AI.B
Autorisés par des induits ol des concessions du Saint-Siège. Après avoir ainsi détruit les prélentions de l'empereur, le Saint- Père voulut qu'on traitât celte matière à fond , qu'on la prit dans son origine, qu'on la sujvîl dans ses progrès, et que par un exposé de tout ce qui s'était {passé à col égard dans tout le temps où il en avait été question, la nouveauté do l'entreprise parût dans son jour. Corradini, depuis cardinal, fui chargé de ce soin.
Cette discussion engagea le Pontife dans de pénibles recherches : comme il avait coutume de tout faire par lui-même, il était allé fouiller jusquo dans les sources, les autorités sur lesquelles il établissait son droit, et ce travail, joint à la multiplicité de ses occupations ordinaires, avait considérablement altéré sa santé;llful si malade sur la fin de l'hiver, qu'il avait une peine extrême à se soutenir sur ses jambes; ce fut là comme le premier prélude du dépôt qui s'y forma et qui le conduisit au tombeau. On ne put néanmoins jamais venir à bout de lui faire prendre ce qui pouvait soulager le mal. Il répondait à ces invitations, que plus tôt il finirait ses jours, plus tôt aussi son sacrifice serait consommé, et qu'il était à désirer qu'il céddl au plus tôt la place & quelque autre qui la remplirait mieux que lui ; mais qu'il prétendait mourir au lit d'honneur et dans l'accomplissement de ses devoirs.
Quelque grand cependanlque fût son courage dans les douleurs qu il souffrait, il sentit que ses forces ne pourraient pas toujours l'égaler, s'il ne cherchait du secours dans les congrégations où se traitent d'ordinaire les principales affairesdu Saini- Le nombre des cardinaux se trouvait
bien diminué : il y avait vingt places vacantes dans le Sacré Collège. Il était temps de remplir un si grand vide. Le Saint-Père y apporta les plus grandes précautions. Il s'agissait de faire choix d'une vingtaine de sujets qui, par leur méri.'e et leurs vertus, lissent honneur au Saint-Siège, et qui, par leurs lumières fussent en état de le servir. De ce nombre, il s'en trouva plusieurs qui,
Kr l'innocence de leurs mœurs et par ustérilé de leur vie, auraient pu faire confusion aux plus fervents religieux.
C'esi en mai 1706 qu'il tint le consistoire dans lequel il lit sa promotion. {Voy. aux promotions.) De ces vingt cardinaux, Filipucci refusa constamment l'honneur que le Pape venait de lui faire ; ni les prières, ni les instances, ni les offres réitérées de lui donner des secours pour soutenir sa nouvelle dignité, ne purent le résoudre a 1a lui faire accepter : c'était un saint qui, par une piété éminenlo, s'était mis au-dessus de toutes les grandeurs humaines. Mais plus il était solidement vertueux, plus le Saint-Père l'aurait souhaité dans le Sacré Collège; pour ajouter à l'ornement de celte auguslo assemolée. Clément XI commit treize cardinaux pour examiner les raisons de son refus ; il les leur lit déduire en plein con-
sistoire, et il ne les accepta que lorsqu'il vil tous les cardinaux persuadés qu'il ne devait plus les rejeter. Filipucci fit plus ; il saisit cette occasion pour se démettre d'une charge considérable qui lui pesait depuis longtemps, et pour vaquer tout entier à la grande affaire do son salut. Une pension de mille écus lui fut assignée, pour qu'il eût le moyen de faire de bonnes œuvres. Sa place de cardinal fut donnée à Michel-Ange Conti , depuis Pape sous le nom d'Innocent XIII. Les cardinaux auraient fort souhaité que, dans une si nombreuse promotion. Sa Sainteté eut réservé une place pour Annibal Alhani, son neveu; il avait do l'esprit et des talents, un Age à s'employer utilement pour le Saint-Siégo; c'eût été pour plusieurs un moyen sûr de parvenir plus facilement jusqu'à l'oncle, el c'eût été pour l'oncle même un secours toujours présent dans ses travaux. Les cardinaux s'étaient toujours contentés de lui proposer sa promotion comme une chose qui convenait à tous égards; ils l'avaient ensuite pressé de l'accorder à leurs instances : mais le Pape s'en était tenu à dire qu'en qualité do son neveu, Annibal Alboni ne devait attendre de lui aucune marque de distinction; que, s'il continuait à remplir l'attente qu'on avait conçuo do lui, il no prétendait pas l'exclure des dignités qu'il pourrait mériter dans la suite : mais qu'il n'y parviendrait, comme les autres, qu'après les avoir bien méritées.
Le soir du même jour où il avait fait sa promotion, ceux des cardinaux qui se trouvaient dans Rome, allèrent, suivant l'usage, prendre de sës mains , les marques extérieures de leur nouvelle dignité; ils se rendirent tous, en corps, au Vatican, ayant à leur tète Martelli qui, portant la parole, remercia le Pape au nom de tous. Clément XI qui, le malin, leur avait envoyé la calotte, à l'issue du consistoire, leur donna alors le chapeau rouge, l'habit de la même couleur, et le camail qui devait être la marque de leur juridiction ; puis, saisissant ce moment pour leur expliquer ses intentions, il leur fil un discours, qu'on eût d'autant plus soin de recueillir, qu'il paraissait comme une espèce de prophétie des malheurs où l'Ilulie allait être replongée.
Ses prédictions ue lardèrent pas a s'accomplir, et les nouveaux cardinaux ne furent pas longtemps avant de sentir tout le poids de leur dignité : presque eu un même temps tous les Etals d'Italie, et, en particulier ceux du Pape se trouvèrent allligés de différents fléaux, qui curent de quoi ébranler les plus grands courages.
D'abord ce furent les Allemands qui renouvelèrent toutes les douleurs. Après tout ce qu'il avait fait pour eux, en portant Louis XIV à leur faire rendre tout ce qui leur avait été enlevé par l'armée française, Clémenl XI espérait qu'ils n'entreraient plus à main armée dans ses Etals; mais ils pénétrèrent de nouveau dans la Komagne, enlevant tout le bétail, pillant tout ce qui se
portait aux marchés publics, chassant les habitants de leurs maisons, pour s'y établir eux-mêmes. Les luthériens de l'armée commirent tous les excès, profanant les églises
fiar les plus énormes sacrilèges : ils en encrèrent tous les ornements; ils dépouillèrent les autels, volèrent les calices, brisèrent les tabernacles, violèrent les ciboires ; ils mirent le feu aux* églises, pour livrer aux flammes tout ce qui n'avait pu faire la matière de leurs rapines.
Si ces profanations étaient horribles, la vengeance en fut prompte : la terre en trembla de nouveau dans toute l'Italie, et tous les éléments s'y confondirent. Rome, il est vrai, fut préservée de ces nouveaux tremblements de terre; et on peut croire qu'elle devait celte grâco aux prières de son Pontife. Mais les plus vives secousses se firent sentir aux environs de celle capitale, d'où elles s'étendirent aux extrémités de la fouille. Les Samnites et les peuples voisins en reçurent des plaies que le temps n'aurait pas encore refermées sans les secours qu'on leur envoya. La ville de Salmone, au royaume de Naptes, fut presque entièrement renversée: la plupart de ses habitants périrent misérablement sous ses ruines, et de la cathédrale il ne resta pas pierre sur pierre.
C'est du côté de Ferraro et de Ravenne que s'étaient commis dans la Romagne tous les- sacrilèges dont on vient d« pa..»*- c'est là aussi, comme 5 la source du mal, que le châtiment se montra plus terrible. De tous les fleuves voisins, les eaux, sortant de leur lit, se répandirent an loin dans les campagnes. Le Pô, rompant ses digues en plusieurs endroits, inonda trente à quarante lieues do pays, renversant les édifices, arrachant les arbres, emportant tous les fruits, et couvrant de va s t os plaines. Par là, ceux qui auparavant avaient porté leur avidité jusqu'à voler sur les autels , ne trouvèrent plus aux environs de leur camp un seul pouce du terre où ils pussent l'airo pat Ire l'herbe à leurs chevaux. Les habitants étaient dans la désolation. Les troupes allemandes allèrent poser leurs quartiers d'hiver dans tous les lieux qui, par l'élévation de leur terrain, se trouvaient hors de l'atteinte de l'inondation, et pour suppléer aux approvisionnements qu'elle leur avait enlevés, ils mirent tout le pays à contribution.
L'Italie n'en fut pas quitte pour tant de maux : vers le milieu du printemps, il se mit dans la moisson une rouille qui la dé- Yora. A P« saro, à Orviéto, à Ancône, à Firentino, chez les Berniques et chez les Volsques, il s'alluma dos lièvres pestilentielles qui, en quelques endroits, enlevèrent plus de la moitié des habitants. Les pluies tombèrent, en quelques autres contrées do l'Italie, en si grande abondance, que tes champs en furent ravagés, des édifices abattus, des terroirs rendus semblables à des étangs. De toutes ces eaux, il naquit des essaims de .moucherons nui, par
leurs piqûres, étaient également insupportables aux bêtes. Enfin l'air se corrompît, et il répandit de tous côtés une contagion qui emporta beaucoup de monde.
Il n'en fallait pas tant pour briser un cœur comme relui de Clément XI : sans s'arrêler néanmoins à gémir sur de si grands désastres, il ne songea qu'à y porter remède; la profanation des églises l'affligeait plus que tout le reste : aussi est-ce ce qui attira d'abord son attention. Il fallait rendre aux autels ce qui leur avait été enlevé, et éloigner de la Romagne les troupes allemandes. Il se chargea du premier point, et il entreprit d'engager l'empereur à lui accorder le second.
Il envoya quelques-uns de ses camériers qu'il chargea de grosses sommes d'argent, avec ordre de rendre aux églises l'équivalent de ce qui leur avait été enlevé; ils indemnisèrent les habitants de toutes les pertes qu'ils avaient subies, et ne rentrèrent à Rome qu'après avoir réparé tous les maux soufferts par la province. Clément entra alors en pourparlers avec l'empereur : il so plaignit de ce que, contre la parole donnée, les troupes allemandes étaient venues se cantonner dans ses Eiats ; de ce qu'elles y levaient des impôts également injustes eh eux-mêmes et onéreux à ses sujets, de co qu'elles y avaient commis, à la suite du mille brigandages, des sacrilèges déplorables. L'emp. reur Joseph avait toujours sur le cœur la légation que le Pape avait adressée au roi d'Espagne pour te complimenter sur son arrivée : il répondit, sur la profanation des églises, qu'il la détestait comme lui ; mais que le crime en était tout entier aux luthériens qui servaiont dans son armée, et qu'on n'avait pu contenir. Quant à l'irruption de ses troupes dans les Etats pontificaux, il dit qu'ello était la suite inévitable do la guerre.
Clément XI ne se rebuta point, et renouvela ses instances. L'empereur craignit que s'il s'obstinait à laisser ses troupes dans les Etats du Sainl-Siége, le Papo, pour les en chasser, ne se liguât avec tous les princes d'Italie, et qu'il ne so jetât dans le parti du roi d'Espagne. Il avait besoin du passage libre de ses Iroupes, dans l'Etat ecclésiastique pour les envoyer à Naples, et i! n'avait pas besoin qu'on lui aliénât des esprits qui paraissaient déjà assez disposés à*secouer le joug de la domination allemande. Il répondit donc au Pape qu'il fallait excuser dans ses généraux la nécessité qui les avait contraints d'entrer dans la Romagne pour y faire subsister son armée ; il promit qu'à l'avenir la discipline militaire serait mieux observée, et qu'il ferait bientôt sortir ses Iroupes de la Romagne. Clément ne perdit pas de temps à profiler de ces premières dispositions de I empereur. Il dépêcha Riviera. depuis cardinal, auprès des généreux allemands. Dans la situatiun où étaient les choses, on n'eut pas de peine a écouler ses propositions; on convint de certaines conditions au moyen desquelles
DUS CAKDIN.irX.
1*7 A LU
les Impériaux sortirent de la Romaguc cl du territoire de Bologne.
Les tremblements de terre, la rouille qui s'était mise dans In moisson, les pluies et les maladies avaient causé de grands dommages; le Saint-Père voulut y remédier :de grosses sommes furent distribuées à ceux qui avaient élé les plus mallrailés; il en envoya une considérable a Sulmone, pour aider à en rétablir la cathédrale : mais remontant toujours è la véritable origine du tant de malheurs, il s'efforça surtout de corrigeras mœurs, et pour y réussir pins sûrement par le bon exemple des ecclésiastiques, il s'appliqua à les réformer euxmêmes.
Leduc deHanevre venait de recevoir (1707), à la diète de Ralisbonne , le titre d'électeur du Saint-Empire; on le lui avait conféré presque a la totalité des suffrages : comme U était de l'intérêt de la religion de ne pas grossir le nombre des électeurs protestants, le Pape fut fâché d'une pareille résolution ; il s'en plaignit b l'empereur, et il blâma vivement Lothaire, archevêque électeur de Mayence, prince et chancelier du Saint- Empire, non-seulement de ce qu'il ne s'y était pas opposé, mais encore de ce qu'il y avait concouru par son suffrage.
Les protestants prouvèrent aussi du besoin que l'empereur avait de leurs troupes; ih le pressaient de leur rendre les temples qu'on leur avait autrefois enlevés en Silésie , et priaient Charles XII , roi de Suède , dont l'empereur redoutait la puissance et la valeur, de joindre ses instances aux leurs. Le monarque suédois faisait dors la guerre à la Pologne : son voisinage inquiétait extrêmement Ta cour de Vienne , et il inspirait en même temps une nouvelle ardeur aux luthériens. A la vérité, lu Pape rendit inutiles lous les efforts qu'ils tirent auprès de l'empereur; mais il ne lui fut pas possible d'empêcher les succès qu'ils eurent sur le roi Auguste. Les ministres de co monarque venaient de conclure, h All-Kanstad, un traité où, après avoir renouvelé certains articles de la paix de Weslphalio que le Saint-Siège a toujours rejetés , on interdisait aux ecclésiastiques l'entrée dans la Saie et la Lusace, avec défense aux Catholiques d'y bâlir des églises, ou d'y établir des rolléges pour l'éducation de la jeunesse. 0 i y dépouillait de leurs bénéfices plusieurs sujets que le Pape môme en avait pourvus selon son droit, et ou décernait à la puissance séculière lu pouvoir de les conférer à d'autres. Il fallut du temps au Pape pour remédier h ces maux,
Clément XI fut plus heureux contre les protestants de la Hollande qui s'efforçaient d'arrêter les progrès que faisait aux Indes la religion. Depuis longtemps on avait nommé un archevêque à Cranganor. Sa présence y était d'autant plus nécessaire, qu'il y devait gouverner une des plus grandes portions de l'Eglise qui soient aux Indes : les Hollandais s'y opposaient fortement. Tièsl uissants en co pays par la richesse de leur
ALB UScommerce, ils avaient toujours réussi a l'empêcher d'y prendre possession de son siège. Pierre, roi de Portugal, élait mort, et le Saint-Siège avait perdu en lui un princo zélé pour la religion. Clément XI , en particulier, regrettait en lui un ami , dont il avait fait le plus grand éloge en plein con sisloire, dès qu'il eut appris la nouvelle de sa mort. Le prince royal Jean , son fils, qui lui avait succédé sur le trône, faisait revi vre ses vertus. Le Pape le pria d'agir auprès df*s états généraux pour obtenir d'eux que l'archevêque pût librement faire les fonctions île *on ministère auprès d'un peuple qui l'appelait de tous ses vœux. Tout réussit au Pontife comme il l'avait désire.
Il n'en fut pas ainsi dans une autre partie de l'Inde et à la Chine , où il avait , depuis plusieurs années, envoyé le légal de Tournon.— Voy. Touhso*.
Cependant le czar Pierro le Grand envoya a Rome un ambassadeur; c'était te prince Kourakin , homme d'une grande dextérité dans les affaires politiques. Son entrée dans celte capitale, au plus fort de l'hiver, après un voyage si long et si difficile dans nue si rude saison , donna beaucoup à penser à lous les princes d'Italie, qui se perdirent eu conjectures. Mais le principal objet de son ambassade roulait sur les affaires de la religion.
Le czar n'était pas éloigné d'embrasser la foi catholique : mais il faisait dépendre sa conversion de certaines conditions qui ne marquaient encore en lui que des vues humaines. Néanmoins il lit dire au Cape qu'il avait formé le dessein de permettra à ses sujets, dans toute l'étendue de ses Etats , l'exercice libre et public do la religion catholique; qu'il avait déjà accordé aux Capucins la liberté de s'établir dans la capitale ; qu'il y appelait des Jésuites pour leur couder, en divers collèges , l'instruction du la jeunesse, et que le passage serait désormais ouvert dans sou empire à lous ceux des missionnaires oui , de toutes les parties de l'Europe , voudraient se rendre par terre à la Chine et aux Indes pour y prêcher l'Evangile. La joie qu'en eut Clément XI ne contribua pas peu à tempérer la douleur que lui avaient causée les nouvelles de la Chine. Celle solennelle ambassade fut suivie d'une autre qui ne lui donna pas moins de consolation ; c'était Auguste, roi de Pologne, uni lui envoyait le baron de Schenk, pour I clair.er sur le traité d'Alt-Ranslad , qui lui avait causé tant du peine. Ce prince sentait que Clément XI en aurait conçu les plus grandes inquiétudes, par rapport à ce qui y avait été stipulé sur quelques points de religion, et il ne voulait, ni lui laisser soupçonner qu'il y eût de sa faute , ni aussi lui laisser ignorer la détermination où il était de corriger, à la première occasion, ce qu'il y avait eu de défectueux. Il lui lit donc savoir qu'au moment où il avait eu connaissauce du traité, il avait compris combien la religion aurait h souffrir do certaines conditions qu'on y avait insérées , et qu'il so
lUCTlO.NNAIRK
serait bien gardé d'admettre , s'il avait été en son pouvoir de les rejeter. Se* ministres avaient tout fait à son insu ; ils lui avaient Mché leurs menées, dont il n'avait été instruit que lorsqu'il ne lui était plus possible d'y remédier. Pour les punir de leur perfidie, il était résolu de les desliluer de leurs emplois : ce qu'il fil en effet. Pour donner plus de poids à ses discours, l'ambassadeur remit au Pape la minute d'un manifcsip que le roi allait répandre , et qu'il répandit en effet dans toutes les cours d« l'Europe ; il y parlait du traité d'Alt-Ranslad, comme d'un acl«* rxlorqué par surprise, accepté par mntrainte, et préjudiciable à la religion. Ces assurances tirent d'autant plus de plaisir a Clément XI , qu'elles lui donnaient lieu d'espérer que, selon sa promesse, le roi Auguste ferait élever le prince électoral de Saxe, son Ois aîné, dans la foi orthodoxe.
Dès que ce monarque eut appris combien le Pape était content de ses sentiments, il résolut de faire éclater sa foi par de nouveaux témoignages. Il se trouvait alors à Dresde dans ses Etats de Saie ; près de son palais était un théâtre, le plus grand peutêtre qui fût en Europe. Il en (il une église , qu'il consacra a l'usage «les Catholiques, 'et travailla lui-même aux magnifiques peinlulures dont il l'embellit. L'ouvrajçc terminé, le cardinal de Saxe en fit lui-même la consécration , et il ouvrit la cérémonie avec le plus pompeux appareil; il y célébra la cérémonie de la Pâque; il y officia plusieurs fois pontificalement, donnant les sacrements du baptême et de la confirmation aux enfants , et distribuant la communion aux adultes.
AilVnrs Clément XI eol quelques maux a guérir. Dans le royaume de Naples , les Espagnols avaient usurpé quelques droits qui blessaient le pouvoir et l'autorité de l'Eglise. Clément XI s'adressa au duc d'Escalona, vice-roi pour Philippe V, et, par son moyen, il fit rentrer les usurpateurs dans les bornes de leur devoir. En Savoie, il s'était glissé quelques abus contre les immunités de l'Eglise. Dans le Parmesan et le Plaisantin , relevant du Saint-Siège , les Allemands forçaient les prêtres mêmes d'aller recueillir les provisions qui se faisaient pour leur armée. Après en avoir inutilement porté ses plaintes a l'empereur et au duc do Savoie, le Pape condamna do pareilles entreprises ; il publia en plein consistoire la censure qu'il eu avait porté, et il lea fil cesser. L'archevêque d'Embrun, Charles de Genlis, prétendait soustraire à tout© juridiction immédiate du Pape, la partie de son diocèse située dans la Savoie, quoique le Sainl-Siége y ait toujours eu des prérogatives particulières : il s'éleva contre les ordonnances publiées par lo nonce de Turin ; il s'immisça dans le gouvernement du diocèse de Nice : enfin il en était venu jusqu'à porter devant les magistrats du Piémont des affaires qui ressorlissaienl uniquement de la puissance spirituelle. Par un seul bref, Clément XI fui ouvrit les yeux sur l'injustice
ALB t:o
do ses prétentions, et il le détermina à s'en désister.
Le roi d'Espagne avait résolu d'envover en France ceux des principaux de ses sujets qui étaient accusés de jeler le Irnnble dans ses Etals, avec prière à Louis XIV de les enfermer dans des citadelles, pour leur ôlor tout moyen de remuer, même de loin. Do ce nombre étaient Guzman , patriarche des Indes; Salas, évêque de Barcelone; Sandoval , évêque de Ségovie ; Frias , membre du tribunal de l'inquisition, et plusieurs autres dignitaires ecclésiastiques. Sans s'opposer au juste dessein qu'avait le roi d'Espagne de prendre tontes s^s sûretés à leur égard pour prévenir de plus longs troubles dans ses Elats, lo Saint-Père lui représenta quo les lois do l'Eglise pourraient se trouver blessées de celte détention ; mais il s'offrit de les attirer à Avignon , de répondro de leurs personnes, de leur abandonner cependant la ville pour prison , et de lais<er libre cours à la justice , pour qu'ils fussent jugés selon les règles canoniques. Philippe V s'en montra si satisfait, qu'il les lui envoya dans le Comtat , et qu'il lui laissa le s<ù'n d'approfondir leur cause. Le Pape examina dans la dernière rigueur les plaintes articulées conlre eux ; il les fil jouir cependant de leurs revenus qu'on avait tous séquestrés. Guzman mourut à Avignon ; l'évêquo de Ségovie y demeura cinq ans, après lesquels il retourna dans son évêché; Salas fut fait cardinal, et alla mourir à Rome. Parmi ceux qui restaient, plusieurs furent renvoyés absous , et les autres furent punis , sur le jugement du Pape, d'une manière proportionnée a leurs fautes : parce moyen, la révolte fut châtiée, et la juridiction de l'Eglise préservée de toute atteinte.
Le Pape porta son attention jusque sur ceux des prêtres espagnols qu'on s'était contentés de bannir de leur patrie, sans leur ôler ailleurs la liberté. Il voulut savoir quels étaient parmi coux-là les téméraires qui s'étaient soulevés conlre leur roi, et les imprudents qui , sans mauvais desseins, avaient donné lieu a leur oxil. Il convint toutefois qu'il avait été sage au prince d'écarter les uns et les autres, et qu'il y aurait eu du danger à les rappeler en Espagne, tant que les troubles ne seraiont pas emièreraent apaisés ; mais il demanda qu'on mit quelque différence entre les plus et les moins coupables : et comme ils avaient tous perdu leurs revenus, il obtint qu'on les fit toucher dans le lieu de leur bannissement à ceux qui se trouvaient seulement accusés d'avoir manqué de circonspection dans leurs discours. Il obtint aussi qu'on usât de quelquo indulgence envers ceux dos prêtres qu'on avait, pour les mêmes raisons, surchargés, d'impôts dans les royaumes d'Aragon et de Valence, où la rébellion était plus déclarée; il contint dans lo devoir l'archevêque de Saragosse, qui avait entrepris de la fomenter. Ën vue de l'y contraindre, il lui donna deux mots pour réparer le mal qu'il avait fait , dans uue
A LU
DK'TIONN AIKK
A LU
lettre où il prêchait la révolte au clergé, et où il enseignait des maximes toujours réprouvées par l'Eglise ; et , faute d'y avoir été par lui pleinement satisfait , il déclara qu'il allait agir conlre lui selon toute la ri-
veau roi, el on assurait que le clergé y allait bientôt procéder è la tête de tous les ordres du royaume.
Les Hongrois ont toujours eu one grande déférence pour le Saint-Siège ; saint Etienne
gueur des canons. L'archevêque obéit, et le mit autrefois tonte la Hongrie sous la proteo
roi d'Espagno se sentit si obligé de cette al- tiondesniul Pierre. L'empereur ne l'ignorait
tcniinn du Pape à contenir dans le devoir pas ; il recourut au Pape, le priant d'inter-
les prêtres espagnols , qu'il promit de lui poser toute son autorité, pour lâcher d'arrê-
témoigner en toute occasion sa reconnais- ter les progrès du soulèvement. Le Pape en
sance. Tant d'équité dans le Saint-Père lui écrivit aux évêques et aux aulresdignituires
avait gagné les cœurs des rois de France et ecclésiastiques, blâmant ceuxd'enlr eux qui
d'Espagne : l'un et l'autre lui écrivirent qu'il avaient part a la révolte, leur défendant d'as-
venait de naître à Madrid un prince des Asturies. A cette nouvelle, Clément XI y envoya Pallavicini, pour complimenter Philippe* V sur la n&issance de son Gis, el pour lui présenter les langes.
Les ministres protestants assemblés à Augsbourg venaient de répandre un écrit où on lisait les propositions suivantes : « Qu'entre la confession d'Augsbourg et la religion catholique il n'y a aucune différence notable, et qu'on peut se sauver dans l'une comme dans l'autre; ainsi décidé à l'occasion du mariage d'un certain roi catholique avec une princesse de la religion évangélique. > La princesse dont ils (variaient, , était Elisabeth Christine, princesse de Wolfenbulcl ûlle du duc de Brunswick elde Lunebourg, promise à Charles, archiduc d'Autriche, et frère de l'empereur Joseph.
Le public ne s'arrêta qu'à l'aveu formel des ministres protestants, qu'on peut se sauver dans la religion catholique, pour en inférer qu'elle est au moins la plus sûre, puis qu'on est d'accord également de part et d'autre qu'on peut s'y sauver; mais Clément XI alla plus loin. La princesse lui avait écrit pour lui apprendre sa soumission à l'Eglise et pour le reconnaître comme son chef dans la religion sur la terre. Le Pape voulut qu'elle s'expliquât nettement sur l'autre membre de la proposition des ministres protestants, et il lui Gt dire qu'elle eût à reconnaître qu'on ne peut pas se sauver dans la confession d'Augsbourg ou qu'elle n'aurait de lui aucune réponse. Elle le Gt avec cette sincérité qui ne s'est jamais démentie en elle. Elle abjura toutes ses erreurs, dans la métropole de Mayence, entre les mains de l'archevêque électeur. Le Pape lui répondit dans toute l'effusion de son cœur.
Depuis longtemps, il se formait en Hongrie on parti de factieux qui ne cherchaient qu'à secouer le joug. Ils ne connaissaient rien de sacré : après s'être turoulluairement soulevés conlre le trône, ils violaient la sainteté des églises : non contents d'en saisir les revenus, ils disposaient de ses domaines, pour subvenir aux frais de la guerre qu'ils projetaient de soutenir conlre leur propre souverain. La guerre d'E<pagne et d'Italie, qui occupait toutes les troupes de l'empire, redoublait leur audace. Ils en vinrent jusqu'à publier des ordonnances où, de leur chef, ils disposaient également des droits de IVmpereur et de ceux du Pape: ou parlait hautement de se donner au nou*
sister à aucune assemblée qui pût fomenter la cabale, et les menaçant de tout le poids des censures, s'ils persistaient. Ce. qu'on avait vu autrefois, qu'au seul nom du Pape les divisions intestines avait entièrement cessé en Hongrie, on le vit encore alors. Dès que le cardinal de Saxe-Zeitz.évêque de . Raab, et primat *du royaume, eut communiqué aux ecclésiastiques les lettres de Clément XI, ils les reçurent avec vénération. L'exemple du clergé du premier ordre entraîna tous les autres ordres de l'Etal : les ordonnances séditieuses furent révoquées, el on n'eut plus do soulèvemeul à craindre. L'empereur ressentit le service que Sa Sainteté venait lui rendre ; du moins il en profita: mais pour tout remerctmenl, il ne lui envoya que des plaintes, comme si en assoupissant les troubles de Hongrie, le Pape y eût affecté la souveraineté.
Le monarque signa peu après, avec le roi de Suède, un traito où l'on enlevait plus do cent églises aux Catholiques, particulièrement dans la Silésie : ou les donna toutes aux protestants. Pour adoucircependant un si violent article de la convention, il y fui inséré qu'Userait libre aux Catholiques d'annoncer l'Evangile aux peuples qui ne l'avait pas encore reçu, et de construire de nouvelles églises, pour remplacer celles qui leur étaient enlevées : le Pape, affligé d'un tel traité, écrivit aux Eglises intéressées.
L'empereur averti des eiforts du Pape pour empêcher l'exécution du [traité, et de la disposition où étaient ses propres sujets catholiques, de périr mille fois plutôt que d'y acquiescer, n'eut pas de peine à concevoir que, dès que tes troupes de Charles XII se seraient éloignées, les Catholiques rentreraient à force ouverte dans tous les
IM>sles qu'on leur avait ravis: il écrivit au »npe de sa propre main, que ce qu'il avait accordé aux Luthériens, étaient des concessions forcées ; qu'il avait été contraint de plier sous la volonté du roi de Suède ; mais qu'il espérait effacer un jour la tache qu'il venait d'imprimer à son nom, en signant des conditions si peu convenables. Clément XI n'hésita pas à lui répondre que, parmi les articles du traité. • Il n'y en avait point dont on eût paru vouloir moins prendre la défense que de ceux qui concernaient la religion catholique. •
L'empereur le sentait ; mais il n'avait pu faire autrement. D'ailleurs il avait une espèce d'aversion conlre le Pape, qu'il croyait porté
fî5 ALB DES CA
pour le roi d'Espagne. Il no lui accordait que le moins qu il pouvait. Il fallut tontes les instances, toutes les importum'tés du P(»utife pour le faire consentir à rétablisse* meut, à Linlx, d'un collège destiné h déjeunes Orientaux qui, retournés dans leur pays, pussent y répandre la foi qu'ils auraient comme sucée en Allemagne. [1708) .
Le conseil de Brabant favorisait ouvertement le jansénisme : sur l'avis que lui en donna l'archevêque de Malines, le Pape pria l'empereur de vouloir bien réprimer une pareille licence dans Ses magistrats séculiers, et leur apprendre qu'en matière de foi, ils n'ont d'autre parti a prendre que celui de se soumettre. Leduc de Hanovre se trouvait alors à Hildesheim, ville de l'électoral doMayence. Il voulut favoriser en ce pays les coreligionnaires. Sachant que l'empereur avait besoin d'argent pour l'entretien de ses armées il offrit de lui prêter une somme considérable, a condition qu'on lui donnerait en gage les droits et les revenus dt l'évêchéd'Hildesheim. Dès que le Pape en fut instruit, il traversa ce projet de toutes ses forces et réos>it à le faire échouer.
Cependant on s'efforçait de donner de la vogue a un écrit du P.Quesnel, de I Oratoire, intitulé: Le Nouveau Testament en fronçait, met des réflexions morales sur chaque verset.Le livre contenait des propositions identiques a celles qui avaient élé déjà condamnées par les décrets des conciles et des Souverains Pontifes dans Jean Huss, Calvin, Luther, Bains, Jansénius et autres. Clément XI porta, en juin 1708, un décret par lequel il condamnait ce livre comme « contenant une doctrine et des propositions séditieuses, téméraires, pernicieuses, erronées, déjà condamnées, et respirant manifestement l'hérésie de Jansénius. » Le décret du Pape ne fut pourtant pas reçu en France, à cause de certaines clauses.
Clément XI vint aussi à bout de détruire, au moins en grande partie, les abus et les empiétements qui s'étaient introduits dans les duchés de Berg et de Juliers ; mais il lui fallut des années pour remédier à tant de maux. Il assoupit encore une nouvelle persécution qui s'élevait dans la Grande-Bretagne contre les Catholiques . C'était à l'occasion d'une descente que Jacques III, connu sous le nom du Prétendant, avait voulu tenter en Ecosse, où il avait des intelligents, et qui avait échoué par suite d'une maladie qui lui survint au moment de s'embarquer. La reine Anne, sa sœur consanguine, en conçut du ressentiment : elle commençait a sévir contre les Catholiques; ruais c>ar les soins de Clément XI, elle prit le parti de dissimuler, et la persécution cessa.
Le comte de Daun, vice-roi de Naples pour l'empereur, qui dopuis peu s'était rendu maître de ce royaume, demanda au Pape la permission de laire passer quelque cavalerie sur ses terres. Il désira gue le psss.ige lui fût libre par la Marche d Ancône et la Romagoe, pour aller de Naples dans la
niNAUX. MB m
Lombardie : il l'qssura que les cavalois n'excéderaient pas le nombre de deux mille: qu'ils ne se détourneraient point de la route qui leur aurait été marquée, et qu'ils n'y feraient aucun dég/lt.
La demande ne laissa pas d'être fort dure pour le Pape. Les pays qui, dans l'Etat ecclésiastique, bordent \% mer Adriatique ne sont pas propres à l'entretien de la cavalerie; c'est cependant la route qu'on lui demandait par ses Etats. On était alors au printemps : il s'en fallait beaucoup que le foin et les avoines fussent à maturité; les campagnes d'ailleurs n'en sont pas fort pourvues : les moissonner avant le temps, c'était causer une perle considérable. Le Pape n'avait pas oublié les ravages des troupes allemandes. Il fit exposer toutes ces considérations au comte de Daun. Cependant, pour prouver sa bonne volonlé, nonseulement il acrorda le passage demandé, mais il donna des ordres pour qu'on préparât sur !a route tout co qui était nécessaire à l'entretien de deux mille cavaliers. On convint de la somme que donneraient les Allemands pour payer les frais de leur passage, et le vice-roi se déclara satisfait.
Clément XI croyait avoir mérité les actions de gr/lces de l'emperêur et de l'archiduc, lorsqu'il apprit que, par l'ordro de co dernier, on avait publié à Naples et à Milan un édit portant défense h qui que ce fûi de ces deux nations, de faire passer aucune espèce d'or ou d'argent dans les Etals pontificaux. Peu de jours après , on en publia un second, par lequel il était ordonné de saisir les revenus de tous les ecclésiastiques oui, ayant des bénéfices dans le Milanais et dans le royaume de Narles, n'y faisaient pas actuellement leur résidence, et de les tenir séquestrés jusqu'à nouvel ordre. C'était, en grande partie, s'emparer des revenus des cardinaux et de là prélature romaine.
Sur de telles nouvelles, le Pape étonné en fit demander la raison au cardinal Grimani, chargé des affaires de l'empereur auprès du Saint-Siège. Le cardinal dit confidemment que c'était pour user de représailles envers le Pape, de ce que, quand l'archiduchesse avait traversé l'Italie pour aller joindre le prince son époux, à Barcelonne, Sa Sainteté ne lui avait pas envoyé un légal sur sa route pour la complimenter comme reine d'Espagne. Ce qu'il y avait en cela de plus incompréhensible, c'est que, quand le Pape s'était mis en devoir de députer vers cette princesse, c'étaitee môme cardinal Grimani, qui l'avait détourné de ce dessein par les demandes peu convenables qu'il lui lit à ce sujet, et par l'assurance qu'il lui donna qu'il valait mieux ue rien faire du tout. Le Pape n'avait pas encore reconnu Philippe V pour roi d'Espagne, quoiqu'il fût en possession de sou royaume, et le cardinal Grimani voulait qu'il reconnût pour reine l'archiduchesse qui n'y avait pas encore mis le pied. C'est sur cela que lu cardinal Grimani l'avait assuré qu'il valait mieux n'adresser à la prin-
ttri ALB DICTIO:
cesse aucune légation, et que la cour de Vienne en saurait encore plus de gré. Daus un écrit. Clément XI exposa les raisons qu'il avait eues, comme Père commun des fidèles, fie ne pas se déclarer pour l'un des deui princes plutôt que pour l'outre; de leur offrir cependant sa médiation, comme il avait fait, pour lâcher du terminer leurs différends è l'amiable ; et, n'ayant i>u y réussir, d'attendre les événements pour reconnaître celui des deux è qui la couronne d'Espagno demeurerait. Ces raisons furent goûtées par les cours de Vienne et de Madrid où on les envoya. Mais la perfidie du cardinal tirimnni n'en devait pas rester là.
Celles des troupes impériales qui devaient aller do Naples dans la Lombardie, traversèrent les Etats pontificaux sous la conduite du comte de Bonneval : mais après être sorties de la Romagne, elles y rentrèrent, comme en pays ennemi, sans pourtant avoir déclaré la guerre au Pape. Elles se saisirent de Commachio, place forte appartenant au Saint-Siège; elles y établirent une nombreuse garnison, arborèrent l'étendard do l'empire; et s'y logeant comme dans uno forteresse qu'ils auraient priso de bonne guerre, dès le lendemain elles voulurent courir la campagne pour piller aux environs tout ce qui se serait trouvé à leur portée. Mais le cardinal Casani, légat dans Ferme, ayant été averti, et ayant fait venir à la hâte quelques troupes du voisinage, leur donna la chasse et les repoussa dans leur fert.
Clément XI écrivit à l'empereur; il réclama au nom de l'équité, au nom des lois divines et humaines. Joseph temporisa; il répondit qu'il ferait de son mieux pour donner satisfaction ; ensuite, se voyant pressé tle tenir sa parole, il donna des promesses vagues et ambiguës. Enfin, forcé de s'expliquer, il déclara que «Commachio, avec toutes ses dépendances, appartenait à son empire; qne Clément Vlll n'avait pu légitimement l'acheter de la maison d'Esté, à laquelle les empereurs Pavaient autrefois <lonnô avec pouvoir do le racheter euxmêmes; que ses prédécesseurs pouvaient «voir vu sans envie une ville riche et un pays si fertile dans les mains des Papes ; mais qu'aujourd'hui celle place devenant nécessaire pour ses intérêts d'Italie, il prétendait user de son droit de la reprendre, et Ja garder après l'avoir reprise. »
JÏ ordonna donc que les habitants de Commachio et de tout son territoire eussent a lui prêter serment de fidélité, comme à leur seul et légitime souverain. Pour empêcher que le Pape ne le reprit, il fil défiler 22 mille hommes du côté du Bologne et de Ferrare. C'est là que ses troupes avaient commis peu d'années auparavant de si grands dégâts. Elles les renouvelèrent alors. Les généraux allemands s'y regardaient comme en pays conquis, ils établissaient des impôts dont nul n'était exempt; riches et pauvres, prêtres et séculiers, tous y étaient assujettis sans distinction. La somme dont ou était conve-
<AIRG ALB «G
nu pour le passage de deux mille hommes d" cavalerie, ne fut jamais payée, quoique ce corps, au mépris do la parole donnée, eût été considérablement augmenté. On arrêta les courriers chargés des dépêches du Pape, et on les intercepta. On emprisonna diverses personnes dont lo crime était de se montrer attachées à leur légitime souverain. Plus on employait de prières pour engager les auteurs de tant de troubles à relâcher quelque chose de leur injuste rigidité, plus ils se portaient à de violents excès. Les soldats luthériens, enhardi par la tolérance de leurs chefs, pillèrent les églises, profanèrent les vases sacré*, se répandirent en imprécations contre lo Pape, l*»s prêtres, les saints.
Clément XI cul beau demander qu'au moins par respect pour Dieu on mît fin à une si étrange licence. N'y pouvant réussir, et ne pouvant souffrir chez lui de telles abominations, à la sollicitation du Sacré Collège et malgré sa répugnance, il prit le parti de lever une armée. Ses revenus se trouvant alors épuisés par ses charités, et les taxes qu'il se vil obligé d'imposer ne pouvant être levées aussi promptement que le demandait l'état présent des choses, il prit au château Saint-Ange cinq cent mille écus d'or du trésor que Sixte V y déposa autrefois , pour servir dans de telles extrémités. Il leva vinçt mille hommes, tant cavalerie qu'infanterie tous pris du seul Etat ecclésiastique ; il en leva (rois mille dans le co natal d'Avignon, et en soudoya cinq mille autres que lui envoyèrent les Suisses des cantons catholiques. Les richos Romains, pour lui marquer leur attachement, se taxèrent eux-mêmes à lui fournir un certain nombre de soldats. Le Pape fil veuir du canon, des munitions de guerre, et son armée se trouva en état de prévenir les nouvelles hostilités dont il était menacé. Plusieurs grands de ses Etals fondirent leur vaisselle pour venir à son secours. Celle armée mit fin aux déprédations des Impé riaux.
La cour de Vienne fit alors publier un édit, portant que les duchés de Parme et de Plaisance relevaient de l'Empire; on agit en même temps auprès du duc de Parme, Farnèse, pour, l'engager à refuser au Pape le tribut ordinaire qu'il lui payait : mais C6 prince ne voulut pas même écouter uue pareille proposition.
L'empereur venait d'envoyer è Naples le cardiual Grimani, en qualité de vice-roi , à la place du comte deDaun, qu'il avait fait passer dans la Romagne pour l'y mettre à la tête de ses troupes. Ce cardinal n'eut pas plutôt pris possession de sa vice -royauté qu'il éclata contre le Saint-Siège avec la même animosité qu'aurait pu montrer l'ennemi le plus déclaré. Ses mesures furent telles que le Pape, à la sollicitation du Sacré-Collège, pensait â lui ôter le chapeau de cardinal.
L'empereur, informé que les princes catholiques se concertaient pour venir au secours du Saint-Siège, parut alors se radoucir, et vouloir écouler des propositions d'accommodement. Le grand-duc de Tosccne et le
comte palatin furent priés d'intervenir comme médiateurs ; ils acceptèrent l'offre, et, de |*rl et d'autre, on agréa leurs bons offices. On était alors au commencement de 1709. Dans le précédont mois de décembre, le Tibre avait , par le débordement de ses eaux . inondé encore une grando partie du Latium; et, selon l'ordinaire, l'inondation avait amené des maladies qui, pendant l'espace de deui mois, continuèrent a emporter beaucoup de monde. Cependant, dès les premiers jours de la nouvello année, la température semblait annoncer une espèce de printemps anticipé, lorsqu'elle tourna au froid , et se changea en ce rude hiver , dont le souvenir ne s'est pas encore effacé.
Los Romains sont si peu accoutumés à essuyer de rudes hivers, que la plupart u'ont pas même de cheminées dans leurs appartements. L'hiver de 1709 fut si rigoureux que plusieurs en moururent ; il s'alluma dans Rome et au* environs des inflammations de poitrines extraordinaires : les cardinaux Coloredo , Cenci et d'Esté en furent atteints et emportés. Les arbres fruitiers et les légumes ne purent pas non plus résister à la rigueur delà saison. La terre djévora le grain qu'on lui avait confié, et toute la moisson périt. Un tel désastre demandait du secours : le Pape ouvrit les greniers publics, et pourvut a la misère commune. Son comlat d'Avignon ne fut pas oublié : il y fit transporter mille charges de blé dont il fit présent à la ville, et eu ajouta cinq mille autres qu'il y fil distribuer a bas prix ; il y joignit encore •le grosses sommes d'argent , pour dire distribuées aux pauvres.
Ses peuples de la Romsgne devaient ôlro plus à plaindre que les autres : indépendamment de la calamité commune, ils soutenaient chez eux tout le poids de la guerre. Pour subvenir è leurs besoins , il envoya plus de blé encore du côté de Forrare et de Bologne, qu'il n'en avait envoyé è Avignon, el il Jonna une double paye aux officiers et aux soldais do son armée.
La paix se conclut enfin entre le Pape et l'empereur. Les conditions furent, que l'empereur cl l'archiduc révoqueraient les édils publiés à Naples el è Milan contre les droits de l'Eglise; que les troupes allemandes sortiraient des provinces dépendant du Saint- Siège; el que, de son côté, le Pape licencierail toutes celles qu'il avait levées depuis peu. Par rapport è Commachio , comme le duc de Modène venait , è son tour, de faire valoir des prétentions à celle province, il fut réglé que iePape choisirait lui-même un certain nombre de cardinaux pour les examiner, et que celle affaire serait terminée à l'amiabie. Il fui stipulé aussi que le nonce •lu Pape serait rappelé à Vienne, et que le Pape reconnaîtrait l'archiduc pour roid'Espa^ gne.
Dans le fond, c'est pour ce dernier point seul que l'empereur avait fait la guerre au Pape ; et c'est aussi pour mettre fin à celle guerre que le Pane le lui accorda. Il le lit sur le modèle d'une bulle de Clément V>
Diction a. des Cardinaux.
ALB m
par laquelle on ne prétend avouer dans le* princes qu'où reconnaît pour souverains, aucun autre droit que ceux qu'ils possèdent. Par ce moyen, en reconnaissant l'archiduc pour roi d'Espagne, il déclarait ne le recon naître en cette qualité que pour les seules possessions qu'il y avait, et qui consistaient dans l'occupation de Barcelone et d'une partie de la Catalogne seulement. Par ce moyeu, il croyait ne préjuger en faveur d'aucun des deux princes, el ne préjudicier aux droits ni do l'un ni de l'autre.
L'armée des impériaux sortit des terres du Saint-Siège, après avoir indemnisé le* peuples qu'elle avait foulés. L'empereur fil comprendre qu'il avait agi, dans ces tristes circonstances, par des impulsions étrangères et contre son propre cœur; il fil assurer le Pape qu'il se promettait à l'avenir une parfaite intelligence avec lui. Lé Pontife ne fut ni moins exact, ni moins promnt à remplir les conditions du traité. Il congédia les troupes nouvellement levées ; il supprima, pour soulager son peuple, une grande partie des impôts qu'il avait établis; il diminua les autres; il ne les laissa même subsister qu'autant de temps qu'il en fallut pour remplacer au château Sainl-Ango les cinq cent mille écus tirés du trésor de Sixte V, et pour forinor cette somme d'une manière moins onéreuse à ses sujets , il y contribua de ses propres revenus.
De son côté, Philippe V trouva mauvais
3ue le Pape eût reconnu l'archiduc pour roi 'Espagne, croyant y voir ses droits blessés; et, pour marquer son mécontentement, il renvoya de Madrid Zondo'dari qui y était en qualité de nonce; H le fit conduire, sous bonne escorte , hors des frontières de son royaume ; il y fil fermer le tribunal de la nonciature, et s'empara de tous les registres qui s'y trouvèrent. Il défendit à tous les évôques d'avoir aucun rapport avec le Pape. Clément XI alors défendit à Molinez, auditeur de Rote pour l'Espagne, d'exercer les fonctions de sa charge. Cette rupture n'eut pas de suites. Il ne s'en parla plus de part ni d'autre» et on altenlil tranquillement qu'il se présentât quelque conjoncture favorable pour remettre tout sur l'ancien pied.
Il s'était répandu un bruit confus que Frédéric IV, roi de Danemark , n'était pas éloigné de vouloir embrasser la foi catholique. Un voyage qu'il fit alors en Italie, sous le nom emprunté de comte d'Oldenbourg, ne contribua pas peu à confirmer cet espoir dans l'esprit du Pape. On avait d'abord dit que ce prince allait à Rome; mais on apprit peu après que, de Venise, ce prince avait pris sa route vers Florence, et que ce serait là le terme de sou voyage. MiiisClôroenl XI ne désespéra pas d'en tirer quelque avantage pour ceux des Catholiques qui habitaient le Danemark; et, daus l'empressement de son zèle, il n'avait gardo de manquer uno si belle occasion. Il dépêcha donc vers lui ses deux neveux , Charles et Aleiandre Albani : ils allèrent le recevoir ,
DKS CARDINAUX.
139 ALR OU:TI
à Bologne ; ils l'accompagnèrent à Fcrrarc ; ils >e suivirent lotit le temps qu'il fui dans les Etats du Saint-Siège, et ils lui firent rendre partout les plus grands honneurs. K en juger par les termes obligeants dont il leur parla du Saint-Siège, ils purent comprendre qu'en effet il avait un grand penchant pour la religion catholique, lt les combla d'honnêtetés, et les conjura de bien assurer leur oncle qu'il aurait toujours en lui un bon ami. Le Saint-Père lui avait fait une politesse, à laquelle il parut fort sensible. Dans le temps qu'il passait par les Etats du Pape, on y condamna un gentilhomme de grand nom h perdre la tôle sur l'échafaud. Frédéric, sollicité par les parents du criminel, paraissait souhaiter sa grâce; mais, par réserve, il n'osait ni la demander, ni s'en expliquer. Les noveux, instruits de son désir, et suspendant l'exécution de l'arrêt , en donnèrent «ris è leur oncle qui, sur -le» champ, fil expédier la grâre au nom du roi de Danemark. 11 est des traits qu'on n'oublie jamais; Frédéric parut toutesa vie avoir conservé le souvenir de celui-là. 11 accorda, dans sus Elats, tout ce que le Pape lui demanda en faveur des Catholiques : il dispensa les ecclésiastiques du logement des gens de guerre, qui leur était très à charge; et, non cobtent de les rétablir dans leurs anciens droits, il leur accorda do nouveaux privilèges.
C'est le 15 avpil 1709 que, de l'avis du Sacré Collège, le Pape avait député ses deux neveux pour aller recevoir à l'entrée des Etais de l'Eglise le roi de Danemaïk. Dans le même consistoire, il fut question de prévenir un projet dont les protestants se promettaient do grands avantages. L'Europe entière était fatiguée de la guerre : chaque puissance soupirait après Ta poix. On en publia è La Haye des ariiclts préliminaires que les hérétiques avaient forgés à leur gré : les protestants de Hollande y demandaient la Gucldre, province des Pays-Bas, à l'empereur. Pour empêcher qu'ils n'en devinssent les maîtres, et que la foi orthodoxe n'y souffrit sous leur domination , Clément XI ordonna à son neveu Annibal de se transporter auprès de l'empereur et de quelques autres princes, pour les engager a rejeter «e projet. Une autre mission d'Aonibal Albani, c'était de profiter de l'entière défaite de Charles XII , pour réparer en Pologne les maux qu'y avaient causés a l'Eglise sa présence el son autorité. Depuis le jour où, vainqueur des Danois et des Russes, il eut défait les Saxons commandés par le duc de Courlande, el subjugué la Lilliuanie, les hérétiques, fiers de sa protection , n'avaient plus connu de frein : l'occasion de les réduire était enfin devenue favorable. Renfermé à Bender, le roi de Suède n'était plus en situation de leur continuer sou appui. Il fallait profiler de la conjoncture , et le neveu du Pape n'eut pas de peine à y réussir. Sur ces représentations, el du consentement des principaux seigneurs, le roi Auguste fit raser eu grande partie les temples que les bé-
SNAIRE ALB 140
rétiques avaient construits pendant la dernière guerre, el il donna les autres aux Catholiques. Les évêques chassés de leurs diocèses rentrèrent dans leurs sièges. L'évêque de Cuira avait lâchement abandonné son troupeau. Après avoir élé blâmé de sa désertion, il reçut ordre du rentrer dans son église, et d'y réparer tous les maux qu'avait occasionnés son éloignement. Les chanoines de Posnanie qui , en l'absence de leur évêque, n'avaient pas réclamé contre lus violences, eurent la confusion de voir leur conduite censurée.
Tant de soins devaient altérer la santé du Pontife; à la fin elle succomba sous le poids des affaires. Au commencement de 1710, il fut attaqué d'une espèce de langueur, accompagnée de violents maux d'estomac, et d'une fluxion sur la jambe, qui ne lui permettait aucune action. Jl garda le lit quelques jours; mais l'ayant quitté trop tôt pour se remettre aux affaires, la fièvre le prit avec une dilficullé de respirer, qui fit d'abord craindre pour sa vie. L'attaque dura peu. La fièvre cessa el les douleurs se calmèrent. Cependant ses forces étaient si *affaiblies que pour l'arracher au travail, autant que pour lui faire respirer un bo& air, ses médecins furentd'avis qu'il allât passer quelques jours à la campagne.
Castel-Gandolfe n'est qu'a quatre lieues de Rome. L'air y est très-pur, et les Papes y ont un beau palais. C'est là qu'on le cond lisit ; et c'est la aussi qu'il parut plus grand peut-être parmi les peuples de la campagne, qu'il ne l'avait élé au milieu de sa cour.* 11 trouva le secret de faire do ses délassements mêmes les plus granJes œuvres do* piété. Aux. environs de Castel-Gandolfe est une chapelle appelée délia Ricchia; et è quelque* milles de là, du côté duFrascati, il y en a une autre, nommée de GroUa-Ferrata, qui est dans la même vénération. Il en lit le terme de toutes ses promenades. Quand il sortait, c'était pour aller un jour dans l'une» ot un jour dans l'autre, vaquer à la inédits-» (ion et à la prière. Il voulut que, pendant tout le temps de son séjour, on fil régulièrement, matin et soir, dans les églises de Castel-Gandolfe et d'Albano, qui n'en est distant que d'un demi-mille, des discours au peuple, et divers autres exercices de piété, auxquels on le vit souvent assister. C'était un spectacle touchant de voir ce grand Pape aller examiner par lui-même comment les curés de ces villages faisaient leurs instructions à leurs paroissiens et le catéchisme aux enfants. A la fin do celle espèce de mission, il y eut en une seule matinée plus de vingt-deux mille personnes qui, venuos de loug lus lieux d'alentour, communièrent dans les seules églises do Caslel-Gandolphe. 11 alla lui-même leur distribuer la sainte communion pendant plusieurs heures. C'est ainsi qu'un voyage ordonné pour sa sauté, devuil pour plusieurs un moyen de salut, et pour tous un sujet.d'ôdilieaiion.
A son retour è Rome, ces divers peuples le suivirent jusque dans sa capitale aveu des
cHs d'allégresse, et Rome môme, empressée de le revoir, sortit tout entière hors de ses murs pour aller à sa rencontre.
Sa santé, cependant, n'était pas si bien rétablie, qu'il n'eût encore de temps en temps quelques ressentiments de fièvre, et qu'il n e passât souvent des nuits entières sans sommeil. Mais son courage fut toujours su-dessus de ses forces. Le seul mal que craignit la fermeté de son âme, c'étaient les progrès de l'hérésie; et c'était celui dont il se voyait le plus souvent menacé, par la fureur avec laquelle les protestants abusaient chaque jour du besoin que l'empereur avait de leurs troupes. Il n était point d'efforts qu'ils ne fissent pour gagner du terrain, et il n'était point non plus de mouvement que ne se donnât le Pape pour anéantir tous leurs desseins. Ses médecins craignirent plus d'une fois que cet acharnement des hérétiques ne fût seul capable de lui donner la mort.
Dans ce même temps, le cardinal de bouillon venait de quitter la France et du se retirer dans cette partie de la Flandre qu'occupaient les ennemis. En sortant du royaume, il avait écrit au roi en des termes que les ennemis mômes de la couronne ne pouvaient que désapprouver. Sa lettre fut euvoyée au parlement de Paris, afin qu'il en reconnût le caractère, et qu'on pût ensuite procéder contre lui sur un écrit de sa propre main. Le cardinal de Bouillon était doyen du Sacré Collège. Avant d'être élevé à la papauté, Clément XI l'avait aidé dans le commencement de sa disgrâce auprès de Louis XIV. Il l'aimait encore ; mais ne pouvant en aucune façon justifier un écrit aussi /•eu mesuré que la lettre en question, il lui écrivit pour lui en marquer sa surprise et lui en témoigner sa douleur. Cependant il représenta au roi qu'en qualité de cardinal, son procès lui devait être fait par-devant le Saint-Siège. Louis XIV arrêta les poursuites «iu parlement. H promit même d'annuler tout ce qui était déjà fait à cet égard, et •l'abandonner an Saint-Siège la discussion de cette affaire. Mais, non coulent de sa propre indulgence, il ne voulut pas môme que Rome lui fit son procès; il le laissa en paix dans le Brabaot, et ne voulut plus en entendre parler.
. Les circonstances de la mort du cardinal (îninani méritent d'être rapportées ici. Ce cardinal avait établi à Naples dont il était Mce-roi, une espèce d'inquisition pour découvrir ceux des habitants qui n'étaient pas affectionnés a l'empereur. Les recherches qu'il en faisait, donnaient lieu à des délations qui commençaient a inquiéter les peuples. Le Pape eu avertit le marquis de Prié, ambassadeur de l'empereur à Rome, qui en seutit aisément les conséquences, uaus un temps où l'autorité de l'empereur n'était |>as encore bien affermie, et qui conseilla au cardinal d'arrêter ses poursuites.
Ou en était la, lorsque le cardinal Grimant eut la curiosité d'aller voir le miracle Je saint Jauviur. Ce miracle consiste eu ce
ALB tas
que, lorsqu'on approche la tête de ce saint martyr d'Une ampoule de cristal , dans laquelle on conserve de son sang; ce sang, qui est habituellement figé dans son urne, se dissout peu â peu, devient entièrement liquide, vermeil, et bout ensuite continuellement, tandis qu'on le tient à côté de son chef. On les place deux fois l'année en présence l'un de l'autre, le 19 septembre, jour auquel l'Eglise célèbre la fêle de saint Janvier, et lu 23 mai, jour auquel on solennise la translation de son corps. L'une et l'éutre fête se font à Naples avec octave. Pondant tout ce temps là le chef et le sang sont placés sur un môme aulel, dans deux chasses de crystal, et pendant tout ce temps-là aussi on voit le sang bouillir à côté de son chef. Le miracle est toujours nouveau pour les Napolitains qui y accourent en foule de tous les points, et il l'est encore plus pour les étrangers qu'il attire à Naples.
On venait de faire l'ouverture de l'octave instituée pour honorer la translation du corps de saint Janvier. C'était le 23 mai 1710. Dès le matin, le sang du saint, ayant perdu sa consistance, était devenu liquide. On alla en avertir le cardinal Grimani qui voulut aller le considérer à loisir. Dès qu'il entra dans l'église, on remarqua que lu sang commençait à se noircir ; il se troubla encore plus pendant le peu de moments que le cardinal demeura à son prie-dieu pour y faire sa prière : mais, dès qu'il fut monté à l'autel, et que de ses mains il eut pris l'ampoule où le sang était renfermé, pour l'approcher de ses yeux et le contempler de plus près, le sang s'éleva à gros bouillons, presque à la hauteur do l'urne ; il s'attacha de tous côtés au cristal qui le renferme; il s'y figea, il s'y durcit, et, pendant tout le temps que le cardinal fut dans l'église, le sang persista dans le même état. Chacun fit sur cela ses réflexions. Le cardinal en parut encore plus embarrassé que les autres. On le vit extrêmement rêveur, et il sortit de l'église sans dire mol.
Le lendemain il envoya savoir si le prodige continuait. On lui vint rapporter que le sang avait repris sa première fluidité r et qu'il étail redevenu vermeil. Celte réponse ne servit qu'à augmenter en lui un fonds de tristesse qui ne l'avait pas quitté depuis la veille. Cependant il reprit ses fonctions ordinaires, à cela près néanmoins qu'il ne parla plus des recherches qu'il avait ordonnées, et qui avaient été sur le point d'exciter do nouveaux troubles. Mais dès le lendemain de l'octave, et dès qu'on eut serré dans une armoire les deux reliques de saint Janvier, le cardinal commença à souffrir dans tout son corps des douleurs que ne purent jamais soulager tous les remèdes, et il passa ainsi près de quatre mois entre la vie et la mort. Enfin, le 19 septembre de la même année, jour auquel on recommençait l'octave de saint Janvier, pour solenniserla féte de ce saint, le cardinal expira dans les mêmes douleurs que s'il eût été à la torture. L'unique sigue de repentir qu'il eût doacé.
par rapport a Ions les chagrins qu'il avait causés au Pape, c'est que» sentant sa fin approcher, il lui avait dépêché un courrier, pour lui demander sa bénédiction apostolique. Dieu ne lui donna pas le temps de recevoir du Saint Siège celte marque d'ami» lié qu'il n'avait pas méritée. Le Pape fit voir en cette occasion, comme en toutes les autres, combien il était plein de religion. A la nouvelle de sa mort, et d'une mort si trafique, il ne put nrlenir ses larmes. Il offrit a Dieu le saint sacrifice de la Messe pour le repos d'une Ame qui semblait n'avoir été sur la terre que pour troubler son repos.
Pour terminer totalement sa paii avec l'empereur, restaient deux articles importants a décider: l'un concernait les Etats de Parme et de Plaisance, sur lesquels l'empereur disait avoir des prétontions; l'autre regardait les villes de Commachio et de Ferrare, sur lesquelles le duc de Modène avait élevé deux difficultés. Ce duc voulait qu'elles fussent un fief de l'empire, et que l'empereur les lui donnât moyennant un tribut qui lui serait payé: le Pape.au contraire, soutenait que ces différents fiefs relevaient du Saint-Siège. Par le traité de paix, il avait été réglé que toutes ces discussions se feraient à Rome; que l'empereur et le duc de Âlodène y auraient leurs agents ; et que, de concert avec quelques cardinaux délégués à cet effet par Sa Sainteté, ces différends se ter mineraient entre eux à l'amiable. Pendant trois mois enliors, il se tint un grand nombre de séances, qui ne décidaient rien. Il fallut en venir à des écrits, dans lesquels chacun s'étudiait a. bien établir son omit. Colùi du Pape parut à tous les commissaires ai solide et si clair; qu'aucun d'eux ne parut plus former le moindre doute que Commachio et Ferrare, qui étaient les points les plus litigieux, n'appartinssent au Saint- Siège
Le Pape chargea son neveu Annibal, qui était è Vienne, d'en demander à l'empereur la restitution. Ce prince promit d'y faire attention; mais il dit vouloir prendre du temps pour examiner mûrement cotte affaire dans son conseil. Ce|>endaiit il se rendit très-facile pour procurer au neveu du Papo le succès de plusieurs autres affaires qu il sollicitait. C'est alors qu'Annibal Albani fit refuser aux Hollandais la Gueldru qu'ils demandaient. C'est la encore qu'il termina la
f grande affaire qu'avait suscitée en Lorraine e Code Léopoldin. C'est dans ce même voyage qu'il obtint du roi de Pologne, que ce prince fit élever dans la foi orthodoxe Frédéric- Auguste, son fils aîné, prince électoral de Saxe, et Antoine, duc de Brunswick et de Lunebourg. Il obtint pareillement do l'empereur que les chevaliers de Malte, qui avaient été autrefois chassés de son royaume de Bohème, y rentreraient avec leurs anciens droits. Enfin il y pacifia les troubles qui étaient survenus a Home, entre l'ambassadeur de Venise et les ambassadeurs dus princes catholiques, relativement au rang
AI.B m
qu'ils devaient occuper auprès du Pape, officiant ponlificalement.
Sur ces enlrcfaitos mourut l'empereur Joseph (1111]. L'impératrice Eléonoro écrivit au Pape pour l'engager b s'intéresser en faveur de l'archiduc, son fils, et h agir pour le faire élire empereur. Clément XI espérait tout de la piété de ce jeune prince. Il porta ses intérêts avec chaleur auprès de tous les électeurs catholiques. Dans les brefs qu'il leur adressa, il les exhortait a déférer la couronne des Césars à un sujet qui pût la porter avec majesté, apaiser les troubles qui désolaient l'Europe, soutenir l'Eglise contre les continuels assauts qu'on lui livrait; et il ajoutait que, sous tous les rapports, Charles d'Autriche, frère de l'empereur Joseph, lui semblait le plus digne de le remplacer.
Là ne se borna pas le zèle du Pape pour le faire élire; il pressa encore le temps de son élection, et ii y était porté par plus d'un motif. Les Turcs profitaient de la guerre de IVuipire contre l'Espagne, pour agiter la Hongrie. Les hérétiques abusaient do l'interrègne pour violer plus impunément que jamais les droits de l'Eglise. Le duc de Hanovre surtout inquiétait toujours les Catholiques. La couronne impériale pouvait engager l'archiduc b se désister de ses prétentions sur l'Espagne, et inspirer même h toutes les cours de l'Europe ledessein d'empêcher qu'il ne les réunit toutes les deux sur sa tête. Par celte seule raison, son événement è l'empire pouvait procurer la paix de l'Europe, et une paix générale devait entraîner après soi le repos de l'Eglise.
Touchés des mêmes considérations, les électeurs catholiques se hâtèrent d'ouvrir la diète de l'empire : elle fut convoquée à Francfort. Le Pape y envoya son neveu Annibal Albani , en qualité de son nonce extraordinaire , avec ordre de soutenir les intérêts de l'archiduc, et d'empêcher, autant qu'il serait en lui, que les électeurs proieslants entreprissent rien sur les droits de l'Eglise. Les commencements ne furent pas heureux : l'archevêque de Mayence commença par contester la préséance au nonce. Clément XI ne vo'ulul rien accorder au sang ; il demanda seulement si son neveu méritait de moindres égards que les nonces extraordinaires qui avaient, en la même qualité, assisté avant lui à de pareilles assemblées. - L'archevêque finit par se conformer aux règles établies par l'usage. Cependant, pour éviter à l'avenir de semblables discussions , quand, dans la suite, le même archevêque s'adressa au Pape pour obtenir de lui un coadjuleur, Clément XI refusa d'en accorder les bulles, que préalablement cet article n'eût été bien réglé.
Il ne vit pas sans peine les électeurs admettre dans leur assemblée le marquis do Brandebourg avec le rang de roi de Prusse, le duc de Hanovre avec le titre d'électeur , tandis que hs princes do Bavière, Joseph- Clément, archevêque de Cologne, et Maximiiien-Emmanuel en demeuraient exclus.
Le Pape n'avait pas reconnu le marquis de
a ALD
randebourg comme roi do Prusse. Depuis inq s sit ans. le duc de Hanovre était élec- •arde la création de l'empereur Léopold, ! malgré le* oppositions du Saint-Siège, il rail été élnbli dans ce haut rang au mépris û toutes les règles. Malgré cela, en con vouant ces deux princes, on n'avait pas laissé e reconnaître en eux les prérogatives dont
vient d'être parlé. Les deux autres.au •nlraire, qu'on avait mis au ban de l'Emire, pour avoir pris les armes en faveur do hilippe V contre l'empereur, avaient été rivés des droits attachés à leurs électorals, e Pape ne goûtait nullement celte excluion; il n'approuvait pas davantage que des rinces protestants fussent plus favorableîoDt traités par la diète. Mais, selon l'usage p ses prédécesseurs, il prit le parti de ouffrir ce qu'il ne pouvait empêcher.
L'archiduc était toujours à Barcelone. Dès pfil y eut appris la mort de l'empereur, son rèrc.il écrivit au Pape, et s'embarqua pour Talie. En abordant è Savone, il lut écrivit jtie seconde lettre, et l'envoya saluer par un des seigneurs de sa cour. De son côté, le Pape lui adressa un légat a tatere qui le joignit è Milan, où l'archiduc s'arrêta jusqu'au temps de son élection. Ce légat était lo cardinal Impériali. Il fut bien reçu du prince pour dcai raisons : l'une, parce que le Pape avait adressé un nonce, à Barcelone, à l'archiduc qui le désirait vivement; l'autre, parce que le Pape appuyait sa cause dans la diète auprès des électeurs.
L'archiduc fut donc élu roi des Romains, et désigné empereur en octobre 1711. Aussitôt qu'il en eut appris la nouvelle, il env<»ya un de ses courtisans faire part au Pape de son élection, et il prit sur-le-champ la n>u:e de l'Allemagne. De son côté, le Pape fît partir de Francfort son neveu pour qu'il te rendit a la rencontre du prince. Annibal Albani le joignit à Inspruck, en Tyrol. Lo hnuvel empereur le reçut arec de grandes démonstrations d'ami tré ; il l'embrasa ten- Jreaent , il le remercia avec bonté de tous Us mouvements qu'il venait de se donner pour sno élévation, et il lui répéta souvent qu'il n'oublierait jamais les obligations qu'il **,iit » son oncle.
L- neveu du Pape s'était acquis beaucoup 'l'honneur dans sa légation. Ses manières ^-gantes, tant è la cuur de Vienne qu'a la •iièi«5 do Francfort, lui avaient gagné tous '«cœurs. Les services qu'il venait de rendre a l'Eglise parlaient hautement en sa fa- 'rur. H s'agissait de rendre justice à sou uiénte, cl de l'élever au cardinalat. Le Pape cwenail sans peine qu'il n'en avait jamais rtçu que de la consolation ; mais il craignait 4U« sa tendresse pour lui n'eût quelque part *m honneurs dont il le jugeait digne , et <jue U bulle de son prédécesseur contre le "«iiotisme n'en souffrit quelque atteinte. Pour *b't avec plus de sûreté, il exposa ses empiras en plein consistoire, et il conjura les ordinaux de lui en dire librement leur "is. Annibal AlUaui était d'un caractère à lure olus d'honneur a a pourpre qu'il n'eu
ALB tw
serait honoré. Si, à cet égard, on avait eu quelque représentation A faire, c'est que, tout jeune qu'il était, il aurait dû encore m être plus tôt revêtu. Ce ne fut dans le consistoire qu'une acclamation; et il est vrai de dire que tout le Sacré Collège le proclama cardinal, avant que le Pape eût pu se résoudre à déclarer qu'il lui en conférait la dignité
Clément XI lui avait envoyé ordre de quitter l'Allemagne et de revenir en Italie [1712]. Le courrier qui lui portait la calotte, et Rasponi, caméricr d'honneur, qui lui allait présenter la barette, le rencontrèrent sur la route. Le nouveau cardinal s'arrêta h Urbin, lieu de sa naissance : c'est là qu'il prit, dans l'église principale de la ville, les marques de sa nouvelle dignité, av«c les cérémonies accoutumées. Rome entière sortit au-devant de lui pour lui faire uue réception qui répondit à la joie qu'on avait de son élévation. Dans le consistoire suivant, le Pape lui donna le cbnpeau.
Le Sage nous avertit que la tristesse et le deuil ne manquent presque jamais de succéder aux joies de ce monde. Horace Albani, frère du Pape, fut emporté en peu de jours. La mort semblait ne l'avoir attendu jusquelà que pour lui donner la consolation de voir son fils cardinal, ou pour donner au nouveau cardinal la douleur de voir mourir son père. Jamais peut-être nul seigneur dans Rome ne s'était acquis une estime si générale et si constante que le frère du Pape. Ennemi du faste et des grandeurs, du bruit et du tumulte, du soin d'amasser des richesses et de l'embarras des affaires publiques, il avait toujours mené une vie retirée : exact d'ailleurs à tous ses devoirs, recueilli au
Kied des autels, assidu auprès de son frère, onnôte envers tous, simple dans son extérieur, il avait mérité tous les regrets que Rome fil éclater à sa mort.
Le Pape seul montra, en cette occasion, toute la constance d'un bérOs chrétien. La nature eut bien d'abord ses droits sur lui, et il ne put refuser des larmes à un frère oui, détournant ses yeux do dessus la tiare, l avait toujours aimé et respecté pour luimême; mais la religion eut bientôt repris le dessus. Après uno neuro de prières et de larmes, adressées à celui qui lient nos vies dans ses mains, il ne fut plus possible à ceux qui l'entouraient d'apercevoir la perte qu'il venait de faire. 11 ne voulut pas môme permettre que le Sacré Collèges assemblât dans l'église de Notre-Dame de Translevère, pour aller lui rendre les derniers honneurs sur son tombeau : ce qu'il demanda, c'est que, dans toute l'élondue de ses Etals, on voulût bien offrir à Dieu le sacrifice de nos autels pour le repos do lame de son frère.
Dans le môme temps, et en moins d'une année, Louis XIV venait de perdre trois dauphins de France, et la daupliine. Depuis peu de jours on venait de voir dans Paris le triste spectacle d'un char qui portait en une même nuit l'époux, l'épouse et leur fils aiuô dans une même tombe. La mort venait
dî» ravager en France tous ies premiers degrés do- trône; et, malgré l'accablement où devait' être plongé Louis XIV, dans la lettre qu'il écrivit à Clément XI, sur la mort d'Horace Albani, son frère, il semblait avoir oublié sa propre douleur pour ne se ressouvenir que de celle du Pape. Ce seul trait parut à Clément XI digne de tous ses éloges. Dans son consistoire.il parla du roi, comme d'un béros de la religion qui trouvait en lui assez de ressources pour consoler les autres, alors que lui-même avait le plus besoin de consolation.
Clément XI venait, après bien des efforts, d'apaiser les difficultés qui s'étaient élevées en Perse et en Pologne, lorsque, dans les royaumes de Naples et de Sicile, surgirent des sujets de division, qui auraient pu faire revivre les anciennes querelles entre les cours de Vienne et de Rome, si , avec son attention et sa prudence ordinaires, il ne se fût hâté d'y mettre fin. En Sicile, le vice-roi Spinola de los Barbazès publia un édit enjoignant a tous les évêques, abbés et autres possédant des bénéOces, dont le roi se disait patron, de porter au trésorier général du royaume l'argent de toutes les pensions assignées par le Pape a divers particuliers sur ces mômes bénéfices, avec promesso, toutefois, d'eu payer l'intérêt aux pensionnaires. Le même vice-roi signa encore une déclaration du tribunal des domaines de la couronne, dans laquelle on portait atteinte au droit d'exemption dont avaient toujours joui les ecclésiastiques, relativement aux impositions qu'on mettait sur les grains. Les agents du Ose en étaient venus jusqu'à vouloir les contraindre de payer une taxe extraordinaire qu'on venait d'imposer pour la levée et la subsistance des troupes. Dans le royaume de Naples, on était allé encore plus loin. A Cosenza, on avait affiché une ordonnance qui attaquait les droits les plus sacrés du Pape et des évêques. On en avait fait signiûer une autre h Pignatelli, archevêque de Reggio, en vertu de laquelle on lui enlevait tous ses revenus, pour les employer aux frais de la guerre. Le Pape n'eut pas grand'peine à faire revenir le marquis de los Barbazès sur les entreprises commises en Sicile. Ce vice-roi révoqua ses premiers ordres sur la simple représentation qui lui tut faite. Le vice-roi de Naple» n'eut pas la même condescendance. Il chassa l'archevêque de Reggio et son grand vicaire do toute l'étendue du royaume. Le prélat, avant d'en sortir, pour venger l'injure faite à l'Eglise dans sa personne, jeta un interdit général sur son diorèso. Le Pape l'approuva par un diplôme, où il ordonnait à tous les ecclésiastiques, tant religieux que séculiers, de se soumettre a l'interdit de leur archevêque. L'agitation des esprits fut si grande a cette occasion que, dans la crainte d'un soulèvement, le vice-roi remit les choses dans leur premier état, et tous les troubles rossèrent.
La mort du roi d'Ethiopie était un malheur pour la relinioo. Ce prince avait tuu-
jours été favorable aux prédicateurs de l'Evangile. Son successeur marcha sur ses traces, et Clément XI lui envoya une solennelle ambassade avec des ouvriers évangéliques. Le roi les reçut avec bonté; il leur donna liberté entière de prêcher l'Evangile dans son royaume, et la foi y fil des progrès consolants.
Il n'en était pas de même en Syrie. Ce furent d'abord les Catholiques du Liban qui excitèrent la querelle. L'orage vint fondre ensuite sur te patriarche d Antioche qui avait voulu l'apaiser, et tous les Maronites se virent sur le point d'être engagés dans un schisme. Le patriarche d'Anlioche fut accusé des plus grands crimes par des gens du peuple mutinés contre lui. Les évêques, croyant voir leur caractère déshonoré, s'y laissèrent surprendre; et, avec une précipitation sans excuse, sur les seules rumeurs de la populace, ils renversèrent de son siège le patriarche et le remplacèrent par l'évôqne de Sidon.
Le patriarche d'Anlioche avait toujours passé pour un prélat d'une doctrine saine et d'une vie exemplaire. Sensible è l'injustice qu'on lui faisait, et convaincu qu'avec la tache qu'on venait d'imprimer à sa réputation, il ne pourrait plus faire le bien dans la place qu'on venait de lui ôter, il ne songea pas à s'y maintenir, et abandonna son poste à la violence de ses persécuteurs. Parmi les Maronites, il s'en trouva qui, témoins de la régularité de sa conduite, et indignés de la fureur de ses adversaires,
{>rirent hautement son parti. Des factions se brroèrent; les cœurs se désunirent; on en vint è des éclats, et les amis du patriarche déclarèrent qu'ils regarderaient comme intrus celui qu'on avait mis à sa place, h moins que la sentence portée par les évoques, ne se trouvât confirmée par un jugement du Saint-Siège.
Pour acquiescera leurs désirs, et lâcher de rétablir le calme, le patriarche appela au Pape du jugement rendu è son préjudice. Les évêques qui l'avaient déposé durent déférer sa cause au môme tribunal. Le Pape ordonna qu'elle fût examinée avec rigueur par les cardinaux de la congrégation de la Propagande. On ne trouva que des calomnies avancées contre le patriarche, et Rome rendit justice à l'innocence opprimée. Le pa- i Iriarche déposé gagna sa cause sur tous les chefs d'accusation dont on l'avait chargé, et j il fut rétabli dans son siège. Cependant, pour ne pas aigrir les prélats qui avaient agi si inconsidérément contre un de leurs confrères, le Papo leur envoya un homme de mérite pour leur faire goûter la censure i de leur conduite, qu'il leur adressait à euxmêmes.
La santé du Pontife déclinait; ce n'étaient plus ces- forces qui en faisaient autrefois un des hommes les plus robustes. Depuis longtemps, on le sollicitait d'aller prendro quelque repos à la campagne, et il n'attendait plus que les premiers beaux jours du printemps, pour aller à Castel-lianJolfe iulcp-
149 ALH DES CAI
rompre ses travaux, lorsqu'il se vit retenu à Rome par de nouveaux embarras qui y demandaient sa présence. Les Anglais s'étaient emparés de l'Ile de Miuorque dans la Méditerranée. En y entrant, ils avaient saisi les revenus de l'érêque et du chapitre, et enlevé aux Catholiques quatre églises, où les ministres prolestants faisaient les exercices de' la religion anglicane. Heureusement les rois de France et d'Espagne travaillaient alors avec succès à faire leur paix particulière avec les Anglais. Leurs armes prospérèrent cette année-là, et, pour surcroît de bonheur, l'ancienne intelligence commençait à se renouer enlre les cours de Rome et de Madrid. Depuis peu Sa Sainteté avait envoyé Aldrovandi, di-puis cardinal, auprès de Philippe V, et lui avait ordonné de passer par Pans , afin qu'aidé des bons offices do Louis XIV, il lui fût plus facile d'entrer dans une étroite liaison avec son petilfils.
Les deux monarques se rendirent à ses désirs. Ils interposèrent leurs bons offices auprès de la reine Anne, pour obtenir d'elle que les troupes qu'elle avait dans l'Ile de M morque n'y troublassent point les habitants dans l'exercice de la religion catholique. Leur intercession eut tout son effet auprès d'une princesse qui était sur le point de s'accommoder avec eux. Les Anglais rendirent les églises et les revenus qu'ils avaient envahis, et laissèrent aux Minorcains liberté pleine et entière de religion. Une mortalité sur les bestiaux donna lieu au Pape d'exercer de nouvelles libéralités envers son peuple. Depuis plus d'un an celle contagion s'était répandue de la Hongrie dans les Etats de Venise. Gille môme contagion avait insensiblement gagné le Milanais et le duché de Ferraro. Le royaume de Neples eu futporeillement infecté, aussi bien que la campagne de Rome. En hiver celte espèce de peste ne s'était encore attachée qu'aux chevaux, et elle n'avait guère attaqué des Etals du Pape que les frontières. Dans le printemps elle prit aux bœufs avec encore plus de violence qu'aux chevaux, et elle pôr nétra jusque dans la ville de Rome.
On eut beau empêcher toute communication de bestiaux d'une province à l'autre, le mal était au sein de toute l'Italie. Faute d'animaux propres au labourage, les terres n'étaient pas ensemencées, ou les semences éuieut considérablement retardées. Faute d'argent pour en acquérir, les paysans ne «avaient comment réparer les pertes qu'ils avaient faites dans leurs étables. Selon sa coutume, Clément XI commença à recourir aux prières publiques, pour demander au Ciel la cessation d'un si grand fléau. Il ordonna dans Rome une procession générale, a laquelle il assista avec tous les cardinaux. La cérémonie fut poussée du matin au soir. Ce jour-là le Pape se trouvait travaillé d'un violent mal de poitrine. La longueur de la marche, jointe à son incomniodilé, lui causa une oppressiou qui fil craindre pour sa vie. Par son courage il se mit au-dessus de celte ut-
DINAUX. ALB 15»
laque. Des le lendemain il fit prêter cent mille éeus romains au peuple, pour lui donner les moyens de cultiver la terre, et par là il mit ses sujets en état de se procurer quelque récolte. En vue de donner aux fidèles, dans ce temps de calamité, de nouveaux protecteurs auprès de Dieu, Clément XI inscrivit dans les fastes de l'Kglise quelques nouveaux saints que le Saint-Siège avait déjà béatifiés. C'étaient le Pape Pie V, de l'ordre des Prêcheurs; André d'AveMino, de l'ordre des Clercs réguliers; Félix do Canlalice, de l'ordro des Capucins, et Catherine de Bologne, religieuse du Tiers-Ordre. Après avoir de nouveau examiné leurs vertus et leurs miracles avec celle rigidité que lo Sainl- Siége apporte dans la canonisation des saints; après avoir pris sur cela, en plusieurs consistoires, l'avis des cardinaux, des patriarches, des archevêques el des évêques qu'il y avait appelés, le Pape fixa au jour de la Trinité la soJennité de leur canonisation. De ce nombre de prélats qui y avaient concouru par leurs suffrages, plusieurs avaient été appelés à Romo de toutes les parties des Etals pontificaux , q iclques-uns s'y étaient rendus de différents points de l'Europe. 11 en était venu de l'Afrique et de l'Asie môme; jamais semblable cause n'avait été plaidée avec tant d'appareil. Elle devint surtout célèbre par l'éloquence de celui même qui la combattait. Cet homme rare était le comte Lamberlini. Le Pape le chargea de cette parlie de la procédure qui, dans la béatification et dans la canonisation des saints, consiste h découvrir s'il n'y aurait point de faible dans leurs vertus ou de faux dans leurs miracles. Tous furent éblouis dos différents discours qu'il prononça sur ce sujet. Il établit ses difficultés sur des recherches si ingénieuses ; il fouda son opposition sur des conjectures si plausibles ; il forma ses conclusions sur des raisons si apparentes; dans le grand nombre de séances qu'il occupa, il parla toujours avec tant du force et de véhémence, laut de grâce el de dignité, qu'il fut couvert d'applaudissements. Clément XI lui avait déjà conféré la charge d'avocat consislorial, une place dans le tribunal de la Signature , et le poste de promoteur de la Foi. Après les magnifiques plaidoyers dont on vient de parler, le Pape se hâta de l'avancer ; il lui donna la théologale du chapitre de Saint-Pierre; il le nomma cousulleur du Saint Office, il le lit secrétaire de la congrégation du Concile. C'est lu même Lambertiui qui, depuis, sous le nom de Benoit XIV , gouverna l'Eglise avec tant de sagesse.
Pour rendre plus brillante et plus pompeuse la cérémonie de canonisation que devait faire Clément XI, il créa quelques jours auparavant dix-huit cardinaux. Il remplit par là autaulde placesqui se trouvaient vacantes dans le Sacré Collège. C'est le 16 mai 1712 qu'il fit celle nombreuse promotion. De ces dix-huit cardinaux, Tomassi et Tolomai se défendirent vivement d'accepter. Le Pape employa d'obuid les sollicitations .