MAI,AI)IES ÉIMDEMIOIIES
liCs lenips d’appaniion dcsi^pidcîmics ot loiir retour à certaines (-jKjfpies lixeroiii a\oc avantage les iiK'dilations des médecins. l’onjjpé-Desjjortes observe (pie la fièvre jaune se montre ,à Saint-Domingue tous les (piatorze. ou (piinze ans. M. de lliimboldt rapporte que la lièvre jaune, endémique sur le continent d’Aniéiique, y devient (épidémique à des époques déterminées. Ce savant voyageur atteste aussi que les épidémies de iietite vérole, dans ces contrées, s’y manifestent par des retours périodiques, <i des distances de dix-sej)t ou dix-lmit ans ; encore que, dans ces intervalles, il arrive souvent des vaisseaux qui débarqueni impunément des individus atteints de cette maladie. Sydenham et Iluxbam avaient fait des remarques semblables pour des épidémies de jictite vérole, pour des épidémies de fièvres catarrhales, etc.
11 faudra préciser avec soin le nombre des individus frappés par l’épidémie, et comparer ce nombre à la population générale, hors de la sphère d’activité de la maladie. Dans le nombre total des malades, on cherchera à faire la distinction des naturels du pays et des étrangers, des individus qui habitent la contrée depuis longtemps , et de ceux qui ne s’y trouvent que depuis peu. La marche de l’épidémie, par rapport aux âges, aux sexes, aux conditions, aux professions , aux quartiers , trouvera place parmi ces généralités.
On notera aussi avec attention quelles sont les méthodes de traitement qui ont le plus constamment réussi, celles à la suite desquelles les convalescences ont été plus faciles et plus promptes.
En rendant compte de cet ordre de faits, on devra signaler les méthodes funestes adoptées soit par les gens de l’art , soit par le peuple. On aura à calculer les différences qui se seront présentées, dans la mortalité , entre les malades qui auront été traités suivant telle* méthode, et ceux que l’on aura dirigés selon telle autre. On établira la même comparaison entre les issues diverses qui auront eu lieu dans les cas où, par quelque cause que ce soit, la maladie aura été volontairement livrée à elle-même , ou accidentellement abandonnée aux seules ressources de la nature, et les cas où la maladie aura été combattue par les secours de la médecine. Enfin on fera connaître les résultats de la mortalité relative parmi les individus des quatre âges , entre les personnes des deux sexes , chez les hommes qui exercent des professions différentes , dans les diverses classes de la société , sur les habitants des principaux quartiers, etc.
Dans cette détermination de la mortalité relative de l’épidémie , on tiendra compte de la mortalité relative des temps ordinaires, laquelle varie, comme on sait, suivant une foule de circonstances. Ainsi, toutes choses égales d’ailleurs, la mortalité est plus considérable dans les villes que dans les campagnes : elle est plus forte dans les contrées manufacturières que dans les pays agricoles. Sur différents points du globe, elle augmente ou diminue, suivant telle ou telle autre saison : elle est moins forte dans les saisons régulières , elle l’est beaucoup plus aux époques de l’année marquées par de grandes variations atmosphériques, etc.
On observera les effets divers des méthodes de traitement à chacune, des grandes époques de l’épidémie. Souvent le traitement qui a été inefficace ou nuisible dans les premiers temps de la maladie se montre salutaire à une autre époque. Les annales de la science en fournissent un grand nombre d’exemples.
On tiendra compte des difïércnces offertes par la mortalité aux diverses époques de l’existence de l’épidémie.
Un individu en proie à la maladie (pii règne , transféré loin du foyer où l’épi-
Krr:*v«îL.?i
MALADIES Él'lDÉMlQUES.
donne a pris naissance, acquicrl-il pour lui-mèine des chances de ijuih ison plus no.nl>rcuses que s’il était resté daus les lieux où le mal s’est developpi*. ? \oila encore une question qu’il sera utile de décider par les faits.
On cherchera îi connaître l’état général de la santé des habitants avant 1 invasion de la maladie populaire ; on l’étudiera aussi après que le lléaii se sera dissipé, l’iusicurs faits portent à penser que les grandes épidémies laissent dans le pays qu’elles ont parcouru des Impressions sur les constitutions , et comme des idiosyncrasies nouvelles, qu’il est fort essentiel au praticien de connaître. On attribue avec quelque fondement les maladies catarrhales qui ont légné si généralement depuis un grand nombre d’années à l’épidémie cataiihale qui parcourut l’Europe il y a environ cinquante ans.
11 deviendra d’une haute importance et d’une grande utilité d’étudier l’étal sanitaire général des ditfércntes espèces d’animaux avant l’épidémie , pendant sa durée et après sa cessation.
On étendra avec avantage ce genre de recherches aux animaux qui planent sans cesse dans les airs, et qui se tiennent à des élévations plus ou moins
grandes, en ayant soin de distinguer ceux qui sont fixes dans le pays et ceux qui n’y sont que passagers ; à ceux ([ui rampent à la surface de la terre , et qui , par leur altitude et par leurs mœurs , portent le plus près du sol les organes de la respiration, de l’olfaction, de la déglutition, etc.; a ceux qui habitent constamment les rivières et les mers , et qui y restent à des profondeurs diverses et à des distances dillérentes du rivage.
Mais on étudiera surtout les maladies des animaux domestiques, et plus spécialement les maladies de ceux de ces animaux qui partagent avec l’homme les
travaux de l’agriculture, et qui constituent une portion des richesses de l’économie rurale.
Ici les médecins et les vétérinaires auront facilement l’occasion de faire des expériences utiles relativement au mode de propagation de l’épidémie, à son traitement, etc.
Les plantes et les animaux ne partagent pas toujours les maladies de l’espèce humaine. Quelquefois cependant des altérations considérables dans les productions de la végétation et de l’agriculture , plus souvent encore de notables dérangements dans l’état sanitaire des animaux, ont devancé, accompagné ou suivi de près les grandes épidémies. Le comte Morozzo a vu sur les bords de certains amas d’eaux marécageuses les feuilles des plantes recouvertes d’une poudre noire , qu’il présume être le {iroduit du dégagement du gaz hydrogène carbonné. Personne n’a oublié les pertes énormes sur lesquelles l’économie agricole eut à gémir jusque sous les murs de Paris et dans la capitale ellemême , pendant l’épidémie de typhus que les dernières armées européennes traînaient à leur suite.
Section vi. — Naissance et propa(jatio7i de la maladie.
Dans toutes les affections populaires , le mode de développement de la maladie et la manière dont elle se propage deviennent des points fort importants à éclairer. D’un coté , les considérations puissantes de la santé et de la vie des hommes , de l’autre les intérêts élevés de leurs relations sociales , politiques et commerciales, réclament la plus sérieuse attention, exigent les clforts les plus soutenus, commandent la plus rigoureuse impartialité.
MALADIES ÉPIDÉMIQUES
Tl n’cst pas ais(^ , nous devons le dire, d’arriver sur ce point à des rj^sullais inconlestahics. Les questions de ce genre embrassent un si grand nombre de considérations diverses , qu’il est dilTicile de les envisager h la fois sous tous les points de vue qu’elles présentent, et de dissiper toutes les incertitudes qu’elles olïrent.
On doit d’abord , dans toute maladie populaire , fixer exactement l’épfxpie de son apparition , et cberclier à préciser le moment de sa naissance.
On remontera jusqu’au premier individu atteint, et l’on s’assurera des circonstances sous rinllucnce desquelles la maladie l’aura frappé. On recueillera soigneusement tous les détails de sa maladie , et l’on aura soin de les environner de preuves de la plus grande authenticité.
On suivra ainsi les progrès du mal dans les personnes qui en auront été successivement attaquées, et dans les circonstances diverses de localités, de rapprochements, de communications, etc., qui auront pu servir ci la transmission de la maladie. On dres.sera en quelque sorte la carte géographique de l’épidémie; on tracera son itinéraire de manière à la suivre pas à pas depuis les premiers faits jusqu’aux derniers , et depuis ses plus légères impressions jirsqu’à ses plus désastreux ravages.
Personne n’a jamais contesté que l’on ne pût contracter une maladie régnante, toutes les fois que l’on se trouve placé sous l’influence plus ou moins immédiate des agents qui lui ont donné naissance , dans le domaine du foyer d’action qui est propre. Tout le monde convient aussi que , toutes cbo.ses égales d’ailleurs, le danger est d’autant plus grand que ce foyer jouit d’une activité plus forte , et que la sphère de son action est moins limitée.
Voilà donc un mode de. transmission qui est avéré. 11 suffit d’assister à une épidémie pour être exposé à ses fâcheuses influences ; et l’on doit en être d’autant plus sûrement atteint que l’on y prend une part plus ou moins active. Les médecins surtout savent qu’ils y échappent difficilement, et la conscience de leurs devoirs est leur unique soutien.
IVlais qu’arrive-t-il quand on est placé loin du foyer d’action de la maladie , hors de la sphère d’activité des éléments qui l’engendrent? Voilà précisément ce qu’il faut très clairement déterminer dans toute maladie populaire.
1“ Un individu atteint de la maladie qui règne , transporté hors de la sphère d’activité de celte maladie, peut-il'la transmettre à d’autres personnes?
Dans le cas d’affirmative , quelles sont les circonstances qui favorisent cette transmission? quelles sont au contraire celles qui la retardent ou qui l’empêchent ?
2" Des objets ayant immédiatement servi aux malades atteints de l’épidémie , tels que couvertures, matelas, linges de corps et autres analogues, portés loin du foyer de l’épidémie . conservent-ils plus ou moins longtemps la faculté de transmettre la maladie aux personnes qui se serviraient de ces objets?
3“ D’autres objets touchés et gardés par les malades , tels que bijoux , lims, papiers, etc., jouissent-ils de la fatale propriété de transporter la maladie loin de son foyer d’action et hors des circonstances capables de donner naissance à un nouveau foyer ?
Zi" Des substances de diverses natures , tant végétales qu’animales , des matières alimentaires, des marchandises et autres, ayant seulement séjourné plus ou moins de temps au milieu du foyer de l’épidémie et sans avoir été immédia-
MALADIES Kl’lDÉMIOULS. '
tement touchées par des malades , peuvent-elles transmettre au loin la ma-
5“ Des personnes qui auraient passé par le foyer de 1 épidémie , et qui . y seraient arrêtées, peuvent-elles, sans avoir été elles-nvêmes atteintes , emporter des émanations de la maladie, et la transporter ainsi dans d autres pays ?
Pour obtenir une solution satisfaisante de ces diverses questions, il faudrait pouvoir répéter entre autres les expériences suivantes , et noter fidèlement les résultats de ces audacieux essais.
.4. Distribuer sur plusieurs points dont la salubrité antérieure et actuelle serait bien constatée, des individus frappés par répidéniie et arrivés chacun <i une période morbifitiue dilférente ; étudier soigneusement les effets de ces hasardeuses entreprises.
li. Envoyer dans des lieux divers , mais salubres , là des objets ayant immédiatement servi aux malades, tels que matelas, couvertures, vêtements et autres ; ici des bijoux , des papiers et autres objets ayant été seulement touchés par les individus malades ; ailleurs des comestibles et autres marchandises conservées dans le lieu où règne la maladie et sans que ces marchandises eussent aucunement servi aux usages divers des malades.
Les conséquences à déduire de ces essais seraient bien autrement lumineuses si les expériences pouvaient porter sur des objets placés sous ces diverses conditions, et dont les uns auraient été convenablement fumigés, tandis que d’autres ne l’auraient point été du tout.
C. Faire arriver de loin , au milieu de l’épidémie , des hommes jusque-là bien portants; les engager à y séjourner, à diverses reprises, plusieurs heures de suite, mais en observant du reste qu’ils prissent leurs repas et qu’ils couchassent à une certaine distance du foyer de la maladie.
Dans un grand nombre de cas il serait difficile sans doute, et il deviendrait peut-être encore plus imprudent de faire directement de telles expériences. On y suppléera en mettant à profit des circonstances fortuites, et les accidents heu renxqui, nés durant le cours de l’épidémie, soit de généreux dévouements, soit d’aventureux calculs, auraient fourni matière à des accidents analogues : et certes les occasions n’en sont pas rares. Mais, pour que de semblables faits puissent être admis en témoignage , il faut qu’ils se présentent avec une grande authenticité, et qu’ils soient appuyés de preuves convaincantes. 11 faut qu’ils aient été scrupuleusement examinés dans leur ensemble comme dans leurs détails. Il faut surtout qu’ils soient complets et entourés des moindres circonstances qui leur appartiennent.
On s’attachera à déterminer comparativement la topographie médicale des lieux où la maladie a pris naissance, et la topographie des pays où elle s’est le plus facilement et le pins rapidement développée ; enfin la topographie des contrées voisines que l’épidémie n’a pu atteindre. On cherchera à reconnaître les conditions et les causes de ces différences.
On dira si les occasions de grands rassemblements , si les motifs de nombreuses réunions ont été des circonstances qui aient favorisé le développement et les progrès de la maladie; et comment l’épidémie s’est conduite entre les habitants de communes diiïérenlcs, à la suite d’une foire, d’un marché, etc. On fera connaître la direction des chemins et la direction des rues que la maladie aura suivis dans .sa propagation.
maladies épidémiques.
^ a-i-il imc iM'üiodc de la maladie, une époque de l’épidémie, dans lesquelles ( la propasaliou soit j>lus facile, jilus prompte ? Quelles sont d’ailleurs les diverses * circoustauccs générales qui conlribueril à la communication du mal ou oui s’v opposent ? •
On déterminera si la puissance de transmi.ssion tient jilus spécialement à des conditions atmosphériques , à des dispositions idiosyncrasiques, etc.; et aussi si i cette puisancc de transmission, quel qu’en .soit le mode, suit les degrés divers de violence de l’épidémie , si elle s’exerce dans toutes les circonstances , ou seulement sous l’empire de certaines conditions.
Il n est pas aisé , nous l’avons déjà dit, de décider bien positivement quel e.si le mode de propagation d’une épidémie donnée ; aussi les médecins ne doiventils rien négliger pour surmonter tous les obstacles qui les environnent dans ces recherches.
ioutefois les diflicultés sont bien autrement grandes quand il s’agit de déterminer à quels degrés et par quels moyens un genre donné de maladie est transmissible. Ainsi il serait bien plus difficile sans doute de résoudre la question pour la fièvre jaune en général que pour l’épidémie de Barcelone en particulier. L’épidémie de Barcelone ne constitue qu’un seul fait, quelque complexe qu’il soit , tandis que la fièvre jaune embrasse toutes les épidémies de cette nature qui ont régné à diverses époques.
Lorsqu’on voudra donc rechercher quelles ont été les propriétés transmissibles d’un genre particulier de maladie , on aura d’autres moyens à employer.
Pour arriver à la solution de ce grand problème, le procédé suivant paraît un des plus sûrs.
Prenons pour exemple la fièvre jaune ; les circonstances nous y autorisent assez.
Il faudrait d’abord rassembler toutes les histoires d’épidémies de fièvre jaune qui ont été recueillies, depuis la première jusqu’à la dernière, c’est-à-dire depuis celle qui fut observée en 1687, à Olinde dans le Brésil , par le médecin portugais Ferreyra de Rosa , jusqu’à l’épidémie de Barcelone , dont nous allons avoir plusieurs descriptions.
Il faudrait aussi réunir avec soin toutes les descriptions de chacune de ces épidémies , publiées par les divers médecins qui s’en sont occupés.
On devrait ensuite extraire loyalement de ces diverses descriptions de chaque épidémie, d’un côté, tous les faits à l’appui de l’importation de la maladie, et de l’autre, tous les faits qui sont en faveur de son développement spontané. On emprunterait non moins soigneusement à chacun des historiens de ces dilférentcs épidémies les faits propres à constater la contagion , ceux qui sont à l’appui du système de l’infection , et ceux qui semblent favorables à l’une et à l’autre de ces deux opinions à la fois.
On rangerait enfin sur des colonnes distinctes ces divers ordres de faits, pour les comparer ensemble , pour les opposer les uns aux autres , pour les soumettre à une juste et judicieuse critique , pour en déterminer la valeur spécifique, et pour proclamer ensuite les conclusions rigoureuses qui se seraient naturellement présentées.
L’étude comj)aréc des grandes épidémies de typhus, dont nous avons de fidèles tableaux , et des épidémies de fièvre jaune , dont nous possédons des descriptions exactes , ne contribuerait pas peu à éclairer cette grande question.
MALADIES ÉPIDÉMIQUES. 'H
ProMcz un certain nombre d’histoires gcbiérales d’épidémies de typiins, et autant de lièvre jaune ; réunissez aussi, mais en bien plus grand nombre encore , des observations particulières de laits isolés de fièvre Jaune et de typlius; rapprochez ces deux ordres d’épidémies , ces deux ordres d’histoires particulières ; comparez épidémie à épidémie, observation à observation, et opposez tous ces faits les uns aux autres. Répétez ces longs, ces pénibles procédés en les appliquant successivement à l’aide des principaux points de ces maladies, a leur naissance , leur développement , à leur propagation , à leur transmission , à leur caractère , à leur marebe , à leur traitement , à leur terminaison , à leur anatomie pathologique, et vous noterez fidèlement les résultats auxquels vous serez arrivés.
De sophistiques arguments, des raisonnements insidieux, ne doivent plus entrer dans les débats de cette grande cause. Il ne s’agit point , pour éclairer la matière , de compter ni même de peser l’autorité des noms ; ce n’est que d’après des faits bien constatés que l’on doit prononcer. '
CIRCULAIRE MINISTÉRIELLE DU l'*' SEPTEMBRE 1851 , CONCERNANT
LES RAPPORTS DES MÉDECINS d’ÉPIDÉMIES AVEC LES CONSEILS
d’hygiène.
Monsieur le préfet, les conseils d’hygiène et de salubrité institués par l’arrêté du gouvernement du 18 décembre 1868 ayant, cnlre autres attributions, celle d’indiquer les mesures à prendre pour prévenir et combattre les maladies épidémiques et transmissibles, j’ai reconnu la nécessité de rattacher, autant que possible, à cette institution le service des épidémies, et j’ai pris, à cet effet, conformément aux propositions du comité consultatif d’hygiène publique, l’arrêté dont je vous envoie un exemplaire.
En vous l’ecommandant de porttu’ cet arrêté à la connaissance des conseils d’bygiène et des médecins des épidémies de votre département, afin qu’il soit mis à exéculion sans aucun retard, je me bornerai à vous donner quelques explications.
De même que les médecins des épidémies peuvent devenir membres des conseils d’iiygiène, les membres des conseils d’bygiène peuvent être appelés aux fonctions de médecin des épidémies; mais ces deux fonctions n’en restent pas moins distinctes. Il importe donc de déterminer en quelques mots les attributions des deux institutions, et d’indiquer, d’une part, dans quelle mesure les médecins des épidémies auront à prêter leur concours aux travaux des conseils d’bygiène, d’une autre part quels services les conseils d’hygiène sont appelés à rendre dans les cas d’épidémies.
Je n’ai pas besoin de vous rappeler, monsieur le préfet, que lorsque l’autorité est informée de l’existence d’une épidémie sur un point quelconque d’un arrondissement, son premier soin doit être d’envoyer le médecin du service dans la commune attaquée. Quand la maladie aura peu de gravité, il suflira qu’une copie du l apport du médecin des épidémies soit mise, par les soins de l’administration, sous les yeux du conseil d’bygiène, dans sa plus prochaine réunion. Les conseils d’hygiène trouveront dans les communlcaiions de cette nature les données les plus utiles pour remplir la tilebe qui leur est confiée, de recueillir et de coordonner les documents relatifs :'i la mortalité et à ses causes, à la topo-
MALADIES ÉPIDÉMIQUES
graphie el à la slalistiquo de l’aiTondissemeul, en ce qui concerne la salubrité publique.
Les coinnuinications verbales des médecins des épidémies compléleronl, d’ailleurs, les renseignements écrits; car ces honorables médecins se leront certainement un devoir d’user de la l'acuité que leur donne l’article de l’arréié ci-joint, d’assister aux .séances des conseils de salubrité, avec voix consultative. .
Si une épidémie se présentait avec un haut degré d’intensité ; si elle s’étendait sur plusieurs communes ; s’il y avait doute sur la nature, ou divergence entre les médecins sur les meilleurs moyens à employer pour la combattre, alors le sous-préfet devrait, dès le premier rapport du médecin des épidémies, convoquer le conseil d’hygiène de l’arrondissement, l’engager, au besoin, à envoyer quelques uns de ses membres sur le tbéûtre de l’épidémie, et le consulter, cjüiiformément à l’article 9 de l’arrôté du 18 décembre I8Z18, sur les mesures à adopter, dans l’intérêt de la santé publique. Je me réfère, du reste, sur ce point, . à ma circulaire du 3 mai 1851.
Le ministre de l’agriculture et du commerce, L. liurrEï.
AKUÉTÉ DU 1" SEPTEMBRE 1851, CONCERNANT l’iNTRüDLCTIÜN DES- MÉDECINS DES ÉPIDÉMIES DANS LES CONSEILS d’ HYGIÈNE.
Vu les instructions relatives au service des épidémies, notamment la circulaire ministérielle du 30 septembre 1813;
Vu les articles 1 et 9 de l’arrêté du 18 décembre I8Z18, relatif à l’institution des conseils d’hygiène, et l’article 3 de l’arrêté ministériel du 15 février 18Z|9, . concernant le mode de composition de ces conseils ;
Sur l’avis du comité consultatif d’hygiène publique :
Article 1". Les médecins des épidémies qui n’auraient pas été nommés membres des conseils d’hygiène publique et de salubrité d’arrondissement assisteront,, de droit, aux séances de ces conseils, avec voix consultative.
Art. 2. Les médecins des épidémies continueront d’adresser au préfet du département un rapport détaillé sur chacune des épidémies dont ils auront été appelés à constater la nature ou à diriger le traitement. Une copie certiliée de ce rapport, qui doit être transmis au ministre et communiqué à l’Académie nationale de médecine, sera adi-essée au conseil d’hygiène de l’arrondissement, pour être conservée dans les archives, et consultée au besoin.
Voy. Choléra, Contagion, Fièvre jaune, I’este, etc., el Sanitaire (Régime).
Bibliographie. — Mémoir’es de la Société royale de médecine. Paris , 1776-1789 , 10 vol. in-4 ; collection importante à consulter pour les constitutions épidémiques de la France. — Collection d'observations sur les maladies épidémiques , par Lepecq de la Clôture. Paris, 1776-1778, 3 vol. in-A. — Description des épidémies qui ont régné depuis quelques années dans la généralité de Paris , avec la topographie des paroisses qui en ont été affligées, précédée d’une instruction sur la manière de prévenir et traiter ces maladies dans les campagnes, publiée par ordre de M. l’intendant de Paris, 1783. Leçons sur les épidémies , par Fodéré. Strasbourg , 1823 , U vol. in-8. — Des épidémies sous les rapports de l’hygiène publique, de la statistique et de l’économie poli-tique, |)ar Villermé {Ann. d’hyg. et de méd. lég„ t. IX, p. 1). — Rapport de la corn-
MALADIES ÉPIPHYTIQUES.
mission de V Académie royale de médecine chargée de rédiger un projet d’instruction relancement aux épidémies. —Rapport sur les épidémies qui ont régné en 1771 à 1829. — Rapports annuels sur les épidémies qui ont régné en France de 18 à 1852 {Mémoires de l’Académie royale de médecine , loines I , p. 245 ; III , p. 377 ; VI à XVII, iu-4), — Rapport sur les épidémies de l’arrondissement de Rouen depuis vingt-deux ans , par M. Vinglrinier {Rapport général sur les travaux du conseil de salubrité du département de la Seine Inférieure. Rouen, 1849, p. 39). Des épi e mies, parM. Marchai de Calvi (Uièse de concours). Paris, 1852. — Collecüon des rapports des conseils d'hygiène et de salubrité des départements. Dictionnaii c d’administration. — Deux rapports du conseil général de santé d Angleterre sur les quarantaines (le second, écrit en français, traite de la fièvre jaune). Londres, 18 j3.
IflAIiAUlES ÉPIPIIATIfJl’ES (des plantes ALIMENTAIHES).
— L’histoire des maladies épiphytiques est encore tout entière à découvrir et à explorer. Tandis qu’incessamment les esprits sont tendus vers la pathologie de l’homme et des animaux , le règne végétal est laissé, sous le rapport pathologique, dans un oubli aussi complet que surprenant. En elVet, on sait actuellement combien l’hygiène publique et l’agriculture sont vivement intéressées a l’étude des maladies des plantes alimentaires, qui, dans ces dernières années, ont tout à coup révélé leur funeste importance par des désastres presque inconnus jusqu’alors.
Ce n’est pas ici le lieu de montrer, par des considérations générales, toute l’étendue d’un pareil sujet; nous devons seulement nous borner à menlionner brièvement les ])rincipales maladies des plantes alimentaires et terminer en indiquant les maladies connues qui se développent chez l’homme sous l’inlluence des altérations morbides épiphytiques.
Parmi les j)bénomènes naturels qui de temps à autre frappent quel(|ues espèces végétales et semblent menacer certaines cultures d’une destruction prochaine, il en est peu qui aient préoccupé l’opinion publique plus vivement et à plus juste titre, (jue l’alfection spéciale désignée sous le nom de maladie des pommes de terre. C’est ({ue bien rarement on a vu une altération de ce genre revêtir des formes épidémiques aussi prononcées, manifester sa persistance ]>ar des retours jtériodiques aussi répétés, prendre enlin dans des contrées agricoles tout entières les proportions d’un véritable Iléau public.
Nulle j)art la maladie des pommes de terre n’a eu des consé- (jueuces aussi graves ({u’en Irlande. Dans cette contrée, les circonstances naturelles d’un climat doux et humide et les habitudes invétérées d’une culture délectueuse semblèrent se réunir pour hâter le dévelop|)ementdu mal. Si (juelque incertitiuh* règne encore
MALADIIÎS ÉIMPHYTIüUES.
sur la caus(^ piu'niiùn^ do l’invasion gônéi’alo do C(^Llo allbclioii loulo spooialo (|iii r('inonU‘ à l’aniiôo 18/|5, du moins s<*s caraclôi’os sonl-ils i)arlail(*nioid, dôlinis. On saiL «juols oilbls on doit on atlondro dans dos condilions donnôos; on connaît |)lusieurs nioyons sini|)los d(‘, limilor, parfois inôrm; do provenir ses ravages, (îL on tout cas d’utilisor souvent une grande partie ou presque en totalité la récolte des tubercules attafjués. L’altération la plus grave, qui est aujourd’hui la plus générale, se manifesta d’abord avec une certaine intensité on 18/i3 aux Etats-Unis d’Amérique, au Canada, et s’y reproduisit en 18/iA. Cette sorte d’épidémie parvint en Europe l’année suivante et y prit rapidement une grande intensité. Depuis le 20 juillet jusqu’au mois d’octobre, elle fut signalée successivement en Allemagne, en Delgique, en Hollande, en France, en Angleterre et en Irlande. De la AVestpbalie, elle s’est propagée dans le Mecklembourg, le Hanovre, le Danemark et la Russie. Introduite en France par le Nord, s’avançant graduellement vers le centre, elle atteignit, dès la première année (1845), nos départements méridionaux. Tous les ans’, depuis lors, elle compromit plus ou moins gravement nos récoltes, qu’elle frappa môme en quelques localités d’une destruction à peu j)rès complète.
Ses progrès rapides éveillèrent l’attention du gouvernement. Dès le 10 septembre de la môme année, le ministre de l’agriculture et du commerce consulta la Société d’agriculture sur cette maladie, qui intéressait à un si liant degré l’bygiène publiijue et les ressources agricoles. La réponse ne se lit pas longtemps attendre ; une commission spéciale présentait son rapport dans la séance suivante, le 22 septembre. La question y était étudiée avec tant desoins, tellement approfondie, que tous les laits consignés dans une enquête ouverte par la Société centrale d’agriculture sur toute la surface de la IN-ance, en 1845 et 1846, et depuis, l’expérience de chaque année, si largement acquise actuellement, sont venus justilier les conclusions de cette commission spéciale en les complétant et vérilier ses prévisions. La maladie des pommes de terre se déclare en général dans les mois de juillet, août, septembre et octobre; cependant les plus grandes surlaces se sont généralement trouvées atteintes, en France, depuis le 15 août jusqu’à la lin de septembre de chaque année ; on n’en a observe qu(‘ des cas isolés e»i juin et à peine un ou deux seulement durant le mois de mai. La temi)éralure (1ouc(mM humide (‘sl toujours la
MALADIES ÉPIPHYTIQUES. ^|17
rondilioii qui favorise le plus le développemenl et les progrès de la maladie. Aucune nature de sol n’a été exempte de ses atteintes; toutefois les terrains en pente et bien égouttés y sont presque toujours moins assujettis; d’ailleurs, elle y sévit eu général moins fortement.
Les fumures trop abondantes , surtout appliquées directement, ont souvent coïncidé avec le maximum d’intensité du lléau. Souvent aussi les tubercules les moins enterrés ont été jdus vite et plus fortement atteints. Aucune variété ne s’est trouvée complètement à l’abri du mal. Cependant une ou deux ont en grande partie résisté î\ l’invasion, lors môme que leurs tiges avaient été frappées; on continue, en Belgique et en France, les essais sur ces variétés nouvelles. On peut assurer d’ailleurs que très généralement les pommes de terre hâtives, notamment la Saint-Jean et le Marjolin, ont échappé à la maladie, surtout lorsqu’on a pu les récolter avant l’époque ordinaire de la plus forte invasion. C’est môme là ce qui explique l’immunité des espèces hâtives. Elles échappent tout naturellement à l’épidémie, parce que leur végétation est terminée et que les produits sont enlevés avant que la cause extérieure se répande sur les champs. La marclie de la maladie ne varie guère ordinairement vers le temps où la maturité s’approche et allaiblit déjà la plante; l’alVection spéciale frappe les leuilles, puis elle passe clans les tiges aériennes pour s’introduire par les tiges souterraines dans les tubercules. Ces derniers sont eux-mômes envahis, d’abord dans la portion attenant à la tige caulinaire; puis l’altération s’avance, en suivant les vaisseaux, vers les yeux ou bourgeons. Un exemple remarquable de cette pénétration graduelle s’observe dans les variétés dites coureuses, offrant deux ou trois tubercules disposés en chapelet, les uns à la suite des autres. Presque toujours on voit le tubercule le plus près de la tige envahi partiellement ou en totalité au moment de l’arrachage, tandis que le deuxième est encore exempt des traces de l’altération.
Des signes extérieurs, faciles à saisir, annoncent l’envahisseinent d’une culture; les feuilles se fanent, présentent une teinte pâle, jmis jaunâtre : des moisissures légères., visibles à la loupe, apjiaraissent à la lace inlérieure, des taches hrunes se montrent sur les feuilles; les liges alors jaunic-s, bientôt tachetées de brun, salïaissent sur le sol. Parlois, du jour au lendemain, cette série de phénomènes s’est manifestée : un ipiart, un tiers, la moitié de la II. 27
MALADIES ÉI'iniYTIQUKS.
supeiiicio du diam|) montre les signes d’une allénilion profonde, presque subite, tandis (|ue les touHes exemptes du mal restent debout (d conservent souvent les caractères de la végétation luxuriante (ju’on remarquait la veille sur la surface entière du cbarnj). On distingue très facilement les signes de la maladie en coiqiant en deux, à partir de la tige souterraine, un des tubercules atteints. On aperçoit sur la coupe des petites tacbes nond)reuses, rousses, plus ou moins foncées, dis[)Osées en séries ou lignes, suivant les vaisseaux qui se dirigent vers les yeux ou bourgeons. Ces tacbes, (|Lii s’étendent irrégulièrement autour des vaisseaux sur leur trajet, forment des sortes de membranes rousses sur le fond blanchâtre ou jaunâtre de la pomme de terre et envahissent d’abord la partie corticale ou zone la plus abondante en fécule. Si l’on coupe une tranche très mince d’un tubercule ainsi attaqué, puis qu’on l’oppose à la lumière, on remarque tout autour des taches brunes une zone plus transparente que dans les parties saines : c’est qu’en cet endroit la fécule a déjà été attaquée et partiellement dissoute. On n’en voit plus que quelques grains sans le microscope, tandis (lu’au delà de cette zone corticale, les grains de fécule remplissent toutes les cellules. On caractérisera bien mieux encore cette sorte de maladie en faisant cuire à l’eau ou dans la vapeur les tubercules atteints. Au bout d’une heure ou deux, selon le volume des pommes de terre, lorsque la cuisson sera complète, toute la portion non attaquée par la matière rousse s’écrasera facilement sous les doigts, tandis que les parties atteintes ou colorées en brun roux formant les marbrures résisteront à la pression et resteront sous forme de grumeaux solides. On pourra même séparer ces parties dures à l’aide d’eau chaude et d’un tamisage qui laissera passer toute la pulpe blanchâtre et saine, délayee; les portions affectées de la maladie, et formant des agglomérations brunes consistantes, resteront sur le tamis. Lorsipie la marbrure est à peine sensible, on |)arvient à la faire prononcer davantage en quelques jours ; il sulïit de renfermer les tubercules dans un vase que l’on maintient à une température douce (de 20 à 25 degrés), à l’aide d’un peu d’eau mise au fond du vase pour entretenir riiumidité. Dans ces conditions, prolongées durant nn espace de huit à quinze jours, le mal peut même être transmis à un tubercule sain en contact avec un tubercule envalii. A ces caractères, bien sullisants pour reconnaître l’alfection spéciale, on ])eut ajouter la détermination par la cliimie, (pii moidre une notable dimi-
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milion lie réeule ilmis les portions eiiviihies, et ajoutant une goutte ou deux (le solution aipieuse d’iode sur une tranche de tubercule placée sous le champ du microscope, on voit toute la ])artie saine se colorer en bleu indigo ibncé, caractère des parties abondantes en fécule intacte, tandis ijue la zone où la (école est attaquée et dissoute autour de la substance rousse reste incolore ou n’ollre (|u’une très légère teinte bleuâtre. Les causes de la maladie des |)ommes de terre ont été très diversement comprises, et il en a été donné un assez grand nombre : nous ne mentionnerons que l’opinion qui a prévalu, d’accord avec tous les faits. Cette opinion reconnaît, dans la maladie spéciale qui nous occupe, les effets d’agents extérieurs irrégulièrement transportés, disséminés par l’air atmosphérique, altérant profondément les pUnites atteintes, laissant parfaitement saines, avec toutes leurs qualités premières, les pommes de terre intactes; elle est occasionnée par une végétation parasite, sorte de moisissure légère, dont les semences, spores ou sporules, d’une excessive ténuité, llottant dans l’air en nombre immense à certaines époques, sont trans[)ortées par les vents à toutes les distances. Disséminées irrégulièrement ainsi sur les champs en culture, elles se développent chaque année durant la même saison, au fur et à mesure que les circonstances atmosphériques deviennent favorables dans chaque localité et que la plante s’affaiblit naturellement vers l’époque de sa maturité. Aussi a-t-on remarqué souvent que l’affection spéciale se trouve limitée par certains obstacles, tels qu’une baie, un mur, susceptibles de modifier les courants d’air, encore bien que toutes les conditions de culture, de terrain et de variété de la plante fussent égales d’ailleurs. On a vu la maladie se manifester tout à coup sur de grandes cultures au moment où une petite pluie ou un fortbroiiilbud venaient ajouter à la température tiède de l’été la condition d’une certaine humidité indispensable pour activer sur les feuilles des pommes de terre le développement de la végétation parasite dont les myriades de semences étaient jusque-là demeurées inertes. Le dévidoppernent presque subit se manifeste aussitôt par la production de la moisissure i[ui attaque les feuilles et se montre dans leurs stomates. Cette moisissure, sorte de champignon microscopique, a été observée dans ces circonstances, décrite et figurée par M.^1. Montagne, Morren, Berkeley, Lindlcy, etc. Ces savants l’ont classée parmi les botrytis, genre qui compte d’autres parasites capables d’attaquer plusieurs plantes en pleine végétation et
/{20 MALADIES Él'lPIIYTIQlJES.
môme ccrUrms insecles très vivuiils, nolammeiil la clieiiille dile ver à soie. Sa IVucliUcaliüii ou sa (jrumeao. reproduit l’apidemenl et en (|nanlité prodigieuse; l’air eu jnouvemenl entraîne ces légers corpuscules comme les plus liues poussières; cliacune de ces minimes semences, invisible à l’œil nu, se montre sous le microscope, Ibrinée d’une enveloppe ovale remplie de nombreux granules qui constituent sans doute leur jiartie active. On retrouve des granules semblables dans le tubercule envahi, et l’on a pu en conclure qu’ils étaient une émanation descliamjiignonseux-môrnes. Mais lors môme qu’on voudrait ne voir dans la jirésence constante du botrytis qu’une coïncidence très remarquable et supposer une autre origine aux granulations qui pénètrent dans les tubercules, consomment la substance féculente, s’assimilent les matières albuminoïdes, grasses, salines, dans les proportions qui conviennent aux champignons, ces granules pourraient avoir pour origine un cryptogame parasite tel, par exemple, que celui qui attaque le riz ou qui se développe sur cette plante. En tous cas, la théorie générale serait la môme , elle conduirait à des conclusions semblables sur les mesures à prendre contre le lléau, sur les procédés ellicaces à employer pour la conservation des tubercules envahis, de leur pulpe et de certaines préparations alimentaires qu’on en obtient.
La présence de cette substance rousse qui pénètre le tissu des tubercules, dissout et consomme la fécule, est aussi l’occasion de plusieurs altérations profondes, consécutives, par un effet analogue, à celui que produirait un corps étranger enfoncé dans une pomme de terre qu’on laisserait ensuite dans un sol humide. Durant la saison où ralfection spéciale sévit le plus fortement sur les pommes de terre, elle étend son action délétère sur quelques autres plantes, et l’on reconnaît son identité aux caractères indiqués ci-dessus, notamment à l’induration que produit la cuisson dans l’eau sur les tissus envahis. Un assez grand nombre delruits, des tomates (plante de la famille des solanées, comme la pomme de terre), ont été envahis par le môme mal chaque année ; les baies ou fruits de la pomme de terre sont souvent aussi atteints de l’alfection qui frappe les feuilles, les tiges et les tubercules. C est encore la môme alfection qui attaque, depuis plusieurs années, la culture de bâtâtes dans le midi de la France. Cette maladie n est pas la seule qui frappe les pommes de terre : M. Deseaux d Angers a observé une atrophie particulière survenue à îles pommes de
MALADIES ÉPIPHYTIQUES.
terre d’un semis de foraines du Pérou, altération due au mycélium d’un champignon qui attaque les racines très vivantes et arrtHe le développement du tubercule. Une autre végétation cryptogamique, pénétrant sous le sol dans les tubercules, a etc successivement observée par MM. Élisee Lefebvre, Payen, llrongniart et
Montagne. , .
La ])omme de terre est attaquée sur divers points de son epi-
derme, où l’on peut voir de petites taches étoilées, par des champignons filamenteux dont le volumineux mycélium s’introduit sous forme de cylindre creux forme d innombrables filaments, et se prolonge en ramifications également cylindroides tubuleuses. De même la végétation bien connue des botanistes et des agriculteurs , qui souvent envahit les champs de luzerne , de safran et de sainfoin, et que l’on a désignée sous les noms d&Mort du safran [Rhizoclonia tJio/acea , Tul.) , peut aussi, en certaines circonstances, attaquer les pommes de terre en pleine végétation.
Tout porte à croire, comme l’a dit M. Payen, qu’il n’y a rien de nouveau dans le fait même de ces maladies ni de leurs causes, que seulement leur étendue actuelle est extraordinaire. On pourrait expliquer cet événement inattendu par les circonstances exceptionnelles aussi d’une température douce et humide pendant une série non interrompue d’années ; or ce sont là précisément les conditions favorables à la production abondante des spores ou semences des différentes espèces de champignons parasites. D’un autre côté, aucun hiver rude n’a régné sur la plus grande partie de l’Europe depuis tandis qu’une basse température sufïï-
samment prolongée eut été nécessaire pour modérer le développement de ces végétations nuisibles surtout par leur excès. En attendant, il est urgent d’employer tous les moyens dont nous pouvons disposer pour restreindre l’étendue du mal et pour hâter sa disparition.
Les moyens de combattre la maladie principale des pommes de terre sont très nombreux ; nous allons passer rapidement en revue ceux que l’expérience a surtout vérifiés. Le choix du sol mérite une certaine attention. On devra planter de préférence les sols perméables profonds, peu humides, les terrains en pente, ou du moins bien égouttés ou ceux assainis par le drainage. Les ])ommes de terre hâtives oll'rent, toutes choses égales cf ailleurs, les plus grandes chances d’éviter la maladie. Le séchage et le chaulage du
MALADIKS KIMIMIYTIQUES.
[)lîMit il (loiiiu; l(‘s int'ilUîiirs l•(•sllllîlts en Aii^lelerro, eii Kriiiifi; et (Ml l{elgi(|iio.
Los luniiims onliiiain's, ti|)|)li((ii(*os (lircîCteiiuMil sur c(*Uc‘ culture, ont très souvent paru prijdispijser à la maladie; il vaut doue mieux repaudre le rumiersur la cultui-e précédente. L’ameulilissi;ment du sol par les laliours, les hersages et les sarclages eu temps utile concourent à mieux Taire n'sistcr les |)omru(;s de terre aux atta([ues de la maladie. Les |)Ouuues de terre |)i‘écoces |)lauté(;s à rautomne ont généralement donné des ixîcoltes très hâtives et
exemptes de raltératiou spéciale, surtout dans les années à tem|)érature douce et humide.
M. Savart a indi([ué une méthode qui a oliteuu en 18Zi9 des récompenses de la Société cl horticulture centrale de France. Ce procédé consiste, après avoir étendu le plant à la lumière et à l’air pour le faire rerc/Tr partiellement par des hourgeons, à planter en été une variété hâtive avec les précautions du séchage et les façons convenables; la récolte a lieu en mai, c’est-à-dire avant l’époque de l’invasion annuelle de l’alléction spéciale. Au commencement du même mois, on prépare comme la première fois les tubercules de semence que l’on a mis en réserve; le terrain convenablement disposé, on procède à la plantation, et la récolte a lieu en octobre. De cette manière , elle échappe comme la première plantation à la maladie, et, on le comprend sans peine , puisque l’époque habituelle de l’invasion périodique se trouve passée au moment où la maturité de cette plante approche.
Quelle que soit la méthode de culture adoptée, hâtive ou tardive, on devra surveiller la végétation, surtout aux approches do la maturité : si l’on aperçoit les signes certains de renvahissement des feuilles et des fanes, il faut se hâter de séparer des tubercules toute la partie aérienne de la plante, soit à la main, soit avec la faux ou la faucille. On recommande de brûler sur place les ianes : cette précaution est utile au point de vue de la destruction de la maladie et au point de vue de l’amélioration du sol. Les récoltes des pommes de terre doivent être, après l’arracbage, soigneusement examinées ; si elles sont toutes saines, on peut les conserver
avec les soins ordinaires; cependant, tout le temps (pie la maladie règne, il est prudent de les garder dans des lieux où l’on puisse de temps à autre les visiter et réitérer l’essai plutôt que de les mettre dans des silos creusés dans le sol et couverts de terre. On
MALADIES ÉPIPHYTIQUES.
a dû SOIIVI'UL su denumder ù quels degrés d’altération les liibereules peuvent-ils causer des accidents, lors([u’ils sont employés ainsi envahis pour la nourriture des honnnos. On n a pas encore de solution précise sur ces questions qui intéressent pourtant, au plus haut degré, l’hygiène, piihliipie : néanmoins, d’après les premiers essais de M. le docteur Rayer, ils ont occasionne chez les animaux un dérangement sensible des lonctions digestives dans un état d’altération assez considérable. Mais ces tubercules ainsi attaipiés n’ont nulle part présenté le moindre inconvénient lorscpéils sont cuits et qu’ils n’entrent cpie pour 1/5* on l//i seulement dans la ration donnée aux animaux. Un des moyens les plus expéditifs, et par consécpient les meilleurs, pour tirer parti (les |)ommes de terre atteintes, consiste a les livrer a une leculeiie, lorsqu’un établissement de ce genre se trouve assez rapproche des culuires. On eom[)rend que là, 200 ou àOO hectolitres de tubercules étant chaque jour triturés à la râpe, on puisse en extraire la fécule avant qu’elle ait été détruite en proportion notable par la substance organi([ue étrangère. Toutefois, il faut encore se hâter, car bieiihU une partie des grains de fécule creusés ou désagrégés devienmmt si légers qu’ils ne se déposent plus et sont entraînés en pure perte avec les eaux de lavage : c’est lace qui explicpie la diminution de rendement évaluée dans les féeuleries 1/5® a .1/2 audessous de ce qu’on obtient des pommes de terre saines. Dès les premiers temps de l’invasion de la maladie spéciale, la Société centrale d’agriculture a conseillé de restreindre assez la culture des |)ommcs de terre pour éviter de faire dépendre, dans cha([ue localité, la snbsistance des hommes et des animaux d’une récolte aussi incertaine dès lors. Une commission composée de iMM. Vilmorin, Rayer, Roussingault, Mallet, l’ayen, conclut dans un rapport remarquable, atin de mieux assurer la récolte dessubsistances, aux propositions suivantes : 1° Favoriser l’augmentation des céréales de printemps; 2® h?s graines alimentaires de la famille des légumineuses; 3» les racines tuberculeuses et les plantes légumières, laissant d’ailleurs à la sollicitude si éclairée des comices agricoles (it des sociétés locales le soin deré[)andre des instructions détaillées relatives au choix des plantes de rem[)lacement le mieux appropriées dans cha(pie région agricole. Ce rapport parut olîrir une utilité telle (jue le ministre en lit exécuter un tirage à 10,000 exemplaires, afin do propager dans tous les cantons de la France les indications positiv(‘s «pi’il contenait.
maladies ÉPIPIlYTiyUES.
IMiisioiirs maladies des blés, ollVant, (.M'üiines analoLn'es avec CO CS ([UC nous venons de décrire, sont connues depuis lonüteinr)seur detennination précise a été coni])lét(‘e depuis [)cu, tandis què CS moyens de les éviter, constatés [>ar une longue pratique, ont acqiiis un plus haut degré de certitude. En 1851, l’attention lut a P peu, sui une altération nouvelle (jui, atta(|uant les froments sur l>ict ongtemps avant l’époque de la maturité, menaçait de cornpiomettie les récoltes delà première de nos céréales. J)es premières observations recueillies sur cette maladie on pouvait déjà conme a 1 avoitement d un grand nombre d’épis, ou du moins la cou me dune partie de leurs épillets coïncidait avec des tac les Ji unes au bas des tiges, espèce d’invasion cryptogainique, designée dans les campagnes sous le nom de piétin, en raison même de la partie de la tige (près du pied) qu’elle attaque, ette affection, rapidement développée sous l’influence d’une lumidité prédominante, s’etait arrêtée ou considérablement ralentie sous 1 influence de la sécheresse qui était survenue et avait laissé le grain se développer et les épis se remplir en grande partie. Le 7 août 1851, une commission spéciale nommée pour étudier cette maladie des blés adressa son rapport à M. deGasparin, alors commissaire général de l’Institut agronomique de Versailles. On trouve dans ce rapport des observations rigoureuses et divers renseignements précis dont nous profiterons, ainsi que de plusieurs communications faites à la Société impériale et centrale d’agriculture.
Il ne paraît pas juste de vouloir établir que la maladie des blés qui se présente aujourd’hui soit une maladie nouvelle; ses caractères particuliers récents tiennent sans doute à l’énergie des causes favorisées par un concours de circonstances favorables. Plusieurs maladies analogues s’étaient, en effet, déjà développées sous les mêmes influences. On put même croire, dès l’apparition de la maladie spéciale, qu’elle n’était qu’une altération consécutive d’une rouille prédominante dans les mêmes localités. Quoi qu’il en soit, on a partout observé le siège de raffection au bas de la tige sur le premier entre-nœud ou sur le deuxième, parfois simultanément sur les deux. L’altération se reconnaît d’abord, en ces endroits, à la coloration brune dans l’intérieur des tiges attaquées. Cette couleur devient graduellement ])lus foncée, la circulation des sucs paraît entravée; les épis des pieds malades restent courts et grêles, les organes de la fructification avortent en totalité ou
MALADIES ÉPIPUYTIQÜES. «io
(• en partie; les grains qu’ils renferment restent petits et deviennent ridés en se desséchant; les tiges s’altèrent de plus en plus sous L l’inlluence de la chaleur, des pluies et brunissent dans toute leur ^ étendue. On ne peut donc obtenir que de petits grains et de la g paille de mauvaise qualité de ces pieds qui ont cessé de vivre avant 1 d’avoir accompli leur maturité.
I Dès la deuxième quinzaine de juin et les premiers jours de d juillet, l’altération observée par M. Ducbartre a paru plus pro- M noncée qu’au début du mal ; la coloration brune avait envahi les H parois des grandes cellules qui forment plus de la moitié du I chaume. A cette période, la cavité des entre-nœuds envahis pré- I sentait un mycélium fdamenteux, blanc, de champignon qui pa- I raissait avoir pris naissance à l’intérieur, sous le nœud supérieur I de la portion attaquée ; il descendait dans la cavité entre ce nœud et le nœud inférieur jusqu’à la moitié de la longueur de cet entrenœud. Diverses autres moisissures apparaissent alternativement à la surface des parties malades, comme on en voit sur tous les végétaux plus ou moins fortement altérés par diiférentes causes. Elles ne tiennent donc pas particulièrement à l’affection dont il s’agit.
Cette maladie, qu’on a crue nouvelle et dont la véritable cause nous échappe, hésitant à affirmer si elle se développe sous l’influence d’une altération spontanée ou sous les attaques d’un végétal parasite, n’a pas eu, eu 1851, la gravité que l’on redoutait, d’après les dommages quelle avait produits dans certaines localités. Ainsi que l’a dit la commission de rinstitut agronomique de Versailles, à l’origine de la maladie des blés , on s’en est exagéré l’importance, en songeant surtout à la rapidité de sa marche et à l’étendue qu’elle pouvait embrasser. Plus tard on s’est rassuré en voyant qu’elle restait stationnaire et que si elle sévissait sur certains points, elle laissait dans des plaines immenses la récolte intacte. Les renseignements parvenus à la Société impériale d’agriculture ont permis d’évaluer à un vingtième la perte tota*le causée par cette invasion. Les meilleurs moyens de garantir les récoltes contre diverses sortes d’altérations en ap|)arence S|)Outanées, et en particulier contre la maladie spéciale des blés, consistent, comme le dit M. Payen, dans V assainissement du'sol, le choix et la préparation de la semence , eidin V application des engrais capables de rendre à la terre ce que chaque récolte lui enlève. C’est, P en un mot, l’emploi judicieux d’une méthode économique qui sou-
MALADIES KlMl'IlYTigUES.
lioiiiio oii (lov(îl()|)|)ü lii l(ï{*{)ndit(î du sol (*01111110 lu vi^ufMir di*s [du ni, ('S.
Ij assainiss('m(‘nl du sol diins los li(;ux liumidos à raid(‘ du di*aiuagcî parait (^lr(‘ appt'lc; à nuidro do grands sorviros non souloinonl coinnio inoyon pri'SfMvalil do la nialadio, mais oncoro commi; moyen d’augmonlor puissammonL la locondilc* du sol. I'jIi oulro, la pré|)aralion ik'S blés de semence joue un rôle imporlanl dans 1 économie rurale |)our le succès des cultures, notamment en ce rpii touche les moyens de prévenir l’action funeste de certains champignons parasites.
11 existe encore plusieurs maladies jilus ou moins graves du hlé sur lesfpielles nous sommes entré d(\jà dans d’assez longs développements et que nous nous bornons à rappeler ici.
Il nous reste à parler de la maladie de la vigne, qui n’est [las moins grave (pie les précédentes ; et nous empruntons les détails pleins d’intérêt qui vont suivre au Rapport officiel de M. L. Leclerc.
La maladie de la vigne, observée pour la première fois en 18/i5, en Angleterre, passa bientôt sur le continent, où elle atteignit d’abord faiblement un assez grand nombre de vignobles aux alentours de Paris. Le mal demeura latent jus- (jii’en 1851, (‘poque à laquelle il prit d’effrayantes proportions. Les départements des Basses-Pyrénées, des Pyrénées-Orientales, de la Haute-Garonne, de l’Aude, de l’Hérault, du Gard, de l’Isère, tout le Jurançon, la basse Provence, le Lyonnais, le Beaujolais, et particulièrement les vignobles voisins de la iMéditerranée, subirent plus ou moins les atteintes du fléau. Le mal fut si grand dans certains pays vignobles, que des populations entières crurent leurs vignes perdues aussi bien que leurs récoltes ; des prières publiques ordonnées par monseigneur l’évô' que de Montpellier se faisaient à jours réguliers dans toutes les églises de son diocèse, afin de conjurer les désastres.
Cependant l’infection ravageait les vignobles en Italie et en Hongrie ; elle
franchit la Méditerranée, apparut en Algérie, en Syrie, dans l’Asie Mineure
C’est au milieu de ces circonstances que M. L. Leclerc reçut de M. le ministre de l’intérieur l’honorable mission de visiter les principaux vignobles de Prance, et particulièrement ceux du Midi, et de rechercher avec le plus grand soin ;
« Les causes du mal , sa véritable nature et ses symptômes.
» Les circonstances qui favorisent son invasion et les développements qu’elle a pu prendre.
» Les moyens qui, dans les diverses localités alTcctées, ont été employés pour la combattre; ceux, enfin, qui paraîtraient les plus propres soit à prévenir son retour, soit à centraliser ou à atténuer scs elfels. »
1\1. Leclerc consacra les mois de juillet, août et septembre ù l’accomplissement (les devoirs qui lui étaient prescrits. 11 suivit le cours de la Loire. d’Orléans a son embouchure; parcourut les deux départements de la Charente; examina les vignobles du Médoc et des environs de Bordeaux; visita les départements pyrénéens, le bas Languedoc, une partie de la l'rovencc et du Hauphiné ,
MALADIES ÉIMIMIYTIQUES.
le l.yonnais, le Beaujolais et la liante Bourgogne, enfin quelques vignobles importants (les États sardes. iNous croyons devoir reproduire en partie le rapport intéressant qu’il adressa à ce sujet àM. le ministre de l’intérieur, de 1 agriculture et du commerce. i
Il serait certainement fastidieux de reproduire ici les détails nulle fois donnes
déj<^ sur les commencements de la maladie de la vigne et de ses piogi es, aussi me bornerai-je rappeler deux ou trois dates seulement, et autant de faits indispensables pour l’inlelligonce de la question.
C’est au printemps de 18Zi5 que la maladie fut observée pour la première fois, à Margate, en Angleterre, dans les cultures forcées de 1\I. lucker, jardinieiprimeuriste. Cette elllorescence d’un blanc grisAtre qui couvrait les grappes du raisin cultivé en serre cliaude ne larda pas à .se montrer dans presque tous les établissements anglais du même genre. Le révérend Al. Bcrckley (de Bristol), naturaliste éminent, à qui l’on soumit des grappes malades, reconnut un oïdium de variété nouvelle qu’il nomma Tuckeri, dans la louable intention d lionoici riioriiculteur de Alargate.
On ne sait rien de positif sur l’époque précisé à laquelle les vents jetèrent les spores ou semences du fatal oïdium sur le continent ; mais, circonstance notable, on le vit en 18/'|7. d’abord dans les cultures forcées des environs de Paris, d’où il passa bientôt sur les treilles, comme il a fait en Angleterre. Probablement , la plante parasite dut s’installer dans plusieurs vignobles avant 1851, mais faiblement, et c’est à cette dernière époque que le mal prit d’eflrayantes proportions dans le sud et le sud-est de la France, en Italie, en Hongrie. S’il parut encore ailleurs, on ne s’en vanta pas, pour ne point jeter de défaveur suides récoltes de haut prix. En voici la preuve certaine : Au 15 juillet 1852, les plus grands viticulteurs du Bordelais ne croyaient pas encore A l’existence de la maladie; cependant riionorablc Al. Doussou, propriétaire A Alérignac, commune située A 3 kilomètres ouest de Bordeaux, avait quelques parties de sa vigne de Luchey infectées déjA en 1851, vigne plantée en malbec et merlot. AI. Doussou tria les grappes altérées, et en fit deux barriques de vin détestable, c’est son mot. Le reste, produit de 3 hectares, fut de bonne qualité.
Aujourd’hui l’infection a franchi la Méditerranée pour s’abattre en Algérie; on la signale en Syrie et dans l’Asie Alineurc ; elle est partout, faible encore sur le plus grand nombre de points, mais terrible en beaucoup de vignobles importants.
Je constate ce fait, sur lequel d’ailleurs il n’existe A ma connaissance aucun dissentiment, A savoir que, la marche et les progrès du mal ont suivi une sorte de loi A peu près partout régulière et invariable. A mon sens, un tel fait est grandement significatif; j’en tirerai des conséquences inaper(;uesjusqu’A présent, qui, peut-être, monsieur le ministre, ne vous paraîtront pas indignes d’attention au milieu des ténèbres dont s’enveloppe encore un événement aussi grave. Alais, avant tout, je dois placer devant vos yeux la situation des départements vinicoles que j’ai parcourus.
1“ La seconde partie du cours de la Loire était faiblement atteinte, et lA, aux premiers jours de juillet. Il y avait des treilles malades et des traces d’infection dans quelques vignes du Loiret, de Loir-et-Cher, de Maine-et-Loire, mais rien n’était compromis. La végétation se montrait partout fraîche et brillante.
2* Les Cliareutes étaient intactes A la môme époque. Le feuillage des treilles,
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cependant, et niOnie celui de beaucoup de vignes, oilraient une teinte paie. La végétation nian(|uait évidemment de vigueur. Quelques signes du mal ont été observés depuis.
d" Malgré la présence de Voïdium , l’an passé, dans une ou deux vignes des palus des environs de Bordeaux, et bien qu’une propriété de Macau eût porté j quelques traces d’infection en 1851, le Médoc se croyait parfaitement intact, j (îrand nombre de viticidtenrs et le commerce lui-méme ne croyaient pas h l’existence du mal. Quelques amis, très intéressés dans la question, prétendirent tout | d abord que j’étais l’im des inventeurs de Voïdium, de Vidiurn, de Viodium. | En vain je protestai de mon innocence. — « Nous autres, du Nord, nous avions ^ pris pour maladie nouvelle et dangereuse des taches noires fort inoffensives, | connues de tous temps, sur le raisin. Le raisin, après tout, ne pouvait être pou- j dré qu’au voisinage et par la poussière des grandes routes ; et si le prix des | alcools avait doublé dans le Languedoc, c’est que les spéculateurs y sont extrê- ' mement habiles. »
Un examen approfondi ne tardera pas à faire évanouir tant de sécurité. Aujourd’hui le mal est à peu près partout dans la Gironde, jusque dans les crus les plus célèbres du Médoc, mais peu étendu et par première invasion. Ce mal ne compromettra pas la récolte pour la quantité ; si elle est faible, cela tient à d’autres causes; mais la qualité de quelques vins d’élite souffrira peut-être si l’on ne prend de grandes précautions à la vendange. Seules les vignes plantées dans les marais, entre le Médoc proprement dit et le fleuve, sont sérieusement atteintes , près de Pouillac en particulier, et surtout d’abominables vignes à Macau, plus fertiles en artichauts qu’en raisins, et dont la souche est enveloppée d’une épaisse et affreuse cuirasse de lichens {Sticta jndmonaria). Ces vignes font probablement aujourd’hui, ou tout au moins elles hâtent le malheur du Médoc.
Dans les Basses-Pyrénées, l’intéressant vignoble de .Jurançon, bien déchu depuis que le marché suédois lui a été fermé, mais qui donne 2,000 hectolitres de vins dont plusieurs méritent encore leur réputation historique. Jurançon est infecté dans sa partie basse, très peu dans la zone moyenne. Les sommets sont intacts. Les IJautes-Pyrénées et le Gers n’ont que des traces à peu près ignorées : propriétaires et vignerons se moquent de la maladie, à la manière des gens qui jouissent d’une santé robuste et florissante.
5” La Haute-Garonne est plus généralement atteinte, sans toutefois qu’il y ait encore beaucoup de mal. Je citerai cependant un fait douloureux. Aux portes mêmes de Toulouse, un propriétaire horticulteur très habile envoie tous les ans à Paris pour 10,000 francs de superbe raisin de table ; sa récolte est à peu près perdue par l’oïdium, dont on ignorait la présence, presque l’existence, aux environs de Toulouse. Admis à l’honneur de siéger à l’une des réunions de l’Académie des sciences et questionné sur la nature du mal, je levai les yeux et le reconnus dans toute son intensité sur les treilles qui, précisément, encadrent les fenêtres de la salle magnifique où .s’assemble la docte compagnie.
6" Les Pyrénées-Orientales, l’Aude, l’Hérault, une grande partie du Gard, se trouvent dans un état déplorable. Toutes les vignes ne sont pas également frappées, mais la récolte est très compromise ou même anéantie sur beaucoiq) de points des immenses vignobles qui avoisinent les lacs et la mer. C’est un spectacle navrant pour qui les a vus dans toute leur splendeur!
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A Frontignan, à Limcl, grand noinl)re de vignes sont littéralement abandonnées- elles n’ont point reçu les façons ou labours d’usage; et c’est une situation d’autant plus cruelle (pie, dans la contrée, ces travaux se font a la main. A Frontignan, m’a-t-on dit, plusieurs centaines de travailleurs, nom local et tiadilionnel des ouvriers vignerons, ont dil chercher au loin (luekpie occupation. J’ai entendu là des gémissements, j’ai vu couler des larmes, car toute (îxistcnce, celle du pauvre au moins, y tient à la vigne et en dépend; mais aussi j ai trouve là une pieuse résignation bien éloignée de ce préjugé violent, hostile, absurde, qui se rencontre ailleurs et dont je parlerai. Les personnes éclairées s’inquiètent en voyant le vin de bouche, qui valait cinq francs l’hectolitre à la récolte de 1851, s'élever d'abord à dix francs par suite des demandes de l’extérieur, puis à quinze francs, en présence du mal actuel.
« Que deviendront les ouvriers des villes et surtout ceux des campagnes, s ils sont privés du vin où ils puisent force et courage, auquel ils sont habitués, et qui leur est indispensable avec un régime alimentaire si peu nutritif? »
L’hiver dernier le bas Languedoc a vendu beaucoup aux Italiens, qui ont fait de fortes demandes. Cette année, les navires génois ont moins de chance d’y trouver un supplément à la récolte (pii sera certainement encore insuflisante en Italie. Aux alentours de Cènes, il est vrai, on parle mystérieusement d’usines vinifères nouvelles, mais déjà aussi habiles qu’on peut l’être à Paris et à Londres dans l’art lucratif d’empoisonner le pauvre consommateur. ,
7" La basse Provence a des vignobles très infectés, d’autres qui le sont à peine. Il y aura perte notable dans la récolte. Je reviendrai sur cette contrée, a propos d’une expérience très intéressante qu’on y a faite en grand.
8“ La maladie, déjà fort grave dans l’Isère, l’an passé, s’y est encore étendue. Les vignes cultivées près de terre, intactes en 1851, sont attaquées maintenant comme les hautains.
9" Le Lyonnais et le Beaujolais me paraissent moins frappés, bien que plusieurs vignobles le soient cruellement. La récolte sera faible ; mais ceci tient à des causes multipliées. Le rouge a causé des dégâts, surtout dans le Beaujolais. Les peupliers et les saules de cette belle région sont tous atteints d’une maladie qui leur est particulière : le feuillage est triste, languissant, d’un brun sale ou couleur de tabac. Beaucoup de noyers se trouvent dans une position également maladive, comme dans l’Isère, au reste, où l’importante récolte des noix a été perdue.
10“ La Côte-d’Or est peu affectée dans le vignoble, mais les treilles sont malades. Lne seule grappe atteinte dans une vigne à la lin de septembre, cela s’annonce aux voisins et amis comme chose rare et curieuse. La récolte sera faible.
La maladie a donc causé des désastres certains et considérables dans les vignobles voisins de la Méditerranée ; sur plu.sieurs autres points, elle diminuera notablement la récolte. Mais si les inquiétudes que le mal fait naître partout ailleurs ne sont que trop légitimes, on peut dire que, pour cette année, les choses ont été vues en général et annoncées avec beaucoup d’exagération.
Lorsque ruïdiuîn delà vigne fut soumis à l’examen de la science, lorsque la science l’eut nommé, classé et décrit, on se demanda avec inquiétude s’il était effet ou cause. Était-ce une plante parasite inconnue jusque-là, qui s’installait sur un végétal d’ordre plus élevé, sain, à l’état normal, pour y germer, se développer, fructifier, vivre enfin aux dépens de sa proie? ou bien l’arbuste, atteint d’un
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mal mysliîrieiix , n’appelait-il point, par une aliéralion j)rolünde et aniéiieure , le clcîveloppement (rime sorle de inoisissiire, ainsi (pie cela s’observe souvent sur les coi jis organis(is en voie de décomposition ? Ces deux opinions, peut-être moins éloignées l’une de l’autre qu’elles ne le paraissent au pn'inier abord et qu’elles ne le croient elles-mêmes, jiartagcnt encore les savants a|)r(\s de longs débats, où l’on a apporté plus d’idées systématiques et d’allirmalions que de jireuves claires et ])ositives, d’observations scientiliquernent entreprises et suivies. Des bommcs considérables en France et en Italie, des esprits ingénieux, mais jieutûtre trop prompts à conclure, se sont jetés avec ardeur dans l’un ou dans l’autre camp jKHir y incndre une [losition décidée qui en embarrasse secnVtement plusieurs aujourd’luii, parce qu’en semblable matif're, quand on s’est avancé beaucoup, il est diirjc-ilc dq retourner sur ses jias et de se démentir. Après des discussions interminables, aprèsdes écrits déjà multiiiliés, si la première des deux doctrines semble prévaloir dans le monde savant, la plupart des projiriélaires vignerons, ou se l etrancbent tant bien que mal dans la seconde, ou s’échappent comme ils peuvent dans une troisième, et s’écrient que ceci est un choléra, le choléra de la vigne! oubliant que ce nom de choléra désigne un ensemble de phénomènes morbides du règne animal, une série de symptômes subits etd’ell'ets douloureux sans analogie possible avec ce qui se passe dans nos vignes, où l’agent visible et palpable s’ollVe à notre examen sans autre voile que sa petitesse, et nous donne au moins le temps de le connaître autrement que par ses conséquences.
Le simple vigneron, lui, le pauvre paysan, de l’Atlantique aux embouchures du Uliône, croît fermement que ce mal est l’effet d’un mauvais air, d’un méchant brouillard dont il sait la date précise.
De Gênes à Grenoble, de Lyon à Dijon jusqu’à Strasbourg et Metz, c’est tout autre chose. Le peuple attribue la maladie de la vigne au gaz d’éclairage ou à la vapeur des locomotives, ce qui est tout un pour lui : inventions sataniques d’où naissent bien d’autres üéaux contemporains. D’autres grossières erreurs n’inspireraient que pitié, si des publications prétentieuses, ayant un faux air scientilique, n’étaient venues leur donner je ne sais quelle folle apparence de fondement, et surtout si l’on n’avait à craindre que le préjugé ne se traduisît, en un moment donné, en actes coupables.
Je n’ai rien à dire des animalcules ni des insectes ; personne aujourd’hui, si je ne me trompe, ne les assigne plus sérieusement comme cause déterminante de la maladie. J’ai bien aperçu quelques petits insectes, mais rares, trop peu nombreux en réalité pour qu’on puisse les accuser équitablement de dégâts aussi considérables. Quant aux ennemis bien connus de la vigne, Valtise bleue, par exemple, ou le bleuet, comme l’appellent les vignerons de la Gironde, l’altise a fait beaucoup de mal cette année dans le Jiordelais et dans les vignobles \oisins de la Méditerranée, mais avant que roïdiinn se montrât. J’ai encore trouvé ces insectes et leurs larves dévorantes dans plusieurs vignes saines; je les ai cherchés fort attentivement, mais en vain, sur les ceps infectés.
Cependant la maladie du raisin a une origine première, une source primitive. Si le mal est dans l’arbuste, en quoi consiste cette altération patbologiijue, tù d’où vient-elle? Si la jilante parasite est seule en jeu, d’où vient-elle à son tour, et pourquoi, inconnue jusque-là, ne la voyons-nous apparaître qu’en 18Ù5? Personne aujourd’hui n’est encore en état de répondre à d’aussi graves questions. INéanmoins ^l’iiommc n’aime pas à rester complètement
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au dépourvu eu ces lualièrcs aussi curieuses qu’importantes; l’inconnu le fatigue, et, pour ne point demeurer trop absolument dans le vide, les liabiles construisent des systèmes avec leur imagination, s irritent de n être pas crus sui parole, tombent dans le galimatias, transforment en adversaire quiconque a le malbeur de ne pas les comprendre, et aigrissent bien inutilement leur propre discussion en y mêlant l’injure ou des inculpations ridicules. Pendant ce tempslà, l’ignorant se repaît d’absurdités grossières, et leur accorde une foi si robuste, qu’elle prendrait, à l’occasion, les proportions d’un dangereux fanatisme.
Tel est l’état réel des esprits à tous les étages de la viticulture. Il faut excepter toutefois grand nombre d’hommes sages qui savent attendre une plus grande somme de lumières, et déclarent ne pouvoir juger dans une cause qui ne leur paraît pas encore suffisamment instruite.
Les symptômes du mai se manifestent exclusivement sur la feuille, le sarment et la grappe, du moins je n’en ai trouvé aucun jusqu’à présent dans la souche et les racines, malgré les plus attentives recherches. C’est toujours la même maladie, inconnue et sans nom supposée préexistante, ou bien c’est partout la même plante parasite, Votdum Tuckeri; mais l’aspect, la pbysionomie, les effets varient étrangement. La dilférence est telle d’un vignoble à l’autre, quelquefois d’un cep à l’autre, qu’il est à peu près impossible de généraliser aucun caractère. 11 me semble, à considérer les choses de très près, que chaque pied de vigne soit individuellement alfecté selon son tempérament propre.
Tout échappe encore à l’explorateur de grandes surfaces attaquées, dès qu’il veut systématiser ses recherches et classer ses remarques.
Lorsque la feuille est envahie à son développement printanier, ce qui n’arrive guère qu’à la seconde année de l’infection, le mal, ou si l’on veut, l’elfet visible du mal est facile à reconnaître : la blancheur anormale produite par le mycélium frappe les yeux. H n’en est pas tout à fait ainsi quand la feuille est plus tardivement atteinte. Attaquée d’ordinaire sur sa page supérieure, le mal ne se trahit qu’à la longue, bien que le mycélium se soit développé en formant un lacis bizarre qui rappelle jusqu’à un certain point les jeux de la mucédinée du ver à soie, autre lléau terrible connu sous le nom de muscardme. Tantôt la feuille, bien que malade, demeure lisse et verte, mais semée de taches d’un jaune livide, dend-transparentes, peu circonscrites, et confluentes parfois ; tantôt des taches noires et comme charbonnées ressortent çà et là sur le duvet naturel et blanc qui couvre plus ou moins la page inférieure de la feuille, selon les variétés de vignes; tantôt la feuille se crispe sous l’étreinte dont elle est victime, se recoquille, se flétrit et sècbe, ou bien elle noircit du centre à la circonférence, et tombe enfin dès les premiers jours du mois d’août, môme pendant la seconde quinzaine de juillet. On conçoit que la plante ainsi maltraitée doive soidfrir beaucoup, car dans les trois cas la feuille remplit mal et môme elle cesse de remplir ses importantes fonctions. I,e mycélium installé sur les feuilles de vigne pousse verticalement des tiges fécondes, mais en petit nombre ; la fructification y est toujours infiniment moins abondante que sur la grappe.
I.e sarment est, ou semé de points circonscrits d’un diamètre très variable, ou maculé de plaques irrégulières , souvent confluentes, tantôt d’un rouge-acajou, tantôt brunes, tantôt d’un noir analogue à la couleur de l’encre.
D ordinaire les points et les taches conservent leur teinte ])riinitive, même après l’aoûtement, et ne passent pas de l’une à l’autre. Dans les vignes les plus
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giavemcnl afloctées, le sannenl paraîi brfllé par plarpics très nettement circonscrites, comme si l’on avait posé nn fer rouge sur sa surface herbacée, et il en est ainsi, en plusieurs cas, du pétiole des feuilles et du pédoncule des grappes. Qucbiuelois on dirait que le sarment a été sali dans toute son étendue par une sorte de liqueur visqueuse. Je n’y ai point reconnu d’odeur, mais à deux ou trois reprises] aient trouver une saveur imperceptiblement acide et sucrée. Dans les années précédentes, je n’avais vu le sarment atteint qu’è l’épiderme et d’une manière très superliciclle ; tout comme les observateurs qui font autorité, j’ai eu le tort de prendre ceci pour un fait général. On croyait le jeune bois toujours tiès sain et la moelle toujours intacte. Mais les malbeureux vignobles du Itoussillon, de l'iontignan, de Dunel, m ont douloureusement détrompé i j’y ai vu, et en très grand nombre, des sarments complètement noircis, secs, fragiles, morts, au tiers supérieur quelquefois, mais rarement ü la moitié.
Les symptômes que présente la grappe sont peut-être plus mobiles encore dans leur aspect ^ dans le résultat. A la première invasion, tantôt avant, tantôi après la feuille ou le bois, un seul point blanchâtre se montre sur l’une des baies et s’élargit en rayonnant dans des directions irrégulières. Souvent le faisceau de mycélium et de tigelles se limite par une cause inconnue ; souvent aussi on le voit s’étendre avec rapidité et couvrir totalement la surface de la baie. S’il y a sur le raisin une graine avortée, c’est celle qui présente ordinairement la première trace du mal. Les tiges stériles, ou mycélium, de la plante parasite, bien fixées sur la pellicule par des points d’attache qui ne paraissent point pénétrer au delà de l’enveloppe jusque dans la pulpe cloisonnée du raisin, ces tiges rampantes donnent naissance à des tigelles verticales et fructifères, serrées, pressées l’iincà côté de l’autre, droites et toutes à peu près de la même taille au moment de la plus grande vigueur de l’oidium, comme les filaments verticaux d’un velours de soie plein et bien coupé. Ces tigelles sont cloisonnées ou divisées dans le sens horizontal par des étranglements distincts. La portion supérieure prend immédiatement plus de volume, s’arrondit en ellipse, se détache à maturité, glisse, tombe, ou bien est enlevée au moindre mouvement de l’air. La fructification, favorisée par une température convenable, c’est-à-dire chaude et humide, est quelquefois assez active pour que la deuxième et la troisième division grossissent en même temps que la première, et se détachent ensemble, unies encore l’une à l’autre, en chapelet. Voilà le germe, la graine, la semence, la spore de l’oïdium, tantôt plus, tantôt moins allongée, corpuscule enveloppé d’une double tunique transparente, à surface légèrement rugueuse, graine dont aucun mot d’aucune langue ne saurait exprimer le poids, mais à laquelle les instruments d’optique les plus puissants et les plus exacts donnent une longueur de 3 à 5 centièmes de millimètre. Aussitôt que la spore est posée sur un point qui lui est favorable, par une température d’au moins 15 degrés centigrades, et à un degré hygrométrique qu’il m’est impossible de préciser, elle germe immédiatement. Une sorte de bouton irrégulier semble sortir de l’un des petits arcs ou pôles de l’ellipsoïde, et ce bouton s’allonge en tige rampante. ]\lais l’oïdium a un autre moyen de se propager et môme de renaître en quelque sorte. Le mycélium, réduit à l’état d’imperceptible fragment sec et inerte, s’il est placé dans les conditions voulues de chaleur et d’humidité, devient une véritable bouture, qui ne tarde pas à pousser deux ou trois tiges rayonnantes et rampantes, lesquelles vont bientôt donner elles-mêmes naissance à des tigelles verticales et fécondes, coin-
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^H)sées, comme je viens de le dire, de spores f|ui mùrissenl siiccessivcmenJ.
On peut s’expliquer alors rélonnanle rapidité avec laquelle rinlcclion se propage en certains cas; les yeux perçants distinguent très bien ces tigelles multipliées de roïdium en regardant le pourtour d’une graine de raisin dans la direction d’une vive lumière ; à l’aide d’une bonne lentille , on reconnaît le rendemenl supérieur, spore en voie de maturité, à moins qu’un lit épais de ces semences tombées dos tigelles , et prêtes pour la dissémination , ne donne un aspect confus.
Le premier clïet du mycélium, lorsqu’il adhère à la pellicule de la baie, est de la piqueter de points en relief, bruns quelquefois, plus rarement noirs et même rouges; cette dernière coloration se produit quand de certaines variétés de raisins sont attaquées au moment où elles vont mûrir. De savants physiologistes, pour qui je suis plein de déférence et de respect, ont vu les points ou piquetures apparaître sur la baie avant le mycélium. Pendant trois mois j’ai multiplié les recherches jusqu’à la fatigue pour découvrir un seul exemple de ce phénomène, mais en vain. A la vérité, on trouve souvent ces piquetures à nu, pour ainsi dire, sans aucune tige rampante ; mais alors le mycélium a été totalement enlevé, comme je le dirai bientôt. De tels faits, si minces en apparence, sont plus importants qu’ils ne le paraissent au premier abord; car les points antérieurs à l’oïdium, c’est la maladie préexistante dans l’arbuste, c’est l’éruption variolique, mot tout au moins fort original que l’on a jeté dans le débat; les points avant le mycélium, c’est tout un système. Or, les points forment de petites aspérités, des excroissances, des sortes de bourrelets qui, je le répète, ne paraissent pénétrer ni l’épaisseur même de la pellicule, ni conséquemment les cellules de la pulpe avoisinante, qui sont séparées les unes des autres par de légères cloisons. Les points, très confus au premier aspect, procèdent cependant par lignes suivies, mais irrégulières, selon la position qu’ont prise et gardée les ramuscules stériles de l’oidium. On distingue facilement les points à l’œil nu quand on a tout essuyé avec le doigt, ramuscules, tigelles et spores, ou bien lorsqu’une cause inconnue, que je crois être quelque pluie violente, a fort heureusement arraché toute cette frêle végétation. Que les points couvrent toute la surface de la baie, ou bien qu’ils forment une ou plusieurs taches isolées et circonscrites, leur trace est indélébile, et je ne puis admettre non plus, avec quelques observateurs allemands et italiens, que, une fois piquetée, la pellicule du raisin recouvre jamais d’cllemême sa couleur verte pour apparaître transpareute et pure. C’est toujours sur une de ces lignes ponctuées et dans le sens longitudinal que s’opère la division de la pellicule quand elle éclate par suite de sa faiblesse ou de son induration lors de l’alllux des sucs nutritifs qui viennent grossir la baie.
Les cellules de la pulpe se déchirent à leur tour : les pépins apparaissent ; la baie se dessèche ou tombe en sphacèle et se putréfie, selon l’état de l’atmosphère et la situation plus ou moins avancée du fruit. La fente n’est pas toujours rectiligne, et même elle ne s’ouvre pas toujours; dans ce dernier cas elle s’alfaisse et forme un sillon au fond duquel j’ai quelquefois observé des moisissures bleuâtres ou vertes, qui ne sont point évidemment i'Oidium Tuckeri. La baie infectée ne se fend pas nécessairement.Je l’ai vue mainte fois dans cinq autres situations distinctes : 1“ La simple flétrissure avec amollissement passager, et sécheresse finale • 2“ la baie, à moitié du volume normal, ne grossit plus; elle sèche, durcit, et demeure extérieurement à consistance presque ligneuse ; 3" la croissance contiit. ‘28
MALAUlliS liPirilYTIÜUKS.
iituî nialgiv ronnenii, jusciu’à moiliO, justiu’iiiix liois (iiiiii Ls du voIiiiikî normal, et a pour terme la llélrissure suivie de décom|)osilion j)Utride; Zj“ la haie de la Heur ou piklicelle est tolalemeiil couverh! par une couche (‘paisse, serrcie, hrumou rougeàlre, composite de lijjes accuimddes de mycélium desséché, (rap|)areuce et j)res(iue de consistance ligneuse. Les tigelles IVuclifères ou sont absentes, ou sont fort rares. Si, à l’aide d’un tranchant tri’s lin, on enlève avec précaution, partiellement ou hlen en totalité, cette espèce d’écorce, on est surjnis de retrouver la pellicule intacte, sans i)i(iucture, parfaitement verte alors, et l’intérieur de la haie très sain ; 5“ enfin, et pour comhle de bizarrerie, des haies couvertes, dès leur formation, à moitié, aux deux tiers, en totalité même, par un abondant my-
célium et par d’innombrables tigelles fécond(‘s, ces haies, ces grappes ne s’amollissent, ni ne se flétrissent, ni ne se fendent, ni ne s’enveloppent d’une couche ligneuse, ni ne tombent en pourriture; elles grossissent, atteignent le volume normal, se colorent et mûrissent parfaitement. On retrouve intacte la saveur propre à la variété du cépage, si l’on enlève avec soin les débris de mycélium encore adhérents à la baie.
Les deux opinions dont j’ai eu l’honneur de vous entretenir, monsieur le ministre, devaient nécessairement servir de point de départ à deux systèmes de recherches et de médications différentes. D’un côté, pour le guérir, on atta([ua l’arbuste supposé malade; de l’autre côté, on prit directement l’oïdium à partie* pour l’exterminer. Pendant que le nord, qui tire un si riche produit du raisin de table, s’évertuait à trouver des spécifiques pour ses treilles, le midi de la f’rance, ou plutôt le vignoble, en un sens très général, demeurait dans l’inertie, n’inventait rien, et essayait à peine des decouvertes que d’ailleurs il ne croyait pas applicables à la grande culture. Les Anglais restèrent également .silencieux au fond de leurs serres chaudes, tandis que les Italiens parlaient, écrivaient, inventaient plus encore peut-être, et c’est beaucoup dire, qu’on ne l’a fait à Paris. Maintenant on est bien près de reconnaître, en France comme en Italie, qu’on ne sait rien : triste aveu qui échappe toujours difficilement à la science orgueilleu.se.
Les praticiens seuls ont beaucoup cherché. Dans la foule innombrable des mixtures que l’empirisme propose, qu’il croit et déclare toujours infaillibles, deu.x moyens triés dignes d’attention font concevoir la possibilité et donnent l’espérance d’un traitement plus complet, conciliant l’économie de main-d’œuvre avec une. efficacité qui prévienne de nouvelles invasions toujours menaçantes. Jusqu’ici, à l’aide de l’un ou de l’autre des deux procédés dont il s’agit, les serres et les treilles ont pu sauver la majeure partie de leur rtvsin ; mais le vignoble a été moins heureux, et les produits de haute valeur paraîtraient seuls pouvoir couvrir sans trop de perte les frais que nécessite la répétition éventuelle des manœuvres contre un ennemi disposé sans cesse à des retours agressifs. Sans prétendre présenter ici l’énumération complète des méthodes curatives proposées et ])réconisées tour à tour, ce qui d’ailleurs me serait bien impossible, permettez-moi, monsieur le ministre, d’en signaler quelques unes, remarquables ou pour leur mérite réel, ou pour la faveur assez vive et bruyante, mais passagère, dont elles
sont l’objet.
On a d’abord cherché dans la culture même les moyens de guérir le mal supposé préexistant chez l’arbuste, ou d’éloigner le parasite en détruisant scs germes ; on a essayé la taille prématurée, la taille tardive, l’ablation des jeunes pousses, et l’abstention meme de toute espèce de taille ; on a enterré les sar-
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monts passés à l’étal ligneux. Mais, à ma connaissance, anetme de ces i)iati(|ues, très vantées d'abord, n’a donné de résultat utile. L’intendant d'ime grande maison italienne, préjugeant, ainsi qu’on le fait encore en quelques lieux, que la vigne est malade par surabondance nuisible de la sève, s’est vu logiquement conduit à opérer le patient comme l’art médical traite la pléthore chez les animaux, par d’abondantes saignées. L’honorable M. Guida a donc prescrit une forte incision au pied de la souebe, et l’Italie a généralement exécuté, l’ordonnance avec un tel espoir de succès qu’il s’est bientôt trouvé quelqu’un pour disputer à l’inventeur le mérite de sa découverte. Au premier cri d’enthousiasme, grand nombre de nos praticiens français, moins par conviction peut-être que par une sorte d’acquit de conscience, ont beaucoup incisé. .le dois dire qu’en l'rance le résultat est nul partout, et, si j’en juge par le silencieux sourire qui a seul répondu dans l’Italie du nord mes pres.santes questions, il est permis d’allirmer que l’incision n’y a pas mieux réussi ; en sorte que l’inci.sion et la taille, comme moyens prophylactiques, paraissent abandonnées décidément. En Italie encore, on a coupé, on a gratté les racines, et .sans succès, pendant que M. Régner, ancien vigneron dans la Lorraine, guérissait trois treilles du faubourg Saint-Marceau, en leur faisant subir à peu près la même opération. A la vérité, il y ajoute des lotions avec une eau composée à tout hasard.
Voilà les méthodes culturales, toutes malheureuses, ou .sans ellicacité démontrée pour une certaine étendue de vignes.
Quelques procédés, agissant d’une façon mécanique, soit comme obstacle à l’invasion du mal, soit par frottement pour l’extirper, paraissent être plus heureux, mais seulement pour les treilles, et toujours dans des proportions restreintes. C’est une médication des plus originales, et sur le compte de laquelle on a peut-être tort de s’égayer; car qui sait encore au juste ce qu’il en pourra sortir? M. Eugène Robert, savant entomologiste, jette tout simplement de la poussière sur les grappes malades, lorsqu’elles sont mouillées par la rosée ou la pluie. M. Lachaume, jardinier très intelligent à Choisy-le-Roi, trempe avec succès les raisins infectés dans un vase contenant de la terre argileuse délayée; c’est comme une cuirasse impénétrable dont il les enveloppe, et que la pluie détache en temps opportun. ]M. Régnault, enlin, propriétaire à Neuilly, fait les choses plus simplement encore : Porteur d’un petit balai de plumes, ou d’une aile de canard, il époussète le bois, les feuilles et le raisin de ses treilles attaquées dès leur jeune âge, et les guérit radicalement; au moins de graves personnages, qui l’ont suivi dans cet intéressant exercice, en publient et garantissent l’eflicacilé. Mais ici l’efficacité n’est malheureusement pas la seule question, autrement la main d’une dame adroite et patiente, armée d’un mouchoir de batiste, remporterait une victoire plus éclatante encore sur quelques douzaines de grappes favorites. La question, c’est le vignoble; la vraie question, c’est la dépense.
La chimie, une chimie de hasard pratiquée par d’honnêtes gens, qui n’en possèdent pas même les premières notions, cette pauvre chimie a fourni son large contingent de liquides composés à tort et à travers, n’ayant pas le sens commun, mais réussissant tous à merveille sur trois grappes, surtout dans les prospectus. Je glisse sur de telles misères pour arriver à quelque chose de vraiment sérieux, la Heur de soufre et le sulfate de chaux.
On attribue à un jardinier anglais de Leylon, nommé Kyle, la première idée
A3Ü MALADIES liPlPUYTUjUES.
01 les i)rPi»iiors ossais du soufre on jmiidre ; mais on i)arla i)en de la Heur de soufre jusqu’à ce (|iie M. (ionlier edi trouve'* d(‘s procédés faciles d’aj)plicalion, et démontré, par des expiniences sans répliepie, sur scs riches cultures de .Montroii};e, rellicacité de cette méthode. Klh; est foi t sinq)le aussi : on mouille le pampre et les }i;rap|)cs, puis on projette le soufre pulvérulent, ’i l’aide d’un aj>pareil ingénieusement disposé [)our cela. Si l’oj)ération est hien conduite, et renouvelée au htïsoin, le succès est assuré, .lusqu’à quel point maintenant la méthode de M. (Ionlier, inspirée par le besoin de sauver les raisins de table, estelle applicable au vignoble? .le l’ignore. On dit qu’aj)rès mon passage dans le Médoc, le riche propriétaire d’un cru bien classé, où M. l’elit-Latlitte avait constaté les commencements de l’infection, a fait venir de Paris une cargaison entière de soufre et de soulllets. 11 serait fort curieux de connaître le résultat et le prix de cette expérience faite en grand. Mais trois objections s’élèvent à l’avance contre l’application du procédé Gontier dans les vignobles dont le produit n’a malheureusement qu’une faible valeur, même en tenant compte du renchérissement actuel : 1" Le prix du soufre employé en grand et dans toute l’Europe deviendrait énorme; 2“ la main-d’œuvre pour une manipulation qui exige des soins et une certaine dextérité si l’on veut que rien n’échappe à l’action du soufre, cette main-d’œuvre est facilement payée par le raisin de luxe, ou le sera peut-être par les vins d’élite, mais sur la grande surface des vignobles ordinaires ou inférieurs, elle constituera une aggravation de dépense qu’ils ne pourront probablement pas supporter; 3“ la manœuvre n’exige pas seulement des soins délicats et attentifs, il faut encore qu’elle soit possible. Or, praticable sur les treilles et dans les vignobles parfaitement conduits, pourra-t-on l’exercer dans des vignes immenses dont les ceps non échalassés poussent des pampres de quatre, de six mètres qui s’entrelacent et s’enchevêtrent, et trament à terre dans un inextricable désordre?
Le procédé de M. Grisou, jardinier à Versailles, n’échappe peut-être point à lu troisième objection, mais les deux premières ne paraissent pas devoir l’atteindre. 11 consiste dans des lotions, répétées au besoin, avec le sulfhydrate de calcium, et il réussit parfaitement sur les treilles; on l’a essayé dans le vignoble ; M. le docteur 'furrel , du Var, l’a soumis, cette année, à une très belle expérience, la plus étendue, je crois, que l’on ait tentée jusqu’ici. M. 'l'urrel a traité dix hectares de vignes situées près de Toulon, avec le sulfhydrate de chaux, vignes déjà malades et qu’il a complètement guéries. .Alais, hélas! le terrible oïdium a bientôt reparu, lui et ses funestes conséquences. Est-ce la faute de M. 'ITirrel? INon; il a opéré avec talent et, on peut le dire, avec succès. Faut-il s’en prendre au procédé? Nullement, car il réussit; mais l’habileté de l’opérateur et la puissance du liquide sont vaincues par la production nouvelle et la dissémination continue des spores de roïdium. 11 y a derrière toutes ces médications ingénieuses, dès qu’on les applique sur une grande échelle, des conditions de réussite définitive équivalentes, je le crains, à l’impossibilité, \oici les paroles textuelles du savant et habile viticulteur : « En signalant à la Société nationale et centrale d’agriculture les résultats obtenus sur mon vignoble par le traitement Grisou, j’exprimai la crainte que les vignes non traitées ne devinssent des foyers de nouvelles infections, même pour les vignes débarrassées de 1 oïdium, et je demandais que l’autorité rendît obligatoire le mode de traitement reconnu le plusenicace. Mes appréhensions n’ont été que trop justifiées. »
MALADIES KPllMIYTIQUES. «'5 '
Le procédé n'en garde pas moins son cdicacité relative, et l’honoralde expéiimentatcur conserve tout le inérlie de sa tentative hardie. Il y a plus, je considère comme certaine et complète désormais l’efficacité de la méthode de M. (,.rison, lorsqu’on en usera avec hahilcté pour les vignobles tardivement atteints ou donnant encore l'espoir d’une récolte capable de couvrir de nouveaux frais. A une époque rapprochée des vendanges, le mycélium, fatigué en quelque sorte par d’abondantes fructihcatioiis, affiiibli par une température moins iavorable , pousse moins de tigelles qui se courbent languissantes, et n amènent a matin ité qu’un petit nombre de spores dont le germe se développe avec difficulté et lenteur ; car, ainsi que j’ai eu rhonneur de vous le dire, monsieur le ministre, 15 degrés centigrades sont nécessaires pour que le mycélium s accroisse en lampant; mais, sans qu’il me soit possible de rien préciser à cet égard, je suis peisuadé qu’une température plus haute est indispensable à la fructification et à la dissémination.
J’ai dit que nos vignerons s’étaient bien peu mis en peine d’expérimenter les découvertes du nord. 1\1. le docteur Turrel fait exception déjà ; mais 1 équité exige que je mentionne encore ici l’honorable M. Camille Canibon, de Montpellier. M. Cambon est probablement le viticulteur français qui a le plus cherché et employé de substances supposées capables de détruire les spores de l’oïdium, sur quelque point qu’elles se cachent pendant l’hiver. Il m’appartient en particulier de rendre hommage aux intelligents et immenses travaux de M. Cambon, car ils dépassent de beaucoup , sans être plus heureux , les essais multipliés que nous entreprenions en môme temps et dans le même but , i\I. le professeur Bouchardat et moi, à la vigne du Luxembourg. M. Cambon, plein de courage et de persévérance, est loin de désespérer du succès. Il propose un plan de campagne complet, trop complet, pour l’extermination radicale de l’oïdium. C’est une stratégie à laquelle rien ne manque, pas même l’intervention de l’autorité publique, pour en rendre les manœuvres obligatoires, particularité qui me dispense de plus longs détails, si j’ai vu juste, en démontrant l’impossibilité pratique et l’inutilité d’une me.sure aussi grave.
Permettez-moi , monsieur le ministre, en résumant ce rapport, d’y attacher quelques conclusions qui reproduisent la pensée même et le vœu d’un très grand nombre de viticulteurs éminents.
Le mal est considérable , sans doute , il est surtout de nature à frapper les imaginations et à faire naître de vi\es inquiétudes pour l’avenir ; mais le désastre est moins grand qu’on ne l’a fait, si ce n’est dans une région du sud , au bas Languedoc, où l'on ne peut l’exagérer tant il est grave. Si partout ailleurs la récolte est faible cette année, ou décidément mauvaise, l’oïdium n’est que partiellement cause dans ce malheur ; en plu.sicurs vignobles étendus ou précieux, il n’y concourt même pas : les gelées tardives, les insectes destructeurs, la coulure, la grêle, les caprices de température y prennent la plus large part.
L’origine réelle, la source primitive de la maladie des vignes est encore un profond , peut-être un impénétrable mystère.
I.a cause prochaine du mal sera prohablenient encore l’objet de débats scientifiques prolongés. Pour qu’ils aient une issue salisfa:.sanle et utile, il faudrait autre chose que des argumentations appuyées sur de simples apparences, sur des faits partiels, variables, observés à la luïte, sans suite ni méthode. Une élude intime et pénétrante de la constitution même de l’arhuste, celte étude entre-
MALADIKS KI'IIMIYTIOUES.
l)ri.se simullaiKîiuenl sur i)liisieiirs points, ol rôgnlièrement concluiic, j)cul seule avoir (pielcjiic aulorihî; seule elle aurait le droit de conclure.
Un pu^jugé populaire explique le mal de la façon la plus absurde pai‘ l’inlluence d(îlet(''re du gaz d’(*clairage et de la vapeur des locomotives. On aurait tort de d(Ulaigner celte erreur, si grossière qu’elle soit; elle a })rofondément pénétré dans les convictions d'un nombre incalculable d’hommes qui soulfrent, s’irritent, et mêlent des menaces à leurs |)laintes.
La hante tempéralure de l’atmosphère, la richesse et l’humidité du sol combinées activent singulièrement la fructilication de l’oïdium. La culture de la vigne dans les terres basses et humides est donc, en général , une circonstance désastreuse pour les vignobles socs et élevés.
• Aucun moyen sérieux de prophylactique n’a encore été découvert.
Parmi les médications directes, plusieurs ont obtenu des succès partiels ou momentanés ; aucune des résultats décisifs et définitifs. Le soufrage et les lotions de sullhyilrate de chaux, procédés auxquels désormais est attaché le nom respectable de M. Gontier et de M. Grison , ces méthodes employées habilement, sont le salut de l’importante culture des treilles. Une surélévation dans la valeur des vins distingués , dont l’importance atteint à peine 10 pour 100 du cliilîre de la production totale , cette haus.se, si elle est constante, pourra seule conduire les producteurs aisés à l’adoption de l’une ou de l’autre méthode.
Il serait certainement très utile d’encourager et même de provoquer des expériences comparatives et étendues sur tous les procédés que l’on propose ou qui ne manqueront pas de surgir. Il y faudrait un système arrêté et bien réglé. Beaucoup de viticulteurs pleins de zèle et d’intelligence s’y prêteront avec empressement.
Peut-être ferait-on mieux encore, de proposer un prix magnifique. L’administration ne décernerait cette récompense qu’en cas de succès complet et décisif, après plusieurs années d’épreuves, sur l’avis motivé de cinq commissions composées de propriétaires viticulteurs à Bordeaux, Alonlpellier , Lyon, fieims et Angers. La condition capitale , après celle du succès , serait qu’il n’exigeât pas l’intervention de l’autorité ; en d’autres termes, que l’emploi du procédé, ne fiit point obligatoire.
Peux demandes qui se rattachent à la question principale, mais moins directement, sont faites par un grand nombre de viticulteurs; voici ce double vœu :
1“ La situation fâcheuse où se trouve la vigne, situation qui peut se prolonger, appelle l’intérêt de la France entière. La vigne est placée jusqu’ici, on ne sait vraiment pourquoi, en dehors des encouragements et des récompenses accordés chaque année aux autres branches de l’agriculture , bien que l’industrie vinicole soit une précieuse et magnifique ressource pour le trésor public,
et qu’un grand intérêt national nous impose le devoir de veiller avec sollicitude à ce que de tels produits ne perdent rien de leur haute supériorité. La reprise des congrès vinicoles annuels, que 18ù8 a interrompus, serait accueillie avec satisfaction; ils coûtaient bien peu à l’Ltat. Les congrès ont eu six sessions, a Angers, à Bordeaux, à .Marseille, à Dijon, à Lyon et à Colmar, Les praticiens de la contrée où l’on s’assemblait y venaient en foule; beaucoup accouraient des vignobles lointains, et les actes publiés témoignent de l’utilité réelle des conférences ouvertes sur mille questions d’ampélographie, de viticulture et de vinification.
MALADIIÎS ÉPIPIIYTIQIIKS.
Mans la silualion aclnelle, cliacim apporlerait, en oiivranlim congrès vinicolc, son conlingenl d’observations sur la maladie delà vigne, et il en pourrait jadlir de vives lumières.
La falsilicalion, ou même la dénaturation et la manipulation des vins dans les grands centres consommateurs ne sont pas seulement un danger pour la santé publique, elles entraînent encore insensiblement la dégradation des bons produits. Beaucoup d’excellents vignobles peuvent être considérés maintenant comme dos fabriques de. matières premières qui travaillent sur commandes.
En regard des désastres apportés par Iti inaîadie de la vigne il l'ant s’empresser d’avancer (jue justpi’a présent il n y a aitcun l’ail authentique connu (|ui puisse réellement montrer que le lléati otVre des dangers pour la santé de l’homme. On peut s en rendre assez facilement compte, attendu (|ue pour ce qui concerne le raisin, lorsque les graitis sont fortement envahis, crevassés et arrêtés dans leur développement, ils ne sont pas alors mangeables, soit par leur défaut de maturité, soit par suite de la saveur désagréable, aigre ou putride, que les diverses altérations successives ont occasionnée. Et lors([ue les raisins ont été légèrement attacjués ou guéris dès les premières atteintes et qu’ils sont parvenus à leur maturité, ils conservent, dans ce cas, à peine des traces du parasite et ils sont consommés sans inconvénient. La même distinction doit être faite relativement aux grains destinés à la vinification et relativement aux raisins de table. La plupart de ceux qui avaient été fortement attaqués n’ont pu produire que des vins détestables, à moins d’un triage dilïicile. Quant aux produits faiblement attaqués ou guéris et (jui ont pu éprouver une maturation complète, ils ne doivent pas altérer la qualité du vin. Dans tous les cas, ni l’un ni l’autre n’ont donné lieu, jusqu’à présent, à aucun accident.
l*our la première fois, l’an dernier, il a été signalé jiar M. le docteur Léveillé une maladie qui sévit, dans les environs de Paris, sur les merises, les cerises atujlaises et ])rincipalement sur les hifjarreaux. Elle n’a point été appréciée dans ses ravages ; cependant l’habile observateur estime (ju’un (juart de la récolte tombe, sèche ou pourrit sur les arbres. Une altération des tissus, principalement appréciable dans la moelle, parut être la cause première du mal; les observations complètes de M. Léveillé ne laissent point de doute à cet égard , mais il reste à savoir sous {juelles iidluences délétères les tissus se désorganisent.
De même que les plantes alimentaires précédentes , les hetlcraves peuvent être malades, (l’est ])ar l’extrémité profonde du
MALAlJlIiS KI’irnVTIQUKS.
pivot, 0. (‘sL-u-dirc p;ii- lo point où l’alisorplion ost lo plus aclivo, et cest sur le trajet do vaisseauv vasculaires , c’est aussi le loiiii ( es \OK*s les plus ra|)ides d’absorption, (pie ralU-ratioii d(>s tissus caraoterjse le miiMix cette maladie dont l’elVet (îst une diminution notable du rendement de siimn C’est l.'i um* dinVueiice liien remanjuable entre la maladie des betteiaives et ccdle des ])omrnes de terre : tandis (jue la première (b'ilruit le jirincipe sucré, la seconde respecte le principe amylacé et iiermet au consommateur d utiliser encore la lécule (ju’il recbercbe dans le précieux tubercule. On a découvert sur les l’adicelles des betteraves malades des pods résultant de l’élongation des cellules de la surface et l’on a cru pouvoir explicpier par là la maladie. Cette opinion n’est pas partagée par tous les observateurs; quelques uns ont dit: C’est encore là faire une conlusion et rattacher comme effet et cause des détails qui coexistent seulement à côté des faits essentiels.
Quels cjue soient la cause et les synqiUjmes de la plupart des maladies épiphytiques, il est évident, pour l’bygiéniste, que, dans les rapports si intimes de l’homme avec ses aliments, il existe une cause puissante de modifications considérables pour tout l’organisme. On comprend sans peine c{ue dès qu’une substance devient 1 aliment à peu près exclusif, elle s’empare de la santé de l’individu et la place sous sa dépendance : elle donne peu à peu un cachet spécial à toute l’économie sans l’entraîner d’ahord hors de l’état physiologique. Mais si l’aliment s’altère lui-méme dans ses fjualites, ces alterations peuvent produire à leur tour une maladie chez les individus qui s’en imprègnent avec l’aliment. C’est là un sujet d’étude qui mérite toute l’attention des savants. L’histoire medicale des céréales indigènes offre des exemples malheureusement trop ])eu étudiés encore des altéi’ations épiphytiques et des maladies qui en sont la conséquence. Il est à regretter que l’attention des médecins qui sont placés favorahlement jiour étudier les maladies populaires endémiques, ne soit pas plus éveillée sur ces affections , plus nomhreuses qu’on ne le croit généralement. La source de certaines maladies est souvent dans les mauvaises qualités de l’aliment principal des classes inférieures. Les céréales ont fourni à l’bistoii’c de l’Europe septentrionale des exemples nombreux de ces faits dont le plus connu est celui de X ergotisme. On sait, en effet, que le seigle entre pour une grande part dans l’alimentation et qu’il est attaqué par Xergot; la sauté des populations est aussihH troublée , et Xergotisme ravage les village.*;.
MALABIKS ElMl'HYTIOnES.
Dans ( criailles provinces de France, où le seigle est tn?s sujet ;i s’ergoter, on a vu celle maladie persister pendant longues années. On sait actnelleinent, d’après les reclierclies de Jussieu, Paulet, Saillanl , (jne ces lerrililes maladies dn moyen âge , connues sons les noms de mal des ardents, feu Saint- Antoine et Saint-Marcel, ne sont antre chose (pie Vergotisme lui-méme. Pendant le cours du XYi* siècle, on confondit souvent cette maladie avec le scorbut. Au commencement du xvn® siècle, Thuillier le père, médecin du duc de Sully, décrivit pour la première fois une de ces nombreuses épidémies dont la Sologne a été le théâtre. La maladie sévissait en même temps dans la Guienne et le Gâtinais et y exeri^ait de grands ravages.
Plus tard Bourdelin et Perrault appelèrent l’attention de l’Académie des sciences sur cette grande question, et c’est â cette compagnie illustre que la médecine a dû les travaux les plus précieux sur ce fléau inconnu auparavant. Si aujourd’hui, grâce aux progrès de l’hygiène publique, les épidémies d’ergotisme sont devenues plus rares et moins terribles, la maladie n’a pas cessé de se produire sous forme sporadique ainsi que le prouvent les observations éparses dans les recueils périodiques de médecine. Cependant, en 181â, le département de l’Isère présenta une épidémie considérable dont le docteur Janson (de Lyon) nous a laissé les détails.
On sait, par le docteur Boulin, qu’un Champignon du genre sclerotium, analogue â celui du seigle et du froment, peut se développer sur le maïs. Ce parasite, encore inconnu en Europe, s’observe souvent dans la Colombie où M. Boulin l’a étudié; il produit dans ce pays, où on l’appelle peladéro, une maladie que l’on nomme pelaiina et qui a certains rapports avec Vergotisme gangréneux. Elle est, en effet, caractérisée par la cbute des poils, des ongles et des dents. Il est très probable, comme l’a dit M. Boussel, qu’en étudiant mieux les épidémies d’iVllemagne connues sous les noms de maladies convulsives, convulsion céréale, mal de la crampe, maladie du fourmillement, etc., on reconnaîtrait (lu’elles dépendent d’une maladie du seigle et du blé, très dilïérente de V ergot Qi très analogue â la maladie du maïs qui produit la [)ellagre. C’est a tort, en effet, que ces épidémies ont élé conlondues avec les épidémies iV ergotisme; elles n’ont avec celles-ci aucune analogie réelle, tandis (lu’elles ressemblent beaucoup â la pellagre.
MALADIKS KIM/OOTlUUhS.
On |)omTail (mi diœ {nilaiil do r(*i)id(Mido (jid s’osL iiiontrôo à ans oL dans les d(‘i)arLomonls voisins do J 828 à 1832 ou 1833 (H (|ii ou a dosigiiôo sous lo nom (Y acrodynie. L’aualogie de colle aliecliou avec la pellagre aélé rocouimo j)ar j)lusiours atileurs, uolamiuonl par 31. Hayer, et (juaiil à sa cause, ou saIl(juo 31. Cavol, qui l’a observée le premier, el plusieurs médecins des campagnes! 1 oui allribuée à de la larine de i'romeul alléré doul une parlie a Ole consommée a Paris cl dans les déparlerneuls voisins.
l^^u résumé, on jieut dire fjue, malgré les nomlireux desiderala qui exislent sur ce poinl dans la science, on ponrrail faire un groupe nosologiijue nalurel, sous le nom de maladies céréales ou alimeniaires , dans lequel on Irouverail une série de causes analogues, tendant à produire jiartout des ellels semblables (pji sont modifiés a l’iidini par rintervenlion des causes secondaires.
Voy. Hlé, Farine, Hygiène rurale. Pain, 31aïs, Pellagre.
Bibliographie. — Maladie des pommes de terre, des betteraves, des blés et des vignes, par M. Payeii. Paris, 1853. — Comptes rendus de V Académie des sciences, 18i!i2, 2® parlie, p. 31/i. — Bulletin de la Société nationale el centrale d'agriculture, p, 76A, 18/iO. — Annales de chimie, 18A3. — Bulletin des sciences de la Société impériale et centrale d’agriculture , 1852, j). A87. — Observations sur les maladies régnantes de
la vigne, par E'-prit Fabre (Société centrale d’agriculture de l’Hérault, 1853).
Jlopport adressé au ministre de l’intérieur , par Louis Leclerc. Paris, 1852. Journal
(l'agriculture pratique, juin 1853. — Rapport de M. Reiulii. Paris, 1853. — De la medadie des pommes de terre , parDecaisne. Paris, 1846. — Mémoires de l’Académie des sciences, 1748. — Du seigle ergoté, par Read. MeU, 1774- — Mémoires de la Société royale de médecine. Paris, 1776, 1777, 1778, I. I et II. — Jouriud hebdomadaire de médecine. Paris, 1830, t. VII. — Histoire des épidémies, parOzauam. Lvon, 1835, 4 vol. in-8. — JourneU de chimie médicale, numéro d’avril 1845. — Clinique médicale, par Cayol. Paris, 1830, p. 262. — Rapport général sur les travaux du conseil d’hygiène de la Seine-Inférieure, 1845. — Journal du progrès, de Rennes, oclobre 1845. — Action des raisins malades et du vin qui en provient sur l’économie animale, par Bourguet (Annales d’hygiène, t. XLVI, p. 445;.
— Les épizooties, maladies ([ui sévissent sur les animaux a la manière des épidémies sur rbomme, sont, ainsi ([ue nous l’avons montré, intimement liées à ces dernières par leurs causes, leur marebe , et jiar les mesures sanitaires qu’elles réclament. 3Iais an point de vue de l’hygiène publique, il convient de confondre avec les épizooties les maladies contagieuses qui, se jiropageant parmi les bestiaux et les animaux domestiques, indépendamment de leur transmissibilité à l’homme ou de l’état de la santé des populations environnantes, doivent appeler au même degré la sollicitude de l’administration.
MALADIES ÉPIZOOTIQUES.
En temps d’épidémie, nous avons vu ipie les animaux domestiques écliaj)peiit raremeut à rinduenee de la maladie régnante qui revtH eliez eux des (‘ormes variées dont il serait liors de propos d’aborder iei l’étude. 3Iais il est d’autres alîections propres aux animaux et (jui, nées d’une cause inconnue ou propagées par contagion, déciment le bétail, détruisent des troupeaux entiers et peuvent étendre leurs ravages de contrée en contrée à la manière des grandes maladies pestilentielles, comme on le voit eu ce moment pour la péripneumonie contagieuse.
Les espèces diverses d’animaux domestiques ontpresijuc toutes présenté, dans certaines localités et à ditîérentes époques, des épizooties spéciales. Le gros bétail, les bœufs, les moutons, les porcs, les chevaux, les chiens et les chats, les oiseaux de basse cour ou de volière, les poissons imhne, les vers à soie, les abeilles, ont fourni des exemples de mortalité insolite et subite due à de semblables alfections. Nous nous bornerons à énumérer : le typhus contagieux des bétes à cornes; le typhus charbonneux, qui atteint le bétail, les chevaux, les chats, les oiseaux; la clavelée des moutons; la pique ou charbon des porcs; la maladie aphtheuse qui s’étend sur les bœufs, les brebis, les chèvres, les porcs; les alfections catarrhales, la morve et le larcin des solipèdes; la péripneumonie contagieuse des ruminants; la maladie du sang et la pourriture des moutons , maladies qui sont loin d’ôtre également connues dans leurs causes, dans leur nature et dans le traitement qui leur est propre.
Mais ce n’est pas seulement par la perte considérable, par la ruine qu’elles entraînent, que les épizooties prennent place parmi les plus graves questions d’hygiène, c’est encore par l’inlluence pernicieuse que peuvent exercer sur la sauté publique le contact et l’usage alimentaire ou industriel des animaux malades, de leur viande ou de leurs produits. Aussi a-t-on vu toutes les administrations (|ui ont pris à cœur de veiller au maintien de la santé des populations, s’elforcer de prévenir et de combattre les maux si graves ({u’amènent à leur suite les épizooties. Nous croyons utile d’(;xposer, avec (piclque détail, les prescriptions relatives à cet objet important et dont les principes remontent à l7/i5 et 17/i6. Nous commencerons par la citation de l’ordonnance de police la jilus récente (pii les résume et les complète sur (|uel(jues points.
kl\lx
MAf.ADlIvS KI-I/OOTIUIIKS.
KKSLAH': DKS l'UHSCUII'TIONS RT IlKRUvMOTS rtKLATIFS AU.K
RI'l/.nOTIKS.
Il y a eu de lout t('nii)s des riîglenients de police j)our prcivenir le danger de cette communication entre les animaux sains et les animaux attaqués de la maladie. Ges anciens règlements ont été résumés et rappelés dans l’arrêté du Directoire en date du ‘27 messidor an V. Cet arrêté, dont la légalité ne saurait être contestée , puisqu’il a pour base l’article 20 , section iv, titre 1*' de la loi des 28 septembre-octobre 1791 , généralise les' anciennes mesures locales et les rend applicables à toute la l'Yance. Il est trop important pour que nous n’en rappelions pas les dispositions. Tout propriétaire ou détenteur de bêtes à cornes, à quelque titre que ce soit, qui a une ou plusieurs bêtes malades ou suspectes, est obligé , sous peine de 500 francs d’amende , d’en avertir sur-le-champ le maire de la commune, qui les fait visiter par l’expert le plus prochain ou par celui qui a été désigné i)our le département ou le canton. Lorsque, d’après le rapport de l’expert, il est constaté qu’une ou plusieurs bêtes sont malades, le maire veille à ce que les animaux soient séparés des autres et ne communiquent avec aucun animal de la commune. Les propriétaires, sous quelque prétexte que ce soit, ne peuvent les faire conduire ni aux pâturages ni aux abreuvoirs communs , et ils sont tenus de les nourrir dans des lieux renfermés, sous peine de 100 francs d’amende. Le maire en informe dans le jour le sous-préfet de l’arrondissement, auquel il indique le nom du propriétaire et le nombre des bêtes malades. Le sous-préfet fait part du tout au préfet du département. Aussitôt qu’il est prouvé au maire que l’épizootie existe dans une commune, il en instruit tous les propriétaires de bestiaux de cette commune, par une alTicbe posée aux lieux où se posent les actes de l’autorité publique , laquelle aflicbe enjoint aux propriétaires de déclarer au maire le nombre des bêtes à cornes qu’ils possèdent, avec désignation d’àge , de taille, de poil, etc. Copie de ces déclarations est envoyée au sous-préfet et par celui-ci au préfet. En même temps le maire fait marquer, sous ses yeux , toutes les bêtes à cornes de sa commune avec un fer chaud représentant la lettre AL Quand le préfet du département est assuré que l’épizootie n’a plus lieu dans son ressort , il ordonne une contremarque telle qu’il juge à propos , afin que les bêtes puissent aller et être vendues partout, sans qu’on ait rien à craindre. Afin d’éviter toute communication des bestiaux de pays infectés avec ceux de pays qui ne le sont pas, il est fait de temps en temps des visites chez les proprii'laires de bestiaux, dans les communes infectées, pour s’assurer qu’aucun animal n’en a été distrait. Si, au mépris des dispositions précédentes , quelqu’un se permet de vendre ou d’acheter aucune bête marquée dans un pays infecté, pour la conduire dans un marché ou une foire, ou même chez un particulier de pays non infecté, il est puni de .500 bancs d’amende. Les propriétaires de bêtes qui les font conduire par leurs domestiques ou autres personnes, dans les marchés ou foires, ou chez des particuliers de pays non infectés, sont responsables du fait de ces conducteurs. 11 est enjoint h tout fonctionnaire (pii trouve sur les chemins ou dans les foires ou marches des bêtes cl cornes marquées de la lettre iM de les conduire chez le juse de paix, lequel les fait tuer sur-le-champ en sa présence. Peuvent néanmoins, les projirlétaires de bêtes saines en pays infecté en faire tuer chez eux , ou en veiu re
MALADIES EIM/OUI'UJDES.
au\ bouchers (le leurs communes , mais aux conditions suivantes : 1“ il faut que l’expert ail constaté que ces hèles ne sont pas malades; 2“ le boucher ne doit pas entrer dans l'étahlc ; 3” le boucher tuera les bêtes dans les vingt-([uaire heures ; le propriétaire ne pourra s’on dessaisir et le boucher les tuer, qu’ils n'en aient la permission par écrit du maire, qui en fera mention sur son étal, 'l'üute contravention à cet égard est punie de 2ü0 francs d’amende; le piopiielaire et le boucher sont solidaires. Il est ordonné de tenir, dans les lieux infectés, les chiens à l’attache , et de tuer tous ceux que l’on trouverait divagants. Tout fonctionnaire public qui donnerait des certilicats et attestations contraires la vérité serait condamné à 1000 francs d’amende. Dans tous les cas où les amendes pour les objets relatifs à l’épizootie sont appliquées , les juges ne peuvent les modérer. Aussitôt qu’une bête est morte, au lieu de la traîner, on doit la transporter à l’endroit où elle doit être enterrée : endroit qui sera, autant que possible , au moins à 50 toises des habitations. On la jette seule dans une fosse de 8 pieds de profondeur , avec toute sa peau , tailladée en plusieurs parties, et on la recouvre de toute la terre sortie de la fosse. Dans le cas où le propriétaire n’a pas la facilité d’en faire le transport, le maire en requiert un autre et même les manouvriers nécessaires, à peine d’amende contre les refusants. Dans les lieux où il y a des chevaux, on fera de préférence traîner par eux les voitures chargées des bêles mortes; les voilures seront lavées à l’eau chaude après le transport. Il est défendu de jeter les bêtes mortes dans les bois, les rivières ou à la voirie, et de les enterrer dans les étables, cours et jardins, sous peine de 300 francs d’amende.
Ces règlements sont encore en vigueur. Du arrêté du gouvernement du 27 vendémiaire an II a ordonné que l’arrêté du Directoire, que nous venons de rapporter, et l’arrêt du conseil du 16 aoûtl78ù, seraient promulgués dans tous les départements. On a vainement cherché îi établir que ces règlements n’étaient applicables que dans les temps et les pays où il régnait des maladies épizootiques. La cour de cassation a fait justice de ce système et l’a formellement repoussé par arrêt du 18 novembre 1808. Il faut d’ailleurs savoir que ces anciens règlements sont aussi maintenus par l’article ù61 du Code pénal et enfin par l’ordonnance royale du 17 janvier 1815. Voici le texte de celle ordonnance : Dans tous les pays où a pénétré l’épizootie et dans ceux où elle pénétrera par la suite, les préfets continueront de faire exécuter les dispositions des arrêts des 10 avril ililx, 2/i mars 17Ù5, 19 juillet I7/i6, 18 décembre 177Zi, 30 janvier 1775, 16 juillet 178Ù. Sur la demande des autorités administratives, les gardes nationales, la gendarmerie, les gardes champêtres, et, au besoin, les troupes de ligne, seiTmt employés pour assurer l’exécution des dispositions rappelées ci-dessus, et notamment pour former des cordons et empêcher la communication des animaux suspects avec les animaux sains. Dans les départements où la maladie n’a pas encore pénétré, les préfets ordonneront la visite des étables, aussi souvent qu’ils le jugeront convenable; ils exerceront une surveillance active et feront les dispositions nécessaires pom- que l’on puisse exécuter sur-le-champ et partout où besoin sera, toutes les mesures propres à arrêter les progrès de l’épizootie, si elle venait à se manifester. A la première apparition des symptômes de contagion dans une commune, il y sera envoyé des vétérinaires chargés de visiter les bestiaux et de reconnaître ceux qui doivent être abattus , aux termes des règlements cités plus haut; l’abatage aura lien sans délai, sur l’ordre des
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