‹ Dictionnaire d'orfèvrerie, de gravure et de ciselure chrétiennes. (3. Encycl. théol., tom.27) (volume 3)Chapitre 4 sur 123 · INTRODUCTION* M · texte numérisé non relu

INTRODUCTION* M

Souverains Pontifes dans son livre si niagniBqpe consacré spécialement à ce sujet : t Le Pape, » dit-il» « est revêtu de cinq caractères bien distincts ; car il est évèque de Rome, métropolitain des églises suburbicaires , primat d*ltalie, patriarche d'Occident , et enfin Souverain Ponlife. Le Pape n'a jamais exercé sur les autres patriarcats que les pouvoirs résultant de ce dernier ; de sorte qu*à moins de quelque affaire de haute importance, de quelque abus frappant , ou de quelque appel dans les causes majeures , les Souverains Pontifes se mêlaient peu de Tadministratiou ecclésiastique dans les.£glises orientales

« Si les Papes avaient eu sur Tempire d'Orient la même autorité qu'ils avaient sur Taulre, non-seulement ils auraient chassé les Sarrasins, mais les Turcs encore. Tous les n^aux que ces peuples nous ont faits n'auraient pas eu lieu. Les Mahomet, les Soliman, les Amurat, etc., seraient des noms inconnus pour nous. Français, qui vous laissez égarer par de vains sophismes, vous régneriez à Constaniinople et dans la cité sainte. Les assises de Jérusalem, qui ne sont plus qu'un monument historique, seraient citées et observées au lieu où elles furent écrites ; on parlerait français en Palestine. Les sciences, les arts, la civilisation illustreraient ces fanxeuses contrées de TAsie, jadis le jardin de Tunivers, aujourd'hui dépeuplées, livrées à l*ignorance, au despotisme, à la peste, è tous les genres d*abrutissement.

€*Si Taveugle orgueil de ces contrées n'avait pas ri^'sistélconstamment aux Souverains Pontifes ; s'ils avaient pu dominer les vils empereurs de Byzance ou du moins les tenir en respect, ils auraient sauvé l'Asie, comme ils ont sauvé TEurope qui leur doit tout, quoiqu'elle semble l'oublier.

« Longtemps déchirée par les Barbares du Nord, TEurope se voyait menacée des plus grands maux. Les redoutables Sarrasins fondaient sur elle, et déjà ses plus belles provinces étaient attaquées , conquises ou entamées. Déjà maîtres de la Syrie, de l'Egypte, de la Tingitane, de la Numidie, ils avaient ajouté à leurs conquêtes l'Asie et l'Afrique, une partie considérable de la Grèce, ^Espagne, la Sardaigne, la Corse, la Pouille, la Calabre et la Sicile eu partie, ils avaient fait le siège de Rome et brûlé ses faubourgs. Enfin ils s'étaient jetés sur la France, et dès le vm* siècle, c'en était déjà fait de l'Europe, c'est-àdire du christianisme , des sciences et de la civilisation sans le génie de Charles Martel et de Charlemagne qui arrêtèrent le torrent. Le nouvel ennemi ne ressemblait pas aux autres ; les nobles* enfants du Nord pouvaient s'accoutumer à nous, apprendre nos langues et s'unira nous enfin par le triple lien des lois, des mariages et de la religion. Mais le disciple de Mahomet ne nous appartient d'aucune manière; il est étranger, inassociable ^ immiêcibU à nous. Voyez les Turcs 1 spectateurs dédaigneux et hautains de notre civili^ sation, de nos arts, de nos sciences ; ennemis mortels de notre culte, ils sont aujourd'hui ce qu'ils étaient en 1454 ; un camp de Tartares assis sur une terre européenne. La guerre entre nous est naturelle, et la paix forcée. Dès que le Chrétien et le musulman viennent à se toucher, l'un des deux doit servir ou périr :

Eulre ces ennemis, il n*e8l point de traités.

« Heureusement que la tiare nous sauve du caoissant. Elle n'a cessé de lui résister, de le combattre, de lui chercher des ennemis, de les réunir, de les animer, de les soudoyer et de les diriger. Si nous sommes libres , savants et Chrétiens , c'est à elle que nous ie devons.

« Parmi les moyens employés par les Papes pour repousser le mahométisme, ilfiiut distinguer celui de donner ces terres usurpées par les Sarrasins au premier qui pourrait les en chassej*. Eh 1 que pouvait-on faire de mieux dès que le maître ne se montrait pas? Y avait-il un meilleur moyen de légitimer la naissance d'une souveraineté 7

« Qu*on lise Thistoire avec des yeux purs, et l'on verra que les Papes ont fiut tout ce qu*fls ont pa dans ces temps malheureux. On verra surtout qu'ils se sont surpassés dans la guerre qu'ils on faite an mahométisme.

« Déjà dans le ix* siècle, lorsque l'armée formidable des Sarrasins semblait devoir dé« « truirc TJtalie et faire une bourgade mahométanc de la capitale du christianisme, lo.Pape

15 INTRODUCTfON. 14

« Lëen IV, pretiatit dans ce danger une aulorité que les géuéraui de Pempereur Lothaire « semblaietit abandonner» se montra digne, en défendant Rome, d*j commander en sou-

« rerain. H fortiQa Rome, it arma les milices; ii risita lui-même tous les postes Il

« était né Romain. Le courage des premiers Ages de la république revivait en lui dans un « ftge de lAchetéetde corruption, tel qu*unbeau monument de Tancienne Rome» qu*on « trouve quelquefois dans les ruines de la nouvelle. « (Voltaire, Euainur kê mœurê^ etc., t. II» ch. 38.)

« Mais è la Gn» toute résistance eût été vaine, et l'ascendant de Tislamisme Teût infailliblement emporté, si nous n^avions été de nouveau sauvés par les Papes et parles croisades dont ils furent les auteurs, les promoteurs et les directeurs» hélas! autant que le permirent l'ignorance et les passions des hommes» les Papes découvrirent» avec des yeux d'Annibal» que pour repousser ou briser sans retour une puissance formidable et eitravasée il ne suffit pas du tout de se défendre chez soi, mais qu'il faut l'attaquer chez elle. Les croisés, lancés par eux sur l'Asie , donnèrent bien aux soudans d*au très idées que celle d'envahir ou seulement d^insultef l'Europe. Sans ces guerres saintes ^ toute la race humaine serait peut-être encore de nos jours dégradée jusqu'aux pltis profonde abîmes de la servitude et de la barbarie. (Quaterly Revieu)^ sept. 1819» p. 5&6.)

« Ceux qui disent que les croisades ne furent pour les Papes que des guerres de dévotion, n^ont pas lu apparemment le discours d'Urbain II au concile de Clermont. Jamais les Papes n'ont fermé les yeux sur le mahomélisme, jusqu'à ce qu'il se soit endormi lui-même de ce sommeil léthargique qui nous a tranquillisés pour toujours. Mais il est bien remarqua* bleque le dernier coup» le coup décisif» lui fut porté par la main d'un Pape; Le 7 octobre 1S71, fut enfin livré ce combat k jamais célèbre» « le plus furieux combat de mer qui se soit « jamais livré. Cette journée, glorieuse pour les Chrétiens» fut l'époque de la décadence k des Turcs. Elle leur coûta plus que des hommes et des vaisseaux dont on répare la «r perte; car ils y perdirent cette puissance d'opinion qui fait la principale puissance des € peuples conquérants; puissance qu'on acquiert une fois, et qu'on ne recouvre jacbais. « Cette immortelle journée brisa l'Orgueil ottoman et détrompa l'univers qui croyait les « flottes turques invincibles. » (Don Quixotk» part, i» chap. 39. Madrid» 1790» in-16, t. IV, p. 40.)

« Mais cette bataille de Lépanle , l'honneur éternel de TEurope, époque de la décadence du croissant, et que l'ennemi mortel de la dignité humaine a pu seul tenter de ravaler» a qui la chrétienté en fut-elle redevable? Au Saint-Siège. Le vainqueur de Lépante fut moins don Juan d'Autriche que ce Pie V dont Bacon a dit : « le m'étonne que l'Eglise ro- « maine n*ait pas encore canonisé ce grand homme. » (Dans le dialogue De bello êaerû. } Lié avec le roi d'Espagne et la république de Venisei il attaqua les Ottomans ; il fut l'auteur et l'flme de celte glorieuse entreprise qu'il aida de ses conseils» de son influeuce, de ses trésors, de ses armes même, qui se montrèrent à Lépante d'une manière tout à lail digne d'un Souverain Pontife.

^ La conscience éclairée et la bonne foi n'en sauraient plus douter, c'est le christianisme qui a formé la monarchie européenne, merveille trop peu admirée. Mais» sans le Pape» il n'y a point de véritable christianisme; sans le Pape» l'institution divine perd sa puissance, son caractère divin et sa force convertissante : sans le Pape» ce n'est plus qu'un système, une croyance humaine» incapable d'entrer dans les cœurs et de les modifier pour rendre l'homme susceptible d'un plus haut degré de science» de morale et de civilisation. Toute souveraineté, dont le doigt efficace du Souverain Pontife n'a pas touché le front, demeurera toujours inférieure aux autres, tant dans la durée de ses règnes que dans le caractère de sa dignité et les formes de son gouvernement. Toute nation» même chrétienne» qui n'a pas assez senti son action constituante» demeurera de même au-^dessouâT des autres; toutes choses égales d'ailleurs, et toute nation séparée sans avoir reçu l'impression du sceau universel, sentira enfin qu'il lui manque quelque chose, et sera ramené tôt ou tard par la raison ou par le malheur.... et quand on a tout bien examiné et pesé dans les balances de la plus frôfde et de la plus impartiale philosophie, il reste démontré que les Papes furent les insti* tuieuts^ les tuteurs^ les sauveurs et les véritables génies constituants de F Europe. »

17 INTRODUCTION. î%

Pourez-Tous roir sans admiralion le courage de Léon le Grand, le dévonement de Grégoire le Grand» qui a mérité bien autrement qu*Aélius le nom de dernier de$ Rommittêf réoergie de Grégoire II, do Sergius 1'% de Grégoire VII, dliinocent III et du centenaire Gregnire IX; le noble enthousiasme dTrbaîn II, les munificences de Léon X, le sayoir de Benoit XIV, la ferme sérénité de Pie VI et de Pie VU, la sollicitude, la charité sans bornes, nntelligence sans préjugés et sans fiiiblesses, la magnanimité sans limites, en un mot, la sublime vertu de tant de Papes 7

Auguste médiatrice entre les rois et les peuples, la papauté, rappelant à la fois les uns et les autres à la loi de rErangile et k la grandeur de leur éternelle destinée, met partout la paix, la concorde et Tunion. Grégoire IV rétablit sur son trâne, en Tan SSi., le roi Louis, qui avait été banni de France. Le concile de Soisson« écrit, en 858, à tous les évoques de la Bretagne, de rappeler Salomoo, usurpateur de la province,, à l'obéissance à Charles le Chauve. Le deuxième concile de Toul prie Nicolas I", en 860, de prononcer des censures ecclésiastiques contre cet usurpateur, à moins que ce prince ne se soumit sur-leehamp à son légitime souverain^. Adrien II protège , en 868, les possessions de Louis U, qui était en guerre avtfc les Sarrasins, contre Louis, roi de Hongrie, qui était sur le point de marcher pour s'en emparer. Jean VIII exhorte, en 870, les évoques allemands à se servir de leur influence pour empêcher le roi d'Allemagne de s'emparer du royaume de Charles le Chauve, et il observe que ce ne serait pas mériter le nom de Vicaire de Jésus-Christ que de ne pas tenter de réprimer l'ambition des princes qui veulent envahir la propriété des antres. Foulques, archevêque de Reims, écrit, en l'an 925, au Pape, pour le prier de Tenir au secours de Charles le Simple, contre le roi Othon^qui voulait partir pour s'emparer de ses domaines. Le Pape ayant écrit aux évêques français, pour les exciter contre l'usurpateur, le comte Herbert, qui tenait Charles en prison, écrivit au Pape qu'il lui rendait sa liberté pour abéir aux ordres de Sa Sainteté. Alphonse, roi de Castille, qui avaitété déposé par son fils Sanche, s'adressa, en l'an 1283, h Hârlin IV, pour en être protégé. Le Pontife romain écrivit aux évêques espagnols, pour qu'ils privassent de la communion l'usurpateur et son parti; il exhorta même le roi de France à aider le prince déposé contre ion fils ingrat et rebelle. Par suite de la protection accordée par les évêques de Rome aux rois déposés ou malheureux, les rois de Hongrfe, d'Ecosse, de Portugal, d'Aragon, etc., soumirent leur royaume au Pape ^ et ils en furent en retour protégés contre leurs propres sujets rebelles et contre les princes étrangers. Hais en même temps TEglise et le clergé ne surent pas moins défendre avec énergie les gouvernés contre la tyrannie, les violences et les vices des gouvernants.

Comment rappeler tout ce que firent les Papes pour concilier les princes, pacifier les différends et empêcher les guerres. Dans le vi* siècle, Grégoire le Grand s'occupa k négocier la paix entre l'empereur Maurice et les Lombards, .qui commettaient des hostilités dans différentes parties de l'Italie, et il réussit dans sa négociation. Pendant la guerre que firent les Francs et les Lombards, en 7Sb, le Pape Etienne III supplia^ avec les plus vives instances, Pépin d'arrêter l'effusion du sang humain, et ses exhortations produisirent la paix et des ligues d'amitié. Pans le siècle suivant, on vit de même les évêques mettre beaucoup de zèle k faire cesser la guerre contre les princes et les Etats. Le Pape Nicolas exhorta Charles et Louis, rois des Francs, k entretenir la paix qu'ils avaient Taite l'un avec Tautre, en l'an 8S5 : «Ne faites pas usage du glaive,» dit le Pontife, «redoutez l'effusion du sang humain, réprimez votre colère, apaisez les différends, et bannissez la haine de vos propres cœurs. Que chacun de vous soit content de son lot, et jouisse en«paix de son, propre héritage, sans troubler et sans envahir les droits des autres; mettez-vous en garde contre la vaine gloire, l'orgueil et l'ambition d'usurpçr les droits des autres peuples; que la justice, la charité, l'harmonie et la paix régnent parmi vous. Quiconque agit autrement n^agit pas d'une manière agréable à noire Père céleste. » Un autre exemple remarquable de ce genre se présente, en 990, lorsque le Pape Jean XV envoya un légat tD Angleterre, pour réconcilier Elbelred ^ roi des Saxons occidentaux, et Richard, duc de

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Normandie. Ce légat réussit dans son ambassade, en inspirant h nhacun dVux Tamour et la crainte de Dieu e( du Siège apostolique. Le Pape Alexandre III rétablit, en 1161, la pais entre Louis de France et Henri d'Angleterre; et Innocent III envoya un légal, en 1203, |K)ur ménager la pnix entre Jean d'Angleterre et Philippe de France. Le dernier de c«'S princes ayant dit au légal que le Pape ne devait pas se mêler de pareilles affaires, le Souverain Pontife soutint, avec piété et modestie, que c'était son devoir, pourvu qu'il u'enfreignlt pas les lois de la justice et de l'humanité. Le Psalmiste, dit-il, demande que nous cherchions la paix, et que nous la suivions, c'est-à-dire que nous la cherchions jusqu à ce que nous l'ayons trouvée; et les anges, lors de la naissance de Jésus-Christ, proclamèrent la paix sur la terre aux hommes de bonne volonté,

La papauté n'a cessé de protester contre le traflc honteux de vendre et d'acheter les hommes. En 1463, Paul II ; on 1537, Paul III ; en 1639, Urbain VIII défendirent les droits de l'humanité méconnus dans l'Inde par les Espagnols et les Portugais qui séparaient les hommes d'avec leurs femmes et les vendaient avec leurs enfants. £n 1741, Benoit XIV ; en 1814, Pie VU ; en 1840, Grégoire XVI pnt fulminé leurs anathêmes contre ce commerce qui avilit la plus noble des créatures de Dieu et la réduit en servitude.

La papauté connaissait et pratiquait la tolérance. Sur la demande de Théodoric, le Pape Jean T' se rendit à Constaminople pour prier l'empereur Justin de ne pas user de coo* (rainte ni de violence contre les ariens. l.e Pape Agapet Ut aussi le voyage de Constantin nople au nom de Théodat, successeur de Théodoric, et qui professait aussi l'arianismct afln de conclure la paix avec Justinion. Le Pape Hormisdas, écrivait k ses légats : « Laissons k l'empereur le soin de punir l'injure faite à sa puissance plutôt qu'à nous. Ce qui nous regarde, c*est que personne ne se convertisse sans connaissance de cause, et ne soit contraint à fiiire profession de foi sans être persuadé. »

Les Juifs de Cagliari s'étant plaints è saint Grégoire le Grand de ce que l'un d'eux, nouvellement converti au catholicisme, s'était emparé de leur synagogue le lendemain de •on baptême, le Pontife blâma ce zèle inconsidéré ; il n'hésita point à faire retirer de ce lien la croix et l'Image de la sainte Vierge, ni à rendre l'édiQce aux Juifs après l'avoir rétabli dans son premier état. «Il faut user avec eux,» écrivait-il à l'évèque Janvier, € d'une modération qui les attire en les édifiant, et non d'une impétuosité qui les révolte en les contraignant, puisqu'il est écrit ;: Je vous offrirai un sacrifice volontaire. {Psal. uii^ 8.) C'est par les exhortations et l'édification de la dharité qu'il faut gagner les infidèles è la religion chrétienne, il ne faut pas les en éloigner par les menaces et la terreur. »

€ Les Papes,» dit de Maistre, « ont lutté quelquefois avec des souverains, jamais avec la souveraineté. L'acte même par lequel ils déliaient les sujets du serment de fidélité, déclarait la souveraineté iuviolable. hàs Papes avertissaient les peuples que nul pouvoir humain ne pouvait atteindre le souverain dont l'autorité n'était suspendue que par une puissance toute divine , de manière ^que leurs anathêmes, loin de jamais déroger è la rigueur des maximes catholiques sur l'inviolabilité des souverains, ne servaient au contraire qu'à leur donner une nouvelle sanction aux yeux des peuples.

« Si quelques personnes regardaient comme une subt ilité cette distinction de souverain et de souveraineté, je leur sacrifierais volontiers ces expressions dont je n'ai nul besoin. Je dirai tout simplement que les coups frappés par le Saint-Siège sur un petit nombre de sou* verains presque tous odieux et quelquefois même insupportables par leurs crimes , purent les arrêter ouïes affrayer, sans altérer dans l'esprit des peuples l'idée haute et sublime qu'ils devaient avoir de leurs maîtres. Les Papes étaient universellement reconnus comme délégués de la Divinité de laquelle émane la souveraineté. Les plus grands princes recberebaient dans le sacre la sanction , et pour ainsi dire, le complément de leur droiL Le premier de ces souverains dans les idées anciennes, l'empereur allemand, devait être sacri^ par les mains du P.ipe même. Il était censé tenir de lui son caractère au^^uste , et n'être véritab^.ement em|iereur que par le sacre. On verra plus bas tout le détail de ce droit public, tel qu'il n'en a jamais existé de plus général, de plus incontestablement reconnu.

« Chaque roi était tranquille chez lui de la part de l'Eglise; les Papes ne pensaient pointa

mêler dejenr administration ; et jusqu'à ee qu'il leur prit fantaisie de dépouiller le sa-

tt INTRODUCTION.

cerdôce, de renToyer leurs femmes ou d*en avoir deux à la fois, ils n'araient rien k craindre de ce c6lé.

«L'eipériencese (roure donc parfailementd'accord avec le raisonnement. Les excommnni cations des Papes n'ont fait aucun tort à 1» souveraineté dans Tesprit des peuples; au contraire, en la réprimant sur certains points, eo la rendant moins féroce et moins écrasante, en l*effrayant pour son propre bien qu'elle ignorait, ils Pont rendue plus vénérable ; ils ont fait disparaître de son front l'antique caractère de la béte pour y substituer celui de la régénération ; ils l'ont rendue sainte pour la rendre inviolable : nouvelle et grande preuve, entre mille, que le pouvoir pontifical a toujours été un pouvoir conservateur. Tout le monde, je crois, peut s'en convaincre ; mais c'est un devoir particulier pour tout enfant de relise, de reconnaître que l'esprit divin qui l'anime

Et magno se corpore mUcet

(VilciL., JEtteid., lîb. vi, v. 726.)

ne saurait enfanter rien de mal en résultat, malgré le mélange humain qui se fait trop et trop souvent apercevoir au milieu des teojpétes politiques.

c A ceux qui s'arrêtent aux faits particuliers , aux torts accidentels, aux erreurs de tel ou tel homme; qui s'appesantissent sur certaines phrases qui découpent chaque ligne de l'histoire, pour la considérer à par(, il n'y a qu'une chose à dire. Du point où il faut s'élever pour embrasser f ensemble , on ne voit plus rien de ce que vous voyez ; partant il n'y a pas moyen de vous répondre^ à moins que vous ne vouliez prendre ceci pour une réponse.

« Si Ton examine, sur la règle incontestable que nous avons établie, la conduite des Papes pendant la longue lutte qu'ils ont soutenue contre la puissance temporelle, on trouvera qu'ils se sont proposé plusieurs buts, invariablement suivis avec toutes les forces dont ils oui pu disposer en leur double qualité, entre autres, Tinébranlable maintien des ioisdu mariage contre toutes les attaques du libertinage tout-puissant; la conservation des droiéS de TEglise et des mœurs sacerdotales; la liberté de l'Italie.

« Cn grand adversaire des Papes, qui s'est beaucoup plaint du scandale des eœcommunica* iionSf observe que, c'étaient toujours des mariages faits ou rompus, qfti saoulaient ce scan^-^ date au premier. {Lettre sur Fhistoire; Paris, Nyon, 1805, tom. 11^ lettre ^7, p. U5.}

« Ainsi un adultère public est un scandale^ et l'acte destiné à le réprimer est un scandale aussi. Jamais deux choses' plus différentes ne portèrent le même nom. Hais tenons- Dous-en pour le moment à l'assertion incontestable que les Souverains Pontifes employèrent principalement les armes spirituelles, pour réprimer la licence anti^conjugale des princes.

« Or jamais les Papes et l'Eglise^ en général, ne rendirent de service plus signalé au monde que celui: de Réprimer chez les princes, par l'autorité des censures ecclésiasticfues^ les accès d'une passion terrible même chez les'hommes doux, mais-qui n'a pas de nom chez les hommes- violents et qui se jouera constamment des plus saintes lois du mariage partout où elle sera è l'aise. L'amour, lorsqu'il n'est pas appriw)isé jusqu'à un certain point par une extrême civilisation, est un animal féroce,.capal>le des plus horribles excès. Si l'on ne ▼eut pas qu'il dévore tout, il faut qu'il soit enchatné, et il ne peut l'être que par la terreur; oiais que ferartron craindre à celut.qui ne craint rien sur la terre f La sainteté des mariages, iMse sacrée du bonheur public, e^i surtout de la plus haute importance dans les familles Myales, oàles désordres d'ua certain genre ont des suites inr^culables dont oa est bien éloigné de se douter. Si dans la jeunesse des nations septentrionnales, Jes Papes n'avaient pas eu le moyen d'épouvanter les> passions souveraines, les princes, de caprices-en caprices et d*abus en abus, auraient fini par établie en loi le divorce et peut-4lre la polygamie ; et ce désordre se répétant comme il arrive toujours, jusque dans les dernières classes de la so^cîélé, a«cun œil ne saurait plus apercevoir lea bornes- oii se serait arrêté un tel débordement.

« Luther, débarrassé de cette puissance îneoînœode qui, sur aucun point de la morale, n'est plus inflexible que sur celui du mariage, n'eut-il pas l'eiTronterie d*écrire dans un commentaire sur la Genèse, publié en 1S25, que sur la question de savoir si fon peut avoir fiueieurs femmes ^ l'autoriéé des patriarches nous laisse libres; que la chose n'est ni permise^

n INTRODUCTION. 24

ni défendue, et que pour lui il ne décide rien (BBia.AEiiiif, Decontrov. Chri$t. fid. IngoUu 1601 in-fol. t. III, c. 1734.) : édiûaule théorie qui trouva bientôt son application dans la maison du landgrave do Hesse-Cassel.

« Qu'on eût laissé faire les princes indomptés du moyen âge, et bientôt on eût eu les mœurs des païens. L'Eglise même, malgré sa vigilance et ses efforts infatigables, et malgré la force qu'elle exerçait sur les esprits, dans les siècles plus ou moins reculés, n'obtenait cependant que des succès équivoques ou intermittenU. Elle n'a vaincu qu'en ne reculant jamais.

« Le noble auteur que je citais tout à l'heure a fait desréQeïions bien sages sur la répodiation d'EIéonore de Guyenne. « Cette répudiation, dit-il, fit perdre à Louis VII les riches provinces qu'elle lui avait apportées... Le mariage d'Eléonore arrondissait le royaume et rétendait jusqu'à la mer de Gascogne. C'était l'ouvrage du célèbre Suger, un des plus grands hommes qui aient jamais eiisté, un des plus grands ministres, un des plus grands bienfaiteurs de la monarchie. Tant qu'il vécut il s'opposa à une répudiation qui devait attirer sur la France tnnt de calamités ; mais après sa mort, Louis VII n'écouta que les motifs de mécontentement personnels qu'il avait contre Eléonore. // dtvait tongtr que les matiageê des rois $oni autre choêe que dee actes de famille ; ce sont et c'étaient surtout alors, des traités politiques quon ne peut changer sans donner les plus grandes secousses aux Étals dont ils ont réglé le sort. » On ne saurait mieux dire. (Lettres sur V Histoire, ibid., lettre», p. 479 à Ul.)

« L'écrivain que j'ai cité dit fort bien, surtout alors. Sans doute, surtout alors! Il fallait donc alors des remèdes dont on peut se passer et qui seraient même nuisibles aujourd'hui. L'extrême civilisation apprivoise les passions : en les rendant peut-être plus abjectes et plua eorruptives, elle leur ôteau moins cette féroce impétuosité qui distingue de la bar* barie. Le christianisme, qui ne cesse de travailler sur l'homme, !a surtout déployé ses forces dans ta Jeunesse des nations; mais toute la puissance de l'Eglise serait nulle si elle n'était pas concentrée sur une seule tète étrangère et souveraine. Le prêtre sujet manque toujours de forces, et peut-être même qu'il en doit manquer quelquefois à l'égard de son souverain. La Providence peut susciter un Ambroise {rara avis in terris) pour effrayei un Théodose; mais dans le cours ordinaire des choses, le bon exemple et les remontrances respectueuses sont tout ce que l'on doit attendre du sacerdoce. A Dieu ne plaise que )e nie le mérite et i'eflicacité réelle de ces moyens 1 mais, pour le grand œuvre qui se préparait, il en fallait d'autres; et pour l'accomplir, autant que notre faible nature le permet, les Papes furent choisis. Ils ont tout fait pour la gloire, pour la dignité, pour la conserTS* lion surtout des races souTeraines. Quelle autre puissance pouvait se douter de l'iroportanco des lois du mariage sur les trônes surtout, et quelle autre puissance pouvait les bire exécuter sur lu trônes surtout t Notre siècle grossier a-t-il pu seulement s'occuper de l'an des plus profonds mystères du monde? 11 ne serait cependant pas diiDeile de décoovrir certaines lois, ni* même d'en montrer la sanction dans les événements connus, si le respect le permettait; mais que dire à des hommes qui croient qu'ils peuvent faire des

souverains f

« J« ne veux point accumuler les citations. Il suffira d'observer en général que les Papes ont lutié, et pouvaient seuls lutter sans relâche, pour maintenir sur les trônes la pureté et l'indissolubilité du mariage, et que, pour cette raison seule, ils pourraient être plaeAs h la tête des bienfaiteurs du genre humain. « Car les mariages des princes (c'est Voltaire qui parle) « sont dans l'Europe le destin des peuples ; et jamais-il n'y a eu de cour entière* « meni livrée à la débauche, sans quHl y ait eu des récolutians et même des séditions. » (Vol* TAM, Essaie sur Chist. çén. t. III, ch. 101, p. 618; ch. 102, p. 520.)

« Loihaire ayant répudié sa femme pour.épouser sa maîtresse, avait fait approuver son mariage par deux conciles assemblés, l'un à Hetz, l'autre à Aix-la-Chapelle. Le Pape Nioolis 1** le cassa» et son successeur, Adrien H, fit jurer au roi, en lui donnant la communion» qu'il avait sineèreosent quitté Waldrade (ce qui, était cependant faux), et il exigea le même serment de tous les seigneurs qui accompagnaient Lotbaire. Ceux-ci mouroreat presque tous sobitemeot, et le roi lai-même exnira un mois Mste aorès son serment ta

*5 INIItOOGCTION.

dessus Vollaire n'a pas manqué de nous dire, que tou$ Us hùiarieng n'oni pa$ manqué de crier au miracle. (Voltaire, Essais sur Thist. gén., i. 1, ch. 80, p. U9.) Au fond, on est élonné souvent de choses moins étonnantes ; mais il ne s'agit point ici de miracles; cont' nions-nous d'observer que ces grands et mémorables faits d'autorité spirituelle sont di-, iè^nes de Téternelle reconnaissance des hommes, et n'ont jamais pu émaner que des Souveains Pontifes.

« Et lorsque Philippe, roi de France, s'avisa, en 1092 , d'épouser une femme mariée, l'archevéque de Rouen , l'évoque de Senlis et celui de Bajeux n'eurent-ils pas la bonté de bénir cet étrange mariage, malgré l'opposition d'Yves de Chartres?

Qinnd tttt roi veut le crime, il est trop ot)éi.

€ Le Pape seul pouvait donc y mettre opposition ; et, loin de déployer une sévérité exagérée, il Cnit par se contenter d'une promesse fort mal exécutée : dans ces deux exemples on voit tous les autres. »

Les décrets de la Providence avaient conGé au Siège de Rome une mission extraordinaire, tout à fait incompatible avec le règne du vice; il était appelé ensuite à remplir le rôle d^ médiateur entre l'Orient et l'Occident, à devenir le tribunal suprême où seraient incessamment portés les intérêts des peuples et la cause des rois. Il devait donc asseoir les fonde-^ ments de sa grandeur future sur une r^^putation sans tache, établir son influence, imposer son ascendant par l'éclat de toutes les vertus.

Et de quelles vertus! l'héroïsme de l'austérité, l'héroïsme du martyre, l'héroïsme enfin de toutes les saintetés chrétiennes, la vie évangélique dans sa perfection. Telles furent les vertus privées des premiers Papes surtout; quant à leurs vertus sociales, rappelez-vous co qu'ils ont fait pour l'indépendance de Rome , pour le soulagement des contrées éloignées « pour la délivrance des captifs, pour la défense des opprimés, poiir la diffusion des lumières, pour le progrès de la civiKsation , et vous trouverez largement dans leurs actes de quoi composer un tableau , je ne dis pas seulement de la plus haute éloquence, mais de la plus ravissante poésie....

Qui pourrait dignement raconter les travaux de la papauté? Partout s'élèvent des Eglises florissantes; avec la ioi, les peuples reçoivent des idées nouvelles et prennent de nouvelles mœurs; les nations se constituent, la superstition recule et se cache, les lumières fleurissent, les lois s'adoucissent, *la face de la terre est miraculeusement renouvelée. Et qui donc a fait ce monde nouveau? Ce sont les Papes. Parcourez la terre, demandez à chaque Eglise le nom de son fondateur : chacune vous répont^ra en vous nommant un Pape; toutes unanimement rapporteront leur origine à Rome.

Hais les terribles enfants du Nord viennent de se mettre en marche; c'est un Xorrent d'bomroes qui renversent toutes les digues , et qui bientôt inonde les villes et les champs des provinces civilisées; l'Afrique et l'Espagne, comme la Grande-Bretagne et les Gaules en sont bientôt couvertes ; la riche Italie surtout les tente; c'est le premier nom qu'ils appellent; c'est celui qu'ils répètent pour s'encourager au combat. Ils l'envahissent et l'assaillent par tous les côtés, tandis que les uns gravissent les roiihers des Alpes, les autres se cramponnent aux tords du rivage; le sang coule, les campagnes sont rasées, les villes fument, les ruines s'amoncellent, les lois sont suspendues, la terre de la civilisation chré» tienne arrosée de tant de sueurs va se couvrir de ronces , la superstition revient avec son épais nuage de ténèbres et son cortège d'horrenrs ; le monde nouveau est menacé d'être abtmé dans le chaos. Qui pourrait dire, au milieu de ces désastres qui se succédaient comme les jours, quelles étaient les douleurs poignantes, les mortelles angoisses des Papes; quelle amertume inonda leur cœur, combien ils répandirent de larmes, comlHen ils poussèrent de gémissements ? Les armées pliaient et disparaissaient ; les chefs désespéraient et prenaient la fuite ; les Papes restent seuls, et seuls ils font face è l'orage. On ne voit qu'eux, mais on les voit partout; ils Tont au-devant des Barbares, d'Attila, de Genséric; ils prient, ils les fléchissent, ils les désarment à moitié; s'ils ne peurent les repousser^

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