‹ Dictionnaire d'hygiène publique et de salubrité (volume 2)Chapitre 79 sur 130 · ARRONDISSEMENTS · texte numérisé non relu

ARRONDISSEMENTS

Nomlire des sociétés.

Nombre des membres honoraires.

Nomlire des membres participants.

OBSERVATIONS

i*r arrondissement.

La société n’est pas encore organisée.

J. a société n’est pas encore organisée.

ki* -

Totaux. . . .

Le maire du 12e arrondissement n’a pas eu besoin de créer une société nouvelle. Une association nombreuse, fondée depuis plusieurs années dans la paroisse de Saint-Jacques-du-lIaut-Pas et sous le patronage du curé, et administrée avec autant de zèle que de prudence, réalisait ce que se proposait le décret : il l’a adoptée comme société municipale, et la commission supérieure, en faisant approuver ses statuts, a été heureuse de proposer l’élévation à la dignité d’institution publique d’une société (1) née librement de l’union de la religion et du travail, et qui avait traversé les plus mauvais jours de nos dernières années sans rien perdre de la pureté de son origine.

A Paris, sept sociétés anciennes, savoir :

La Société de Sainte-Geneviève;

La Société de l’IIôtel -de-Villc ;

La Société philanthropique des débris de l’armée impériale;

La Société amicale de secours de la Aiontagne-Sainle-Gencviève ;

La Société des tisseurs et couverturiers ;

La Société des instituteurs et institutrices du département de la Seine ;

La Société des sauveteurs du département de la Seine ;

Lt dans le département de la Seine ;

La Société de liagnoux;

La Société de Notre-Dame, à Boulogne ;

1) Société du quartier de l’Observatoire.

3UÜ

SOCIÉTÉS JJE SECOUES MUTUELS

La Société de Saint-Louis, établie pour les communes de Villetaneuse, Épinay, Pierrefitte et Slains, ont obtenu l’approbation. La sagesse des statuts, le bon esprit et 1 aptitude de la direction, la bonne réputation des sociétaires, l’état prospère des finances les recommandaient à la protection du Gouvernement.

Votre Majesté a bien voulu nommer pour les présider ceux-là mêmes qu’elles avaient désignés, comme pour leur montrer que, lorsqu’une société a donné des preuves de moralité et de bonne administration, la confiance de ses membres est le meilleur titre à celle de l’Empereur.

D’autres associations privées sont en instance pour se faire approuver.

Les sociétés qui, depuis longtemps, remplissent avec loyauté tous les engagements de leurs statuts et n’ont qu’à gagner à l’examen attentif de leur gestion, commencent à reconnaître les avantages de l’approbation. Fondées par l’initiative individuelle, habituées à vivre en dehors de l’intervention de l’État, elles avaient été effrayées d’abord des conditions imposées par le décret, et croyaient y voir un détournement de leur action au profit du Gouvernement, et l’aliénation de leur indépendance. Elles s’aperçoivent maintenant que ces conditions ne sont que de nouveaux éléments de force, de fortune et de durée; qu’un président, nommé par l’Empereur, les protégera efficacement contre les exigences qu’elles redoutaient, et mettra leur liberté à l’abri de toute atteinte; que les membres honoraires ajoutent aux ressources de la société, sans rien lui enlever du droit de s’administrer elle-même, et que l’Étal n’intervient dans la rédaction ou la réforme des statuts que pour épargner les mécomptes et sauver les sociétaires de la ruine.

Sociétés approuvées dans les départements. — L’instruction générale du 29 mai 1852, de M. le ministre de l’intérieur, et les modèles de statuts, rédigés par la commission supérieure, ont mis MM. les préfets en mesure d’éveiller le zèle des administrations municipales de leurs départements , et d’obtenir l’exécution du décret du 26 mars.

Plusieurs ont parfaitement réussi. D’autres se sont plaints de l’apathie, quelquefois même des répugnances des populations , peu empressées à essayer ce qui est nouveau et disposées à se défier de l’inconnu. Leur zèle triomphera sans doute de ces premières difficultés.

Dans beaucoup de localités, surtout dans les chefs-lieux de département, des fondations nouvelles n’étaient pas nécessaires. Des sociétés bien organisées existaient déjà et n’ont eu qu’à introduire de légères modifications dans leurs statuts pour les mettre en harmonie avec le décret et obtenir l’approbation. D’autres avaient beaucoup à corriger : elles n’ont pas hésité à modifier tout ce qui était défectueux, et s’applaudissent d’avoir acquis à la fois et l’investiture du Gouvernement et les conditions certaines de développement et de durée.

198 sociétés ont été approuvées dans les départements, ce qui, joint aux sociétés approuvées de Paris et du département de la Seine, porte à 236 le nombre total des sociétés qui jouissent déjà des avantages de l’approbation.

TJn grand nombre d’autres sont sur le point de les obtenir (1).

(1) Antérieurement au décret du 26 mars 1852 , il n’existait en France que 5 sociétés de secours mutuels reconnues comme établissement d’utilité publique, savoir :

1. La Caisse de secours mutuels de Bordeaux , fondée le 1er avril 1838, reconnue le 7 juillet 1843 ;

SOCIÉTÉS DE SECOURS MUTUELS. 397

^examen des statuts de toutes ces sociétés révèle de grandes variétés et de profondes différences dans le mode d’organisation et dans les conditions d’existence. Le plus grand nombre assurent à leurs membres, en échange d’une cotisation en argent, les soins du médecin, les médicaments et une indemnité pendant la maladie, et fournissent aux dépenses du convoi en cas de mort. Mais le taux de la cotisation et le montant de l’indemnité varient suivant le prix des denrées et la valeur des salaires de chaque localité.

Quelques associations, ne voulant ou ne pouvant exiger qu’une très faible cotisation, ne promettent que l’indemnité sans le médecin et les médicaments ; d’autres, les secours médicaux sans l’indemnité.

Dans plusieurs communes des départements de la Côte-d’Or et de la Saôneet-Loire, le secours consiste dans la culture et la récolte des terres du sociétaire malade par les mains de ses coassociés.

Presque toutes les nouvelles sociétés, sortant du principe injuste et égoïste qui, dans beaucoup de localités, excluait autrefois les femmes du bienfait de la mutualité, les admettent avec une' cotisation et une indemnité moindres que celles des hommes, basées sur la différence des salaires.

Quelques unes accordent aux enfants des sociétaires les soins médicaux, moyennant une très légère augmentation de la cotisation du père de famille. Nous devons accorder ici une mention spéciale à la société de Charleville-Mézières, qui, la première, a su introduire cette heureuse amélioration.

A Metz, grâce aux soins de la Société de prévoyance, un patronage a été établi en faveur des enfants des sociétaires.

La Société amicale de la même ville ne s’est pas contentée d’imiter ce bon exemple : elle s’est affiliée une sœur de la charité, qui, se dévouant exclusive-*

2. L'Association de secours mutuels entre les artistes dramatiques , fondée en 1840, reconnue le 17 février 1848;

3. L^ Société de prévoyance et de secours mutuels de Metz, fondée en 1825 reconnue le 26 mars 1848 ;

3. La Société de secoui's mutuels des ouvriers en soie de Lyon, reconnue le 0 avril 1850;

5. La Société de secours mutuels entre les médecins du département de la Seine, fondée, à Paris, le 19 juillet 1833, reconnue le 16 mars 1851.

La reconnaissance comme établissement d’utilité publique a été souvent confondue dans ces derniers temps avec l’ approbation accordée en vertu du décret du 26 mars 1852; il y a cependant une notable différence entre ces deux situations.

La reconnaissance ne peut être accordée que par un décret de l’Empereur , rendu sur l’avis du conseil d’État ; elle confère à l’institution qui l’obtient le droit de posséder, d’acquérir et de recevoir par donation ou autrement des biens mobiliers et immobiliers’, quelle que soil leur valeur, avec l’autorisation du conseil d’État.

L’approbation conférée par un arrêté du ministre de l’intérieur ou des préfets donne droit à tous les privilèges indiqués par le décret du 26 mars, mais ne permet aux sociétés que de posséder des biens mobiliers et de recevoir les dons et legs mobiliers dont la valeur n’excède pas 5,000 fr., avec l’autorisation du préfet.

L’approbation d’une société ne produit ses effets qu’apres la nomination de son nrésident par l’Empereur. 1

La simple autorisation que les préfets peuvent accorder en vertu de l’article 291 du •ode pénal, ne confère aucun des avantages de la reconnaissance ou de l’approba-

^98 SOCIÉTÉS DE SECOURS MUTUELS

ment aux malades, leur apporte des soins et une sollicitude que les plus fortes cotisations ne sauraient payer.

Plusieurs sociétés, entre autres celles de Sainte-Cécile âSaint-Ybars (Ariégc, et celle, de l'igeac (Lot), ont une double caisse : l’une pour faire soigner et indemniser les malades; l’autre, pour prêter aux valides de quoi acheter des outils ou pourvoir à une dépense imprévue; et l’état de la caisse constate que ces prêts sans intérêt ont presque toujours été fidèlement rendus.

L’étendue des circonscriptions a dû aussi se modifier d’après les habitudes, les facilités, les ressources des localités.

A Paris, les sociétés se sont organisées par quartier ou par arrondissement, suivant qu’elles rencontraient plus ou moins d’ateliers ou une plus grande concurrence des associations libres.

Dans les départements, une société embrasse ordinairement une commune ou une ville. Quelquefois elle s'étend, par exception, à un canton tout entier, tandis que, dans certains pays manufacturiers, elle a pu se concentrer dans une seule usine.

Loin de s'effrayer de cotte diversité, la commission supérieure y applaudit : elle croit, avec l’instruction générale de M. le ministre de l’intérieur, qu’en exigeant l’unité pour les principes nécessaires à la durée, à la moralité des sociétés, il est bon d’accueillir, d’encourager même les variétés et les nuances nées des besoins locaux et des circonstances spéciales , de respecter la personnalité et la liberté d’action, première condition de succès dans toutes les œuvres qui ont pour base la bonne volonté.

Malgré le grand nombre des sociétés existantes avant le décret , et dont nous parlerons tout à l’heure, le domaine de la mutualité est encore presque inconnu et inexploré; on y a beaucoup marché au hasard; les erreurs n’y ont pas encore été loules signalées et les épreuves étudiées. Aujourd’hui tout se prépare pour tenir compte des faits, pour suivre pas à pas les expériences: la commission supérieure voit dans celte variété de formes et d’action de précieux éléments de comparaison dont elle recueillera les résultats et fera profiter l’avenir.

Elle ne peut donc qu’approuver l’administraiion départementale de s’être montrée facile dans l’examen des statuts que le temps a déjà consacrés. Mais celte facilité ne saurait aller jsqu’à compromettre la fortune des sociétés qu’il s’agit d’investir d’une sorte d’existence légale. Or, le plus souvent , dans des vues de charité ou de propagande, les sociétés s’engagent trop pour Je présent et pour l’avenir ; elles accordent au malade une indemnité qui n’est pas en rapport avec la cotisation qu'elles demandent; elles promettent aux vieillards une pension qu’il leur est impossible de payer.

En réservant, dans l’arrêté d’approbation, suivant la formule envoyée aux préfets par M. le ministre de l’intérieur, le droit de modifier le taux des cotisations d’après les tables officielles de maladie et de mortalité, l’administration a pourvu au danger d’une ruine complète. Mais, en attendant, pour échapper aux nécessités d’une trop grande réforme et ne pas exposer les sociétaires à des réductions qui engendrent la division, parfois même des procès, il importe d’admettre partout la jurisprudence adoptée parla commission supérieure poulies sociétés de Paris, et qui consiste à établir que le chiffre de l’indemnité accordée par jour au malade ne dépasse pas le taux de la cotisation demandée par mois au sociétaire.

SOCIÉTÉS DE SECOURS MUTUELS. d99

Les sociétés qui jouissent de l’approbation ont commencé leurs opérations depuis trop peu de temps pour avoir déjà produit de grands résultats, beaucoup sortent à peine du premier travail d’organisation : d’autres accordent des secours depuis quelques mois seulement ; mais leur composition, l’esprit qui les anime, les efforts qui ont été faits pour les créer ou les améliorer, sont un présage assuré de succès.

Le difficile était de provoquer le premier exemple et de donner le signal. Aujourd’hui, il y a dans presque tous les départements, dans un grand nombre d’arrondissements, une société modèle créée dans les conditions les plus favorables, avec toutes les chances de progrès, et qui plaide la cause de la prévoyance non plus avec des paroles et des promesses, mais avec l’évidence des faits et la réalité des résultats.

De leur côté, les administrations municipales se montrent presque partout favorables à ces fondations, leur votent des subventions et se mettent en devoir d’accomplir les prescriptions de l’article 9 du décret (1). Quelques unes seulement n’ont pu s’y conformer, faute de ressources; mais les sociétés ne. seront pas les victimes de la pauvreté tle leurs communes, et les conseils généraux s’empresseront, nous n’en doutons pas, de suppléer à l’insuffisance des ressources communales en votant eux-mêmes les dépenses que le décret met à la charge du département lorsque la commune est hors d’état d’y pourvoir.

Sociétés privées. — § 1". Situation morale et financière.

A côté de ces sociétés, fondées ou perfectionnées en vertu du décret du 26 mars, il en est beaucoup d’autres qui, répandues sur toute la surface de la France, ont depuis longtemps prouvé dans notre pays la puissance de l’association et ses bienfaits. Nées de l’inspiration individuelle, vivant jusqu’ici de leurs propres forces, elles ne participent pas encore aux privilèges de la législation nouvelle, et n’ont d’autres garanties de durée que l’expérience souvent en défaut de leurs membres cl l’autorisation toujours révocable de l’administration.

La loi de 1850 les a soumises à l’obligation d’envoyer aux préfets un compte annuel de leur situation et de leurs travaux. La commission supérieure a réclamé ce document et y attachait un grand prix, car elle en espérait des connaissances pratiques que, dans leur nouveauté, les sociétés approuvées ne pouvaient encore lui fournir. Elle est heureuse de signaler à Votre Majesté le soin cl l’activité que la plupart des préfets ont apportés à réunir ces documents et à lui procurer ainsi un des éléments les plus importants de son travail.

D’après les tableaux placés à la suite du rapport, il y avait au 81 décembre dernier, 2,438 sociétés signalées parles préfets dans 77 départements (2). Sur ce nombre :

(1; o Les communes sont tenues de fournir gratuitement aux sociétés approuvées les locaux nécessaires pour leurs réunions, ainsi que les livrets et registres nécessaires à l’administration et à la comptabilité.

» En cas d’insullisance des ressources de la commune, celte dépense est à la charge du département, »

(2) Il n’y a pas de sociétés dans les autres départements, ou, du moins, elle ne sont pas connues de l’administration départementale. Toutefois, d’après une lettre du secrétaire général de la Gironde, on compterait dans ce département plus de 200 sociétés sur lesquelles la commission n’a pu obtenir de renseignements.

/il) U

SOCIÉTÉS DE SECOURS MUTUELS

2,301 ont envoyé des renseignements.

7f>8 admettent des membres honoraires.

lüü admettent les femmes concurremment avec les hommes, et 97 sont exclusivement composées de femmes.

1,755 ont augmenté leur capital.

530 l’ont diminué.

1,159 ont augmenté le nombre de leurs membres.

731 l’ont diminué ; 390 sont restées stationnaires.

Le nombre des membres participants, au 31 décembre 1851, était de 234,280 ; au 31 décembre 1852, il était de 249,442, dont 26,181 femmes, ce qui constitue une augmentation de 15,162.

La réserve du capital était, au 31 décembre 1851, de 9,649,660 fr. 98 c., et, au 31 décembre 1852, de 10,714,877 fr. 19 c., ce qui donne une augmentation de 1,065,216 fr. 21 c.

Le nombre des membres honoraires était, au 31 décembre 1851, de 20,192, et, au 31 décembre 1852, de 21,635, ce qui fait une augmentation de 1,443.

Les journées de maladie se sont élevées, dans 2,056 sociétés, à 1,308,604, pour une moyenne de 212,824 membres, ce qui donne une moyenne de 6 jours 148 par tête.

Le plus grand nombre des sociétés s’écarte peu de cette moyenne ; et, par conséquent, en donnant comme indemnité, par jour de maladie, une somme égale à la cotisation mensuelle, il reste à peu près la moitié du versement annuel pour pourvoir aux dépenses des médecins, médicaments, frais de convoi et de gestion, dépenses qui, dans une société bien administrée, ne doivent jamais s’élever aussi haut.

Les secours de toute nature, pendant l’année 1852, ont absorbé 3,247,237 fr., dans lesquels les pensions figurent pour 408,119 fr., distribués entre 3,343 pensionnaires.

790 sociétés n’ont pas plus de 50 membres,

788 sociétés n’ont pas plus de 100

495 sociétés n’ont pas plus de 100 à 200

122 sociétés n’ont pas plus de 200 à 300

En général, les anciennes sociétés, qui, la plupart,' doivent leur existence à de simples ouvriers poussés par l’esprit d’association et prenant plutôt conseil de leur instinct que de la science, ont été bien inspirées dans leurs règlements pour le service de leurs malades et dans la direction imprimée à leur administration.

Si quelques unes, entre les mains d’ambitieux et de mauvais citoyens, se sont détournées de leur principe, et ont servi de moyen au désordre et d’auxiliaire à la révolte, le plus grand nombre, renfermées dans leurs statuts, fidèles à leur but, ont secouru leurs membres et présenté chaque année un excédant de recettes.

Mais trop souvent, sous cette apparente fortune, il y a une chute inévitable, et, sous la sécurité du présent, la ruine dans l’avenir.

En effet, presque toutes ces sociétés ont promis a leurs vieillards des pensions qu’elles ne peuvent et surtout qu’elles ne pourront payer,

C sociétés ont de 5 sociétés ont de 5 sociétés ont de.

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§ ‘2. Des pouvions do retraite promises par les sociétés do secours mutuels. — L’ouvrier, dans sa prévoyance, ne sépare pas de la maladie la vieillesse, cette maladie contre laquelle il n’y a ni médicaments ni médecins, et qui n’arrive jamais à la convalescence. Lorsqu’il pense à l’avenir, il se préoccupe avant tout du moment où il ne pourra plus travailler. Fort et bien portant, il s’inquiète peu d’un accident dont il ne sent pas en lui le germe ; mais il ne peut se faire illusion sur cette époque reculée de la vie où le travail disparaît nécessairement avec les forces, et à laquelle il n’échappera que par une mort prématurée, et c’est surtout pour la vieillesse qu’il vient demander des ressources à l'association. Aussi, toutes les sociétés privées, avant la loi de 1850, ont-elles promis une pension aux infirmes et aux vieillards ayant atteint un fige déterminé, et qui ont fait partie pendant un certain temps de la société.

Là est le danger dont rien ne les avertit d’abord. Composées à leur origine d’hommes jeunes, forts, et par conséquent rarement malades et apportant plus qu’ils ne dépensent, elles trouvent dans les premiers temps des bénéfices à la tin de chaque exercice. Mais, par une loi qui n’a pas besoin de démonstration, leschances de maladie croissent avec les années. A mesure que vieillit un sociétaire, il est exposé à être plus souvent malade et à demander à la caisse plus de

secours. Il arrive donc un moment où il retire bien plus qu’il ne donne. Les bénéfices du commencement, l’introduction de nouveaux membres plus jeunes, peuvent servir à combler cette lacune et fournir aux dépenses ordinaires de la maladie. Mais après vingt ou vingt-cinq ans d’existence dans des sociétés qui, pour la plupart, ne reçoivent pas de membres honoraires, lorsque les pensions s’ouvriront et devront s’appliquer à tous les fondateurs, les ressources seront insuffisantes, et la société devra manquer à une partie de ses engagements.

La loi de 1850 avait cru échapper à ce danger, en interdisant aux sociétés de secours mutuels la promesse des pensions ; mais elle enlevait à l’association son principal attrait et son plus grand mérite aux yeux des ouvriers. D’ailleurs, ne pas permettre la promesse de pensions, c’était forcer les sociétés à abandonner leurs membres au moment môme où ils ont le plus besoin de secours et d’appui, et à finir une bonne œuvre par une mauvaise action. Et, d’un autre côté, si la vieillesse n’est pas un motif d’expulsion, elle apporte avec elle tant de jours de maladie et d’infirmités qu’elle prend en indemnités plus que ne coûterait la pension.

Tl y a là un grand problème à résoudre et dont les sociétés non approuvées seront tôt ou tard victimes. La commission supérieure s’en est vivement préoccupée.

Les sociétés antérieures au décret, et qui s’étaient engagées à payer des pensions, n’ont été approuvées qu’à la condition de réserver à leur conseil d’administration le droit de réduire, s’il en était besoin, les engagements de la caisse, et de fixer les pensions, non d’après les promesses, mais d’après les revenus existants au moment de la liquidation : sacrifice souvent bien douloureux à imposer à ceux qui ont le plus contribué à la prospérité de la société, mais seul préservatif contre la ruine.

line société de Paris (1) a donné à cet égard un excellent exemple qu’on ne saurait trop recommander, en liquidant elle-môme sa situation et en se dégageant complètement des embarras du passé ; elle a partagé entre tous ses mem-

(1) La Société amicale de secours de la Monlagnc-Sainle-Geneviève.

Zl02 SOCIÉTÉS DE SECOURS MUTUELS.

bres actuellement existants, suivant leur tige et l’époque de leur entrée dans la société, l’excédant de ses recettes, qu’elle a versé, sous le nom de chacun d’eux, dans la caisse générale de retraites.

Presque aucune des sociétés nouvellement fondées ne se hasarde à promettre des pensions pour la vieillesse : elles se contentent de laisser à leur assemblée générale le soin de déterminer chaque année l’emploi des excédants de recette, et la faculté de les appliquer à la vieillesse de ses membres, en versant dans la caisse générale de retraites le bénéfice de l’année , partagé soit entre tous, soit entre les plus anciens.

Déjà plusieurs sociétés ont commencé ces versements, entre autres celles d’Orléans, qui ont déjà une somme considérable en livrets de caisse de retraites.

Mais ces précautions et ces mesures ne sauraient faire disparaître entièrement le péril, surtout dans les sociétés anciennes. Et, parmi les travaux que la commission supérieure s’est imposés, l’un des plus importants est de trouver un système qui, à l’aide de l’adjonction des membres honoraires et, dans certains cas, du secours de la dotation dont l’État dispose, et avec l’intermédiaire de la caisse générale de retraites, liquide les engagements du passé pour les sociétés qui demanderont l’approbation, et détermine pour l’avenir un taux de pension prévenant à la fois l’abandon des vieillards et la ruine des sociétés.

Travaux de la commission supérieure. — Malgré les imperfections et les lacunes, inséparables d’un premier travail, que combleront successivement les documents plus complets recueillis chaque année, il est déjà possible de tirer quelques conclusions des tableaux rédigés par la commission.

Ainsi, les faits semblent déjà prouver la convenance de demander une cotisation égale à l’indemnité; la possibilité de l’admission des femmes, repoussée par beaucoup comme trop onéreuse ; l’influence, moins grande qu’on ne l’avait cru d’abord, sur la prospérité d’une société, du nombre plus ou moins élevé de ses membres; l’imprudence de baser la promesse des pensions de retraite sur les bénéfices des premières années ; l’augmentation successive des charges, même pour la dépense des malades, à mesure que la société vieillit, et par conséquent l’opportunité de l’adjonction des membres honoraires pour combler les déficit et rétablir l’équilibre. Enfin, la plus heureuse conséquence qui ressort de tous les faits et de tous les chiffres, c’est le progrès de l’esprit de prévoyance et d’association, et par l’augmentation du nombre des sociétés, et par l’accroissement du nombre des sociétaires.

Depuis le commencement de cette année, le décret du 26 mars a donné une impulsion nouvelle et accéléré le mouvement. La commission supérieure, chargée de lui faire produire tous ses bons effets, s’est efforcée, de son côté, d’arriver à sa plus large, à sa plus complète application.

Appuyée par l’administration centrale qui n’a cessé de lui prêter le puissant secours de ses lumières et de son action, elle a travaillé sans relâche à l’accomplissement de sa mission. Par l’instruction générale adressée aux préfets, elle a expliqué l’esprit, la portée, les avantages du décret; par la rédaction des statutsmodèles, elle en a facilité l’exécution ; par l’arrêté ministériel du 5 janvier dernier sur les diplômes pouvant servir de livret et de passe-port, elle a réalisé la plus attrayante de ses promesses.

Sans cesse en rapport avec les sociétés pour l’approbation, la présentation

SOCIÉTÉS DE SECOURS MUTUELS

ilos candidats à la présidence et les subventions, elle n’en a pas laissé passer une ÎLES? J avec soin scs statuts. Kilo n'a ménagé ni les consetls aux inexpérimentées, ni les éloges aux habiles, ni les avertissements et les demandes de réforme et de correction à celles qui s’égaraient, cherchant à laire prévaloir partout et toujours les deux bases de l’institution, la prévoyance et la chanté.

Le môme esprit a dirigé la répartition du fonds spécial de secours a (lecté aux sociétés. Pour la première année, toutes les demandes présentées par des sociétés approuvées ou reconnues ont été accueillies. Sur les propositions de la commission supérieure, le ministre a donné aux nouvelles pour aider à leur fondation aux anciennes dans une situation prospère, comme encouragement et témoignage de satisfaction, et à celles qui étaient en déficit et acceptaient les réformes nécessaires à leur salut, pour leur donner les moyens de linir avec le passé et de recommencer sous des conditions meilleures. Mais aucun engagement n’a été pris pour les années suivantes, et, si la commission supérieure s’est montrée économe sur le montant des secours, c’est qu’il était sage de se réserver des ressources pour les difficultés de l’avenir. D’ailleurs, le but de la subvention ne doit jamais être de fournir aux dépenses de la constitution et de 1 existence d’une société. Les institutions de prévoyance ne sauraient prospérer qu’à la condition de s’appuyer sur leurs propres forces cl de ne compter que soi elles-mêmes. Celles qui ne pourraient se sauver qu’avec l'argent de 1 Liât manqueraient à leur but et perdraient immédiatement 1cm caiactèic.

La commission supérieure était chargée de faire à Votre Majesté les proposi-

tions de récompenses prévues par 1 article 19 du déciet.

Un rapport spécial dont elle réunit les éléments lui permettra de signaler les hommes de bien dont le zèle et le dévouement ont concouru énergiquement à la fondation et à la propagation des sociétés de secours mutuels.

En donnant son attention aux affaires spéciales, la commission supérieure n’oublie pas qu’elle a aussi mission de présenter à l’approbation de l’empereur la solution des questions générales qui intéressent les sociétés de secours mutuels.

J1 en est une sur laquelle elle a eu l’honneur de soumettre un projet à Votre Majesté. Il s’agit de l’emploi et du mode de gestion des 10 millions accordés aux sociétés de secours mutuels. Si ce projet, dont un rapport spécial expose les motifs et la portée, reçoit l’approbation de l'empereur, les sociétés seront en possession d’une dotation qui, appliquée à propos et dans l’esprit qui a diiigé la première répartition, permettra de répondre à tous les besoins, de parer à toutes les difficultés, sans jamais entraîner l’État à aucun nouveau sacrifice.

D’autres questions, qui ont leur intérêt et leur importance, sont en ce moment à l’étude. La commission supérieure cherche, comme nous l’avons dit plus

haut, les moyens de faire produire à la même caisse, sans l’épuiser, l’indemnité du malade et la pension du vieillard ; de faciliter les relations des sociétés entre elles et le passage d'un sociétaire d’une association dans une autre, et de donner à l’ouvrier qui tombe malade en voyageant la possibilité de trouver dans une ville et une société lointaines les soins et les secours qu’il aurait reçus de 1 asso-

ciation dont il est membre.

Conclusions. — Tel est, Sire, l’exposé de la situation des sociétés de secours mutuels en France. Elle présente d’heureux résultats et surtout de belles espérances.

MM SOCIÉTÉS DE SECOUES MUTUELS

A mesure qu’on avancera dans la pratique, l’opinion publique appréciera davantage tout ce qu’il y a de protection pour la société, de garantie pour l’ordre, dans une œuvre qui fait tourner au bien-être, au rapprochement de tous, des instincts souvent si dangereux, des forces et des besoins souvent si hostiles.

Les hommes de bien comprendront que jamais résultats plus solides et meilleurs n’ont exigé d’eux un plus facile concours et de plus légers sacrifices. L’ouvrier s’attachera de plus en plus à une institution qui fait produire à son salaire, avec le pain quotidien, la réserve pour les mauvais jours, et entoure son isolement et sa souffrance de soins pieux et de tendres sollicitudes. La science apportera aussi, chaque année, ses calculs et ses expériences, et la confection des tables de maladie et de mortalité permettra bientôt d’assigner à chacun le chiffre exact de ses chances, ce qu’il lui faut apporter, ce qui doit lui revenir.

Mais en dépit de celle précision mathématique , de celte perfection de calcul , les sociétés mutuelles ne doivent perdre jamais , en France , le caractère qui les distingue de tous les autres pays. Toujours , nous l’espérons, il y aura dans les statuts une part meilleure faite à la faiblesse, une chance de plus pour celui qui a le plus besoin d’appui; toujours la jeunesse profitera aux dernières années, la fortune au travail, les lumières à l’expérience; les enfants entreront pour que leur cotisation puisse servir à leur vieux père ; le maître pour qu’elle vienne en aide à l’ouvrier ; le mari laborieux, pour qu’elle compte à sa femme et à ses enfants. Les sociétés continueront à demander aux uns plus qu’ils ne reçoivent, à accorder aux autres plus qu’ils n’apportent.

A ce document officiel, nous joindrons quelques citations qui peuvent le compléter utilement, et notamment des renseignements utiles sur les sociétés de prévoyance établies en France et en Angleterre, et sur la marche à suivre pour la création et l’organisation des sociétés nouvelles, dus à M. Hubbard, secrétaire d’un comité charitable, qui s’est mis spontanément à la tète de ces établissements philanthropiques :

La grande masse des sociétés existantes se divise en deux catégories bien distinctes, dont l’une comprend les sociétés entre individus de toutes professions, que nous appellerons dorénavant sociétés professionnelles. A Paris on compte à peu près quatre sociétés de cette dernière catégorie contre trois de la première.

Dans les sociétés entre individus de toutes professions, le principe de la charité domine celui de la mutualité; au contraire, dans les sociétés professionnelles, la charité ne se montre qu’exceptionnellement.

La charité des sociétés entre individus de toutes professions s’exerce, soit en vertu de principes religieux, soit en vertu de principes purement philanthropiques.

Parmi les trois religions dont les cultes sont reconnus par la loi, et dont les ministres reçoivent un traitement de l’État, la religion juive est peut-être celle dont les membres ont le plus l’habitude d’exercer la bienfaisance à l’aide d'institutions mutuelles.

A Bordeaux, à Strasbourg, à Paris, il existe un assez grand nombre de sociétés israélites, qui sont , il est vrai , composées de peu de membres, mais qu j contribuent beaucoup à resserrer les liens de ces coreligionnaires. A Paris, seu-

SOCIETES DE SECOUES MUTUELS

lemenl, un compte dix-sept sociétés reliées au Consistoire central ; leur propagation s’explique facilement par la possibilité qu’elle fournit aux juifs (le mettre en pratique quelques uns des commandements de leur religion.

Ainsi , les usages religieux prescrivent à tout fidèle en grand deuil de s’abstenir de tout travail pendant sept jours ; les sociétés accordent une indemnité quotidienne aux sociétaires qui observent la semaine de réclusion. Après l’inhumation d’un membre, les sociétaires accompagnent les personnes en deuil jusqu’à la maison mortuaire , afin d’y faire les prières habituelles. Chaque société a un local où se tiennent des réunions pour les prières religieuses, et impose à ses membres de veiller les malades, suivant un précepte obligatoire de la religion juive.

Après les juifs, il faudrait placer les protestants. Dans les sociéjés que ces derniers ont fondées, la mutualité prend une plus grande importance, comme elle s’accorde mieux avec le caractère général de leur religion et l’austérité de leurs temples. Sous le titre de Sociétés protestantes de prévoyance et de secours mutuels, ils ont créé, à Paris et à Lyon, deux grandes et belles associations qui, entretenues par la bienfaisance la plus active et la plus généreuse, rendent d’éminents services à une fraction malheureuse de la société. Ici , quoique appuyée sur l'organisation sacerdotale , l’institution n’intervient jamais, comme chez les juifs, dans les pratiques mêmes du culte.

On trouve encore un assez grand nombre de sociétés protestantes à Strasbourg, à Bordeaux et dans le Midi, là surtout où les haines religieuses ne sont pas éteintes après tant d’années d’entière tolérance. Quelques unes de ces sociétés se font remarquer par des prescriptions dont les unes montrent un sublime esprit de dévouement, et les autres un rigorisme excessif.

La société protestante de secours mutuels de Mazamet (département du Tarn) repousse honteusement celui qui refuse de veiller un sociétaire atteint d’une maladie contagieuse, mais elle exige de ses candidats qu’ils promettent de fuir à toujours le café et le cabaret.

La religion catholique , proportionnellement au nombre de ses fidèles, a créé beaucoup moins de sociétés que les deux autres religions juive et protestante.

C’est en vain qu’on chercherait dans le nord de la France quelques associations dont elle puisse revendiquer la fondation directe ; beaucoup de celles qui existent portent des noms de saints, mais seulement par suite de l’usage consacré par les siècles qui met chaque profession sous le patronage d’un des saints du calendrier ; aucune n’a le caractère religieux. 11 n’en est pas de même dans le Midi : il existe à Nîmes, à Muret, à Toulouse, à Toulon et même à Lyon, des sociétés dont les membres ne se seraient jamais réunis, si, sous l’influence du lien religieux qui leur est commun, ils n’avaient été poussés à s’entr’aider mutuellement. Toutes ces sociétés ne reçoivent que des membres professant la religion catholique, et présentant des garanties de religion ; à Nîmes où elles sont organisées par paroisses, il faut, pour être admis, en même temps qu’un certificat du médecin, un certificat du curé. Toutes, à la fête du saint sous l’invocation duquel elles se sont placées, s’imposent extraordinairement pour les frais d’une messe. Souvent l’administration est entièrement mise entre les mains des curés , protecteurs-nés, présidents-nés des sociétés. Un règlement exige un directeur toujours ecclésiastique. Pour le reste, leur organisation diffère peu de

Ù06 SOCIÉTÉS DE SECOURS MUTUELS

celle des autres sociétés ; aucune n’a pris un très grand développement, sauf peutêtre celle des Lazaristes, anciennement connue sous le nom de Saint- François - Xavier, qui avait des ramilications dans les principales villes du Midi, Marseille, Arles, Nîmes. Dissoute à la révolution de Février, cette société s’est depuis reconstituée sous le patronage de saint Joseph; mais son importance a beaucoup diminué : elle ne comprend pas aujourd’hui 300 membres, et ses recettes sont inférieures à 7,000 francs.

Quant aux autres sociétés entre individus de toute profession, où intervient encore la bienfaisance, mais seulement en vertu de principes purement philanthropiques, les unes doivent leur existence au patronage des sociétés libres, instituées pour la propagation des arts, des lettres ou des sciences ; d’autres à l’action intelligente des conseils municipaux; le reste, au zèle d’honorables citoyens.

C’est ainsi que la Société industrielle de Nantes et la Société académique de Saint-Quentin ont organisé, l’une depuis 1832, l’autre seulement depuis 18Ù7, deux vastes sociétés dont les effets ont déjà été utilement sentis par les ouvriers de ces deux villes. Les sociétés de Douai, de Valenciennes, de Boulogne, de Cambrai, sont l’œuvre des conseils municipaux de ces villes, qui participent toujours à leur administration.

Dans ces derniers temps, plusieurs compagnies de la garde nationale, profitant du lien créé par le voisinage entre leurs différents membres, ont cherché à resserrer ce lien en s’associant en sociétés mutuelles. La franc-maçonnerie n’a pas tout à fait disparu : certaines loges accordent , en cas de maladie, des traitements fixes qui les assimilent absolument aux autres associations.

Lorsqu’une grande ville , comme Paris par exemple , renferme dans son sein un grand nombre d’individus du même pays, soit des étrangers, comme des Suisses, des Belges ou des Allemands, soit des nationaux du même département, comme les habitants du Puy-de-Dôme, de la Creuse, ces individus se groupent souvent en un seul centre, pour se prêter aide .et assistance. Dans ces dernières années, on a vu se généraliser beaucoup de ces associations entre des hommes ayant appartenu au même établissement d’instruction publique.

De généreux citoyens de Metz et de Nancy ont doté ces deux cités d’institutions de prévoyance, dont elles se montrent justement fières; ce que la générosité a fait dans ces villes, l’intérêt éclairé est également parvenu à le réaliser à Bordeaux et à Paris ; des hommes intelligents, entreprenant comme une affaire industrielle la création de ces sociétés de bienfaisance et de mutualité , sont parvenus par leurs efforts à réaliser, dans les classes aisées, des subventions suffisantes pour assurer contre la maladie un grand nombre d’ouvriers à qui ils ne réclamaient qu’une très faible cotisation.

Il n’y a pas, dans toutes les sociétés entre individus de toutes professions, deux classes de sociétaires : les uns cotisant et ne recevant point de secours ; les autres cotisant et recevant des secours.

Dans la capitale et les plus grandes villes de France, on trouve un très grand nombre de sociétés de cette nature, exclusivement mutuelles. A Paris, par exemple, où il y a près de cent sociétés entre individus de toutes professions, il en est à peine quinze qui admettent ce qu’on nomme des membres honoraires ; les autres veulent que tous leurs membres soient soumis aux mêmes conditions. Celles-ci s’administrent elles-mêmes, observent assez rigoureusement les règles primitives qu’elles se sont imposées, se recrutent par les soins des principaux

SOCIÉTÉS DK SECOURS MUTUELS

fondateurs qui mettent leur amour-propre dans les succès de leur œuvre, et exigent enfin de leurs membres des habitudes d’économie et de sage moialit nue les autres ne peuvent aussi fructueusement imposer.

Depuis quelques années, un très grand nombre de communes se sont organisées en sociétés mutuelles ; c’est un point très important , car tant que cette ot- «anisation ne se sera pas généralisée, il sera bien difficile, pour ne pas dire impossible , d’établir dans les campagnes une bonne distribution du service

m<Nous avons dit que, sauf quelques exceptions, les sociétés professionnelles étaient exclusivement basées sur le principe de la mutualité. Voici quelques unes de ces exceptions. Il a été créé en 1850, sous le patronage de la chambre de commerce de Lyon, une caisse de secours et de retraites pour les ouvriers et employés de la fabrique de soie, laquelle caisse a été gratifiée d’une partie du produit d’une perception de 6 centimes par kilogramme de soie soumis a opération du conditionnement calculé sur le nombre des sociétaires.

Dans quelques grandes mines, usines, fabriques et chemins de fer, les propriétaires et administrateurs subventionnent les caisses de secours établies entre leurs ouvriers d’une somme proportionnelle à la masse des salaires qu ils lem paient. Les maîtres tailleurs de Paris ont formé entre eux une société philanthropique pour secourir, en cas de maladie, vieillesse ou infirmités, les ouvriers et ouvrières qu’ils emploient. Lorsqu’un ouvrier employé par un membre de la société tombe malade, il s’adresse à son patron , sur une lettre duquel on lui accorde des secours en argent et en nature, et les soins médicaux dont il a

besoin.

Les sociétés professionnelles exclusivement mutuelles sont la classe la plus importante des sociétés de secours mutuels , tant pour leur nombre que pour leur caractère. Ce sont celles-là surtout dont les progrès nous intéressent, et dont nous désirons le développement ; c’est surtout leur prospérité que nous avons en vue dans nos travaux: car c’est là, et là seulement, que le travailleur intelligent se suffit à lui-même et se garantit des tristes éventualités auxquelles il est exposé, sans recourir à l’assistance publique ou privée.

Toutes les sociétés sont assez généralement construites sur les mêmes bases; elles ne diffèrent entre elles que par le nombre des buts qu’elles se proposent. Les unes sont composées exclusivement de patrons ou d’ouvriers ; les autres reçoivent également ouvriers et patrons. Parfois elles se restreignent à un seul atelier, d’autres fois elles s’étendent à plusieurs ; il en est qui embrassent toutes les branches d’une même industrie, mais ce dernier cas est malheureusement rare : la crainte de voir revivre les anciennes corporations a toujours été un fâcheux obstacle à leur propagation.

On peut citer, comme modèles de ces sociétés, celle des gantiers de Grenoble, celle des tourneurs, monteurs et ciseleurs en bronze de Paris, dite du lion Accord; celle des ouvriers porcelainiers de Paris; enfin celle des mégissiers, tanneurs et corroyeurs d’Annonay.

Nous n’avons point parlé jusqu’ici de sociétés de femmes; il en existe cependant, bien qu’elles ne soient pas en assez grand nombre. A Paris, les femmes sont admises dans quelques unes de ces associations bienfaisantes et mutuelles que nous avons indiquées plus haut; mais nous ne connaissons pas dans celte ville de sociétés formées et administrées par elles seules. Il en existe , au cou-

A08 SOCIÉTÉS DE SECUUIIS MUTUELS

I faire, ci de 1res bien organisées, à Grenoble, Limoges, Lodève, Homans (Drôme) cl Mazamet (Tarn).

On en compte sept à Grenoble : la fondation de la plus ancienne remonte à J 822 ; leur administration n’a jamais suscité aucune de ces dillicultés que pourraient redouter des esprits prévenus. Loin de détourner les sociétaires de l’esprit de famille, elle les font persévérer dans leurs devoirs. Voici à ce sujet ce qu’en dit JV1. Jtivier : « Les sociétés de femmes, comme les sociétés d’hommes, » ne veulent compter dans leur sein que des personnes honnêtes, et veillent » avec sollicitude sur la moralité de leurs membres. »

La jeune iille qui a commis une faute, l’épouse qui a oublié ses devoirs, ne peuvent faire partie d’une société; elles en sont repoussées lorsqu’elles se présentent, ou renvoyées si déjà elles en faisaient partie.

Les mesures à prendre, lorsqu’il y a lieu d’exclure un sociétaire, pour de semblables motifs, sont souvent fort délicates; il faut ménager une réputation qui n’est pas encore publiquement compromise, éviter d’avertir par un éclat un mari outragé.

Dans ces circonstances difficiles, les présidentes savent allier, avec beaucoup de prudence, le tact et l’habileté de leur sexe, et obtenir des démissions volontaires de celles qui ne sont plus dignes de figurer dans l’association.

Enfin, à toutes ces institutions si dignes d’être connues et de servir de modèles, nous devons ajouter celle qui a commencé ses opérations depuis 1852 dans la ville de Verdun (Meuse). Autant que nous en pouvons juger par les documents que nous avons sous les yeux, l’association de Verdun pour l’extinction de la mendicité est une des mieux conçues, des mieux dirigées et une de celles qui ont le mieux résolu le problème qu’elles se sont posé. C’est ce qui nous engage à donner quelques détails sur le plan et l’organisation de cette œuvre excellente.

Parmi les associations que nous avons déjà passées en revue, il en est, comme celle de Voiron, qui ont une existence et une administration indépendantes ; il en est d’autres, comme celle de Saint-Lô, qui se sont fondues avec le bureau de bienfaisance. L’association de Verdun a son administration et sa caisse particulières; mais elle peut s’entendre et se concerter avec les établissements charitables de la ville.

Sa principale ressource consiste dans le produit des souscriptions qui sont recueillies tous les ans à domicile. Les habitants sont expressément invités à ne plus faire d’aumônes directes aux mendiants, et à réserver toutes leurs offrandes pour l’association, qui se charge de les centraliser, de les convertir en aliments, en vêtements, et d’en assurer la distribution la plus équitable, la plus éclairée, la plus propre à soulager efficacement l’indigence.

Tous les souscripteurs sont membres de l’association ; mais, pour avoir droit de voter dans les assemblées générales, il faut avoir souscrit pour une somme de 20 francs au moins.

L’association est régie par un comité permanent composé du maire de la ville, président; des présidents des tribunaux civils et de commerce, du procureur impérial, des curés des différentes paroisses, de cinq membres nommés en assemblée générale, des cinq membres du bureau de bienfaisance, du trésorier et du secrétaire, s’ils remplissent leurs fonctions gratuitement.

Le trésorier et le secrétaire sont désignés par le comité, soit dans son sein,

SOCIÉTÉS DE SKCOUKS MUTUELS

soit en dehors, ils peuvent être rétribués, et dans ce cas le comité iixe leurs appointements. |, ,

Le trésorier fait les recettes et les dépenses et il en tient le registre, n paie sur des mandats signés par le président, et appuyés de pièces justificatives.

Le secrétaire est chargé de tenir un registre contenant les noms et demeures des indigents susceptibles d’être secourus, les causes de leur admission, et tous les renseignements utiles à consulter; il tient également un second registre sommaire des recettes et des dépenses déjà inscrites en détail sur le registre du trésorier, enfin un registre des délibérations.

L’assemblée générale des souscripteurs est convoquée tous les ans par le maire pour entendre le compte que le comité permanent doit lui rendre de sa gestion, et pour procéder à l’élection des cinq membres qui doivent faire partie de ce comité, et de trois membres adjoints qui doivent les remplacer en cas de besoin.

Un point par lequel cette association se distingue de celles que nous connaissons déjà, c’est le concours important que lui prêtent les dames de la ville. Ainsi le comité désigne quarante dames de charité pour visiter les indigents et l’éclairer sur leurs besoins. U divise les divers quartiers de la ville de manière que chacune de ces quarante dames ait dans son ressort un nombre à peu près égal de familles indigentes auxquelles elles sont chargées déporter des secours , des consolations et des conseils.

Le comité désigne également quatorze commissaires qui, chacun dans sa section , viennent en aide aux dames de charité pour visiter les familles indigentes le plus souvent possible, de manière à tenir le comité au courant des changements survenus dans la position de ces familles. Ces commissaires doivent employer leur ascendant sur les chefs de famille pour les décider à envoyer leurs enfants aux écoles, pour leur inspirer le goût du travail et de la propreté, et pour les détourner de l’ivrognerie.

Les renseignements fournis par les dames de charité et par les commissaires servent de base au comité pour dresser la liste des indigents et pour déterminer la nature et la quotité des secours qui doivent être accordés à chacun d’eux. Aucun nom n’est inscrit sur cette liste qu’après l’enquête la plus minutieuse et la plus sévère. On en exclut tout indigent qui ne serait pas domicilié depuis trois ans au moins dans la commune, et tout habitant valide ayant soit des ressources personnelles, soit une profession qui le met en état de soutenir sa famille.

Le comité doit priver temporairement de secours, et il peut même rayer de la liste, après avertissement, tous les chefs de famille qui ne tiendront pas la main à ce que les enfants fréquentent assidûment les écoles, remplissent et exécutent leurs devoirs religieux.

Tout indigent porté sur la liste qui mendiera ou laissera mendier ses enfants est privé de secours pendant un délai de cinq à quinze jours, et, en cas de récidive, pendant un ou deux mois. A la troisième infraction, il sera rayé définitivement.

La privation temporaire de secours et la radiation définitive peuvent également être appliquées à ceux qui seront signalés comme fréquentant les cabarets ou qui seront rencontrés en état d’ivresse.

Ceux qui auront été condamnés à la peine de l’emprisonnement, prononcée

610 SOCIÉTÉS 1)E SECOURS MUTUELS

par jugement correctionnel, seront rayés immédiatement de la liste; mais ils pourront y èlre réintégrés lorsqu’ils auront mérité cette faveur par une conduite irréprochable pendant trois mois au moins, après l’expiration de la peine.

Les pauvres sont divisés en deux classes, dont la première comprend les aveugles, les paralytiques, les infirmes, les vieillards, les chefs de famille surchargés d’enfants en bas âge, et tous ceux qui sont incapables de travailler.

Les pauvres de celle classe reçoivent des secours permanents et sont considérés comme pensionnaires de l’association jusqu’au moment où ils pourront être admis à l'hospice.

Les enfants patronnés et mis en apprentissage sont aussi rangés dans cette catégorie.

La seconde classe de pauvres ne reçoit que des secours temporaires; elle se compose des malades, blessés, femmes en couches ou nourrices, des enfants abandonnés ou orphelins non encore admis à l’hospice, enfin de tous ceux qui se trouvent dans le besoin par une circonstance extraordinaire. On doit y ranger aussi les enfants que leurs parents ne pourraient habiller convenablement pour la première communion.

Tous les secours sont donnés en nature, appropriés et proportionnés, autant que possible, aux besoins réels.

Us consistent en pain , viande, soupes, bouillons, légumes, vêtements, linge, médicaments, bois de chauffage et autres objets de première nécessité.

Ils peuvent aussi être appliqués au paiement des loyers d’habitation et de terrains destinés à la culture des pommes de terre et autres légumes.

On ne doit accorder des secours en argent que dans des cas d’exception très rares.

La direction du vestiaire et de la lingerie est conüée à une dame-économe que les dames de charité choisissent entre elles.

Les couvertures et le linge autre que celui de corps ne sont que prêtés aux indigents; ceux qui les rendront en mauvais état perdront pour l’avenir leur droit à ce genre de secours.

Le point difficile, dans toutes les entreprises de cette nature, c’est de fournir du travail aux indigents valides. La question n’admet guère de solution absolue et générale : on la résout comme on peut, selon les lieux et les circonstances. A Verdun, l’association achète des matières premières, lin, chanvre, étoupes, qui sont distribuées pendant la mauvaise saison aux femmes sans travail. Ces matières sont exclusivement employées à la confection des effets d’habillement et de literie destinés aux indigents. Quant aux hommes valides sans travail, le comité sollicite leur admission dans les ateliers soit publics, soit particuliers. Le travail est certainement le genre de secours le plus utile et le plus moral que l’on puisse fournir aux indigents; mais il est aussi le plus difficile.

Nous voyons aussi que l’administration des hospices de la ville de Verdun offre à l’association d’accueillir gratuitement le plus grand nombre possible des mendiants. De leur côté, les médecins de la ville s’engagent à prêter indistinctement les secours de leur art aux indigents qui le réclameront, et les pharmaciens à fournir au prix de revient tous les remèdes nécessaires.

Telles sont les principales dispositions du statut qui régit l’association de Verdun.

Voici maintenant les résultats auxquels elle est arrivée dans la première

SOIE

i ,i. cm. existence. Nous empruntons ces détails au rapport qui a etc pré-

ïïfÏrTSTU»»* ' 1-»™^ «***. 501,1

élevées ïwndant^ ce premier exercice ... chiffre de i8,336 fr. 25 c : elles co.n- Drennent le produil des souscriptions montam à 16,951 fr. 25 c.; les don» fa t 1 l’association, 385 francs; le subside accordé par le gouvernement, 1000 fiancs. Indépensés forment un total d'environ 15,000 francs ; l'excédant des recettes sur les dépenses est, par conséquent d’environ 2,300 francs. Les piincipau articles de dépenses comprennent les pensions de seize mendiants, places chez des logeurs, les loyers de seize autres mendiants, les légumes et autres aliments qui leur ont été distribués, le pain des indigents, les étoiles pour le vcsll®ir®» matières premières pour le travail des femmes, le prix de confection, de première communion , le bois de chauffage, les frais de mise en appien îssage , les subsides accordés à des œuvres de charité , les frais de bureau , etc. Faible et incertaine à son origine, l’association a fait dès cette premièic ann des progrès importants vers le but qu’elle se propose, et elle est arrivée au] oui ■ d’hui à un état de choses qui lui garantit le succès définitil de 1 œuvie. e pei sonnel des familles indigentes est maintenant bien connu dans sa composition, ses mœurs, ses habitudes, ses tendances, ses besoins moraux et matériels ; 1 erreur n’est plus guère possible dans les appréciations. La répartition et la distribution des secours sont organisées et assurées de manière à satisfaire les besoins dans les limites des ressources. La question du travail à fournir aux indigents est résolue autant qu’elle peut l’étre. Les habitations ont été assainies ; on y re marque plus d’ordre et de propreté. Les maladies et les affections particulières à la classe pauvre ont déjà perdu de leur fréquence et de leur gravité; les moyens propres à les prévenir et à les combattre sont mieux compris. La mise en apprentissage des enfants est provoquée. dans les familles, et encouragée par des secours alimentaires et autres. Les enfants sont mieux soignés dans leui personne et leurs vêtements, plus surveillés dans leur conduite, leurs fréquentations et leurs jeux, enfin plus régulièrement envoyés , soit aux salles d’asile, soit aux écoles, soit aux exercices religieux. Les mœurs s’amendent, les habitudes s’améliorent. Les idées d’ordre, de travail et d’économie prennent racine ; la paresse n’ose plus s’avouer ni s’afficher elle-même; le vice de l’ivrognerie est moins commun, moins éhonté. Grâce à cette heureuse impulsion donnée, par la charité bien entendue et bien dirigée , la confiance et le courage sont entrés et se maintiennent au cœur du pauvre. Il croit maintenant aux bonnes intentions de ceux qui vont au-devant de sa misère, y compatissent de cœur, la consolent et la soulagent, et qui, tout en lui tendant la main, s étudient a ne le blesser dans aucune de ses susceptibilités légitimes.

Tels sont les résultats auxquels est arrivée l’association de Verdun en une année d’existence. On voit qu’ils sont de nature à donner tonte confiance et toute garantie sur son avenir.

SOCIÉTÉS ME TEMPÉRANCE. — Voy. Alcool.

SOIE. — Les opérations diverses qu'exige la labrication de la soie n’intéressent pas toutes au même litre 1 hygiène publique et la santé des ouvriers. Mais il en est quelques unes dont 1 influence à cet égard ne pourrait être méconnue. L’industrie de la soie est

SOIE

/il 2

en grande partie concentrée dans le midi de la France, dans les départements du (lard, de l’Iférault, des Bouclies-du-Rhêne, île \ auelusc, de 1 Ardèche, de la Lozère, et ne remonte guère au delà de celui du llliône. Elle y a pris, d’ailleurs, une extension considérable, et des populations entières s’y livrent dans certaines localités des pays que nous venons de mentionner. Ce n’est, d’ailleurs, ni l’emploi ni le tissage de la soie, mais les opérations préliminaires destinées à préparer la matière première qui olîrent quelques particularités intéressantes au point de vue de l’hygiène. C’est à elles seulement que nous nous arrêterons.

Nous nous bornerons à noter que Y élève des vers à soie et l’entretien des magnaneries exigent les conditions de salubrité et d’aération les plus parfaites. Les besoins de l’industrie et la nécessité de ne pas interrompre le travail ont exigé la conservation et l’emmagasinement des cocons récoltés d’une année à l’autre, et importés quelquefois de très loin. Les altérations que subissent les chrysalides dans ces cocons anciens ne sont pas indifférentes, et contribuent à produire certains inconvénients que nous aurons à signaler.

Le premier travail auquel sont soumis les cocons préalablement étouffés consiste dans le dévidage ou tirage , et s’opère, soit dans des ateliers particuliers, soit dans des manufactures spéciales que l’on désigne sous le nom de filatures de cocons. Les cocons sont ainsi dévidés jusqu’à ce qu’on arrive à la partie intérieure, qui n’est plus constituée que par une sorte de bourre dite filosellc. Ces résidus sont alors broyés et réunis en une sorte de masse que l’on soumet au cardage : c’est là ce qu’on appelle le cardage des frisons, industrie en grande partie concentrée dans les maisons de détention du Midi, et notamment dans les prisons de Nîmes et de Montpellier.

Le dévidage des cocons, livré à des femmes dont la constitution, si énergiquement décrite par Villermé, est des plus misérables, s’opère à la main. Les cocons plongent dans une bassine remplie d’eau bouillante placée près de chaque ouvrière, et les fds, qui s’y détrempent et s’y désagrègent, sont tirés et réunis par la fileuse. Ce contact prolongé avec l’eau chaude détermine dans les premiers temps un gonflement et un ramollissement, et parfois même des crevasses et des ahcès de l’extrémité des doigts. Mais, pour peu que l’ouvrière ait à manipuler, comme cela a lieu dans les grandes filatures, des cocons anciens, conservés, venus même du Levant

SOIE

i <‘l de l’Asie, el surtout des cocons doubles, qui exigent des ma- ! nœuvres plus prolongées, le contact de ces cocons, d’où s’échapi peut des principes irritants provenant sans doute de la matière [organique centrale, en partie décomposée, détermine une affec- ! tion locale toute particulière des mains, affection récemment ob- [servée dans une fabrique des environs de Lyon, et parfaitement décrite par M. le docteur Potton , sous le nom de mal de vers ou mal de bassine. Ce mal consiste en une éruption vésiculo-pustuleuse qui se développe à la naissance et dans l’intervalle des j doigts, ou sur le dos et dans les plis de la main ; parfois limitée et ne durant que cinq ou six jours; plus souvent accompagnée de vives douleurs, d’une inflammation très aiguë, et se prolongeant pendant une quinzaine de jours ; se compliquant enfin dans quelques cas de phlegmons très graves. Le plus ordinairement, les ■ouvrières qui en ont été une fois atteintes acquièrent une véritable immunité ; aussi le considèrent-elles comme un mal nécessaire, que l’on peut modérer seulement à l’aide de lotions astringentes. A part cette affection locale, on ne voit pas, malgré les assertions de quelques auteurs, que les fdeuses de cocons soient jîxposées à plus de maux que les autres ouvrières également misérables, exerçant une profession sédentaire. L’emploi de la vapeur récemment appliquée au dévidage des cocons par MM. Alcan et .-inet doit apporter une grande amélioration dans les conditions sanitaires de cette industrie.

Les filatures de cocons présentent une cause d’insalubrité géné- ■ale, contre laquelle il importe de se prémunir, dans la masse d’eau [ui a servi à ébouillanter les cocons , et qui est chargée de maières organiques essentiellement putrescibles. Il faut donc exiger {ue ces eaux trouvent un écoulement facile. En effet, il n’est pas are qu il se répande autour des filatures de cocons d’une certaine mportance une odeur fétide et très désagréable, due à la prompte lécomposition des chrysalides qui restent au fond des bassines, l’est pour ce motif que ces filatures ont été rangées dansla deuxième lasse des établissements insalubres, lorsqu’elles occupent au noms six tours à dévider.

Le cardage des frisons de la soie, pour lequel on croit nécessaire d'opérer dans une atmosphère chaude et humide, est moins insalubre par lui-même que par la température élevée et le défaut l’aération suffisante des ateliers où il se pratique. La poussière |ue soulèvent le battage de la bourre et l’action des baguettes sur

MA SOUDE (fabriques de).

la claie n’est sans doute pas sans inconvénients , et peut avoir un cllet fâcheux sur les poitrines prédisposées à la maladie; mais les conséquences ont été sans doute beaucoup exagérées. D’ailleurs, les conditions de cette industrie se sont notablement améliorées, ainsi que toutes celles qui sont relatives au traitement des matières premières destinées au tissage.

Voy. Battage de tapis, Cardeurs, etc.

Bibliographie. — Sur l’état physique et moral des ouvriers , par Villermé. —

Traité des maladies des artisans, d’après Ramazzini , par Pâtissier. Paris , 1822.

La topographie de la ville de Nîmes et de sa banlieue , par Vincens et Baumès. Nîmes, 1802. — De l’influence du cardage des frisons de la soie sur la santé des détenus de la maison centrale de Nîmes, par le docteur Boileau de Castelnau (Ann. d’Iiyg. et de méd. lég., t. XXIII , p. 241). — Recherches et observations sur le mal de vers ou mal de bassine, qui attaque exclusivement les f lieuses de cocons de vers à soie, par le docteur Poitou, de Lyon, et Rapport fait à /’ Académie de médecine, par M. Pütissier (Bulletin de l'Académie de médecine, 1852, t. XVII , p. 803). — De l’influence que l’industrie exerce sur la santé des populations dans les grands centres manufacturiers , par M. le docteur Thouvenin de Lille (Ann. d’hyg. et de méd. lég., t. XXXVI , p. 16).

SOUDE (FABRIQUES DE). — Personne n’ignore l'immense consommation de soude que fait l’industrie. L’importance de cette fabrication, ses procédés et l’extension qu’elle a prise depuis un demi-siècle par suite d’une des plus belles conquêtes de la chimie moderne, ne pouvaient manquer d’intéresser vivement la salubrité.

La soude du commerce, qui n’est autre chose que du carbonate' neutre de soude , a été longtemps obtenue exclusivement par le lessivage des cendres provenant de la combustion des plantes marines, et notamment du Salsola soda. C’est là ce qu’on appellela soude naturelle. Et lorsqu’elle s’opère dans des établissements' permanents , la fabrication en grand des soudes de varech, qui donne lieu à des 'exhalaisons désagréables, nuisibles à la végétalien, et portées à de grandes distances, est rangée dans la première classe des établissements insalubres.

Mais cette fabrication a en grande partie cédé la place à cellede la soude factice ou artificielle, dont le mode d’extraction a été découvert par Leblanc. Ce procédé consiste à transformer d’abord le sel ou chlorure de sodium en sulfate de soude par l’acide sulfurique, puis à décomposer le sulfate obtenu par la chaleur et par la réaction d’un mélange de carbonate calcaire et de charbon.

Les fabriques de soude sont annexées en général aux salines. On en trouve en grande quantité sur les bords de la Méditerranée, dans le département des Bouches-du-Rhône, dont elles alitnen-

SOUDE (FABUIQUES DE).

tent les nombreuses savonneries, et autour des mines de sel de l’Est : à Dieuze, par exemple. Elles comprennent aussi pour la plupart des fabriques d’acide sulfurique, d’acide chlorhydrique et d’autres produits chimiques, tels que chlorure de calcium, etc.

La principale cause d’insalubrité de ces usines est le dégagement de vapeur d’acide chlorhydrique, et l’on voit que partout les efforts des industriels ont tendu à obtenir la condensation ou l’absorption des vapeurs. La description succincte des opérations dont se compose la fabrication de la soude fera mieux comprendre encore quels sont les points qui peuvent présenter quelque chose d’insalubre.

A Dieuze , que nous prendrons d'abord pour exemple, on décompose le chlorure de sodium dans des fours à réverbère , à l’aide de l’acide sulfurique, pour en obtenir d’un côté de l’acide chlorhydrique , et de l’autre du sulfate de soude. Le gaz acide chlorhydrique se rend dans des bombonnes, où il vient se dissoudre dans l’eau ; ces appareils sont lu tés avec soin et leur situation en plein air diminue considérablement le danger des fuites à travers les luts. Lors de la décomposition, il se dégage une grande quantité de gaz acides dont quelques portions se répandent dans l’atmosphère; mais la ventilation est si puissante, qu’ils ne peuvent agir d’une manière bien fâcheuse sur la santé des hommes. Il y a quelques années, l’opération n’étant pas bien conduite, le sulfate de soude, résidu de cette opération, contenait encore une grande quantité de gaz acide, et lors de sa réduction en petits fragments lorsqu’il était encore brûlant, les émanations acides étaient épouvantables : le gaz à l’état sec, rencontrant de la vapeur d’eau dans les voies respiratoires, se dissolvait, irritait la poitrine et détruisait même les dents. On voit encore quelques anciens ouvriers dont les incisives sont rongées jusqu’aux alvéoles, tandis que les molaires, moins exposées, sont entières, de sorte qu’ils ne peuvent couper les aliments, mais seulement les mâcher. On a paré à ces inconvénients: depuis plusieurs années, le sulfate de soude sort des appareils entièrement dépouillé d’acide hydrochlorique et parfaitement desséché. Ce travail est exécuté par six hommes qui se renouvellent toutes les huit heures.

Ce sel est reporté dans les grands fours, mêlé avec une certaine proportion de charbon de terre et de carbonate calcaire pulvérisés; là il subit, à une température élevée, une nouvelle décomposition dont le résultat est de la soude brute mélangée à des sco-

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