‹ Dictionnaire d'orfèvrerie, de gravure et de ciselure chrétiennes. (3. Encycl. théol., tom.27) (volume 3)Chapitre 3 sur 123 · SIMPLES APERÇUS GENERAUX · texte numérisé non relu

SIMPLES APERÇUS GENERAUX

PRALIMINAIRES IMDISPEMSAKLES A L^HlSTOiRE DE LA YIE DES PAPES.

Vers ISSlOySur le point de terminer sa prophétique carrière, Joseph de Maistre s*éoriait : ^ O sainte Eglise de Rome, tes Pontifes seront bientôt universellement proclamés agents suprêmes de la civilisation, créateurs de la monarchie et de Tunité européenne, conserva* leurs de la science et des arts; fondateurs, protecteurs- nés de la liberté, destructeurs de resclavage, ennemis du despotisme, infatigables soutiens de la souveraineté, bienfaiteurs du genre humain. »

Le temps de cette grande réhabilitation est venu, et les protestants eux-mêmes ont pror clamé les grandeurs de la papauté. Woigt a publié la vie de Grégoire VU; Frédéric Hurr ter, celle d'Innocent III ; Léopold Ranke a retracé le tabieau des Papes aux xvi' et xtii* siècles. Partout l'histoire des faits est venu donner un éclatant démenti à cette grande conjuration contre la vérité qui avait dénaturé, jusqu'à les rendre méconnaissables, tous les actes des Souverains Pontifes, s'attaquent surtout à ceux qui méritaient le plus la reconnaissance de l'humanité.

Certes nous n'avons pas l'intention de rappeler ici tout ce que les Papes ont fait pour la civilisation et pour le genre humain, tous les bienfaits dont le monde leur est redevable. Pour cela il nous faudrait renvoyer d'abord à Ma vie de chacun d'eux, c'est-Mire à tous les articles de ca Dictionnaire.

Comment dire en effet ce que la papauté a accompli pour l'Europe et la civilisation toul entière, en combattant les hérésies sans cesse renaissantes, en civilisant les Barbares, en repoussant l'islamisme, en provoquant les croisades, en fondant des universités, en protégeant, en créant, pour [ainsi dire, les arts et les sciences, les institutions, et les lois des temps modernes? Comment retracer son action sur te monde tout entier? La papauté est d'ailleurs par elle-même un de ces immenses bienfaits sociaux dont tous les esprits d'élite comprennent aujourd'hui la portée. En effet, quel est le lien d'unité entre tous les peuples modernes ? Là papauté I Quel est le tribunal suprême qui, s'élevantau-dessus^de la tyrannie des rois et du despotisme des peuples, leur rappelle sans cesse la loi morale ? La papauté 1 Quelle est en un mot, l'institution qui organise, pour ainsi dire, l'unité du genre humain» et fait de toutes les nations une seule et même nation, ayant pour règle la morale "de l'Evangile, pour deroir la vertu, pour but lesacriBce, pour principe la fraternité universelle de tous les hommes? Cette institution c'est la papauté I

Au sommet de l'échelle catholique, et, pour ainsi dire, à la cime de l'univers, la foi nous montre la papauté; et, dans le Pape, le ricaire de Jésus-Christ, le suprême dépositaire des intérêts de l'Evangile, le fondement de* l'Eglise, le tuteur-né du dogme, de la morale, du culte et de ta discipline, la source de l'autorité spirituelle, le centre et le foyBr de l'unité catholique, le port de salut pour les naufragés de l'intelligeDce ou du cœur, et pour les victimes de tous les genres de perséeutions ; la protection de la faiblesse, la gloritication de tout ce qui est dignité même du sacerdoce en l'épurant, en le maintenant au sublime nireau de la perfection évangélique. La papauté a organisé l'apostolat, en envoyant à Aoutes les extrémités du monde de généreux missionnaires qui pouvaient lui dire en recevant la bénédiction du départ, mais avec autant de bonheur que les gladiateurs de Claude le hii di- DtCTi0!f!c. ims Papss. 1

{1 INTRODUCTION, f%

«aient arec tristesse : Morituri u êalutant. Elle a sauvé les sciences » les lettres et les arts» en se montrant toujours supérieure à son siècle, en répandant partout les lumières, en ne cessant d*encourager les études ecclésiastiques, en élevant aux plus hautes dignités les hommes 6e doctrine, en appelant autour d'elle toutes les gloires ou en se les attachant dans tous les temps par des engagements et par des munificences ( nonpareilles, en accueillant les Urecs fagîtifs de Byzance, en imprimant à la renaissance une activité qui fait le plus grand '

honneur du moins au sentiment qui Tinspira, en élevant des monuments magnifiques où |

l'art moderne a déployé toutes ses merveilles, où Tart ancien réunit toutes les sciences arrachées avec des frais immenses aux entrailles de la terre et à roubli. Elle a sauvé Tidée de la sourerainetét si tristement avilie sur la plupart dès trAnes de Tunivers, rougis da sang, souillés de voluptés et ne connaissant guère d'autre loi que celle du plaisir ou des batailles, par une paternité, par une sainteté, par un amour héréditaire de la justice et de la paix, pendant dix-huit siècles. Elle a élevé peu à peu l'humanité par ses idées progressives de législation, de droit public, de discipline, de bon goût et de politesse, par l'adoucissement qu'elle apportait dans les mœurs, et par une lutte opiniâtre contre les préjugés grossiers, contre les coutumes barbares, et enfin par le double mobile de ses actes, mobile quirésume tout l'Evangile : la vérité et la charité. Pour opérer ces œuvres immenses, t{(ii était choisit Tantôt ufi pâtre, comme Sixte-Quint; un charf}eDtier, comme tkégoîre Vil, ou bien un Hédicis, comme Léon X; et* j'ose l'affirmer, toujours tes plus dignes, lorsque l'empire, les couronnes ou l'intrigue féodale ne mettaient pas la main sur le scrutin de l'élection ; car c'est toujf>urs là qu'on découvre la source des malheureuses exceptions dont les fâcheux résultats ont passé avec elles, tandis que l'influence des biuns inappréciables que le monde entier doit à la papauté, dure encore et durera jusqu'à la fin des temps.

On s'est étonné, souvent même scandalisé du pouvoir omnipotent des Papes au moyen âge. Et cependant qu'était-ce que ce pouvoir 7 Une puissance purement spirituelle et morale, n'obligeant que ceux qui en acceptaient librement les arrêts, et ne s'imposant aux consciences elles-mêmes que par la libre persuasion de la vérité, ou plutôt par les attraits de la charité. A ce pouvoir tout moral préfère-t-on donc cet écrasant argument de la force brutale, cette autocratie des peuples ou de leurs gouvernants, qui ne laissent aucune place à la libre volonté, et n'ont souvent d'autre argument que le bon plaisir d'une multitude oa d'un homme? Préfère- t-on le tranchant du glaive à l'empire de la justice et de l'amour? Car, remarquez-le bien, il n'existe plus aujourd'hui, entre les rois comme entre les peuples, de tribunal suprême qui les unitet les concilie, partant, plus d'unité entre les branches diverses du genre humain. La papauté au moyen âge était ce tribunal, cette institution unitaire, cette organisation vivante de la fraternité des peuples. Elle le redeviendra et reprendra daas le monde cette fonction sublime, car le salut des sociétés modernes est à ce prix.

Le pouvoir temporel des Papes au moyen âge était alors ce que sont nos constitutions modernes; il servait d'équilibre à l'autorité souveraine *et de base à la liberté civile. « Le fondement de la liberté allemande, » dit H. Woigt, « reposait sur l'autorité du Pape et des princes qui, réunis» mettaient un frein à la puissance impériale. » Le pouvoir des Papes, stipulé par les peuples, reconnu et accepté par les souverains faisait partie de la constitution des Etats ; il entrait, pour me servir de cette expression dans la chair du moyen âge ; jamais pouvoir ne fut plus légitime. Placés par le respect des peuples et des rois à la tôte Je la société chrétienne, les Papes s'offrent pour médiateurs, dans toutes ces querelles. Dans la chaleur des discussions, parmi le tumfllte des armes, ils font entendre une voix conciliatrice : et combien de fois, heureux pacificateurs, n'out-ils pas ramené la concorde Jans deux camps prêts à s'entrégorger. Admirez surtout leurs efforts pour abolir les guerres particulières ou du moins pour en adoucir la rigueur. Que de canons dressés, que d*anaihèpies lancés par eux ou par des conciles tenus sous leur autorité, pour affaiblir et déraciner enfin cette coutume barbare. C'est toujours contre les têtes couroanées qulls dirigeai les foudres apostoliques.

Hais aux grands génies seul appartient le droit de caractériser les grandes choses. Laissons donc à M. de Maistre lui-même le soin de nous représenter le vrai caractère des

Page 1