‹ Dictionnaire d'hygiène publique et de salubritéChapitre 41 sur 58 · ÉTABLISSEMENTS INDUSTRIELS · texte numérisé non relu

ÉTABLISSEMENTS INDUSTRIELS

Les accidents qui ne cessent d’avoir lieu dans les établissements industriels munis de machines à vapeur nous paraissent devoir appeler toute l’attention de l’autorité.

Il entre fréquemment à l’hôpital Saint-Sauveur de jeunes ouvriers des deux sexes ayant les mains ensanglantées ou mutilées; d’autres dans l’âge adulte, sont couverts de contusions ou atteints de fractures; il en est dont la peau elles : muscles sont en partie dilacérés. Enfin des pères de famille , plongés dans la stupeur et offrant l’aspect cadavérique, son amenés sur des civières. Nous remarquerons que ces malheureux ont un bras, souvent le droit, complètement broyé ou arraché.

Aux douloureuses impressions d’un pareil spectacle, messieurs, il faut ajouter la consternation des ouvriers chargés du transport des blessés, le découragement des autres, les larmes et le désespoir des familles!

Il faut encore ajouter les regrets, l’intérét, la compassion que nous expriment si vivement messieurs les fabricants ou leurs contre-maîtres.

Ces honorables industriels sont à plaindre à leur tour, car il est incontestable que de pareils malheurs sont partout indépendants de la volonté, et nous ne venons accuser personne d’indifférence dans l’emploi des moyens préservatifs. Quelques uns de ces précieux moyens peuvent être en usage dans certains établissements; ils sont ignorés ailleurs, beaucoup peut-être restent encore à connaître.

I 11 est temps, messieurs, de rechercher avec tout le soin possible quelles peu- I vent être les diverses causes qui compromettent aussi gravement la vie des I ouvriers comme celle de tous ceux qui les emploient ou les dirigent. 11 est urgent < de recourir à tous les moyens capables d’y remédier.

f Vous êtes spécialement, messieurs, les protecteurs, le soutien des malheureux :

> votre sollicitude devra s’étendre plus lard sur une foule de travailleurs que de I pareilles blessures auront rendus incapables d’agir.

i N’est-ce donc point assez de tant d’infirmités prématurées qui sont le résultat i ordinaire de longs et pénibles travaux, infirmités que l’on peut aller observer I dans vos établissements hospitaliers comme dans les réduits de l’indigence?

► Chercher à diminuer le nombre des accidents ou des individus mutilés dans « les fabriques , n’est-ce point, en servant l’iiumanité, contribuer à alléger les 4 charges de votre administration comme toutes celles qui pèsent sur la charité i* privée?

Ces considérations nous ont déterminés, messieurs, à réclamer respectueuse- ^ ment votre intervention, votre généreux appui, auprès de l’administration municipale. Nous espérons qu’à votre voix nos magistrats s’empresseront de prendre

MACHINES A VAPEim.

loulos los mosuios nécessaires, et (|ii’ils parta{;eronl le viriiiiérôi que nous inspirent les niallienrenx blessés confiés à nos soins.

Dans le rapport (|iii va suivre, messieurs, nous avons l)Psoin de votre altenlion et de loute votre bienveillance; permetlez-nous de vous soumettre quelques observations préliminaires alin de mieux éclairer votre conscience.

IVous avons appris que des hommes généreux nous avaient devancés dans cette question d’bumanité ; mais on nous a dit que leur réclamation n’avait pu être accueillie, et l’on a siqtposé que la crainte d’entraver la marche ou les progrès de rindustric française avait pu en être la cause.

Nous n’admettons pas celte supposition ; car s’il était vrai qu’un pareil motif edt fait rejeter ou suspendre les mesures salutaires que nous venons réclamer nous-mêmes, nous pourrions affirmer que la pensée des premiers réclamants n’a pas été bien comprise. Croyez, messieurs, qu’il ne peut entrer dans l’intention de personne de gêner ou d’entraver l’industrie. Chacun reconnaît, même parmi nous, que les belles manufactures, les vastes usines qui nous entourent, doivent être encouragées, car elles sont un des principaux éléments de la prospérité du pays.

Il ne s’agit, dans l’affaire qui nous occupe, que de demander des mesures sages et réglementaires, des modifications peu dispendieuses dans l’état actuel de certaines fabriques. Ces mesures, loin de gêner l’industrie, auront pour but de maintenir l’ordre le plus parfait dans les ateliers, d’assurer la facilité du travail et d’en éloigner les dangers.

Il est dans nos principes, messieurs, de repousser toute idée subversive; personne ne peut dès lors donner une fâcheuse interprétation à la pensée qui nous guide.

IVlais s’il arrivait qu’on voulût nous contester le droit de réclamation, en alléguant notre incompétence, nous ferions observer que le devoir du médecin ne consiste pas seulement à soulager, à guérir les maux qui affligent l’humanité, il doit encore rechercher allenlivemcnt tout ce qui peut les produire, et en combattre les causes de tout son pouvoir.

C’est là ce qui constitue la science de l’hygiène publique et privée et ce qui justifie les moyens prophylactiques que nous cherchons aujourd’hui. Telle est enfin l’importante mission qu’a dû nous imposer la confiance dont nous honore la commission administrative des hospices.

Passez-nous , messieurs , ces explications préalables ; elles étaient inutiles pour vous, mais elles nous ont paru indispensables pour aplanir de toute part notre roule.

Abordons maintenant sans crainte notre sujet.

Tout le monde a pu remarquer que le talent de MM. les ingénieurs s’est admirablement exercé, de nos jours, dans la construction de ces machines imposantes qui produisent et transmettent la force motrice, des mécaniques si belles et si compliquées dont l’assemblage, le mouvement et l’harmonie assurent le succès de nos établissement industriels.

Rien n’a été négligé pour obtenir une augmentation plus ou moins considérable dans les produits fabriqués, pour donner môme à ces produits le plus haut degré de perfection.

Sous ce premier point de vue, nous aimotisà rendre un hommage bien mérité à messieurs les industriels de toutes les classes, qui, par d’heureuses et vastes

MACUINES a VAl’EUU.

ronceplions, ont fomli5 de si beaux (.Uablissemenls, et (pii, eu s’atlacbaiit à perfectionner leurs produits, ont imprimé une grande activité à nos relations commerciales.

Ces négociants ont assurément mérité l’estime et la reconnaissance publiffues.

Mais au grand point de vue de riuimanité, de l’iiygiène publique , nous devons dire que ces nombreux chefs-d’œuvre de mécanique seront toujours considérés comme incomplets et dangereux , et les louables cHorts de messieurs les fabricants laisseront toujours à désirer, tant qu’on n’aura point imaginé ou prévu tous les moyens possibles d’assurer partout la sécurité ou la vie des travailleurs.

Cette opinion , nous en sommes convaincus , messieurs , sera partagée par vous et par nos magistrats.

Klle 1e sera par tous nos concitoyens dont l’esprit de charité, le noble dévouement en faveur des malheureux ne s’est jamais démenti. Le souvenir de leurs généreux sacrifices dans des temps difficiles nous autorise à faire cette question : Quel est aujourd’hui le fabricant qui voulût se refuser à reconnaître que la vie des hommes ne soit pas au moins aussi précieuse que le perfectionnement d’une marchandise quelconque ? Hâtons-nous de dire qu’il n’en existe pas un senl.

Poursuivons donc notre tâche :

Nous entendons dire tons les jours que les accidents ou les hlessiires observés dans les fabriques sont toujours le résultat d’une imprudence de la part des ouvriers. Cela n’est pas exact , et c’est établir une fâcheuse prévention. En bonne justice, on doit toujours examiner s’il n’existe pas d’autres causes.

i\e pouvant nous en rapporter à nous-mêmes, nous avons consulté à ce sujet d’honorables industriels. Ces messieurs nous ont dit qu’il était naturel de supposer des imprudences de la part des rattacheurs, de ces ouvriers encore jeunes, peu attentifs ou mal surveillés, mais que dans un établissement convenablement organisé, il était bien rare que des individus plus âgés dussent être accusés d’une pareille faute.

Si malgré cette observation, faite par des hommes fort capables, on voulait soutenir encore la prévention, on nous forcerait naturellement à demander comment il se fait que depuis tant d’années on ne se soit pas occupé dans toutes les fabriques de rendre nulles , impossibles ou du moins excessivement rares , tant de fatales inadvertances , car on savait qu’elles devaient coûter à l’ouvrier des mutilations ou la mort ?

Mais il ne s’agit pas pour nous de chercher des torts à qui que ce soit , nous aimons au contraire à répéter que si des mesures de sécurité ont été prévues et sagement observées dans certaijis établissements , elles ont pu être négligées ailleurs, non par indifférence, mais faute de les bien connaître.

Nlaintenant qu’une expérience chèrement acquise est venue nous avertir , il faut, de toute nécessité, que l’autorité exige non seulement l’application immédiate des moyens préservatifs déjà connus, mais il faut encore que chacun s’occupe de rechercher tous ceux qui restent à désirer.

Les malheurs que nous avons eu tant de fois à déplorer nous ont déterminés, messieurs, a prendre à ce sujet les plus amples informations.

Nous avons visité nous-mêmes plusieurs établissements industriels dont la construction et la disposition sont admirables. Les ateliers y sont parfaitement tenus, le travail bien dirigé et toujours attentivement surveillé.

Les chels de ces beaux établissements, <’omme leurs contre-maîtres, nous ont II. O'I

MACHINES A VAPEUll.

accueillis avec une exlrèine obligeance. Des rcnseigneinenls précieux nous onl été donnés. Les divers cas d’imprévoyance , les vices de conslruction les jdiis dangereux nous ont été signalés ; nous venons , messieurs , vous les faire connaître.

Avant d’examiner cette question , nous devons exprimer ici tous nos sentiments de reconnaissance envers les chefs des beaux établissements dont nous venons de parler, non seulement pour l’utilité de leurs renseignentents, mais pour l’intérêt qu’ils portent à leurs ouvriers, car nous avons remarqué dans leurs ateliers que les précautions les plus minutieuses avaient été prises chaque fois que la crainte d’un danger s’était manifestée , et ils persistent dans cette voie d’amélioration.

Enfin, messieurs, toutes nos informations nous ont prouvé qu’il est urgent d’appeler, dès ce moment , l’attention de l’administration municipale sur la fréquence et la gravité des accidents qui arrivent dans les fabriques.

Nous désirons qu’elle veuille bien prendre toutes les mesures nécessaires pour arriver partout à une heureuse solution des questions suivantes :

l" Machines à vapeur. — Nous ne parlerons pas ici des générateurs que l’on ne peut établir sans une vérification ou autorisation préalable , mais nous demanderons si toutes les autres pièces qui constituent une machine à vapeur proprement dite sont partout dans un rapport parfait , si elles ne laissent rien à craindre nulle part ?

Ne serait-il pas essentiellement utile, dans l’intérêt du fabricant comme dans celui des ouvriers, qu’une vérification fût faite de temps en temps par des ingénieurs spéciaux nommés par l’autorité?

On sait que le moindre défaut dans ces machines peut occasionner de grands désastres.

A-t-on isolé ces machines si dangereuses dans un local convenable , ou du moins les a-t-on entourées partout de grillages ou de tout autre moyen de sécurité ?

2" Roues de volée. — Les roues de volée particulièrement sont-elles, dans toutes les fabriques, bien recouvertes ou suffisamment garanties?

Toute négligence à cet égard est excessivement dangereuse, elle a déjà été funeste à bien des ouvriers.

3“ Surveillance de la force motrice. — La surveillance des machines à vapeur est-elle confiée partout à des hommes intelligents, susceptibles d’une attention soutenue , capables enfin de régler la force impulsive selon toutes les lois du mouvement ?

En d’autres teimes, ne peut-il pas arriver que pour activer le travail ou par toute autre cause , on imprime parfois une vitesse trop grande aux arbres de transmission du mouvement , en raison de leur calibre ou de leur force de résistance, comme en raison de Indisposition ou delà capacité relative des métiers à mouvoir?

On conçoit que cette manœuvre imprudente , cet oubli des lois du mouvement, peuvent être suivis des plus graves accidents. Tout peut se briser en éclats.

4" Encombrement des ateliers. — N’exisle-t-il pas dans certaines fabriques des locaux trop restreints en raison du nombre des mécaniques ou des métiers qui s’y trouvent ?

S’il y a encombrement ou défaut d’espace, la circulation y devient difficile,

MACniNES A VAPEUR.

embarrassée ; les ouvriers sont génés dans leurs travaux , y sont exposés à des dangers, surtout quand il s’agit du replacement des courroies.

5" Arbres de transmission. — Les arbres de transmission de la force motrice , à direction verticale (ou horizontale dans certains lieux) et dont le mouvement de rotation est si rapide, sont-ils partout recouverts ou garantis, comnm doivent l’èlre toujours les roues de volée.

Cette négligence a déjà occasionné la mort de plusieurs ouvriers.

6“ Engrenages. — La même question doit être faite à l’égard d’une foule de rouages qui existent dans les dilfércnts métiers , cardes ou autres mécaniques , rouages qui s’engrènent les uns dans les autres.

C’est particulièrement dans les engrenages non recouverts que la moindre inadvertance expose les ouvriers, surtout les jeunes rattacheurs , à ce que leurs doigts soient pincés d’abord. En un clin d’œil ils voient la main , l’avanl-bras môme, s’engager irrésistiblement et se briser.

Wous insistons sur de pareils accidents , car ils se renouvellent trop souvent. On conçoit qu’il faut à ces rattacheurs des précautions infinies, négliger même leur travail , si l’on veut qu’ils aient toujours présent à la pensée le danger incessant qui les menace, lorsque ces engrenages ne sont pas suffisamment garantis.

Une grande surveillance est, du reste, partout nécessaire.

7“ Nettoiement des métiers. — A-t-on sévèrement défendu dans toutes les fabriques de nettoyer les métiers, de graisser les rouages , pendant que la machine à vapeur est en mouvement ?

L’ouvrier, dans un pareil moment, s’expose aux plus grands malheurs, sa vie est en péril.

8“ Ordre du travail. — Ne serait-il pas urgent d’adopter dans toutes les fabriques un règlement qui fixât irrévocablement le travail des ouvrifu's, leur conduite dans l’atelier et même la manière de se vêtir?

Ce règlement devrait être affiché et rigoureusement observé , car le désordre, le défaut d’une attention soutenue ou du silence nécessaire , la confusion dans les divers emplois , sont pour l’ouvrier une source de dangers.

Mais, sous le rapport de l’habillement, on a souvent remarqué que des vêtements trop larges , les bouts de manche d’un sarreau ou d’une chemise , des lajubeaux enfin , peuvent, par la moindre cause , être attirés, s’enrouler dans les cylindres tournants ou s’engager rapidement dans les divers engrenages. Alors les doigts, les mains, suivent ce mouvement d’attraction , et s’ils ne sont pas coupés ou arrachés , l’avant-bras est broyé lui-même.

Ijorsqu’il s’agit d’un arbre de transmission, le bras de l’ouvrier est également brisé , et s’il n’est pas arraefié , tout le corps doit suivre l’effrayante rapidité du mouvement de rotation. Le malheureux ouvrier ne peut être secouru, car jamais la machine ne peut être arrêtée assez à temps. Enfin il est broyé en partie , ou il meurt.

Ce tableau est effrayant, et aucun sacrifice ne doit être refusé pour éviter de pareils malheurs qui n’auraient pas lieu si l’on avait recours à tous les moyens de garantie nécessaires.

9“ Replacement dangereux des courroies. — Nous réclamons encore ici, messieurs, toute votre attention.

On remarque à l’hôpital Sainl-.Sauveur que les blessures les plus graves sont

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parliciilitreincnt occasionnées par le replacement dillicile des conrioies qui viennent à se dévier île leur poulie.

Voici, d’après notre examen , ce qui se passe dans l’état ordinaire :

Une courroie, étant placée convenablement, roule d’abord sur une poulie supérieure , dite de commande. Celle première poulie est fixée circulairenient à un arbre de transmission dont elle doit suivre par conséquent l’extrême vitesse du mouvement de rotation.

La même courroie vient rouler en même temps sur une poulie inférieuie daptée ii un métier ou à toute autre mécanique.

U faut observer que cette poulie inférieure est double.

La première portion de celte poulie répond au métier ; son mouvement elfectif nous permet de l’appeler poulie de travail.

La seconde portion n’a qu’un mouvement passif ou d’attente ; elle est placée en avant de la précédente , et , par conséquent , sur le même plan horizontal ; on l’appelle poulie folle. Elle ne sert qu’à maintenir le mouvement général des ateliers et à débarrasser la poulie de travail ou du métier, lorsqu’un temps de repos devient nécessaire.

Ici nous avons vu qu’une courroie pouvait , par un simple glissement , se iléplacer facilement et se replacer sans danger.

Mais il est bien loin d’eu être de même quant à la poulie supérieure, dite de commande, qui est d’une seule pièce.

Il arrive souvent que la courroie se déjette eu dehors de cette poulie de commande et tombe sur l’arbre de transmission.

On attribue ce déplacement aux fréquentes secousses que détermine l’extrême rapidité du mouvement de cet arbre.

Sur ce point , messieurs , le replacement des courroies nous a paru devoir toujours ollrir de grands dangers, quelque précaution que l’on prît.

On nous a fait observer néanmoins que , dans une fabrique bien dirigée , cette opération dangereuse était exclusivement réservée à des surveillants attentifs et bien exercés.

Nous louons beaucoup cette mesure de prudence , mais est-elle partout bien observée? C’est ce que nous ignorons. Quoi qu’il eu soit , nous n’avons pu voir en cela une garantie sullisante.

Il nous paraissait plus simple , plus convenable , d’arrêter d’abord le mouvement de la machine. On nous a répondu qu’il en résulterait dans tous les ateliers une suspension de travail extrêmement préjudiciable au fabricant comme à tous les ouvriers. Sous ce point de vue , il doit résulter aussi la nécessité de replacer la courroie avec promptitude , et il est essentiel d’observer que cette opération dangereuse se fait partout à l’aide des mains.

On conçoit mainlenant que la moindre dilliculté suffit pour rendre extrêmement périlleuse la position de l’ouvrier surveillant, et c’est alors, en eflet, que les accidents ou les blessures les plus graves se produisent.

Heureux quand l’ouvrier n’est pas tué sur le coup, car ses mains peuvent d’abord être prises ou serrées entre la courroie et l’arbre de transmission , cl , comme nous l’avons déjà dit, le bras et tout le corps s’enroulent et suivent irrésistiblement l’effrayante rapidité du mouvement de rotation: nous répétons que le moindre secours ne peut être donné assez à temps.

Dans l’impossibilité de découvrir un autre procédé que celui babituellemen

machines a vapeur.

suivi , nous avons pensé (lue des vices de construction pouvaient encore ajouter

à la difliculté du replacement dont il s’agit.

En effet , un très honorable industriel nous a lait observer que la longueur insuffisante d'un arbre de transmission exigeait que l’on eût recours à un certain nombre d'emmanchements, c’est-à-dire à des prolongements que Ion léunit

solidement à l’aide de boulons ou de clavettes.

\e serait-il pas possible que dans certaines fabriques ces emmanchements ne fussent placés trop à proximité des poulies de commande et que les boulons ou les clavettes n’y fissent une saillie trop prononcée ? C’est une question fort importante à résoudre , car cette disposition suffirait seule pour arrêter une courroie à son point de déviation, rendre son replacement long , difficile et constamment dangereux. ,

Enfin , nous avions pensé depuis longtemps qu’à l’aide d’une tige munie d un crochet ou de tout autre instrument de ce genre , l’ouvrier, en se tenant à distance , aurait pu très bien parvenir à replacer une courroie , sans exposer ses mains ou sa vie.

On nous a répondu positivement qu’un pareil moyen avait déjà été reconnu impraticable ; cela est décourageant.

]\ous n’en persistons pas moins à dire qu’il faut de toute nécessité chercher tous les moyens possibles d’éviter à l’avenir les malheurs que nous avons eu trop souvent à déplorer.

L’imagination s’effraie, messieurs, à la pensée des blessures horribles auxquelles donne lieu la difficulté ou la moindre maladresse dans le replacement des courroies.

Voici ce que nous avons remarqué tout récemment à l’hôpital Saint-Sauveur :

1“ Trois hommes ont eu , pour la même cause , la main , l’avant-bras et le bras du côté droit , entièrement broyés. Chez eux , les chairs ou les muscles étaient en lambeaux et tout le corps couvert de contusions : ils ont dû être amputés près de l’épaule.

Ces ouvriers, pères de famille, ont pu conserver la vie et sont sortis de l’hôpital ; mais que vont-ils devenir ? Ils végéteront quelque temps dans les larmes et la misère ; plus tard, ils lèveront leurs yeux vers vous, ils vous demanderont du pain et un dernier asile !

2“ Un quatrième, plus maltraité, a dû subir la désarticulation de l’épaule aussi du côté droit. Cet homme, marié et père de deux enfants, a succombé huit jours après cette cruelle opération.

3" Une jeune fille a été atteinte d’une fracture comminutive du bras et de l’avant-bras droit , avec issue à travers la peau de fragments osseux. Elle est encore en traitement. Son état s’améliore , mais elle peut rester infirme à l’âge de vingt ans !

De pareils malheurs, nous le répétons, sont vraiment déplorables , et vous jugerez comme nous qu’il est temps d’y mettre un terme.

Nous plaçons , messieurs , toute notre confiance dans votre sagesse , dans la sollicitude constante de messieurs les membres de l’administration et du conseil municipal pour tout ce qui concerne le bien public.

Cette confiance entière devrait arrêter ici notre zèle , mais nous ne pouvons résister aux sentiments d’humanité qui nous entraînent; nous ne pouvons nous refuser à soumettre à votre examen quelques propositions.

MACHINES A VAl'EUll.

No scrait-il pas essentielleinciit ulihîde nonmicr, dans lopins bref délai , une commission spéciale qui serait cliargée de visiter Ions nos établissements ituliistrlels, de s’assurer si toutes les régies, les vrais principes de l’art mécanique y sont rigoureusement observés, si tontes les précautions y ont été prises pour éviter les accidents.

Cette commission pourrait être composée : 1" de messieurs les lilateurs ou autres fabricants qui , par leurs lalenis, la bonne tenue de leurs établissements, seraient reconnus les plus aptes h éclairer l’administration municipale;

D’ingénieurs et de mécaniciens constructeurs ;

3“ De conseillers municipaux et anties fonctionnaires i)ublics spécialement délégués.

A l’avenir, ne serait-il pas utile que des membres de cette commission se rendissent sur les lieux chaque fois que l’administration municipale serait informée qu’un accident est survenu dans une fabrique?

Ces fonctionnaires seraient alors chargés de vérifier, de constater les causes réelles de cet accident, d’éclairer messieurs les fabricants sur les précautions ou les mesures à prendre par la suite, d’informer de l’état des choses l’administration municipale qui pourra exiger au besoin l’exécution immédiate de toutes les mesures de sévérité que la commission ou ses délégués auront jugées nécessaires.

Enfin, messieurs, nous vous prions d’observer que si nous nous sommes permis de vous soumettre ces propositions, nous n’avons entendu les formuler que sous toute réserve et en conservant tout le respect que nous devons à l’autorité.

^laintenant , messieurs , que nous avons tenté de remplir un des devoirs tes plus essentiels de notre ministère , que la seule idée du bien n’a cessé de nous guider, il nous reste à désirer votre approbation.

Permettez-nous de réclamer encore une fois votre obligeant concours pour assurer le succès de nos efforts en faveur d’une classe nombreuse d’hommes utiles à la société.

En adressant ce beau travail à M. le préfet, 31. le maire de Lille s’exprime ainsi :

Dès l’année 1846 , l’administration municipale crut devoir appeler l’attention de l’autorité supérieure sur ta multiplicité des accidents qui se succédaient dans les ateliers où la vapeur est employée comme force motrice.

D’après la proposition que fit \l. le maire, ü la date du 10 avril de ladite année, une commission spéciale fut instituée sous sa présidence par M. le préfet, à l’effet de rechercher les moyens les plus efficaces d’obvier aux malheurs qu’on avait si souvent à déplorer,

Cette commission recueillit de nouveaux renseignements statistiques et prit des informations de toutes parts , afin de se bien rendre compte des causes diverses qui donnent lieu à des accidents aussi nombreux et d’examiner en même temps comment il serait possible de les prévenir ou du moins d’en diminuer la fréquence. Elle lit un rapport développé que radminislration municipale transmit à la préfecture , le 2 février 1847.

Ce travail, pensons-nous, fut adressé au ministère, et, en 1850, l’Assemblée

MACHINES A VAPEUR

nationale eut à discuter un projet de loi sur la matière. Pendant que ce P^jet était soumis à rexamen d’ime commission parlementaue , on demanda de nouveaux renseignements à radministration des hospices de Ldle, ainsi quaii conseil central de salubrité.

IMais la proposition , vous le savez , monsieur le préfet , n eut pas de suite, e ralTaire en resta là. Cependant, le fâcheux état de choses que nous avions signalé se continue ; les accidents sont plus fréquents que jamais et font de nombreuses victimes dans la classe si intéressante des ouvriers de nos manufactures.

Le rapport ci-joint que vient de me remettre la commission administrative des hospices vous donnera la mesure du mal auquel il est urgent de remédier. Vous verrez , d’après le travail remarquable de messieurs les chirurgiens et de l’économe de Saint-Sauveur, que du 1*^ janvier 18ù7 au 12 mai 1852, l20 établissements industriels ont fourni ensemble à cet hôpital l’énorme quantité de 390 blessés, sur lesquels 12 sont morts, 339 ont été guéris ou sont encore en traitement et 39 ont été amputés ou sont restés estropiés. Encore ne tient-on pas compte des individus morts au moment même de 1 accident.

Dans ce chiffre de 390 , les blessés provenant des ateliers munis de machines à vapeur figurent pour 321 .

En présence de faits aussi déplorables et aussi fréquemment renouvelés , dit avec beaucoup de raison l’administration hospitalière , il est impossible de ne jias reconnaître qu’il y a quelque chose à faire pour sauvegarder 1 existence des ouvriers, et que les dangers incessants dont ils sont entourés ne peuvent être considérés comme rentrant dans les conditions normales de l’industrie.

Nous partageons pleinement cet avis , monsieur le préfet , et renouvelons ici avec instance le vœu que nous avons émis d’ancienne date déjà pour l’adoption de mesures qui obligeassent les industriels à prendre dans leurs ateliers toutes les précautions que la théorie et l’expérience pourront indiquer.

C’est avec regret que nous nous voyons forcés d’ajourner la publication des relevés que nous voulions établir par genre de blessure, par cause des accidents et autres appréciations que suggère l’ensemble du tableau dressé par l’administration , mais il y aura lieu d’y revenir par la suite, et nous bornerons nos observations à ce fait digne d’attention , c’est que le nombre des accidents s’accroît dans des proportions effrayantes , puisque les 1^2 qui formaient dans le temps la base du travail de la commission municipale , donnent pour la période comprise entre 18/ià , 18Zi5 et les huit premiers mois de 18i6 , une moyenne par mois de U 7/16“ ou /i,Zi3, et que la période qui vient d’être analysée, partant du 1" janvier 18Zi7 au 12 mars 1852, donne une moyenne de 6,Zi accidents par mois. .S’il est vrai qu’il y a quelques ateliers de plus qu’à l’époque précitée, on conviendra aussi qu’il y a plus de négligence que jamais, et qu’il est temps enfin d’en arrêter les funestes conséquences.

Nous terminerons cet article en signalant les faits relatifs à l’écoulement des eaux que les machines à vapeur déversent sur la voie puhiitjue ou dans les égouts.

Ces eaux arrivent à une certaine température, et peuvent par celii môme donner lieu aux plus graves inconvénients hygiéniques. On a môme signalé à Uouhaix une épidémie de lièvres ty-

MAIS

plioidcs !Uli‘il)U(‘(> par (pi(.‘l<pies iiuMieciiis au uiélaiig(* clalasta^iialion (les (,'aiix méuafièrt's el iiiduslrielles. D’ailleairs, outre I itH'ouvéïiieul signalé, celle (piaulilé considéralile de caloricpje perdu pourrail cHre ulilisée, comme cela est |)rali(jué dans ipiclqiies iisim^s. Euliii rajipcdous ipie réuorme cousommalioii d’eau exigée par les machines à vajieur a éveillé, au poiiil d(‘ vue de l’épuisemenl d(-s sources, l’alüm lion de ])lusieurs conseils d’hygiène, notamment de celui du département du Nord.

Bibliographie. — Colleclion de rapports généraux sur les travaux du conseil de salubrité de la ville de Paris et du département de la Seine, par de Moléoii. Paris, 1830. — Dictionnaire de l'industrie, tomes III, p. 272; VII, p. 393. — Jlapport sur les travaux du conseil de salubrité de Paris, de 1829 à 1839 et de 1840 à 1845, par Trébuchet (Ann. d’hyg. et de méd. lég., t. XXV, p. 91, cl XXXVIII, j). 121). — Rapport au conseil de salubrité de la ville de Troyes. — Rapport sur les travaux du conseil central de salubrité du département du Nord. Lille, 1830, 1850, 1851, 1852. —Rapport sur les travaux du conseil central de salubrité du département des Bouchesdu-Rhône. — Traité de la salubrité daris les grandes villes , par MM. Montfalcon et Poliniere. Paris, 1846. — Mémoire sur les accidents causés par les machines à vapeur (Ann. d hyg. el de méd. lég., t. XLIII, p. 223). — Moyen de sécurité dans l’emploi des chaudières d vapeur, pard’Arcet (Moniteur industriel , septembre 1842).

ITf AC2IVA.1VK11IE. — Voy. SoiE.

MAÏS. — Le maïs forme un genre de la famille des graminées, composé, d’après plusieurs botanistes, de cintj espèces principales, lesquelles ont donné naissance à une foule de variétés secondaires. On s’accorde généralement à regarder l’Amérique comme la }>atrie du maïs. Humholdt disait, au commencement de ce siècle : Il n’est pas douteux que le mau ou blc turc est un véritable blé américain et que c’est le nouveau monde qui l’a donné à l’ancien. Il est vrai d’ajouter que plusieurs auteurs parmi lesquels il faut surtout citer M. Bonafous, trompés par de fausses analogies et par les interprétations vicieuses des anciens, ont cherebé à placer, soit dans l’Arabie heureuse, soit dans l’Anatolie, l’origine de cette céréale. Mais leur opinion a toujours été victorieusement rejetée, il a été reconnu qu’ils avaient faussement attribué au maïs ce qui appartient en réalité à Vholms soî'ghum, c’est-à-dire au millet d’Inde. M. Fée a démontré que le ze'ia des Grecs (le zea des Latins) correspondait , non pas au maïs, mais à Vépeauft'e {triticum spella), et que le millet noir de Pline est Vholcus niycr ou sorgo nero des Italiens. Quoi qu’il en soit, il est incontestable (pi’il n’est fait îtucune mention de maïs avant la découverte de hyXinérique, et tous les historiens de la coiHpiéte du nouveau

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monde rapporlent (|nollc lut l’culmiration des Kurü|)êens en voyant eelte niagnili(|ue jdante aux grains dorés.

Bruyer, dans son traité De i1e ciraiua de 1560, parle du maïs comme servant seulement à la nourriture des nègres et de plusieurs peuples américains. Il dit expressément que le millet était raliment principal des populations du midi de la France, qui cultivent aujourd’hui le maïs, et il parle de la bouillie ((u’elles préparent avec la lariiie de millet et qu’elles appellent millas ou miliasse , nom (|ui est resté à la bouillie du mais. Si l’on peut aflirmer avec assurance que la culture du maïs n’était pas établie en grand avant le xvii® siècle dans aucun pays de l’Europe, il est dilïicile ou même impossible de fixer la date précise de l’introduction du maïs dans chaque province eu particulier : cette introduction s’est faite en général obscurément et ce n’est que peu à peu que cette céréale a empiété sur les céréales indigènes. Les raisons qui rendent difficile de fixer avec une précision rigoureuse l’époque de son introduction dans certains pays, se présentent encore lorsqu’il s’agit de fixer l’époque où cette plante est devenue la base définitive de falimentation des classes pauvres, où elle a dû, par conséquent exercer une inlluence notable sur l’économie. Néanmoins, toutes les données exactes de l’histoire, à cet égard, se trouvent en parfaite harmonie avec celles qui ont été établies louchant l’origine de la pellagre. Ainsi, pour f Espagne septentrionale, malgré la discordance des botanistes espagnols relativement cà l’origine du maïs que le plus grand nombre fait venir d’Amérique, tandis que d’autres, avec Valcarel, le prétendent importé par les Arabes, malgré cette discordance on ne saurait reculer au delà du xvii* siècle l’époque où cette céréale a commencé à remplacer les autres dans le nord de la Péninsule et a changé le régime alimentaire des paysans. Pour l’Italie, fhistoire fournit des dates précises et ces dates olfrent toutes la plus remarquable coïncidence avec celles que nous consignerons à farticle Pellagre.

C’est en vain, dit J. Frank, que l’on objecterait que f usage du maïs fut introduit dans fitalie septentrionale longtemps avant l’apparition de la pellagre, car il est bien démontré que fusage de cette céréale n’est devenu général dans ce pays que depuis un tenjps peu considérable.

En France, le maïs était connu des agronomes dès le règne de Henri II, ainsi qu’on en a la preuve dans \‘d Maison rustique (\e Charles Elienm' et de Jean Liébault. Cette culture j)rit peu de

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(léveloppenient, Parmenli(‘r oxplicpie ainsi œ lait: Il no faut pas 'î seledissimnlor, (lit-il, la cnitnœ du maïs avait pour oniumiis.dans^ lo si(;clo piwédont, U^s soignours dôcirnatours, ainsi qu(i lours l(‘rmiors, parce' (pie ce grain était exempt de la dîme; d’un autre' cote, sa vigoureuse v('gé(ation lit croire à ceux ([ui n’en savaient ])îis davanlage (pi’elle nuisait sensiblement à la n'îcolte qui lui succédait. On accuse m(>me la jioiissière du cliarhon de maïs se r(*pandant dans les champs sur lescpiels on semait du rrornenl, d’occasionner du blé noir. Le même auteur parle encore de la surprise extrême des Parisiens, lorsqu’ils virent la plante américaine en plein champ sur le sol de la plaine de Grenelle et au Gros-Caillou et qu’ils acquirent la preuve que ce grain pouvait, dans leurs environs, ai’river à maturité.

Ce n’est que dans le cours du xvin® siècle que le maïs a pris de l’importance parmi les cultures du midi de la France. Le Béarn seul j)araît faire exception, si l’on s’en l'apporte à la phrase suivante d’un rapport fait en 1698 par Guyet, intendant de la généralité de Pau. On n’y sème, dit Guyet, que peu de seigle et encore moins de froment, mais on y recueille quantité de millet qui est une sorte de blé venu des Indes,* dont le peuple se nourrit.

Ce fut seuleoient pendant la seconde moitié du siècle dernier que les habitants de la plaine de Lauraguais, que Picot de la Peyrouse appelle le véritable pays du maïs, remplacèrent définitivement par cette graminée la culture du pastel et que le maïs devint insensiblement l’aliment principal du peuple. Dans le département de l’Aude on ne connaissait encore que le maïs roux en 1760, suivant le baron Trouvé, et la culture de cette céréale n’était pas très répandue; elle se substitua peu à peu à celle du millet dans tous les départements pyrénéens, et son importance s’accrut d’années en années, à mesure qu’on aperçut les immenses avantages économiques qu’elle pouvait olfrir. La culture du maïs s’étendit aussi rapidement dans l’est de la France : on le vit prospérer bientôt dans les Vosges, le Jura et dans toute la Bourgogne. Elle fit des progrès plus lents dans le centre, où il paraît cependant qu’elle avait rendu quelques services |)our la confection des foyers économiques après la disette de 1709. Elle était à peu près inconnue dans l’Orléanais et les provinces voisines en 1712, comme cm en a la preuve par les observations d’Angran de Bueneuve.il y a, ditil, une espèce de grain, fort utile, qu’on appelle maison blé d’Inde, ou blé de Turquie. Je suis surpris de ce qu’on cultive si peu de ;

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maïs en ce pavs, élanl (run si graïul prolil qu il est et n exii^eant pas plus (le travaiix que les autres grains. Mais vers la lin du siècle dernier l’essor du maïs vers le Nord a etc considci’able ; en 1790, Arthur Young tra(:a sur la carte de France une ligne (d)lique à l’équateur, inclinée au méridien de 60 degrés environ, au nord de laquelle cet illustre savant croyait que le mais ne pouvait pas mûrir. Cette ligue partant de l’embouchure de la Garonne, traverse les plaines du llerry, du Nivernais, de la Champagne, de la Lorraine et se termine au Rhin près de Landau. Ainsi à l’ouest, cette céréale ne dé|)asserait pas le A5® degré de latitude nord, tandis que dans nos provinces de l’est elle se rapprocherait du /i9® degré. Mais ces limites ont été dépassées. Le maïs a franchi la Garonne et la Loire. On a vu des agriculteurs des rives de la Dordogne et de la Charente, ceux de l’Indre et de la Sarthe, ceux du Maine et de la Haute-Vienne s’attacher à en faire un produit régulier de leur sol. L’émulation gagna les habitants de nos provinces septentrionales, et l’on vit le maïs monter jus- (pi’à Bruxelles, où François de Neufchàteau assurait que les variétés précoces réussissaient très bien. Déjà, avant cette époque, des expériences nombreuses de culture avaient été faites aux environs de Paris. Outre la plaine de Grenelle, où Parmentier avait fait des essais, les coteaux de Montreuil, de Charonne, de Chamjn'gny, les environs de Pantin, etc., eurent des champs de maïs. Saint-Genis étudia pendant cinq années consécutives les résultats de cette culture et remarque que toutes les expositions des environs de Paris ne lui étaient pas également propres et que s’il mûrissait sur beaucoup de points, il n’acquérait pas la dessiccation nécessaire, en sorte que souvent il était surpris parles gelées prématurées de rautomneet pourrissaii sur pied. Depuis cette époque jamais le maïs n’a disparu des environs de Paris. Le département de Seine-et-Oisc en avait ])lus de 102 hectares en 1838. Le département de la Seine en possédait 15 hectares dans la môme année. On se souvint qu’en 1829 la Société d’horticulture de France chercha de nouveau à favoriser le développement de la culture du maïs dans le centre du royaume; et les instructions (ju’elle répandit eurent pour lésullat de faire couvrir de cette graminée plus de 20 hectares aux environs de Paris.

Le maïs est évidemment une plante qui se naturalise assez facilement sur une grande ])artie du sol. Sa maturité et surtout sa dessiccation sont souvent com[)romises, môme dans nos départe-

nients nu'iidionmix, conmic (laiis mie [wirlie de rEs|tagii(‘. et d(; riüdie. Il résiste assez bien aux froids, surtout aux gelées, aux pluies froides, à la grcMe et aux brouillards de nos prititenijis. (In a dit iju’il pouvait indrir là où le raisin et les fruits des mûriers et du ebàtaignier mûrissent, mais cette assertion ne paraît pas rigoureusement vraie, et il semble (pie la maturité jiarfaite du maïs n’est [las assun^e dans beaucoup de pays où le raisin et la mûre viennent constamment à parfaite maturité. Nous savons (pie la vigne n’atteint pas aujourd’liui la limite de culture (ju’elle atteignait autrefois ; on sait ([ue le Calvados avait d’assez bons vignobles et que la vigne montait jusqu’aux Flandres. Or, le maïs ne pourra jamais mûrir aussi haut.

Ces provinces ontrenoncé à la vigne, parce que, à mesure qm* l’agriculture s’est perfectionnée et que les développements du commerce ont multiplié et rendu plus faciles les voies d’écbange, chaque pays a compris l’avantage de remplacer une culture d’un produit irrégulier et de faible qualité par des cultures mieux accommodées à la nature du sol et du climat. Des considérations de même nature tendent évidemment à réprimer l’élan du maïs vers le nord et à restreindre son développement même dans les pays vignobles. Les résultats des récoltes (lu maïs dans les départements delà Seine et de Seine-et-Oise avaient déjà conduit Saint- Genis à reconnaître que le plus grand nombre des terres de ces contrées étaient peu convenables au maïs, et Parmentier luimême, un peu revenu de son engouement, déclarait que ceux qui avaient avancé que la culture de cette céréale était praticable dans les départements où la vigne prospère s’étalent trompés. Car, dit-il, le maïs ne mûrit point dans les départements de la Marne et de la Haute-Marne, où le raisin obtient cependant assez constamment une maturité complète. On voit, d’après cela, que dans nos départements du nord, de l’ouest et du centre, le maïs devrait être surtout utilisé comme fourrage, et qu’il serait au moins nécessaire d’appliquer certains procédés usités en llourgogne pour la dessiccation etla conservation de celui qu’on destine

à l’usage de l’alimentation de l’homme.

Parmi les espèces et les variétés si nombreuses de maïs déjà naturalisées en Europe, il faut déterminer celles qui sont les plus ])ropices à chaque nature de terrain, à chaque mode de culture, lies plaintes des médixdns italiens sur les variétés précoces connues sous les noms de quaranlain et cinquanlain, les remar(|ues

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laites par tous les observateurs depuis Parmentier jus((u’à bouafoussurles dillercuces d’aptitudes et d’exigences des diverses variétés, prouvent la nécessité d’exécuter, aupointdevue del liAgiène publi<pie, des études (pii n’ont été commencées (|ue sous le rapport des intérêts agricoles. Le maïs ne lait ])as exception a la loi qui condamne toute plante et tout être organisé a ne pouy)ii s’accommoder fpi’à certaines conditions d existence, a ])rospcj ci dans un milieu, à dépérir dans un autre. Or il faut ici songer (ju a la santé de la plante, à sa prospérité, sont li(;es la santé, la prospérité de l’homme qui s’en nourrit. On sait quecertairms variétés résistent mieux à riiumidité^ d’autres a la sécheresse, d autres au froid ou au vent. Il faudrait donc naturaliser dans les pays cpii sont plus ou moins exposés à telle ou telle vicissitude la variété qui la brave le mieux.

11 est probable ipie la composition géolog'i([ue des terrains a plus d’inüuence cpi’on ne croit sur les ([ualites du mais. La r(‘colte de cette céréale dans les jiays où la maturation est plus ou moins fré(]uemment compromise par les intempéries atmosphériques, dans la France entière, par conséquent, devrait être 1 objet d’une attentive surveillance de la part de l’autorité publique. Dans les années chaudes et les étés secs, le maïs seme en avril est bon a l•écoUer à la lin de septembre dans les départements méridionaux, un ])cu plus tard dans le centre ; mais dans les années froides et pluvieuses, le grain de maïs , à cette époque déjà si avancée de l’année, est à peine mûr et n’a pas atteint la dessiccation qui est nécessaire à sa conservation. C’est même sans doute pour parera cet inconvénient que les bourguignons ont été conduits à terminer artificiellement la dessiccation du maïs en le faisant, passer au four. Cette pratique a peut-être contribué puissamment à jiréserver les paysans de la bourgogne de la pellagre endémique. Il est encore une pratiijue à laquelle les habitants de la campagne se livrent dans le but de procurer au bétail une nourriture qu’il aime beaucoup, v’eii-ii-div(iV étalement (lu maïs, (jui ('onsiste dans l’ablation de la tige au niveau de la naissance de l’épi, quehpie temps avant la récolte. Les avantages et les inconvénients de ce retranchement ont été un sujet de contestation parmi les agronomes; bosc, entre autres , lui a reproché de nuire à la saveur et surtout au volume du grain ; mais s’il était vrai que celte opération lut un moveii d’accélérer la maturité du grain et sa dessiccation , peut-être serail-il convenable de le généraliser el di* h* prescrire partout

MAIS

OÙ la inaliiration paraît compromise. La question des moyens de conservation du maïs est sans contredit l’une des plus inqjortantes pour riiygiène et une de celles dont il serait le plus urgent (pje radminislralion s’occupât. Ces moyens se raj)porU;nt à la conservation soit du maïs en grain, soit du 7naïs en farine. Le maïs en grain se conserve, soit pa^ l’air chaud , qui opère sa dessiccation , à l’aide de procédés variables suivant les i)ays, soit par le leu, dans les pays où l’air ne sulïit pas habituellement. La dessiccation du mais par le feu paraît, aux yeux du docteur Th. Roussel, jouer un rôle assez important pour qu’on puisse lui attribuer rimmunité dont jouissent les paysans de l’est de la France, au point de vue de la pellagre.

Lorsque cette céréale n’a pas subi l’utile opération du dessèchement au four, etqu’après avoir été égrenée et vannée elle est dé[)Osée dtms les greniers, elle demande beaucoup de vigilance et de soins. Parmentier a reconnu que, quelque sec que soit le mais, il se détériore facilement. La disposition des greniers est donc un des points importants à étudier, surtout dans les pays où l'on panifie le maïs.

Le pain de mais est, dans nos climats, d’une conservation plus difficile encore que le grain ; la farine passe, suivant Parmentier, pour ne se conserver que quelques mois ; mais ce savant attribuait cet inconvénient aux moyens employés pour sa conservation. Il faudrait donc s’occuper aussi de cette question au point de vue de l’hygiène publique. On sait que les Indiens et même les Européens qui naviguaient dans les mers australes et qui emportaient avec eux pour le voyage de la farine de maïs, avaient soin d’emporter de la farine grillée.

On ne peut dire que très peu de choses des maladies du maïs; c’est un sujet à reprendre tout entier. Au commencement de ce siècle, on ne lui connaissait d’autre maladie que le charbon, dont Tillet avait donné une description dans les Mémoires de l’Académie royale des sciences, en 1760. Imholf soutint , plus lard, à Strasbourg, sur ce sujet, une thèsedans laquelle il chercha à démontrer que la poussière renfermée dans les es{)èces de tumeurs qui constituent le charbon du maïs est sans elfel sur l’économie animale. 11 avala de cette poussière le matin à jeun, il en prit par le nez en guise de tabac, sans éprouver aucun ellét. Il conclut qu’il en était de cette poussière comme de celle de la cai'ie du blé, qui n’est pas nuisible aux animaux. Depuis cette ejioque,

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OU il élmlié \c charboîi i\i\ point de vue de l’Iiisloire iiiiturelle, et de Candolle en a lait un cliampignon i[u’il a nommé uredo maïdis. Les Italiens connaissent bien cette alîection, ((u’ils désignentsous le nom de goitre du maïs. Dans le Iloussillon, on connaît depuis longtemps deux maladies du mais, cpii sont Vétiolement et Ze rachitïsme. La lige du maïs étiolé est mince , elïilée, ne Iructilie point ou produit des épis chétifs ; celle du mais rachitique se noue, se courbe et ne fournit point de grains. Parmentier, qui ne connaissait pas d’autres maladies que les précédentes , prétendait néanmoins que le maïs pouvait éprouver d’autres accidents donnant lieu à des états particuliers du grain. J’ai rencontré, disaitil, des tiges qui avaient une apparence saine et les grains gâtés dans l’épi. J’ai vu des pieds très vigoureux, ayant des points de moisissure sur toute la surface et leurs épis corrompus. Souvent il y a des liges très belles auxquelles il ne paraît pas qu’il soit arrivé d’accidents et qui sont cependant infécondes ; on les nomme, à cause de cela, chapons. Eufm le docteur Balardini, de Brescia, en 18Zi5 , fit une étude spéciale du développement d’un parasite fongoïde, qui s’observe fréquemment dans l’Italie septentrionale, où il est connu sous le nom de verderame (vertde-gris). Ce fongus parasite a été placé dans le genre sporisorium et paraît être, d’après bon nombre d’auteurs récents, l’altération principale qui présiderait au développement de la pellagre. Cette altération ne se manifeste qu’après la récolte et lorsque le grain est placé dans les greniers. Elle apparaît dans le sillon oblong couvert d’un épiderme très mince qui correspond au germe. Cet épiderme (qui dans l’état normal est ridé et adhérent à l’embryon), lorsque la production morbide que nous examinons est née, se détache de celui-ci et s’épaissit un peu; pendant quelque temps, cependant, il conserve son intégrité, laissant voir seulen.ent une matière verdâtre qui paraît lui être sous-jacente ; si l’on enlève la pellicule épidermiiiue, on trouve, en elïèt, au-dessous , un amas de poussière , ayant la couleur du vert-de-gris plus ou moins foncé : c’est un véritable produit parasite qui attaque d’abord la substance voisine du germe, se porte ensuite sur le germe luimême elle détruit. Le docteur Balardini a plusieurs fois essayé de laire germei’ des grains de maïs attaqués de verderame, en les plaçant dans les conditions les plus favorables, il n’a jamais pu réussir. La matière inorbili([ue dont il s’agit se sépare en une inlinité de très petits globules, tous égaux entre eux, parfaitement

maïs.

s|)h(M'i(jiR‘S, (liaplianes, sans (races de sporldioles internes ou de dia))hragnies, sans vestiges de cellulosités ou d’appendice à la surlace; lisses cl très simples. En comparant cette matière avec la larine du grain demeuré sain , on a trouvé qu(; celle-ci était tonnée de cellides irrégulières, imparraitement sphériques ou plutôt poIyédri(pies, à angles obtus, souvent inégaux et deux lois au moins i)lus volumineuses que les granules mgcéloïdes de la matière en question. Outre l’analyse niicroscopiqiie, une analvse chimique très attentive a démontré la nature l'ongoïde de ce produit; on a trouvé, en effet, au lieu des éléments ordinaires qui composent le maïs, une forte dose de stéarine, de la résine, de l’acide fongique et une substance azotée , fluide et ammoniacale.

Le docteur Balardini, et plusieurs personnes qui ont fait avec lui des expériences, ont reconnu que le développement de ce parasite, en modifiant la composition intime du grain de maïs, transforme aussi sa saveur, naturellement assez douce, lui donne un certain degré d’amertume et d’àcreté, de manière à produire une sensation de chaleur au palais, le long de rcesophage et à déterminer des nausées.

L’altération par le verderame est très fréquente, comme nous l’avons dit, dans l’Italie septentrionale, et il n’existe peut-être pas un grenier, suivant le docteur Balardini, où l’on n’en trouve quelques traces. Elle se montre surtout très commune après les années froides, les automnes pluvieux, qui s’opposent non seulement à la parfaite maturité du grain, mais encore à sa dessiccation.

Le même auteur croit avoir remanjué que les variétés que fon nomme en Italie grand maïs d’ automne [zea mays auHimnalis vulgaris), maïs qnarantain {zea mays prœcox), sont plus souvent atta- (|uées par le parasite que la variété que l’on appelle ?naïs d'été ou d'août [zea mays vulgaris œstiva).

Toutefois, en admettant que par elles-mêmes et indépendamment de l’état de sécheresse ou d’humidité des lieux où l’on dépose le produit de la récolte, certaines variétés de maïs ])uissent contracter \q verderame, il est certain, cependant, que l’inlluence du milieu est très puissante, même sur le maïs sain et recueilli dans sa parfaite matui’ité. Le docteur Balardini a vu des tas considérables de maïs bien desséché et d’une excellente (jualité, présenter, au bout de ([uelques jours, la maladie en question, à la suite du contact d’une j)etite (piautité d’eau qui s’était écoulée du toit ([ui |)rotéu’eait la récoltt*. Ee médecin a fait, en outre, des expériences

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(|iii lui oui prouvé l’inlliuMico touto-])uissaiito do l luimidito sur lo (lévoloppomont du verdcrame . Si l’ou rapproclu3 ces ohsorvalions de la description (pie Casai a doiince du cliniat des Asturies, ou toutes les substances organisi^es sc couvrent avec une extrême lacilité de moisissures, on sera conduit à soupçonner rpie le parasite du maïs doit se développer plus fréquemment encore dans l’Asturie d’Oviédo que dans la Lombardie. L’humidité intérieure du grain imparfaitement mûr suffit pour produire le verderame, sans qu’il soit nécessaire d’une grande humidité extérieure, et s’il est vrai que ce parasite soit réellement la cause de la pellagre, on comprend très bien comment la pellagre se voit en Espagne, en France, en Italie, sur des terrains secs. De l’ensemble des expériences faites sur l’homme et sur les graminées avec le maïs aflecté de verderame, le docteur Balardini a conclu :

1° Que la partie encore nutritive qui reste dans le grain malade est moins apte à la nutrition et à la réparation de l’organisme et des forces, puisqu’on voit maigrir et dépérir lentement les animaux qui s’en nourrissent exclusivement.

2o Que le grain aflecté de verderame renferme en outre des principes délétères âcres, inassimilables, capables de produire des etfets nuisibles sur l’homme , et s’il est longtemps mis en usage comme aliment du cultivateur et du journalier pauvre, de ravager tellement l’organisation en altérant les conditions normales des organes digestifs, pervertissant les humeurs et la crase du sang, qu’il arrive à engendrer une forme morbide spéciale, qui est la pellagre. Il se comporte, du reste, d’une manière analogue à celle des autres poisons végétaux et des autres céréales altérées par ties productions fongoïdes de natures diflerentes, et qui produisent chacune une forme morbide particulière chez l’homme. Giuseppe llonetti de Cazzago rapporte qu’un chien de chasse était nourri tous les jours de bouillie de maïs, cà laquelle on ajoutait quelques restes (le la table de ses maîtres. On vit à l’age d’un an se développer sur son dos et jus([u’à l’extrémité de la queue un érythème mordicant, avec déchirures de l’épiderme produites par l’action de gratter, et un suintement d’une humeur épaisse qui lormait des croûtes, lesquelles, en tombant, entraînaient la chute dos poils. Le siège de cette afléction variait, et lorsque les croûtes étaient tombées sur un jioint, (‘lies se reformaient sur un autre. On essaya inutilement diverses médications contre cette maladie; mais eniin, d’a[)rès le conseil des personnes (pii avaic'ut observé

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des laits seniblal)les, on cessa de nunri’ir ce cliien avec du iiiuïs. Pendant qnel([ne temps on ne lui donna (jne des liouillies d’orge et de Iroment, aux(|uelles on ajoutait des raves et des pommes de terre. Bientôt on vit le prurit diminuer, le suintement diminuer lui-mème et bientôt après la desquamation. L(îs poils revinrent ensuite et l’animal parut entièrement guéri ; en outre, il n’avait plus cet appétit dévorant qu’on avait remarqué pendant tout le temps de sa maladie. Plus tard, on reprit l’usuge de la polenta du maïs et l’on vit reparaître les mômes altérations cutanées et les mômes symptômes morbides qui ont été décrits plus haut, et une nouvelle interruption de ce régime rétablit de nouveau la santé de l’animal. On voit combien le maïs mérite l’attention des médecins hygiénistes sous le double rapport de l’inlluence profonde qu’il peut avoir sur la santé des populations agricoles et sur l’importance considérable qu’il possède en agriculture. Son importance est encore plus grande qu’on ne le suppose d’ordinaire. Il tient une place considérable dans la nourriture des paysans des Landes, des Pyrénées, d’une partie de la Bourgogne, du Languedoc, de la Provence, du Dauphiné, etc. Il est généralement connu sous le nom millet, et il contribue à l’alimentation directement et indirectement : indirectement, parce qu’il s’utilise en grains, en farine, comme moyen d’engraissement des bestiaux, du bœuf, des vaches dont il augmente le lait, des veaux, des volailles, des pigeons, du cochon surtout, dont la chair est d’un usage continu chez le cultivateur. Il se donne en fourrage vert et sec; sous cette forme il constitue un élément essentiel pour la nourriture de l’espèce bovine, depuis le 15 juillet jusqu’à la mi-novembre, môme pendant les premiers mois de l’hiver. Dans le môme but on a cherché à employer la rafle brisée en morceaux, et moulue au moyen d’un moulin à farine. Généralement cette dernière est brûlée, sous le nom de charbon blanc. Tout est donc profit dans le maïs, les feuilles, les panicules, les tiges, la graine, la raüe, à l’exception des racines envisagées cependant avec raison comme un engrais.

On évalue à 8 millions d’hectolitres le maïs récolté en France. Cette céréale n’exige, au contraire du hlé, qu’une très petite quantité de semence; on n’a pas à tenir compte, par conséquent, sous ce rapport, d’une réduction considérable, lorsqu’on l’étudie comme aliment. Ce serait d’ailleurs commettre une grande erreur que de répartir sur la totalité de la population la somme de maïs

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produite et consoimiiée. Celte sul)slaiice n’est d un usage ordinaire que dans eertaines eirconseri[)lions territoriales, les autres n en usent que très peu ou môme pas du tout. Pour les premières, elle doit être regardée comme la base principale de leur alimentation.

Son rendement en farine est en outre bien plus considéiable que celui du blé. Il donne par sac de 1/0 livres a 153 livres de farine, et 16 livres de son, lorsque le sac de blé pesant 180 livres ne fournit que 105 livres de farine, avec 34 livres de son.

La farine de maïs se compose de fécule (ce sont les 3 '4 et plus), de matières sucrée et animalisée, de mucilage, d’albumine, d’eau, de son. D’après quelques auteurs, elle ne contient pas de gluten ; d’après d’autres, au contraire, elle en renferme, et la zéine que M. Bizio et Graban y ont découverte n’est certainement (|ue le gluten ou maïs , dont elle fait environ les 3 centièmes.

On a prétendu que les épis verts du maïs étaient mangés comme légumes, comme on peut en griller les gi'ains tendres et encore en lait. Les enfants s’amusent aussi quelquefois à en faire éclater quand ils sont très secs, sur la pelle rougie; mais ces fraises^ ainsi qu’on les appelle dans quelques localités, n’ont guère d’autre importance que de se rattacher à un divertissement. Le véritable usage économique de la farine de maïs consiste dans sa conversion en millas ov\ gaude, polenta, c’est-à-dire en bouillie. On

prépare celle-ci en jetant la farine dans une marmite renfermant del ’eau qu’on a eu le soin de chauffer; la ménagère, appuyant ses pieds sur une large pierre posée entre elle et l’ustensile culinaire suspendu, l’agite vivement au moyen d’un long morceau de bois arrondi à l’extrémité supérieure, plus large à son extrémité inférieure, et qu’on appelle cuillère. Elle a le soin d’ajouter la farine par pelitc quantité, afin que ce mélange soit parfait, et ne présente pas de grumeaux, c’est-à-dire de petits tassements de farine résistant à l’action du calori(pie et à celle de l’eau. On est dans l’usage de joindre à cette préparation une petite quantité de sel niarin, pour lui donner de la saveur.

La confection du millas provoque une assez grande fatigue, à cause de la rapidité des mouvements qu’elle exige; elle offre des ditïicuUés plus grandes, à mesure que la masse s’augmente et devient plus conq)acte. D’ailleurs le feu doit être largement entretenu; aussi les jeunes ménagères peuvent-elles seules se charger de l’opération, a condition môme de ne la terminer (jue ruisselantes de sueur.

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Lors(|ii’il est prêt, le millas est versé dans de grands plais, ou sur un linge, ou souvent sur uiui table nue. Là il ne tarde pas à se rclroidir; partout où il se trouve en contact avec l’air, il se recouvre d’une petite couche, peu épaisse, très bien désignée en langage languedocien par le mot j)el, en français pmw. Il ne reste dans la marmite, adhérente à ses parois et souvent brûlée, qu’une croûte qu’on destine aux cochons, mais dont les enfants se montrent assez friands.

Quand le millas conserve encore une certaine chaleur, on le découpe pendant le repas avec un couteau , le plus souvent avec un lil , et on le mange seul ou accompagné d’autres aliments. Devenu froid, ou s’en sert de la même manière, ou bien on le divise ])ar tranches, qu’on fait griller au feu ; celles-ci ne tardent pas à se couvrir, sur toute leur surface, d’une peau plus épaisse que celle dont il vient d’être question.

Très exceptionnellement, on prépare le millas avec une très petite quantité de graisse. Les propriétaires seuls connaissent ce genre de raffinement ; dans ce cas, ils y ajoutent quelques gouttes d’eau de fleur d’oranger. Plus souvent ils mettent le millas en friture recouverte de sucre râpé. La farine de maïs entre auss dans la confection de certains gâteaux pour la table du riche. On la prépare encore au lait et au bouillon ; elle fait la base de la toulbe qu’on mange dans le département de l’Isère, et des galettes de cette partie du département des Hautes-Pyrénées qu’on appelle le Bigorre. On dit aussi que dans les Landes , dans le Lot-et- Garonne, etc., on met à fermenter la pâte de millas, et que l’on en forme pour l’hiver des gâteaux lourds, spongieux, indigestes, que l’on nomme mülasses. Quoi qu’il en soit, c’est surtout en le convertissant en millas , que le paysan se sert de la farine de maïs, qu’il en absorbe d’énormes quantités au repas du matin, à celui du soir et plusieurs fois pendant la journée ; voilà sans doute une justification suffisante des développements qui viennent d’être présentés.

La transformation du mats en pain existe, mais non pas sur une aussi large échelle. Le, pain dans la composition duquel il entre comme seul élément [méture) est fade, insipide, peu levé, visqueux , d’un jaune safrané quand on s’est servi de maïs jaune, d’un jaune blanc lorsqu’il est fait avec le maïs blanc. Celui qui provient d’un mélange de maïs et de froment est aussi bon que le pain de métm’l, de facile digestion et se conserve longtemps frais.

MAISONS d’accouchement.

A l’appui (le cette assertion, il faut dire qu’il est peu de minois où l’on n’introduise de la farine de maïs blanc, que môme ce dernier ne s’est substilué, dans quelques localités, à 1 autre variété qu’à cause de cela. C’est une fraude sans doute, puisqu on livre au consommateur un produit moins cher que celui qu on lui avait promis, mais au moins elle ne présente pas 1 inconvénient de compromettre la santé publique.

Sous toutes ces formes, le maïs constitue une immense ressource pour l’alimentation du paysan. Son usage est, il est vrai, moins général que celui du froment; pourtant, aux lieux ou il existe, on doit en regarder la consommation comme plus considérable.

Là il forme la nourriture principale ; après lui , on ne peut en reconnaître que d’accessoires. Les autres céréales elles-mêmes, le froment en particulier, doivent être ainsi appréciées, par comparaison avec cette substance. — Foy. Pellagre.

Bibliographie. — Traité du mais , par le docteur Duchesne {Mémoires de l’ Académie de médecine, Paris, 1833, t. II , p. 206 à 264). — Notice sur le maïs et sa culture, par T. Roussel. Paris, 1845. — Histoire naturelle, agricole et économique du maïs, par Bonnafous. Paris, 1836. — Du maïs considéré dans ses rapports avec l’hygiùne et la médecine, par Bonnafous (ibèse de Montpellier, 1834). — Le maïs apprécié sous tous ses rapports, par Parmentier. Paris, 1812. — Supplément , par François de NeufchSteau. Paris, 1817, in-8. — Mémoire de la Société royale et centrale d’ agriculture, par le baron Trouvé. Paris, 1814. — Voyage en France, par Arthur Young. Paris, 1794. — Les paysans français, par les docteurs Anacbarsis Combes et Hippolyte Combes. Paris, 1853. — Essai politique sur la Nouvelle-Espagne, par Humboldt, p. 372. — Agricoltura general de Espagna, par Valcarel. Valencia, 1768-1786. — Ann, univ. di medicina, Balardini, Brescia, mai 1845, p. 244. — Essai sur le département des Landes, par Barante. — Statistique des départements pyrénéens, par Dumège, in-8. — Mémoire du docteur Hameau (Bulletin de l’Académie de médecine, t. I, p. 440, t. II, p. 6, t. X, p. 788). — Recherches sur le maïs ou blé de Turquie, par Pallas. Saint Orner, 1837, in-8.

MAlSoaîS. — Voy. Habitations.

I?lAI!$OAS «’ACCOUCHElflElVT. ^ Les établissements destinés spécialement aux femmes en couches sont décimés presque régulièrement par une elfroyable mortalité.

Depuis bien des années, les médecins accoucheurs et les hygiénistes ont apporté sur ces lieux de secours une attention constante; tous se sont accordés à prescrire comme le moyen le plus elïicace de lutter contre le fléau de la fièvre puerpérale Faccomplissement rigoureux de toutes les mesures hygiéniques jiossibles. En un mot, les maisons d’accouchement doivent, d’après tous les auteurs conqietents, olïrir au plus haut degré toutes les garanties

27^1 MAISONS D’ACCOUCnEMKNT.

(le sécuriUi (jiie |Knit oIVrir riiygii^iie la plus s(‘vère el la mieux entc'ndue.

Les cndrls de Ions les pathologistes ont éü' dirig(‘s autant vers les moyens de s’opposer au développement de la lièvre puerpérale que vers les moyens si ineertains de la guérir. Malgré (*ela, elle se montre fréquente dans tous les étahlissements de maternité d(;s grandes villes d’Europe ; et partout elle est également réfractaire aux agents lhérapenti(jues employés contre elle.

Ce lléau des nouvelles accouchées a cela de commun avec toutes les maladies épidémi([ues, avec ou sans caractère contagieux, que chaque épidémie de cette cruelle alfection possède en quelque sorte son génie propre, quelquefois méconnu au début, et qui ne se révèle dans un certain nombre de cas ijue par les résultats du traitement.

C’est une vérité bien acquise aujourd’bui, et l’histoire de plusieurs épidémies l’a établie hors de doute, qu’en vertu de ce génie propre, et malgré l’apparence trompeuse des symptômes, tel ou tel mode de traitement réussit ou échoue. On comprend sans peine qu’en présence de telles difficultés thérapeutiques les études se soient dirigées vers la prophylaxie de la lièvre puerpérale.

S’il n’a pas été possible jusqu’à présent de découvrir la cause essentielle de la fièvre puerpérale, on a pu du moins signaler dans quelles conditions elle se manifestait le plus souvent et les circonstances qui paraissaient avoir sur son développement une action bien marquée. Parmi ces conditions, celles dans lesijuelles on voit se développer d’autres épidémies tiennent le premier rang: ainsi la viciation de l’air par l’encombrement, par la putréfaction de matières végétales ou animales, la chaleur, le froid, le sec, l’humide, ont été successivement invoqués. Admises comme causes déterminantes par beaucoup d’auteurs, elles ont été regardées par d’autres comme ayant une- très faible action dans le développement de la maladie, et des faits bien observés sont venus à l’appui de ces différentes opinions. Ce qui semble assez certain, c’est que dans les relations de toutes les épidémies de lièvres puerpérales, on a vu toujours quelques unes de ces causes indiquées comme ayant joué un ride souvent important. On a nu, il est vrai, des épidémies se développer dans les diflércnts étals (juc peut présenter l’atmosphère; mais il ne faudrait pas conclure de ce qu’une maladie se (léveloppe pendant la chaleur, que le froid ne puisse la favoriser sous l’inlluence d’un agent qui nous échappe.

MAISONS D’ACCOUCnEMKNT.

En elTot , comme la médecine nous en oiïre de noinhreux exem- |des, des causes différenles peuvent amener des résultats semblables, et tout porte II croire qu’un air corrompu peut, dans beaucoup de cas, être cause de maladies qui, à la ligueur, se de veloppent quand l’atmosplière ne présente à nos moyens d’investigation aucune trace d’impureté. AVhite en Angleteiie, Peu et Tenon à l’Hùtel-Dieu de Paris , ont depuis longtemps accusé l’insalubrité de Pair que respiraient les nouvelles accouchées; M. Voillemier a parlé des conditions hygiéniques peu favorables dans lesquelles se trouvaient les femmes à 1 hôpital des Cliniques , MM. Baudelocque et Lasserre ont étudié avec soin et signalé les conditions d’insalubrité de la maison d accouchement. Comrnent ces causes, qui agissent d’une manière si évidente dans certaines circonstances sur des individus bien portants, n auraient-elles pas une grande influence sur des femmes affaiblies déjà par la gestation et le travail de l’enfantement. On sait d ailleurs quelles sont les émanations qui s’échappent des nouvelles accoucliées , et combien est puissante chez elles l’ahsorption miasmatique. Outre ces causes générales , des causes individuelles nombreuses ont été signalées par les auteurs, telles que la misère et les privations pendant la grossesse , les préoccupations morales de certaines accouchées sur leur sort et sur celui de leur enfant, la répugnance qu’inspire parfois l’hôpital aux malades, et enfin l’effroi causé par l’apparition bien connue de l’épidémie meurtrière. Il est d’aufres causes indiquées par les pathologistes, qui ne paraissent pas avoir l’influence f[u’on leur a parfois attribuée. Ainsi, la durée du travail, le nombre des accouchements précédents, les manœuvres obstétricales, n’ont offert dans quelques épidémies dernières aucune signification particulière. Ce qu’il y a de remarquable, c’est qu’assez souvent certains jours sont marijués par l’invasion subite de la maladie chez toutes les femmes accouchées ensemble, tandis que les femmes accouchées le lendemain ne présentaient quelquefois aucun symptôme fâcheux. La fièvre puerpérale se manifeste alors par bouffées. Toutes les femmes accouchées le même jour sont prises ensemble des mêmes accidents, et souvent aussi ])resque toutes celles de la même série succombent, et cela à un tel point, que parfois le jour de l’accouchement a pu être un des éléments qui faisaient porter un pronostic ydus ou moins grave, (les jours, (ju’on pourrait appeler néfastes, sont souvent marqués yiar un changement brusque dans la température. Ces

MAISONS d’aCCOIj'CHEMI'M'.

lails oiiLoLo siirlout J)i(MuWi(lcnLs peiidiiiiL le cours (rime (‘jiideiiiie relalée par docteur Alexis Moreau, eu 18/i/i. Euüu (juelques troubles lonctioimels ont (3té admis comme causes par certains auteurs, tels (pie la suppression de la sécr()tion du lait, (jui a donné lieu à ces tli(‘,ories des métastases laiteuses qui ont eu longtemps cours dans la science; la suppression des lochies, à laquelïe (ïorter et White ont Fait jouer un si grand nMe ; la constipation, la rétention des urines, etc. Mais comme ces prétendues causes sont fort problématiques, elles méritent peu d’arrôter l’attention.

La question de la contagion de la fièvre puerpérale a divisé les médecins. Les uns admettent cette maladie comme contagieuse, les autres la nient , et le plus grand nombre reste dans le doute. Les partisans de la contagion pensent qu’elle peut se transmettre d’une femme malade à une femme bien portante qui respire le même air que la première, ou se sert des mêmes objets, du linge, des vêtements, du lit, etc. Les faits invoqués à l’appui de cette opinion sont loin d’être probants, et, d’un autre côté, les circonstances dans lesquelles la contagion n’a pas eu lieu sont très nombreuses. Quant à une contagion indirecte, dont une personne saine serait en quelque sorte le véhicule, quelques médecins semblent l’admettre. M. le professeur Moreau est tout à fait opposé à cette manière de voir; M. le professeur Dubois pense que sur une question aussi peu assise , le doute est au moins un devoir. Des preuves nombreuses et irrévocables peuvent seules fixer la science relativement à un mode de transmission que repoussent, quant à présent, les idées reçues généralement en physiologie pathologique et en pathologie. Quant à nous, il nous semble qu’on oublie trop facilement que la contagion peut se montrer dans telle ou telle épidémie pour ne plus être évidente dans les autres de même nature qui apparaîtront à des époques diflérentes.

Les conditions administratives et hygiéniques que les maternités doivent offrir sont nécessairement plus rigoureuses que celles de toute espèce d’établissement nosocomial. Les salles doivent y être ventilées et chauffées d’une façon convenable avec une surveillance active de tous les instants ; ces salles doivent être spacieuses, aérées et surtout très peu habitées. L’encombrement doit être évité avec la plus grande rigueur ; car il existe pour les salles des nouvelles accouchées ce qu’on pourrait appeler un encombrement relatif. Ainsi , tandis ([ii’une salle ordinaire aflèctee à d('s femmes en dehors de l’élat piUM’péral pourrait être occupci' par

MAISONS d’ACCOUCUEMENT.

un certain nombre (rimlividus, celle, môme salle peiil devenir un loyer d’infection dangereux , si elle est habitée par un nombre môme inférieur de femmes en couches.

Il est une maladie de nature putride qui apparaît presque exclusivement dans les hôpitaux d’accouchement, de préférence lorsqu’il existe de l’encomhrement : c’est la gangrène des parties génitales. Cette terrible alïèction frappe parfois la plupart des nouvelles accouchées, bien qu’il n’y ait eu aucune violence exercée, bien que la parturition n’ait rien offert d’insolite. Cette complication ressemble beaucoup aux gangrènes phagédéniques et putrides qui atteignent si fréquemment les enfants pendant la convalescence des fièvres éruptives, lorsqu’ils subissent ces exanthèmes au milieu de mauvaises conditions d’hygiène.

La plus grande propreté doit exister dans ces établissements de femmes en couches; la literie, le linge, etc., doivent ôtre renouvelés aussi fréquemment que possible. Les divers ustensiles de toilette dont peuvent se servir les nouvelles accouchées exigent également de la surveillance ; ils ont attiré l’attention de plusieurs auteurs, et un certain nombre d’entre eux paraissent disposés à admettre la possibilité de transmissions morbides par l’intermédiaire de ces objets.

Les fumigations et les lotions chlorurées pourront ôtre avantageuses parfois dans les salles, surtout au moment de la réouverture des établissements après la disparition du lléau qui les fait lermer d’une façon presque périodique. Ces moyens acquerraient môme une importance tout à fait capitale , si l’expérience confirmait les opinions d’un médecin allemand, M. le docteur Semmeliveis, exposées en 1851 devant fAcadémie de médecine par M. Arneth, ancien chef de la clinique d’accouchement de Vienne.

Suivant ce médecin, l’absorption par la muqueuse vagino-utérine des liquides en putréfaction provenant du linge, des parties du placenta, d’instruments mal nettoyés, d’ustensiles, de l’atmosphère môme impregnee de tels atomes, serait la cause la plus fréquente des fièvres puerpérales. Le mode le plus commun d’inoculation serait le toucher exercé par des mains imprégnées de miasmes cadavéri([ues. Suivant M. Semmeliveis, un moyen à l’aide duquel on serait parvenu à nettoyer si bien les mains qu’il ne restât plus aucun atome cadavérique sur l’épiderme, et que par conséquent j)iis la moindre odeur spécifique ne se fît sentir, devrait également réussir a rendre moins nuisibles les autopsies tout à fait indis-

MAISONS ü’ ACCOUCHEMENT.

pensables aux élèves , pour faire des éludes a])j)rofoudies el solides. 11 trouva ce moyeu dans l’eau cblorurée et dans le chlorure de chaux particulièrement. 11 fut donc arrêté, vers la lin de mai 18/|7, que persouue ne serait admis dans les salles de la Maternité de Vienne, cju’il vînt ou non des autopsies, sans avoir trempé, dans la salle d’accouchement même, les mains dans une solution de chlorure de chaux, et sans avoir fait usage de brosses à ongles.

Il n’est pas besoin d’insister sur la nécessité de choisir avec beaucoup de soin les lieux où seront placées les maternités. Il importe également de ne pas construire pour une population nombreuse un seul et vaste établissement. C’est surtout pour les maisons d’accouchement que le système qui consiste à multiplier les hôpitaux pour les rendre moins considérables paraît avoir une supériorité incontestable.

Outre les hôpitaux destinés exclusivement aux femmes en couches, il existe encore dans Paris un certain nombre de sociétés plus ou moins riches destinées à venir en aide aux nouvelles accouchées et à leurs enfants. Parmi ces sociétés, nous citerons particulièrement la Société de charité maternelle, rue de Ménars, h, qui a pour but de rattacher à leurs mères les enfants fatalement voués à l’abandon. Cette association, fondée en 1788 par madame Fouquet, fille de M. d’ Autrement, ancien administrateur des hôpitaux, sut, dès l’origine, se concilier le patronage des personnes les plus recommandables : Marie-Antoinette en accepta le titre de protectrice, et le premier cachet de la Société, gravé sur un trait de Girodet, représente Moïse sauvé des eaux par la fille de Pharaon. Dirigée, à l’époque du Directoire, par madame de Pastoret , l’illustre fondatrice des salles d’asile, elle devait être, sous fempire, établie par toute la France, sous la protection spéciale de l’impératrice Marie-Louise et recevoir une dotation de 500,000 fr. Sous la restauration, madame la dauphine accorda tout son intérêt à cette Société fondée sous les auspices de sa mère; à dater de 1830, la reine des Français en eut la présidence et s’en déclara la zélée protectrice. Aujourd’hui , l’impératrice Eugénie a revendiqué ce noble privilège de la charité, et ces institutions placées sous son haut patronage ont reçu un éclatant témoignage de sa munificence. La Société de charité maternelle secourt, au moment de l’accouchement : 1“ les femmes mariées ayant trois enfants au-dessous de quatorze ans; 2“ celles qui, ayant deux

MAISONS d’accouchement. 379

curants, accoiicliont île deux jumeaux; 3“ les veuves ayant un enfant; ù» celles (jui, étant mariées, ont leurs maris estropiés et un jeune enfant; 5® celles (|ui sont infirmes et ont déjà deux enfants, fies femmes, pour être secourues, doivent produire : 1® leiu acte de mariage ou un certificat de décés du mari ; 2” les extiaits de baptême de leurs enfants; 3® une attestation de moralité , A® et un certificat dubureau de bienlaisance énonçant cpi elles sont dans le cas d’obtenir les secours de la Société. Le secours accordé pai celle-ci est évalué «à 80 fr. Il consiste dans les frais découches, de 10 fr.; dans une lavette entière, estimée 20 /r., et dans une allocation mensuelle de 5 fr. pendant dix mois. Le mois commencé est payé intégralement, nonobstant le décès de 1 enfant. Deux layettes sont accordées dans le cas d’un accouchement double. La mère s’engage à allaiter son enfant ou à le nourrir au lait. Si elle devient sérieusement malade, l’enfant est confié à une nourrice et le secours mensuel porté à 8 fr. Si la mère meurt, il est recueilli par la Société. Un comité de quarante-huit dames se réunit tous les premiers lundis du mois chez l’une des vice-présidentes, se prononce sur les demandes qui lui sont soumises , et règle le placement des secours. Ces quarante-huit dames sont réparties par quartiers et demeurent chargées de recueillir les renseignements propres à légitimer l’assistance de la Société ; elles surveillent également l’emploi des secours, qui ne sont plus accordés un mois après raccouchement. La Société a des médecins et des sages-femmes dans chaque arrondissement. Le ministre de l’intérieur lui alloue une subvention de A5,000 fr., et le conseil municipal une de 6,000 fr.; le reste de ses dépenses est couvert par des dons et des souscriptions.

ha société appelée Association des mères de famille est analogue à la précédente. Fondée en 1836, dans le but d’assister les femmes en couches pauvres qui ne peuvent être admises aux secours des bureaux de bienfaisance et de la Société maternelle, elle concourt également au soulagement des pauvres honteux.

Enfin, nous citerons la Société médicale d’accouchement, pour le traitement à domicile et gratuit des femmes en couches, qui se com[)Ose de ipiatre membres consultants, de douze membres titulaires, chargés chacun d’un arrondissement et d’un nombre suffisant de sages-femmes. Des secours en layettes, pain, viande et bois sont accordés aux femmes accouchées.

Des maisons particulières d’accouchement existent dans la ville.

LIAISONS AIOUIUAIKES.

Dirigoos (lar des sages-leinmes, elles sont loin d(‘ présenlei- tonies les garanties de salubrité et de moralité que l’on devrait y trouver. Une surveillance spéciale de ces établissements, trop abandonnés à eux-mémes , serait de la jdus grande utilité. L’inspection de la véiiücation des décès de la ville de Paris a eu à plusieurs reprises 1 occasion de signaler des faits qui démontrent la nécessité de cette surveillance.

Bibliographie. Nouvelles recherches sur la fièvre puerpérale , par Doublet. Paris, 1789. Recherches sur la nature et le traitement de la fièvre puerpérale, par Delaroche. Paris, 1783. — Des fièvres puerpérales observées à la Maternité pendant I année 1829 , par TonnellC*. Paris, 1830. — Dictionnaire de médecine , arl. Fièvue PüERpÉnALE, par P. Dubois, t. XXVI, p. 336. — Histoire de la fièvre puerpérale qui a régné épidémiquement à l’hôpital des Cliniques pendant l’année 1838, par Voillemier {Journal des connaissances médico-chirurgicales, Paris, décembre 1839 , janvier 18^0). — Fraité de la péritonite puerpérale, par Baudelocque. Paris, 1830. — Recherches cliniques sur la fièvre puerpérale , par Lasserre. Paris, 1842. — Recherches historiques sur la fièvre puerpérale, par Sédillot (Thèses, Paris, 1817). — De la fièvre puerpérale épidémique, par Alexis Moreau '(Thèses, Paris, 1844), — Notice sur la fièvre puerpérale et sur ses différentes formes, observée à l’ Hôtel-Dieu de Paris en 1840, par Hipp. Bourdon (Revue médicale, 1841, t. II, p. 348). — De la fièvre puerpérale observée à la Maternité , par Mailly (Thèses, Paris, 1852).

]fIAISOl¥S CtAKiViES. — Foy. Habitations.

]fIAISO]¥S llORTEAIRES. — Nous nous contenterons de mentionner les maisons mortuaires dont Fusage, établi dans quelques parties de l’Allemagne , n’a point été adopté en France, et dont la place naturelle est dans le cimetière. On sait que l’institution des maisons mortuaires est basée, surtout sur ce fait, que la putréfaction serait le seul signe certain de la mort et a pour objet de prévenir les inhumations prématurées. C’est à ce titre seulement que ces salles nous intéressent, parce que, servant de dépôt à des cadavres en voie de décomposition, comme les morgues et les amphithéâtres d’anatomie, elles ajoutent une cause d’insalubrité à celles qui sont propres aux cimetières eux-mêmes. Elles offrent même cette condition plus défavorable encore que les deux espèces d’établissements dont nous venons de parler, que l’on devrait y respecter les phénomènes de putréfaction, et qu’il serait interdit, par l’objet même de cette exposition des corps, de les soumettre aux procédés les plus efficaces do désinfection. «Peutêtre, dit Hufeland , qui a fait construire en 1790, à Weimar, la première maison mortuaire, objectera-t-on que les émanations putrides peuvent vicier l’air et nuire à la santé générale que la

MALADIES ÉPIDÉMIQUES

police médicale doit sauveoanler ; mais l’excès de noire zèle j)our les vivants nous rendra-t-il injuste pour les morts.'' .Cette sollicitude n’est-elle pas imaginaire et exagérée? Que sont les émanations de quel(jLies cadavres , comparées à la masse des débris animaux au milieu desquels nous vivons, qui se décomposent autour de nous, sans que la santé publique en éprouve le moindre dommage? Le monde n’est-il pas une tombe ouverte ou des millions d’èlres meurent ou se putréfient? Nous avons des cimetières, des auqdii théâtres au milieu de nos villes; les cadavres y séjoui'-

nent, non pas des jours, mais des mois, et nous venons refuser aux morts ce court séjour sur la terre. Eh ([uoi! nous savons que le pays le plus beau et peut-être le plus sain de la terre, Otaliiti, est celui où on laisse les morts se putréfier à l’air libre; ni la basse Saxe, qui garde ses morts plus longtemps ; ni la Hollande, où l’on ne les enterre jamais avant le cinquième jour, mais souvent après le dixième ou le quatorzième, n’ont ressenti de dommages de cette habitude. Pour épargner toute crainte, qu’on éloigne les maisons mortuaires de celles des vivants, et que les morts subissent à distance leurs quarantaines.» Du reste, pour réunir les meilleures conditions, la maison mortuaire doit être établie dans le cimetière; elle doit être traversée par un fort courant d’air, échauffée en hiver. Une chandjre doit être réservée au gardien pour éviter les émanations. Néanmoins Scluvabe , qui critique la maison mortuaire de Weimar, affirme que le deuxième étage , destiné à l’habitation du fossoyeur, est empesté , et qu’il a eu l’occasion d’observer les funestes effets des émanations sur les habitants. Mais ces considérations perdent beaucoiq) de leur importance en raison du peu de faveur qui a accueilli le j)rojet d’établissement des maisons mortuaires.

Bibliographie. — Traité des signes de la mort, par Bouchut. Paris, 1849.

Voiries et cmieuY'î’cs, par Ambroise Tardieu (t/iese de concours). Paris, 1852.

IT1AI.AU1ES EPinÉlfllQlJES. — Nous n’avons pas ici à définir les épidémies ni à en étudier les diverses espèces au point de vue des doctrines médicales ; nous ne voulons pas même tenter, par un elfort stérile, d’en pénétrer les causes générales, persuadé que, suivant la belle expression de M. Littré, les maladies pestilentielles n’ont pas leur origine dans des circonstances que rhomme puisse préparer, ((ue là tout est invisible, mystérieux, et que tout est produit ])ar des puissances dont les elfets seuls se révèlent.

382 MALADIES ÉPIDÉMIQUES

Mais pour rosier lidèle au plan (|U(î nous nous soiiunos Iracé el aux vues exclusivciuenl [)rali(jues qui u’oiil cessé d(; nous diriger dans la coiupositiou de eet ouvrage, nous voulons iudi(ju(>r d’une manière générale quels devoirs les épidémies im])Osenl à ceux (jui soûl chargés de veiller à la sécurilé puhlicpie, el quelles mesures soûl prises pour en prévenir ou ])our en arréler les ravages, nous reporlanl, pour les délails, à ce ({ue nous avons dil en parliculi(*r de chacune des principales maladies épidémicjues. Aussi nous n’aurons guère qu’à consigner dans cel arlicle cerlains documenls émanés , soit de l’adminislralion supérieure , soil des corps savanls, qui forment le meilleur guide en ce qui touche les épidémies, et nous croyons en cela faire une chose plus utile dans l’intérêt de l’hygiène publique si nous discutions les théories qui contribuent à obscurcir encore cette question déjà si ténébreuse.

Les épidémies se distinguent : 1° en grandes épidémies ou maladies pestilentielles en général propres à certains climats , ou s’étendant de proche en proche et sévissant sur les populations comme des fléaux meurtriers : tels sont les typhus, la peste, la fièvre jaune, le choléra; 2° et en épidémies locales dont les formes variées, constituées par un très grand nombre d’espèces morbides, fièvres continues, intermittentes, éruptives, phlegmasies catarrhales, diphthéritiques, gangréneuses, hémorrhagies, névroses, peuvent tenir aux causes les plus diverses et qui restent le plus souvent bornées aux lieux où elles ont pris naissance.

A chacune de ces catégories devraient répondre des moyens prophylactiques spéciaux fondés sur un mode de propagation déterminé. Mais il s’en faut malheureusement de beaucoup que la science fournisse à cet égard des indications suffisantes. A part les cas relativement peu nombreux où l’épidémie est engendrée par l’insalubrité facilement constatée d’une localité, par la mauvaise qualité de l’alimentation, ou par quelque influence atmosphérique appréciable, il n’existe, le plus souvent, aucun élément certain qui puisse faire reconnaître la cause des maladies épidémiques et montre les moyens de les combattre eflicaccment.il est cependant un mode de propagation qui inqjlique par lui-même une prophylaxie systématique. Nous voulons parler de la contagion. Là où elle est démontrée, en eflèt, l’isolement des malades est le seul remède à opposer aux ravages du fléau, àlais de ce côté, encore, la question est loin d’être éclaircie; car, d’une part, l’épidémicité d’une maladie peut lui imprimer acciden-

MALADIES ÉPIDÉMIQUES. 385

tellement le caractère contagieux, comme on le voit fréquemment dans les petites localités, notamment pour la lièvre typhoïde; et, d’une antre part, les foyers épidémi(iues peuvent être mobiles et se déplacer par voie d’immigration sans que la maladie imj)ortée soit réellement contagieuse, comme il arrive pour le choiera et la fièvre jaune. Ces deux faits, troj) souvent méconnus, sont de nature à éclairer d’un jour tout nouveau la question du mode de transmission des maladies épidémiques. Et l’on ne saurait en méconnaître la portée lorsque l’on songe que tout système sanitaire repose nécessairement sur l’idée que l’on se lera de cette transmission. Nous trouvons, sur ce point, une éclatante confirmation de notre opinion dans ces paroles remarquables du rapport sur la fièvre jaune récemment présenté aux deux chambres du parlement d’Angleterre par le conseil général de santé. « La question de la contagion et celle de l’importation d’une maladie épidémique n’ont point, à la vérité, un rapport nécessaire. De môme par rapport à la quarantaine, si l’on admettait que le caractère vrai, inévitable, des maladies épidémiques lut d’ètre contagieuses, il ne s’ensuivrait pas que la quarantaine pût en empêcher ou môme en modérer le développement. La question de savoir si la quarantaine peut exercer une telle influence resterait, comme tant d’autres, à résoudre par l’observation et l’expérience, et ainsi que nous nous sommes ellbrcé de le démontrer dans notre premier rapport, la question vraiment pratique pour le public et la législature n’est pas de savoir si les maladies épidémiques sont contagieuses, mais bien si la quarantaine peut en empêcher l’introduction et le développement. »

Les effets des maladies épidémiques sur les populations et leur fréquence intéressent à un haut degré l’hygiène publique, et l’on jugera de l’importance que cette élude peut olfrir en particulier pour notre pays en se rappelant que dans le grand rapport fait par Villeneuve à l’Académie royale de médecine sur les épidémies qui ont régné en France de 1771 à 18*29, on ne compte pas moins de 90Zi épidémies sévissant sur 1,370 communes. On doit heureusement au savant Villermé , sur ce point si digne d’attention, des recherches aussi ingénieuses que positives et qui touchent à la fois à l’hygiène et à la philosophie sociales. Nous ne saurions les passer sous silence, et nous voulons en donner au moins un résumé. D’après notre éminent et vénérable collègue, les épidémies diminuent de fréquence et d’intensité dans tous les pays qui

MALADIES EPIDEMIQUES.

(lu la J)ai‘l)ariu ou du l’ii>norancu passeiiL à lYdal du civilisation, ou d une civilisation imj)arrailu à une civilisalion purfuctioniK'e. L(*s classes misérables un sont buaucou|) plus souvunt atteintus, ut jiar conséquunt l)(\uiuou}) plus souvent victimes que les classes aisées, Kn faisant disparaître les épidémies, eu diminuant leur fréquence et leur intensité, la civilisation a déplacé, dans beaucoup d’endroits, les époques du maximum et du minimum de la mortalité, surtout celle du maximum. Un autre fait, non moins important, c’est que dans les cas d’épidémie, sur un môme nombre de malades de chaque âge, la mortalité est d’autant plus forte pour les enfants, qu’ils se rapprochent davantage de la naissance, et pour les vieillards , qu’ils sont plus avancés en âge ; de sorte que sous ce rapport , la loi de la mortalité épidémique soit la loi de la mortalité ordinaire. Delà cette conséquence, que les épidémies qui frappent les deux extrémités de la vie sont, toute proportion gardée, les plus meurtrières. Dans nos pays civilisés , les épidémies les plus meurtrières ne diminuent la population que passagèrement : le vide de celle-ci se comble très vite, et par des étrangers qui viennent prendre les emplois devenus vacants, et par des mariages et des naissances proportionnellement plus nombreux que jamais. En un mot, les épidémies accélèrent le renouvellement des générations et leur absence le ralentit.

C’est à l’administration qu’il appartient de chercher à prévenir les épidémies et de les combattre lorsqu’elles ont éclaté. Chaque localité qui souffre et chaque épidémie qui se produit peuvent réclamer des mesures spéciales qu’il est impossible de prévoir et de déterminer à l’avance. Il est cependant certaines précautions générales que la science conseille, et que le gouvernement, armé par la loi des pouvoirs les plus énergiques à cet égard, n’a cessé de recommander aux autorités locales. — L’organisation de cette partie de l’hygiène publique ne laisserait rien à désirer, si elle était partout appliquée avec tout le zèle et toute l’activité désirables. Des médecins des épidémies , institués régulièrement depuis le 2 mai 1805 dans chaque arrondissement ; les conseils d’hygiène dans lesquels ces médecins sont appelés par un arrêté récent a siéger de droit ; le comité consultatif d’hygiène publitjue, et l’Académie impériale de médecine dont la vigilance , au double point de vue de l’administration et de la science, n’a jamais fait défaut à l’autorité supérieure, concourent les uns et les autres, dans la mesurede leurs attributions, à ju’otéger la santé pu-

MALADIES ÉPIDÉMIQUES. 385

hliijiie contre les épidémies (]ui la menacent on fpii viennent la troubler. Les documents pleins d’intérêt que nous avons cru utile de réunir ici en donneront la preuve la plus frapj)ante, et feront mieux connaître que nous ne le pourrions nous-mêmes les règles à suivre en temps d’épidémie.

CmCULAlRE MINISTÉRIELLE CONCERNANT LE TRAITEMENT DES ÉPIDÉMIES (dU 30 SEPTEMBRE J 813).

11 doit exister dans chaque arrondissement de votre département , sous le titre de médecin des épidémies, un médecin chargé spécialement de suivre le traitement des maladies épidémiques et de se transporter dans les communes où elles éclatent, à la première invitation qu’il en reçoit du sous-préfet. .Te me suis réservé la nomination de ces médecins , sur la proposition des préfets , et je n’ai sans doute pas besoin de vous représenter l’importance de n’appeler mon choix, pour ces fonctions utiles et honorables , que sur des hommes distingués par leur instruction , leur moralité et leurs lumières.

Aussitôt que les malades d’une commune excèdent le nombre ordinaire et qu il y a apparence d’épidémie , le maire doit en informer le sous-préfet qui y enverra sur-le-champ le médecin des épidémies de l’arrondissement.

I.orsque le médecin est arrivé dans la commune alfcctée de la maladie , il a à prendre dans les diverses maisons où elle règne des renseignements positifs sur sa nature et sur les moyens employés jusqu’alors pour la combattre : s’il reconnaît que cette maladie n’est point épidémique et que sa présence n’est pas nécessaire sur les lieux , il peut borner là sa mission après avoir prescrit aux malades un plan de conduite et leur avoir indiqué les moyens qu’ils doivent opposer à leurs maux, spécialement ceux qui tiennent à l’hygiène privée, beaucoup trop négligée dans les campagnes. S’il se trouve un officier de santé , dans cette commune ou dans le canton , il doit lui laisser les instructions convenables pour la direction des malades.

Si la maladie s’annonce avec un caractère grave et que ses symptômes soient alarmants, alors le médecin doit multiplier ses visites, selon que l’état des choses pourra le requérir, ou bien, sans quitter la commune affiigée de l’épidémie, i doit instruire le sous-préfet de la situation des habitants et des mesures qu’il aura prises pour l’améliorer. Il ne négligera aucune des dispositions propres à aiiétei les piogrès du mal et a empêcher sa propagation dans les communes voisines , et il ne se retirera que lorsqu’il jugera que sa présence et ses soins ne sont plus nécessaires.

Dans le cas où, pendant le cours d’une épidémie grave et tenace, le médecin des épidémies jugerait indispensable , soit d’administrer aux malades des remèdes autres que ceux que l’administration pourrait lui procurer, soit de distribue! aux indigents malades ou en convalescence des secours en aliments ou en boissons , tels que bouillon , viande ou vin , vous pouvez , si vous reconnaissez la nécessité de ces secours, et sauf à m’en rendre compte, autoriser l’achat de g médicamenls ou la distribution des aliments que le médecin réclamera; mais vous devez veiller à ce que ces secours soient maintenus dans les bornes d’une stricte économie, et à ce que, dans tous les cas, ils ne soient alfectés qu’aux véritables indigents. J’ai lieu d’espérer, d’ailleurs, que dans les cas d’épidémies

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graves vous n’appellerez pas eu vain , en faveur des malades indigents , les secours des personnes riches et bienfaisantes pour suppléer à rinsnilisanai de ceux que vous perinettront d’accorder les ressources dont vous pourrez disposer ; vous ne négligerez rien pour réunir, dans ces circonstances, les bienfaits de la charité individuelle à ceux de l’adininistralion publique et pour en faire l’ejuploi le plus utile.

Lorsqu’un médecin des épidémies a été envoyé dans une commune pour y prescrire le mode de Iraitemenl d’une maladie épidémique ou pour en suivre les elfets et en arrêter les progrès, il doit, après la disparition de la maladie, remettre au sous-préfel de l’arrondissement, pour vous être adressé, un rapport détaillé sur sa mission et sur la manière dont il l’a remplie. Ce rapport doit présenter le tableau fidèle de la maladie que le médecin a traitée et de sa nature, et faire connaître l’époque de son invasion, les causes auxquelles elle peut être attribuée, les symptômes qui l’ont accompagnée, le traitement employé pour la combattre , sa durée , le nombre des personnes qui ont été atteintes et de celles qui ont succombé. Vous me transmettrez ces rapports ou vous m’en enverrez des copies; et, d’après les observations que le médecin aura présentées sur les' causes de l’épidémie, vous prendrez les mesures qui sont en votre pouvoir pour en prévenir autant que possible le retour. Très souvent les causes dès épidémies tiennent à des circonstances locales ou à des usages vicieux , qu'il dépend de vous ou des administrations placées sous votre surveillance de faire disparaître , et je ne saurais trop vous recommander de tenir rigoureusement la main à l’exécution des règlements de police concernant la propreté et la salubrité des villes et des communes rurales.

J’ai récemment encore appelé votre attention sur l’utilité des fumigations de M. Guyton de Morveau , pour la désinfection de l’air, et je ne doute pas que ces procédés ne soient mis en usage dans votre département, dans toutes les circonstances où ils peuvent être nécessaires.

Les médecins des épidémies n’étant employés que dans les cas où il se manifeste des maladies épidémiques dans les communes de leur ressort , ils ne doivent pas avoir de traitements fixes, et ils doivent être payés seulement pour chaque mission qu’ils ont remplie, en proportionnant leui létiibution aux distances qu’ils ont parcourues, aux frais qu’ils ont faits et aux peines qu ils ont prises. Ainsi , en rémettant leur rapport sur leur mission , ils doivent présenter la note des rétributions qu’ils se croient en droit de réclamer , en établissant séparément le nombre des journées qu’ils ont employées aux traitements de chaque épidémie, et le montant des frais de voyage que leur mission leur a ^ coûtés ; et c’est en me transmettant cette note , avec le rapport sur 1 épidémie qui aura été traitée, que vous me proposerez la fixation définitive de 1 indemnité qu’il convient d’accorder à chaque médecin. Les médecins des épidémies qui, dans leur litre et dans les fonctions qui leur sont confiées, trouvent un témoignage honorable de la confiance du gouvernement , et un moyen d augmenter leurs lumières et leur réputation, ne réclament, la plupart, outre le paiement de leurs déboursés , qu'une très modique somme à titre d’honoraires. Ainsi, vous fixerez, dans les cas ordinaires, les émoluments dus aux médecins chargés du traitement des épidémies , à 6 ou 9 fr. par journée en sus du remboursement de leurs frais de voyage. Je ne me refuserai cependant point a augmenter ce taux , dans les circonstances où, à raison du dévouement qu’ils auront

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moniril , des dangers qu’ils auront courus ou des peines qu’ils auront eues, ces médecins vous paraîtront avoir des droits parlicidiers a une augmentation d’honoraires.

Les indemnités à payer aux médecins des épidémies , et , en général , toutes les dépenses que peut occasionner le traitement des maladies épidémiques , doivent être acquittées sur les fonds réservés chaque année tlans le budget du département pour dépenses imprévues ; dans le cas toutefois où des circonstances extraordinaires exigeraient des secours plus abondants et des dépenses pour lesquelles ce fonds deviendrait insuffisant , vous aurez soin de m’en rendre compte, et j’aviserai au moyen de subvenir à celte insuffisance.

Je terminerai cette lettre en vous rappelant que vous devez me rendre un compte exact des maladies épidémiques qui viennent à se manifester dans voire département , dès l’époque de leur invasion et pendant leur durée.

CIRCL'LAIRË MINISTÉRIELLE DU 13 AVRIL 1835, CONCERNANT LE SERVICE DES ElMUÉMIES.

Monsieur le préfet , l’Académie royale de médecine est appelée par l’ordonnance qui l’a instituée, à prendre connaissance des rapports adressés à l’autorité pai- les médecins des épidémies , et à éclairer l’administration sur les mesures à adopter pour prévenir l’invasion de ces maladies et pour en combattre les effets.

L’Académie a succédé, dans cette mission, à la Société royale de médecine fondée en 1776, et à la Société de la Faculté de médecine. Dans diverses publications , ces sociétés ont fourni des documents imporianis pour l’histoire des épidémies , et des directions utiles pour les médecins qui peuvent avoir l’occasion d’observer et de traiter les maladies épidémiques.

Jalouse de continuer l’œuvre commencée par ses devancières, l’Académie royale de médecine m’a adressé récemment un Rapport général sur toutes les relations d’épidémies qui avaient été soumises à son examen. Ce rapport, qui remonte à l’année 1771 et s’arrête à 1830 (Mémoires de l'Académie royale de médecine; Paris, 1833, t. 111, p. 377 et suiv.), comprend le résumé de 1160 rapports particuliers, sur environ 900 épidémies qui ont intéressé 1370 communes et 72 départements ; il olfre, comme on peut le croire, un grand nombre de lacunes , soit à cause du manque de matériaux pour plusieurs années , soit à cau.se de la manière imparfaite dont les observations ont été recueillies et dont tes relations ont été rédigées ; il peut donner lieu néanmoins à quelques observations qui ne m’ont point paru sans intérêt pour l’administration.

Un pareil sujet se rattache à des considérations qui embrassent l’état physique et moral du pays tout entier ; car la fréquence ou la rareté des épidémies dépendent généralement de la nature du sol, des influences atmosphériques, des mœurs, des habitudes, des occupations de la population, du plus ou moins d’aisance dont elle jouit, et du degré de culture auquel elle est parvenue.

l’armi ces causes, il en est que l’administration ne peut ni détruire ni modifier ; il en est d'autres sur lesquelles son action, quoique lente, doit être plus efficace; mais, en s’occupant sans relâche, comme c’est sa mission, à .seconder le développement de la richesse nationale, à augmenter le bien-être de la population, à combattre les préjugés, ;’i éclairer les esprits, elle travaille, par cela

MALADIES ÉNDÉMIQUES.

môme, ramôlioralioii de la santé publique. Je pourrais donc me dispenser trcnlrer dans aucun détail à ce sujet, s’il ne pouvait ôlre utile de considérer sons le ])oint de vue particulier de la salubrité une tôicbe qui s’applique à des objets si nond)reux et si variés.

L’Académie de médecine , dans son rapport, range les didérentes causf^s aux([uelles on peut attribuer l’origine et le développement des maladies épidémiques, sous cinq chefs ])rincipaux , à savoir ; 1“ les altérations de l’air; 2" les habitations; o'* les aliments; h" les travaux; 5“ les alfections morales, l’ignorance , etc.

Personne n’ignore l’influence funeste des marais, des étangs, sur la salubrité. Les moyens de remédier à ce mal sont rarement au pouvoir de l’administration; mais , dans beaucoup de localités , il serait facile de combler les mares , d’enfouir les animaux morts , d’enlever les amas de fumier qui sont , pour un si grand nond)rc de villages, des foyers d’infection. Les maires négligent trop souvent les obligations qui leur sont imposées à cet égard par les lois du 2/i août 1790 et du G octobre 1791. Les dispositions du décret du 22 prairial an XII, sur les sépultures, ne sont pas mieux observées, particulièrement en ce qui concerne la profondeur qui doit être donnée aux fosses : il importe d’en recommander l’exécution.

La seconde cause d’insalubrité signalée par l’Académie royale de médecine, c’est la construction vicieuse des habitations, l’humidité , le défaut d’air, l’entassement d’une même famille dans un étroit espace et en communauté avec les animaux domestiques. Il ne dépend pas de l’administration de faire, cesser promptement un état de choses qu’on doit attrihuer, dans le plus grand nombre de cas, à la misère et à la nécessité ; mais la paresse, l’incurie sont souvent aussi pour beaucoup dans la continuation d’un genre de vie si préjudiciable à la santé ; c’est des progrès de l’instruction c[u’on doit attendre surtout le développement des habitudes d’ordre et de propreté qui contribuent puissamment à prévenir les maladies. Tous ceux qui exercent une grande influence morale sur les habitants des campagnes, et particulièrement les curés et les instituteurs primaires , doivent chercher à communiquer à la population le désir d’assainir, autant qu’il est possible, l’intérieur de ses habitations.

La nature et la qualité des aliments dont se nourrit la population sont, plus encore que le mode d’habitation , déterminées par la nécessité. A cet égard, l’administration ne peut rien , si ce n’est de favoriser le travail et d’encourager les cultures qui peuvent fournir à la classe indigente une alimentation saine et économique. L’Académie recommande particulièrement tout ce qui pourrait tendre à augmenter, à propager la culture du maïs dans les départements qui y sont propres. La mauvaise cpialité des eaux est une cause très fréquente d’épidémies : on ne sait peut-être pas assez , dans les campagnes , combien il est facile d’y remédier par l’usage des filtres de charbon.

Il est inutile de parler de l’influence des travaux ; on sait quels sont les elTets pernicieux de certaines professions, ceux d’un séjour trop prolongé dans les ateliers ; c’est à la science à chercher les moyens de rendre plus salubres quelques professions nécessaires îi la société , et , secondée par des fondations philanthropiques, elle a obtenu, depuis quelques années, des résultats importants dans cette carrière. Quant aux travaux dont l’excès seul est à craindre, les règlements des manufactures, l’humanité des fabricants, les conseils d’une autorité

maladies épidémiques.

paternelle, doivent lixer la mesure qui ne saurait être dépassée sans compromettre la santé de rouvrier.

L’abattement , le découragement que la misère entraîne trop souvent après elles, sont les affections morales qui, au jugement de l’Académie, contribuent le plus à faire naître des épidémies ; les pratiques superstitieuses, les préjugés, la confiance aux empiriques , favorisent ensuite les progrès de ces maladies, en en rendant la guérison plus difficile.

Un grand nombre de faits rapportés dans les relations d’épidémies attestent rinfluence funeste de ces différentes causes : ici , on accable les malades sous le poids des couvertures ; là , on croit les guérir qn les abreuvant de vin chaud , au début de toute espèce de maladie. Cette dernière pratique est signalée commp une des plus répandues parmi le peuple, et comme l’une de celles dont il est le plus nécessaire de faire sentir le danger.

Les progrès de rinstruction auront , il faut l’espérer, pour résultat, de propager des idées plus saines sur la nature des secours que les malades doivent recevoir de leur famille , en l’absence du médecin.

Tout ce que je viens de dire , monsieur le préfet , vous est déjà connu par votre propre expérience ; je n’insisterai donc pas sur ce sujet , m’en rapportant à votre zèle pour tout ce qui touche aux intérêts généraux auxquels la santé publique est liée d’une manière plus ou moius indirecte : je me borne à recommander à votre attention l’exécution des mesures qui ont pour objet spécial de prévenir la naissance des maladies épidémiques ou d’en arrêter la propagation.

Il existe déjà plusieurs instructions ministérielles sur celte matière ; il doit me suffire de vous les rappeler : vous savez qu’il doit y avoir dans chaque arrondissement un médecin des épidémies , dont le devoir est de se rendre immédiatement, à la demande des préfets et des sous-préfets, dans toute commune où l’on signale l’existence d’une épidémie ; j’ai lieu de croire que cette organisation n’est pas complète dans tous les départements. Il faut s’occuper de nommer des médecins des épidémies pour tous les arrondissements qui en manquent, et cela ne peut présenter aucune difficulté , puisque les médecins des épidémies n’ont droit à aucun traitement, et doivent seulement être indemnisés de leurs frais de voyage et de déplacement , lorsqu’ils ont quelque mission à remplir. Une circulaire du 30 septembre 1813 avait fixé à 6 ou 9 francs par jour l’indemnité qui devait être accordée aux médecins des épidémies , indépendamment du remboursement de leurs frais de voyage. Cette indemnité a paru trop faible dans quelques départements. Quoique la distinction attachée au titre de médecin des épidémies soit déjà une sorte de récompense des devoirs qu’il impose, ces utiles fonctions ne doivent pas non plus devenir onéreuses pour les médecins qui en sont investis ; dans la fixation des indemnités , il faut prendre en considération le plus ou moins d’éloignement des communes où le médecin des épidémies est appelé , les dangers , les fatigues auxquels il s’expose , le préjudice qu’il éprouve par des absences plus ou moins prolongées; il est donc impossible d’établir à cet égard une règle uniforme. Mais l’administration doit se tenir également éloignée, et d’une libéralité incompatible avec les ressources des départements, et d’une parcimonie qui décourage le zèle , en excitant de justes réclamations.

Les mômes observations s’appliquent au règlement des honoraires dus aux médecins ou officiers de santé qui sont chargés de suivre le traitement des malades, sous la direction des médecins des épidémies.

MALADlliS Él'lOEMiyUES.

Je vous rai)|)clle (|ue , d’après la circulaire du 28 juin 1810, voies n’avez pas besoin d’aulorisalion pnialalde jiour faire acquitter sur les fonds dc^partenientaux les Irais occasionnds par le irailemonl des épididnies.

Quelque utile que soit l’institution des nnidccins des épidémies, elle ne produit pas toujours tous les résultats qu’on devrait en attendre, 'l'rop souvent, ces médecins ne sont informés de l’existence d’une épidémie que longtemps après son apparition. Leur résidence est quelquefois trop éloignée des communes attaquées, pour qu’ils puissent y jiorter des secours assez prompts et y faire des visites assez fréquentes; d’ailleurs, leur attribution est de combattre les épidémies et non de chercher les moyens de les prévenir.

Sous ces dilférents rapports , ôn ferait une chose utile en liant l’institution des médecins des épidémies à celle des médecins cantonaux dont j’ai déjà eu occasion de vous entretenir. Dans le département du Bas-llhin, où ces médecins cantonaux sont établis depuis longtemps , ils sont chargés de propager la vaccine , de surveiller l’exécution des lois et des règlements qui intéressent la salubrité, de signaler à l’autorité tout ce qui peut compromettre la santé des citoyens, de recueillir les matériaux de la topographie médicale.

L’Académie, royale de médecine a demandé dans plusieurs circonstances que cette institution fût généralisée. Des mesures législatives seraient nécessaires pour donner aux médecins cantonaux un caractère olficiel et pour leur assurer un traitement convenable. Peut-être ces mesures trouveront-elles place dans la

loi qu’on prépare sur l’organi-salion médicale; mais en attendant on pourrait, au moins dans beaucoup de départements, créer des médecins cantonaux sans traitement. U est pende praticiens qui ne fussent flattés d’être ainsi choisis pour exercer une sorte de surveillance sanitaire sur le canton qu’ils habitent; les médecins vaccinateurs seraient particulièrement propres à remplir de semblables fonctions, et il faut bien remarquer qu’il n’est point nécessaire d’assigner à chaque médecin cantonal une circonscription égale q celle d’nn canton dans la division actuelle du territoire : cette circonscription pourrait être plus ou moins étendue, suivant la nature des lieux, la densité de la population et beaucoup d’autres considérations qu’il est inutile d’énumérer : le médecin cantonal pouirait recevoir des attributions à peu près semblables a celles qui sont données dans le département du Bas-hhin; il serait surtout chargé d’avertir l’autorité.

aux premiers symptômes d’une maladie épidémique.

Dans plusieurs départements, et notamment dans le département des l^ouchcsdu-Bhone, les membres des jurys médicaux, en procédant à la visite des pharmacies, ont soin de porter leur attention sur tous les objets qui intéressent la salubrité publique; on ne saurait trop recommander cet exemple à l’imitation des autres jurys médicaux, qui pourraient fournir d’utiles renseignements a l’administration en lui signalant dans leurs rapports les causes d insalubrité et les divers abus qu’ils auraient eu occasion d’observer dans le cours de lents

inspections. , . , . . i

Je ne puis qu’exprimer le vœu de voir établir dans tous les départements des

conseils de salubrité comme il en existe déjà dans quelques unes des principales villes du royaume Ces conseils ne devraient pas être purement médicaux , comme ils peuvent être appelés à traiter des questions qui intéressent l’agriculture, l’industrie, le commerce, il conviendrait d’appeler à en faire partie non seulement quelques médecins, des chimistes ou des pharmaciens, mats encore

MALAÜlKS ÉPIDÉMIQUES.

nieiir du département. Le conseil de salubrité institué au chef-lieu pourrait avoir des correspondants dans toute l’étendue du département; il serait consulté par l’autorité sur tous les projets qui pourraient avoir quelque influence sur la santé; il serait chargé de recueillir et de coordonner tous les matériaux de la statistique médicale du département : des rapports annuels , rédigés d’après un plan uniforme , fourniraient des données utiles à la science et à l’administration.

.Te termine cette lettre en vous invitant à recommander aux médecins des épidémies de votre département de me transmettre exactement, par votic intermédiaire , l’histoire de toutes les maladies épidémiques qu’ils ont occasion de traiter.

Afin d’obtenir des résultats comparables , l’Académie a adopté un modèle de rapport (1) dont je vous transmets ci-joint quelques exemplaires et auxquels messieurs les médecins des épidémies devront se conformer dans les relations qu ils sont appelés à rédiger.

Ces relations seront toujours transmises à l’Académie royale de médecine, qui ne laissera pas tomber dans l’oubli les travaux vraiment dignes d’intérêt : déjà, sur la proposition de la commission des épidémies , l’Académie a décidé qu’elle devait insérer, dans la partie historique de ses mémoires , les noms des médecins des épidémies qui , dans les dernières années , ont fourni les relations les plus remarquables; et elle a renvoyé au comité de publication dix de ces relations qui ont particulièrement fixé l’altcnlion de la commission.

Je vous invite, monsieur le préfet, à m’accuser réception de celte circulaire, et à me rendre compte des mesures que vous aurez prises pour satisfaire aux dispositions qu’elle renferme.

Le ministre secrétaire d’État du commerce ,

Duchatel.

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