PASSÉS
au choléra.
OBSERVATIONS
La première catégorie comprend les dérangements intestinaux ordinaires, c'est-à-dire les dévoiements divers, bilieux ou muqueux, avec ou sans coliques, que l'on rencontre si généralement à l'approche des épidémies cholériques, et pendant leur durée.
Bien que ce premier genre d'accident ne se lie pas toujours à l'influence de l'épidémie, il suffit qu'il coïncide avec elle et puisse disposer à en éprouver les eflets, pour que l'on doive en tenir compte.
; Dans la deuxième catégorie se rangent les dévoiements séreux, simulant la décoction de gruau ou l'eau de riz, et que l'on a appelés, à cause de cela, riziformes; il s'y joint ordinairement divers autres symptômes, et, en particulier, l'inappétence, des nausées, et quelquefois des vomissements.
Les accidents de cette catégorie, devant être considérés comme un premier degré de choléra, méritent d'autant plus d'attention. S'ils ne sont pas le choléra lui-même, ils le précéderont du moins presque toujours.
Zi76 CHOLERA.
La troisième catégorie comprend les cas clans lesquels, à la diarrhée séreuse ou riziforme, se joignent des crampes, une altération spéciale de la voix, et la disposition au refroidissement, puis la diminution ou l'absence des urines, la cyanose, et, en un mot, les symptômes bien connus et plus ou moins prononcés du choléra.
L'inscription des accidents observés sera faite sur les feuilles imprimées destinées à cet usage. (Voy. ci-dessus les modèles de ces feuilles, pages /|7& et Z|75 )
Elles sont de deux sortes : 1° bulletins, 2° relevés.
Les bulletins sont individuels, chaque malade a le sien. Outre le nom du visiteur, les bulletins indiquent d'abord la circonscription, la rue, le numéro de la maison et l'étage de l'appartement; le nom, le sexe, l'âge et la profession du malade ; depuis quand il est dans le pays ou la localité ; les conditions hygiéniques dans lesquelles il se trouve ; l'invasion des accidents, et depuis combien d'heures ou de jours ils existent. Puis, dans un tableau, l'ordre et le nombre des visites, le degré de la maladie, le passage d'un degré à un autre, les prescriptions, etc.
Toutes ces indications ayant leur importance, les visiteurs devront remplir avec exactitude les blancs qui leur sont réservés, mentionnant à chaque visite les changements survenus et le passage de la maladie d'un degré à un autre, de la diarrhée à la cholérine, de la cholérinc au choléra, la guérison ou la mort.
Il est expressément recommandé aux visiteurs de s'enquérir, à l'occasion de chaque cas de choléra découvert, s'il a été précédé d'accidents précurseurs, et, en particulier, de diarrhée.
Les cas d'emblée seraient mentionnés à la colonne d'observation.
Cette recommandation est faite dans le double intérêt de la science et de la thérapeutique que ce renseignement est destiné à éclairer.
Les relevés soulignés résument les faits, et permettent d'en saisir l'ensemble d'un coup d'oeil. Les malades y sont distingués en malades nouveaux découverts à la visite du jour, et en malades anciens restants des jours précédents. Les relevés doivent être remplis par le visiteur à la fin de sa tournée, et remis avec régularité à l'autorité ou à la personne chargée de les réunir et de les conserver. Conformément à l'article 23 du règlement général relatif aux visites préventives, les visiteurs sont tenus de se rendre, chaque fois qu'ils y sont appelés, aux réunions prévues par ledit article, et d'y fournir les explications et renseignements qui leur seront demandés sur l'épidémie et sa marche, et sur le résultat des mesures employées.
Ces réunions, en mettant les visiteurs en rapport entre eux et l'autorité, sont le meilleur moyen de s'éclairer mutuellement et de tirer des visites tout le bien qu'il est permis d'en attendre ; on ne saurait trop recommander aux médecins et élèves de s'y montrer assidus.
Ajoutons à ce long exposé des faits relatifs à une mesure d'une importance vraiment capitale, que dans une circulaire en date du 9aoûtl85ft, M. le ministre en rappelait l'utilité en pleine épidémie dans les termes suivants :
« Vous ne devez porter au bulletin journalier dont il s'agit que les accidents de choléra bien avérés ; mais il conviendra de men-
CHOLÉRA. hll
lionner, soit au bas de ce document, soit dans la colonne d'observations, les cholérines plus ou moins intenses dont certaines localités seraient affectées, et les mesures qui leur seraient opposées. Je vous rappelle, à cette occasion, que l'expérience a prouvé l'efficacité des visites préventives à domicile, comme moyen de combattre le choléra dans ses premiers prodromes, et que ceux-ci s'annoncent ordinairement par ce qu'on appelle la diarrhée prémonitoire. Vous ne devrez donc pas hésiter à recommander l'emploi de ces visites, partout où des accidents cholériques ou cholériformes viendraient à se révéler. »
Assistance publâqiBC. — Si l'assistance est dans tous les temps un devoir de la société envers ceux de ses membres qui manquent du nécessaire, c'est une loi impérieuse, c'est presque une nécessité de salut public, lorsqu'on est sous l'imminence ou sous le coup d'une épidémie de choléra.
La première obligation des dépositaires de l'autorité ou de ceux qui sont chargés de répartir les secours publics doit être d'assurer aux indigents une nourriture plus saine et plus abondante, un vêtement suffisamment chaud et un abri convenable. Ce sont là les plus sûrs moyens d'éviter que le choléra ne décime ces malheureux, et en même temps qu'il n'étende ses ravages dans les grandes villes.
L'administration des secours aux malades confiés à l'assistance publique sera organisée d'avance, d'une manière active et complète. Mais une question grave se présente à ce sujet, qui semble préoccuper aujourd'hui et diviser les esprits les plus éclairés : c'est celle de ■ savoir si l'on doit multiplier les hôpitaux en ouvrant des asiles temporaires, ou se borner à étendre les secours à domicile. Il est loin de ma pensée de vouloir relever et soutenir les idées de contagion au nom desquelles on avait, dans certains pays, enlevé les malades du sein de leurs familles pour les séquestrer dans des hôpitaux spéciaux ; mais je n'hésite pas à dire que rien ne serait plus funeste que de renoncer à l'établissement d'asiles temporaires. Dans les grandes villes, l'administration des secours à domicile rencontrera toujours des difficultés extrêmes, et sera trop souvent rendue tout à fait impraticable par des conditions déplorables d'habitation, de propreté et de salubrité, par le dénûment, enfin, dans lesquels sont placés le plus grand nombre de ceux qu'il s'agit de secourir. Ces difficultés s'accroissent au point de devenir insurmontables devant une épidémie aussi active et aussi meurtrière que le sont en général les épidémies de choléra. C'est au médecin surtout qu'il appartient de combattre ces tristes préjugés avec toute l'autorité que lui donnent ses lumières, son dévouement et son expérience des misères humaines.
Il est bien entendu qu'en multipliant les hôpitaux, en augmentant le nombre des lits et toutes les ressources matérielles dont on peut avoir besoin, on se réservera en même temps de rendre plus active et plus efficace l'assistance à domicile. Nous ne pouvons nous dispenser de rendre ici un juste hommage à la manière dont l'administration de l'assistance publique de Paris a compris ses devoirs dans les trois épidémies. On doit citer comme l'étude la plus intéressante et la plus instructive à cet égard, les remarquables Rapports de M. Blondel sur les épidémies cholériques de 1832, 1849 et de 1854 dans les établissements dépendants de l'administration générale de l'assistance publique de la ville de Paris.
L'établissement de dispensaires nombreux et bien organisés a rendu, dans un grand nombre de villes, notamment en Irlande, les plus grands services, et devra être partout conseillé. La commission sanitaire de Dublin, dans les détails très minutieux qu'elle a donnés sur l'organisation des secours à domicile, conseille au médecin de garde de se munir d'une boîte de médicaments lorsqu'il se transporte chez les malades. Cette boîte, très petite d'ailleurs, devra renfermer des paquets soigneusement étiquetés, contenant, les uns du carbonate d'ammoniaque, les autres des pilules d'opium et de gingembre, des pilules d'opium et de calomel, des fioles contenant de la teinture d'opium, de l'éther, de la teinture de ratanhia ; le tout divisé et étiqueté de manière à permettre l'administration immédiate. On conseille aussi de ne point découvrir le malade pour faire des frictions avec des fluides stimulants, en ce que l'évaporation et le manque de couvertures font perdre les avantages qu'on espère retirer des frictions. Ces dernières devraient se faire à sec, avec la main, sans déranger les couvertures. »
Une mesure qui se rattache aux précédentes, et que nous ne saurions trop hautement approuver, a éternise en pratique à Berlin- Tous les médecins ont été autorisés par la municipalité à faire délivrer gratuitement les médicaments aux cholériques pauvres près desquels ils seraient appelés. Ils n'ont pour cela qu'à ajouter à leurs ordonnances ces mots : Choiera pro paupere. Le prix de ces médicaments est porté au budget des dépenses de la commune. Cette mesure, aussi utile qu'intelligente, ne peut manquer de porter d'ex» cellents fruits ; et la mesure, la loyauté avec lesquelles les membres du corps médical la mettraient en pratique ne permettent pas de penser qu'il en pût résulter quelque abus.
lBisii»«a©tî®ass. — Dans presque tous les États qui ont eu à subir l'invasion du choléra épidémique, les gouvernements ou les autorités municipales ont compris qu'il était de leur devoir de répandre dans le public des instructions propres à détruire les préjugés, à éclairer les
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causes de la maladie, à faire connaître les moyens de s'en garantir, et à tracer une règle de conduite fondée sur les données les plus certaines de la science. Ces conseils peuvent être éminemment utiles, et sans pouvoir réunir ici tous ceux qui ont été publiés, nous croyons devoir en faire connaître un exemple. Nous choisirons de préférence les instructions qui, dans les épidémies de 1849 et de 1854 ont été rédigées parle Comité consultatif d'hygiène publique, et répandues dans toute la France par les soins du ministre de l'agriculture et du commerce.
instructions concernant les mesures générales a prendre a l'occasion de l'épidémie de choléra.
1° Service médical. — Dans les villes et villages, et dans tous les centres de population où l'on pourra craindre l'invasion du choléra, il sera utile de créer, sous l'autorité du maire et avec le concours des habitants notables et influents de la localité, des commissions auxquelles on confiera l'exécution des mesures que l'administration jugera convenable de prendre.
L'organisation de ces commissions devra être préparée longtemps à l'avance, pour qu'elles puissent entrer en fonctions dès qu'on le jugera utile ; l'administration devra, de son côté, s'assurer les locaux à affecter à l'installation d'hôpitaux temporaires, dans le cas où les hôpitaux ordinaires pourraient devenir insuffisants.
11 y aura à pourvoir ces locaux du matériel nécessaire en literie et autres objets,
tels que réchauds, bassinoires, brosses à frictions, flanelle, etc. 11 faudra donc
que l'administration se mette en mesure de porter ses secours et son action là
où l'insuffisance des ressources locales pourrait faire pressentir qu'ils seront
. nécessaires.
En ce qui concerne le personnel du service médical et les médicaments, les préfets devront indiquer au ministre le nombre des médecins exerçant dans les diverses communes et arrondissements de leurs-départements, en regard de la population à laquelle ils donnent des soins, afin que l'on puisse prévoir quelles sont les localités qui, sous ce rapport, et le cas échéant, pourraient avoir besoin du concours de médecins étrangers.
Si le choléra sévissait avec intensité dans une localité, et que le nombre des médecins ne parût pas suffisant pour assurer le service, les préfets auraient à aviser aux moyens d'en obtenir, soit en faisant un appel à ceux des cantons voisins, soit en s'adressant au ministre lui-même.
Dans l'intérêt des malades, comme pour la facilité du service, il faudra, autant que possible, faire porter les indigents attaqués du choléra, soit à l'hôpital, soit dans les établissements temporaires dont nous avons parlé ; les soins y seront mieux administrés, plus efficaces, et l'on évitera surtout l'immense inconvénient de l'encombrement des malades clans des habitations étroites, humides et mal aérées, comme le sont trop souvent celles des habitants peu aisés.
Les indigents qu'on ne pourrait transporter à l'hôpital, ou qui refuseraient d'y entrer, devront être autorisés à prendre gratuitement, chez le pharmacien le plus voisin, les médicaments dont ils pourront avoir besoin : ces médicaments ne
seront délivrés que sur l'ordonnance du médecin, portant l'indication de l'élat d'indigence du malade. Les frais nécessités par ces fournitures seront réglés conformément aux tarifs en usage dans la localité, pour les sociétés philanthropiques ou les bureaux de bienfaisance ; ils seront acquittés suivant le mode qui sera fixé par l'administration.
2° Hygiène. — Les soins hygiéniques, si utiles dans tous les temps pour la conservation de la santé, deviennent surtout nécessaires à l'époque des épidémies.
Les préfets devront donc insister pour obtenir des communes ou des particuliers l'exécution des mesures d'assainissement réclamées par la salubrité, publique, et qui devront avoir pour résultat d'affaiblir l'intensité de l'épidémie, ou de s'opposer à son développement ultérieur.
Au premier rang des mesures à prescrire se place l'assainissement des habitations, surtout pour les populations compactes, agglomérées et sédentaires.
Si les habitants des campagnes, qui occupent des maisons isolées, qui passent la plus grande partie de leur temps dans les champs, peuvent, sans de grands dangers, séjourner dans des conditions qui paraissent peu salubres, il n'en est pas de même des ouvriers réunis dans de grands ateliers, où ils résident pendant la plus grande partie de la journée, ou qui sont logés en commun dans les maisons qui les reçoivent pendant la nuit.
Les salles d'asile, les écoles publiques et tous les lieux de réunion devront particulièrement fixer, sous ce point de vue, l'attention de l'autorité.
Il est impossible de prescrire, quant aux moyens d'exécution, aucune tresure de détail ; elles devront être prises sur les lieux parles commissions de salubrité, et dans la limite de l'influence qu'elles pourront exercer, car il ne servirait de rien de faire des prescriptions qui devraient rester sans effet, soit en raison de l'insuffisance des ressources dont on pourrait disposer, soit en raison des habitudes ou des préjugés mêmes des citoyens auxquels elles s'appliqueraient.
Le but qu'on doit se proposer pour arriver à l'assainissement des habitations, tout en laissant, pour chaque cas particulier, les moyens d'exécution à l'appréciation des commissions sanitaires, comme il a été dit plus haut, est de donner aux habitants le plus de lumière possible, d'y faire arriver l'air en quantité suffisante, de le renouveler par une ventilation bien entendue, soit au moyen de cheminées, soit par la possibilité et l'obligation de tenir ouvertes, pendant un certain temps et à des époques convenables, les portes ou les fenêtres qui communiquent avec l'air extérieur (1).
Il ne faut pas oublier, toutefois, que cette ventilation, pour être utile, ne doit point déterminer des courants d'air trop rapides, ou produire un refroidissement qui pourrait être préjudiciable à la santé.
(1) On estime que le cube d'une pièce dans laquelle des hommes sont réunis pour passer la nuit ou pour séjourner doit présenter au moins 14 mètres cubes par homme.
C'est une règle qui est aujourd'hui adoptée au ministère de la guerre pour le casernement des troupes et dans la plupart des grandes administrations.
Le comité d'hygiène publique indique ce chiffre, non comme règle absolue et invariable, mais il pense qu'il sera bon de le faire connaître aux commissions, à titre de renseignement. Il n'y a aucun inconvénient à donner un plus grand volume d'air ; mais
La propreté des habitations et surtout l'absence de l'humidité sont deux conditions qu'on ne saurait trop recommander; les indiquer, c'est implicitement faire connaître les moyens qu'on doitemployer pour en assurer l'existence.
On devra donc veiller au nettoiement non-seulement des rues, mais aussi des cours, des passages, des allées, des cabinets d'aisances; faire gratter les parties du sol et des murs qui sont imprégnées de matières organiques en décomposition ; faire laver, si c'est nécessaire, soit avec de l'eau, soit même avec de l'eau chlorurée, les portions les plus infectes des habitations, et faire blanchir les murs à la chaux, lorsqu'on le jugera convenable.
11 faudra éviter ou éloigner, autant que possible, les dépôts de fumier et les amas de malièros végétales en décomposition ; donner un écoulement aux eaux stagnantes dans le voisinage des habitations, et tenir dans un élat de propreté convenable les ruisseaux, lesétables et écuries, el, à plus forte raison, éviter que des hommes et des animaux séjournent simultanément, comme cela se voit quelquefois, dans des réduits obscurs, humides et resserrés.
A l'égard du régime à suivre el des occupations habituelles, il est important que les populations soient bien convaincues qu'il n'y a aucune profession qui soit de nature à faire naître le choléra, comme il n'y a aucune position sociale qui mette à l'abri de ses atteintes.
Cependant il est un fait qui ressort de toutes les observations faites jusqu'ici, c'est que l'ivrognerie, l'intempérance, les excès en tout genre paraissent prédisposer à la maladie, et rendre ses attaques plus graves.
Il en est de même des craintes exagérées que l'on pourrait concevoir, des précautions excessives que l'on pourrait prendre : le calme de l'esprit, le courage, la confiance, sont les dispositions morales les plus efficaces à opposer au choléra, comme la tempérance et la régularité dans toutes les habitudes de la vie sont lts conditions physiques les plus favorables dans lesquelles on puisse se placer pour affaiblir ou éviter ses attaques.
On ne saurait prescrire aucun régime alimentaire, ni exclure aucune substance de l'alimentation ordinaire ; il n'en est aucune qui doive être proscrite d'une manière absolue.
Le régime qu'on a l'habitude de suivre, et dont on se trouve bien, est toujours bon ; il y aurait inconvénient à le changer en temps d'épidémie, dans l'espoir d'eu trouver un meilleur.
C'est aux médecins qui connaissent la manière de vivre habituelle des popu-
on devraitcousidérer comme étant dans des conditions très défavorables les hommes qui se trouveraient placés dans un espace moindre, surtout si le renouvellement de l'air 113 pouvait pas s'effectuer fréquemment.
Quinze mètres cubes représentent la capacité intérieure d'un cabinet qui aurait trois mètres de longueur-, ceux de largeur, el deux mètres et demi de hauteur.
Il est bien évident que, dans l'évaluation ci-dessus, il est nécessaire de retrancher tout l'espace qui pourrait être occupé par le lit ou par les meubles qui existeraient dans la pièce.
11 est bon de répéter encore que le cube d'air n'a rien d'absolu; que tout dépeud de son renouvellement : ainsi, une pièce, quelque grande qu'elle soit, sera insuQisante si l'air ne s'y renouvelle pas, tandis qu'un très petit cabinet pourra n'être point iusalubre s'il est suffisamment ventilé.
TARDIEl', — DïCT. d'hYG. T. I. 31
ft82 CHOLERA.
lations qu'il appartient de leur indiquer les modifications qu'elles pourraient utilement y apporter ; il en est de même en ce qui concerne les boissons, dont l'excès est à craindre bien plus que la qualité.
On ne saurait trop insister, à cet.e occasion, sur les déplorables effets qui résultent de l'abus des liqueurs spiritueuses, dans les départements du nord de la France en particulier.
A l'égard des vêtements, sans sortir de ses habitudes, il est bon de se vêtir avec un peu plus de précautions qu'on ne le ferait en temps ordinaire ; il serait, par conséquent, utile que les commissions sanilaires pussent disposer de quelques objets de vêtements, de ceintures de flanelle, et particulièrement de chaussures, telles que sabots, chaussons, qui, sans être très dispendieux, pourraient être d'un très bon effet dans la saison où nous entrons, pour éloigner les chances de la maladie.
Les distributions de combustibles à ceux qui ne peuvent pas s'en procurer seraient aussi une mesure bien entendue.
Le feu, dans l'intérieur des habitations, a non-seulement pour résultat d'y entretenir une température convenable, mais il y renouvelle l'air, il diminue l'humidité, et concourt ainsi puissamment à leur assainissement.
3° Conduite à tenir avant l'arrivée du médecin à l'égard des personnes supposées atteintes du choléra. — Le choléra n'est point une maladie contagieuse ; elle ne se transmet point par le contact; on peut, par conséquent, donner sans crainte aux personnes qui en sont atteintes les soins que leur état réclame.
11 serait à désirer que celte opinion, qui résulte de l'expérience acquise pendant l'épidémie de 1832, et de tous les renseignements recueillis dans les diverses parties de l'Europe visitées par le choléra, fût propagée, en raison delà sécurité qu'elle donne aux malades, assurés de n'être point délaissés sous l'influence d'unei crainte aussi funeste qu'elle serait peu fondée.
Les préfets doivent cependant être prévenus que si l'expérience a prouvé surabondamment que le simple contact ou même la fréquentation habituelle des cholériques n'est pas capable de donner le choléra, cependant il est d'observation générale, en fait d'épidémies, que l'accumulation des malades dans des locaux étroits, humides, mal aérés, en un mot, dans de mauvaises conditions hygiéniques, peut favoriser beaucoup, et l'intensité de la maladie, et sa propagation dans les localités adjacentes.
Les commissions sanitaires, les administrateurs, devront s'efforcer, non-seulement dans l'intérêt des malades, mais aussi dans l'intérêt de la santé publique, dont ils sont les gardiens, de les faire retirer des habitations malsaines dans lesquelles iis pourraient se trouver, et les faire transporter dans des locaux mieux disposés ; les soins qu'y recevront les malades seront plus efficaces pour euxmêmes, et l'on diminuera le danger de voir la maladie s'étendre.
L'expérience prouve que pendant les épidémies de choléra on voit se produire, chez beaucoup de personnes, des dérangements dans les fonctions digestives: ces dérangements, ordinairement passagers, ne sont pas le choléra, mais ils peuvent y conduire, lorsqu'ils sont négligés : il y a donc le plus grand intérêt à les prévenir ou à les réprimer dès qu'ils apparaissent. Il est nécessaire d'insister beaucoup sur ces faits, et de ne pas craindre, dans
les instructions que pourront donner les commissions ou les autorités locales, d'entrer dans tous lesdétails que réclament des populations en général peu éclairées et peu soucieuses des intérêts de leur santé.
Toute personne atteinte de douleurs d'estomac, de coliques, de diarrhées, devra, avant toute chose, et lors même que ces symptômes sembleraient n'avoir aucune gravité, porter une grande attention sur la nature de ses aliments, en restreindre beaucoup la quantité, ou même s'en abstenir complètement, suivant l'urgence ; elle devra éviter la fatigue, le froid, l'humidité, se vêtir chaudement, s'entourer le ventre d'une ceinture de flanelle, afin d'éviter, autant que possible, le refroidissement de cette partie du corps, et prendre quelques légères infusions de thé ou de plantes légèrement aromatiques (sauge, mélisse, camomille, lierre terrestre).
Dans le cas où l'indisposition ne céderait pas promptement, on ne doit pas craindre de faire appeler le médecin.
Il est très rare que les attaques elles-mêmes de choléra ne soient pas annoncées par quelques symptômes précurseurs Ces symptômes sont précisément de la nature de ceux dont nous venons de parler; ils affectent surtout et d'abord l'appareil digestif, c'est-à-dire l'estomac et les intestins : il est d'autant plus facile de se rendre maître de ces premiers symptômes et de la maïadie elle-même, qu'on agit plus promptement.
En général, dans cette première période, la maladie ne résiste pas à des soins bien entendus. La promptitude des secours est ici le premier élément de succès, et comme ces secours peuvent être administrés par toute personne intelligente, il serait à désirer que les commissions sanitaires eussent toujours à la portée des prisons, des sal es d'asile, des écoles, des dépôts de mendicité, dans les quartiers pauvres et populeux, une personne telle qu'une garde-malade, un infirmier, ou même une personne étrangère, par profession, au service des malades, mais intelligente et munie d'une instruction ad hoc, qui donnerait les premiers soins, «n attendant le médecin.
Si les prescriptions plutôt hygiéniques que médicales indiquées plus haut ne suffisent pas pour arrêter les dérangements observés, si la diarrhée persiste, si 1 douleur augmente, et surtout s'il s'y joint des vomissements, des frissons, 1' refroidissement des extrémités, ou si ces mêmes symptômes se déclarent brusquement, sans aucun signe précurseur, comme on l'a remarqué chez quelques personnes, ce qu'il y aurait à faire serait de coucher immédiatement le malade dans un lit chaud, entre des couvertures de laine; de placer des briques chaudes, des sachets de sable cliaud et des bouteilles d'eau chaude à ses pieds, d'appliquer des serviettes chaudes sur le ventre et sur l'estomac; de faire des frictions sur les membres avec de la flanelle imprégnée de quelques matières excitantes, telles que l'alcool, l'eau-de-vie, l'huile ou l'eau-de-vie camphrées; de faire prendre, à demi-heure d'intervalle, des boissons chaudes, légèrement toniques ou aromatiques, telles que des infusions de thé ou de camomille; rappeler la chaleur aux extrémités, au moyen de cataplasmes de farine de lin saupoudrée d'un peu de farine de moutarde ; éviter toutes les causes de refroidissement, et donner des quarts de lavement avec l'eau de riz, l'amidon ou la décoction de guimauve, auxquels on ajoutera la décoction d'une tête de pavot : il vaudrait mieux, si le malade ne pouvait pas les garder, en donner un second ou même
un troisième, que de donner en une fois un lavement entier, qui serait difficilement supporté.
Lorsqu'aux symptômes précédents se joignent des douleurs de tête, des crampes dans les membres, la persistance ou l'envahissement du froid sur une grande étendue du corps, si la langue devient froide, les yeux caves et cernés, la peau bleuâtre à la face et aux mains, ces indices d'une plus grande gravité dans la maladie ne doivent pas faire négliger l'emploi des moyens que nous avons indiqués ; ils sont une raison, au contraire, pour les appliquer avec plus d'énergie et de persévérance, jusqu'à ce que le médecin, qu'on doit se hâter de faire venir, soit arrivé.
Les personnes qui donnent ces premiers soins ne doivent pas se décourager, lors même qu'ils paraîtraient ne pas amener une grande amélioration dans la position des malades.
Le but qu'on doit se proposer, c'est de réchauffer le malade, de rétablir la circulation et les mouvements du cœur ; et ce n'est ordinairement qu'au bout d'un temps assez long que ce résultat peut être atteint. Il est donc indispensable de persévérer sans interruption dans l'emploi des moyens indiqués, jusqu'à ce qu'on soit parvenu à produire le retour à la chaleur naturelle, qui est l'indice d'une réaction en général favorable.
C'est dans cette nouvelle période surtout qu'il est indispensable de confier le malade aux soins d'un médecin : les indications à remplir ne pouvant plus être, dès ce moment, appréciées que par un homme de l'art, il deviendrait inutile et même dangereux de donner, pour cette époque de la maladie, des instructions qui ne seraient pas comprises ou qui pourraient être mal appliquées.
CIRCULAIRE MINISTÉRIELLE DU 7 SEPTEMBRE 1854, SDR LES PRÉCAUTIONS A PRENDRE ET LES AVIS A PUBLIER PENDANT L'ÉPIDÉMIE DE CHOLÉRA.
Monsieur le préfet, le choléra, qui avait malheureusement envahi un assez grand nombre de communes, est aujourd'hui en pleine décroissance, et il est permis d'espérer que toutes les parties de l'empire en seront prochainement délivrées. Toutefois l'administration doit persister dans ses efforts pour combattre le fléau partout où il se produit, et, à ce sujet, je crois utile d'appeler votre attention sur quelques points essentiels déjà signalés dans les instructions émanées de mon département.
Beaucoup de personnes sont encore persuadées que le choléra est une maladie subite, se déclarant tout à coup, et dont on ne saurait arrêter le développement. C'est une erreur grave et d'autant plus lâcheuse que, outre la frayeur qu'elle produit, et qui suffirait à elle seule pour prédisposer aux atteintes du fléau, elle porte au découragement et détourne de se soigner.
Loin d'être une maladie subite, le choléra s'annonce toujours ou presque toujours par différents accidents ou dérangements dans la santé.
Le principal de ces dérangements est la diarrhée, qui peut être regardée comme l'avant-coureur constant du choléra, et dont la signification est surtout importante lorsqu'elle est accompagnée de courbature, de malaise général et d'envie de vomir.
En soignant bien cette indisposilion, en s'empressant de l'arrêter, on a les
CHOLERA, k85
plus grandes chances, et pour ainsi dire la certitude d'éviter le choléra : en la négligeant, au contraire, on court le plus grand danger d'être atteint de la maladie.
Ces vérités sont aujourd'hui démontrées, elles ressorlent avec évidence des faits les plus nombreux très soigneusement observés, des rapports adressés de toute part au gouvernement, et des renseignements qu'il a fait prendre dans les pays atteints, tant en France qu'à l'étranger.
Des contrées tout entières et de nombreux établissements ont été préservés par la seule précaution prise de rechercher et de traiter la diarrhée.
Ainsi d'un côté, le choléra, au lieu d'attaquer soudainement, prévient le plus souvent de son approche, et, d'un autre côté, il s'arrête généralement quand on sait mettre à profit les avertissements qu'il donne et remédier à la diarrhée qui le précède.
D'après cela, on ne saurait trop recommander à tout le monde, à la moindre apparence de l'épidémie, de bien surveiller sa santé, de se soigner promptement, de remédier sans retard, aux plus petits dérangements, et en particulier aux dérangements d'entrailles.
Quant aux moyens à employer, ils se trouvent indiqués dans les nombreuses instructions publiées soit par l'administration supérieure, soit par les préfets et les maires. Ces moyens sont d'ailleurs très simples : cesser de manger, se reposer, se coucher, prendre des boissons chaudes et légèrement aromatiques, du tilleul, par exemple, ou du thé, chercher à transpirer; au besoin employer des lavements de décoction de têtes de pavot, boire de l'eau de riz, etc. Ils suffisent le plus ordinairement pour arrêter les accidents et conjurer le mal ; ils permettent du moins d'attendre l'arrivée du médecin, qu'il convient toujours d'appeler au plus tôt.
D'après ce qui précède je vous invite, monsieur le préfet, si le choléra existe ou s'il venait à se produire dans votre département, à éclairer les autorités locales et les populations sur les points qui viennent d'être indiqués, en employant à cet effet la voie d'une instruction claire et précise qui serait affichée dans tous les lieux où cette publicité vous paraîtrait convenable.
Nous terminerons par un exposé succinct des mesures pleines de sagesse qui ont été prises à Paris à l'approche des épidémies de 1832, 1849 et 1854. et que l'on peut donner comme un modèle.
Précautions prises à Paris, par l'administration, avant l'invasion «ï»a choléra. — M. le préfet de police, de concert avec M. le préfet du département, prit, le 20 août, 1831, un arrêté qui créait tout à la fois une commission centrale de salubrité composée de quarante-huit membres, douze commissions d'arrondissement chargées de correspondre avec elle, et qui devaient ellesmêmes s'entendre avec d'autres commissions nommées dans chacun des quarante-huit quartiers de la ville et des deux arrondissements du département.
Des médecins, des chimistes, des pharmaciens connus, des citoyens
honorables présentés par MM. les maires, furent désignés pour former ces commissions ; et pour qu'elles ne manquassent d'aucun renseignement utile et nécessaire, on leur adjoignit des commissaires voyers et des commissaires de police.
Les commissaires du quartier furent plus spécialement chargés de visiter les maisons particulières ; de constater l'état des fosses d'aisances, des plombs, des puits, des puisards ; de surveiller les institutions, les écoles, les établissements de nourrices, les maisons de sevrage et de santé, celles qui sont habitées par des nourrisseurs de chevaux, de chiens, de porcs, de lapins, de poules, de pigeons. Elles durent encore porter leur attention sur les logeurs, les nourrisseurs, les tanneurs, les baigneurs, les boyaiufiers, les chiffonniers, enfin sur les ateliers de toute espèce, susceptibles de devenir nuisibles par une mauvaise tenue ou par l'odeur qu'ils exhalent.
Les commissions d'arrondissement, intermédiaires entre la commission centrale et les commissions de quartier, eurent pour attribution de recevoir les rapports de ces dernières, de les examiner, d'en vér'fier l'exactitude toutes les fois qu'elles le jugeraient nécessaire, d'en faire ensuite un extrait destiné à être envoyé à la commission centrale ; elles durent aussi aider de leurs conseils et appuyer de leur approbation le zèle et les démarches des commissaires de quartier.
Enfin la commission centrale, joignant à ses propres lumières la connaissance de tous les faits acquis par elle, devait à son tour éclairer l'administration, et lui proposer l'adoption de mesures nouvelles, s'il en était besoin, ou seulement la modification des anciennes, si elle la jugeait suffisante. La commission se réserva d'ailleurs la surveillance de tous les grands établissements publics de la capitale.
On établit dans chaque quartier plusieurs bureaux de secours, des postes médicaux dans lesquels un médecin, un pharmacien et un certain nombre d'élèves en médecine, d'infirmiers et de gardesmalades devaient se tenir prêts, jour et nuit, à porter les premiers secours aux malades pour lesquels on les réclamerait. Ces bureaux furent garnis de tout le matériel nécessaire à leur destination, tels que médicaments, lits, couvertures, brancards, etc., et placés sous la direction immédiate de MM. les maires, que l'on chargea de prévenir, vingt-quatre heures d'avance, les médecins et les pharmaciens désignés pour y faire le service.
Enfin, la commission centrale fit publier une instruction sur le régime à suivre pour se préserver du choléra, et sur la conduite qu'il faudrait tenir si l'on s'en trouvait atteint; elle recommandait la propreté dans les vêtements et les habitations, la sobriété dans les aliments, la modération dans les plaisirs, et surtout elle engageait
les citoyens à se tenir en garde contre les prétendus moyens curatifs dont les charlatans vantaient' chaque jour les vertus dans les journaux, et dans les affiches dont ils couvraient les murs de la capitale.
De son côté, l'administration des hôpitaux ne demeurait point oisive : elle s'occupait à préparer des salles nouvelles pour y recevoir les malades atteints de l'épidémie, elle faisait purifier les anciennes; elle augmentait le nombre des élèves et des infirmiers; enfin, ne voulant négliger aucune des précautions que la prudence semblait indiquer, elle ordonna de suspendre tous les cours d'anatomie.
Tel fut l'ensemble des mesures prises par l'administration contre l'épidémie dont Paris était menacé. Il est inutile de dire que la plus grande partie de ces mesures étaient communes à la capitale et au département.
IV. — Enquête sur le choléra. —Il nous reste, pour compléter cet aperçu de l'histoire des épidémies de choléra, au point de vue de l'hygiène publique, à indiquer un dernier point essentiel. L'expérience du passé ne peut pas être perdue pour l'avenir, et ses résultats ne sauraient demeurer stériles. Il importe donc au plus haut degré de réunir et de coordonner tous les documents relatifs à la marche et aux effets du choléra épidémique Déjà l'Angleterre nous a précédés dans cette voie; et dès l'année 1850 paraissait le rapport du Conseil général de santé sur le choléra épidémique de 1848 et 1849. Mais l'administration française n'est pas restée inactive, et l'on verra par les pièces suivantes quels efforts elle a faits en 1850 et 1854 pour combler les lacunes nombreuses qui existent dans l'histoire du choléra épidémique.
CIRCULAIRE MINISTÉRIELLE DU 17 MAI 1850, RELATIVE A UNE ENQUÊTE SUR LE CHOLÉRA ÉPIDÉMIQUE.
Monsieur le préfet, l'administration s'est vivement préoccupée de l'épidémie de choléra qui a récemment affligé la France ; elle en a suivi la marche avec une inquiète sollicitude pour les populations qui ont été atteintes, elle s'est efforcée de diminuer les ravages du fléau autant qu'il était en son pouvoir de le faire.
Aujourd'hui que la maladie a complètement disparu, l'administration ne considère pas sa lâche comme terminée. Il lui reste un dernier devoir à remplir : c'est celui de recueillir et d'étudier tous les fails, afin d'y puiser, s'd est possible, les moyens de prévenir le retour d'un fléau aussi redoutable.
J'ai pensé, monsieur le poéfet, que, pour réunir les éléments de ce grand travail, on ne pouvait mieux faire que de s'adresser aux Conseils d'hygiène publique et de salubrité institués dans chaque arrondissement, en exécution du décret du 18 décembre 1848.
Dans ce but, et afin de donner aux investigations des Conseils un caractère d'uniformité si essentiel en pareille matière, j'ai fait préparer par le comité con-
sultatif d'hygiène publique, établi près de mon ministère, le programme de l'enquête qu'il s'agit d'effectuer et un modèle des tableaux dans lesquels viendront se grouper tous les faits qui peuvent se résumer par des chiffres. Le comité a d'ailleurs eu soin de joindre au programme de l'enquête une instruction qui fait connaître les motifs et le degré d'importance des divers renseignements demandés.
Je vous transmets ci-joint, monsieur le préfet, un certain nombre d'exemplaires de ce programme, ainsi que de l'instruction et des tableaux qui raccompagnent. Dès qu'ils vous seront parvenus, vous réunirez sur-le-champ les Conseils d'hygiène de votre département, et vous les inviterez à procéder sans retard à l'enquête dont ils sont chargés.
J'attache le plus grand prix à ce que celte enquête soit faite avec le soin le plus scrupuleux et dans le plus bref délai possible, et je ne doute pas que les Conseils d'hygiène, pénétrés de l'importance de la tâche qui leur est confiée, ne s'associent avec empressement au vœu de mon ministère.
Je désire que tous les documents que vous aurez à m'adresser me parviennent avant le 1er octobre prochain.
Veuillez, monsieur le préfet , m'accuser réception de cette circulaire, et me faire connaître les dispositions que vous aurez prises pour hâter l'exécution des instructions que je vous transmets. Signé Dumas.
INSTRUCTION RELATIVE A UNE ENQUÊTE SUR LA MARCHE ET LES EFFETS DU CHOLÉRA ÉPIDÉMIOUE EN FRANCE (1).
Deux fois, en moins de vingt années, le choléra épidémique, inconnu jusquelà parmi nous, est venu ravager la France. En présence d'un fait si considérable, l'administration chargée de veiller à tout ce qui intéresse la santé publique ne saurait borner sa mission à combattre le fléau pendant qu'il sévit et à secourir ceux qu'il frappe, il est de son devoir de faire servir autant que possible cette triste expérience à en prévenir !e retour. Dans ce but, la première chose à faire consistait à ouvrir une vaste enquête, et à recueillir sur tous les points où s'est montré le choléra les faits qui peuvent être de nature à éclairer ses causes et sa marche. Une telle œuvre, en tout temps si difficile, était, à vrai dire, presque impossible lors de la première invasion du mal indien dans notre pays, à une époque où il n'y avait guère de place pour d'autre préoccupation que celle d'organiser partout les secours d'une assistance efficace. Cependant, quelques travaux partiels, dignes d'être encore cités comme modèles, ont été entrepris dans les villes les plus importantes, à Paris, à Lille, en 1832, dans le midi de la France en 1835 ; des rapports du plus haut intérêt ont été publiés sur l'épidémie qui venait de s'éteindre; mais aucun travail d'ensemble ne peut donner une idée exacte de la marche et des effets du choléra en France.
Aujourd'hui l'administration comprend qu'il y a une vaste lacune à combler, et se propose de réunir tous les documents relatifs à l'épidémie qui a décimé le pays. L'institution récente des Conseils d'hygiène dans tous les arrondissements lui
(1) A cette instruction ont été joints dix tableaux dans lesquels devaient être consignés les résultats statistiques demandés dans le programme d'enquête.
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offre, à cet égard, une ressource qui doit rendre plus facile la tàclie qu'elle tient à honneur d'accomplir. Avec l'aide éclairée, avec la coopération active de ces comités locaux, si bien placés et si compétents pour lui fournir tous les renseignements nécessaires, elle espère pouvoir arriver à jeter quelque jour sur les principaux points de l'histoire du choléra en France.
Dans cette intention, le ministre de l'agriculture et du commerce a chargé le Comité consultatif d'hygiène publique de rédiger un programme do questions, qu'il adresse aujourd'hui à tous les Conseils d'hygiène de France, et pour la solution desquelles il fait appel au zèle et aux lumières des hommes honorables qui les composent. 11 n'est sans doute pas nécessaire d'insister sur l'importance qu'il y a à ce que ce programme soit partout uniformément et scrupuleusement suivi. C'est par là seulement qu'il sera possible d'obtenir des éléments assez semblables entre eux pour que de leurs comparaisons sortent des conclusions utiles et justes. Jlais, par cette raison même, il n'est pas hors de propos d'entrer dans quelques explications et dans quelques détails sur chacune des parties de l'instruction proposée aux Conseils d'hygiène.
7. — Donner, pour chaque commune, le chiffre officiel de la population résultant des quatre recensements de 1830, 1835, 18Ù0, 18/|5, et indiquer si, depuis le dernier, la population a varié, et si notamment elle se serait momentanément abaissée pendant l'épidémie.
Le chiffre exact de la population dans chaque localité est le point de départ obligé de toutes les recherches statistiques relatives au choléra épidémique. Mais pour que cette base de l'enquête soit suffisamment solide, il importe de remonter en arrière et jusqu'en deçà de la première invasion du choléra, afin de retrouver, s'il est possible, les rapports qu'il peut y avoir entre les effets du fléau et les variations de la population.
II. — Établir, pour chaque commune, le chiffre exact de la mortalité dans ses rapports avec la population et suivant l'âge et le sexe, pendant les années 18/p et suivantes, jusqu'à l'apparition du choléra, en indiquant si d'autres maladies épidémiques ont régné à ces différentes époques.
La mortalité, dans les années qui ont précédé la dernière épidémie, doit être établie et connue pour que l'on puisse apprécier quel accroissement réel le choléra a apporté au chiffre ordinaire. On fait seulement remarquer que, pour déterminer le rapport de la mortalité à la population, il faut calculer les décès dans la proportion de 1 sur 10!) habitants. Quant à la fixation de la mortalité suivant les âges, il serait bon d'adopter une division uniforme en neuf périodes :
1° De 0 à 2 ans;
2° De 2 à 5 ans;
3° De 5 à 10 ans;
Zi° De 10 à 15 ans;
5° De 15 à 20 ans;
8° De 50 à 60 ans; 9° Et au-dessus de 60 ans.
Enfin, l'indication des maladies épidémiques est destinée à montrer si la mortalité a été accidentellement accrue par quelque cause passagère plus ou moins analogue au choléra.
in. — Dresser, si cela est possible, un état semblable au précédent pour l'époque de la première épidémie cholérique, en notant la mortalité avant, pendant et après cette épidémie, durant une période de trois années au moins.
On comprend tout l'intérêt qui s'attache aux documents qui pourront être recueillis touchant la première épidémie qui a régné en France, et servir à tracer un parallèle entre l'une et l'autre invasion. En notant la mortalité pendant trois années, on aura, avec celle qui a précédé l'épidémie, le point de comparaison déduit de la mortalité ordinaire; avec celle quia suivi, le moyen de constater si l'abaissement de la mortalité, à la suite d'une grande épidémie, rétablit l'équilibre rompu par ses ravages.
IV. — Donner un résumé des observations thermométriques et des phénomènes météorologiques qui ont pu être constatés pendant la première épidémie de choléra et pendant les cinq années qui ont précédé la seconde épidémie. — Indiquer les mêmes résultats, jour par jour, pendant toute la durée de la dernière épidémie.
Pour que ces données puissent être de quelque utilité, il importe, avant tout, qu'elles reposent sur des observations précises qui manqueront peut-être dans quelques localités; mais,partoutoù elles pourront être recueillies ^1), elles devront être indiquées de la manière suivante :
La température moyenne de chaque jour pendant la dernière épidémie sera examinée en degrés centigrades, et comparée à la température moyenne durant les mois correspondants de la période quinquennale qui l'a précédée. Il serait intéressant d'y joindre, si cela est possible, la température moyenne qui a été notée pendant la première épidémie.
L'électiicité atmosphérique, l'état hygrométrique, la direction des vents et même la composition, étudiés pendant la durée de l'épidémie, peuvent fournir de très utiles remarques; et lorsque des observations relatives à ces points importants auront été poursuivies, non-seulement dans un grand centre de population, mais même dans la plus petite localité et dans les plus étroites limites, il ne faudra pas manquer de les consigner. Ainsi, l'apparition des principaux météores électriques, notamment des orages, et les modilications qu'ont pu présenter les aimants dans leur force et dans leur direction, les appareils électriques, et notamment les fils télégraphiques dans leur action, peuvent faire l'objet d'observations particulières. Il en est de même de l'état hygrométrique de l'air, des brouillards et des pluies, ainsi que la direction des vents, que l'on indiquerait, autant que possible, jour par jour. Les analyses de l'air atmosphérique s'y ajouteraient à part, s'il y avait lieu.
(1) Les travaux entrepris par des savants très recomraandables dans presque tous les départements, pour la rédaction de l'Annuaire météorologique de France, pourront être mis à profit.
V. — Indiquer sommairement, mais seulement d'après des données précises, la constitution géologique et hydrographique du sol, ainsi que la topographie générale de l'arrondissement, du canton ou de la commune visités par le fléau, en signalant les causes d'insalubrité présumées et les relations des différentes localités entre elles.
Parmi les influences auxquelles on a attribué une part dans le développement du choléra épidémique, la composition géologique des lieux marqués par son passage a été signalée avec une grande insistance. L'enquête qui va comprendre tout le territoire de la France ne peut pas négliger cette circonstance, sur laquelle elle doit si sûrement répandre la lumière. Elle doit y joindre un aperçu de la position des lieux, de leur exposition, des eaux courantes ou stagnantes qui s'y trouvent. Rien ne serait plus propre à donner une idée exacte de ces différents points, que d'annexer aux documents qui s'y rapportent une carte à la fois topographique et géographique, soit du département, soit de chaque arrondissement, et un plan exact des v lies ou des communes rurales, dressé au besoin sur le cadastre ; sur lesquels caries et plans on figurerait, par une ligne distincte, l'itinéraire du fléau. Il serait en outre d'une haute importance de faire connaître les points de grand rassemblement, tels que marchés, foires, etc., ainsi que la distance qui sépare les diverses localités, et les relations commerciales ou autres qui existent entre elles. On comprend comment ces notions peuvent être mises à profil pour la solution de quelques questions relatives au mode de propagation du choléra. Ce sera le lieu d'indiquer les causes locales d'insalubrité qui auraient été bien constatées, et qui résulteraient de l'une ou de l'autre des conditions dont il vient d'être parlé.
VI. — Faire connaître, s'il en existe dans la localité, la nature, le nombre, la situation et les conditions d'existence des établissements industriels ou
. manufacturiers, notamment de ceux qui sont réputés incommodes ou insalubres, et des établissements publics habités, tels que maisons d'arrêt ou de détention, asiles d'aliénés, dépôt s de mendicité, hôpitaux et hospices, casernes, maisons d'éducation, maisons religieuses, etc. Dans tous les cas, indiquer quelle est la nature des occupations les plus répandues parmi la population.
Il n'est sans doute pas nécessaire d'entrer dans des détails plus explicites au sujet de cette indication, qui doit être très sommaire.
VII. — Établir quelles ont été les maladies dominantes durant l'année qui a précédé la dernière apparition du choléra. Mentionner, s'il y a lieu, les maladies épidemiques et les épizooties qui se seraient montrées concurremment avec lui.
Pour que ce renseignement puisse être de quelque valeur, il faut qu'il ne reproduise qu'un relevé authentique fondé sur la notoriété et sur les observations concordantes du corps médical, et qu'il ne soit pas seulement l'expression d'une opinion personnelle plus ou m mis contestable. Il est bonde sign lier surtout, à l'attention de ceux qui consacreront leurs efforts et leur zèle à poursuivre cette vaste enquête, certaines modifications qui ont pu être remarquées parfois dans le caractère des maladies endémiques ou des épidémies annuelles, telles
que les fièvres intermittentes, et aussi sur l'apparition d'épizooties meurtrières souvent observées à l'approche, dans le cours ou à la suite des grandes épidémies. Les investigations porteront spécialement sur la suette, dont l'apparition a semblé coïncider dans plus d'un endroit avec le choléra, et en compliquer les atteintes.
VIII. — Déterminer l'époque précise de l'invasion de la dernière épidémie de choléra dans chaque localité, et rechercher avec soin tous les faits qui se rapportent au mode de propagation du fléau.
S'il est avant tout indispensable, pour arriver à un résultat sérieux et utile, de rechercher ici la vérité sans opinion préconçue, il n'est pas moins nécessaire de ne repousser aucun fait qui, restant isolé, eût pu, tantôt prendre des proportions exagérées, tantôt être négligé à tort, mais qui, rapproché de faits semblables, se montre sous son jour véritable, et peut parfois acquérir une valeur inattendue. Cette remarque trouve une juste application à la question dont il s'agit, en ce moment. On sait que, dans quelques petites localités, on a cru pouvoir attribuer l'invasion du choléra aune sorte d'importation, par suite de l'arrivée d'un ou de plusieurs individus sortant de lieux ravagés par l'épidémie ; on sait encore que les déplacements de grandes masses d'hommes réunis en corps d'armée ou agglomérés sur un navire ont été signalés comme favorisant la propagation du fléau. De tels faits, si l'on croit en avoir observé sur quelques points de la France, fûtce la plus petite bourgade, doivent être l'objet du plus consciencieux examen ; ils doivent donner lieu à une enquête spéciale, et n'être présentés qu'entourés de toutes les garanties scientifiques et morales qu'un esprit sérieux est en droit d'exiger quand il s'agit de résoudre un problème aussi complexe et aussi délicat que celui de la transmission du choléra épidémique par voie d'importation. Mais on ne saurait trop hautement recommander de ne jamais perdre de vue, dans cette difficile recherche, la marche naturelle de l'épidémie, et de toujours tenir compte de l'extension graduelle et parfois très rapide du foyer dans lequel se fait sentir l'influence du fléau.
Ces considérations deviennent plus impérieuses encore quand il s'agit de la transmission du choléra par voie de contagion proprement dite. Bien que le comité consultatif d'hygiène publique ait eu déjà l'occasion de proclamer hautement que le choléra n'est point une maladie contagieuse et ne se transmet pas par le contact ; bien que cette opinion résulte de l'expérience acquise pendant l'épidémie de 1832 et de tous les renseignements recueillis dans les diverses parties de l'Europe visitées par le choléra, tous les faits particuliers relatifs à la question de la contagion seront accueillis et examinés avec la plus entière impartialité.
A tous ces titres, la date de l'invasion du choléra dans chaque localité, le nom, l'âge, le sexe, la conditionnes habitudes du premier malade; l'intervalle qui a séparé la première attaque de la seconde et des suivantes ; l'extension graduelle, la propagation lente, ou au contraire l'invasion brusque et générale du fléau; les points de la ville ou du village primitivement atteints comparés à ceux quj ont été secondairement ou successivement envahis ; les circonstances particulières enfin, telles que l'arrivage d'un navire, l'entrée d'un corps de troupe, ou toute autre circonstance qui coïnciderait avec l'apparition de la maladie et semblerait
n'avoir pas été étrangère à son développement : ce sont là autant de faits sur lesquels doivent porter les investigations les plus actives et les plus complètes.
IX. — Indiquer, autant que possible, le nombre des attaques de choléra dans
leur rapport avec la population et suivant le sexe et l'âge.
On ne se dissimule pas l'extrême difficulté qu'il doit y avoir dans toute circonstance à constater, même approximativement, le nombre des attaques d'une maladie épidémique qui, comme le choléra surtout, peut présenter des formes et des degrés si divers. Cette question n'est donc indiquée ici que sous toutes réserves; il n'y sera répondu qu'autant qu'on pourra le faire avec quelque certitude.
X. — Dresser le tableau de la mortalité cholérique, d'abord en détail, jour par jour, et, en second lieu, dans ses rapports avec la population, et suivant le sexe, l'âge et la profession.
C'est là, à vrai dire, le résultat le plus facile et le plus simple à obtenir dans l'enquête. Il est à peine nécessaire d'ajouter qu'il en est Je plus important, puisqu'il contient à lui seul le résumé des effets du choléra. Il ne faudrait cependant pas se borner à donner le chiffre brut et la somme totale des décès. C'est en décomposant la mortalité jour par jour que l'on peut apprécier nettement l'action de certaines influences sur les progrès ou sur la décroissance de l'épidémie ; c'est en la rapportant au chiffre de la population qu'on en pourra juger exactement la violence; c'est, enfin, en la répartissant selon le sexe, l'âge et la professoin des victimes, que l'on complétera tous les documents propres à faire connaître les conditions dans lesquelles s'exerce surtout l'activité du fléau.
XI. — Déterminer l'époque précise de la terminaison de l'épidémie et sa durée
totale dans chaque localité.
• De même que l'invasion se constate par une première attaque, de même on doit déterminer la cessation de l'épidémie d'après le dernier cas observé, en circonscrivant sa durée entre ces deux termes.
XII. — Dresser un tableau spécial du nombre des attaques et de la mortalité cholérique dans différents établissements mentionnés au paragraphe VI, en la rapportant à leur population.
Il y a là certainement une source d'observations très curieuses qui ne sera pas négligée. Le caractère très distinct de la plupart des établissements et la proportion relative de la mortalité dans chacun d'eux peuvent mettre en lumière certaines particularités très dignes de fixer l'attention, et ouvrir la voie à de très utiles indications.
XIII. — Dresser, pour toutes les villes et communes où il y aura lieu de le faire, un tableau de la mortalité cholérique répartie par quartiers ou par sections.
Lorsque d'après leur situation ou en raison de leur étendue, les diverses localités dont on possédera un plan exact présenteront, dans leurs différentes par-
ties, des différences notables d'exposition, d'aération, de construction, de population, et, en un mot, de salubrité, il sera très utile, dans la réparation de la mortalité, de Lenir grand compte de ces circonstances, et d'en montrer l'influence par un énoncé comparatif de la date de l'invasion et du chiffre des décès dans chacun des quartiers d'une même cité, dans chacune des parties d'un même bourg ou d'un même village.
XIV. — Indiquer le chiffre de la mortalité non cholérique pendant la durée de l'épidémie, et, autant que possible, depuis son extinction jusqu'à ce jour.
11 s'agit de rechercher, en présence du choléra, si les maladies ordinaires ont diminué de nombre ou de gravité; si, en regard de la mortalité cholérique, la mortalité a décru ou est restée stationnaire ; si, enfin, après les coups répétés qu'a frappés l'épidémie, et dans les mois qui l'ont suivie, la mort a fait moins de victimes que dans les temps réguliers. Ce sont là autant de questions dont l'intérêt ne saurait échapper à quiconque connaît l'histoire des grandes épidémies, à quiconque a médité sur les lois générales de la mortalité. Le tableau qui contiendra ces indications sera le corollaire indispensable de celui où se trouve consigna le chiffre des décès pour les années qui ont immédiatement précédé la récente invasion du choléra. On aura ainsi les trois termes reunis et comparables de la mortalité avant, pendant et après l'apparition d'une épidémie des plus meurtrières.
XV. — Faire connaître les mesures prises par les autorités locales et les ressources dont elles ont pu disposer pour prévenir le développement, arrêter les progrès et secourir les victimes du fléau.
Un grand intérêt administratif s'attache à cet exposé des moyens, sans cloute très divers, qui, sur tous les points de la France, ont pu être employés dans un but commun de salubrité et d'assistance publique en présence d'un fléau si redoutable. La manière dont les Conseils d'hygiène, à peine institués, ont déjà fonctionné, la répartition des secours médicaux, tantôt insuffisants, tantôt absolument nuls, les ressources pécuniaires sur lesquelles on a pu compter et l'indication de leur provenance (1), enfin l'attitude des populations dans chacun des lieux qu'a envahis le choléra, tels sont les points principaux sur lesquels il importe d'obtenir des renseignements précis, singulièrement propres à éclairer l'opinion et les pouvoirs publics. Pour compléter, à cet égard, l'expérience, il est à désirer que l'on saisisse l'occas:on de transmettre à l'administration centrale une copie des instructions qui, dans certains arrondissements, ont été adressées aux populations à l'approche ou dans le cours de la dernière épidémie, et dont quelques-unes se sont fait remarquer par l'esprit sage et vraiment pratique dans lequel elles étaient conçues.
(1) Nous devons faire remarquer qu'il n'y a pas lieu dereproduire ici un état détaillé des dépenses occasionnées par l'épidémie de choléra, ainsi qu'il a dû être dressé conformément à la lettre ministérielle du 5 janvier 1850 ; mais qu'il s'agit seulement de donner le chiffre total des dépenses et l'indication des fonds qui y ont pourvu, soit qu'ils proviennent de l'État, des communes, des hospices, du département et des souscriptions ou dons volontaires.
XVI. — Consigner, sous forme d'observations, toutes les particularités qui mériteraient d'être signalées, relativement à la marche, aux formes et au traitement du choléra épidémique, ou> des maladies iniercurrctes qui seraient venues le compliquer, notamment la sueïte, et généralement toutes autres remarques qui ne rentreraient pas dans les précédents paragraphes.
L'enquête, ainsi qu'on a pu en juger par le lexte de ce programme, a eu presque exclusivement pour but de recueillir les faits qui peuvent être de nature à éclairer les causes et la marche du choiera. Elle ne peut s'étendre à tous les détails, à toutes les difficultés de l'histoire purement médicale de celte cruelle affection. C'est au point de vue de l'administration sanitaire, c'est dans une pensée de. protection pour la santé publique, qu'elle a été entreprise et doit être poursuivie. Si pourtant, sur quelques points, des observations nouvelles, des expériences utiles avaient été faites sur les symptômes, et mieux encore sur le traitement du choléra, leurs résultats ne devraient point être laissés de côté, et seraient toujours accueillis avec un sérieux intérêt. Elles ne devraient toutefois être consignées qu'avec une grande mesure, et entourées de toutes les garanties d'une expérimentation vraiment scientifique.
Ici se terminent ces instructions d'après lesquelles doit être entreprise l'enquête sur la marche et les effets du choléra épidémique en France. Si, comme il est permis de l'espérer, les Conseils d'hygiène, auxquels elles seront adressées, veulent bien se pénétrer de l'esprit dans lequel elles ont été conçues, et comprendre la grandeur et la portée d'une telle entreprise, il n'est pas douteux que, de tant d'efforts réunis, ne sorte quelque chose d'utile pour la science et pour l'humanité. Tous ces documents épars, ces fruits d'une observation bornée, ces études perdues dans leur isolement, vont s'unir, se fortifier et grandir. Il y a, dans cfti'tè seule pensée, de quoi donner à tous l'activité, le zèle et l'émulation qui peuvent seuls mener à bien cette vaste enquête. C'est la première occasion qui s'offre aux Conseils d'hygiène, fondés dans toute la France par le décret du 18 décembre 1848, de montrer ce que le pays peut attendre de cette féconde institution. Leurs travaux, centralisés, coordonnés et mis en lumière par les soins du minisire auquel est dévolue la tutelle de la santé publique, serviront de base à une œuvre collective, immense, à laquelle le nombre et l'authenticité des documents mériteront le titre de Rapport général et officiel sur la marche et les effets du choléra épidémique en France.
Ce vaste programme d'enquête n'ayant pas été rempli dans l'intervalle qui a séparé l'épidémie de 1849 de celle de 1854, l'administration ne crut pas pouvoir espérer des documents aussi étendus, et restreignit les limites de la statistique qu'elle avait la ferme volonté d'obtenir. A cet effet, elle substitua au cadre précédent un projet beaucoup plus simple que vont faire connaître les pièces suivantes.
CIRCULAIRE MINISTÉRIELLE DU 21 OCTOBRE 1854, SUR LÀ STATISTIQUE DU CHOLÉRA ÉPIDKMIQUE.
Monsieur le préfet, malgré les apparitions successives du choléra en France nous ne possédons pas encore de statistique complète sur celte maladie épidé-
uiique. En 18/i9, un programme rédigé par le Comité d'hygiène publique fut
envoyé aux préfets des départements où l'épidémie s'était déclarée; mais les
nombreux tableaux annexés à ce programme ne furent entièrement remplis que
pour quelques localités, et ces travaux partiels demeurèrent sans application
utile.
Afin d'obtenir, cette fois, un meilleur résultat, le Comité d'hygiène et mon département ont pensé qu'il fallait réduire au strict nécessaire les formules des documents statistiques à recueillir après la cessation de l'épidémie de 1854. Ces formules devront être remplies pour chacune des communes où elle a sévi. Je vous envoie une quantité suffisante pour que chaque mairie en conserve minute, et que vous puissiez vous-même en garder copie.
Vous reconnaîtrez, monsieur le préfet, que les renseignements demandés peuvent, en ce qui concerne les faits récents, être aisément fournis par l'autorité municipale. Quant aux rapprochements très succincts et peu multipliés qu'ilyaà faire avec les épidémies de 1832 et 18Z[9, vous en trouverez les éléments dans les communes, ou dans les bureaux de votre préfecture, qui a produit, à chacune de ces époques, des bulletins analogues à ceux de l'année courante.
Je compte, monsieur le préfet, sur votre zèle éclairé pour obtenir dans le plus bref délai possible les renseignements qui devront être réunis dans les tableaux ci -joints. Je vous prie de m'accuser réception de la présente circulaire.