SOUDE (FABRIQUES DE
ries, à des sulfures insolubles. Ces fours à réverbère sont situés dans un vaste atelier bien ventilé ; le travail des ouvriers y est pénible, mais les hommes qui y travaillent ne sont pas exposés à des vapeurs malfaisantes. Cette soude brute est extraite à 1 état
de lave brûlante et portée au cassoir ; là des hommes âgés , des jeunes gens, brisent cette masse en morceaux de la grosseur d'un œuf de poule : il s’en dégage une poussière caustique qui irrite les bronches et iorce bien des casseurs à abandonner ce genre d’ouvrage. La soude brute , réduite en fragments, est ensuite portée au lessivoir, où elle reçoit l’action de l’eau chauffée par la vapeur. Cet atelier est vaste, bien aéré et à l’abri de tout miasme délétère. La solution qui en résulte est conduite dans des poêles à évaporation, semblables à celles employées pour l’eau salée; l’action y est la môme. La soude déposée en est retirée pour égoutter, puis pour être desséchée sur des plaques de fonte échauffées , et être ensuite placée dans des tonneaux. Une autre partie est redissoute dans l’eau, concentrée dans des chaudières de fonte, puis abandonnée à la cristallisation dans des vases de tôle, desséchée et empaquetée. Tous ces ateliers sont salubres, et les ouvriers sont soumis à un travail modéré , peu pénible et nullement dan-
gereux.
Les fours à soude de Marseille et du Midi se composent, pour la plupart, aujourd’hui, de deux compartiments dits fours jumeaux, l’un destiné à la sulfatisation , l’autre à la formation de la soude. Mais ce qu’ils offrent de particulier, ce sont les condensateurs, qui consistent en longs canaux de 500 à 600 mètres au moins, creusés dans la masse calcaire des collines où sont établies les fabriques, et bâtis de pierres calcaires, et aboutissant à une tour ou cheminée d’appel ouverte à l’extérieur, et ayant au moins 5 mètres de diamètre et h mètres de hauteur. L’intérieur des condensateurs est recouvert dans toute leur étendue d’une couche de 25 à 30 centimètres au moins de résidu provenant du lessivage de la soude, couche qui doit être augmentée au fur et à mesure de l’usure des condensateurs. Les vapeurs chlorhydriques , traversant ces conduits, attaquent le carbonate de chaux qui en constitue toute la surface interne, et forment, à l’aide de l’eau, ces vapeurs qui proviennent du combustible et des diverses matières employées à la confection du sulfate de soude, du chlorure de calcium, qui est recueilli dans des récipients. L’absorption est complète, et il ne se dégage par la tour que de l’acide carbonique des
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o-az sulfureux et de la fumée empyreumalique. Ces condensateurs, dus au génie inventif de M. Rougier, qui n’existent que depuis 1824, et qui fonctionnent encore avec avantage, ont fait cesser les plaintes que suscitaient les premières fabriques de soude factice, en raison du dégagement énorme de vapeurs acides qu’elles produisaient. Quel que soit d’ailleurs le moyen que l’on emploie, l’essentiel est que l’on arrive à neutraliser et à absorber
les vapeurs d’acide chlorhydrique.
Il est une dernière cause d’insalubrité des fabriques de soude que nous devons signaler. Il reste après la lixiviation, des sulfures de calcium, de sodium et de divers métaux insolubles, dont on ne tire aucun parti, et que l’on dépose en masses considérables dans une partie de l’usine. Cette bouillie se dessèche au contact de l’air ; mais lorsque les pluies viennent les humecter, ces résidus sulfurés donnent lieu à un dégagement abondant de gaz sulfhydrique, ou mêlent aux eaux pluviales qui s ecoulent une certaine quantité d’acide sulfurique. Il importe donc de prendre des précautions convenables pour soustraire ces produits abandonnés au contact de l’air.
Les fabriques de soude factice peuvent être, suivant leur disposition, rangées dans la première ou dans la troisième classe des é tablissemen ts insalubres .
Bibliographie. — Rapport général sur les travaux des conseils d’hygiène publique et de salubrité du département de la Meurthc , par le docteur Simonin. Nancy , 1852. — Rapports du conseil d’hygiène et de salubrité des Bouches-du-Rhône. Marseille, 1828 , 1840 et 1851. — Traité de chimie industrielle, par Payen.
SOUFRE, SOUFROIRS. — |Le soufre, obtenu d’abord brut, mélangé avec les matières terreuses au milieu desquelles il se trouve naturellement, exige, pour être livré au commerce, diverses préparations, telles que la fusion et la distillation. Ces opérations donnent nécessairement lieu à un abondant dégagement d’acide sulfureux. Les raffineries de soufre sont, pour cette raison, rangées dans la première ou dans la deuxième classe des établissements insalubres, suivant qu’on y procède à la distillation complète ou seulement au coulage en canons et à l’épuration du soufre par simple fusion ou décantation. On peut d’ailleurs remédier à la dispersion des vapeurs sulfureuses dans l’atmosphère ambiante en les dirigeant à travers un tuyau qui irait plonger dans des réservoirs où l’acide se dissoudrait.
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L’emploi du soufre dans certaines industries n’est pas exempt de semblables inconvénients. Le blanchiment, par exemple, qui s’opère par 1 exposition des tissus à la vapeur du soufre en combustion expose plus qu’aucune autre opération à l’action très irritante de l’acide sulfureux, pour peu que les soufroirs soient mal disposés et que la vapeur y séjournant môme après l’opération terminée, les ouvriers ne puissent y pénétrer pour en retirer les objets blanchis qu’en se trouvant enveloppés dans une atmosphère sulfureuse. Le remède à cet inconvénient consiste dans une ventilation puissante, ainsi que l’a montré Darcet, et dans la disposition de cheminées d’appel et d’ouvertures pratiquées dans les portes des soufroirs de manière que l’on puisse les aérer avant d’v entrer.
Nous avons constaté encore un autre inconvénient auquel sont exposés les ouvriers employés au blanchiment des tissus par le soufre. Le contact continuel des pièces imprégnées d’acide sulfureux qu’il faut étendre à mesure qu’elles se déroulent entre les cylindres altère les mains d’une manière toute particulière. La peau est ramollie; l’épiderme, complètement blanchi, est ridé, soulevé et détruit par places, surtout au pouce et à l’index.
STATISTIQUE. — L’hygiène publique, si intimement liée a l’économie politique et sociale, n’a pas de fondement plus essentiel et plus solide que la statistique. Les problèmes les plus élevés dont elle ait à s’occuper, les questions de population, de subsistances, de climatologie, de météorologie, de topographie et de géographie médicales, d’étiologie des maladies endémiques, épidémiques et épizootiques, de système pénitentiaire, d’assistance publique, etc., ne peuvent être complètement résolus sans les données précises que peut seule fournir la statistique. On a pu voir dans un grand nombre de pages de ce livre la place immense qui lui appartient dans les études hygiéniques. Nous ne pouvons ici que le rappeler en citant les noms des Villermé, des Quételet, des Parent-Duchâtelet, Benoiston de Châteauneuf, Moreau de Jonnès, Villot, Lombard, Marc d’Espine, Husson, Trébuchet, Boudin, qui ont consacré à ces utiles travaux tant d’activité, de science et de talent, et dont nous avons si souvent mis les recherches a profit.
Nous avons trop longuement exposé l’organisation des Conseils d’hygiène publique et de salubrité pour revenir ici sur cette partie capitale de leur mission , qui consiste à recueillir les éléments
STATISTIQUE
il’une statistique médicale de la France. Les instructions qui leur sont adressées et que nous avons reproduites leur ont tracé sur ce point un cadre vaste et précis, qui complète ce que nous pourrions dire à cet égard. Mais un fait considérable s’est produit récemment et promet à notre pays un ensemble de travaux et une suite de recherches statistiques, qui, comprenant toutes les branches de la vie d’une grande nation, formeront avant peu un faisceau de faits dans lequel l’hygiène publique ne peut manquer de trouver d’immenses matériaux à utiliser. Nous voulons parler de la création de commissions de statistique au chef-lieu de chaque canton.
Loin que les attributions des Conseils d’hygiène doivent être amoindries par cette institution nouvelle, nous tenons à faire remarquer qu’elles s’y relient étroitement, et que les Conseils d'hygiène sont les auxiliaires naturels, et d’ailleurs nominativement
désignés , des commissions de statistique.
Nous donnons ici le décret qui les organise, le rapport très remarquable qui en montre le but, et la circulaire qui en indique le fonctionnement.