‹ Dictionnaire d'orfèvrerie, de gravure et de ciselure chrétiennes. 3. Encycl. théol., tom.27 (volume 4)Chapitre 129 sur 457 · UU · texte numérisé non relu

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1550.— (Voy. Ducntas, Bist. de Bourq., I. iv ; — • de Tnnu, I. m ; — Justbl, Bist. de la Tour d'Auvergne ; — Albert, Hitt.des cardinaux.)

CHAMPAGNE (Guillaume de) ou de BLOIS, dit aux blanches mains, fut archevêque de Sens, puis de Reims, nommé cardinal en 1180, par lo Pape Alexandre III, légat dans les Gaules cl en Allemagne, régent du royaume et principal ministre sous Je roi Philippe-Auguste. — Il était le quatrième (ils do Thihaut, dit le Grand, comte de Champagne, qui l'avait destiné «lès son enfance a l'Eglise, comme on le voit par les lettres do saint Bernard, et frère d'Alix de Champagne, mère de Philippe- Auguste.

Aussi, lorsque ce prince entreprit le voy age de la Terre-Sainte, il laissa sa mère Alix et son oncle Guiltaume régents de ses Etals ; ce dernier mourut à Laon en 1202. Piej-ro de Blois lui adresse deux lettres, la 28' et la 122*. Etienne de Tournai, abhô d« Sainte- Uéneviève, puis évêque de Tournai, lui eu écrivit vingt-cinq sur divers sujets importants. Comestor lui dMiason Histoire scolastique; el Gautier, célèbre poète du temps, son Alexandriade. — (Voy. Pierre de Celles, I. i, epist. 5; — Guillaume Lebrbtok, in Philip.; — Rigord, in Vila Philippi Longi ;

— Siirt Bernard, epist. 2; — Jean de Salisbury, epist. 287 ; — Roger de Hoteden;

— Vincent de Bbauvais; — Bzovius; — Spojidb; — Ciaconius; — Sainte-Marthe;

— Ai'tevil, Hist. des ministres d'Etat )

CHANAC (Bertrand de), que quelquesuns ont confondu è tort avec Bertrand de Cosnac, autre cardinal ; ils étaient en effet nés en Limousin l'un et l'autre, mais celui dont il est ici question était archevêque de Bourges, patriarche de Jérusalem et administrateur de l'évèehédu Puy. — Dès 1344 , il était clerc de la chambre" du Pape Clément VJ; en 1350 il devint archidiacre d'Agde; en 1374, archevêque de Bourges; en 1382, patriarche de Jérusalem, et, en 1383, administrateur de l'évêché du Puy,

3u'il n'occupa que peu de temps. Créé carinal par Clément VII, en 1385, il mourut le 20 mai IkQk, à Avignon, où il est inhume dans l'église des Dominicains. — ( Voy. Bosquet, in Ki/o Greg. XI;— -Zuhita, I. x,c. 15;

— Frison, G allia purpurata; — Sainte- Marthe, GalliaChrisiiana; — Aubbry, Bist. des cardinaux; — Victorel; — 0*lpurb;

— Ughelli ;— Balusb, Vitœ PaparumAveniensium.)

CHANAC (Guillaume de), originairo du Limousin, mois né à Paris, était petit-neveu de Guillaume, patriarche d'Alexandrie, et neveu de Fouques, mort évêque de Paris, le 25 juillet 1349. — Placé dans l'abbaye de Saint-Martial è l'âge de 7 ans, il se fit recevoir docteur en droit canonique et devint prieur de Long-Pont et de Vézelay, abbé de Saint-Florent deSaumuren 1354, et évêque de Chartres en 1368. En 1371 il lut transféré à l'évêché de Mende, dans lo Gévaudan, et, la même année, créé cardinal par le Pape Grégoire XI. Il mourut a-Avignon le 30 dé-

i:iia «si

cembre 1394. (Voy. Onupbrb ; — Ciaco.

niûs; — Frison, Gall. purp.; — Aubert, Bist. des card.; — Balusb, Vita Pap. Aten.)

CHARLES I", cardinal de Lorraine, archevêque de Reims, de Narbonne, évêquè de Toul, de Metz, de Verdun, de Thèrouane, de Luçon et de Valence; /bbô de Saint-Denis, dtt Fécamp, de Cluny, de Marrooulier, etc., naquit à Joinville le 17 février 1525. — Il était fils de Claude de Lorraine, premier duc de Guise, et d'Antoinette de Bour» bon; et frère de François, duc de Guise, el de Louis, cardinal. Le roi François I", le nomma archevêque de Reims & l'êga de quinze ans. Henri II. qu'il sacra en 1547, avait boaucoup de déférence pour ses cous*m1s.II l'envoya à Borne auprès du Pape Paol III, qui venait de donner le chapeau au jeune cardinal. Charles, è son retour, se déclara ou vertement contre les calvinistes, eleniçagea le roi b sévir contre les sectaires. Eu 1559, H conclut au nom de ce prince, la paix de Cambrai, et, après sa mort, il sacra François Il d'abord , puis Charles IX , l'un rl l'autre fils de Henri H. Sous le règne «le Charles IX, il assista, en 1561, au colloque de Poissy, où il réfuta les blasphèmes de Théodore de Bôze contre la réalité du corp* de Notre-Seigticur dans l'Eucharistie. De* contemporains disent qu'il avait ménagé celle assemblée, pour y faire briller son éloquence. Il se trouva ensuite au concile de Trente, passa à Rome pour y conférer d'affaires importantes avec le Souverain Pontife Pie IV, et retourna a Trente pour assister à la conclusion de ce concile. A son retour en France, il célébra un concile provincial à Reims, en 1564, et en 1572, fit partie du conclave qui élut Grégoire XII. Il fut ensuite envoyé en Espagne par Charles IX.

On voit. encore des monuments de sa piété et de sa munificence dans les académies qu'il fonda, ou renouvela, et dans les séminaires qu*il établit. Après avoir rempli les fonctions les plus importantes du royaume, dont il gouverna aussi les ûnances, en qualité de ministre d'Etal, il mourut, le 96 décembre 1574, comme il était parti pour aller saluer Henri III, qui revenait de Pologne, pour prendre possession du trêoe laissé vacant par la mort de son frère. Son corps fut porté a Reims, où il fut inhumé, et où ou lui éleva un superbe mausolée, sur lequel se voit cette épitapbe faite par lui-même:

Carolus S*. E. R. presbjtcr, cardiiulis de Loiharingia, arcliiepiscopusdua Reuiensis, prinm* par Franche, sancLe Sedis aposlulicje legatu*naïus, de morte el resurreclione cogltans, vivens sibi po*nit, anno 1575, ponlifïcatos sut aimo 35 : vixil annos 40, inenses 10, «lies V, lieras 4; obi il anuol*74 vu caleud. jaii. Kequieseai io pace. Amen.

Ego ereilidi quia la es ChrUlas Filins Dei vivi, qui [in hune munduin venisli. Exspecto donec venisii imiuulalio met.

Charles, prêtre de la sainte Eglise romaine .cardinal de Lorraine, archet iaue, duc de Reims , premier pan de France, légtihné du Saint-Siège

S33 CHA DES Ci

arotiotique, peinant à ta mort et à la résurrett'est (ail, de , ton virant, ertte tpiianke, T«it 1573. de son êi'iKopal le 35» : il a vécu 4J ans, 10 mois. S jours, l heure». Il etl mort Can IKlJeldet calendes de janvier.

Qu'il repose en paix. Amen.

J'ai rru nue tout tte» le Christ, Fils du Dieu tirant, qui itet venu en te monde. J'attends que vienne ma résurrection.

(Voy. Ciaco*ics; — Petramellarics ; — SromB ; — pk Tbou; — Papirc Massox ; — H-larion dbCostb; — Davila ; — Saimte- Marthe.)

Voici les lilrcs de quelques-uns des écrits du cardinal de Lorraine: I. Oraison prononcée au colloque de Poissy (Pari* , 1561, jn-8*), (Reims, 1561, in-4'>. II. Harangue au roi ChaHee IX, à son entrée en la rille de Reims, en 1561 (Reims, 1501).

III. Harangue au sujet de la religion, prononcée en présence du roi; elle se trouve dans le* Commentaires de l'état de la religion sous Charles IX, par Delnplaco, (éd. 1565);

IV. Oratio habita in concilio Tridrntino Norembris 1562, dans le recueil intitulé :

Concilium Tridentinum oraliones, etc. (Louvain, 1567. in-fol.). et dans les Instructions sur le concile de Trente , par Dupuy (édit. do 165V, in-4*}. Dans les deux recueils qu'on vie il de citer se trouvent aussi plusieurs Irttres, et d'autres pièces du même cardinal. V. Lettre à de Guise, sa belle-sœur, sur le trépas de feu son frère, excellent prince, François de Lorraine, duc de Guise, etc. (Lyon, 1563). VI. Harangue faite au roi au département du clergé de Fontainebleau le 28 tuai 1573 (Paris, 1473). VII. Sermon enseignant par quel moyen nous devons préparer nos consciences pour recetoir Jésus-Christ venant à nous. Ce sermon a été imprimé dans m» livre in-4*, ny.int pour titre: ta conjonction des lettres et des armes, etc. VIII. Oi attribue au cardinal la lettre d'un srigneur du pays de Hainaut, envoyée à un sien voisin et ami (Anvers, 1564, in-8*). Cette lettre fut nitaquée par plusieurs écrits, entre autres, •>ar celui-ci : Réponse à la lettre de Charles de Vaudérnont , cardinal de Lorraine , jadis prince imaginaire de Jérusalem et de Naples, duc et comte par fantaisie d'Anjou et de Prorence, et maintenant simple gentilhomme de Hainaut (1563, in-8'). Cette réponse d'un anonyme contient des particularités curieuses sur la généalogie des maisons de Chilitlon et de Lorraine, et sur les causes •l'inimitié entre l'amiral de Culigny, et lo duc de Guise. IX. Des Mémoires latins sur la vie de Henri II. cités par le père Lelong, mais restés manuscrits. X. Ordinaliones monatterii Ctuniacensis, édita) anno 1554 , a cardinale Lotharingio, abbale , manuscrit. Ou trouve rénumération des autres manuscrits du cardinal de Lorraine dans les Eloges de quelques illustres Français, de r«bt»ô Joly. — Voy. son éloge par Albt, art. Lorraine.'

CHARLES II de Lorraine, dit le Cardinal tU Vaudemont, était (Ils de Nicolas, comte de Vaudeoionl, et de Jeanne de Savoie, sa

HD1NAUX. r»K «M

seconde femme, et frère de Louise, qui, en 1575, épon«n Henri III, roi de France. — D'abord évêqne de Toul, puis de Verdun, il fut, en 1578, fait cardinal par le Pape Grégoire XIII, et commandeur de l'ordre du Svnl Esprit par Henri III. son beau-frère. Il mourut le 30 octobre 1587.

CHARLES |III. cardinal de Lorraine, fils du duc Otaries II, et de C'aude de France, fille du roi Henri II, né le 2 juillet 1576. fut évêque d« Metz, abbé do Saint Victor et do Oorze, ebanoine de Trêves et de Mayencn. Le Pape Sixte V le revêtit de la pourpre en 1589; les Catholiques de Strasbourg l'élurent aussi pour leur prélat, lorsque les luthériens eurent nommé Jean-Georges de Rrandebourg. Le Pape Clément VIII lui donna le titre de légat du Saint-Siège dans les duchés de Lorraine et de Rar, et dans les trois évêchés (Metz, Toul et Verdun). Il mourut le 30 novembre 1607, dans sa 92' année. [Voy. pour les cardinaux de Lorraine , Ciacotuus ; — Pbtramlllarics : — d'Atticot. Hist. des card.;— Saikte-Marthr, Gnllia Chris tiana.)

CHATENIER (Berjarp). né à Montpellier, était profondément versé dans In jurisprudence civile et canonique. — Fixé a In cour de Rome, il y exerça longtemps les fonctions d'auditeur du sarré palais, sous le pontificat de Grégoire X. Il fut ensuite chapelain du Pape, et archidiacre de l'église deNarbonne. Innocent V le nomma, en 1276, \à l'évêche d'AIbi, et Nicolas V le chargea d'informer, dans le diocèse de Lodève, contre ceux qui avaient usurpé les biens ecclésiastiques. Philippe lo Bel le choisit pour l'envoyer à Rome, afin do demander la canonisation du roi saint Louis; ce qu'il obtint. Il obtint aussi, en 1295, la sécularisation des chanoines de son église d'AIbi, qui étaient de l'ordre de Saint-Augustin, mais dont la conduite laissait beaucoup h désirer. Il fil un gr.md bien a celte Eglise ; néanmoins, en 1306, il se fit transférer à celle du Puy, disnnt qu'il préférait l'honorable pauvreté de celle-ci aux grandes richesses de l'autre. Le Pape Jean XII lo créa cardinal en 1316 ; mais, comme il était déjà extrêmement âgé, il ne jouit pas longtemps de cette distinction; il mourut, en effet, le 14 août 1317 è Avignon, où il fut enseveli dans l'église cathédr.de. ( Voy. Frison, G allia purpurata ; — . Robert et Saintb-M artbb, Gallia Christiana;

— Odon ob Gissey, liv. m, Hist.; — Dur ut, c. 19 ; — Aobbrt ; — Ciacoxius ; — Dobblli ;

— Catbl. )

CHATRE (Aimbric de la), diacre français, fut créé, par le Pape Calixte II en 1119, cardinal du titre de Sainte-Marie la Neuve. Il mourut en 1125.

CHKKUB1NI (François), né a Monle-Bodio, dans la Marche d'Aniône, faisait partie de la maison du cardinal Pamphile, quand celte v éminence fut élevée au pontificat, en 1644, sons le nom d'Innocent X. — Chérubini avait déjà roropli quelques fonctions ecclésiastiques. Son patron, devenu souverain, le fit entrer dans le palais apostolique, le nomma

auditeur, puisl'éleva au cardinalat, en octobre 16V7. Ce cardinal, peu remarquable sous le rapport du .«avoir, avait des qualités précreuses. Il était d'une vie exemplaire ; il était simple et charitable. Il mourut le 21 avril 1656.

CHEVERUSi6)(Jenn-Louis-Anne-Madcleine Lefebvbe db) naquit en 1768, à Mayenne, ville autrefois chef-lieu du bas Maine, aujourd'liui l'une des sous-préfectures du département de la Mayenne. —Sa familley était fort ancienne dans la magistrature, et jouissait de I'e3tirae et de la confiance publiques. Pour ne poiut parler de M. de Cheverus- Charapollion, qui était maïeur de la ville, Jean-Marie Lefebvre de Cheverus, père de celui à qui ces lignes sont consacrées, avait le titre de juge général civil de Mayenne et de sa duché-pairie ; son second oncle, curé de la paroisse principale, fut sans doute lo modèle que se plut à prendre, dès ses premières années, celui qui devait bientôt faire briller, en sa personne, toutes les vertus sacerdotales. Dès qu'il eut fait sa première communion, il renonça aux frivolilésde son âge; l'exercice de la charité, comme de la prière, devint un besoin de son cœur, et l'étal ecclésiastique eut pour lui un attrait irrésistible. Sa pieuse mère, sa confidente, heureuae de l'ouverture qu'il lui en fit, entretint, dans le cœur de son fils, des dispositions si consolantes pour elle; et, à l'âge de treize ans, il fut tonsuré, dans sa ville natale, par M. de Hercé, évêque de Dol, avec son ami d'enfance, le jeune de-Chapdeleine, mort trop jeune au séminaire de Saiul-Sul-

Eice, a Paris. Bientôt, distingué par M. de onssans, évéque du Mans, à qui son père l'avait présenté, le jeune tonsuré fut admis à profiter d'une bourse au collège de Louis le Grand, a Paris. Un des plus célèbres avocats du barreau de Paris, qui faisait partie du conseil de Monsieur, depuis Louis aVIII, fut appelé, vers ce temps, à Mayenne ; il eut bientôt apprécié les rares qualités qui distinguaient le jeune de Cheverus. Pour rendre service è une famille recommandable, et en même temps pour faire connaître ce fils qui donnait de si belles espérances, il obtint pour lui un bénéfice de huit cents francs, è la nomination du prince. Ce titre entraîna le dignitaire dans une contestation qu'il termina généreusement à ses dépens, quoique la justice fût de son côté; et lorsqu'on demanda au jeune prieur pourquoi il s'était désisté de ses poursuites, il répondit noblement : c C'est qu'en gagnant ma cause, j'aurais ruiné ma partit! adverse. » Le jurisconsulte, qui ne connaissait que le droit, fut irrité de l'arrangement conclu. Quarante ans après, il en gardait encore raucune à M. de Cheverus, et le bon cardinal so plaisait à raconter les reproches qui lut avaient été adressés à se sujet par le rival de Bonnières et de Target. Toutefois, pendant les débats, qui ne durèrent que trop longtemps, le prieur

(6) Pour celle notice nous avons mis a coniributiou une petite brochure intitulée : Vit abrégée du

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satisfit aux obligations de son bénéfice, et fut très fidèle a réciter le petit Office de la sainte Vierge; c'était sa consolation, sa pré» paration au ministère de la prière publique, qui devait un jour lui être confié, et qui, entre ses mains, devait devenir un sujet d'édification si consolant pour l'humanité.

La promesse de l'évêque du Mans, auqacf il avait été présenté de nouveau, ne tarda pas à se réaliser. Son protégé fil son entrée au collège de Louis le Grand, où malheureusement il ne trouva pas des leçons et des exemples de vertu. De mauvaises doctrines y régnaieut, et y remplaçaient les exercices de piété; des désordres graves s'y multiplièrent ; cet établissement , où avait pénétré la contagion qui minait la société d alors, ne donnait plus à l'Etat de bons citoyens, de vrais Chrétiens à l'Eglise ; mais la corruption, répandue autour du jeune abbé, ne pouvait l'atteindre. Toujours appliqué à ses devoir*, pieux sans ostentation, comme sans faiblesse, il ne manquait m b la prière quotidienne, celte rosée rafraîchissante, ni à ses exercices religieux; il communiait chaque dimanche. Du reste, bienveillant pour ses condisciples il savait s'en faire aimer et respecter.

Pour se soutenir sur ce terrain glissant et difficile, il lui fallait un appui. L'abbé de Cheverus rencontra, dans la personne de M. l'abbé Augé, le plus précieux des directeurs; il lui fallait plus ; un ami lui manquait, un confident de ses peines et de ses joies. Il eut le bonheur de trouver cet autre lui-même dans celui que tout Paris a vénéré sous le double point de vue des vertus et de l'éloquence de la chaire. Le jeune de Cheverus et M. Legris-Duval, plus Agé que lui de trois ans, se lièrent dès lors d'une amitié chrétienne, qui ne les empêchait pas de se mêler aux jeux de leurs condisciples, et même & leurs plaisanteries, quand elles étaient innocentes, montrant, dans celle sociabilité, une sagesse» un tact, une maturité admirables.

Mais si l'abbé de Cheverus savait captiver le cœur de tous ses camarades par la douceur et l'égalité de son caractère, il les surpassait par sa pénétration, son intelligence, ses progrès dans les lettres. En philosophie, on le vit quelquefois remplacer le professeur. Sa mémoire répondait è son application ; aussi le prélat qui l'avait placé au collège, fier des triomphes de son protégé, répétait souvent, faisant allusion è sa taille peu élevée : «Mon petit abbé de Cheverus sera un jour le premier sujet de mou diocèse. * Après qu'il eut, en mars 1786, soutenu la thèse d'usage, publiquement et de la manière la plus brillante, on le vit, méprisant la gloire humaine, abandonner le collège pour le séminaire, afin de répoudre à sa vocation ecclésiastique. Sachant qu'un concours est ouvert pour une place au séminaire de Saint-Magloire, tenu par de»

OratorieostU se met sur les rangs et emporte

cardinal da Ckevtrw, par. A. Ebtou ; Lille, 18:6, chez Lcfort.

niCTiONNAlKE

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d'emblée la nomination. Dans ce séminaire, écufe de science et de vertu, les maîtres et Jcs élèvent conçurent, pour l'abbé de Cheverus, estime, affection et tendresse ; mais sa modestie lui cachait son propre mérite et les causes de l'attachement què lui montraient ses supérieurs et ses égaux. Jamais il n'onbtia ces années de travail, de paix el de piété. Que de fois il a répété ces paroles: « Années fortunées de mon séminaire, les pins belles de ma vie 1 Temps heureux où mm devoirs étaient si faciles, mes jours si sereins, mon âme si tranquille, et tout ce qui m'entourait si bon, si indulgent pour moi !•

C'est dans celte maison qu'il se Ha d'une étroite amitié avec un prêtre dont tout Paris a entendu les sermons si touchants, si pleins d'onction, l'abbé Maccarlhy ; toutefois ii refusa d'apprendre de la tmuebe de cet Irlandais réfugié la langue anglaise, alléguant que son temps serait plus utilement employé eux études qui se rattachaient de plus près au saint ministère. Il ignorait alors que la Protidence le destinait a érangéliser les Catholiques de Boston, daus cetlo môme langue anglaise, que les malheurs de sa patrie allaient lut donner bientôt l'occasion de connaître. On ie vil donc se livrer tout entier è l'étude des Livres saints, arrosant souvent (Ih ses larmes les paçes sacrées de la Bible. L'histoire ecclésiastique et les Pères de l'Eglise grecque, qu'il lisait dans leur langue, comme il lisait la Bible dans l'idiôme des Hébreux, avee lequel il s'était familiarisé, étaient les délassements de celle vie si bien occupée-, la théologie prenait la première place dans tous ses travaux. Lorsqu'ensuite il suivit,1 selon la coutume, les cours do la S"r/*>nne , l'abbé de Cheverus s'efforça «l'augmenter ses connaissances et de salisfoire ses maîtres, assez éprouvés d'ailleurs ilans ces temps difficiles. S'il argumentait en Sot bon ne ou dans les séminaires de Paris, il le faisait toujours avec grâce et talent, révélant les sujets arides delà théologie d une diction élégante et d'un langage cicéronien, petit artifice que, plus tard, dans son innocence et sa modestie, il se reprocha quelquefois. Fidèle à ce séminaire de Saint-Magloire dont les directeurs lui étaient si chers, il refusa de les abandonner pour entrer gratuitement au séminaire de Saint-Sulpice, où rappelait avec instances un homme qui appréciait son mérite, le supérieur-général de celte maison, le savant et modeste M. Emery, pour qui Napoléon lui-même professait la plus grande estime.

En 1790, l'abbé de Cheverus, promu au diaconat, commençait sa seconde année de licence, lorsque l'évôque du Mans, ne perdant pas de vue ce sujet d'élite, et prévoyant les maux qui allaient fondre sur l'Eglise, disperser les évôqnes et rendre les ordina* lions plus difficiles et plus rares, voulut l'appeler au sacerdoce avant l'âge, et obtint, a son insu, des dispenses ; en les lui envoyant, il lui exprima le désir qu'il reçût la prêtrise dès la prochaine ordination. Quoique

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a cette époque où les biens du clergé avaient été envahis el la constilution proclamée, il n'y eût à attendre en entrant dans le saint ministère que la persécution et la pauvreté, l'abbé de Cheverus n'hésita point; le 18 décembre 1790, il (il partie de la dernière ordination publique, faite à Paris, et il revint aussitôt dans sa ville natale, où, la nuit de Noël il célébra sa première Messe.

Comme son oncle, M. Lefebvre de Cheverus, curé de Mayenne, était infirme et paralytique, celui-ci obtint aisément de son évêque la permission de prendre pour vicaire son neveu, qui fut en même temps nommé chanoine de la cathédrale. Dans cette double fonction, quoique âgé seulement do vingt-trois ans, l'abbé de Cheverus déploya le zèle et la fermeté de l'âge mûr; il commença dès lors à montrer le charitable dévouement, l'abnégation dontiï donna depuis tant de preuves. Lorsque les temps furent devenus plus mauvais, et que le serment à la Constilution civile du clergé lui eut été demandé, serment qu'il refusa ainsi que son vénérable parent, forcé de quitter le presbytère, et de le céder au curé intrus, il obéit en silence, mais ne cessa d'exercer lea consolantes et pieuses fonctions de son ministère. Contraint de renoncer è l'exercice ublic du culte, il transforma une des eha rares de la maison paternelle en une chapelle, afin d'y célébrer la sainte Messe et d'y ad* minislrer les sacrements. Son oncle étant mort, M. de Goussans le nomma enré de Mayenne, et bientôt l'investit des fondions de vieaire général ; nomination qui con*» lerna un momeot les révolutionnaires. Puis, voulant è tout prix lasser sa constance, et lui faire quitter la ville, les meneurs lui déclarèrent que le club avait arrêté que la maison de son père serait incendiée, s'il ne l'abandonnait le jour même. Cédant a la force, et à la voix de la prudence, le jeune curé se vit obligé d'abandonner la ville. 11 se rendit à Laval, où les prêtres insermentés avaient reçu l'ordre de se réunir, pour y être mis en surveillance. Bientôt renfermé dans un ancien couvent, il en sortit à cause d'une légère indisposition; et rendu a ses parents qui habitaient celle ville, il leur ma. nifesla le désir de passer en Angleterre, les rassurant et les consolant par les paroles suivantes : « Si je puis mettre le pied sur la terre étrangère, soyez sans crainte { quand on est fort el jeune comme ie suis (malgré sa petite taille, il était robuste), on peut vivre partout, parce que partout on peut gagner sa vie en travaillant. » Il réalisa son projet. Déguisé en laïque, muni d'un passe-port, il part pour Paris ; mais reconnu, dénoncé aux comités de surveillance, il change d'asile, et vit pendant deux mois dans un hôtel obscur, ne sortant presque jamais, et toujours entre la vie el la mort. Quand parait la loi du 26 août, qui condamne les prêtres non assermentés à la déportation, il est tenté d'en profiter ; il quilto son hôtel, où on l'avait reconnu, â la récitation de son bréviaire, est presque témoin du massacre

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des prêtres aux Cornu* de ta rue de Vaugirard, se cache de nouveau chez son frère, étudiant en droit; et, enlin, muni de son premier passe-port el d'un second comme prêtre insermenté, il arrive a Calais, et il y obtient la permission de passer en Angleterre.

Le jeune prêtre est transplanté sur un sot étranger, où il ne connaît personne; la langue même du pays lui est tout«a fait étrangère, el les ressources, qu'il apporte avec lui, sont bien modiques. Mais confiant en la Providence, il conserve sa sérénilé et la paix du cœur. Qnand ou lui offre de le faire participer aux secours que le gouvernement anglais accorde aux émigrés, il les refuse en disant: « Le peu que je possède (il n'avait que trois cents francs) me suffira jusqu'à ce que je sache un peu la langue, et une fois que je la saurai, je pourrai gagner ma vie, ne fut-ce qu'en travaillant do mes mains. • Après un espace de trois mois, le réfugié, h force de travail et de courage, se vit en état de donner des leçons de français et de mathématiques dans une pension tenue par un ministre protestant qui , l'ayant surveillé de près pour s'assurer de la pureté de ses mœurs, fui bientôt rempli d'admiration pour une vertu qui ne se démentait jamais. Dans cetlo maison l'abbé de Cheverus obtint un léfcer traitement et tout cv qui était nécessaire à l'existence. 11 se perfectionna si rapidement dans la langue anglaise, qu'au bout d'un an il parvint à la parler correctement. Il avait un autre but: il désirait instruire ses nouveaux compatriotes dans leur propre idiome; el, muni de l'autorisation de M. de Douglas, évêque catholique de Londres, il réunit quelques familles catholiques du voisinage, el fit son début dans un sermon en anglais. Encouragé par les premiers succès qui couronnèrent ses efforts, il continua de prêcher et de catéchiser. Son auditoire s'étanl beaucoup accru, il obtint une chapelle et un logement pour les ecclésiastiques qui s'associeraient à sa bonne œuvre; il s'y logea luimême. Bientôt sa réputation se répandit. Un riche seigneur anglais, en ayant entendu parler, vint lui demander pour son fils des leçons de géométrie el d'algèbre. Satisfait de l'instruction et des soius prodigués à son enfant, il fil au maître les offres les plus séduisantes, afin de se l'attacher complète-» meut. Ce fut en vain ; M. do Cheverus déclina une position qu'il trouvait trop mondaine, et indigne d un ministre de Jésus- Christ. « J'aurais eu une vie trop délicate, a-l-il dit depuis, je n'aurais eu que des jouissances; ce n'était pas la vie d'un prêtre. • Des dispositions si apostoliques le conduisirent a penser qu'il serait plus utile chez les peuples privés de la lumière de l'Evangile, qu'en Angleterre, et à Londres surtout, où se trouvaient tant de prêtres. Quand on lui proposa h direction d'un collège près de s ouvrir à Cayenue, il ue crut pas nou plus devoir accepter ; son zèle sentait le besoin d'un champ plus vaste que l'enceinte d'un pensionnat. L expédition de Qui-

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beron eut lieu sur ces entrefaites; fl aurait bien voulu y accompagner l'évêque de Dwl, dont il était grand vicaire ; mais le boo vieillard, qui succomba dans cette entrepris» malheureuse, s'y opposa fortement. Echappé à la mort qui l'eût frappé sur les plages de ' la Bretagne, M. de Cheverus sentit sa réveil 1er dans son ûme ces inspirations ardentes qui l'appelaient sur un autre hémisphère, Aussi, quand l'abbé de Matignon, qu'il avait connu à la Sorbonne, lui annonça qu'il sa (ruuvail seul à Boston, au milieu d'une ioule de sectes différentes, les instances de son ancien condisciple l'émurent vivement, el, après avoir mûrement réfléchi devant Dieu, el pris conseil de personnes dignes de sa confiance, il se décida a partir pour les Etats-Unis, non sans avoir obtenu l'assentiment de son évêque, qui ne put retenir son jeune ami. Comme il voulait qu'aucun intérêt humain ne le préoccupât dans sa doo« velle carrière, il fit, en bonne forme, une renonciation a ses biens de famille en faveur de ses frères ; puis libre et dégagé de tous liens, il partit, après avoir fail ses adieui aux fidèles désolés de sa petite église), el à ses amis, dont un, son ancien professeur en Sorbonue, lui disait : « Ah) mon anu.éuilre pour évangéiiser les sauvages que vous faisiez à Paris do si savantes dissertations?* Après avoir suivi régulièrement les lois do l'Eglise pendant la traversée, et s'être concilié (la bicnveillanco et l'estime des passagers, il arriva heureusement le 3 octobre t"î96» Boston, où M. de Matignon le reçut coranio un ange envoyé du ciel. Il fut bieulûl investi par M. de Carroll, évêque de Baltimore, de tous les pouvoirs nécessaires à son ministère Pour triompher des difficultés oui s'offraient à ces deux prêtres pleins d'ardeur dans l'exercice d'une mission où ils auraient à évangéiiser une population si nombreuse, pour détruire (es préjugés qui régnaient contre les minisires de la religion catholique, ils pensèrent qu'il n'y avait pas ds meilleur moyen que la charité dans les procédés, la douceur dans les paroles et l'exemple d'une vie apostolique : ils les mirent eu pratique, et le succès couronna leurs efforts au point que les journaux protestants furei.l les premiers à publier le récit de leurs lointaines et courageuses pérégrinations, et devinrent les chaleureux apologistes de ces missionnaires. « Le plus jeune de ces hommes apostoliques (M. de Cheverus) prenait souvent son bâton, et commençait ** jouruée avant le lever de l'aurore, pour aller confesser quelques pauvres catholiques dont Pê me soupirait après cette dernière consolation de la religion qu'il professait. ■ (Magasin metuuel de Botton.) Cependant li naine des prolestants ne s'apaisa point au premier abord devant tanl |de vertus. Pou' faire tomber d'injustes préventions, il fanai du temps ; ce n'est qu'au bout d'un an qu un individu de la religion réformée lui tinte* langage empreint de franchise : « Monsieur, voilà douze mois que je vous étudfe, <P|* j'épie toutes vos démarches; je ne croyau

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