‹ Dictionnaire d'orfèvrerie, de gravure et de ciselure chrétiennes. 3. Encycl. théol., tom.27 (volume 4)Chapitre 10 sur 457 · AIR · texte numérisé non relu

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DICTIONNMRK

Al. H

craignant que, par un si long séjour, elles n'engendrassent dans l'air la même corruption qu'elles araient déjà portée dans les caves et les rez-de-chaussée, où tout commençait a se pourrir; louché de tant do maux, Clément XI voulut, dans sa propre personne, offrir a Oieu une victime pour tâcher de l'apaiser.

Dans celte vue , sans en rien communiquer a personne, il alla, dès la pointe du jour, dans l'église de Saint-Pierre; il s'y retira sous terre, dans l'endroit où reposent les têtes vénérables de saint Pierre et de saint Paul. Mille fois, dans la même matinée, il y offrit sa vie, pour arrêter, par le sacrifice de lui-même, ce déluge de maux qui l'affligeait si vivement; il y demeura longtemps eu prière; il y célébra la Messe : puis, s 'étant rendu dans l'église de Notre- Dame de la Transporline , il y pria longtemps, prosterné contre terre. Enfin, comme s'il eût été inspiré de Dieu, il se relève avec précipitation, il va sur le seuil de la porte de l'église, il s'y montre è un grand peuple, accouru des endroits les plus élevés de Rome; et la, fondant en larmes, il lui donne sa bénédiction.

Prodige singulier , mais attesté par 'de nombreux témoins ; dès que le Pape eut levé le bras , et qu'il en eut formé un signe de croix pour bénir son peuple, les eaux so retirèrent d'une manière si sensible , et on les vit couler ensuite atec tant dtà rapidité des rues de Rome dans le Tibre, qu'au coucher du soleil , c'est-à-dire peu d'heures après, on pouvait marcher a pied sec dans les mêmes endroits où elles avaient croupi si longtemps : c'est le samedi des Qualre- Terops de décembre que ce fait arriva. En commandant aux eaux du Tibre de rentrer dans leur lit, Dieu avait voulu glorifier son serviteur, et apprendre aux fidèles combien ils étaient heureux de l'avoir a leur tête ; mais Dieu n'avait pas quitté pour cela le dessein de punir les hommes : les eaux du ciel revinrent avec abondance, et, s'il n'en tomba pas assez pour noyer la ville de Rome, comme il venait d'arriver, elles séjournèrent assez longtemps aux environs pour produire une espèce de contagion qui enleva beaucoup de monde.

. Ce n'était lè cependant que le prélude des maux qui menaçaient une partie do l'Europe, et l'Italie eu particulier. Dès le mois suivant (le ik janvier 1703), vers une heure après minuit, presque tuule l'Italie fut réveillée par un violeut tremblement de terre : celte première secousse fui suivie de plusieurs autres qui, se reoou ve la ut, après îles 'intervalles assez courts, causèrent des désaslres infinis. Dans l'Ombrie, le diocèse deRiéti ne présentait plus que des maisons abatlues et des habilauls écrasés sous les ruines; chez les Sabins , trois villages furent renversés de fond en comble, et, si on y voyait quelques édifices encore debout, ils menaçaient une chute imminente. Les viJles de Spolôto el d'Ascoli se crurent alors au dernier moment de leur perle ; on comp-

tait dans les deux plus de huit cents personnes morles sotis les débris, et plus do trois -mille autres blessées dangereusement.

Rome, agitée par les mêmes secousses, fut considérablement endommagée : les ouvertures qui s'y firent, en quelques endroits, aux murs les plus épais, jetèrent une telle épouvanto quo, malgré la rigueur de la saison, la plupart quittèrent leurs maisons, pour aller camper sous des lentes dans les places publiques, et établir leur domicile en rase campagne, où ils furent longtemps exposés è toutes les intempéries. Dès le lendemain, le Pape assembla son consistoire; il y parla avec force aux cardinaux sur l'énormilé de nos péchés, qui seuls pouvaient attirer tant de maux à ta fois, sur la nécessité de les expier par une prompte pénitence, sur la résolution qu'il avait prise d'ordonner des prières publiques dans toute l'Italie, et sur la persuasion où il était qu'ils voudraient bien devenir eux-mêmes comme autant d'apôtres pour exciter le peuple à une salutaire componction.

Outre toutes les autres œuvres de piété qu'if prescrivit, il ordonna dans Rome une procession générale qui se fit de l'Kilise de Notre-Dame de Transtevere jusqu'à l'Eglise de Saint-Pierre: malgré la pluie qui tombai', il y assista a pied: durant la marche, il parut toujours recueilli en lui-même, humilié, consterné de tant de fléaux. Il avait d'abord déclaré qu'il assisterait les pieds nus à cette même procession, et aucun égard pour lui-même n'avait pu lui fairu changer de résolution ; mais quand on lui eut représenté qu'aucun des cardinaux n'oserait se dispenser de suivre son exemple; que, parmi eux, il y en avait de si infirmes et de si âgés, que leur santé en recevrait une rude atteinte, par ménagement pour eux, il se rendit à ce qu'on exigeait de lui.

Pendant qu'on était encore occupé è remplir les différents exercices de piété ordonnés par le Pape, la plus grande partie de l'Italie ressentit un nouveau tremblement de terre, qui se fil sentir aussi vivement que le premier; ce fut le 2 février. Dans ce moment le Pape et les cardinaux étaient occupés a faire l'OHice divin dans la chapelle du Vatican; presque tous l'abandonnèrent

riour chercher leur salui dans la fuite ; pour ui, sans s'émouvoir, il descendit froidement de son trône, el, d'un air intrépide, il alla se prosterner au pied de l'autel. Après y être resté pendant quelque temps, en |»oslure de criminel, qui demandait pardon à Dieu, il alli droit, dans l'église de Saint- Pierre, renouveler publiquement aux pieds des saints apôtres le sacrifice de sa vie qu'il y avait déjà offert à Dieu: en vain on lui représentait qu'il était dangereux pour lui de demeurer ainsi sous la voûle d'un temple, qui, à tout moment, pouvait s'allaiter sur sa lêle; il semblait, au contraire, ne prolonger sa prière que pour servir de victime, si l'église venait à s'écrouler.

A laut do malheurs se joignit un évéca-

ment qn on trouvera peut-être digne do trouver ici sa place. Le lendemain, 3 février, rers Centrée de la nuit, il courut un bruit public dans Rome, sans qu'on ait jamais pu en découvrir la source, qu'à trois heures après minuit, celte grande capitale allait ôire totalement renversée. Quelque frayeur que pût causer cette sinistre prédiction, comme on ignorait qui pouvait en être l'auteur, on nVn fil pas d'abord trop grand cas ; mais quand, plus avant dans la nuit, on vit dans toute Rome des hommes entièrement inconnus à tous, qui, se produisant sans crainte, parcourant toutes les rues, et frappant à toutes les portes, criaient de toutes leurs forces, au nom du Pape, que chacun eut & sorlir de chez soi, et è chercher un lieu de sûrolé, parce que Rome allait être bouleversée sur ses fondements, alors personne ne balança plus à quilter sa maison.

La nuit était des plus froides, et néanmoins la terreur fut si vive et si générale, qu'elle l'emporta en tous sur la rigueur de la saison. On vit tous les habitants do celle grande ville sorlir de leurs demeures, errer ça et là, plaindre mutuellement leur sort, et courir en foule en des lieux découverts pour y chercher un asile.

Dès que ce moment de trouble eut été connu du Pape, il commanda tous seschevau-iégers et ses cuirassiers; il les fit poster aux coins de chaque rue, et il ordonna qae des patrouilles eussent à parcourir la ville sans délai, avec ordre d'avertir partout u'on avait abusé do son nom pour répanre l'alarme; que ces terreurs étaient vaines; qu'on eûl confiance en Dieu, et qu'il espérait de la miséricorde de Dieu qu'il n'arriverait aucun malheur. Le lendemain on n'entendit dire, ni que dans tout ce tumulte il fût arrivé la moindre disgrâce à uelqu'un, ni qu'il se fûl commis le moinrc vul, tant le trouble avait été universel. Mais ce qui étonna le plus, c'est que, dans les villages voisins de Rome, on vil ou on crut voir les mêmes hommes, et entendre les mêmes voix presque- partout et à la même heure, sans que jamais personne eût pu en reconnaître aucun. L'histoire nous fournit deux exemples d'un événement semblable ; l'un arrivé autrefois à Rome même, et rapporté par Tile-Live, au huitième livre de ses Décades; l'antre arrivé à Conslantinople du temps de l'empereur Arcadius, et rapporté par saint Augustin dans son Sermon du taccagcmtnl de Rame, au chop. 7.

La crainte et le trouble durèrent jusqu'à la tin d'avril ; pendant deux mois et demi on ressentit des oscillations qui tenaient l'Italie dans les alarmes: on avait toujours de la peine à quitter les lentes, sous lesquelles bien des gens avaient pris le parti de s'abriter. Le Pape, au contraire, demeurant la nuit dans son palais, passait la plus grande partie du jour a parcourir les églises pour tâcher, par ses prières, de détourner le fléau.

Pénétrée des mêmes sentiments de religion, sa nièce Olympie lui demanda son

Dictioi*. ors Cardinaux.

U>IN\IX. AT.B lOS

agrément pour se faire religieuse au couvent des Carméliies où elle avait été élovée ; on la regardait avec raison comme le plus grand parti qui fût alors dans toute l'Italie; ses qualités personnelles répondaient d'ailleurs à l'élévation de son rang ; elle avait des grâces naturelles, do la culture dans l'esprit, de l'élégance dans les manières, et plusieurs princes romains la recherchaient en mariage avec empressement; mais elle choisit Jésus-Christ pour époux. Le Pape y consentit avec joie; il voulut môme lui donner le voile de ses mains ; et, dans la cérémonie qu'il en fit, il ne lui parla que de son bonheur dans le choix qu'elle avait fait.

Persuadé que les maux qu'on venait de souffrir étaientautant de châtiments du Ciel, il écrivit à tous les évêques d'Italie pour leur recommander de veiller plus que jamais sur la réformation des mœurs ; il ordonna.qu'à perpétuité on chantât le Te Deum dans sa chapolle le jour de la purifleatioo de la Vierge, pour rendreà Dieu d'éternelles actions de grâces de ce qu'à pareil jour Rome n'avait pas été abtmée dans les trorohlemenls de terre ; il institua un jeûne perpétuel pour la veille du même jour. En vue do seconder ses désirs, la ville en corps s'engagea par vœu à no porter pendant cinq ans, ni or ni argent sur les habits ; à n'admettre pendantie même temps aucun divertissement public, aucun spectacle ni aucun jeu de théâtre dans l'enceinte de sos murs; et pour faire ressouvenir les grands en particulier du néant de toutes les grandeurs humaines, loPape défendit que, dans le même espace de cinq années, on dressât pour eux aucun prie-Dieu, qu'on tendit aucun tapis, ni même qu'on leur présentât des carreaux dans les églises.

La misère se faisait sentir dans l'Ombrie et la Sabine plus vivement qu'ailleurs. Clément XI y envoya Pierre de Carolis avec ordre de lui rapporter un détail fidèle des dégâts causés par les derniers désastres. Sur le rapport de celui-ci, on donna à ces peuples (oui l'argent, lout le grain, tous les meubles et les habits dont ils avaient besoin ; on les exempta pendant cinq ans du payement de tous impôts. Le Pape ht relever les églises des paroisses, tous les édifices publics qui avaient été abattus.

Les peuples de la Romagne et do la Marche d'Àncône venaient d'essuyer, sur les bords de la mer Adriatique, un autre genre de malheur. Los pirates turcs avaient infesté toutes ces eûtes : pour mieux cacher leurs manœuvres, ils avaient arboré des pavillons étrangers qui trompèrent les habitants, et par ce stratagème ils avaient fait des descentes où ils avaient enlevé bien du monde dans les campagnos et sur les grandes roules. Leurs viclnues étaient réservées à l'esclavage et à tous lus maux qu'il traîne à sa suite. Les familles qui avaient fait de semblables pertes ne pouvaient s'en consoler. A la première nouvelle qu'en eut le Pape, il eut bientôt appliqué le remède. Sans perdre le temps Jo traiter de la rançon , il or*

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donna qu'on rachetât tous les captifs à quelque prix que ce Tût: l'argent partit avec les ordres qui avaient été expédiés, et tous ceux qui avaient été enlevés furent rendus à leurs familles. On ne savait d'où le Pape pouvait tirer toutes ces sommes d'argent qu'il répandait b profusion pour le soulagement do ses sujets; mais il avait coutume de dire que Dieu ne manque presque jamais do multiplier nos biens, quand nous en faisons , un bon usage.

Dans celle confiance, il ne balança pas d'envoyer, à ses propres frais, des visiteurs apostoliques chez tous les évôques subur- "bicairescle Rome, avec ordre d'y pourvoir a tous les besoins du corps et de l'Ame; d'en faire passer d'autres jusqu'en Thrace ; de rebâtir à Andrinoplo une église que les Catholiques venaient d'y perdre dans un incendie, d'ériger au midi de la Hussie une «spèce de séminaire, où déjeunes étrangers, mêlés aux indigènes, après y avoir appris les éléments de la foi orthodoxe, pussent les répandre ensuite dans leur propre patrie ; de fonder à Romo, dans le collège de la Propagande, des places pour les jeunes étudiants qui seraient appelés de l'Epire, et de doter ces établissements au delà mémo do ce que lui permettaient ses facultés présentes.

Le plus beau monument qu'on ait de lui à Rome consiste dans un méridien qu'il y plaça pour la raison qu'on va exposer.

Quelque exact que soit le calendrier romain ..dressé en 1582 par les ordres de Grégoire XIII, on u'avail pas laissé de craindre qu'avec les changements qui se font chaque jour dans la succession des temps, il ne devint à la longue sujet à quelques légères erreurs de calcul, et que la règle de supputer le lemps précis de la PAque n'en souffrit dans la suite quelque altération, si on n'y apportait les changements convenables.

Sous le précédent pontificat, d'habiles mathématiciens avaient, en plusieurs endroits de l'Europe, fait la même observation; et ceux des évêques qui en étaient informés, avaient écrits à Innocent XII d'obvier à cet inconvénient.

Clément XI s'en chargea ; il forma une congrégation spéciale composée des cardinaux Ferrari, Pamphili et Noris; il leur adjoignit douze hommes choisis parmi les plus versés dans la connaissance des saints canons , de l'astronomie, du cours ordinaire des saisons, du cycle pascal, et il mit a leur tête le célèbre Bianchini, l'un des plus habiles mathématiciens do son temps. Pour placer la ligne méridienne qu'on de- Tait tracer, on choisit d'abord un lorrain si stable par lui-môme qu'il n'admit jamais aucune de ces dépressions, qui ont rendu inutile tant d'ouvrages semblables par les variations qu'elles y ont produites avec le temps. L'église des Chartreux parut l'endroit le plus propre à l'exécution de ce dessein: c'est là qu'étaient anciennement les Thermes de Dioclétien; la suite <Ie tant de ^ «iôdes n'en avait pas mémo entamé le sol

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qui est encore aujourd'hui aussi ferme que

10 rocher, et c'est là aussi que fut posé le méridien : la ligne qui le forme a deux cents pas de longueur; de distance en distance on y voit des tablettes de marbre sur lesquelles sont gravés les signes du zodiaque, et les différents éloignements du pôle: ouvrage magnifique, qui, sorvant à marquer les mou vements du soleil, de la luno et des astres, servira aussi jusque dans les siècles futurs à indiquer pour chaque année le temps précis do la PAque, selon l'ordre du saint concile de Nicée.

La foi recommençait à souffrir en France de vives atteintes de la part des jansénistes ; ils venaient de publier un écrit où, pour soustraire le livre et les propositions de Jansénius à la censure qui en avait été portée, ils enseignaient qu'à la vérité l'Eglise est infaillible quand elle juge sur les questions de droit, mais que par rapport au fait, on ne lui doit qu'une soumission de silence et de respect. Pour donner plus do poids à une pareille erreur, on avait eu soin de la foire signer par quarante docteurs de la faculté de théologie de Paris, et on avait mis au bas : Délibéré en Sorbonne.

Aussi attentif à conserver l'intégrité de la foi qu'il I avait paru à l'étendre, Clément XI commença par condamner le libelle;

11 écrivit ensuilo au roi et au cardinal de Nooilles pour les engager à en punir les auteurs. Dès que les plaintes du Pane furent connues, la plus saine partie de la faculté de Paris déclara que très-mal à propos on avait donné sous son nom un si pernicieux écrit ; qu'on lui avait attribué des opinions qu'elle détestait, et elle les censura, avec ordre à ceux des docteurs qui l'avait souscrit, de révoquer leur signature. Le premier moteur de cette intrigue fui relégué, par ordre du roi, de l'Auvergne où il élaif, au fond de la Bretagne ; des quarante docteurs qui avaient eu le malheur de signer ce qu'on appelle encore le fameux cas de conscience, deux étaient morts depuis qu'ils avaient apposé leur signature, treule-six autres la rélractèrent; deux seuls aimèrent mieux subir l'exil que de réparer leur faute.

Des prêtres de la ville dUlrcchf, élevés dans les principes jansénistes s'avisèrent d'y vouloir faire revivre, de leur autorité privée, une métropole et un chapitre qui ne subsistaient plus depuis 140 ans. Ils eurent bientôt trouvé un docteur de l'un cl de l'autre droit qui leur attribua toutes les prérogatives qu'ont les chapitres pendant la vacance du siège épiscopal ; ils ne balancèrent pas de s'en approprier la juridiction ; ils usurpèrent jusqu'aux pouvoirs do vicaire apostolique, et ils se dirent autorisés par te droit à en dresser toutes les expéditions. Le plus âpre et le plus ardent de tous dans celle rébellion, était le P. Quesnel : le Pape les frappa de tous les foudres du Vatican, il veilla sans cesse sur leur conduite, et il soutint, dans l'obéissance de l'Eglise, les 0dèles qu'ils auraient pu entraîner.

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En Allemagne, l'hérésie ne lui causa pas moins d'embarras; il prévoyait toujours qu'on aurait tout à craindre pour ia religion, de l'alliance des Anglais et des Hollandais avec l'empereur, s'il n'allait avec vigilance au-derant de leurs desseins. L'empereur Léopold était un des princes les plus attachés à la foi de l'Eglise, qu'il y eût jamais eu sur le trône des Césars ; mais outre qu'il avait un besoin pressant de l'Angleterre et de la Hollande dans la guerre qu'il faisait & Philippe V. et que, dans la crainte de les refroidir, il aurait pu condescendre a quelqu'une de leurs demandes, ces deux puissances maritimes venaient de faire en sa laveur une démarche qui aurait encore pu tenter sa reconnaissance; elles avaient reconnu l'archiduc, son second fils, pour roi d'Espagne, sous le nom de Charles III. Le Pape, au contraire, pour de grandes raisons, avait constamment refuse de donner le titre du roi à l'archiduo.

De là il était à craindre que le ressentiment ne prévalût dans l'empereur, et les hérétiques s'en flattaient. Ils firent même deux démarches, d'où l'on pouvait inférer naturellement que, s'ils formaient quelque entreprise sur la religion, ou qu'ils insultassent les Etats du Pane, l'empereur lui laisserait le soin de vider sa querelle avec eux. Dans la ville do Bonn, il y avait un logement destiné aux soldats luthériens; ceux-ci en chassèrent les prêtres catholiques, qui de droit y étaient établis; ils s emparèrent do vive force d'une partie du palais de l'archevêque de Cologne ; ils s'approprièrent la chapelle que cet électeur y arèit fait construire, et y appelèrent des ministres de leur secte pour y faire leurs exercices de religion. Un fait si grave arrivé au centre de l'Allemagne, sous les yeux des Catholiques, et passé sous le même silence, que s'il ne se fût agi d'un attentat contre les droits de l'Eglise, semblait annoncer, sinon de la collusion, au moins quelque tolérauce de la part de la cour de Vienne : d'un autre côté la flotte des Anglais et des Hollandais qui venait do côtoyer toute l'Italie, et qui était demeurée sur les aucres en vue de Livourne, indiquait quelque dessein qui pouvait aussi bien regarder l'Etat pontifical que le grand-duché de Toscaue, ou les Deux-Siciles.

Dans cet embarras, le P.ipe ne prit point (échange; il pressentit que tout ce qu'il avait à craindra, c'était la diète do Ratisbouue, qu'on allait convoquer. Pour prévenir, pour renverser tous les projets que l'hérésie se promettait d'y faire réussir, il avertit les princes catholiques du danger qu'allait y courir la religion. Il en donna avis au cardinal Lamberg, aux archevêques électeurs de M«yence et de Trêves, à l'arcbevêque de Sallzbourg et a l'evêque d'Augsbourg; il exposa en même temps à l'évêque de Raab, en Hongrie, prince de la maison de Saie, et puissant à la cour de Vienne, à tous les évêques d'Allemagne, et aux princes du Saint-Empire, le fait qui venait de se

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passer a Bonn, et il les conjura de s'unir tons pour s'opposer aux hérétiques. Les plus sages d'entre eux voyaient dans les circonstances le même péril pour la religion qu'il paraissait redouter. Ils formèrent la résolution, non seulement d'empêcher que, dans la prochaine diète, il se commit aucune entreprise contre les droits de l'Eglise, mais encore ils résolurent de récla* mer contre l'attentat do Bonn. Le succès répondit à leur fermeté; les soldats luthériens forent chassés du palais de l'électeur de Cologne qu'ils avaient envahi : les prêtres catholiques furent rétablis dans toutes les fonctions de leur ministère.

La destinée de Clément XI était d'avoir toujours la plume a la main pour foudroyer les erreurs naissantes, ou pour désarmer l'animosité des anciennes ; alors que toutes les sectes s'étaient réunies pour tâchor do prendre le dessus en Allemagne, elles venaient d'agir en Irlande avec toute la suné* riorilé qu'elles y ont acquise : à moins d'y* faire ruisseler de toutes parts le sang des Catholiques, il n'était pas possible d'ima» ginerde plus grands eicèsque ceux auxquels elles se portèrent.

C'est à Dublin qu'elles firent éclater leur haine; il y fut arrêté dans le parlement, qu'on révoquerait tous les privilèges ac* cordés aux Catholiques : pour y procéder sans délai, on commença par faire revivre toutes les ordonnances qui, lors de la révolution avaient été portées contre eux, et on y en ajouta de nouvelles plus rigoureuses encore. Quelque énormes que fussent les crimes dont les enfants se rendraient coupables, on était à leur père le pouvoir de les déshériter, pourvu qu'ils abjurassent la religion catholique, et se fissent protestants. A la mort du mari, la femme perdrait toute autorité dans sa famille; il ne lui était pas même permis de l'élever, et ce soin était réservé à l'hérésie : on défendait aux Catholiques tout mariage avec les protestants; et si. pour éluder celte défense, ils allaient sa marier en Angleterre ou en Ecosse, de pareilles noces étaient déclarées nulles eu Irlande. On leur ôta tout droit de suffrage public : on les déclara inhabiles à posséder aucune charge, tant en paix qu'en guerre. Tous les arts libéraux leur furent interdits; il n'était pas même en leur pouvoir de tenir des écoles. Il était enjoint à tout prêtre, exerçant le saint ministère, d'en obtenir préalablement des magistrats la permission de l'exercer seul, et sans pouvoir y admettre aucun adjoint ; à sa mort sa charge devait s'éteindre avec lui : prêtre ou laïque, nul Catholique ne pouvait acquérir aucun bien fonds, ni en devenir le fermier et le régir par lui-même.

Indépendamment du serment de Ûdélilé déjà établi envers le souverain de la Grande- Bretagne, on en ordonna un autre qui, dans sa formule, portait en termes exprès, qu'on reconnaissait que Jacques Sluart n'avait nul droit sur les royaumes d'Angleterre, d'Irlande et d'Ecosse ; que, loin de lui prêtei

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