés dans les précédentes épidémies pour le traitement des véritables malades.
Nous pensons que ces deux ordres de secours se lient étroitement, que l'un ne doit pas nuire à l'autre; mais nous reconnaissons parfaitement qu'il y a là une expérience à faire. Il ne sera pas nécessaire que cette expérience soit poussée jusqu'au bout, pour qu'on puisse en apprécier les effets.
Si elle est réalisée avec intelligence et avec énergie dans les premières localités un peu considérables que l'épidémie viendrait à frapper, on sera bientôt fixé sur ce qu'on peut en attendre, et l'administration pourra alors, en connaissance de cause, ou en continuer ou en restreindre l'application, selon que l'extension de l'épidémie et les moyens d'action dont on pourra disposer commanderont l'une ou l'autre résolution.
Il importe, cependant, que la mesure soit d'abord présentée comme générale, comme devant être exécutée partout d'après les mêmes bases. Car, puisqu'il s'agit d'une grande expérience, il faut que cette expérience, pour prouver quelque chose, soit faite dans les meilleures conditions de succès et avec toute la généralité qu'elle comporte.
La législation actuelle, en ce qui touche les épidémies et les grandes mesures de salubrité publique, est malheureusement fort insuffisante ; elle est muette sur les droits du pouvoir central, en dehors des circonstances exceptionnelles qui sont prévues par la loi du 3 mars 1822, relative aux mesures à prendre contre les J maladies pestilentielles. Quelques personnes avaient pensé qu'il pourrait être' utile de s'appuyer sur cette loi pour rendre obligatoires, par un décret, toutes les dispositions nouvelles que nous croyons devoir consulter.
La légalité d'un pareil décret ne serait pas douteuse ; mais il ne nous appartient pas de nous prononcer sur la question d'opportunité. Nous sommes profondément convaincus que si le gouvernement accepte le système que nous avons l'honneur de lui soumettre, il exprimera la volonté que ce système soit partout exécuté.
RÈGLEMENT POUR L'ORGANISATION DES SECOURS MÉDICAUX EN CAS D^ÏNVASÏOfi
§ Ier. — Division du territoire en circonscriptions médicales.
Article 1er. Les Conseils d'hygiène et de salubrité sont chargés, sans aucun délai, de préparer l'organisation des secours médicaux, et particulièrement des visites préventives, dans leurs arrondissements respectifs.
Art. 2. Les Conseils proposeront d'abord la division de l'arrondissement en circonscriptions médicales assez multipliées pour que de prompts secours soient assurés à toute la population, en cas d'épidémie.
Art, 3. Les circonscriptions médicales devront être plus rapprochées et plus nombreuses dans les localités où la population est composée principalement d'ou-i
vriers habitant des maisons humides et mal aérées, et dans les quartiers où la mortalité est habituellement au-dessus delà moyenne de la mortalité générale.
Art. h. Dans chacune de ces circonscriptions il y aura, pour le traitement de l'épidémie, si elle vient à se déclarer, un ou plusieurs médecins, une pharmacie au moins, ou un dépôt de médicaments qui sera confié à la garde du bureau de bienfaisance, ou, s'il n'y a pas de bureau de bienfaisance, au maire ou au curé.
Dans les départements où il existe déjà des médecins cantonaux, ces médecins seront chargés d'une circonscription médicale.
Art. 5. La division de l'arrondissement en circonscriptions médicales sera arrêtée par le préfet, sur la proposition des Conseils d'hygiène, et d'après l'avis des maires et des sous-préfets.
§ IL — Organisation des visites préventives dans les villes.
Art. 6. Pour préparer l'organisation des visites à domicile dans les villes où siègent les Conseils d'hygiène et de salubrité, il sera procédé ainsi qu'il suit :
A. Le Conseil d'hygiène de l'arrondissement déterminera, dans chaque circonscription médicale, le nombre de rues et de maisons qui devra être assigné à chaque visiteur.
Ces sous-divisions devront être plus ou moins étendues, suivant le degré d'agglomération et les conditions sociales de la population qui les habite. Le travail de répartition, ainsi préparé, devra être arrêté par le maire.
A Paris, la répartition des différents quartiers en circonscriptions médicales, et la délimitation des divisions qui devront être affectées aux différents visiteurs, seront faites par le préfet de police, sur l'avis du Conseil d'hygiène publique et de salubrité du département, les commissions d'arrondissements entendues.
B. Pour opérer la division dont il vient d'être question, on partira du principe que le médecin visiteur devra se présenter au moins une fois par jour dans chacune des maisons qui lui auront été assignées, mais qu'il n'aura ordinairement à visiter que les familles pauvres ou peu aisées qui manqueraient de médecin.
C. Pour qu'on puisse faire le dénombrement de ces familles, le maire fera remettre au Conseil d'hygiène la liste de tous les indigents inscrits au bureau de bienfaisance. Avec l'aide des commissaires de police, des associations ouvrières, et partout autre moyen d'information, on cherchera à connaître les noms et la demeure de tous les ouvriers, de toutes les personnes qui, sans être précisément dans l'indigence, ont, par leur position, des droits particuliers à la sollicitude et à l'assistance de l'administration.
On évaluera approximativement, d'après ces éléments, le nombre de familles que chaque visiteur aura à visiter régulièrement dans la division qui lui aura été assignée.
Les sociétés de médecine et les associations médicales existant dans certaines villes pourront être utilement consultées dans cette circonstance par les autorités locales.
D. Les médecins des bureaux de bienfaisance, appelés par leurs fonctions a veiller à la santé de la population indigente, seront d'abord invités à faire connaître s'ils peuvent se charger de faire les visites préventives dans la totalité ou dans
une partie de la circonscription médicale où ils résident : il leur sera alloué, pour
cette mission spéciale, une rémunération supplémentaire.
E. Le nombre des médecins des bureaux de bienfaisance devant se trouver probablement insuffisant pour qu'ils puissent faire seuls toutes les visites préventives, l'organisation du personnel médical nécessaire à ce service sera complétée par tel nombre de médecins ou d'élèves en médecine qui sera jugé .indispensable.
F. A cet effet, le Conseil d'hygiène et de salubrité s'assurera d'avance du concours des médecins de la ville ou de l'arrondissement qui pourraient remplir, au besoin, les fonctions de médecin-visiteur; ces médecins seront invités à se faire inscrire à la mairie, en indiquant s'ils consentiraient à se mettre à la disposition de l'autorité, dans le cas où leurs services pourraient être requis en dehors de la ville ou de l'arrondissement où ils résident.
Un extrait de celte liste sera adressé au préfet, qui dressera la liste générale des médecins inscrits qu'on pourrait employer dans toute l'étendue du département, ou même diriger, s'il y avait lieu, sur les départements voisins.
G. Dans les villes où il existe, soit des facultés de médecine, soit des écoles préparatoires de médecine et de pharmacie, les élèves en médecine ayant au moins deux années d'étude pourront, s'ils sont munis d'un certificat du doyen ou du directeur desdiles écoles, constatant qu'ils remplissent les conditions exigées, se faire inscrire, soit à la mairie, soit à la préfecture, pour être employés comme visiteurs, ou pour concourir au traitement de l'épidémie, sous la direction du médecin, partout où l'on pourrait avoir besoin de leurs services.
H. Des copies des listes arrêtées d'après les dispositions contenues dans les divers articles précédents seront adressées au ministre de l'agriculture, du commerce et des travaux publics.
A Paris, une pareille liste sera ouverte à la préfecture de police et au ministère (bureau sanitaire), pour les médecins et élèves qui voudraient être employés comme visiteurs, soit dans le département de la Seine, soit dans tout autre département où l'administration jugerait à propos de les envoyer.
I. Si le Conseil d'hygiène et de salubrité ne trouve pas dans la ville où il siège assez de médecins ou d'élèves pour assurer complètement le service des visites, il fera connaître au préfet le nombre de médecins ou d'élèves qui serait nécessaire pour compléter celte organisation. L'épidémie venant à se déclarer, le préfet fera diriger, sans délai, sur la ville pour laquelle ce concours serait réclamé, les médecins ou les élèves qu'il saurait être disponibles, d'après la liste tenue à la préfecture.
Si le nombre des médecins est insuffisant dans le département, le préfet s'adressera au ministre, qui enverra sur les lieux des médecins ou des élèves choisis sur le registre tenu au bureau sanitaire.
/. Les médecins et les élèves employés dans la localité où ils [résident seront commissionnés par le maire ; ceux qui seront employés hors du lieu de leur résidence, mais dans leur département, seront commissionnés par le préfet ; ceux qui seront envoyés d'un département dans un autre seront* commissionnés par le ministre.
La commission sera présentée au Conseil d'hygiène, qui assignera à chaque i
médecin ou élève sa division particulière, dans la répartition générale des visites à domicile.
Art. 7. Dans les villes où il a été institué des commissions cantonales d'hygiène publique, en vertu de l'arrêté du pouvoir exécutif du 18 décembre 1848, l'organisation préparatoire des visites à domicile sera faite par ces commissions conformément aux règles établies par l'article précédent.
Dans les villes où il n'existe ni Conseil, ni Commission cantonale d'hygiène publique, le maire, avec le concours du bureau de bienfaisance, arrêtera l'organisation des visites préventives, d'après les indications du Conseil d'hygiène de l'arrondissement. ,
§ Iir. — De la manière dont il devra être procédé aux visites préventives dans les villes et dans les établissements publics.
Art. 8. Dès que l'influence épidémique commencera à se révéler par quelques cas de choléra ou par quelques symptômes généraux, le maire décidera, d'après l'avis du Conseil d'hygiène, s'il y a lieu d'ordonner la mise à exécution, totale ou partielle, des visites préventives : le préfet pourra ordonner d'office ces visites, si l'autorité municipale tardait trop à les mettre en pratique.
En évitant de commencer trop tôt, on 'n'oubliera pas que la mesure, étant essentiellement préventive, doit être appliquée avant que l'épidémie soit complètement développée.
Art. 9. Un avis publié par le maire fera connaître au public le but éminemment populaire et charitable de cette mesure.
Une instruction, rédigée spécialement pour les médecins visiteurs par le comité consultatif d'hygiène publique, indique comment il devra être procédé aux visites pour éviter toute perte de temps. (Voy. appendice A.)
Art. 10. Dans les villes où il existe des manufactures, des usines, chantiers ou ateliers réunissant un nombre plus ou moins grand d'ouvriers, le médecin visiteur se rendra dans ces ateliers, aux heures du travail, et, avec le concours du chef de l'établissement, il donnera aux ouvriers les conseils et les prescriptions qui seront jugées nécessaires. Les ouvriers absents pour cause de maladie seront visités sur-le-champ s'ils résident dans la circonscription du médecin visiteur.
Art. 11. Chaque visiteur consignera sur une feuille qui luisera remise le nombre de familles qu'il aura visitées, le nombre de diarrhées ou de cas de choléra déclaré qu'il aura constatés, et il joindra à ces indications le résumé des observations qu'il aura pu faire sur les causes d'insalubrité existantes dans chaque logement. (Voyez le modèle annexé à l'instruction destinée aux visiteurs.)
Ces feuilles de visite seront remises, jour par jour, au Comité d'hygiène.
Art. 12. Les visiteurs des diverses circonscriptions médicales se réuniront le plus souvent possible, soit à la mairie, soit, si la ville est trop étendue, dans un local formant le centre de plusieurs circonscriptions : ces réunions seront présidées par un des membres du Conseil d'hygiène, ou par l'un des médecins du bureau de bienfaisance. Les médecins visiteurs y rendront compte des observations qui n'auraient f pu trouver place dans leurs feuilles de visite, chercheront réciproquement à s'éclairer sur les meilleurs moyens à employer pour combattre
les accidents précurseurs du choléra, et recevront les instructions que le Conseil d'hygiène jugerait convenable de leur donner.
Art. 13. Les médecins des établissements hospitaliers et les médecins des prisons seront tenus de s'assurer, par une inspection journalière, de l'existence ou de la non-existence de la diarrhée ou de tout autre symptôme avant-coureur du choléra, dans le service qui leur est confié ; ils devront remettre, chaque jour, au Conseil d'hygiène, par l'intermédiaire de leurs administrations respectives, le résultat de leurs observations à cet égard.
Art. 1/j. Il sera recommandé aux chefs ou directeurs des divers établissements d'instruction publique, aux supérieurs des séminaires et des congrégations religieuses des deux sexes, de veiller avec le plus grand soin, dans l'intérieur des établissements qu'ils dirigent, à la première apparition des symptômes précurseurs dont il vient d'être question, et de faire appeler le médecin de l'établissement, dès que ce symptôme aura été reconnu.
Art. 15. Les médecins de ces établissements, ainsi que tous ceux qui se livrent à la pratique civile, recevront des feuilles imprimées, où ils voudront bien inscrire tous les cas de diarrhée ou de choléra qu'ils auront eu à traiter, et où ils indiqueront l'issue heureuse ou fatale de chacun de ces cas. Les questions scientifiques qui se rattachent aux mesures anticholériques sont signalées d'une manière toute particulière aux sociétés ou associations médicales.
Art. 16. Le résumé des renseignements recueillis par les Conseils d'hygiène, en vertu des dispositions qui précèdent, sera communiqué, chaque jour, au préfet, qui en enverra une copie au ministre.
Art. 17. MM. les ministres de la guerre, de la marine et des finances seront invités à concourir â la généralisation du système des visites préventives, en faisant exercer, dans les casernes, dans les campements, dans les hôpitaux militaires, dans les prisons ou autres établissements pénitentiaires, dans les arsenaux, à bord des bâtiments de l'État, des établissements et casernes des douanes, placés sous l'influence de l'épidémie cholérique, une inspection journalière, portant sur l'existence ou la non-existence de la diarrhée et sur les rapports de ce symptôme aux cas de choléra déclarés parmi les troupes de terre ou de mer, les infirmeries, etc.
Us seront priés également de communiquer les résultats de ces visites au ministre de l'agriculture, du commerce et des travaux publics, pour qu'ils soient mis sous les yeux du Comité consultatif d'hygiène publique.
Art. 18. Les bâtiments du commerce seront également l'objet, dans les ports de France, de mesures préventives.
Art. 19. MM. les ministres de l'intérieur, de l'instruction publique et des cultes seront invités à concourir à l'exécution des mesures préventives dans tous les établissements placés sous leur direction ou leur surveillance.
§ IV. — Organisation des secours médicaux dans les communes rurales.
Art. 20. Dans les communes rurales, où l'on manque souvent de médecins, il sera procédé comme il suit :
A. Dès que l'influence épidémique se fera sentir, le médecin chargé particulièrement du traitement préventif dans la circonscription médicale déterminée
CHOLÉRA. Ml
comme il a été dit à l'article h, s'assurera, clans les tournées qu'il fera le plus souvent possible, de l'existence ou de la non-existence de la diarrhée, ou de tous autres accidents précurseurs du choléra, parmi la population des localités qui font partie de sa circonscription.
B. Il sera recommandé au maire de chaque commune, au curé de chaque paroisse et aux ministres des autres cultes reconnus par l'État, d'appeler souvent l'attention de leurs administrés et de leurs paroissiens sur le danger qu'il peut y avoir à négliger, en temps d'épidémie, la diarrhée, même légère ou non douloureuse. Si ces accidents sont fréquents dans la commune, lors même qu'ils ne seraient accompagnés ou suivis d'aucun cas de choléra, le maire en avertira surle-champ le médecin de la circonscription. Des remèdes seront fournis gratuitement, sur la prescription du médecin, à toutes personnes pauvres, pour combattre les indispositions dont il s'agit.
C. Si, dans une commune ou dans un village qui manque de médecins, l'épidémie prend un certain degré d'intensité, le maire en donnera avis au préfet ou au sous-préfet, et il sera envoyé un médecin ou un élève, qui s'établira temporairement dans la localité, et qui consacrera tous ses soins, tant à traiter les malades gravement atteints, qu'à rechercher ou à combattre tous les accidents précurseurs de l'épidémie.
D. Le médecin des épidémies pourra recevoir du préfet un mandat permanent, pour toute la durée de l'épidémie dans son arrondissement.
Muni de ce mandat, il visitera fréquemment les divers cantons de son arrondissement, et particulièrement ceux où l'épidémie se sera manifestée. Il se concertera avec les médecins cantonaux, ou avec les médecins préposés aux diverses circonscriptions médicales, sur les moyens à employer pour combattre l'épidémie, ou pour en prévenir le développement; il examinera comment le service préventif est organisé et pratiqué dans chaque localité, et il recherchera toutes les causes d'insalubrité qui pourraient favoriser les progrès de la maladie .ou en aggraver les effets. Il adressera au préfet ou au sous-préfet de fréquents rapports sur les faits qu'il aura constatés, et ses propositions sur les mesures à prendre, s'il y a lieu. Dans le cas où le médecin des épidémies ne pourrait consacrer tout son temps à cette mission, il sera suppléé par un autre médecin, que le préfet aura désigné à cet effet.
Tous les rapports relatifs aux visites préventives et au traitement du choléra dans les campagnes seront mis sous les yeux du Conseil d'hygiène, qui en fera faire, jour par jour, ou au moins à des intervalles très rapprochés, le dépouillement, et en communiquera les résultats au préfet ou au sous-préfet : une copie de ce travail sera adressée, sans délai, au ministre.
Observations générales.
Art. 21. Le ministre déterminera, par une instruction particulière, sur quelles bases devront être réglées les rémunérations qui seront dues aux médecins ou aux élèves chargés des visites préventives ou du traitement des cholériques à domicile ; aux médecins des épidémies appelés à remplir la mission extraordinaire dont il a été fait mention dans l'article 20.
Art. 22. Les efforts que l'on doit faire pour chercher à prévenir le développe-
kl 2 CHOLÉRA.
ment de l'épidémie par les visites à domicile ne doivent préjudiciel' en rien à l'organisation ni à l'administration des secours médicaux qui ont déjà été employés dans les épidémies précédentes. Dans les grandes villes, il y aura pour chaque quartier un ou plusieurs bureaux de secours, où l'on sera toujours assuré de trouver un médecin et tout ce qui est nécessaire pour le traitement des cas graves qui viendraient à se déclarer clans l'intervalle des visites, ou pour le transport des malades à l'hôpital.
Art. 23. Les visites ne devront non plus apporter aucune restriction à la distribution des secours de toute nature, ni aux précautions qui ont été justement recommandées à l'occasion des précédentes épidémies. 11 importe essentiellement, au contraire, que le traitement médical par lequel on cherche à arrêter la marche du choléra soit secondé par tous les moyens que l'hygiène indique, et qui feraient trop souvent défaut aux classes pauvres, sans le double concours de la charité publique et de la charité privée.
INSTRUCTIONS PARTICULIÈRES POUR LES MÉDECINS ET ÉLÈVES CHARCÉS DES VISITES MÉDICALES PRÉVENTIVES.
Les visites médicales préventives sont fondées sur ce principe que le choléra se déclare rarement d'emblée, mais est annoncé, dans la très grande majorité des cas, par des symptômes précurseurs plus ou moins prononcés. Ces symptômes se rapportent principalement aux fonctions digestives, et consistent en troubles divers de ces fonctions.
Le plus constant de tous est la diarrhée ; il résulte d'une observation générale qu'elle précède presque toujours le choléra.
Les visites ont pour objet de faire découvrir, dès leur début, ces symptômes précurseurs, la diarrhée en particulier, de les combattre ;sur-le-champ, et de prévenir ainsi, autant que possible, le développement ultérieur de la maladie.
Les médecins et élèves qui se consacrent à ces visites ne sauraient trop se pénétrer de l'importance de leur mission et de son but.
Après s'être mis en rapport avec les autorités locales, et en avoir reçu les indications nécessaires, chaque visiteur devra commencer par prendre connaissance delà circonscription qui lui est assignée; de son étendue et de sa composition ; des conditions topographiques et hygiéniques qui lui sont propres ; des établissements qui s'y trouvent, des industries qui s'y exercent ; de la population, de ses mœurs, de ses habitudes, de la nature de ses travaux, et des heures auxquelles elles s'y livrent ; de son degré d'aisance ou de misère ; en un mot, de tout ce qui, en éclairant sur les lieux, les ^choses et les hommes, pourra servir à mieux faire comprendre le caractère et la marche d'une épidémie.
Ces premières notions acquises, les visiteurs s'appliqueront à savoir quelles sont les maisons qu'ils auront plus particulièrement à visiter, et, dans ces maisons, les ménages où ils devront se présenter; car [si, en principe, ils ont pour mission de veiller à la santé de tout le monde, leur devoir est de s'occuper plus expressément de celle des habitants pauvres ou peu aisés, et qui ne sont pas en position de recevoir, à leurs frais, les secours prompts et suivis d'un médecin.
Au fond, chaque médecin, ayant en quelque sorte la responsabilité de la circonscription qui lui est confiée, doit chercher à bien savoir ce qui s'y passe, et tous les accidents cholériques qui s'y déclarent.
CHOLERA. m
En conséquence il y fera chaque jour, et de maison en maison, une tournée aussi complète que possible, allant même deux fois par jour lu où sa présence réitérée pourra être jugée nécessaire.
Cette tournée, connue d'avance et annoncée, devra être réglée de telle sorte que l'on puisse savoir approximativement, sur chaque point, l'heure à laquelle le visiteur s'y présentera, de manière à profiter de son passage.
Cette heure sera calculée sur les habitudes de la population.
En général, le malin et le soir paraissent devoir être les meilleurs moments pour les ouvriers sédentaires et leurs familles, et le milieu du jour pour les ouvriers réunis dans les ateliers.
Les visites seront rapides et les questions précises.
Nul accident, même léger, se rattachant à l'épidémie, ne devra être négligé.
Tous seront combattus sans délai, et le visiteur fera une prescription en conséquence.
Les moyens conseillés devront être simples et d'un emploi facile.
On croit devoir s'en rapporter, pour leur choix, aux lumières et à l'expérience des visiteurs.
S'il y a dans le voisinage, et à une portée rapprochée, une pharmacie ou un dépôt de médicaments, le visiteur se bornera à faire une ordonnance ou à donner un bon.
Dans le cas contraire, et afin d'éviter une perle de temps quelquefois irréparable, il remettra lui-même aux malades les médicaments à employer.
A cet effet, chaque visiteur devra avoir sur lui une certaine quantité de médicaments tout préparés, et d'un petit volume, pour les distribuer, au besoin, avec les explications et recommandations nécessaires.
Ces médicaments lui seront fournis par la pharmacie ou le dépôt de sa circonscription, suivant une comptabilité qui sera réglée par l'autorité.
Une poudre que l'on délaye dans de l'eau ou dans un peu de vin, des pilules que l'on fait prendre sous ses yeux, sont les formes à préférer ; des doses de diascordium divisées d'avance; quelques gouttes de laudanum, que l'on mesure pour pius de sûreté au moyen d'un petit tube gradué, peuvent aussi être facilement remises au malade ou à sa famille.
Il en est de même de l'acétate d'ammoniaque, à la dose d'une à deux cuillerées à café, à prendre dans une infusion chaude ; de l'éther, de diverses teintures alcooliques, et notamment de la teinture de cachou et de la teinture de ratanhia, du tannin pur, et surtout de l'ipécacuanha, dont on a obtenu si souvent de bons effels. Le médecin devra toujours avoir sur lui une certaine quantité de ces médicaments, pour les distribuer quand il y aura lieu.
Les élèves doivent se borner à traiter les cas légers, la diarrhée et la cholérine. Pour les cas graves, pour le choléra proprement dit, ils feront appel au médecin de leur circonscription, et n'agiront que sous sa direction.
Après avoir pourvu aux soins des malades, le visiteur devra tenir note des accidents qu'il aura découverts.
De même que tout accident doit être soigné, tout accident doit être inscrit.
Pour plus d'exactiude et de précision, on en fera trois catégories; savoir :
Première catégorie : Diarrhée.
Deuxième catégorie : Choléuine.
Troisième catégorie : Choléra.
arrondissement. VISITES MÉDICALES PRÉVENTIVES.
Circonscription
Rue
Visiteur, M. le Dr