MÉDICALE
Monsieur le préfet, en exécution de ma circulaire du 17 mars 1853» MM. ies préfets ont recueilli, avec le concours des conseils d^liygiène publique et de sainbrlté, les éléments d'une statistique médicale. Le comité consultatif d'hygiène publique, chargé de me rendre compte des résultats de cette opération, a pu tirer des renseignements fournis des aperçus qui jettent déjà quelque lumière sur les graves questions que soulève Porganisation de la médecine en France. Mais si l'on veut qu'elle puisse servir de base à des déductions exactes et utiles, une statistique médicale doit plus que toute 'autre s'appuyer sur des constatations plusieurs lois renouvelées, se complétant et se vériGant les unes par les autres, il est toujours utile, d'ailleurs, que Tadministration ait sous les yeux l'état aussi exact que possible du personnel médical sur lequel peuvent compter les populations.
J'ai décidé, par ces motifs, qu'il serait procédé tous les cinq ans à une révision de la statistique médicale. Afin de faciliter cette opération, on la fera coïncider avec le recensement quinquennal de la population ; la première révision aura lieu cette année, bien qu'il se soit écoulé seulement une période de trois ans depuis le premier travail général dont les préfectures m'ont fait l'envoi.
Les opérations à faire celte année, comme à l'avenir, reposeront sur les mêmes bases qu'en 1853. Les cadres que Je vous envoie à cet effet sont, à peu de choses près, les mêmes que ceux qui accompagnaient ma circulaire précitée du 17 mars ; je n'ai donc pas & revenir ici sur le mode d'exécution.
J'ai ajouté aux tableaux une colonne pour les herboristes, dont il n*est pas sans intérêt de connaître exactement le nombre et la répartition ; mais vous n'aurez plus à vous occuper du rayon d'exercice ou de clientèle des docteurs en médecine, oiDciers de santé et pharmaciens. Il ne m'est parvenu, en eflfet, sur ce point que des indications extrêmement vagues, et, malgré son imporunce, j*ai dû renoncer h me procurer ce renseignement.
Le même motif m'a engagé à restreindre les questions adressées aux Conseils d'hygiène. Ces questions sont réduites à quatre ; mais je ne saurais trop recommander de bien se pénétrer de leur esprit, afin que, si elles expriment quelquefois des opinions opposées, les réponses présentent au moins une précision et une homogénéité d'idées qui permettent de les classer, de ies comparer et de les résumer en chiffres. Ces quatre questions sont les suivantes :
1<^ La statistique médicale de l'arrondissement de est-elle
considérée par le Conseil comme exacte 7 — Si elle lui parait susceptible de rectifications, les indiquer.
S** Les changements qui ont eu lieu, les faits observés depuis le recensement de 1853, ont- ils modifié l'opinion exprimée par le Conseil d'hygiène sur la quei^lion de savoirs! le personnel médical est ou n'est pas suffisant pour les besoins de
la popalatioD; oa si une autre reparution de ce personnel serait possible et
désirable 7 di^ Le nombre des officiers de santé tend-il à diminuer dans Tarrondissemenl 7
-Les officiers de santé vont-ils s'établir, de préférence, dans les cantons où il
n'y a pas de docteur en médecine, et à portée des habitants des campagnes, selon
le but de leur institution 7 4' Le Conseil persistc-t-il dans Topinion qu'il a émise, en 1853, sur la ques-
Uon des médecins cantonaux 7 — Une étude plus approfondie de cette question
IVt-elle conduit à reconnaître Tutilité qu'il pourrait y avoir à introduire une
pareille institution dans Parrondissement de , si elle n'existe
pas encore?
Si, au contraire, des médecins cantonaux ou quelque autre institution analogue fonctionne dans cet arrondissement, quels ont été, au jugement du Conseil, les avantages ou les inconvénients de cette institution, aux diiTérents points de vue du traitement des malades indigenis des campagnes, de la propagation de la vaccine, de la prévention des épidémies et de la position du corps médical 7 La première et la deuxième question n'ont pas besoin d'explications. La troisième est nouvelle ; elle a pour but de faire connaître jusqu'à quel point les officiers de santé remplissent l'objet de leur institution, qui est d'assurer les secours de la médecine aux habitants des campagnes.
En 1853, rinstitutlon des médecins cantonaux était récente et peu connue: aussi al-je remarqué un défaut d'accord dans les idées que les Couseils d'hygiène se faisaient alors du. rôle qui pourrait être assigné à celte institution dans l'organisation médicale et dans le système générai de l'assistance publique. Depuis atle époque, des médecins cantonaux ou des services analogues ont été créés dans quelques nouveaux départements ; l'institution a pu élre^ mieux étudiée et mieux comprise : aussi la quatrième question a-t-elie pour but de faire connaître quels ont été les résultats de cette expérience, en quoi ils ont pu confirmer ou Diodifier les opinions énoncées par les Conseils d'hygiène en 1853.
Afin de compléter les renseignements sur ce point important, je vous prie, monsieur le préfet, de jomdre à votre envoi les arrêtés qui ont pu être pris pour instituer dans votre département» soit des médecins cantonaux, soit des médecins des pauvres ou tout autre service du même genre. Vous voudrez bien, en même temps, me faire connaître quel est le traitement assuré aux médecins chargés de ces services, et me communiquer vos observations personnelles sur les résultats, satisfaisants ou non, qu'on a pu en obtenir jusqu'à ce jour pour raméiioration de la santé publique dans les communes rurales, on sur les obstacles qui s'opposeraient à ce que celte histituiion fût introduite dans votre département.
La prenaière condition d'une statistique exacte est que tous les éléments en aient été recueillis à la même époque. En conséquence, je tiens essentiellement à ce que l'envol des documents qui sont demandés aux préfectures par cette circulaire parvienne à mon ministère pour la fm du mois de décembre, au plus tard, et fe compte sur vos soins ù cet effet.
Je vous prie de m'accuser réception de ces instructions.
Signé iv. Rocher.
On sail qu'un congrès général de statistique s'est réuni à Paris en 1855. De nombreuses questions intéressant la médecine et l'hygiène publique ont été débattues. Elles sont résumées d'une manière très saisissante dans le modèle Ae Statistique des gt^andes villes qu'a donné le baron Charles Dupin :
« Une division de la plus haute importance est celle qui spécifie les notions relatives à l'hygiène publique dans l'enceinte des cité». Rien ne sera plus intéressant que de connaître la diversité des conditions hygiéniques dans les villes principales, lorsque cette di¥er^it£' sera constatée par une statistique intelligente et scrupuleuse, pour des cités placées dans des circonstances bien déterminées de climat, de situation topographique et d'alimentation.
» Pour compléter les documents utiles à l'hygiène publique :
» 1» Nous demanderons qu'on lasse connaître les moyens de constatation des décès ordinaires, volontaires, accidentels; constatation pour laquelle il faut recourir aux lumières des hommes de l'art.
» 2° Nous demandons qu'on fasse connaître le nombre et le placement des nourrices.
» 3"* Nous demandons qu'on spécilie la position, rorieutation par rapport à la ville, des lieux consacrés à la sépulture, parce qu'elles peuvent exercer une influence rendue plus considérable parles venl^ qui prédominent et qui porteraient sur la cité des miasmes délétères. ))
La question de la statistique des causes de décès, indiquée dans la précédente énumération, a été l'objet de recherches spéciales de la part de l'administration supérieure, ainsi qu'on en pourra juger par la circulaire suivante :
CIRCULiUftË MlfflST^aiBLLE DD 15 8EPTEIIBRB 1856 SOft LA STATIBTIQOE DES
CAUSES DE DÉCiS.
Monsieur le préfet, dans la dernière session qui a eu iieu sous ma présidence, ie congrès internaUonal de statistiifue a «xprimé les vœux suivants s Qiye chaqoe État demande aux médecins praticiens des renseigncroenis sur les causes de mort des malades qu'ils ont soignés ; que chaque État prenne les mesures nécessaires pour que tous les décès soient vériûés par des médecins; que, dans cbaqur État, il soit préparé des feuilles de décès rédigées de manière à guider les médedos appelés à fournir des renselgnemenu sur les causes de ces décès; qa^uo ou plusieurs médecins soient appelés à concourir au dépouillement des bolleiùas mortuaires, ou feuilles de décès.
Vous savez quelles sont les disposiiions du Gode Napoléon relatifvment i la vérification des décès et à la constatation de leurs causes dans certains cas; main le Gode ue s'est occupé de celle malière qu'au double point de vue de ]*élai ciui eldc la réprcsnondes crimes; il y aurait beaucoup plus à faire pour remplir It
vœu émis par ic congrès iuternalional de stalisliquc duns rjntOrél de Tliygiène publique cl du progrès de la science inédicaie.
Dans quelques Biais, ou a essayé de réguiariscr, . l'une uianière plus ou moins compièle, les mesures donl le congrès de slatistique a demandé Tadoplion. En France même, quelques tcnlatives parlielles ont été failes dans cette voie. A Paris depuis longtemps, et dans quelques grandes villes, on a institué un service spécial pour la vérification des décès ; cette vérification implique la constalaiiun de la maladie ou de la cause accidentelle qui a amené la mort. Les ijullclins signés par le médecin vérificateur sont classés sous des catégories disiincles, d'après un cadre nécrologique arrêté par ic Conseil d'iiygiène et de salubrilé, et Ton obtient ainsi les éléments d'une slatistique des cduses de décès qui peut èlrc Pobjet de publtcaiions plus ou moins fréqucnlcs, dont il est facile d'apprécier ruiilité.
Des vues m'ont élé soumises, depuis la réunion du congrès, sur les moyens d'étendre et de généraliser dans notre pays ce service de vérification et de constatation, qui, convenablement organisé, pourrait fournir des motifs de sécurité aux citoyens, des lumières ù la justice, des averlissemcnts cl des renbeignements à radminisUration, en même temps que des maiériciux précieux pour la science.
MaiSf avant d'examiner jusqu'à quel point ces propositions soni susceptibles d'être adoptéeâ,il m'a paru nécessaire d'avoir d'abord des informations parfaitement exactes sur ce qui a déjà été fait en ce genre dans quelques-unes des principales villes de l'empire; de connaître l'opinion des corps compétents sur les ressources qu'on pourrait trouver dans le personnel médical actuellement exilant, pour organiser un service tel que celui dont le congrès international de stiiiistiquc a demandé la création.
Je croîs devoir, en conséquence, sur Tavis du Comité considtatif d'hygiène «Habli près de mon ministère, vous prier de répondre aux questions suivantes :
Existc-t-ii pour tout votre département, ou pour quelques villes seulement, un bcrvice de vérification des décès?
En cas d'affirmative, comment ce service est- Il organisé? quel est le montant (les frais qu*ll nécessite ; comtnent est-ll pourvu à cette dépense?
La déclaration des causes des décèaa-t-elle lieu d'après une nomenclature uniforme, et quelle est cette nomenclature? quelle est la forme des bulletins indiqtiant les causes de décès? quelles sont les personnes chargées du classement cl du dépouillement de ces bulletins? Les tableaux dressés avec les éléments fournis par ce dépouillement sont- ils publiés d'une manière régulière? (Envoyer quelques-uns de ces tableaux, s'il en existe.)
Si dans votre département il a été institué des médecins cantonaux, pensezvous que le service de vérification des décès pût être réuni sans difficulté à leurs attributions officielles?
Quel que soit l'état actuel des choses A cet égard. Il Importe de savoir jusqu'à quel point la répartition du corps médical dans chaque arrondissement, la configuration du sol, les usages locaux, le degré d'aisance onde pauvreté de la population, pourraient contrarier ou faciliter la généralisation d'un système de vérification qui paraît n'avoir élé appliqué jusqu'à présent en France que dans un nombre très restreint de localités. Les Conseils de salubrité el «l'hygiène publique d'arrundîssemcnt sont naturellement appelés à donner des renseignements qui
puissent jeler quelque lumière sur ces différents points, et voici, monsieur le préfet, les questions quil me paraît utile de leur soumettre:
i^ Ijè Conseil croit -il que tous les médecins se prêtent facilement à déclarer, sur un bulletin dont la forme serait arrêtée d*avancc, et qui leur serait remis par le maire, la cause de la mort de chaque individu auquel ils auraient donné leurs soins ou auprès duquel ils auraient été appelés? 11 est bien entendu qu'on devrait se conformer, pour la désignation de la maladie à laquelle le malade aurait succombé, à une nomenclature uniforme, qui serait suivie dans toute la l'^rance.
2° Quelle est, d'après les informations que le Conseil est à portée de prendre, la proportion du nombre des personnes qui meurent, dans Tarrondissement sans avoir reçu les secours de la médecine, relativement au nombre total des décès?
S** Si un médecin était chargé, à un titre quelconque, de vérifier tous les décès dans une circonscription déterminée, quelle devrait être l'étendue de cette circonscription, particulièrement dans les campagnes, pour que le service fût complètement assuré?
Je désire qu^en m'adressant la réponse des Conseils d^hygièneè ces diverses questions, vous me fassiez connaître aussi votre opinion pariicullère sur la possibilité d'établir pour tout votre département un service de vérification des décê> analogue h celui qui existe à Paris, et sur les moyens auxquels on pourrait recourir pour subvenir aux dépenses qui en résulteraient.
Je vous recommande de faire en sorte que les réponses demandées par cette circulaire parviennent à mon ministère avant la fin de l'année.
Signé R. Rodubr.
Ënliii, nous terminei^ons ce long expose des questions qui se rattachent à la statistique hygiéniqtie et médicale, en faisant counaitn* une mesure très importante, inaugurée en 1861 dans I administratiuu générale de l'assistance publique, par le savant directeur qui e^t actuellement placé à sa tête, M. Armand Husson: nous voulons parler de la statistique médicale des hôpitaux de Paris. La haute portée dv cette innovation, à laquelle nous tenons à grand honneur d'avoir été associé par la confiance de M. le directeur général, nous fait un devoir d'en exposer ici le principe et Torganisation. Les documt'Ut> qui suivent seront partout consultés avec fruit.
RAPPORT A M. LE OIRECTEOR DE L'ADMINISTRATION GÉNÉRALE DE L* ASSISTANCE PUBLIQUE A PARIS, FAIT AU NOM DE LA COMMISSION DE LA STATISTlQli: MÉDICALE DES HÔPITAUX, PAR M. LE DOCTEUR AMBROISE TaRDIEU (16 NO- VEMBRE 1860).
Monsieur le directeur, vous avez arrêté qu'à partir du i*' janvier prochain il serait dressé une statbtlque médicale des bùpitaux de Paris, destinée à faire re>sortir reflicacité des a soins donnés aux malades dans les établissements d*a!»>t>- > tance publique, aussi bien qu*à fournir aux bouimes laborieux des moyens de » comparaison et d*étude; » et vous avez confié à une Commission de médecine
et de diirargieits des hôpitaux (f ) Tétude des éléments nécessaires à celle grande entreprise, et le soin de poser des bases solides qui peroDeilent à radministrailon de la poursuivre et d^en assurer la durée.
Celte commission, présidée par M. le docteur Grisolle, membre du conseil de sarveillanoe, et qui m'a fait Tfaonnenr de me choisir pour secrétaire et pour rapporteur, a accepté la difficile mission dont yous Tavez chargée, avec le sincère désir et la formelle Intention de chercher loyalement les moyens de réaliser une niesure dont la grandeur et ruUllIé ne pouvaient échapper à personne, mais en même temps avec un sentiment très vif et un légitime souci de ce que vous nous permettrez d^appeler les franchises du corps médical des hôpiuuxt dont il était de son devoir de ménager le temps, les intérêts el les habitudes. Cette double pensée Pa soutenue et insphrée durant les longues séances qu'elle a consacrées à Télaboraiion d*un projet qu'elle vous soumet aujourd'hui, avec la ferme confiance d'avoir, autant que cela était possible, concilié une innovation utile avec les nécessités de la pratique nosocomiale, et réalisé, dans les limites d'une exécution simple et facile, un progrès qui doit rester comme un titre d'iionneur pour votre administration.
Il vous appartenait, monsieur le directeur, à vous dont le nom est attaché à des recherches statistiques si ingénieuses et si neuves, d'appliquer à la médecine hospitalière des principes dont voua connaissiez mieux que personne la fécondité. Déjà, à diverses époques, et sur quelques points particuliers, l'administration de l'assistance publique à Paris avait compris qu'elle se devait à elle-même de faire connaître les résultats obtenus à l'aide des moyens immenses dont elle dispose, sur ce vaste théâtre où passent annuellement près de cent mille individus, lies beaux travaux de M. l'inspecteur principal Blonde! sur les deux dernières épidémies cholériques, les comptes moraux administratils publiés annuellement, montrent quelle riche moisson de faits possède l'administration de rassbtance publique, et ce qu'elle peut donner à la science médicale, à Thygiène et a l'économie sociale.
Vous avez pensé qu'il convenait de généraliser ces tentatives, et de dresser poor l'avenir une statistique médicale complète de tous les services hospitaliers qae comprend votre admhiistration. Avant même que cette mesure reçût un commencement d'application, disons mieux, avant qu'elle eût été mise à l'étude, elle était l'objet d'une haute et tmanime approbation ; rautorilê supérieure en attendait avec impatience les piremiers réstiltats, prête à l'étendre à tous les hôpitaux de la France; et, de l'étranger, qui nous a devancés dans celte voie, vous arrivaient des témoignages de sympathie et des renseignements précieux que la commission s'est appliquée à mettre à proGt. Si nous avons tenu k rappeler ce premier effet de votre initiative, c'est moins pour la louer que pour montrer aux médecins et
(1) fia commission est composée ainsi qu'il suit t MM. Grisolle, médecin de THÔtel - Dieu, pcéiident; Cullerier, ciiirurgieo de riiOpital du Midi, vice -président; Guérard, roédcoD de l*H6tel-Diett s Nalalii Gaiiiul, médecin de l'hôpital Neckrr; Beau, médecin de iliôpital de la Charité ; Chaasaignac, chirurgien de rbôpilal Lariboisière ; Hardy, médecin de l'hôpiul Saint-Louis ; Guéneau de Mussy, médecin de l'iiôpiul de la Pitié ; Béliier, laideciD de rhôpital Beaujon; Tardieu, médecin de IMiôpital Lariboisière ; Marjolin, chirurgien de l'hôpital Sainte-Eugéoie; Uouchut. médecin du même hôpital ; Depaul el Broca, chhrurglens du Bureau central.
chirurgiens des hôpitaux, comme ù tous ceux qui sont appelés à devenir, vus collaborateurii dans cette œuvre considérable, quel intérêt, quel avenir, qucllr estime attendent une. mesure pour laquelle leur concours est indispensable.
C'est celte n<!cessité même de TintervenUon personnelle active de tous le> chers de service des hôpitaux qui a marqué, dès ses premiers pas, la voie que devait suivre la commission. Il fallait avant tout, ^t sous peine d'échouer complètement, demander peu pour obtenir quelque chose, et restreindre inêrac* rutile pour s'en tenir au possible. De plus, il ne fallait pas perdre de vue qu'il s'agissait d'une statistique générale dont les éléments devaient être simples et ae prêter facilement aux déductions numériques, pour laquelle enlin rexaciitudc des données acquises était plus à désirer que la multipUdié de résullatâ incertains.
Cependant un autre écueil était à éviter, c'était celui de ne rien faire, et d'arriver, après un grand effort, à un ridicule avortemenl. Lu commission, Dou^ Pavons dit déjj^, bien convaincue de l'utilité de la tentative, la voulait sérieuse. La statistique ne devait pas rester bornée à des indications purement admini!»tratives en quelque sorte ; elle devait être médicale, c'est-à-dire porter la marqinde la science, et rendre on jour à la science elle-même ce qu'elle en aurait rcru, en Taidant ù résoudre quelques-uns des problèmes contenus dans ces chiffre» scientifiquement recueillis et laborieusement amassés.
La coomiission ne s'en est pas tenue à la discussion et à l'adoption de ces principes généraux, elle n'a voulu négliger aucun détail, et s'est préoccupée de> moindres difficultés d'exécution que pourrait rencontrer la mise en pratique d'une statistique médicale. 11 serait superflu de reproduire ici ses hésitations, ses scrupules dans la recherche du meilleur mode à vous proposer pour recueillir les éléments de la statistique; qu'il suffise de dire qu'elle s'est arrèitV & un bulletfai individuel, formant comme le double de la pancarte actuellement usitée pour chaque malade, et qui comprendrait à la fois les indications administratives et les renseignements médicaux. Il a paru à la commission, qui s'e»t attachée à simplifier la forme aussi bien que le fond, que ce bulletin serait à U fois plus clair et plus facile à remplir et à dépouiller, si un modèle distina et spécial était approprié à chacune des principales divisions des services hospiullers. Elle a adopté à cet effet quatre espèces particulières de bulletins : Tuik' pour les services de médecine, l'autre pour les services de chirurgie, la trohùêuh* pour les services d'accoucliement, la dernière pour les maladies vénériennei».
Avant d*iudiquer la composition de ces différents bulletins, dont les spécimen> sont joints à ce rapport, nous devons faire remarquer qu'ils devront tous coûtenir certaines Indications communes, soit administratives, soit médicales; de plu>, 5oit au verso du bulletin, soit sur une feuille spéciale, soit par tout autre moven que vous prescrirez, une série de renseignements généraux sera recueillie par lt> agents spéciaux de Tadmlnistration, parles visiteurs, dont l'utile concours œniplélera très efficacement la statistique hospitalière. On verra en effet sortir, du rapprochement des renseignements provenant de cette source avec les donn«^^ médicales, tout un ordre dMndlcations très précieuses qui nous permettront <1«* restreindre le cercle des questions posées aux chefs de service, et qui offriront 1 1. rualitê plus de valeur au point de vue de la statistique. C'est & vous, monsieur : directeur, qu'il appartient d'assurer celle partie du travail. Nous revenou> a
cdleqni est plus tpédatement la nôtre, en yoim eiposant comment la coramis-
Uoo «compris la rédaction de cliaque espèce de bulletin. Une première partie, commune aux quatre divisions, reproduira à peu près
lextoellement la pancarte actuelle et devra être remplie au bureau d*admiasion,
aa moment de rentrée de cbaque malade et avant d^étre remise au chef ou k lloteroe du service. Elle comprendra le millésime de l*année, le nom de Télabliasement, de la sadlc, le numéro du lit et le nom du chef de service, les nom et prénoms, TAge, le sexe et Pélat civil du malade, le lieu de naissance, le domicile, la profosaioD, la date de Teuti'ée, et, pour être ultérieurement indiquées, la date de la sortie ou du décès et la durée du séjour.
Tons les bulletins contiendront également une mention relative à un point particalier, et, à quelques égards, distinct de la statistique médicale : nous vouloDB parler de la vaccine. G^est là une question qui, à quelque point de vue qu'on l'examine, est essentiellement du domaine de la statistique, et qui, ne pouvant être résolue que par elle, trouvera dans le chiffre énorme de la population qui tiaverw chaque année les établissements de Tassistance publique une garantie et une chance de solution plus exacte et plus facile. Tous les bulletins préaenteront donc une case où un simple trait indiquera si le malade a été vacciné, reTacciné avec ou sans succès, non vacciné ou variole. Cette mention si utile sera recueillie sans peine et par un rapide examen ; elle est dans beaucoup d'hôpitaux déjà entrée dans les habitudes de la plupart des chefs de service, qui font vacciner tous les malades sur lesquels ils ne constatent pas les traces d'une vaccine régnllère.
A. •— Le bulletin destiné aux services de médecine énoncera ensuite les renseigoements médicaux réduits à quatre points principaux concernant : 1° Je diagnosdc de la maladie; 2^ le débnt et l'état au moment de l'entrée; 3** les complications intercurrentes ; h? le résultat ou l'état à la sortie. Ce cadre sera complété par quelques sous-divisions qui, loin dîaggraver la tftclie, la rendront au contraire plus légère, en permettant de répondra par un simple chiffre 1 plicé en regard de la mention inscrite sur le bulletin, de telle sorte que deux tainmes suffiront à écrire tout ce que celui*ci detra contenir.
Nous indiquerons plus loin quelles données fécondes, et plus étendues qu'il ne semblerait d'abord^ peuvent fournir ces bulletins, si leur cadre, rétréci à dessein, est exactement rempli*
fi. — Le bulletin destiné aux services de chirurgie^ dans ce qu'il a de spécial, ajoutera seulement aux faidicaiions précédemment énumérées des bulletins de médecine les renseignemento relatifs aux opérations» leur date, leur nature, leur siège prteis, la méthode et le procédé opératoires» l'emploi des anesthésiques» les aceidenis consécutifs à Topération et les opérations aniérieures. Il n'est Vn néceaaaire sans doute de justiBer celte addition capitale, si intéressante pour l'histoire de la chirurgie^ et qui est si particulièrement du ressort de la sUUsiique.
G. — lie buUetin des services d^accouchement^ pour la rédaction duquel la commission a été heureuse de s'éclairer des lumières spéciales d^un de ses membres, \L Oepaul, devait de toute nécessité s'étendre en détails plus nombreux et plos spéciaux. Mais, hfttons^nous de dire que» de ce côté du moins, le travail de la comoiiaaion avait reçu par avance la sanction d'une longue expérience. L'bô-
pUal des Cliniques et la Malernilé font dès lo»gt<!mps usage de ficlies d'observations plus détaillées et plus comprébensives que le bulletin dont nous proposons Tadoption. Celui-ci comprendrait : i^ les antécédents relatifs a la amfonnalioa du bassin, aux accouchements précédents, à Téiat habituel de la menslnnilon; 2° les renseignements sur la grossesse : dernière apparition des règles, accidents compliquant la grossesse ; 3° ceux qui se rapportent au travail : ruptare des membranes, présentation et position, terminaison naturelle ou artificielle, dorée totale do travail, délivrance simple ou compliquée, accidents pendant le travail ; U^ les suites de couches régulières ou compliquées; 5<^ enfin, des renseignements très succincts concernant le nouvean^né, et dont la plupart seraient consignés par les employés de ^administration. Ce bulletin, en raison de TorganisaUcn de la pratique obstétricale dans les hôpitaux, devra s'appliquer, non -seulement aux établissements spéciaux, mais encore aux services d'accouchemeni des hôpitaui généraux. Si, dans ces derniers, toutes les indications du bnlletin ne pourront pas être toujours complètement remplies, il y a néanmoins lieu d*espérer qu'un grand nombre de renseignements utiles y seront recueillis comme dans le» Maternités, et s'ajouteront aux détails que Ton est en droit d'attendre des viablissemenls spéciaux. L'exemple de ce qui se passe à cet égard à rénranserne sera pas perdu pour nous.
D. — La commission n'a pas hésité à préparer un' bulletin particulier pour les hôpitaux spécialement consacrés au traitement des maladies vénériennes^ et dans ce nombre elle a compris une partie de certains services de l'hôpital Saint*Louis. I^s questions scientifiques si graves que la statistique médicale est ici en possession de résotidrc lui faisaient un devoir de celte distinction, pour laquelle ellcs*est appuyée avec confiance sur la haute autorité de son vice-président, M. le doctctir Cullerier, l'honorable représentant des chirurgiens des hôpitaux dans le conseil de surveillance. Les différences que présenterait ce bulletin spécial seraient b suivantes : i<> diagnostic comprenant la nature, la forme, le siège de l'afleciion vénérienne; 2° date de l'invasion et période de la maladie; 3** maladies vénériennes antérieures, blennorrhagies, chancres ou autres accidents; ^* traitemenb antérieurs ; b^ opérations. Le reste du bulletin serait en tout semblable à celui qui est destiné aux services de médecine.
Tel est en résumé, monsieur le directeur, le cadre de la statistique médicale que la commission a l'iionneur de vous proposer. Elle croirait laisser sa lècitc incomplète, si elle ne faisait rcssordr le sens des divisions qu'elle a tracées et ^ elle ne justifiait les limites qu'elle a cru imposer à l'œuvre qu'il s'agit dlnaugnrer. Une comparaison très utile lui était offerte à cet égard par la communication trb intéressante que vous lui avex faite des dociunenis adressés à votre admUiistn. tion, avec un si louable empressement, par l'honorable surintendant du Gm*s Hospital de Londres, M. J. O. Steele. Avec un bulletin, une simple carte clinique qui contient le nom du malade, la date de l'entrée et celle de la sortie, la nainrc de la maladie et le résultat, l'institution privée de ce grand établissement ho>pi* talier publie chaque année une statistique qui fournit des renseignements trb dignes d'intérêt pour la médecine, la chirurgie et l'art des accouchements. Si, sur un total annuel de AOOO à ÔOOO malades, on peut dresser une statistique ioléit *^• santé pour la science, que sera celle qui portera sur 100 000 individus de tout Age, et qui, i la fois médicale et administrative, sanscoûter au médecin iw notat»ic
softrolt d*oocapaiioii» et poar une perte de temps insigniflante^ réanira chaque année une nuose énorme de matériaux qne la science ne peut manquer d'utiliser.
Eo effet, c*est Ici le lieu de faire remarquer que le simple rapprochement des données certaines et fixes, telles que celles du sexe, de TAge, de la saison, des renseignements recueillis par les visiteurs sur les conditions hygiéniques, professionnelles et sociales, et des maladies considérées dans leur nature, leurs compljcaijons, leur durée, leur terminaison, le rapprochement de ces seuls éléments siaiistiqacs est de nature à éclairer Thistoire des causes et de la marche de hien des maladies, la valeur comparative d'uQ grand nombre d'opérations chirurgicales et les droonstances générales de la grossesse, de Taccouchement et de l*état pwrpénl. Les grandes influences étiologiques du sexe, de TAge, des saisons, Thygiène professionnelle, la pathologie médicale et chirurgicale, la médecine opératoire, Tobstétrique, recevront donc, à n'en pas douter, de la statistique médicale des lumières inattendues. Un tel résultat, si on le multiplie par le chiffre des malades, et par la suite des années, est bien fait pour exciter l'ardeur de tons ceux qui peuvent concourir à l'obtenir, et, avanjt tous, des médedns et chirur* giens des hôpitaux, dont le zèle pour l'humanité, l'amour de la science et l'inlatigable dévouement ont placé si haut la renommée et la gloire de l'école médicale des hôpitaux de Paris.
U oommisaion ne craint pas de s'engager pour les savante et honorables collignes qu^elle représente, en promettant en leur nom un concours loyal et actif à Tœavre que vous voulez entreprendre, monsieur le directeur, et que pas un seul d'entre eax ne voudrait paralyser ou entraver avant que l'expérience ait été sérieusement tentée. Elle sait que vous trouverez, que nous trouvons tous, parmi les élèves distingués qui perpétuent dans l'internat des hôpitaux les traditions que leurs maîtres leur ont léguées, un studieux empressement à nous seconder et è se charger du léger travail qu'exigera la rédaction des bulletins. Nos collègues apprécieront, vous apprécierez vous-même, l'entière et absolue liberté que nous proposons de laisser à cliaque médecin et chirurgien dans la nomenclature qu'il voudra choisir pour le;t énondations nosologiques qui devront être consignées ^or les bulletins. La commission a pensé qu'il suffirait de guider plus tard les employés chargés du dépouillement et du récolement général, à l'aide d'une synonymie qui pourra être ultérieurement préparée suivant les besoins que l'expérience (eia connattre et qui serait aujourd'hui prématurée. La commission n*a pas voulu créer à la sutistique médicale celte première difficulté.
Elle terminera ce l(Nig rapport par l'expression d*un vœu que vous accueillerez, monsieur le directeur. Le prindpai attrait, la principale récompense que vous puissiez ofl'rir au corps médical, en retour de la collaboration que vous attendez de lui, .c'est la certitude que la statistique médicale des hôpitaux de iiris servira utilement la sdence. Rien ne serait plus propre à porter cette conviction dans tous les esprits que d'accorder à tous les che£s de service qui en exprimeraient le désir un dnplicaui des bulletins, ou du moins un nombre double de feuilles, qui leur permettraient de se rendre compte eux-mêmes, et par un travail personnel, des résuluits sdenlifiques fournis par la statistique de leur propre service. La commission ne doute pas que ces facilités nouvelles offertes aux hommes d'étude ne soient la meilleure garantie, la preuve Immédiate de
Tesprit libéral qui vom a inspiré Totile réforme que tous médites, «t à laquelle la commission dont j*ai Thonneor d^étre IMnterprète vous renerde de ravoir associée.
ARRÊTÉ DU DIRECTEUR DE L'ADMINISTRATION GÉNÉRALE DE L'ASSISTANCE PU- BLIQUE, RELATIF A L'ORGANISATION D'UNE STATISTIQUE MÉDICALE DBS HOPI- TAUX DE PARIS (10 DÉCEMBRE 1860).
I.e directeur de l'administration générale de raasiatanoe pobHqoe, va son arrêté du 2 octobre dernier, ponant qne, pour faire ressortir reffleacité des soins donnés aux malades dans les établissements de Padministration, aussi bien que pour fournir aux hommes laborieux des moyens de comparaison et d'études, il sera créé, à partir du 1*'' janvier prochain, une statistique médicale des hôpitaux de Paris, mais que préalablement une commission spéciale, composée de médecins et de chirurgiens, sera chargée du soin de déterminer les élénenis devant servir de base à ce travail ;
Vu le rapport fait par M. le docteur Tardieu, au nom de cette commiarion, et dans lequel sont exposées et développées ses propositions pour l'ocsuiiBallOB médicale de la statistique ;
Considérant que les propositions dont il s'agit sont conçues dans on eqMit à la fois libéral et pratique qui répond complètement aux vues de l'administniiion et et qui doit assurer le succès de l'œuvre importante qu'elle entreprend , arrête :
Article 1*'. K partir du 1*' janvier 1861, les éléments nécessaires k la formation d'une statistique médicale des hôpitaux de Paris seront recaelUla dans ces établlssemenu.
Art. 2. Les observations faites sur chaque malade seront inacrita sur tu bulletin individuel, dont la formule est annexée. 11 y a quatre espèces de bulletins, savoir : 1"* pour les services de médecine (couleur blanche) ; 2* pour les services de chirurgie (vert clair) ; 3"* pour les services d'accoucbemeot (rose clair); /t* pour les maladies vénérienne» (châtain).^(Voy. les modèlei ci-joints.;
Arl. 3. Chaque bulletin sera en outre accompagné d*une note de reoseignemcnts recueillis auprès des malades ou à leur domicile, auprès de leurs pareois, patrons ou amis, et ayant pour objet :
ta durée du séjour à Paris ; le genre de vie habituel ; l'habitatloii ; la profession , les ressources pécuniaires ; les charges de famille.
Ces renseignements seront pris par les visiteurs de l'administration, et joiois au bulletin médical.
Art. A. Les directeurs des liôpiuiux auront h leur disposition un approvîMonnement suffisant de formules de bulletin individuel.
Lors de l'admission d'un malade, ils feront remplir la tête du bulletin le concernant, au moyen des renseignements consignés au registre d'entrée.
Chaque jour, les bulletins qui se rapporteront aux maladea nouvellement admis seront remis, ainsi préparés, h la sœur ou à la surveillante chargée de la sdlle, pour être mis h la disposition du médecin ou chirurgien en chef du service
m<:dical.
Celui-ci Inscrira ou fera Inscrire par l'Interne atuché & son service, sur cbarun
des bulletins individuels, les dnonciatlons qui doivent y être portées, diaprés les indications de la formule.
II y ajoutera, lorsqull y aura lieu, ses observations particulières et certiGera ie toot par sa signature.
Ce travail, dont seront chargés les internes pour la tenue des bulletins indivi-* daeJs, lorsque les chefs de service ne préféreront pas PaccompUr eux-mêmes, fera partie des soins et devoirs imposés aux élèves et sera obligatoire pour chacun d'eojL
ArL 5. Les bulletins applicables aux malades sortis ou morts seront rerois ^ la sœur ou à la surveillante du service, pour être déposés entre les mains di| directeur de rétablissement.
Celui-ci vérifiera immédiatement s'ils contiennent toutes les énoncialions né« cpSMires, et il s'entendra au besoin avec les chefs de service, pour faire compléter les bulletins où il croirait remarquer des omiisions.
Le.s bulletins seront réunis, après avoii* été classés par service, par salle et put OTiméro de lit, et envoyés chaque jour à radminlstratton centrale.
Art. 6. Toutes les dispositions ci-dessus concernant les hôpitaux, à r.exceptioii de celles qui font rohjct de l'article 3, seront appliquées également à la maison de santé et aux infirmeiics des hospices, des maisons de retraite et de rinstltutlon de Sainte -Périne.
Art. 7. Le mode de dépouillement et de classement des bulletins statistiques ^e^a déterminé ultérieurement.
Les bulletins, après avoir été dépouillés et classés, seront tenus, à toutes épo-* V^, à la disposition des médecins et chirurgiens titulaires ou honoraires des hôpitaux et hospices, et des médecins et chirurgiens du Bureau central, qui pourr"nt les consulter et même en garder des copies.
I^es internes des hôpitaux, les médecins et chirurgiens étrangers au service bospitalier, qui, dans une vue scientifique, désireraient consulter les bulletins «tdii&dques, pourront être autorisés par le directeur de Tadininistration à en prendre connaissance.