‹ Dictionnaire d'orfèvrerie, de gravure et de ciselure chrétiennes. 3. Encycl. théol., tom.27 (volume 4)Chapitre 131 sur 457 · CHE G · texte numérisé non relu

CHE G

rhe si émlnent ne pouvaient rester Ignoré*. L'évêque do Baltimore apprit bientôt que! homme il avait sous la main, et il songea dès lors à le placer è la tête d'une grande église : il lui écrivit donc pour lui proposer de se charger de l'église de Sainte-Marie, de Philadelphie. No pouvant consentir a se séparer de son digne ami, M. de Cheverus refusa l'offre do son évôqne. Néanmoins celte affection pour son excellent collaborateur ne l'empêcha pas de songer a se livrer, avec un nouveau zèle, à des travaux aussi seints, mais plus pénibles. Affligé de la triste position des Catholiques de l'Etat du Maine, il dirigea ses pas vers ru pays, éloigné de Boston de plus de soixante lieues. A Now- Castle, la capitale, il fil bâtir une église ropre et décente sous l'invocation de Saintatrice, patron des Irlandais, et promit de venir en personne, chaque année! passer quelque temps au milieu de ses frères en Jésus-Christ, pour leur dispenser les sacrements, l'instruction et tous les secours de son ministère ; il s'acquitla religieusement de ce pieux engagement jusqu'en 1819, où un prêtre fut envoyé pour y résider. Cette première mission ne suffisait pas à son ardeur; il voulu! pénétrer jusque dans le pays de Penobscot cl de Passamaquody, peuplés de sauvages nomades, uniquement adonnés à la chasse et à la pêche. Instruit de la lonue è l'école d'une vieille sauvage et muni e tout ce qui lui était nécessaire pour offrir le saint sacrifice, il partit sous la conduite d'un guide, à pied, la bAlon à la main, comme les premiers apôtres, se dirigeant à travers les broussailles et les épines, se nourrissant d'un peu de pain dont il s'était muni, couchant sur quelques brindilles, après avoir, grâce a un grand feu qu'il allumait chaque soir, écarlé de son lit improvisé, les serpents et les animaux dangereux. Quelles furent sa joie et sa surprise tout à la fois, lorsqu'à* près une marche de plusieurs jours, il entendit (c'était un dimanche), un grand nombre de voix qui chantaient, avec beaucoup d'ensemble et d'harmonie, la Messo royale de Dumont. C'étaient do pauvres sauvages qui, sans prêtre depuis cinquante ans, solennisaient le jour du Seigneur. Bientôt réuni à ces Chrétiens, il est accueilli avec joie, traité avec honneur. Celte scène attendrissante so passait à lndian-Old-Town, au milieu d'une forêt. Il organise l'époque et le lieu de leurs réunions futures; il fait plus; pour ne pas contrisler ces pauvres gens, il se fait violence et partage avec eux un repas dont les mois faisaient bondir le cœur. Au surplus, sa manière de vivre l'avait accoutumé à la sobriété. Pondant son voyage à travers ces tribus, un pain grossier lui suffisait, avec un peu de fromage, quand il en trouvait. Il exerçait les fonctions de son ministère, dans les deux tribus do Passamaquody et de Penobscot, avec le courage que la foi seule peut donner, car il lui fallait, chaque jour, vaincre I* répuguanc* que lui inspirait la malpropreté des sauvages, couverts d'insectes et dont les

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vêtements ei le corps exhalaient des odeurs fétides. Mais le bonheur de trouver des Chrétiens si dociles, si chastes, si Adèle*, qui, après un laps de temps si long, n'avaient pas perdu la foi et pratiquaient les exercices de ta religion chrétienne, lui faisait trouver légères toutes ses souffrances. On conçoit quelle était la vénération de ces

f>euplades pour le missionnaire que le Ciel eur envoyait : c'était toujours le chef ou la reine de la tribu qui le servait; et M. de Cheverus exerçait un tel empire, qu'un jour il empêcha, pendant quelque temps, un navire chargé de rhum de débarquer sa marchandise, et que, le capitaine ayant mis ii terre quelques barriques, il les fit enfoncer par les habitants. Ceux-ci s'empressaient de le guider à travers les bois, sur les lacs, sur la mer, quand son ministère le demandait, et toujours avec une adresse et une complaisance extrêmes. M. de Cheverus était encore consolé de ses fatigues par les sentiments généreux qu'il retrouva dans ces cœurs si rudes et si simples ; ils ne pouvaient croire au supplice de Louis XVI, dont un voyageur anglais avait porté la nouvelle dans ces solitudes, tant les Jésuites, qui les premiers les avaient instruits de la religion chrétienne, leur avaient donné des Français l'idée d'un peuple généreux et bon. Quand M. de Cheverus eut été forcé do les détromper, un *auvaçe attristé lui dit: « Père, puisqu'il en est ainsi, je n'aime plus les François... Ils devaient le défendre et mourir... C'est comme si l'on venait pour te tuer chez nous, comme si nous te laissions tuer. Mai» nous valons mieux que les Français; nous nous ferions tous tuer pour te défendre. • Après trois mois d apostolat dans ces tristes contrées, M. de Cheverus revint è Boston en 1708. Une occasion de déployer son zèle l'attendait. Pendant tout le temps que sévit la fièvre jaune, on le vit s'exposer è la mort pour soigner les malades les plus abandonnés, il était l'infirmier et l'apôtre de la ville ; et quand ses amis lui représentaient qu'il exposait une vie utile a la religion et a la société : « Il n'est pas nécessaire que je vive,» répondit-il, « mais il est nécessaire que les malades aient des soins, les moiibonds des secours. » Voici comment un voyageur réconte les soins que lui prodigua le vicaire de Boston, son compatriote... « Je devais éprouver moi-même jusqu'où pouvait aller son dévouement. Je lus atteint par la fièvre dangereuse qui souvent ravage ce pays. A la première nouvelle de cet accident, accourut près de moi lo consolateur, que n'avaient pu retenir les craintes de la contagion. Pendant ma maladie, ie senlis souvent se ranimer ma main défaillante pressée par la sienne. Malgré mon accablement, je pus distinguer, dans le ton de sa voix et dans l'expression de son regard, sa tendre sollicitude. Son cœur gagna mon cœur; une éloquence persuasive parvint à tranquilliser mon esprit, peut-être encore ulus malade que mon cœur; enfin ses visites réitérées, jointes aux soius de M. de Valnays, consul

UMAIRE UtE ski

de France, et de sa fille, mes retpeclahles amis, me rendirent la vie. » Ce dévouement lui conquit le cœur de tous les habitants de la ville, mais il se dérobait avec modestie aux honneurs et à la reconnaissance dont H était l'objet. La considération, dont il joui»* sait, était si grande, que les magistrats faisaient quelquefois fléchir pour lui la rigueur inflexible des lois; enfin il obtint un plus grand triomphe, celui de rendre aux Catholiques la liberté de conscience, en faisant abolir un serment qui leur avait été demandé jusqu'alors pour voter dans les assemblées. Cet homme, qui faisait rendre!

chacun son droit, prouva qu'il était boa citoyen, que les intérêts de si nouvelle patrie étaient devenus les siens ; car, lors da la guerre des Etats-Unis contre l'Angleterre, on le vit travailler de ses mains aux fortifications que les habitants de Boston élevaient pour la défense de leur cité.

> Enfin le projet qui occupait depuis si longtemps M. de Cheverus , celui de bâtir une église plus grande et plus convenable, allait être réalise par ses soins et par sa persévérance. On le voit ouvrir une souscription , et le président des Etats-Unis s'inscrit le premier. Cet exemple est suivi, et les fondements du pieux édifice sont jetés ; mais il no veut point que les travaux continuent , avant d'avoir assuré de nouveaux fonds, . afin de n'exposer personne a des pertes : et jusqu'à l'achèvement de l'édifice, ils na furent repris et continués que selon In recette. Pendant que ce temple s'élevait, la concordat , signé entre le Pape et Napoléon, permettait aux évêques et aux prêtres émigrés de rentrer en France et d'y exercer leurs fonctions. Quel fut alors le combat qol se livra dans le cœur de l'exilé, lorsque set parents le conjurèrent de revenir dans sa patrie, è Mayenne, qui attendait son pasteur? Comment, d'un autre coté , abandonner ses chers Américains? Comment, surtout, se séparer de son père, de son ami, M. de Matignon? Dans cette perplexité, il lui fallait connaître la volonté de Dieu. Consulter humblement M. de Carroll , son éveque, sur les questions qui s'agitaient dans son esprit , fut le parti qu'il embrassa, décidé è l'obéissance envers son supérieur. Les raisons que lui donna son évêque, dam uue lettre du 9 avril 1803, le décidèrent • rester. Après de longues irrésolutioos, il annonça à ses ouailles, le dimanche aérés Pâques, qu'il resterait au milieu d'elles, partageant leur bonne et leur mauvaise fortune , qu'elles lui tiendraient lieu de ses parents , de ses amis de France, dont «I se privait pour elles. Dès ce moment , la construction de l'église n'éprouva plus d'interruption, et, quelques mois après, elle était inaugurée, avec pompe, au milieu d'un grand concours de Catholiques et de protestants. L'abbé de Cheverus était tout entier aux travaux de son ministère, lorsqu'on lui adressa , des prisons de Northaïuptoo , uoe lettre qui l'appelait a une triste fonction, Deux jeunes Irlandais catholique», condacn*

nés à mort pour un crime qu'ils n'avalent pas commis, lui avaient écrit afin do réclamer l'assistance de son ministère. Il accourt, il les console, il trouve dans son cœur et dans tes sublimes enseignements de la foi les moyens- d'adoucir les angoisses de ce dernier moment. C'est la coutume aux Etats- Unis de conduire au temple le condamné pour qu'il y entende un discours funèbre immédiatement avant l'exécution. L'homme évangéliquo , montant en chaire, aperçoit une multitude de femmes , accourant de toutes paris, pour assister au supplice de te* infortunés. Alors , d'une voix forte et sévère, il laisse tomber ces paroles , qui ne conviennent pas seulement aux Etats-Unis, mais à des contrées de l'Europe , qui se disent civilisées: « Les orateurs ,• s'écriet-il,*> sont ordinairement flattés d'avoir un auditoire nombreux, et moi j'ai honte de celui que j'ai sous les yeux. Il est donc des hommes pour qui la mort de leurs semblables est un spectacle de plaisir , un objet de curiosité ! Mais vous surtout, femmes, que venez- vous faire ici? Est-ce pour essuyer les sueurs froides de la mort, qui découlent du visage de ces infortunés? Est-ce pour éprouver les émotions douloureuses que celte scène doit inspirer à toute âme sensible ? Non, sans doute : c'est pour voir leurs angoisses, et les voir d'un œil sec, avide et empressé. Ah I j'ai honte de vous; vos yeux sout pleins d'homicide. Vou.« vous vantez d'être sensibles, et vous dites que c'est la première vertu de la femme; mais si le supplice d'autrui est pour vous un plaisir et la mort d'un homme un amusement de curiosité qui vous attire , je ne dois plus croire h votre vertu; vous oubliez votre sexe, vous en faites le déshonneur et l'opprobre.... » Elles se retirèrent honteuses et confuses, rougissant de leur curiosité barbare. De retour à Boston, une autre œuvre l'attendait t c'était la conversion d'une dame riche, élevée dans la religion protestante; elle eût bien désiré que l'abbé de Cbeverus vint à Philadelphie, qu'elle habitait, pour l'éclairer sur s«s doutes. Mais il ne pouvait pas quitter son troupeau , au milieu duquel il était nécessaire. D'ailleurs il trouvait peu convenab'e d'aller donner des leçons de catholicisme dans une ville qui avait de bons nrétres. Une correspopdance s'établit entre tl~* Seton et lui. L'effet de ses lettres fat f; celle qu'il avait couvertie se fit ,

d'après son conseil, sœur de charité, et créa nne école de pauvres dans le Maryland , devenant ainsi la fondatrice de la première communauté de femmes aux Etats-Unis.

En 1808, M. Carroll demanda l'érection de quatre nouveaux sièges, dont un serait à Boston pour toute la Nouvelle-Angleterre. Il avait d'abord pensé à l'nbbé de Matignon, qui, par son Age, semblait avoir des droits s celte préférence. Mais le vénérable docteur, h peine instruit de ce nouveau projet, fit tomber le choix sur son ami. Le 8 avril 1808 , Pie VII donna le bref qui établissait les quatre nouveaui évêchés. Les bulles, * cause des troubles de l'Italie et de la mort de celui qui les portait , n'arrivèrent aux Etats-Unis qu'en 1810. L'abbé de Cheverus fut sacré a Baltimore, le 1" novembre, en présence des évèques de Oortvne et de Philadelphie. Le », il prêcha dans la même cathédrale, pour le sacre de M. Flaget, nommé évêque de Bardslown. Son discours, h cette occasion, fut admirable; mais il était trop modeste pour permettre que ce discours fût livré a l'impression, comme on l'y sollicitait. Les cinq évêques profitèrent de leur réunion pour faire quelques règlements relatifs è l'administration de leurs églises. Arrivé à Boston, le nouvel évêque redoubla d'humilité , de soins et d'égards envers son digne ami, devenu sou second. Sa vie était simple et frugale comme auparavant ; une chambre fort exigué lui tenait lieu de salon de réception, et quand il la montrait a ceux qui venaient le visiter, il leur disait: «Vous voyez le palais épiscopal; il est ouvert à tout le monde.» Ses meubles correspondaient a l'appartement (7). Le nombre des chaises était si restreint, que les visiteurs étaient parfois obligés de s'asseoir sur son lit , composé d'un seul matelas. Cependant tout était propre et décent. Les dimanches et les jours de fêle , il se plaisait è donner h dîner aux Catholiques trop éloignés de l'église pour s'en retourner a leur maison prend m leur repas. Quelque nombreux qu'ils fussent, il savait suffire è leurs besoins, avec la joie et la cordialité d'un père an milieu de ses enfants. Pour se donner cette salisfaction , l 'évêque , qui n'avait d'autres ressources que les aumônes des fidèles, *e privait des choses les plus nécessaires à la vie, et se condamnait a des travaux publics, que d'autres auraient trouvés ignobles. CVst ainsi qu'il fendait le bois à brûler. 9'il con-

(7) Ces paroles Tarent adressées à M. Ifilbert, vojxgeur français. Il raconte en ces termes comment il êt la connaissance du vénérable évêque: « Dans l'é té «le 1820, je Tenais d'eiplorer loti les les moniagues des Etats de Vermont et de New-Hamp- «bire; j'étais lourdement chargé des collections d'histoire naturelle que j'avais recueillies danseelie etcurMon. Comme je suivait les bords pittoresques du Mcrtmack, je fus rencontré par M. de Cheverus, ni faisait alors une tournée pastorale dans son «Hvresr. Surprit «le mon étal de fatigue, ee bon prélat, tout en louant mon gèle pour la science, m'a* drew* des reproches pleins d'affection. Tuis il mis At:» Asseyons-nous ici, luouucttuoj i vos loches.

vos crustacés, vos végétaux, toutes vos richesses; vidons le sac et vos poches aussi, je veux tout voir.» Mais je m'aperçut qu'en paraissant examiner avec soin ces productions naturelles, oui n'avaient pour lui qu'un médiocre intérêt, il en faisait deux paris, et je demandai pourquoi il agissait ainsi. * Je fais à chacun notre part.» me répondit-il ; t ce second sae est pour moi, gardes seulement voire portefeuille de dessins ; je le veux ainsi. Nous allons marcher doucement jusqu'à biweJI; de là par le canal de •lidilleseï, nous parviendrons sans fatigue jusqu'à boîioii ; > et, malgré tout ce que je pus faire pour m'y opposer, le bon évêque se chargea d'une partie de mes collections.

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