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qu'il ressentait tle la mort de son pèro; il fui contraint de céder aux volontés de la rein»», et chargé de la harangue. Il la fil avec tant d'art, dans une latinité si exquise; il la prononça avec tant de grâce, que dès qu'il imi! fini, la reine dit tout haut : Nous venons d'entendre Cicéron. On ne pouvait comprendre comment dans sa douteur il avait en, et assez de liberté d'esprit pour composer son discours, et assez de fermeté pour le prononcer.
Innocent XI lui conféra la charge de secrétaire des bref-* que venait de laisser vacante par sa mort le cardinal Slusius. Dès que la reine de Suède en apprit la nouvelle, elle lui écrivit de sa proprp main , pour lui exprimer que sa joie n'était pas tant de le roir revêtu (Tune si grande charge, que de voir cette même grande charge remplie par un si grand homme. Pour compenser ensuite la perte qu'il devait au désintéressement avec lequel il avait si généreusement renoncé aux avantages qui lui étaient faits par
testament de son père, le Pape le pourvut d'un canonicat dans l'église de Saint-Pierre; et, comme il avait placé en lui toute sou estime, il y mil aussi toute sa confiance.
Rome vil bientôt à quel hant point Jean- François portait déjà son crédit : ce fut à l'occasion de quelques valets de pied de la reine de Suède, qui, la voyant en danger de mort, songèrent h se dérober au péril dont ils étaient eux mêmes menacés. Daos le grand nombre de domestiques qui composaient la maison de celle princesse, i! s'en trouvait qui avaient commis autrefois des assassinats; la reine n'en avait aucune connaissance, mais les officiers du Pape en étaient informés; et, si |»ar respect pour elle, ils n'avaient pas voulu pendant sa vie, les faire prendre sous ses livrées, il y avait lien de présumer que, n'ayant plus les mômes raisons après sa mort , ils n'auraient pas non plus les mémos ménagements. Les coupables le pressentaient; ils lui liront exposer le sujet de leur crainte, et demandèrent qu'elle voulût bien intercéder pour obtenir leur grâce. La reine fut d'abord bien surprise d'apprendre que son palais abritait de pareilles gens; elle parut pendant quelques moments vouloir les abandonner è leur mauvaise destinée ; mais la pitié prenant le dessus dans son coeur, elle promit d'intervenir pour eux. La diliiculté était de savoir à qui recourir. Innocent XI était rigide, et il «oulail que les criminels fussent traités selon la rigueur des lois : on connaissait sur cela son inflexibilité, et peu de gens auraient osé entreprendre de le fléchir. La reine, atteinte de la maladie dont elle mourut, ne pouvait agir par elle-même : elle jeta les yeux sur le secrétaire deî brefs ; mais on lui fit appréhender qu'une telle médiation ne fût point encore assez forte , et on lui conseilla de s'adresser au cardinal de Médicis, frère du grand-duc de Toscane. Après y avoir mûrement réfléchi, elle s'en tint & sou premier projet , et elle chargea Jean-François d'une intervention si délicate : sa con-
fiance ne lut pas trompée. Le prélat agit avec tant de prudence; il porta eetlo affaire au Pape avec tant de circonspection ; il lui parla en termes si convenables au rang, au mérite, h la situation présente de la princesse, qu'il obtint sur-le-champ tout ce qu'elle désirait : par là il mérita qu'en mourant elle dit de lui que, comme i I. lui avait été très-agréable pendant sa vie, il lui était d'une grande consolation à sa mort.
Le cardinal Ottoboni avait déjà dit quo bientôt Jean-François honorerait la pourpre autant que la pourpre en honore d autres; le présage était heureux. Ce cardinal fut fait Pape sous le nom d'Alexandre VIII [1689] : dès le jour môme de son exaltation, il confirma Jean-François dans le haut posle où il éteil placé : peu après il le fit cardinal, et la manière dont il s y prit pour lui apprendre qu'il allait en effet lui donner le chapeau eut quelque chose d'uussi flatteur pour le secrétaire des brefs que le chapeau même.
Il y avait dans le sacré collège douze chapeaux vacants, lorsque lo Pape Alexandre VIII 'résolut de les conférer tous dans une même promotion. Trois jours avant de tenir son consistoire, il manda son secrétaire des brefs pour écrire le discours qu'il y voulait prononcer : dans ce môme discours devaient être compris les noms de ceux qu'il allait faire cardinaux. Après lui avoir imposé le plus profond secret, le Pape les lui dicta; mais quand, à la suite des dix premiers, il eut nommé le onzième, le Pape s'arrêta tout court, et, continuant à se promener dans sa chambre, feignant même de chercher dans su tête le nom do celui qui devait être lo dernier, il parut trouver mauvais que le secrétaire eût arrêté sa plume, et qu'il no l'écrivit pas. Continuez donc, lui dit-il, écrivez le douzième. Mais son nom, repartit lo secrétaire. Quoi donc, reprit le Pape, Est-ce que vous ne savez pas écrire votre nom? A ces mots, pénétré de la plus vive reconnaissance, mais en môme temps confus des honneurs que le Ponlife lui décernait, Jean- François laissant torabor la plume, et tombant lui-même à genoux, se prosterna à ses pieds, et les embrassant avec respect, il le conjura de faire choix do quelque autre qui le méritât mieux que lui. Non, lui répondit le Pope : j'ai niômo dans le choix que j'ai fait de vous une consolation que je n'ai pas b l'égard do presque tous les autres, c'est qu'après avoir plusieurs fois changé duns ma liste les noms de ceux que j'avais d'abord dessein de faire cardinauxt il ne m'est jamais venu dans la pensée de changer le vôtre [ 1090 J.
Jamais le nouveau cardinal ne se montra
f)lus digne de celte émineute position, que orsqu'il l'occupa. 11 se prescrivit d'abord de ne rien changer à sa vie ordinaire; on le vit toujours également réglé dans ses mœurs, assidu è la prière, adonni au travail , frugal sur sa table, accessible à tout le monde : il fut, comme iL i'avait toujours été, propre, mais simple dans ses vêlements, dans sos meubles, dans ses équipages, attentif sur
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son domestique, modéré dan< sa dépense, extrêmement rangé dans ses a(T«irc*.
Son premier soin fui d'aller visiter l'abbaye de Casamara, que le Pape venait de lui donner. Le temps en avait presque entièrement ruiné les édifices, et l'Amasène, qui l'arrose, en avait considérablement endommagé les domaines. Il commença par rétablir l'église dans son premier état; il l'embellit de riches ornements, lui fil présent de vases sacrés; il releva les murs du monastère; il opposa de nouvelles digues au débordement des eau», et, après avoir pris uno connaissance exacte des droils et des revenus qui lui appartenaient, il en appliqua une grande partie à l'entretien des choses nécessaires pour le service divin et au soulagement des pauvres.
Rentré dans Rome, il trouva que le Pape l'avait déjà placé dans plusieurs congrégations, et qu'il l'attendait avec impatience pour recourir h ses conseils : sa modestie eut beau lui suggérer des prêtes les pour se dérober à des travaux si honorables. Innocent XII, qui succéda [1691] h Alexandre VIII, lui montra aussi la haute idée qu'il avait de ses talents; il le plaça dans son conseil d'Etat, en l'admet tont dans la congrégation du Saint-Office, et, pour avoir toujours présent le secours de ses lumières, il le fit loger dans son propre palais. Innocent XII ni plus : a son avènement au souverain pontifical, il ne consulta que le seul cardinal Albani sur le choix de ses ministres, el ils demeurèrent trois jours entiers renfermés ensemble , occupés à pourvoir des meilleurs sujets toutes les charges auxquelles il y avail à nommer.
L'usage que fil de son autorité le cardinal Albani, fut de l'employer à remédier aux besoins des pauvres. Leur misère ne cessait pas d'exciter sa compassion; mais leur pauvreté avait è ses yeux quelque chose de plus triste et de plus touchant lorsqu'elle n'était pas née avec eux. De ce nombre sont ceux qui, élevés dans le sein de l'hérésie, se trouvent chassés de leur héritage au moment où ils viennent se soumettre à l'Eglise; ceux qui, déchus de leur fortune, rougissent, dans leur extrême détresse, de la noblesse même de leur origine; il ne pouvait, sans attendrissement, onlendre le récit de leurs malheurs.
Rempli de ces grands sentiments qu'inspire la religion sur les disgrâces d'aulrui, il se constitua dans Rome comme le père commun de tous les pauvres. Il y prit sous sa protection l'hôpital des pèlerins et des convalescents; il se montra continuellement dans celui des incurables, et, par les secours abondants qu'il leur procura, il en devint bientôt le restaurateur : il suffisait qu'un nouveau converti se présentât a lui pour être assuré de sa subsistance. Tel était son zèle à cet égard que, par une commission expresse, le Pape le chargea do veiller aux besoins de ceux qui avaient abjuré leurs erreurs, et sa tendresse pour eux était si connue, qu'elle amena une des plus écla-
tantes conversions. Lénpold-Guslavo , des comtes palatins du Rhin, se trouvant pour lors h Rome, voulut connaître le cardinal Albani , el voir par lui-même jusqu'à quel point étaient fondés les éloges que lui en avaient faits des luthériens convertis : ce fut pour lui un coup de grâce et de salut. Le cardinal Albani lui ouvrit les yeux sur les erreurs de sa secte; il le convertit a ln foi de l'Eglise, il reçut lui-même son abjuration publique, el cette conversion devint, dans la suite, d'autant plus utile a la foi orthodoxe que, quand ce prince entra en possession du duché de Deux -Ponts, il ne l'y étendit pas moins par l'assiduité de ses soins que par In force de ses exemples.
S'il aimait è donner, il n'aimait guère h recevoir : jamais homme, peut-être, ne fut plus éloigné du désir d'accumuler; jamais même il ne voulut faire un pas pour conserver ce qui lui appartenait, quand il se trouvait en danger de le perdre. C'est ainsi que. lorsqu'il fut fait cardinal, il perdit 12,000 écus d'or placés sur sa tête à la chancellerie. Instruit de sa prochaine promotion, il lui aurait été facile ou de transporter cette somme à sa famille, ou de s'en assurer au moins le revenu h lui-même. Mnis, désintéressé comme il l'était, il la laissa totalement éteindre. En vain le cardinal Charles Barberin lui offrit une abbaye; il eut beau lui dire que lo Pape y consentait; aucune considération ne put déterminer Albani è l'accepter. Le cardinal Otloboni . neveu d'Alexandre VIII, craignant que les créatures do son oncle n'eussent pas été assez, bien pourvues, voulut y suppléer ; dans ce but, il leur offrit des pensions sur ses revenus annuels; presque tous acceptèrent, le cardinal Albani refusa.
Par testament un archevêque lui laissa, en mourant, tout son bien, et le constitua son héritier universel. C'était un de ceux qu'il avait aidés dans leurs besoins, et que la plus respectueuse reconnaissance avail accompagné jusqu'au tombeau. L'emploi que le cardinal fit de cet héritage fut du le partager en deux portions égales; de consacrer l'une h de pieuses fondations pour le repos de l'Ame du testateur, et de distribuer l'autre
tous ceux qui, en qualité de domestiques, l'avaient servi de son vivant; il ne s'en réserva que l'argenl nécessaire pour faire graver une épitaphe qu'il composa lui-même en l'honneur du prélat, et dnns laquelle tt déclarait que c'était assez pour lui de se trouver l'héritier de ton amour.
Les souverains eux-mêmes ne purent jamais l'engager à rien accepter de leur part : instruits, par leurs ambassadeurs, de son crédit auprès d'Innocent XII, et de son attention à leur procurer les grâces qu'ils attendaient du Saint-Siège, la plupart auraient été bien aises do lui eu témoigner leur satisfaction; du moins auraient-ils souhaité
fiouvoir le faire daos la personne de sou rère, ou dans celle de quelqu'un de ses neveux. Mais è cet égard le cardinal Albani fut toujours inflexible à toutes les iuitances.
Il avait si bien pris ses mesures auprès de ses parents , qu'il n'y avait pas danger qu'Hs prissent d'autres sentiments: Il n'était pas jusqu'à ses domestiques qui ne craignissent de lui déplaire, s'ils venaient à recevoir le moindre présent de ceux qui pour leurs affairas avaient eu des rapports avec lui : mais il accompagnait ses refus do tant de protestations de reconnaissance et de bon vouloir» on te savait si vrai dans tous ses discours* que chacun restait convaincu qu'il n'en serait que plus porté à le servir. Presque tous les princes catholiques ressentirent les effets de ce zèle sage et prudent qui, sans l'attacher à aucune cour étrangère en particulier, l'excitait a les servir toutes avec une égale affection.
La cour de Rome, comme il était juste, appela la première toute son attention.
Depuis longtemps, ceux des cardinaux qui étaient neveux des Papes, étaient dans Rome, sons le ponlifleat de leurs oncles, les maîtres absolus de toutes les grâces, o't ils y étaient presque -aussi despotiques que si le gouvernement eût résidé dans leurs personnes. Do lh pouvaient naître des abus, qu'il était désirable de prévenir. Ce qui est certain, c'est que, dans les niini>(ères,onsemblail n'avoir retenu que le seul nom de ministres ; et les fondions s'y trouvaient réduites à si peu de chose qu'à peine y avait-on conservé I ombre du crédit.
Les tommes sensés croyaient donc qu'il était plus convenable d'abolir ce qu'on appelait le népotisme dus Papes, que de le laisser subsister; plusieurs s'en expliquaient ouvertement et sans respect humain : mais ce que nul n'avait osé entreprendre depuis des siècles, le cardinal Albnni le termina avec succès; il obtint d'Innocent XII tout ce qu'il lui proposa sur ce sujet; il dressa luimême la bulle qui interdisait à jamais lo népotisme ; le Pape la publia, et, quand le cardinal Albani lui eut succédé sur le trône de saint Pierre, il disait avec raison que c'était son prédécesseur oui avait porté la loi, et que c'était lui qui I exécutait. Depuis ce temps-là les cardinaux neveux ont cessé d'avoir cette autorité absolue qui avait paru souveraine dans leurs mains.
Rome fut bien le premier objet de l'attention du cardinal Albani ; mais elle ne f il pas le seul : presque tous les Ktats catholiques so ressentirent, pendant son cardinalat des effets de son zèle, et la France en eut les prémices. Depuis plus do dou?.o ans il ne s'expédiait plus, on cour de Rome, do bulles l«our nos évôchés, et tout commerce était interrompu «entre les deux cours; le cardinal Atoqni eulreprit de le faire revivre, il en concerta les moyens avec le cardinal de Janson, alors chargé des affaires de France auprès du Saint-Siège, et avec son habileté ordinaire il apkm il tous les différends (1692). Le roi et les évôques écrivirent au Pape, qui se déclara satisfait; l'expédition des bulles reprit son aucien cours, et la division cessa au moment où l'on s'y attendait le moins. •
L'Angleterre éprouva aussi qu'elle avait
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à Rome un puissant appui dans lo cardinal Albani : les Anglais catholiques, qui s'y étaient réfugiés, trouvèrent en lui les plus grands secours; il pourvut, avec la môme générosité, aux besoins des Ecossais et des Irlandais qui y étaient dénués de tout; il prit tant de peine pour les placer tous d'une manière convenable, que Jacques II, leur roi légitime, le Ut assurer plusieurs fois de sa reconnaissance.
L'Espagne lui doit, du moins en partie, d'avoir possédé un des plus religieux monarques qui l'aient «jamais gouvernée : Philippe V. Le cardinal Albani ne fut pas, il est vrai, l'auteur du testament qui, par les droits du sang, appela ce prince sur le trône, mais c'est d'après son conseil que le Pape l'approuva. Six mois avant sa mort, Charles II, roi d'Espagne, consulta Innocent XII sur le e.hoix de son successeur à la couronne 11G991; dans sajeltre, il l'informait que, d'une part, les Anglais voulaient démembrer la monarchie, et que, de l'autre, les grands de son royaume le pressaient de la laisser tout entière à un seul prince en état par luimême de se maintenir sur le trône; il lui confiait en même temps que ce prince était le duc d'Anjou, un des trois petils-Ols do Louis XIV, et il le conjurait de lui donner son avis. Innocent XII consulta secrètement, sur une affaire de celle importance, les quatre meilleures tôles de son conseil ; c'étaient les cardiuaux Albani, Spada, Panciatici et Spiuola : l'avis du premier entraîna tous les autres ; il lui paraissait également dur pour les Espagnols de voir diviser leur monarchie, et pour le roi d'aller contre le vœu de la nation.
Des sujets déjà aigris par un si douloureux partage, et irrités par le mépris qu'on aurait fait de leurs- conseils, lui semblaient disposés à exciter des soulèvements, et à porter toqt aux dernières extrémités. (Un plan formé par les Anglais lui était suspect, tandis qu'il ne trouvait que des avantages pour la religion dans le projet d'appeler un prince orthodoxe sur le trône des rois catholiques. Son opinion lut donc, comme celle des trois autres, que la conservation de la monarchie entière était, non-seulement pour les Espagnols, mais pour l'Eglise môme, préférable au partage que les Anglais en voulaient faire, et c'est dans ce sens que lè Pape répondit au roi d'Espagne.
Ce n'est pas que le cardinal Albani ignorât combien il est dangereux, en général, d'avoir à prononcer sur les différents intérêts des princes, ni môme combien, dans cette occasion particulière, il était épineux do donner un conseil qui ne pouvait être du goût de l'empereur, lequel avait des vues ot des droits sur l'Espagne; mais il se dirigeait d'après un principe d'honneur cl de conscience, qu'il répétait souvent : C'est que son devoir était de bien faire, et non pas de songer à ce qu'on en dirait, ou mène à et qu 'on en penserait, quand il aurait fait de son mieux.
Pui une vivo crainte de nos sainls mvslè-
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re< et pur les plus bas sentiments de luimême, il n'avait encore pu. se déterminer a prendre la prêtrise ; il sav ait arec quelle préparation de cœur un prêtre doit monter a l'autel, et, dans la multitude de ses occupation», il arail toujours craint de n'avoir pas le temps do s'y bien préparer; Dieu vainquit cette résistance de l'humilité du cardinal. Celui-ci, qui n'était encore que diacre, se rendit aux sollicitations de la grâce; il fixa un jour auquel il serait ordonné prêtre; et, voyant approcher le temps du son ordination, il se retira chez les prêtres de la Mission, pour ne s'occuper que de Dieu ; sa retraite fut longue; il reçut la prêtrise aux Quatre- Temps de septembre ; et la mort même d'Innocent XII, qui arriva 8 à 10 jours après, ne le tira pas de sa solituJe ; H n'en sortit que le jour de saint Bruno pour aller dire sa première Messe dans l'église des Chartreux ; et, dès le mois suivant, Dieu lui donna toute la plénitude du même sacerdoce qu'il venait de recevoir.
De l'autel, où il venait pour la première fois de célébrer nos saints mystères, il alla au renfermer dans le conclave. Il y trouva les cardinaux occupés a discuter une affaire qui n'eut pas de suites fâcheuses, grâce à la sagesse de ses conseils. Le prince Vaïni élail ouvertement attaché a la France, et le roi lui avait envoyé le cordon bleu fans autre caracière; cependant il s'élail prétendu en droit de poster des gardes b la porte de son palais, et d'empêcher que les troupes, charges de la garde de la ville, en approchassent o jour ou la nuit. Ce fait parut au Sacré Collège un attentat dans un simple particuier; il ordonna aux troupes de faire leur ronde sans égard pour le palais du prince Vaïni, de conduire en prison ceux do ses prétendus gardes ou de ses domestiques qui feraient résistance, et de le saisir lui-même, s'il s'opposait à l'exécution de leurs ordres.
Le demOlé alla plus loin qu'on ne l'avait prévu. Le prince Vaïni avait présent b ses gens de repousser la force par la force : et dès que se présenta la garde pontificale, ils lâchèrent de l'écarter : mais , accablés par le nombre, ils se retranchèrent dans le palais du prince; ils firent feu de toutes les fenêtres, et il y eut des victimes de part et d'autre : cependant la grande porte fut forcée; «m prit quelques domestiques du prince, qui dit au commandant qu'il allait parler aux cardinaux assemblés eu conclave, pour se conduire ensuite selon la réponse qu'il en aurait reçue; mais, au lieu de se rendre au conclave, il alla se cacher dans le lieu lo plus retiré de son palais, et envoya secrètement avertir le prince de Monaco de tout co qui se passait.
Grimaldi, prince de Monaco, était b Rome en qualité d'ambassadeur de Louis XIV.
Informé du désordre, il monta précipitamment dans son carrosse, et, sans autre réflexion, il se rendit en hâte au palais Vaïni : lo tumulte et les coups de feu continuaient lorsqu'il y arriva. Pendant la mêléo et les ténèbres de la nuit on ne le reconnut pas ;
peu même sVn fallut qu'il ne fût tué. Outré de dépit, il demanda au Sacré Collège une réparation éclatante. Mais les cardinaux se bornant a déplorer son sort, et b blâmer son imprudence , il prit le parti de sortir de Rome, et il se relira à San-Quirico, dans les Etats du grand-duc de Toscane. Sa retraite ne laissa pas que d'inquiéter le Sacré Collège. Les cardinaux craignirent que le roi, mal informé, ne se tînt offensé dans la personne de son ambassadeur, que le conclave n'en devint que plus orageux. Les sages conseils du cardinal Alhanl furent d'un grand secours pour rétablir le calme. Choisi avec quelques autres afin d'imaginer quel-
aue expédient qui pût assoupir cette affaire, fut d'avis d'écïm au roi, de lui ei poser le fait tel qu'il venait de se passer ; do mander à Sa Majesté combien tout le Sacre Collège élail affligé de l'accident, d'implorer sa protection pour tout le conclave et de s'en remettre h son équité : ce plan fut suivi. La lettre, minutée par le cardinal Albani, fut écrite au nom de tous les cardinaux, signée par leslrois chefs d'ordre du Sacré Collège, et envoyée au roi par un exprès. Louis XIV, satisfait, enjoignit a son ambassadeur do rentrer dans Rome, où il mourut peu do jours après la création d'un nouveau'Pape.
Cependant on apprit a Rome que Charles Il venait de mourir è Madrid 11700] ; que, par son lestamenf, il avait appelé le duc d'Anjou à la succession d'Espagne, et que lo nouveau monarque se disposait a partir de Paris pour aller prendre possession de ses Etals. A celle nouvelle il fut aisé de prévoir, vu les prétentions de l'empereur, tant sur l'Espagne que sur les Deux-Siciles, que l'Europe entière nll.iit être déchirée par de nouvelles dissensions, et qu'une partie du poids de la guerre tomberait sur l'Italie. L'événement fit voir combien était fondée celle crainte du Sacré Collège: dans leur vive a|>préhension, les cardinaux, en conclave, ne songèrent plus qu'a placer sur le tronc de saint Pierre un prince dont l'âge et les forces corporelles, jointes b un grand courage, pussent soutenir les fatigues dont se trouvait menacé le Pontife qu'ils allaient élever. Parmi les plus âgés, il y en eut peu nui, dans ces circonstances, se crussent en état de supporter un si pesant fardeau ; tous convinrent unanimement qu'il n'y avait pas do temps è perdre pour se déterminer : les sentiments furent bientôt réunis sur un mémo sujet; tous les regards étaient déjà fixés sur lo cardinal Albani, et, en moins de quatre heures, il fut résolu qu'on lui déférerait le souverain pontifical.
Au premier avis qu'il on eut, il fit bien voir que sa modestie et son humilité ne lui avaient jamais permis de s'y attendre. Lo trouble s'empara de ses sens, et, dans la confusion de ses pensées, il fut d'abord quelques moments sans pouvoirariiciuVr un mot ; puis, revenu b lui, il dit avec émotion : « Qu'il se reconnaissait trop indigne du trône apostolique, pour souffrir jamais qu'on l'y élevât; que le Sacré Collège ne manquait
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fus de sujets propres & le remplir incomparablement mieux que lui, et que si ses collègues voulaient faire leur devoir, comme il convenait dans une action si sainte, ils se hâteraient de faire un meilleur choix. »
On ne fut pas surpris de ces sentiments : on se flatta néanmoins qu'après les premiers moments de trouble, il acquiescerait a ce que Dieu semblait si visiblement exiger de loi. Mais on fut bien étonné, lorsqu'au lieu de voir celle première émotion se calmer, on apprit que, plus il se livrait à ses réflexions, plus sa douleur devenait amère; que la fièvre l'avait saisi, aven de violents vomissoments ; qu'on était obligé de lui faire garder le lit, et qu'il ne paraissait capable d'aucune consolation. A cette nouvelle, tout s'agita dans Rome pour obtenir de lui son consentement ; amis, parents, grands et petits, riches et pauvres, tous accoururent, partie aux portes du conclave, ot partie dans les églises, pour demander à Dieu et aux hommes de le fléchir. 11 y avait alors cinquantehuil cardinaux dans le conclave, qui tour a tour se rendaient dans sa cellule, pour s'efforcer de vaincre sa résistance ; mais il se montrait ingénieux pour tacher do les attirer eui-ni^mes à son senliment.
Pour dernier etforl, le cardioal le Camus se proposa de le convaincre qu'il ne pouvait leur résister plus longtemps, sans résister a Dieu même. Portant donc dans ses mains le Pnstoral dp saint Grégoire, il alla se présenter à sa cellulo ; mais le cardinal Albani, déjà fatigué de tant d'instances, et accablé de tant de retours amers sur luimême, se trouvait trop épuisé de forces, pour pouvoir suffire a tant d'attaques : ainsi le cardinal le Camus ne put ôlre admis è lui parler.
Hais l'abbé de Tencin, depuis cardinal et ministre d'Etat, alors conclaviste du cardinal le Camus, entreprit d'exécuter le môme projet ; il épia le* moment favorable : le cardinal Albani le reçut ; il ne put d'abord, tout malade et affligé qu'il était, s'empêcher de sourire lorsqu'il le vil entrer, muni d*un livre, pnur le prêchera son tour. Cependant, frappé de voirque, jeunes et vieux, tous s'empressaient ainsi a lo fléchir, il écoula paisiblement l'endroit du Pastoral, où saint Grégoire enseigne que, lorsque par humilité on refuse le comble des honneurs, on cesserait d'être humble si l'on n'obéissait a la voix de Dieu, manifestée par l'unanimité des suffrages: mais te rejetant toujours sur le peu d^stime qu'il faisait de lui* môme, il répondit : « Ce serait bon, si j'avais les qualités requises. »
Désolé de no pouvoir, par la voie de la persuasion, réussir à dissuader les cardinaux, il entreprit de les intimider par la crainte des jugements de Dieu. Il leur envoya dire, « Qu'il les citait tous èson redoutable tribunal ; que, s'ils ne se désislaienlde leurs poursuites, ils lui répondraient un jour des fautes que son insuffisance lui aurait fait commettre dans un si haut poste, et qu'ils seraient comptables à l'Eglise même
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des suites déplorables que ces fautes pourraient avoir. *
Tout étant inutile, il passa dans les pleurs deux jours et deux nuits; enfin, prenant une dernière résolution, il choisit quatre des plus habiles ot des nlus vertueux docteurs qu'il connût è Rome; c'étaient le P. Uassoulié, Dominicain : le P. Alfaro, Jésuite ; le P. de Varèse, Observantin ; et le P. Thomassi, Théalin , depuis cardinal : il leur envoya demander si, en sûreté de conscience, il pouvait accepter la tiare, malgré son indignité, et si, parcelle raison aussi de snn indignité, il ne pouvait pas, en sûreté de conscience, la refuser. Celte double question fui sérieusement agitée ; les quatre docteurs lui en donnèrent l'assurance; mais ils étaient si convaincus qu'un meilleur choix n'avait pu être fait, et leur avis fut si unanime à cet égard, qu'ils lui firent appréhender è son tour les jugements de Dieu, s'il se refusait plus longtemps à c* qu'on exigeait de lui.
Forcé de se rendre, et, sa fièvre ayani cessé, il aJtnit, selon l'usage, tous les cardinaux à venir lui baiser la main dans sa cellule. Cet acte de bienséance devint pour eux tous une cérémonie des plus touchantes : il ne lui fut pas possible de retenir ses larmes, tout le temps qu'elle dura. Il leur parla ensuite avec tant de modestie et d'huinililé de lui-même, des égards qu'il leur devait et qu'il aurait toujours pour eux, du secours abondantqu'il espérait trouver dans leurs lumières, et du besoin pressant qu'il en avait, qu'ils sortirent tous, attendris jusqu'aux larmes, pénétrés pour lui de respect et remplis d'admiration.
C'était le quatrième jour après leur résolut'on prisede lui donner tous leurs suffrages, l'sle conduisirent alors a la chapelle Sixtine, où se devait faire l'élection : après le scrutin, on trouva qu'il ne lui manquait que sa voix : il y eut même ceci de singulier, c'est que, quoique celui qui doit être élu ait coutume, par un usage immémorial, de donner sa voit au doyen du Sacré Collège, le cardinal A1bani l'avait donnée au cardinal Pancialici ; et, quand lo cardinal de Bouillon, qui s»» trouvait doyen, en eut témoigné quelque surprise, le nouveau Pape répondit simplement que sa conscience était en lui au-dessus de lous les usages.
Le scrutin terminé, le même cardinal de Bouillon loi ayant domandé tout haut, en qualité de doyen du Sacré Collège, s'il acceptait le souverain pontifical, selon les règles prescrites par les anciens canons, l'élu demanda qu'avant de répondre, il lui fût donné du temps pour consulter Dieu da nouveau dans la prière. Il se leva de son siège, il alla se prosterner au pied de l'autel, et il y demeura quelques moments comme absorbé en Dieu. Sa prière finie, il alla reprendre sa place, et fit aux cardinaux un discours latin, où il déclara qu'il subissait avec peine lu joug qu'on venait de lui imposer, et où il acheva, par son humilité juêimvde mériter Ivurs aoolaudissomenls
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sur Phpuroux choix qo'ils venaient de faire. Il élait alors dans sa 52" année ; il prit le nom de Clément XI, et il fut proclamé Pape à la manière Accoutumée.
La joie qu'on eut a Rome de son exaltation répondit a l'empressement avec lequel on Tarait désirée. Il fut porté dans l'église d<- Saint-Pierre au milieu des acclamations. Mais tous les hommages publics ne pouvaient soulager sa douleur; au contraire, on vit ses premières frayeurs se renouveler, dès qu'il eut Rome h ses pieds. Alors il parut sentir le poids du fardean dont on venait de le charger, et ne s'en expliquant plus que par ses pleurs, il retraçait en sa personne le magnifique portrait de suint Grégoire le Grnnd qui, dans une semblable occasion, avait fait admirer en lui les mêmes sentiments. Clément XI demeura encore les trois jours suivants livré à sa douleur, incapable de toute action; il ne voulut pas môme voir ses parents : ce n'est que le qtiatrièmo jour après sa création qu'il les admit eu sa présence.
Horace, son frère, avait pour épouse Mn> rie-Bernardine Hondedeî, l'une des femmes de son siècle qui eussent le plus de goût pour la retraite et le plus d'éloignement pour les grandeurs du monde. De leur mariage ils avaient trois garçons et une tille. Le Pape leur dit, « Qu'en sa personne ils venaient de perdre un parent, pour n'avoir plus en lui, comme le reste des fidèles, qu'un Père commun. » Il lourdéfenditdese mêler, en aucune manière, des affaires publiques, de recevoir aucun présent, de quelque part
au'il pût venir; d'intercéder jamais auprès e lui pour l'avancement de qui que ce fût; d'aspirer eux-mêmes è aucune charge; de prendre le titre de princes, accordé précédemment aux familles des Papes, d'en exiger ni même d'en recevoir les honneurs, et de franchir les bornes que leur prescrivait l'étal de simples particuliers. La loi imposée s'exécuta avec rigueur, et elle ne contribua pas peu à confirmer l'Europe dans la vénération dont on était déjà rempli pour celui qui l'avait portée.
Dès que la nouvelle de son exaltation au souverain ponlificat se fut répandue, on en conçut partout les plus grandes espérances. Le maréhal de Villars, alors ambassadeur de France a la cour de Vienne, écrivait dans ses Mémoire» ; « Le k décembre oo apprit par un. courrier du cardinal Lamberg l'élévation du cardinal Albani à la papauté : depuis longtemps on n'avait fait de Pape si jeune. .. Mais, dans ce temps de guerre, il fallait un Pontife d'un mérite décidé, et d'un génie à pouvoir se concilier la confiance des I rinces de l'Europe : oo trouvait toutes ces choses au cardinal Albani. »
Clément XI mit tout en œuvre pour attirer sur son pontifical toutes les bénédictions •tue Dieu y répandit. Il se confessait régulièrement tous les jours, et tous les jours aussi il disait la Messe; son temps élait distribué de manière h ne laisser aucun vide dans la journée : il dormait, il mangeait peu.
Si quelquefois il interrompait ses pénibles occupations, c'était ou pour reprendre la lecture d'un saint livre, oo pour retourner à la prière, et pour obtenir de Dieu le succès de ses travaux; s'il avait besoin de prendre l'air, toute sa promenade se bornait è aller dans quelque église de Rome, et on remarquait en lut une attention singulière à chercher Dieu jusque dans ses délassements.
Le 30 novembre, peu do jours après son exaltation, il se fit sacrer évèqun dans l'église de Saint-Pierre, par le cardinal de Bouillon, et le jour de l'Immaculée Conception de la Vierge, il fui couronné dans la même basilique. On élait alors sur la fin de Vannée sainte. Le Jubilé universel avait attiré à Rome, selon la coutume, une grand o quantité d'étrangers; le conclave y en avait aussi attiré plusieurs et presque tous y étaient demeurés pour voir l'élection d'un nouveau Pape. Par la les hôpitaux se trouvaient remplis do pèlerins ou de malades. Pourgagner lui-même le Jubilé, le Pape les visita tous; il secourut les pauvres; il consola les malades; il écouta leurs confe$*i<»iis; il leur administra les sacrements; il rassembla en un même jour et en un même Ii»îm tous les pèlerins, et, après leur avoir fait distribuer quatre mille écus d'or.il leur lava les pieds, il les essuya, il les baisa, il les fit asseoir devant lui auprès de plusieurs tables; el, pendanl le repas, il les servit de ses propres mains avec une joie, une bonté qui tiraient les larmes des yeux de tous les spectateurs. Il ferma ensuite la porte sainte, et il alla, comme évêque de Rome, prendre possession de son église de Saint-Jean de Latian. Celte cérémonie se fait d'ordinaire avec une grande pompe, el, par colle rarjon, elle n'étaitjpasde son goût: mais, pour avoir voulu la faire avec plus de simplicité, il contribua lui-même à la rendre plus éclatante. L'ancien usage élait que ce jour-là les Papes se produisaient montés sur une mule blanche, et que toute leur cour les suivait à cheval : soit que leur grand ége, ou leurs infirmités ne leur eussent plus permis l'usago du cheval, depuis longtemps ils allaient, dans leurs équipages, se mettre eu possession de leur église. Pour faire revivre l'ancienne coutume. Clément XI parut moalé sur une roule blanche; et, comme il était de haute taille, bien fait, d'une figure agréable, el très-bien a cheval, il fut accueilli (tardes acclamations qui, s'il eût été sensible a la gloire, ne lui auraient laissé rien à désirer eu co monde [1701].
Dès ce jour, le Pape ne songea plus qu'à mettre la main à l'œuvre pour répondre aux vues que Dieu avait eues sur lui. Comme il avait un esprit d'ordre, il y procéda av«méthode; en qualité de Pape, il se conMdAr.i comme évêque particulier de l'Eglise de Rome, conimo souverain de l'Etal ecclésiastique et comme pasteur universel de tous les fidèles. La qualité d'évéqua du Kuiso n'est pas seulement une piérogaliveinsépirtible de la tiare, elle v»l encore un fardeau
pour celui qui en esl pourvu. Clément XI l'attacha d'abord à bien connaître son clergé; il fil une visite de lotîtes les églises; rien n'échappait à ses recherches; il alla fouiller jusque dans les statuts des chapitres pour savoir s'ils étaient régulièrement observés ; il voulut voir si la règle et la clôture ne souffraient po:nt d'atteinte dans les monastères et les communautés; il se Ht apporter les registres de toutes les sacristies pour examiner par lui-même si les fondation?' et les Messes y étaient eiacterocnl acquittées. Elonné devoir dans Rome quelques évéques titulaires qui y menaient une vie désœuvrée, ou qui, sous prétexte de leurs affaires, y faisaient un trop long séjour, il leur enjoignit d'avoir à en sortir dans le lerme de doute jours, de retourner dans leurs Eglises, de ne plus quitter leurs sièges sans une indispensable nécessité, et il étendit le même ordre à tous ceux des ecclésiastiques qui, à litre de bénéfice ou de quelque supériorité locale, étaient obligés de faire ailleurs leur résidence. Pour leur apprendre comment ils deTaient s'acquitter de leurs devoirs, il commença par leur en donner l'exemple; il déclara qu'il prétendait qu'on vécût dans son palais comme dans une maison religieuse, et il y. tint la main; il assista constamment aux prières publiques qui étaient ordonnées dans Rome, et aux prédications qui se faisaient dans son palais aux princi-
Kites fêtes de l'année ; il prêchait ces célèbres oroéliea que nous avons de lui et qu'on a comparées à celles de saint Grégoire et de saint I.éon. Dans la semaine sainte* il passait une partie de la journée dans l'église de Saint-Pierre à distribuer la communion aux Mêles et à écouter leurs confessions. Par là il mérita que les hérétiques convertissent en éloges leurs anciennes invectives contre les Papes, et que, du fond de l'Allemagne, un ministre luthérien s'écriât que l'Eglise do Rome avait un chef digne du plus long règne par son application infatigable h la réformation des mœurs et au salut des Ames.
Il ne t'acquit pas moins de gloire à gouverner son Etat : convaincu que les plus grands maux ne parviennent pas toujours à la connaissance du prince, et que les avenues du trône sont souvent fermées aux plus
iusles plaintes, il voulut en faciliter l'accès i tous ses sujets. Il fixa donc, chaque mois, un jour où il donnerait audience publique indifféremment à quiconque se présenterait. A l'exception d'un très -petit nombre de gardes qui y étaient, moins par distinction pour le souverain que pour contenir la foule, le reste était un assemblage de personnes de toutes conditions. Les plus pauvres y étaient admis sans difficulté, et ils étaient écoutés avec une patience incroyable. Afin de leur inspirer la plus entière confiance, Clément XI ne se montrait jamais plus content ni plus populaire que ces )ours-là. Loin de paraître ennuyé ou fatigué de la longueur de la séance, il la poussait quelquefois si avant dans la journée,, que, I heure de son repas s'étant écoulée depuis
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longtemps, il se contentait jusqu'au lendemain de la plus cliétive nourriturp. Par ro moyen il apprenait comment la police s'observait dans ses Etals et comment se rendait la justice sur les tribunaux ; par In aussi il lui fut plus facile de rémédier aux abus.
Tout ce qui se trouva contraire à l'ordre public fut retranché on réformé : il était entré de In négligence dans la manière doot se conduisaient ceux qu'on avait chargés de l'achat et du transport des blés, le Pape les chassa de leurs empjois ; quelques personnes en place avait faibli dans l'exercice de leurs charges, H les destitua; des criminels s'étaient ptocurédivers'asilesoù iis se croyaient à l'abri de la sévérité des lois, il sut 1 s atteindre avec une fermeté qui n'admit aucune excep* lion. Comme il s'était aperçu que les divertissements du carnaval occasionnaient une infinité de querelles, il les suspendit jusqu'à ce qu'il eôt trouvé les moyens d'y apporter plus do règle ; l'argent qui y était affecté pour prix de la course fut consacré à des prix pour ceux des jeunes élèves qui se distingueraient lo plus dans l'étude des beauxarts. Il en forma une Académie qu'il affermit depuis sur des revenus solides. Enfin pour donner de l'émulation aux lnbiles maîtres que produit l'Italie, il créa chevalier romain Charles Maratli, qui excellait parmi les peintres de son temps.
Après avoir ainsi réglé toutes choses au dedans de ses Etats, il tacha de pacifier tout au dehors. Le midi do l'Europe était devenu l'objet d'une guerre qui menaçait de l'embraser tout eulière. Quand les Anglais avaient formé le traité de partage, en vertu duquel on devait, à la mort du roi d'Espagne Charles II, démembrer la monarchie espagnole, ils avaient dessein d'affaiblir ainsi cette puissance pour se rendre plus facilement les maîtres du commerce des deux mers. Par ce projet ils prétendaient enlever aux rois d'Espagne tout ce qui était de leur dépendance en Italie, et leur ôter (oui espoir de recouvrer jamais les Pays- Bas catholiques.
Les Espagnols en avaient senti toutosles conséquences, et le cardinal Porlocarrero avait réuni la plupart des grands, des ministres et des conseillers d'Etat pour empôcher la division de la monarchie. Tons s'étaient offerts à donner les appointements de leurs charges et à taxer eux-mêmes leurs propres biens dans un but si patriotique. Tous les conseillers d'Etat à Madrid, hors un seul, avaient été d'avis de demander à Louis XIV un do ses petits-fils pour successeur du roi d'Espagne. La démarche avait était faite : Charles II l'avait ainsi réglé par son testament, et le duc d'Anjou était déjà à Madrid assis sur son Irène. Les Anglais en avaient conçu trop de dépit pour n'en pas montrer leur ressentiment, et l'empereur Léopold s'y trouvait trop intéressé pour ne pas les engager dans la guerre qu'il cherchait à allumer do lous côtés : c'est colle guerre que Clément XI voulut prévenir.
Il s'adressa à l'empereur, qui se croyait
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lu plus lésé par l'avènement du duc d'Anjou h la couronne d'Espagne; el si, d'une part, il lui fit parler en prince qui sentait parfaitement la peine que la maison d'Autriche aurait à rien rabattre de ses prétentions et de ses droits; de l'autre, il agit en pare commun qui aurait voulu qu'on suivît au moins les lois de la médiation: il lui représenta donc les suites d'une résolution qui pouvait embraser toute l'Europe, et le conjura devant Dieu d'eiominer s'il n'était pas plus convenable è un empereur chrétien de recourir à des arbitres que d'employer des voies de fait si funestes à l'humanité.
Lorsque Charles II avait consulté Iow£ cent XII sur «on testament, Clément XI, alors cardinal, avait opiné qu'il fallait l'approuver; l'empereur ne l'ignorait pas, il croyait même plus, il était persuadé, non pas seulement que le testament de Charles II avait été approuvé h Rome, mais encore qu'il y avait été minuté, et qu'il était l'ouvrage du cardinal Albani ; quelques preuves qu'on lui eût données du contraire, il ne revint jamais bien de celle prévention. Néanmoins l'empereur reconnaissait en lui tant de droiture que, môme sur ce point délicat, il n'hé.sila pas un moment a remettre tous sus intérêts dans ses mains : il lui fit écrire par le nonce do Vionne et il lui fil dire | ar son ambassadeur» Home que très-volontiers il le prendrait lui-même pour arbitre de tous les différends qu'il avait à démêler avec le roi d'Espagne ; que, pour gage de sa parole, il retiendrait en Allemagne celles de ses troupes qui étaient prêtes à entrer en Italie, pourvu que, pendant la négociation, les troupes de France el d'Espagne demeurassent dans la même inaction ;el, quoiqu'il y apposât quelques autres conditions qu'on aurait eu de la peine a lui accorder, il est vrai de dire cependant que si les Esi>agnols avaient cru pouvoir consentir avec honneur qu'on agitât seulement la question du démembrement de leur monarchie par le seul crédit de Clément XI, la discorde eût été étouffée dans son berceau.
Mais si la considération qu'on avait pour lui parut tout entière dans la conduite que l'empereur venait de tenir s son égard, sa gloire ne reçut pas moins d'éclat dans la conduite qu il tint lui-même envers le roi d'Espagne. Le jeune monarque n'omit rien pour l'attirer dans son parti ; il souhaitait que lePapese déclarât en sa faveur; qu'il lui accordé! Ilnvestiture des Deux-Siciles ; qu'il lui laissât la nomination aux évêchés qui en dépendaient; qu'il le reconnût floi Catholique
Ijl us encore par le droit de succession quo par a possession où il élaii de l'Espagne, el que, quand de Naples il irait è Rome, le Pape lui en déférât tous les honneurs. Pour l'y engager, le roi d'Es agne lui offrit de détacher du royaume de Naples une province entière el de l'ajouter aux domaines du Sainl- SiéKe ; d'abolir le tribunal de la monarchio et de lui laisser la décision de toutes les contestations qui y étaient élevées, tant sur la juridiction et les causes mixtes que sur
les droits des églises el des ecclésiastiques. Philippe V promettait de plus d'accorder a ta famille du Pontife les principaux gouvernements dans les Deux-Siciles, la grandesse d Espagne, le collier de la Toison-d'Or, etc.
Clément XI voulait la paix de l'Europe, c'est en cela seul qu'il faisait consister ses plus chers intérêts; il répondit constamment qu'un Pape ne doit jamais incliner pour un parti plus que pour un autre ; qu'il était du devoir du père commun des fidèles de les regarder tous du même œil, d'assoupir leurs querelles s'il le pouvait; et, pour donner des preuves de cette neutralité qu'il étail résolu d'observer, il lit tirs démarches qui lui méritèrent la confiance de tous. C'est un hommage dû au Saint-Siège par les rois des Deui-Siciles, que de faire présenter au Pape une haquenée. Philippe V et son compétiteur, l'archiduc, s'y préparaient également chacun de son côté; il s'agissait de savoir auquel des deux le Pape donnerait la préférence : mais, pour éviter de se déclarer eu faveur de l'un au préjudice de l'autre, et pour ne pas laisser non plus prescrire son propre droit, il fit publier une proclamation en vertu de laquelle, sans renoncer à ce tribut d'honneur et sans porter atteinte au droit qu'il avait <*e l'exiger, il en suspendait la cérémonie et la renvoyait à tel autre temps qu'il lui plairait de déterminer. Ferdinand, duc de Manloue, lui ayant demandé des troupes pour l'oid. r à se maintenir neutre au milieu des incursions que les deux oarlis opposés faisaient dans son duché, In Pape les lui promit : mais, dès qu'on eut appris que son dessein étail de s'opposer à l'archiduc et de se joiudre è Philippe V, il ies lui refusa. Ayant su également que dans Je royaume de Naples on travaillait à ourdir des complots coutre Philippe Y et qu'on cherchait à y engager dos seigneurs de sa cour, il défendit, sous les plus rigoureuses peines, è tous ses sujets de sortir des limites de ses Etats et d'envoyer des armes au dehors sous quelque prétexte que ce fût. Cn qui résulte d'une conduite si sage, c'est que les deux antagonistes lui promirent également de ne pas souffrir que leurs troupes violassent le territoire du Saint-Siège.
Les ordres de l'empereur furent néanmoins très-mal exécutés : comme ses troupes élaie'tl répandues dans toute la Lombardie, qu'il s'y trouvait un grand nombre de soldats luthériens, et que beaucoup de vagabonds tant dos Etals pontificaux que de l'Etat vénitien s'étaient joints 6 ces hérétiques, ils faisaient de fréquentes incursions dans le Ferrarais, où ils causaient de grands dommages. Mais, quand le Pape vil que, malgré les défenses réitérées de l'empereur, ils continuaient à exercer leurs brigandages et qu'à peine sortis de ses Etats ils y rentraient pour commettre de nouveaux méfaits, il lova un corps de troupe dont il donna le commandement au comte Pauluwi, el par ce moyen il mil lin h leurs hostilités.
Pour une cause futile, des difficultés étaient survenues enlie la cour de Rouie et
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celle de Turin, dont l'ambassadeur à Rome ellese voyait, à cause de ce même zèle pour In avait eu des prétentions déraisonnables. Clé- religion, continuellement inquiétée par les ment XI voulait rétablir la bonne harmonie; malicmùtans, elle s'était mise sou* Jn proie mariage d'une des filles du duc de Savoie tection de l'empereur, et elle lui payait une avec le roi d'Espagne lui procura une occa- somme annuelle : ce tribut, ajouté à celui sion dont il s'empressa de profiter. Cette qu'elle payait a la Porte ottomane, lui était princesse était sur son départ de Turin {tour devenu extrêmement à charge, et les deux se rendre è Madrid; le Pape lui envoya le tributs réunis excédaienlde beaucoup ses facardinal Archinlo, archevêque de Milan, on cultés. Clément XI ne put voir tant de zèle ei qualité de légat a lalere, pour la complimen- de courage sans l'admirer, ni apprendre cet lu ter de sa part sur son avènement a la cou- Irisle situation sans chercher à y remédier, ronne. Le légal la joignit à Nice et il en ar- A la vérité il lui parut d'abord assez délicatde riva ce que Sa Sainlelé avait prévu. La nou- demander à l'empereur qu'à l'avenir il n'exivelle reine fut si charmée de l'attention et geêt plus rien de celte république ; car s'il des sentiments du Pontife, tant pour elle avait lout h espérer de la piélé de ce monarque pour le duc de Savoie, qu'ello lui en- que, d'un autre côté, les intérêts de l'empire voya le prince de Santobuono pour lui en pouvaient combattre sa bonne volonté. Après faire les remerclmenls, et qu'elle interposa y avoir réfléchi, le Pape se détermina à lui ses bons offices pour rétablir la concorde en faire la demande; mais il le Gt avec tant entre les cours de Rome et de Turin. de circonspection que, charmé de voir en La mort de Jacques II, roi d'Angleterre, lui tant de zèle mêlé à tant d'équité , l'emful pour l« Pape un nouveau sujet de dou- pereur lui accorda tout ce qu'il voulut, et leur [1701] ; ce monarque lui avait toujours qu'il abandonna à l'a république le tribut été Irèi attaché; souvent on lui avait enten- au'elle lui payait, sans abandonner le soin du dire qu'il regardait l'amitié de Clément de la protéger.
XI connue un de ses principaux soutiens Ses bons offices furent encore plus utiles dans ses disgrâces ; aussi, dèsqu'il eut appris aux Catholiques d'Orient, et il y remédia h son exaltation, il lui avait envoyé le duc de des maux bien plus pressants. Parmi les Rerwick pour lui en témoigner sa joie. Le peuples habitant la Tbxace, l'Arménie et la Pape ne pouvait se consoler de sa mort; ce Syrie, il s'était introduit sur la religion des qui le touchait le plus, c'étaient les grands disputes réglées, où des mahomélans, mêlé* exemples de religion qu'on venait de perdre à des Grecs scliismatiques, s'étaient rendus en lui : il parla en plein consistoire, dans juges en dernier ressort de tous les points l'oraison funèbre qu'il flt lui-même, du zèle de controverse; non-seulement lesCatholide co prince pour la religion, et de sa cons- ques latins, de quelque caractère qu'ils fustance dans les épreuves de la vie; il 1ère- sent revêtus, étaient obligés d'y assister, présenta comme un de ces premiers héros mais encore ils étaient contraints oud'adop* </e Ja foi, dont l'Eglise se faisait honneur au ter les faux dogmes qu'on y établissait, ou temps de ses plus violentes persécutions. Il de sublir les plus mauvais traitements; il offrit plusieurs fois le sacrifice de nos au- fallait que ceux qui demeuraient fermes et lels, pour achever de purifier une si belle inébranlables dans leur croyance se racheame, et tout le reste de ses jours il reporta tassent par de grosses sommes d'argent, ou sur le Gis toute la tendresse qu'il avait ouo qu'ils s'attendissent à être destitués de leurs pour le père : ce jeune prince était auprès charges, à perdre leur liberté, à souffrir tous de la reine , sa mère, à Saint -Germain en les maux inséparables de l'exil. Lave, où, depuis la perle de leur royaume, Tout récemment on venait de sévir arec Louis XIV leur avait donné un asile digne barbarie contre ces illustres confesseurs de (Je leur rang et do sa générosité. Clément XI Ia foi. Le primat d'Arménie et l'archevêquo écrivit à cette vertueuse princesse de cou- de Pbilippes étaient deux hommes rares par tinuer toujours à l'élevi r dans la foi cal ho- leur douceur, par la candeur de leur inuolique, et è le former a la piété par la sainte- cence, par l'étendue de leur savoir, par la té de ses exemples. Il la consolait souvent prudence et l'intrépidité do leur zèle ; pour elle-même dans ses malheurs par les senti- n'avoir pas voulu plier sous les décisions wents héroïques dont ses brefs élaient rem- du schisme et de l'infidélité , le premier plis ; il l'aidait même par ses largesses a eu avait été ignominieusement conduit aux gnaJoucir la rigueur, et il ne discontinuait 1ères de Constantinople, et peu s'en était point d'auiuier a la vertu toute cette royaie fallu que le second n expirât dans les tourfamille, ments. Le patriarche de Syrie avait été pour On peut dire que son zèle ne connaissait la mémo raison chassé de son siégo, battu pa» Je bornes : if y avait dans la Dalmalie , de verges, jeté dans un cachot, conduit avec a K.iguse, une petite' république qui, par sou plusieurs autres tamôl à pied, tanlôl par ardeur a répaudre la foi orthodoxe chez les travers sur un cheval , et enfermé dans la infidèles de son voisinage, y a toujours fait citadelle d'Aden; l'archevêque de Béroé, des biens infinis. Tributaire du Grand Sei- qui avait partagé loules les 'souffrances du goeur, elle avait toujours mieux aimé s'ex- voyage, était mort d'é, uisement une heure poser aux plus mauvais traitements, que de après qu'ils y étaient arrivés, rien perdre de son ancienne liberté à pro- A ces nouvelles, le Pane ne put contenir fesser la religion catholique, et à l'étendre au sa douleur; il répandit des larmes sur l'état delà de son propre territoire; mais, comme déplorable de la religion en Orient; il in-
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léressa les principales puissances catholiques en sa faveur ; il sollicita des lettres du roi de France et de Pologne auprès du Grand Seigneur; il sut si bien se l'attacher lui-même, que, provenu de la plus haule estime pour loi, le Grand Seigneur.indiçné de la férocité de ses -sujets envers les Catholiques, rendit sur-le-champ la liberté a ceux qui l'avaient perdue, et les rétablit dans leur premier état. Pr.ur mettre le comble à leur consolation , Clément XI se hâta de réparer leurs perles : il leur envoya de grosses sommes d'argent, et leur adressa un homme choisi qui, dans leurs souffrances, vaudrait encore mieux pour eux que tous les trésors ; c'était le P. David, de l'ordre des Carmes déchaussés , l'homme le plus propre è une semblable légation, et qui, quelques années auparavant, a v&it été donné par Innocent XII è l'ambassadeur de Venise.ponr prendre part à là paix de Carlowilz. Doué de toutes les qualités de l'esprit et du cœur qui peuvent rendre la vertu aimable, il partit de Rome, muni dos marques éclatantes de la protection des princes catholiques; il se rendit à Constantinople avec le caractère de visiteur apostolique; il fut fait dans la suite archevêque de Cyrène, et les besoins de l'Eglise l'obligeant d'aller établir son siège è Smyrne, par los soins multipliés de son zèle, il dissipa jusqu'au souvenir des calamités passées.
Plus les lidèles se trouvaient séparés du Pape par la dislance des lieux , plus il usait de prévoyance pour aller au-devant de leurs besoins; il fit partir dos ouvriers évangéliques qu'il envoyait & leur secours jusqu aux extrémités de la terre; il en adressa plusieurs au roi de Perse, et il le leur rendit favorable par les lettres qu'il lui écrivit. Ayant appris qu'en Afrique, le roi de Nubie était très-doux , exempt des vices grossiers qui dégradent les idolâtres, et qu'il avait des dispositions naturelles è la vertu, il chargea deux religieux d'aller le presser en son uom d'embrasser la religion catholique, et il confia à d'autres le soin d'aller dans la Guinée, où ils tirent de grands progrès dans la prédication de l'Evangile.
Les missions des Indes et de la Chine ne furent pas oubliées par lui ; elles étaient très-florissantes; on y comptait plus de deux cent mille Chrétiens, et le nombre des prosélytes croissait tous les jours; les croix et les souffrances ne leur manquaient pas : tnaisla plus pesante pour les missionnaires de* différents ordres était que la discorde s'était mise parmi eux.
Clémeul XI songea à y envoyer sans délai un homme de poids, qui eût assez de discernement peur juger d'où provenait la division, et l'autorité nécessaire pour y met- Ire tin. Charles Thomas de Touruon, I un de ses camériers d'honneur, et depuis cardinal, fut choisi pour cette importante mission ; c'était un prélat de mérite, estimé du Sacré Collège et digne en tous points du choix qu'on avait fait de lui. Il tut sacré évéque avec les titres de visiteur apostolique , de patriarche d'Aiiliochc et de légat a latere
dans toute l'étendue de l'empire de la Chine et des royaumes voisins. On ajouta aux lettres de recommandation dont il était chargé, de riches présents pour l'empereur de la Chine; il partit de Rome avec plusieurs ouvriers évangéliques, qui allaient, sous ses ordres, s'employer dans les missions , et il s'embarqua è Lisbonne [1702].
Après avoir ainsi pourvu aux besoins do l'Eglise jusqu'aux extrémités de la terre, le Pape revint a son projet de pacifier les troubles dont l'Europe commençait è être vivement agitée. Dans ce but, il adressa des nonces extraordinaires aux principales têtes couronnées : il envoya Horace Spada, archevêque de Thèbes, auprès de l'empereur Léopold ; Laurent Fieschi, archevêque d'Avignon, auprès de Louis XIV; Félix Zoodadari , référendaire de l'une et de l'autre signature , vers Philippe V, pour examiner avec ces trois monarques , s'il n'y aurait point quelque moyen de concilier leurs différents intérêts : dans la même vue, il profita du passage des deux petits-fils de France, le duc de Bourgogne et le duc de Berri, qui venaient d'accompagner leur frère jusque sur les frontières de son royaume , pour les engager, par les honneurs infinis
3ue leur rendit en son nom son vicc-légnt 'Avignon, à joindre leurs instances aux siennes, et à s'employer pour le bien de la paix.
Dès que Philippe V l'eut informé, par le marquis de Lou ville, qu'il était entré dans le royaume de Naples, le Pape lui envoya un légat; mais sous ombre de remplir en cela le cérémonial ordinaire du Saint-Siège envers les rois qui abordent en Italie, son principal dessein était de profiter du séjour qu'y ferait le roi d'Espagne pour le porter à la paix , et pour tâcher aussi de finir avec lui quelques contestations qu'avait déjà fait naître, dans les Deux-Siciies, la naissance de la guerre.
Le cardinal Charles Barberin fut chargé de celle importante mission ; tout ce qu'il proposa fut réglé à la satisfaction du Pape et du monarque; on convint également sur ce qui pouvait avoir rapport à l'immunité des églises, et sur ce qui concernait la collation des évêchés; ce dernier article souffrit d'abord do grandes difficultés : enfin elles furent levées, el le Pape témoigna au cardinal le gré qu'il lui en savait; mais sa joie fut plus grande encore , quand il apprit du même cardinal que le roi d'Espagne était dans la disposition de prendre les voies de la médiation pour parvenir è la paix. Clément XI se hâta d'en donner avis à l'empereur, qui d'abord avait paru dans les mêmes intentions : mais les Anglais venaient de lui faire changer de sentiment. Devenu plus en étal de* continuer la guerre par son alliance avec eux el avec les Hollandais, qui y accédèrent, il ne songea plus qu'à fortifier son parti par de nouveaux engagements avec d'autres puissances, cl qu'à se procurer par la force des armes, ce qu'il n'espérait peul-êire pas obtenir par la voie de la
négociation ; loin de se rendre eus invitations du Pape, l'empereur se plaignit de ce qu'il avait envoyé à Naples un cardinal légat pour y complimenter le roi d'Espagne; il prétendit que cette démarche n'avait pu se faire sans que le Pontife se déclarât psr»là ouvertement en faveur de ce prince , et il fit quelque difficulté de recevoir le nonce S|»ada, qui lui avait été envoyé pour traiter de la paix.
Par la le Pape put juger que ses démarches n'auraient aucun succès ; il en fut d'autant plus fâché, que l'alliance de l'empereur avec les hérétiques leur inspirait déjà le désir d'en abuser, et qu'ils disaient tout haut qu'ils ne voulaient plus s'en tenir au traité de Ryswick sur les articles concernant la religion. Par ce traité , il est dit que, dans toutes les provinces de l'empire, la religion catholique continuerait de jouir des mômes droits dont elle jouissait alors; mais les protestants d'Allemagne, fiers de leurs forces par l'union de l'empereur avec l'Angleterre et la Hollande, sollicitaient ce prince de permettre qu'ils tissent revivre, dans les villes de leur dépendance , les mêmes hostilités qu'ils y avaient autrefois exercées contre les Catholiques ; ces hostilités devaient consister à chasser de leurs églises les Catholiques des villes dans lesquelles ils entreraient à main arméo, et de les convertir en autant de terni des pour les sectateurs de leurs hérésies : la ne se bornaient point leurs projets; ils ne prétendaient rien moins que d'envahir les biens ecclésiastiques , et d'éteindre dans tous les lieux de leur domination jusqu'à la dignité des évoques. Effrayé d'un pareil dessein, Clément XI le combattit avec force , et il obtint que ni en Flandre, ni en Allemagne, on ne changerait rien aux stipulations de la paix de Ryswick en faveur de la religion. Ce premier coup d'essai de la part des hérétiques lui apprit tout ce dont ils allaient se montrer capables. Hais une nouvelle qu'il apprit appela ailleurs son attention.
Le malheur qu'il eut à déplorer concernait les Chrétiens de la Cochinchine ; leur nombre y augmentait tous les jours, lorsqu'il s'éleva tout a coup conlro eux une persécution qui faillit détruire cette nouvelle Eglise, I une des plus florissantes qu'il y eût aux Indes. A la vérité , il fut comblé de joie en apprenant que ces nouveaux Chrétiens avaient témoigné, dans les plus rigoureux supplices, la même constance que l'Eglise naissante admira autrefois dans ses premiers martyrs, et d ordonna qu'on lui envoyai les Actes de leur martyre, juridiquement attestés, pour les insérer dans les registres du Vatican. En même temps, pour consoler cette Eglise affligée, il lui euvoya de nouveaux-ministres évangéliques; il lui adressa plusieurs brefs remplis des expressions les plus tendres, et il In secourut par des largesses qui réparèrent les pertes qu'elle avait souffertes daus ses biens.
Délivré de ce soin , Clément XI reporta son attention aux malheurs de la guerre,
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et il usa des plus grandes précautions, nonseulement pour préserver la religion do toulo atteinte, mais encore pour mettra hors d'insulte les Etats pontificaux : déjà les deux armées ennemies avaient pénétré en Italie ; il est vrai que , de»ce côte- là , ta Lombardie seule était attaquée; mais comme l'entrée n'en était pas facile, et que le terrain y était défendu pied à pied , les Etais voisins se trouvaient comme envahis par ceux qui pouvaient les occuper Tes premiers. Quelques défonses que les généraux fran-
Sais et allemands eussent faites à leurs solats de commettre aucun dégât dans les domaines pontificaux , il régnait toujours quelque peu de licence dans leurs armées , et leurs ordres n'étaient pas toujours trop bien exécutés. Convaincu qu'il vaut mieux obvier au mal que d'avoir a y remédier , le Pape mit de bonnes garnisons dans les villes de Parme et de Plaisance; il en munit les citadelles de ce qui était nécessaire pour éviter au moins une surprise : par là il se mit en élut de défense contre les incursions dont se plaignaient les princes voisins ; et il ne retira ses troupes que lorsqu'il n'eut plus rien à craindre de celles qu'avait armées le désir de vaincre.
Cependant, on apprit que la campagne de Rome était infestée de voleurs qui y causaient de grands ravages ; qu'ils y formaient des attroupements si considérables, que l'ancien pays des Latins et celui des Herniques en étaient comme inondés ; et que, loin qu'il y eût aucune sûreté pour les voyageurs, les paysans étaient attaqués jusque dans leurs villages : c'était le voisinage des armées qui inspirait cette audace. Daus Rome môme, on n'était pas sans crainte : au milieu d'uno nuit obscure , on assassina un des secrétaires du Pape, au moment où il sortait du Vatican ; on eut beau faire des perquisitions; l'assassin était dans le palais môme , il y jouissait tranquillement des fruits de son assassinat; et ce n'est que longtemps après qu'on découvrit que le meurtrier était un des valets de chambre de la victime. Pour réprimer la licence dans la campagne de Rome , le Pape y envoya Falconieri , homme intègre et rigide, avec ordre de faire main-ba>se sur les brigands; il en prit plusieurs, el par la bonne justice qu'il en lit, il dissipa bientôt tous les autres.
De nouveaux malheurs exigèrent de nou-' veaux soins : les eaux du Tibro crûrent si excessivement par la fonte des neiges dont l'Apennin était couvert, et par des pluies continuelles , que les parties de la ville de Rome qui sont en plaine en furent inondées, el qu'il y fallut enduire des bateaux pour porter des vivres à ceux qui étaient comme assiégés dans leurs maisons. La môme désolation régnait au loin dans la caui|»agne, où plusieurs seraient morts de faim, si le Pape n'eût détaché plusieurs barques qui portaient des vivres partout : mais les eaux ne s'écoulant point depuis près de IroU semaines, el les médecins