‹ Dictionnaire d'orfèvrerie, de gravure et de ciselure chrétiennes. 3. Encycl. théol., tom.27 (volume 4)Chapitre 144 sur 457 · ON · texte numérisé non relu

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comme l'est évidemment le règlement qui soumet notre puissance à celle du métropolitain, et qui permet à celui-ci d'instituer les évôques nommés, que le Souverain Pontife aurait cru, en diverses circonstances et dans sa sagesse , ne pas devoir instituer, rendant ainsi juge et réformateur de la conduite du suprême hiérarque celui qui lui est inférieur dans la hiérarchie, et qui lui doit soumission et obéissance ? Pouvons-nous introduire dans l'Eglise de Dieu cette nouveauté inouïe , que le métropolitain institue, en opposition au chef de l'Eglise? Dans quel gouvernement bien réglé est-il concédé à une autorité inférieure de pouvoir faire ce que lechef du gouvernement a eru ne devoir pas faire ?... Nous offrons à Dieu les vœux les plus ardents, afin qu'il daigne répandre lui-même sur Votre Majesté ratondance de ses célestes bénédictions.

Fontainebleau , le 25 mars de l'an 1813 , de notre règne le 14*. Pius PP. VII. » Cetto lettre fut remise à Napoléon : mais les événements se précipitaient ; il avait d'autres préoccupations. Le 32 janvier 1814 il fut signifié au Pape qu'il allait être reconduit à Rome. Le brillant météore allait disparaître, ne laissant guère d'autres traces de son passage que l'amoindrissement de la France , tendis que les autres grandes puissances recevaient de notables accroissements.

Le 30 avril Pie VU écrivait de Césène, sa patrie, a Louis XVIII, qui allait arriver à Pari* ; lui-môme faisait son eutrée soleuneile à Rome le 25 mai. Il avait déjà envoyé le cardinal Consalvi comme nonce auprès de Louis XVIII. Pendant les Cent Jours , craignant d'être enlevé par Murât , encore roi de Naples et réconcilié avec Napoléon , il ails se réfugier 6 Gênes, d'où il ne tarda pas à rentrer dans sa capitale. Les chefsd'œuvre des arts, qui en avaient été enlevés, allaient y revenir; etCanova, que Napoléon avait appelé à Paris sous son règne, y était envoyé par son ami Pio VII, afin de présider a la reconnaissance et à la translation des monuments italiens qui décoraient le Louvre, et dont le gouvernement pontifical réclamait la restitution. Le Saint-Siège vivait en bonne intelligence avec tous les gouvernements ; tous ses Etats lui avaient été rendus. En 1817, il accordait à la France un nouveau concordat ; bientôt après c'était à l'Eglise de Po-

et il expira le 20 août suivant, dans la 82* année de son âge, et la 2V* de son pontifient. « On a vu par combien de malheurs, de persécutions et de violences ce rft^ne fut tourmenté. Pendant plusieurs années, le Pape fut arraché de son trône ; et cependant beaucoup de travaui de toute nature illustrèrent ce pontificat. C'est sous son règne que l'on entreprit les fouilles d'Ostie qui firent connaître l'ancienne situation de cette ville. Par les ordres de Pie VII, on aplanit le sol autour de l'arc de Constantin et de l'arc de Seplime-Sévôre. On déblaya le forum romain ; on éleva la fontaine do Monte-Cavallo, après avoir donné aui deux colosses une position plus pittoresque ; on plaça l'obélisque du mont Pincius ; on renversa les masures qui déshonoraient la plane de Saint- Pierre; on embellit la place de/ Popolo ; on dégagea et l'on fit ouvrir plus majestueusement le Ponte-Molle ; on fil sortir de ses ruines le forum de Trajan dont les Français avaient habilement retrouvé les fondations; le gouvernement dépensa 70,000 piastres pour perfectionner l'entreprise qu'ils avaient commencée. Fidèle aux habitudes nobles et généreuses de ses prédécesseurs, Pie VU construisit de nouvelles chambres au.musée du Vatican et fit bAtir la partie appelée Braeeio Nuovo. C'est sur l'invitation du Pie VII que Mgr Mai , aujourd'hui cardinal, est venu se fixer à Rome ; c'est là qu'avec tant de zèle et de constance il a retrouvé en grande partie la République de Cicéron, et une foule de fragments inédits de cet orateur et d'autres écrivains anciens. C'est sous le même règne qu'une dotation de 4,000 écus fut assurée à Canova qui, aussi

f;rand en cela lui-môme que le bienfaiteur , es distribuait annuellement à des artistes. L'idée de la promenade a la suite de la villa Médicis est due au zèle des Français pour la salubrité de la ville. L'administration de Pie VII acheva la plantation, et tous les ouvrages que leur départ avait suspendus : sous les rapports des arts, des sciences, des lettres, Pie VU a payé magnifiquement sa dette à la ville de Rome. Cette capitale du monde chrétien, ce talon de l'Europe, comme l'appelait Mme de Staël, présente à chaque pas les traces de la munificence de ce souverain et de la haute intelligence de son ministre Consalvi. ■ (Artaud, Biographie uni-

logneetàcelle de Naples. Dans la promoiion ver s elle.) Pie VU a laissé des manuscrits de vingl-buil cardinaux faite par Pie VU apièssa restauration se trouvaient compris delta lienga (depuis Léon XII), Castiglioni (Pie VU!) , le savant Barnabile Fonlaua , Gregorio , et George Doria , le fidèle compagnon de la captivité du Pontife. Le 5 mai 1821 mourait à Sainte-Hélène Napoléon. Sa liu édifiante fut une grande consolation pour le Saint-Père. Il versa des larmes de joie , quand on lui rapporta cos paroles du grand capitaine : « Je suis né dans la religion catholique, je veux remplir les devoirs qu'elle impose, je veux recevoir les secours qu'elle administre. » En juillet 1823 , le saint Pontife se cassa dans une chute le col du fémur,

qui témoignent de sa science et de sa profonde érudition ; on peut en voir les litres dans M. Artaud.

Il a été l'occasion d'une foule de publications, dont voici les principales : I. Recueil de piècet concernant la demande faite par notre Saint-Père le Pape Pie 17/, le 15 août 1801, aux évéques légitimes de France, de la démission de leurs sièges , 1802. II. Correspondance authentique de ta cour de Rome avec la France, depuis l'invasion des Etats du Saint-Pire par tes Français, Paris. 1814, iu-8*. HI. De la persécution de l'Eglise sous Bonaparte, par de la Placb, 1 vol. in-8*. IV. Histoire des malheurs et de la captivité

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de PicVll, par A. dk Be.w cnuip, Paris, 181V, 1815. 1823, in- 12. V. Mémoires pour servir à l'histoire ecctétiastique pendant le xvin* <iVcle, par Picot. 2* édition, Paris, 1815, 181G, 4 vol. in-8°. \l. Précis historique sur Pie VU, par Jean Cohen, Paris, 1823, in-8\ VII. Mémoires historiques sur les affaires ecclésiastiques de France pendant tes premières années jrfu xix* siècle , par Jalpfhet, Paris , 182V , in-8". VIII. Histoire générale de l'Eqlise pendont les xvm' et xix' siècles, par M. Hrkriox, Paris, 1836, 3 vol. in 8*. — M. Artaud a publié aussi une Histoire de Pie VU, qut a oblenu plusieurs éditions, et qui a été traduite dans presque toutes les laogues do l'Europe.

CONTAR1NI (Gaspard), issu d'une famille ancienne et illustre de Venise, commença ses éludes dans colle Tille , el les termina a Padoue, sous le savant Pomponace, contre lequel il écrivit depuis un ouvrage sur l'immortalité de l'âme. — La république le nomma son ambassadeur auprès du l'empereur Charles-Quint. Il s'acquitta si bien do celle mission, qu'a son retour, il obtint, dans sa pairie, un gouvernement considérable. Peu de temps après, il tut envoyé à Home avec le même caractère d'ambassadeur. 0;i lui donna encore la mission d'aller a Ferrare pour la délivrance du Pape Clément VII que les impériaux avaient emmené prisonnier, en 1527, après le sac de Rome. Conlarini servit utilement dans celte occasion, et dans plusieurs autres. Le Pape Paul 111 le revêtit de la pourpre en 1535, l'envoya, comme légat en Allemagne en 15V1, et le nomma pour présider, avec le caractère d'un de ses légats, au concile général qu'il voulait assembler è Manloue ou à Vicence, el qui s'ouvrit enfin h Trente, en 1545. Mais sur quelques difficultés qui éloignèrenl l'exécution de ce dessein, il fut chargé de la légation de Bologne, où il mourut, âgé de 59 ans, en 1542, au moment où le même Ponlife venait de le désigner pour se rendre encore auprès de lx»mpereur Charles-Quint. Le corps de ce prêtai distingué, qui était évéque deBellune, fut déposé dans l'église de Satnle-Pétrone, d'où Louis et Gaspard Conlarini, ses neveux, le tirent transporter à Venise. On doit au cardinal Conlarini les ouvrages suivants : I. De t'mmortalitate anima contra Pomponacium ; IL De septem Ecclesiœ sacramentxs; III. Deoptimiantistitis officio ; IV. Scholia in epistolas B. Pauli; V. Summa conciliorum ; VI. Confulatio articulorum Lulheri; VIL De potestatePapœ; VIII. De prvdestinatione ; IX. De libero arbitrio; et plusieurs autres traités, tant sur la thélogie el la philosophie , que sur la politique, le lout imprimé à Paris, 1571. L'était un excellent humaniste, écrivant le lalin avec correction el élégance; mais il est plutôt philosophe que théologien. Son ouvrage sur l'immorlalilê de l'âme, contre Pomponacius, est entièrement philosophique. Il ne fail qu'effleurer son sujet dans le Traité des sacrements, qui est plutôt une iosiruelion édifiante , qu'un ouvrage.

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de Ihéologie ou de controverse. Ses 4*n\ livres, du Devoir des évéque s, coiilienoent de sages préceptes el des maximes utiles pour la direction d'un évéque. Ses Scholiet sur lesEpUresde saint Paul expliquent, avec une rare sagacité, le sens des passages les plus difficiles. Quant à la Somme des conciles, ce n'est qu'une histoire abrégée des principaux conciles, jusqu'à celui de Florence, qu'il appelle le neuvième œcuménique. Dans son traité De la puissance du Pape, il soutient que le pouvoir qu'il a de gouverner le troupeau de Jésus Christ a été donné par Noire-Seigneur à saint Pierre, et que ce pouvoir esl de droit divin. Dans les Traités dt controverse contre Luther, sa méthode esl d'exposer la doctrine de l'Eglise, et de faire voir qu'elle esl conforme a l'Ecriture sainte, el que les novateurs ne l'attaquent que sur dt: fausses suppositions, ou par de mauvaises raisons. En parlant De la prédestinalion, il n'hésite point à déclarei ^u'il ne su range pas h l'avis de saint Augustin, qu'il nu croit pas que les hommes souffrent la peine du sens â cause du péché originel; il croit qu'ils la souffrent à cause des fautes actuelles qu'ils commettent en résistant è la grâce, et qu'il dépend, non de l'efficacité seule de la grâce, mais de notre volonté, de vaincre celle résistance. Il convient bien que la prédestination doit être attribuée è la miséricorde de Dieu, qui prévient, par sa grâce, tous nos mouvements; mais la volonté contribue selon lui à l'efficacité de la grâce. Il conseille aux prédicateurs, obligés de parler de ces matières, de le faire rarement, et avee beaucoup de réserve, el de recourir toujours h la hauteur des jugements da Dieu 1 A l'objection des impies oui disent : • Si je suis du nombre des prédestinés, jo serai sauvé; el si je suis du nombre des reprouvés, je serai uamné, quelque chose que je fasse, » il répond quMs pourraient dira la même chose de tous les autres é véneinenl» de la vie, dont Dieu n'a pas moins la prescience, que du salut ou de lo damnation; il montre encore q ie la causo de la damnalion n'est pas la réprobation, comme celle du salut esl la prédestination ; que, quoique Dieu ail connu, de toute éternité, les prédestinés el les réprouvés, celte connaissance n'ôle point la contingence nMa liberté, et qu'on ue peut douter que, si l'on vit bien, on sera sauvé, et que. si l'on meurt dans le crime, on sera damné; qu'enfin, dansl'incertitud» de son sort, il faut Iravadler à son salul avec confiance. A la fin de ce traité, il flétrit l'assertion insoutenable de ceux qui avancent que les péchés des élus sont agréables à Dieu, et qu'il a en horreur les bonnes actions des réprouvés. Ce cardinal, qu'on a accusé, è tort, d'avoir des opinions favorables aux protestants, a traddil aussi le livre des Exercice» spirituels de saint Ignace de Loyola, son ami.

(Voy. Jean de la Case. Vie du cardinal Conlarini ;— Paul Jove, Etog. doci~, c. 100; — Gariubert : — Pierre Justiniaki ; — UtiUKLLi ; — Albkry ; — fiallhasar Bonifaci;

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— t.BMtRR ; — Marc-Anloinc Flammius; — Dt Pid. Bibliothèque det auteurs ecclésiasliq., ivi' tiicie.) Voici son éloge par lo P. Alby [16U] : • Comme la meilleure et la plus grande médecine, est (au dire du prince des médecins) ne point. user de médecine, aussi la meilleure et la plus grande fortune est, ne point user de fortune, mais de la vertu seulement, i|ui rend autant honorable les rebuts que les faveurs de la fortune. Certes, encore que la fortune se donne ordinairement plus à ceux qui sont moins dignes d'elle et moins capables de la vertu ; si est-ce qu'elle se lient souvent bien honoréo de suivre la vertu qui la fuit, et de faire le Irain do la cour de relie qui la déseslime. Etant vrai que ce n'est pas seulement à la majesté d«;s rois d'éclairer des rayons de leur grandeur tout ce oui est à leur suite et a leur service, et de faire porter à leurs servants le nom de grands, puisque la majesté de la verlu en Mit bien autant, honorant la fortune qui la suit comme sa servante, et dorant ses présents de ses augustes et divines lumières. Ce qui a bien paru en tout le cours de la vie du cardinal Contaren , qui, ayant toujours reçu moins d'honneur de la fortune qu'il n'avait de mérite du fonds de sa vertu, a fait condamner la fortune non moins d'aveuglement que de chicheté envers lui ; et fait estimer les faveurs qu'il en reçut pour avoir été honorées de la dignité du ses mœurs et de l'éclat de sa verlu, et rehaussées des ornements de sa vie.

« Il s'éleva à la haute réputation, a laquelle il parvint de bonne heure, par les if arches d'une bonne nourriture, qu il prit premièrement à Venise, par le soin do ses parents, personnes illustres en celte république, et dont. le mérite était encore plus éminenl que leurs charges. De Venise, il alla continuer ses études en l'université de Pavie sous le savant Pomponace, de qui il apprit les secrets de la philosophie. Et quoique cet homme, pour trop se relâcher à la licence de ses sentiments, débitât souvent dans son école, Tarseuic pour le sucre, et fil passer, par l'illusion que son autorité faisait dans les esprits do ses disciples, quel-

Ïue* erreurs éclatantes pour des vérités ; ootaren, néanmoins, fit un si juste <li si ornement par la vigueur de son bon sens et par la pureté de son intelligence, des débauches de l'esprit de son maître d'avec ses fortes et solides spéculations, qu'il prit de lui la vérilé de la science et la solidité, lui laissant la vanité et l'endure.

■ Et il ne se contenta pas d'exceller en la science mondaine, dans un degré qui l'élevait aulaut par-dessus ses compagnons qu'il l'approchait de son maître, s il n'excellait encore en la profession do celle haute sagesse que Socrale n'a pas fait descendre du ciel en terre, mais que Dieu môme y a apportée, Tirant dans une grande modestie, piété et pureté de mœurs. Ce qui rendit sa réputation si pleine et si parfaite, qu'elle remplissait déjà, au jugement des mieux

sensés, le mérite d'une grande et florissante fortune.

« Aussi, a peine ful-il sorli avec regret des exercices de l'Académie, à l'occasion du siège et de la prise de la ville de Pavie, et depuis retiré à Venise, qu'il fut envoyé ambassadeur de la république, pour des affaires très-importantes, devers l'empereur Charles-Quint; en laquelle négociation, durant cinq ans qu'il fut auprès de l'empereur, l'accompagnant en divers voyages, en Italie, en Flandre, en Espagne, il rendit de très-grandes preuves de sa suffisance, faisant voir, en ce premier emploi, que l'étude et la méditation lui avaient appris ce que savent les hommes consommés en a science des affaires, et ce qui s'attend de l ago et de l'expérience.

« Aussi, la république relira tant de satisfaction du succès de celle première ambassade, qu'elle l'honora d'une belle charge dans la ville, et d'un gouvernement dehors: et pour ne laisser point flétrir la verdure d'une verlu si généreuse, et si propre à la négociation t T'envoya incontinent après pour résider ambassadeur ordinaire auprès de Sa Sainteté. Dans laquelle charge il ménagea si heureusement, et avec tant d'adresse, les droits de la république, avec la dignité du Saint-Siège : le zèle avoc la prudence, et les verlus civiles avec les chrétiennes, qu'il contenta incroyablement le Pape, et sauva les libertés de la république, pour qui il agissait, donnant de grandes preuves en toutes occasions, qu'il no s'était pas moins conseillé avec lus raisons d'Etat, qu'avec celles de la religion et de la conscience.

« Et il emporta la gloire d'avoir agi en celte fonction, non moins pour l'honneur et l'intérêt de l'Etat particulier de la république, jque pour celui de l'Eglise, et pour lo repos de la chrétienté, ayant accompagné lo Pape Clément VII au voyage qu'il (il à Boulogne pour le couronnement de l'empereur Charles, où il fut choisi entre un grand nombre d'excellents hommes pour trouver, par la prudence de son jugement, les voies d'accommoder les deux plus hautes puissances de la terre, de croiser les clefs sur l'épée, et d'appointer les droits de l'Eglise avec les prétentions de l'empire.

a Tant de belles et éclatantes actions de Contaren exposées aux yeux des Etals étrangers, rendirent .sa pairie jalouse do jouir d'un bien, qu'elle jugeait lui être d'autant plus nécessaire, qu il lui était plus propre et plus acquis qu'à tous. Dont étant revenu de son ambassade, il fut choisi par les vœux de (oui le sénat a la dignité de grand sage et de conseiller de la république. Dans lesquelles charges, comme il eut toujours devant les yeux qu'il n'était plus à lui, mais a sa patrie, il lit aussi dos intérêts du l'Etat les siens propres, et do l'utilité publique lo sujet de ses passions particulières, donnant de grandes preuves, non moins de suffisance et do sagesse dans le conseil, que do lidélilé et d'iutéarité en l'administration do la jus-

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tice, dans laquelle il eut toujours les yeux aussi clairvoyants que les mains pure».

« Il était bien éloigné de se rendre injuste par la connivence ou par la récompense du vice, puisqu'on ne sut jamais le rendre ambitieux par la récompense d9 la vertu. Ce qui parut bien, lorsque le bonnet de cardinal lui fut envoyé par le Pnpe Paul III, sur la seule recommandation de sa vertu, dont )n réputation était alors très-grande en la cour de Rome. Car le bonnet lui ayant été apporté comme il était an sénat, il se montra si fort d'âme et de résolution, et si généreux au mépris de ce présent d'honneur (ce qu'un chacun aperçut en l'émotion dédaigneuse qui troubla et colora son visage) qu'il tint a peu qu'il ne le refusât. En quoi il eut suivi rinclinalion de tous ceux qui intéressaient leur affection au bien de la république, dont l'un des plus graves sénateurs prononça hautement, que le Pape, par celte promotion, avait plus désobligé qu il n'avait obligé leur ville, lui enlevant le meilleur de ses citoyens, l'appui do son conseil, et la couronne de sa gloire.

« Dans celle nouvelle dignité, il ne so peut dire combien il parut modéré, eleomme sa douceur, son affabilité, sa probité, sa clarté.son zèleel ses autres vertus, qui étaient les singuliers ornements de sa première condition, jetèrent depuis de plus beaux rayons h travers cette glace de pourpre. Il avait l'œil et le cœur toujours ouvert sur les nécessités des pauvres : et disait que la fonction la plus propre de ceux qui sont élevés aux dignités, était de secourir les misérables par les effets salutaires de leurs vertus; et qu'ils ne tenaient point ce haut rang sur les peuples qui sont au-dossous d'eux, que pour soulager par leur charité toutes leurs misères, comme lo soleil digère par sa chaleur toutes les vapeurs de la terre.

« Il était libéral de ses biens envers les hommes savants, selon qu'il avait reconnu leurs qualités et le mérite de leur esprit; et principalement vers les Grecs, pour ce, disait-il , que celle nation nous avail enrichis des plus belles connaissances des lettres. Et il n'était pas moins curieux de profiler de leurs entretiens, qu'il était soigneux de les obliger de ses libéralités : quoi qu'à vrai dire il fût alors peu de personnes mieux versées que lui en la connaissance des langues et do la philosophie, et qu'un des l<lus habiles philosophes de ce temps-la ait écrit que, imitant souvent avec lui des plus hautes matières, il l'avait reconnu d'un esprit si perçant et d'une doclrino si éminente, qu'il était quasi entré en doute, si ce n'était

1>oint quelque intelligence céleste qui parait dans un corps assumptif.

« Il a bissé des marques glorieuses a la postérité des plus pures lumières de son esprit, et notamment en l'ouvrage immortel qu'il composa à l'âge de trente ans De l'immortalité de l âme , contre son maître Pomponace, de qui il ubotlit les faux raisonnements p»r la solidité el par la force de son

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