‹ Dictionnaire d'hygiène publique et de salubritéChapitre 45 sur 58 · DURÉE DE L’ÉPIDÉMIE · texte numérisé non relu

DURÉE DE L’ÉPIDÉMIE

(8) Ne négliger aucune occasion RECHERCHES CA.DAVÉRIQUES (8).

d’ouvrir les cadavres , surtout dans

les hôpitaux.

(9) Indiquer ce qui a été fait , ce TRAITEMENT (9).

quia été conseillé. — l’aire connaître

les résultats des divers traitements.

— Moyens prophylactiques indiqués à la pupulatioii , aux autorités. —

Dire ce qui a été fait. •

(10) Chiffre total de la population CHIFFRE DE LA POPULATION (10).

par sexes. — Rapport des naissances

et des décès pendant les années pré-

cédeules. — Nombre des malades; — des morts. — Sexes. — Ages. — Mortalité totale pendant l’épidémie , comparée à la mortalité résultant de l'épidémie elle-même.

(11) Ecrire lisiblement et d’une manière invariable les noms des localités. — Signer lisiblement.

Nota. — Dans le cas où il n’y aurait eu, pendant l’année, aucune maladie régnante dans l’arrondissement, en faire la mention expresse , et envoyer le tableau indiquant ce résultat négatif, attendu qu’il n’est pas moins utile de savoir que la santé générale d’un arrondissement n’a pas été altérée pendant un laps de temps donné , que d’apprendre qu’une épidémie a régné dans cette localité.

Il est bien entendu que les tableaux officiels, remplis exactement par les médecins chargés du service des épidémies, n’ompéchent aucunement que ces honorables praticiens y joignent des notes particulières , des observations qui leur sont propres , des dissertations scientifiques , en un mot , d’utiles développements. L’Académie impériale de médecine se fera un devoir de signaler et de récompenser les travaux de tout genre qui lui seront communiqués (11).

CONCKKNAM

MALADIES Ei'lUÉMIQUES.

CIIICIILAIUK MINISTÉKIELLI.: DU 2/| MAI 1836,

LE SEHVlUE DES ÉIMDÉMIES.

Monsieur le préfet, l’Académie royale de médecine a plusieurs fois exprimé le vœu (pie les médecins des éjiidémies fussent invités à suivre une marche uniforme, lorsqu’ils sont appelés à observer et à décrire des maladies épidémiques.

Déjà, pour atteindre ce but, mon prédécesseur vous a adressé, par sa circulaire du i'd avril 18o5, des modèles de rapport qui présenient le cadre dans lequel les médecins des épidémies doivent consigner les résultats de leurs observations

Quoique les divisions mêmes du cadre indiquent sutTisamment les principaux points qui doivent (ixer l’attention du médecin cliargé de traiter des épidémies et de recueillir des matériaux propres à éclairer les questions obscures qui se rapportent à l’origine et au développement de ces maladies, il a paru utile d’entrer dans quelques détails afin de faire mieux sentir et la nature et l’importance de ces questions , et la marche qu’on pourrait suivre pour en préparer la solution. '

Je ne puis, au reste, que vous renouveler l’invitation de recommander aux ^ maires d’avertir, sans aucun retard, le sous-préfet de leur arrondissement, ou ! vous-même , dans l’arrondissement du chef-lieu , aussitôt que l’accroissement de la mortalité ou celui du nombre de malades peut faire soupçonner l’existence d’une maladie épidémique. Le médecin des, épidémies doit être envoyé immédiatement sur les lieux, dès qu’il y a quelque sujet de crainte, et vous ne négligerez pas de m’adresser son rapport, rédigé dans la forme prescrite par ; les instructions. •

Certaines maladies se renouvellent périodiquement dans quelques localités , et frappent presqrfe tous les ans une partie considérable de la population, il est très important de rechercher avec le plus grand soin la nature et les causes de , ces maladies endémiques , ainsi que les moyens de les combattre : il faut , pour accomplir celte tâche , des observations suivies , une comparaison attentive des faits qui se sont présentés dans des circonstances analogues, et l’on ne saurait trop recommander aux médecins et aux conseils de salubrité , partout où il en existe , de se livrer avec persévérance à une étude si digne d’intérêt. Dans le cas où la gravité du mal et la divergence d’opinion des hommes de l’art sur les remèdes à employer pour le détruire seraient de nature à exciter vivement la sollicitude de l’administration, l’Académie royale de médecine demande que des médecins choisis dans son sein ou désignés par elle soient envoyés sur les lieux , soit afin d’apporter dans l’examen des questions à résoudre les lumières que peuvent fournir des observations plus étendues, soit afin de réunir, d’après ses propres instructions, les éléments et les données du problème dont elle voudrait se réserver la discussion.

C’est à messieurs les préfets à apj)récier les circonstances où il pourrait être utile de réclamer ce secours étranger ; je m’en rapporte à eux sur ce point , disposé que je suis à accueillir, autant qu’il dépendra de moi , toutes les propositions qui peuvent tendre au progrès de la .science et à l’amélioration de la .santé publique.

Le ministre du commerce et des travaux publics ,

Passt.

MALADIES ÉPIDÉMIQUES

LNSTHICTION RELATIVE A l’ÉTUDE ET A LA DESCRIPTION DES ÉPIDÉ- MIES ET DES ÉPIZOOTIES (RÉDIGÉE PAR L ACADÉMIE DE MEDECINE).

Section i. — Considératio7is généi'ales sur l’utilité et sur l impoi tance de

l’étude des épidémies.

Los (>nktéraics sont, (Ions l’iiistoiie mddicale des peuples, les cvdiicmenls pii cipaux , les accldcnls les plus l emarqualiles. Il taul eu perpdtuer le “i'™"';; = uue les tristes leçons de ces iStianges calauillds ne soient pas entiiirement peiducs

pour les giliuiralioiis qui suivent , aliu que les médecins n euti eut pas ou n

dans la pénible carrière de ce genre d’étndes.

11 est sans contredit d’un immense avantage que l’observaieur ad acquis une connaissance anticipée des objets qui doivent passer sous ses yeux. Nous etm ions avec beaucoup plus de fruit les phénomènes dont nous sommes avertis d avance : ceux qui arrivent à l’improviste nous échappent souvent. ^ . r •.

On se plaint de ce que les historiographes des temps modernes n’ont guere lait que les généalogies des rois et l’histoire particulière de leurs guerres , au lieu d’écrire l’histoire générale des peuples. On reprocherait certes avec non moins de raison aux historiens de la médecine de n’avoir presque donné que 1 histoire privée des médecins et de leurs écrits , et d’avoir beaucoup trop '«f

hautes considérations relatives aux maladies populaires , à leurs caractères , a

leurs variations, à leurs causes et à leur traitement.

Sans doute on n’a pas accordé à cette partie des sciences médicales toute l’attention qu’elle mérite. L’étude des épidémies en général, et de chaque épidémie en particulier, n’a peut-être pas été assez cultivée. L’art trouve cependant au milieu de ces funestes désastres de puissants moyens de progrès , et les médecins y rencontrent d’éclatantes occasions de constater l’importance de leurs

services.

Durant le cours d’une épidémie , les phénomènes de la maladie se répètent au point de lasser la courageuse application du plus intrépide observateur. Les faits se multiplient et se pressent sous les yeux du praticien ; ils se reproduisent sous toutes les formes et dans les modilications infinies dont ils sont susceptibles. On peut revoir ce qu’on a mal vu ; saisir le leudemain ce qui avait échappé la veille; et , en vérifiant de la sorte tous les faits , on est à même d’éclaircir plusieurs doutes , de dissiper beaucoup d'incertitudes.

Il n’en est pas ainsi dans les maladies sporadiques : là , les faits presque toujours fugitifs se laissent à peine remarquer. Ils ne reparaissent sous les mêmes conditions qu’à des distances à la fois infinies et imprévues , lorsque la mémoire a perdu les souvenirs d’un grand nombre de circonstances dont le rapprochement offrirait de lumineux résultats. Il est difficile et long de retrouver ce qui a une fois échappé à l’observation ; de vérifier ce qu’oii n’a qu’entrevu ; de confirmer ce qui est resté dans l’indécision ou dans le vague.

Les épidémies sont donc une grande école d’investigation : et qui sait si une étude plus approfondie et plus générale de ces épouvantables phénomènes de l’histoire pathologique de l’homme n’aura pas d’autres résultats pour la science ?

A quelle longue suite d’ohservations n’a-t-ou pas dd se livrer en astronomie? ()üc de calculs n’a-t-il pas fallu faire, et combien de temps il s’est nécessairement écoulé avant que l’esprit humain soit arrivé à prédire les éclipses , à re-

MALADIES ÉIMDÉMIOUES. ^

connaître le mouvcnieni d’nne comète et ?i déterminer l’époque de son retour V

Imitons la patience infatigable des physiciens observateurs : ils suivent avec constance les variations les jilus légères de la boussole ; ils marquent avec le plus gland soin les oscillations diurnes de la déclinaison de l’aiguille aimantée : et (pli oserait limiter les résultats probables de leurs travaux? 1

Peut-être découvrira-t-on à l’avenir quelque coïncidence ou môme quelque ' dépendance d’action entre les grandes épidémies qui aliligent trop souvent l’espèce bumaine et les principaux phénomènes que présente l’iiistoire physique de la terre , ceux qui se passent dans la sphère d’action de notre planète.'

Au demeurant , dans l’état actuel des connaissances , l’étude des épidémies est encore d’une haute et d’une puissante instruction , et l’iiistoire plus complète de ces maladies générales deviendra d’une immense utilité.

Ce n est pas sans intérêt, ce n’est pas surtout sans profit qu’on voit le médecin | observateur d’une épidémie , en présence d’une maladie plus ou moins insolite , j plus ou moins grave , employer tous ses moyens à la bien reconnaître , afin de ' la mieux combattre.

On le suit avec attention dans tous les efforts qu’il fait pour saisir, au travers des nombreux obstacles qu’il rencontre , les caractères de la maladie qu’il obseive. On le voit cherchant à démêler, au milieu des symptômes variés qui se présentent, la nature de la fonction ou des fonctions primitivement dérangées et la nature de l’organe ou des organes essentiellement atteints. On s’applique avec lui à découvrir les causes de la maladie, à apprécier ses dangers, à fixer les méthodes curatives qui lui conviennent , à prévoir et à maîtriser ses terminaisons.

En méditant de la sorte chaque épidémie , en s’attachant pour ainsi dire à tous les pas de celui qui l’a observée et qui l’a décrite , on assiste pour ainsi dire à tous ses travaux , on répète toutes ses recherches , et l’on voit (lans les divers problèmes qu’il a eu à résoudre la sagacité qu’il y a apportée et la cause des succès qu’il a obtenus aussi bien que celle des erreurs qu’il a pu commettre.

Les succès auxquels on applaudit et qu’on se propose d’imiter, Ijes erreurs qu’on déplore et qu’on tâchera d’éviter, tout est mis à profit par le lecteur judicieux , tout offre des le(jons au praticien réfléchi.

Section ii. — Topographie.

Des notions topographiques exactes et suffisamment détaillées doivent nécessairement précéder l’histoire de toute épidémie.

On commencera par déterminer la position géographique du pays, les degrés de longitude et de latitude entre lesquels il se trouve compris. On déterminera son élévation , son site , son étendue , la pente du terrain , ses aspects et ses expositions.

On fera connaître les montagnes qui se trouvent dans la contrée, et celles qui l’avoisinent ; les vallées qui la traversent et leur direction ; les fleuves, les rivières qui l’arrosent et la ligne que suivent leurs courants, les sources qui s’y rencontrent et la nature aussi bien que la profondeur de leurs eaux.

On fera connaître la nature des eaux qui servent à la boisson des hommes et des animaux , et l’on étudiera leur influence générale sur l’économie.

On dira quelle est la composition minéralogique de l’écorce de la terre , ce qui constitue la géognosie du pays, et l’on distinguera si le terrain se prête à une

MALADIES ÉPIDÉMIQUES. '

prompte absorption , à un facile écoulement des eaux , ou si les eaux pluviales et autres y restent habituellement stagnantes.

t>i le pays fournit des eaux minérales , on en donnera l’analyse d après 1 état actuel des sciences chimiques et physiques, et l’on en désignera convenablement les propriétés médicinales , c’est-à-dire par des faits particuliers autant que pai des aperçus généraux.

On indiquera les productions spontanées du sol , tirées des trois règnes ; on dira les minéraux qui y gisent , les plantes qui y croissent et les animaux de toutes les classes qui y vivent.

La considération des forêts est d’un haut intérêt dans la topographie d’un pays. Ces masses plus ou moins considérables de grands arbres apportent de notables modifications à l’état de l’atmosphère et à la météorologie.

Les contrées boisées sont plus froides que celles qui sont en culture. Les forêts empêchent la terre de recevoir les rayons du soleil , et l’on sait que les l ayons de ce foyer de lumière , quelque concentrés qu’ils soient, ne transmettent directement à Pair qu’une chaleur très faible ; mais ils écliaulfent la surface de la terre, laquelle communique ensuite sa chaleur à l’atmosphère environnante.

Les bois concourent puissamment, et de plusieurs manières , à la salubrité générale. Ces inlluences varient selon que les forêts se trouvent situées en plaine ou sur des coteaux , suivant les aspects qu’elles gaixlent , l’étendue qu’elles présentent , etc.

Il sera avantageux de connaître si cette manière d’être du sol a subi des changements remarquables depuis quelques années, et si les bois sont devenus plus communs ou plus rares.

On tiendra aussi compte des plantations en arbres fruitiers et en arbres d’agrément qui avoisinent et qui entourent les habitations. On parlera des promenades publiques et des jardins privés enclos dans l’intérieur des villes. L’autorité néglige peut-être trop ces deux dernières sources de 1a salubrité publique ; peutêtre la cupidité a-t-elle une latitude trop grande pour diminuer et pour détruire les plantations particulières qui existent dans les grandes cités et qui sont cependant si salubres.

Si , par de légitimes raisons de haute prévoyance et d’économie rurale , les lois ont pu limiter les droits de propriété relativement aux bois et par rapport aux forêts, pourquoi des raisons non moins puissantes de salubrité publique n’auraient-elles pas de semblables effets sur les jardins et les parcs enceints dans les grandes villes? Plus les assemblages de maisons et de rues sont considérables, plus il deviendrait nécessaire d’y multiplier les promenades et les jardins. Il est du devoir des médecins de signaler aux gouvernements ces utiles améliorations.

On recueillera les observations météorologiques qui se rapportent au pays : ou, si l’on manque des nombreux détails qui les constituent, on en fera du moins connaître les principaux résultats.

Quelle est la température moyenne du pays aux grandes époques de l’année; quels sont les vents dominants, ceux qui soufflent habituellement et ceux qui y sont insolites; quels sont leurs effets généraux sur la végétation, sur les animaux et sur l’homme; quels sont les météores aériens, aqueux, lumineux ou ignés qu’on y observe le plus souvent ? etc.

La science de la météorologie présente de grands avantages, mais elle olfre

MALADIES ÉPIDÉMIQUES

aussi beaucoup de dillicullés. li’atmospll^!I■e est conmie un vaste laboratoire dans lequel les réactifs seraient toujours en présence , et les divers agents sans cesse en luouvciuent. Ce sont les grands cbangements, les lapides altérations qui en résultent qui constituent la plupart des pliénoniénes météorologiques , et dont les plus importants étudier pour le médecin sont les suivants :

1“ La densité et la pesanteur de l’atmosphère, indiquées par le baromètre;

2“ La température de l’air, que l’on mesure à l’aide du tbermomètre ;

3“ Les vapeurs contenues dans l’air, calculées par les variations de l’hygromètre ;

W Les dilVérents gaz qui s’y cotnbinent accidentellement et dans des proportions diverses, et que l’on connaît par les divers eudiomètres ;

5* Les phénomènes électriques qui sont tantôt la cause et tantôt l’effet de ces grands mouvements , et sur lesquels les électromètres fourniraient de précieux documents s’ils étaient plus souvent observés ;

6“ Les agitations violentes imprimées sans cesse à la masse atmosphérique et dont il est essentiel d’étudier les courants.

L’influence , soit isolée , soit combinée , de ces divers agents sur l’économie vivante, tant en santé qu’en maladie, est incontestable, et ce genre d’études est généralement trop négligé par les médecins.

De toutes les propriétés de l’atmosphère , sa pesanteur, indiquée par le baromètre , est peut-être celle qui exerce une influence moins appréciable sur l’économie. Jusqu’à présent, du moins, les observations à cet égard ne nous ont donné que peu de résultats , et ces résultats ne portent que sur des diflérences très considérables.

On sait que la densité des couches inférieures de l’atmosphère dépend de la pression exercée par les couches supérieures. Cette densité diminue par conséquent à mesure que l’on s’élève davantage. Aussi la respiration et la circulation ne sont pas absolument les mêmes dans les circonstances diverses où l’air acquiert, soit une grande rareté, comme dans les ascensions aérostatiques, soit une densité considérable , comme dans les mines , ou mieux encore dans les cloches des plongeurs. Ces deux fonctions de l’économie vivante varient sensiblement dans les lieux bas et sur les montagnes très élevées.

Après les fâcheux effets de toutes les grandes et les nombreuses variations atmosphériques , l’humidité est probablement la qualité la plus nuisible : Siccitates imbribus salubriores , a dit le modèle des observateurs en médecine. C’est sans cloute par la surabondance de l’humidité atmosphérique, encore plus que par quek[ue agent chimique, que les brouillards exercent leur action délétère. On évite sûrement les mauvais effets qu’ils produisent en s’élevant audessus de la région de l’atmosphère qu’ils remplissent.

On sait que le typhus ne se manifeste guère que sous l’influence d une basse température et de l’humidité; tandis qu’au contraire une température élevée, combinée également avec l’humidité, est une des concUtions inséparables du développement de la lièvre jaune, qui n’a d’ailleurs probablement jamais existé qu’à une petite distance de la mer.

On a cherché à prouver l’influence de la combinaison de divers gaz avec 1 anatmosphérique , et l’on s’est attaché à trouver là la cause d’un grand nombre d’accidents morbifiques. C’est surtout vers le gaz hydrogène carboné que se sont portés les soupçons. Dans quelques circonstances, il e.st vrai , ce gaz parait

MALADIES ÉPIDÉMIQUES

se dégager des marais en quantités assez considérables : mais bientôt il n est plus appréciable dans l’air, et à une très petite élévation de l’atmosphère qui plane sur ces marais , les expériences les i)lus délicates en saisissent è peine des atomes. MM. de llumboldt et Gay-bussac ont vu que l’air en pouvait recéler au plus 0,003.

Nous citerons cependant ici les expériences de MM. Thénard et Dupuytren, relatives à l’examen comparatif du gaz hydrogène carboné tiré des substances minérales et du même gaz dégagé des matières animales, bn délayant 1 un et l’autre de ces gaz dans l’eau , ils ont vu que le premier n’en a pas troublé la transparence et s’est perdu peu à peu , tandis que le second a troublé 1 eau et y a produit des flocons de nature animale. Les flocons se sont précipités par le repos et le liquide s’est putréfié.

Un n’a pas assez étudié en médecine les diverses influences des vents. Ce genre de météores, qui constitue les principaux mouvements dont l’atmosphère est agitée , qui influe beaucoup sur sa température , sert aussi quelquefois de moyen de transport à certaines épidémies. Dans plusieurs circonstances on a vu que la marche des maladies populaires suivait la direction des vents. On l’a particulièrement observé pour les épidémies de petite vérole , de toutes les épidémies celles qui ont été sans contredit 1e mieux étudiés , sans doute parce qu’elles se présentaient ù l’observation beaucoup plus souvent que les autres.

Mais , indépendamment de ces influences indirectes en quelque sorte qu’exercent tes vents, il est probable que ces grands phénomènes de météorologie, mieux étudiés, fourniraient aussi aux observateurs d’autres résultats.

A l’appui de cette opinion, citons le fait de l’harmatan africain.

On appelle harmatan un vent qui souffle trois ou quatre fois chaque saison , de l’intérieur de l’Afrique , vers l’océan Atlantique ; dans la partie de côte comprise entre le cap Vert (latit. 15° N.) et le cap Lopez (latit. 1” S.). L’barmatan se fait principalement sentir dans les mois de décembre, de janvier et de février. Sa direction est comprise entre l’K.-S.-E. et le N.-N.-E. Sa durée est ordinairement d’un ou de deux jours , quelquefois de cinq ou de six. Ce vent n’a qu’une force modérée.

Un brouillard d’une espèce particulière , et assez épais pour ne donner passage à midi qu’à quelques rayons rouges du soleil, s’élève toujours quand l’harmatan souffle. Les particules dont ce brouillard est formé se déposent sur le gazon, sur les feuilles des arbres et sur la peau des nègres, de telle sorte que tout paraît alors blanc. On ignore quelle est la natiii e de ces parties ; on sait seulement que le vent ne les entraîne sur l’Océan qu’à une petite distance des côtes. En mer, par exemple, le brouillard est déjà très affaibli ; à trois lieues il n’en reste plus de traces, quoique l’harmatan s’y fasse encore sentir dans toute sa force.

L’extrême sécheresse de riiarmatan est un de ses caractères les plus tranchés. Si ce vent a quelque durée, les branches des orangers, des citronniers, etc., se dessèchent et meurent; les reliures des livres lon ne doit pas en excepter ceux-là môme qui sont renfermés dans des malles bien fermées et recouvertes de linge) se courbent comme si elles avaient été exposi'es à un grand feu. Les panneaux des portes et des fenêtres, les meubles dans les api)artemcnts , craquent et souvent se brisent. Les effets de ce vent sur le corps humain ne sont pas moins évidents. Les yeux , les narines , les lèvres, le palais, deviennent secs

MALADIES ÉIMDÉMigUES.

fl (loiilourciix. Si riiarmalan diue quatre ou cinq jours consécutifs, les mains et la face se pèlent. Pour prévenir cet accident , les fuixlec se frottent tout le corps avec de la graisse.

Après tout ce que nous venons de rapporter des fâcheux elfets que produit riiarmatan sur les végétaux, on pourrait croire que ce vent doit être très insalubre. C’est cependant tout l’opposé qu’on a observé. Les fièvres intermittentes, par exemple , sont radicalement guéries au premier souille de riiarmaian. Les personnes que l’usage excessif qu’on fait de la saignée dans ces climats avait exténuées recouvrent bientôt leurs forces. Les fièvres rémittentes épidémiques disparaissent aussi comtne par enchantement. 'J’elle est enfin l’inlluence de ce vent, que pendant sa durée l’infection ne peut pas être communiquée, même par l’art. Voici le fait sur lequel se fonde cette assertion.

En 1770, il y avait à Wbydab un bâtiment anglais, VUnity, chargé de plus de trois cents nègres. La petite vérole s’étant déclarée chez quelques uns de ces esclaves, le propriétaire se décida à l’inoculer aux autres. Tous ceux chez lesquels on pratiqua l’opération avant le soiilHe de l’harmalan gagnèrent la maladie. Soixante-neuf furent inoculés le deuxième jour après que l’harmatan avait commencé à se faire sentir : aucun d’eux n’eut ni maladie ni éruption. Toutefois, quelques semaines après, aune époque où l’harmatan ne régnait plus, ces mêmes individus prirent la petite vérole, les uns spontanément, les autres par une nouvelle inoculation. Ajoutons que, pendant celte seconde éruption de la maladie, l’harmatan ayant commencé à souffler, les soixante-neuf esclaves qui en étaient attaqués furent tous guéris.

Le pays que traverse l’harmalan avant d’atteindre la cote se compose, jusqu'à la distance de Zi20 milles , de plaines de verdure entièrement ouvertes et de ({uelques bois de peu d’étendue : on y trouve çà et là un petit nombre de rivières et de lacs peu considérables. {Philos, trans., vol. LXXI, année 1781.)

Si les vents ont eu , dans plusieurs circonstances , une influence puissante sur la transmission des maladies , d’autres météores n’ont pas une moindre action. Aux Antilles et sur le continent d’Amérique, on a plusieurs fois observé que les violents orages , ces insolites perturbations de l’atmosphère , avalent pour résultat de suspendre ou même de faire cesser les ravages de la fièvre jaune.

.Sera-t-il permis d’ajouter que , plusieurs fois , sur des vaisseaux où la fièvre jaune faisait de grands progrès, à la suite d’un combat soutenu par un feu d’artillerie bien nourri et longtemps continué , on a vu la maladie suspendre ses ravages ? C’est ce qui arriva sur le vaisseau le Souverain, commandé par M. de Cilandève, et sur le navire le Warrexi, dont M. Park a donné l’histoire en 1799.

Un coup d’œil général sur l’état de l’agriculture aura plus d’un avantage médical. On prendra ainsi d’avance une idée, de la fertilité et de la richesse du sol, de l’industrie des habitants, de leur nourriture, etc.

Alais il faudra donner à ces dernières considérations de bien plus amples développements. Les habitudes et les mœurs des habitants, leurs principales et plus habituelles occupations; leur subsistance accoutumée et toute mauvaise nourriture fortuitement nécessitée par quelques fâcheuses circonstances ; la nature de leurs vêtements ; le site, la disposition et le mode de construction de leurs demeures ; le genre de vie des différentes classes de la société ; la population et l’étendue du terrain sur lequel elle se trouve ou disséminée ou entassée;

MALADIES ÉPIDÉMIQUES

ZlOl

la slatislàuic dos liospices ei des liôpilaux, celle des prisons et des maisons d'arrêt , leur administration et leur régime; la quantité des pauvres, leur nature , leurs habitudes ; les moyens employés pour prévenir la pauvreté , et ceux que l’on met en usage pour la secourir; les arts et métiers qui sont le plus en vogue dans le pays; l’état approximatif des délits et des peines qui s’y commettent ; l’éducation physicpie et morale que reçoivent les enfants et les jeunes gens , ce qui embrasse les exercices du corps et de l’esprit , l’instruction religieuse , civile et scicntilique ; le nombre proportionnel des mariages et des naissances, avec la désignation des causes qui , à des époques et dans des circonstances dilférentes, y apportent de notables variations ; la durée probable de la vie : toutes ces considérations ont avec l’état physique de l’homme des relations trop directes pour ne pas mériter une attention spéciale et des détails

très approfondis.

Les aliments et les boissons considérés dans leur quantité étrangement diminuée, ou dans leur qualité plus ou moins viciée , ont été plusieurs fois des causes incontestables d’épidémies meurtrières. Les époques marquées par de grandes disettes, les expéditions maritimes et les guerres dans les circonstances malheureuses qui en sont inséparables, en ont fourni trop de preuves. D’un autre côté , c’est surtout par une surveillance non moins active qu’éclairée des aliments et des boissons, ([ue des navigateurs célèbres sont parvenus a se garantir des maladies et de la mortalité qu’entraînent troj) souvent les voyages de long cours. Cook , Parry et Krusenstern nous ont laissé à cet égard de grands exemples à suivre et de beaux modèles à imiter.

Bien que ces considérations diverses n’olfrent pas au médecin le môme genre d’intérêt , elles ont cependant toutes leur degré d’utilité ; chacune d’elles servira plus ou moins à répandre quelque jour sur la nature et sur les causes de l’épidémie.

La stagnation des eaux et les grandes décompositions qui en résultent deviennent toujours plus ou moins insalubres; mais ces stagnations sont probablement plus nuisibles lorsqu’elles se composent du concours simultané des eaux salées et des eaux douces , ainsi qu’on le voit à l’embouchure des fleuves ou des rivières dans la mer. C’est particulièrement sous de sejnblables influences que se développent les dé.sastreuses épidémies de fièvres intermittentes et rémittentes malignes.

Du reste, l’amalgame, le mélange des eaux des fleuves et des rivières avec les eaux de la mer ne s’opère pas toujours et partout de la même manière. Tantôt les eaux de la mer passent au-dessus des eaux du fleuve, et la combinaison ne s en fait qu’à de grandes distances; tantôt les deux courants cheminent plus ou moins longtemps a côle l’un de l’autre pour ne se confondre que plus tard; quelquefois les deux espèces d’eaux se mêlent aussitôt qu’elles se rencontrent. Ces différences , qu’il faudra noter avec soin , ont peut-être quelque influence sur la .salubrité des pays dans lesquels elles ont lieu. La manière dont les eaux douces des rivières se mêlent avec les flots de l’Océan n’est-elle pas en eflet un des nombreux éléments de la question des épidémies? Doit-on s’attendre à rencon-

Irei les mêmes phénomènes sur la Dée, à Aberdeen, dont les eaux, soulevées tout (1 une pièce par celles de la marée montante , coulent constamment vers la niei en formant une couche supérieure et distincte , entièrement séparée des eaux salées qu’elles recouvrent ; el sur la 'ramisê, par exemple, dont les eaux ,

MALADIES EPIDEMIQUES.

après avoir été portées jusqu’à une certaine distance de l’eniboudiure par la pente naturelle du courant, sont refoulées en sens contraire, à la marée montante, avec tous les corps étrangers qu’elles charrient?

Ces influences peuvent-elles être les mômes de la part des rivières qui se mêlent avec l’Océan, et de la part de celles dont l’embouchure est située dans une mer dépourvue de marée ?

Dans ce travail de topographie, on devra faire connaître la marche générale des saisons et les caractères parliculiers qu’elles ont offerts, soit avant l’épidémie, soit pendant sa durée. On sait que Sydenham , dans l’estimation des causes générales des épidémies , veut qu’on ait en grande considération les saisons qui ont précédé : c’est surtout à des causes de cette nature qu’il rapporte l’origine de ces maladies.

Toutefois les saisons , dont les caractères propres mais fortement tranchés , dont la durée extraordinairement prolongée , dont les nombreuses irrégularités ont tant de part dans les maladies populaires , n’en sont cependant pas l’unique cause, ni peut-être toujours le principal agent. La disette, la famine , les altérations diverses des productions agricoles destinées à la nourriture de l’homme, les aliments et les boissons de mauvaise nature et de qualités viciées , tous les malheurs inséparables de la guerre, les agitations intestines des peuples, sont autant de circonstances que les observateurs doivent soigneusement compi'endre dans le calcul des causes générales des épidémies.

Les diverses émanations du sol et de ses nombreux accidents ; les produits si difficilement appréciables qui se dégagent des différentes substances végétales ou animales en putréfaction, et surtout ceux qui se dégagent des matières animales et végétales mélangées et abandonnées aux effets du travail particulier et lent d’une décomposition spontanée ; les effluves qui se répandent dans 1 air et qui s’élèvent à des hauteurs variables de l’atmosphère , devront fixer l’attention des observateurs éclairés. Ces causes générales de maladie seront d’autant plus soigneusement examinées par les médecins, que la physique et la chimie nous offrent moins de moyens de les saisir, de les examiner, d’en déterminer la nature et d’en préciser l’action. Leur influence sur l’économie vivante est encore , dans l’état actuel des connaissances , le point par lequel on peut plus facilement les atteindre , et le médecin en est seul juge compétent.

A côté des influences nuisibles de tous ces agents , on ne négligera pas d indiquer les circonstances qui ont dû en atténuer ou en aggraver l’action.

Du reste, comme il est probable que la cause de chaque épidémie réside dans un type uniforme , dans une réunion constante de plusieurs de ces diverses conditions, combinées dans des quantités variables et poussées à des degrés divers d’intensité , il faut comprendre toutes ces données dans le calcul général c es causes des épidémies , pour arriver à une juste appréciation des conditions msénarables de leur manifestation. En médecine , toutes les questions se présentent sous forme complexe. Les problèmes s’y montrent constamment composes d’éléments divers et non séparables. On n’en peut pas isoler les principes poui apprécier leur valeur spécifique ; on n’en peut pas obtenir les parties une à une pour déterminer leur action respective : et ces éternelles ’

obstacles insurmontables , on n’en tient pas assez compte a 1 art dans

savant.

MALADIES ÉPIDÉMIQUES

Section iii. — Observations particulières.

Après avoir rassemblé ces notions générales, après avoir réuni ces données préliminaires , si l’on veut débuter avec avantage dans 1 étude d une maladie populaire , si l’on a à cœur de procéder avec méthode dans cette importante carrière , il faut d’abord examiner l’épidémie dans les faits particuliers dont elle se compose.

Lors donc qu’on se trouve appelé à étudier une épidémie quelconque , on ne serait pas pardonnable de ne point recueillir une certaine quantité d’observations isolées. En toutes choses les faits sont les fondements inébranlables de la science. Tous ceux qui ont approfondi les diverses branches de nos connaissances le savent assez : c’est dans les détails des observations particulières soigneusement colligées qu’ils aiment à reU'emper leurs connaissances ; ce genre de lecture est pour eux de la plus attachante et de la plus solide instruction.

Une épidémie est véritablement un fait complexe ; il faut en saisir toutes les parties , en étudier tous les éléments. Aussi est-ce surtout dans les collections d’observations particulières qu’on aime à épier la marche de la nature durant le cours de ces maladies. Lii , ce ne sont pas des rapprochements plus ou moins forcés , des généralités plus ou moins obscures , des abstractions plus ou moins fortes, comme on le voit trop souvent dans les de.scriplions générales de ces maladies; ce sont les individualités mêmes de l’épidémie que l’on fait passer sous les yeux des lecteurs et des juges avec toutes les circonstances qui les caractérisent.

Ces observations isolées , ces histoires particulières de maladies seront empruntées aux conditions divex'ses de l’épidémie. Elles embrasseront les sexes, les âges, toutes les professions, toutes les classes de la société, tous les tempéraments que l’épidémie affecte, toutes les formes et toutes les complications qu’elle revêt, les périodes croissantes, stationnaires et décroissantes dont elle se compose , dans le but louable de considérer la maladie sous un plus grand nombre de points de vue.

Ces observations particulières devront être recueillies par plusieurs médecins, afin qu’un seul et même esprit n’ait pas présidé à leur rédaction. Un observateur isolé, qui a déjà aperçu un fait sous tel ou tel point de vue, est naturellement disposé à le voir encore de la même manière. Au contraire , lorsqu’on est plusieurs observateurs ensemble , les phénomènes se trouvent examinés sous des faces variées. Cette sorte d’émulation , ce concours de lumières soutiennent l’attention , multiplient les eflorls et garantissent des erreurs du jugement.

Ces faits particuliers destinés à servir de base à l’histoire de l’épidémie qu’on a sous les yeux , il sera fort important de les prendre simultanément parmi les malades de la ville, chez les malades des hôpitaux, des prisons, des maisons d’arrêt, des dépôts de mendicité , et en général dans tous les lieux plus ou moins sévèrement reclus. Par ce moyen , on aura une nouvelle donnée pour arriver à déterminer quelles sont les diverses conditions, quelles sont les différentes influences de l’épidémie régnante à l’égard de ces derniers lieux, où les individus, placés dans une sorte d’isolement, deviennent propres à répandre quelque jour sur plusieurs des grandes questions relatives à la maladie.

Dans la rédaction de ces observations isolées, on aura d’abord soin de faire connaître le physique du malade. On s’attachera à bien établir son signalement

AO/l MALADIES ÉPIDÉMIQUES.

médical, si l’on peut s’expriiner de la sorte. Il faut, par tons les moyens imaginables , placer le lecteur en présence du malade lui-même ; il faut mettre les médecins dans le cas d’exercer leur tact médical et d’en tirer avantage ; il faut autant que possible leur conserver une si jiuissante ressource dans la médecine pratique. Quels désavantages n’éjironverait pas au lit des malades un médecin privé de la vue , auquel on rendrait d’ailleurs un compte très fidèle de tous les symptômes et de Ions les événements liés à la maladie ! Que de choses manqueraient au jugement du praticien, seulement parce qu’il n’aurait pas de ses propres yeux examiné le malade !

Il est important de présenter les symptômes des maladies dans le même ordre de succession suivant lequel ils se sont offerts. 11 y aurait de grands inconvénients sans doute à les groupei; arbitrairement selon le genre particulier des systèmes anatomiques auxquels on voudrait les rapporter, à les classer suivant la nature des fonctions auxquelles on supposerait qu’ils se rattachent , etc. L’observateur au contraire n’aura d’autre prétention que celle d’écrire en quelque sorte sous la dictée de la nature. .Son premier désir sera de faire passer sous les yeux du lecteur , et dans le même ordre qu’ils ont suivi pour leur développement , tous les phénomènes qui se sont offerts. Il emploiera à décrire avec exactitude la méthode qu’il aura suivie pour observer avec soin. Par ce moyen, le lecteur se mettra tellement à la place de l’observateur, qu’il croira lire lui-même dans le livre de la nature.

Quant au choix des faits particuliers, on s’attachera à en présenter un certain nombre qui aient été suivis de la guérison , et aussi un certain nombre qui .se soient terminés par la mort ; à peu près dans les proportions de la mortalité générale de l’épidémie.

La série des faits suivis de guérison devra offrir les modifications diverses observées durant le cours de l’épidémie. Ainsi les solutions spontanées, les crises, leur marche et leur nature, l’efficacité des méthodes curatives reconnues plus généralement utiles, la durée totale de la maladie, la durée relative des diverses périodes morbides , la lenteur ou la rapidité des convalescences ; toutes ces considérations doivent faire partie de ce tableau.

On devra au.ssi distinguer ces faits particuliers suivant le temps de la durée totale de l’épidémie auquel ils auront été recueillis. Il faudra donc présenter des observations particulières prises au début même de la maladie, d’autres observations empruntées à son temps moyen , c’est-à-dire à l’époque qui est ordinairement celle de la plus haute intensité des phénomènes, et d’autres aux moments voisins de la cessation ou de la fin de l’épidémie.

Des différences notables sous le rapport du nombre et de l’intensité des symptômes, relativement aux dangers variés de la maladie, et même eu égard à l’effet des médicaments et des méthodes curatives, ont été utilement notées a ces diverses époques, ffush a vu à Philadelphie, en 1793, que la fièvre jaune, dès le principe de l’épidémie , avait une marche plus rapide et plus variable qu’après cette époque , où elle devint plus régulière. Gonzalès a également observé , en 1800 , à Cadix , que dans la seconde période de l’épidémie les ter-minaisons favorables par l’ictère étaient bien plus communes, et qu’alors aussi la maladie cédait bien plus facilement au quinquina.

Sydenham assure que dans la dyssenterie qui régnait à Londres en 1069, les malades, au commencement de l’épidémie, furent attaqués d’une manière très

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violonlc; les syiTiplôiiies (îlaient infinie tout fait dillércnts de ceux (lui se niani restèrent des périodes plus avancées. Alors la dyssenterie débutait par des déjections copieuses, et l’on administrait l’opium dès les premiers jours avec

avantage. . .

La dyssenterie qui régnait à Nimègue , en 1736 , et dont Degner nous a laisse

riiistoire , avait cela de remarquable que , quoique dangereuse dès le principe , elle olïrait cependant des symptômes plus graves et des conséquences plus fâcheuses dans ses périodes plus avancées.

Durant le cours de l’épidémie catarrhale qui régnait à Paris en 1802 (l’an XI), et dont nous avons été tous témoins, la maladie était d’abord bénigne, autant dans ses symptômes que dans ses conséquences. Elle devint grave et souvent même funeste à une époque plus avancée. Vers la fin de l’épidémie elle se montra de nouveau telle qu’elle avait paru d’abord.

Section iv. — Autopsies.

La série des faits arrivés à la terminaison fatale ne servira pas moins aux piogrès de la science et à l’instruction particulière des médecins.

Ici se présente naturellement la considération des avantages qu’il y a à réunii dans les histoires générales des épidémies un noinbi*e suffisant d’autopsies cadavériques.

Dans l’état actuel des connaissances médicales, lorsqu’on est chargé d’observer et de décrire une épidémie , on ne saurait se dispenser sans doute de chercher à constater par de suffisantes perquisitions d’anatomie pathologique le siège et la nature de la maladie qu’on observe,

Malheureusement le zèle des médecins à cet égard est trop souvent mis en défaut. Trop souvent, dans ces circonstances, leur philanthropie est traitée de cruauté; et tous les préjugés se réunissent, tous les pouvoirs semblent être ligués pour multiplier et grossir autour d’eux les obstacles , lorsqu’au contraire tous les intérêts sociaux devraient être d’accord pour encourager ces utiles recherches, pour faciliter ces lumineuses inve.stigations.

Le médecin appelé à suivre la marche, à décrire les caractères et à combattre les effets d’une maladie populaire, emploiera donc tous ses efforts et tous ses soins à faire un grand nombre d’autopsies.

Après s’être convenablement livré à l’examen successif des grandes cavités et des organes qu’elles renferment, il poussera plus loin ses recherches. La nature des divers tissus ; l’état du tube intestinal soigneusement examiné sur tous ses points et dans scs deux faces ; l’état interne et externe du canal rachidien suivi dans toute son étendue ; l’état des vaisseaux sanguins tant artériels que veineux, examinés principalement dans les lieux qui auront semblé le siège plus particulier de la maladie ; l’état du système nerveux : tous ces points devront fixer l’attention de l’observateur.

Il y aura aussi beaucoup d’avantages à ce que ces recherches soient faites par plusieurs médecins. Les divers résultats de leurs observations vérifiées les unes par les autres pourront ainsi se servir réciproquement de confirmation cl d’appui.

On s’attachera à pratiquer les ouvertures de cadavres sur des individus morts à des époques dilférentes de la maladie , sur ceux qui ont succombé rapidement et presque dès l’invasion ; sur ceux qui étaient arrivés à la seconde ou ii la

MALADIKH ÉPIDÉMIOUHS.

troisième période; eiilin sur ceux qui, ayant subi la durée totale de la maladie, semblent plutôt être frappés par la convalescence que par la maladie elle-même.

Il ne sera ]>as moins utile de distinguer les autopsies faites dans les divers temps de l’épidémie en général ; celles qui auront été pratiquées sur les cadavres des premiers individus atteints; celles qui auront été faites sur les personnes frappées plus avant dans le cours de l’épidémie; enfin les autopsies des individus tombés malades dans les derniers moments de la maladie régnante. Cf)mme les épidémies ont généralement olfcrl des intensités différentes dans leurs diverses époques, il sera important de vérifier ces résultats généraux de l’observation sur les autopsies cadavériques.

Dans la série des données fournies j)ar l’anatomie pathologique, parird les altérations d’organes, de tissus, etc., qu’elle montre, il en est de générales, et que l’on rencontre presque indistinctement sur tous les cadavres, quelle que soit d’ailleurs la nature de la maladie qui a précédé la mort ; il y en a de œmmunes à un grand nombre de circonstances pathologiques, et que l’on trouve par exemple chez tous les individus morts par suite de maladies fébriles, de maladies aiguës, ou bien sur tous les cadavres des personnes ayant succombé à des affections chroniques ; on en connaît enfin qui sont propres à tel ou tel genre de maladies, à telle ou telle lésion déterminée. On comprendra facilement combien il est essentiel que les médecins se tiennent instruits de tontes ces modifications, de toutes ces diiférences. Les observateurs et les historiens des épidémies ne sauraient trop s’attacher à bien saisir ces conditions diverses des autopsies, à les noter et à les faire connaître.

Une précaution fort essentielle et souvent négligée dans les faits d’anatomie pathologique^ c’est de réunir des renseignements positifs sur les maladies antérieures à celle à laquelle l^individu a succombé. Souvent les lésions que l’autopsie découvre remontent plus haut dans l’iiisloire de la vie de l’individu ; elles appartiennent à des maladies antérieures et plus ou moins anciennes. Ce sont là des distinctions qu’il faut établir avec soin, pour arriver à une juste appréciation des causes et des effets organiques de l’épidémie qu’on observe.

On notera soigneusement l’intervalle de temps qui se sera écoulé entre l’instant de la mort et l’heure à laquelle l’autopsie aura été faite. Et, à cet égard, nous ne négligeons pas d’en faire la remarque, il est à propos, surtout dans le cours d’une épidémie, de ne pas trop se hâter de procéder aux ouvertures des cadavres. Si la prévoyante sagesse du législateur en a fait , relativement à la sûreté générale, la matière d’un règlement à part, les puissantes leçons de. l’expérience sont là pour en faire, par rapport à l’hygiène, le sujet d’une recommandation expresse. Les autopsies ont bien moins de dangers, faites loin de l’époque de la mort des individus, et lorsque la chaleur animale, entièrement éteinte, ne fournit presque plus au dégagement des vapeurs qui pénètrent toutes les parties du corps, et qui s’évaporent de chacune d’elles avec des effets diversement nuisibles. Les bouchers ne contractent guère la maladie connue sous le nom de charbon que lorsqu’ils dépècent les bœufs peu de temps après les avoir

tués.

Mais on devra, non moins soigneusement, éviter de retarder trop longtemps l’heure des autopsies. Il faut les faire avant que la décomposition putride atteigne les cadavres. Les miasmes qui s’échappent des substances animales en putréfaction sont les plus malfaisants de tous.

MALADIES ÉPIDÉMIQUES

U sera avantageux de pratiquer les ouvertures des corps 1'»^» f dans laquelle la maladie aura parcouru ses périodes. Il faudra aussi tAcher de . pratiquer en plein air, et dans une position telle que les courants ;

ques entraînent hors de la direction des opérateurs et des assistants les diverse.

émanations inséparables de ces investigations. nmir se

Parlerons-nous ici des nombreuses précautions que hygiène «e

présenter avec moins de dangers à la visite des malades, dui^nt 1 «^Pldémie > e pour se livrer avec quelque sécurité à la pratique des opérations exigées pendant le cours de la maladie? La nature del’épidemie, les circonstances les loca lités et les dispositions individuelles peuvent seules servir de conseil et de règle à cet égard. Nous dirons cependant que, comme influence morale, des précautions superflues ou vaines pourraient devenir funestes. Le médecin doit savoir braver quelques dangers quand il s’agit de la tranquillité dune population entière ou du salut de toute une armée. U faut que dans la société chaque individu trouve en lui-même tout le courage de son étal ; et le courage du médecin consiste à affronter les dangers de la contagion au milieu des épidémies, tout comme le courage du soldat lui fait allionter la mort au milieu des combats. La médecine et la chirurgie tant civiles que militaires ont offert, de nos jours, de beaux modèles de cette utile et louable intrépidité.

Section v. — Histoivê génovdlc d& la malcidiB.

L’ordre, celte naturelle filiation de toutes choses renfermées dans leurs justes limites, amène naturellement, à la suite des observations particulières des épidémies, le grand tableau, l’histoire générale de la maladie, elle-même et de ses principales circonstances.

Ici on pourra choisir une méthode arbitraire, adopter un principe de son choix pour la distribution des symptômes dont se compose le diagnostic de la maladie.

Sans doute il y aurait quelques avantages à énumérer ces symptômes suivant la série de leur manifestation, tels qu’ils se sont présentés à l’observateur, et à chercher ainsi, même dans cette sorte d’abstraction, à reproduire les individualités de l’épidémie. Mais comme celte marche aura déjà été rigoureusement suivie dans les collections des faits particuliers, on pourra s’en écarter ici. Elle ne .sera d’ailleurs pas dépourvue d’utilité, la méthode qui consiste à ranger les symptômes et à les classer d’après la nature des fonctions auxquelles on croit qu’elles se rapportent, à les distribuer selon les organes aux lésions desquels on les attribue.

Cette seconde manière conduira naturellement à la connaissance des fonctions lésées les premières, dans le cours de l’épidémie ; à la recherche de celles qui ne l’ont été que postérieurement ou consécutivement ; à la distinction de celles dont l’altération est essentielle, ou dont le dérangement n’est que secondaire. On pourra également arriver de la sorte à décider quelles fonctions ont été plus tôt rétablies dans le cas de guérison ; et ce sont là autant de points fort importants pour la connaissance de la nature et de la marche de l’épidémie.

On ne négligera pas de noter si, dans le pays, il y a eu antérieurement quelque épidémie analogue. En cas d’affirmative, on fera connaîlre l’époque, la marche et les terminaisons de ces épidémies. On insistera particulièrement sur les détails des méthodes de traitement qu’on leur aura opposées avec avantage.

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