‹ Dictionnaire d'orfèvrerie, de gravure et de ciselure chrétiennes. 3. Encycl. théol., tom.27 (volume 4)Chapitre 207 sur 457 · GIR · texte numérisé non relu

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dsnt quelques instants Pie VI» qu'on avait enlevé de Rome. L'année suivante, les Autrichiens ayant pénétré en Italie, l'archevêque s'occupa de réparer les maux faits è la religion , rétablit plusieurs institutions détruites sous le gouvernement républicain, «•blint des mesures sévères contre les mauvais livres, accueillit les prêtres qui avaient dévié de la voie droite et qui témoignaient leur repentir, et frappa les autres de peines salutaires. Il se rendit à Venise pour le conclave, et eut la consolation de contribuer à «tonner h l'Eglise un vertueux Pape. Il retourna immédiatement après dans son diocèse, qui ne devait pas longtemps jouir de s* présence : une courte maladie I enleva a Bologne, le mercredi saint 1800. Sa mort fut un sujet de deuil pour le clergé et In peuple. Ses obsèques furent célébrée, le 17 avril, par le cardinal Mattel, assisté de quatre évêques, et le P. Roselli , Barnabite, prononça son éloge funèbre. Le P. Zurla, Camaldule, aujourd'hui cardinal, traça lo l>ortrail du vénérable défunt dans une belle oraison latine prononcée dans une abbaye de l'ordre le 22 avril 1800. M. l'abbé Baraldi cite plusieurs passages de ce discours dans la notice qu'il a consacrée au cardinal Gioannetii, et qui orne les Mémoire» de religion publiés par ce savant. C'est de cette notice que nous avons extrait celle-ci. Nous espérons que le savant Italien nous pardonnera les emprunts que nous lui faisons. Il excelle a rédiger des notices, où il met autant de critique et de goût, que d'intérêt et d'exactitude, et nous ri'grettons beaucoup d'être forcé de les abréger. »

GIORIO (Aroblo), né à Camérino en Italie, créé en 1643 par le Pape Urbain VIII, prêtre-cardinal du titre de Sainl-Cyriaquu et de Sainle-Julitte, étôque de Camérino, mourut en 1662.

GIPSIO (BaujHexm), Bolonais, évéque de Rimioi, fait cardinal du titre de Saint-Augustin en 1636 par le Pape Urbain VIII, mourut en 1639.

GIRARD (Pibbbb), né a Saint-Symphorienle-Chfllel, dans l'ancienne province de Forez, qui forme aujourd'hui le département de la Loire, fut fait, en 1384 , évêque du Puy, et s'attacha au Pape Clément VII qui utilisa ses talents en plusieurs circonstances, et lui donna le chapeau à Beaucaire le 29 octobre 1390. Suivant quelques-uns, Girard aurait été'évéque de Lodève, avant de l'être du Puy. On sait seulement qu'il abandonna Benoît XIII, pour se rendre à Pwe, où le concile assemblé le conOrma dans ses dignités, li fut grand pénitencier de l'Eglise romaine, et mourut vers 1415. On dit que son corps fut inhumé dans l'église cathédrale d'Avignon.

(Poy. Bosquet , Fia de Clément VU ; — CotiTtxoBio ;— Fanon :— Acdeby ;— Baluxb, Vitœ "

GIRAUD ( Bebnabdi* ), Romain, né en H2I , archevêque de Fcrrare. fut fait car-

dinal en 1771 par le Pape Clément XIV. — Il exerça aussi la charge de pro-audileur. Il mourut en 1782.

GIRAUD (Pikbbk), naquît le 11 sont 1791, a Cîermonl-Ferrand , chef-lieu do dép,irtement du Puy-de-Dôme, de parents qui vivaient dans oelte honnête aisance qui n'est ni la pauvreté ni la richesse. — Il commença ses premières éludes avant l'âge de huit ans. Sa perspicacité, son aptitude au travail , sa grande mémoire, son ingénuité ravissaient ses maîtres, qui se disputaient le plaisir de lui donner des leçons. Pour lui, dans les aridités de la science, rien n'était difficile; ses talents et ses progr^ tenaient du prodige. Cependant il fut arrêté dans sa marche rapide par une maladie grave qui inspira des » craintes. La sainte Vierge, è laquelle on lui apprit qu'il devait sa conservation, fut dès lors pour, lui, l'objet du culte le plus tendre. Envoyé è l'égt! de 13 ans au lycée de Clermont, récemment réorganisé, il y doubla ses classes de seconde et de rhétorique. Comme saint Grégoire de Nazianze a Athènes, il ne s'occupait que de Dieu et de ses études. Doux, affectueux et modeste, il était l'exemple de m condisciples j et quoiqu'il fut le plus jeune d'entre eux, il avait su se concilier noo-seolement leur amitié, mais une estime profonde et un véritable respect ; aucun d'cui, en sa présence, n'eût osé so permettre une parole déplacée. Des progrès merveilleux attestaient dans le jeune Giraud une intelligence d'élite; ses compositions latines, présentées à ses condisciples comme des modèles, portaient le. cachet de Tite-Live et de Cicéron, ses deux auteurs favoris et dont il pouvait réciter de mémoire les pages ta plus admirées. Pendant les deux années où il suivit les cours du lycée, il ne connut point d'autre place que la première; les tours de distribution des prix étaient pour lui les jours d'un triomphe auquel s'associaient ses concitoyens. Il avait terminé ses humanités è 15 ans, lorsqu'il entra au séminaire de Clermont, pour y étudier la philosophie. Quoique déjà décidé à embrasser la carrière ecclésiastique, il eul d'ationl quelque peine à s'attacher aux études sérieuses qui devaient l'introduire dans celles de la théologie. Ces études abstraites n'offraient pas à son imagination les charmai qu'il trouvait dans les classiques grecs et latins : aussi, après un séjour d'un an daoi cette maison, n'euUil pas do peine a. «a rendre à l'avis de ses maîtres, qui digérèrent son initiation à la science de saint Thomas. Son père, dont la famille était ancienne dons la magistrature, Voyait avec une secrète satisfaction que i'oo renvoyât à une époque éloignée les études tbéologiques de son tils; il espérait que celui-ci renoncerait à son projet pour suivre une autre carrière. Il aurait voulu le voir étudier le droit pour entrer dans le barreau. Mais la volonté de Pierre était irrésistible. L'abbé de Sambucy, qui dirigeait la maîtrise de Ta cathédrale d'Amiens, où l'on désirait former un

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noyau pour un petit séminaire, cherchait des collaborateurs qu'il pût associer à ses pénibles fonctions. Passant par Clermont- Ferrand, il fut mis en rapport avec Giraud, qu'il détermina à le suivre. Celui-ci, après avoir triomphé des répugnances paternelles, se rendit a Amiens, muni des lettres démissoriales du son évoque. Il trouva pour collègues à la maîtrise quelques jeunes gens de son Age: MM. Léraillé, Guidée, Grimai, Carrière • distingués comme lui par les qualités de l'esprit et du cœur (8). Il était chargé de la classe la plus haute. I.e goût de la littérature ne Pavait pas abandonné. Les heures de loisir que lui laissaient ses fonctions étaient consacrées à l'élude des chefs-d'œuvre de la Grèce et de Rome ancienne ; il se les proposait pour modèles. C'est le 23 décembre 1809 qu'il reçut la tonsure. Mais cet heureuses années de sa vie, qu'il aimait tant à se rappeler dans l'éclat de la grandeur, devaient passer bieu vile. La circonstance qui vint y mettre un terme se rattache aui graves événements de celte époque. Pie VII venait d'être transféré de Savone à Fontainebleau ; le* Catholiques gémissaient en secret. L'abbé de Sambucv ne se contentait pas de ce silence prudent , et il laissait échapper des réflexions trop hardies. La police impériale en fut instruite. 11 .fut enlevé et conduit à la Force, où il resta jusqu'en 1814. L'abbé Giraud se chargea de reconduire è Milhau, leur patrie, les trois neveux du directeur de la maîtrise, et demeura quelque temps auprès d'eux, en qualité de précepteur. Il 6l alors la connaissance de l'abbé de Bonald, aujourd'hui cardinal, lequel était venu faire sa première visite de prêtre à ses parents, au château du Monna. * On aime a rappeler une particularité que nous ne pouvons nous empêcher de mentionner ici, et qui se passa dans la petite église de Creissel. L abbé Edouard de Gally venait d'être ordonué prêtre; il célébrait aa première Messe au milieu de sa famille, ayant pour prêtre assistant l'abbé de Gally, sou oncle ; pour diacre, l'abbé de Bonald ; l'abbé Giraud faisait les fonctions de sous-diacre, n'étant que simple tonsuré. L'ofliciant devint archevêque d'Alby ; l'assistaul , évêque de Carcas -tonne ; au diacre et au sous-diacre était réservée la pourpre du cardinalat. Admirables secrets de la Providence 1 En réunissant au même autel ces quatre personnages, qui n'aspiraient sans doute qu'à travailler dans quelque humble fonction du ministère sacerdotal, elle les destinait, les deux plus jeunes surtout, a mouler aux premières dignités ecclésiastiques et à dev**oir des lumières de l'Eglise.* (Fie du cardinal Giraud t par M. Cap elle, que nous av«*us mis è contribution.)

Eu octobre 181 i, Pierre Giraud entra au séminaire de Saiul-Sulpice, celte pépinière

(8) M. Léraillé est aujourd'hui curé-doy*-! île S ii.,i-K. h v, a Amiens, vicaire général et ouVfol au ihuièMr; le P. Guidée, supérieur du couche de

d'où sont sortis tant de prêtres éminents, et que Pie VII appelait la prunelle dt ton ont. Il se livra avec une vive ardeur à l'élude de la théulogie et de l'Ecriture, et, par ses brillants succès , montra que cas sciences ne sont pas incompatibles avec la culture des belles- le lires, qu'elles se prêtent au contraire un mutuel appui. Il devint bientôt un des élèves les plus marquants de la maison, sans que cette supériorité offusquât personne Sa douceur, sa gaieté, son esprit lui concilièrent, comme autrefois a Clermont, l'estime du ses maîtres et la confiance de ses condisciples. Dans les réunions hebdomadaires en usage au séminaire de Saint-Sulpice, l'abbé Giraud parla cinq fois devant la maison assemblée, et il prêcha deux fois pendant le repas de ses condisciples. Ces brillants débuts annonçaient ce qu'il devait être un jour, et tous, en l'entendant, disaient qu'if deviendrait une. des gloires de l'Eglise. Pour exercer son zèle, ses maîtres le chargèrent d'enseigner lu catéchisme aux enfants de la paroisse. C'est une œuvre modèle que les catéchismes établis dans l'église de Saint-Sulpice. Outre la catéchisme ou sont admis les enfanta qui se disposent à la première communion, il eu est un autre, dit de persévérance, destiné aux personnes qqi veulent se sanctifier dans le monde. Ce catéchisme a conservé une grande importance, et le choix du directeur est l'objet d'une sévère attention de la part des supérieurs du séminaire qui prennent toujours l'élève qui è d'émiuentes vertus joint une science solide. Sur la liste des directeurs, le nom de Giraud s'ajouta donc è ceux des de Quélen.des d'Arbou.des Feutrier»desThsrin,desGallard,desForbin-Janson, des Bonald. Il n'était encore que diacre, lorsqu'il préluda au ministère sacerdotal. A l'occasion de la fête de Saint-Firmin, il prononça dans la cathédrale d'Amiens, sur la granueur de la sainteté, un discours qui enlève l'admiration. « Ce sermon par lequel il commença, fut encore celui par lequel il termina sa carrière oratoire, quand, en novembre 18V9, il moula dans la magnifique chair** de la cathédrale de Gatid, à l'occasion de la fêle de saint Liévin. Singulière coïncidence è laquelle le doigt de Dieu n'est point étranger 1 A Amieus, l'abbé Giraud, brillant d'avenir, à la parole pure, an talent merveilleux, è la conviction proronde, parle de la noblesse de la sainteté ; il dît comment elle élève l'âme, élargit l'intelligence et le cœur, fait opérer des prodiges, mérite l'admiration du sage ; il semble qu'il indique la route qu'il va parcourir, et les merveilles qu'il répandra sur son passage; il prophétise ta vie (tout entière. A Garni, la prince de l'Eglise, quelques mois avant de descendre dans la tombe, jette un regard rétrospectif sur sa vie, se pare de tout I éclat que lui ont dunné ses vertus, et pro-

la Providence, à Amiens; II. Grimai , vicaire* gétiéral de Rodez ; H. Carrière, Mipéneur-géuéral de» bulvicicas.

phétise la gloire que ses mérites vont faire brûler sur son cercueil.» (Ibid.)

L'abbé Giraud reçoit Tordre de la prêtrise aui Qualre-Temp* de septembre 1815, des mains de Mgr de Boulogne, évôquo de Troyes.dansla chapelle du séminaire Saint- Sulpiee * Issjr ; mais son évêque, Mgr de Dampierre, le réclame. Tout ce qu'il peut obtenir, c'est la promesse que la liberté lui sera rendue, dès que l'évêque pourra se passer de lui. Il est nommé professeur de seconde au petit séminaire de Clermont. Il ne demande plus alors ses jouissances aux sciences humaines; ce que son cœur désire, c'est de se trouver dans un centre de doure piété, qui lui rappelle les consolations de Saint-Sulpice ; et a cette époque, la plupart des petits séminaires nouvellement créés, avaient peine à se former a la régularité des établissements religieux : l'esprit de licence, sorti d'un gouvernement militaire, y luttait encore contre le principe de la piélé, qu'on voulait y établir. Le petit séminaire de Clermont était de ce nombre. Il ne larde pas a prendre une nouvelle face. Le jeune professeur y exerce une salutaire influence. Par sa bonté il captive l'affection des élèves de sa classe ; par sa piété il met la dévotion en honneur. On nouveau règlement proposé par lui détruit les abus. En décembre 1816, il écrivait: « Je ne suis encore qu'un enfant, et déjà la vie n'a plus pour moi d'illusions; depuis que j'ai commencé à connaître les hommes, j'ai parfaitement compris que la seule chose nécessaire est d'être en paix avec Dieu. Je commence à acquérir une véritable indifférence qai me prive des dégoûts et des désirs.... Je vis paisible et caché dans ma chambre, d'où je ne sors que pour voir ma famille et exercer les œuvres du ministère que je ne demande ni ne refuse jamais.... Je fais ma classe parce que je dois la faire, et je la fais de mon mieux, mais sans goût. Je travaille des sermons, mais de manière a quitter aussi aisément ce que j'ai entrepris que s'il s'agissait de laisser tomber une pierre que je tiendrais à la main. Le travail me coûte beaucoup par la crainte que j'éprouve dédire des choses et des paroles sans fruit pour mes auditeurs.... J ai demandé a Dieu la grâce de connaître ma vocation, je la lui demande tous les jours. Il nu me ré|>ond rien, si ce n'est de rester tranquille, de ne pas aller au-devant de ses desseins, mais d attendre en paix qu'ils se manifestent.» Il sera missionnaire, comme Féoelon, mais il ne devra se livrer au ministère laborieux des missions» qu'autant qu'il le faut pour y approndre à devenir homme de miséricorde, par une plus profonde connaissance des misères de l'humanité. De concert avec l'abbé Croixier, qui avait été son condisciple et son ami au séminaire Sainl-âulpice, et qui plus tard sera son successeur sur le siège de Rodez, il entreprend des missions dans l'Auvergne, commençant par Clermont .ut Kioin.

Il en poursuivait le cours Avec succès.

lorsqu'elles devinrent l'objet d'attaques incessantes de la part de ta Minerve. Ce journal s'écriait que « les expéditions des mission, naires pouvaient cacher de sinistres projet?, allumer de faibles imaginations et produire de nouveaux attentats contra In société. » l> fallait, suivant lui, expédier lesmissionnairei en Amérique. L'abbé Giraud répondit a ces attaques par nn écrit qui parut alors. « Et vous voulez, » y disait-il, « les envoyer en Amérique! mais n'y a-t-il plus dans le viens continent, après tant de bouleversements et de ravages, de plaies è fermer, d'esprits a éclairer, de consciences a remettre en rwiiî La France est catholique, il est vrai ; mais n'y reste-t-il pas d*s esprits divisés, des cœurs ulcérés, des sujets rebelles, des pères durs, des époux désunis, des entants insubordonnés, des amis ingrats et perfides?

Pourquoi refuserons -nous A nos concitoyens les moyens puissants et efficaces que présente la religion pour guérir toutes nos faiblesses et extirper tous nos vices? Nous avons appris avec étomiement combien d'hommes du même pays, et dans une classa honnête, ont participé à un crime dont l'Europe est encore épouvantée. Est-il donc Inutile de ramener a la vertu ces hommes pervers, de chercher du moins h réprimer les malheureux penchants de ceux qui se* raient tentés de (es imiter? enfin nedoil-on garder que les tribunaux et les éctaafaud* pour défendre la société et corriger ivoire génération? » Bn janvier 1833, nommé curé de la cathédrale de Clermont, l'abbé Giraud entrait dans une nouvelle phase de sa vie. Emule de Massillon, il y préludait dans l'é*glise même où le \wéd ira leur du grand rot avait terminé la sienne, liais, âgé de $3 ans, comment portera-t-il le fardeau de succéder a l'abbé Cabannes, qui s'était fa>t chérir par son esprit de mansuétude et de bonté , humble et compatissant, qui était comme le père de tous ses paroissiens et surtout des pauvres, dont l'autorité s'exerçait doucement avec l'ascendant que trouve un vieillard dans son Age et dans sa longue expérience? « Connu uniquement par ses éloquents discours , le nouveau curé ne paraissait point posséder l'esprit de paternité qui doit avant tout distinguer un pas» teur ; et la supériorité de son esprit, son amour de la littérature et des sciences devaient naturellement, diaait-on, l'empêcher de descendre dans les détails de l< direction d'une paroisse de douze mille Ames, et toute composée d'éléments hétérogènes. Mais bientôt les craintes et les inquiétudes se dissipèrent.... Dès qu'il fui installé, un discours admirable de convenance et de bon goût, traça d'uue manière habile le plan de conduite qu'il voulait suivre, et découvrit tout ce que son âme renfermait de bonté et de dévouement. Son succès fut complet : jusque-là on avait aimé sa parole; dès ce moment on aima sa personne : tous les cœurs furent è lui. »

Toutefois il n'avait subi ce fardeau OU* par obéissance: déjà il ressentait les attein-

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les de celte maladie qui» comme un poison leurs. L'abbé Giraud, qui connaissait Ténulent, devait miner son existence et ta con- nent orateur, dorait redouter de se mesurer duire prématurément au tombeau; mais avec un tel émule. Ses préoccupations étaient ignorant la nature du mal qui te consume, d'une autre sorte. Ce qui l'affligeait , c'est Une déplore ses infirmités précoces que qu'il était arraché à .«es devoirs , à ses chers

parce qu'il est empêché de faire tout le bien

3u*il désire, et obligé de modérer l'ardeur u zèle qui l'anime. Il avait renoncé eux grands sermons : il s'appliqua à préparer, « pour ses paroissiens, des instructions courtes, persua'sives et pratiques qui fussent a la portée de toutes les intelligences. Après l'avoir entendu, dans les stations du Carême, développer les plus hautes considérations, on s'étonnait de le voir descendre dans les plus petits détails de la vie humaine, et on ne cessait de l'admirer. Son style, a la fois simple et noble, était tonjours aussi pur que celui de ses grands discours; et son

paroissiens; c'est qu'il était menacé de nouveaux honneurs et il savait déjà qu'ils coûtent beaucoup plus qu'ils ne valent.

Aussi écrivait-il le 15 janvier: « La Quotidienne a dit vrai lorsqu'elle m'a annoncé comme prédicateur du roi 'pour le Carême, mais ce qu'elle n'a pas dit , c'est mon extrême embarras. 11 m'a fallu obéir a des ordres réitérés ; je quitte ma paroisse avec regret et avec la résolution de revenir aussitôt que la liberté me sera rendue. Vous comprendrez sans peine ces dispositions, vous qui êtes un si bon pasteur; l'eropres-

semeut de retourner au milieu

de m

es c

itères

cœur, toujours aussi brûlant, y joignait une brebis ne me permettra même pas de suivre

onction qui ne cessait de donnerà sa parole une inspiration bien douce, celle de vous

un charme irrésistible. Jl savait présenter aller voir... Je reste en paix; je veux laisser

sous l'aspect le plus doux les préceptes de faire la Providence. Quoi 1 noire vie entière

la morale évangélique, sans rien ô ter de leur ne nous a-t-elle pas appris que n'être rien

sévérité; rendra aimables les lois divines, c'est le mieux pour le bonheur et la eons-

en faisant ressortir leur haute sagesse ; intéresser aux sujets les plus arides, par la manière piquante dont il les traitait, et forcer a aimer les prescriptions de l'Eglise, son culte et ses cérémonies, en expliquant dans quel esprit ils avaient élé inspirés. Aussi chaque fois que revenait son tour de monter en chaire , la cathédrale se rem-

cience, et qu'en s'élevant on se charge ?...» Le prédicateur du roi justifia l'idée qu'on avait conçue de lui. Ce jeune prêtre fera un jour un Fénelon , dit M. Frayssinous : parole doublement prophétique. Il prêcha également h la cour, et avec le même succès, l'A vent de 1827. Il suffisait qu'il approchât de la cour pour qu'il fût , plus qu'un autre.

plissait d'une foule extraordinaire do fidèles en butte aux attaques du libéralisme, qui

toujours de plu s en plus avilies de l'entendre, alors s'attaquait à l'autel, afin de venir plus

et rarement sa parole manquait d'être cou* facilement a bout du trône qu'il renversa

r on née de succès.» [tbid.) Celte parole était en 1830. Répondant h ces attaques, l'abbé

appuyée sur ses exemples. On admirait son Giraud , dans un sermon prononcé devant

désintéressement, sa charité, son assiduité ses paroissiens en 1826 , s'écriait : • Oui,

à remplir tous ses devoirs. On le voyait mes frères, on ne peut plusse le dissimuler;

doux, poli, affectueux envers tout te monde, l'impiété n'est point encore lassée ; et après

parlant à la femme de l'artisan avec les mê- tant de vains efforts et tant de défaites, elle

mus égards qu'il montrait h la dame la plus médite de nouvelles attaques contre le Christ

élevée, se multiplier et descendre dans une infinité de détails pour obliger. Ne faisant point acception de personnes, il recevait avec autant de bienveillance l'homme éloigné de la religion que le Catholique le |>lus zélé. Sa réputation était arrivée jusqu è la cour. Il y lut appelé pour prêcher la station du Carême de 1825, au lieu du P. Mac- Carthy, è qui l'étal de sa santé ne permettait pas de se faire entendre. Ce Père réunissait, au plus haut degré, toutes les qualités nécessaires è un orateur chrétien pour plaire et pour convaincre : une grande vertu, un latent mûri par de longues études, un goût épuré, une parole noble et animée de la >erve de l'iuiprovisalion , étaient chez lui sootenus par une physionomie distinguée, un extérieur majestueux, un geste plein de naturel et de dignité, une voix grave et Ueiible qui, sans efforts, exprimait les divers mouvements de son ftme. Il avait, dk II. Ca- I »efle, quelque chose de la majesté de feussuet, de l'onction de Fénelon, et de la douceur de saint François de Sales; on '^appelait, comme autrefois Bourdaloue, 10 f^réVJi ça teur des rois et le roi des prédtca-

et contre son Eglise ; de toutes parts s'élèvent des esprits chagrins , superbes, indociles, impatients de toul joug, blasphémateurs de la majesté du Ciel et des majestés de la terre, tels que saint Paul prévoyait qu'il en paraîtrait vers la fin des temps ; do toutes parts s'aiguisent des plumes haineuses qui , distillant leur venin dans des feuilles corruptrices reproduites et multipliées sans On par l'abus do nos plus précieuses libertés , travaillent sans relâche a ébranler ou altérer la vraie foi dans le coeur des peuples. Les uns, plus déterminés, attaquent à découvert la religion dans sa base, ses dogmes , ses mystères, et, dans leur insolente el franche impiété, ne ressemblent pas mal a ces blasphémateurs qui déliaient Jésus-Cbri»t de desceudre de la croix ; les autres, plus circonspects, et n'osant heurter de front des vérités qui les font trembler encore, essayent , è la faveur de l'ignorance presque générale en matière de religion , de tromper les hommes sur l'esprit du sacerdoce et la ualuredu gouvernement de l'Eg i»e, persuadés qu'après avoir abattu ce mur avancé, ils se rendront maîtres

MCTI0NNA1HE

plus facilement du cœur de la place; et ceux-ci imitent assez bien ces soldais hypocrites qui couvraient le Sauveur de crachats et de soufflets , et se prosternaient ensuite devant lui.

« Défiez- vous, mes frères, de ces faux prophètes qui se disent envoyés, mais que Dieu ne connaît pas , et qui pourraient vous séduire par les artifices d une vaine philosophie. Défiez-vous de ces allégations mensongères qui tendraient a vous faire croire

Sue le gouvernement ecclésiastique peut evenir hostile envers le gouvernement civil , lui qui en est l'auxiliaire le plus utile et le plus redouté. DéGez-vous de ces insinuations perfides qui provoquent les soupçons sur les intentions les plus pures et les démarches les plus innocentes. Défiez-vous même de ces éloges affectés dont quelquesuns couronnent la religion , comme ces anciens qui (taraient de Heurs la victime qu'ils voulaient immoler. Défiez -vous de ces grands esprits faux qui voient des conspiralions dans des bonnes œuvres, des séditions dans des aumônes, des idées ultramontaines dans des vérités catholiques, qui diffament la vie dé vole , pour la plus grande gloire de la vie chrétienne, et, pour asservir l'Eglise, parlent de ses libertés. Insensés qui ne veulent pas voir, et s'obstinent à ne pas entendre que la vraie conspiration , la conspiration flagrante n'est pas dans des congrégations de Chrétiens qui s'assemblent pour prier, mais dans ces laboratoires d'anarchie et ces officines d'impiété, où s'apprêtent et ae combinent les poisons qui doivent porter la moit au cœur de la religion et de la monarchie. Défiez-vous enfin de tous ces rêveurs politiques , de tous ces propagandistes d'irréligion , de tous ces faiseurs de romans et de systèmes , qui se tiennent en garde contre le père commun des fidèles, comme envers un étranger ou un ennemi ; oui s'effrayent d'une bulle d'indulgence et de grâce comme de l'explosion des foudres du Vatican, el d'un Jubilé universel comme d'un interdit lancé sur tous les rovajiroes de la terre; qui vont exhumer, à grands frais, de la poussière des siècles où ils étaieul oubliés, des faits surannés qu'ils ressuscitent, qu'ils réchauffent, qu'ils dénaturent et exagèrent, pour avoir le plaisir de faire peur aux autres et de se faire peur h eux-mêmes de leurs creuses rêveries et de leurs laulasliques visions: esprits malades, qui veulent, en dernier résultat, une religion sans prêtres, uu christianisme sans (evêques, un catholicisme sans Pape, et qui, ,non moins antipathiques au bon sens qu'au bon goût , feraient naître les plus sêrii uses alarmes sur la destinée de la raison publique, si la démence pouvait prévaloir contre le sens commun, et si Dieu, en permettant que le sophisme ail son heure , n'eût promis à la vérité la durée de tous les siècles.» Dans cet éloquent morceau, on reconnrtl des allusions au comte de Muutlosier, de Clermond-Ferrand , qui , se disant ix , était un de ceux qui aliaquaieut

avec le plus de passion ce que le libéra, lisme, florissant alors, appelait, dans son argot, le parti-prêtre.

Kn janvier 1830, l'abbé Giraud fut nommé évêque de Rodez. Arrivé a Paris le 22 juillet, il attendait, dans la prière, la remise de ses bulles . qui venaient d'être déposées su conseil d'Etat, et se disposait è la cérémonie de son sacre fixée au 1** août, lorsque éclata la révolution qui balayait trois générations de rois. Sacré le 30 novembre à Versailles, il fit son entrée a Rodez le 22 décembre. Après avoir pourvu aux premiers soins de l'administration , il entreprit une première tournée pastorale. Voici en quels termes en parle l'évêque de Rodez dans une lettre du 81 mai 1881 : c Si toutes ces choses étaient racontées , si elles avaient pu être vues d« toute la France, la foi serait consolée, et l'impiété, qui proclama la déchéance du catholicisme, rabattrait beaucoup de la hauteur de son langage. Quand on se voit, non parce qu'on est évêque., mais parce qu'on est l'oint du Seigneur, accueilli comme je le suis partout , on sait supporter toutes les fatigues. Le clergé que je vois mérite bien les suffrages d'un évêque ; sur plus de cent pasteurs que j'ai rencontrés , il en est a peine deux ou trois qui aient encouru quelque blâme ; et sur les cent trente cinq églises que j'ai visitées, deux au plus laissent h désirer sous le rapport de la tenue et de la déceuce. Ma visite est une suite de triomphes; je passe sans cesse sous des arcs de verdure el de feuillage; les maisons sont tapissées comme pour le saint Sacrement ; là on me reçoit comme un sénateur , ici comme uu général , plus loin comme un prince du sang ; ces bonnes gens ne savent qu'imaginer pour donner a leurs sentiments un»

expression plus solennelle; on me force à me montrer â la fenêtre pour me couvrir d'acclamations... A Belmont , j'ai confirmé le commandant de la garde nationale; a Saint-Sôverin, le capitaine a voulu me servir la Messe ; ce sont des fetlx de joie que l'on méfait allumer, des cavalcades de viugtcinq à trente chevaux , par des chemins où l'on no passerait pas de sang-froid. J'ai tu a Marascou, è Saint-Sever , des populations du xiv* siècle , les plus simples et les pl«i* catholiques âmes de la terre, le prêche partout, elje parle dans toutes les églises qui s'offrent sur mon passage. Je m'étonne sous ce rapport de ma hardiesse et de ma facilité. La position, l'influence, le cœur surtout fail parler constamment. J'ai rendu, sans le vouloir, deux grands services au gouvernement: 1* ma fj ésence a rassuré les peuples qui se croyaient encore une fois menacés de perdre la liberté de leur culte; 2* les gardes nationales que l'on ne pouvait réussir à former se sont organisées d'elles-mêmes a mon Arrivée; tout cela ferait une armée de la foi pour défendre leurs prêtres qui août leurs frères, leurs cousins et leurs eofants, et leurs églises, qu'ils ont bâties el ornées de leurs deniers, comme leur propriété... • Ku rendant compte de sa tournée de 1833,

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rks cardinaux.

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vèque <1e Bodez , dans une lettre du 15 mai, s'ex prime ainsi : « Me voilà arrivé à Nantes, épuisé de lassitude moi et ma suite ; nous n'avons fait que monter et descendre , aller et revenir sur nos pas , visiter en zigzag toutes les églises des pays de montagnes et de rivières? j'en ai vu de belles , de neuves, beaucoup de décentes, très-peu de repréhensibles. J'ai passé par les frimas et les neiges , et je souffre aujourd'hui de l'ardente température dujoli vallon où je suis arrivé hier à la lueur des torches, après sept heures de marche, sans quitter la selle. Nous marchons communément de six à. se|rt heures, et même huit heures par jour; nous voyons des sols variés , des montagnes brûlées , des rochers en cendres, d'autres qui affectent les figures les plus bizarres ; nous voyons nombre de rivières poissonneuses que nous passons à gué; aujourd'hui près de coteaux couverts de vignobles , demain près du noirs escarpements où la végétation se meurt. J'ai eu la joie de revoir, h Saint- Gêniez, Mgr d'Hermopolis ; il m'a Tait parfaitement les honneurs de sa jolie ville et de la mnison de son frère. Je verse souvent des In r mes, mon cher ami, en voyant ce que je vois, en entendant ce que j'entends. Ce qui me charme, c'est de me trouver quelquefois au milieu de populations qui n'ont pas fait un pas depuis un siècle. Je n'ai nas besoin do lire l'histoire pour savoir la foi, la vie , les mœurs de ces temps si différents des r.oires ; je les ai eus vivants sous les yeui : je m'attendris alors, je me sens transporté dans un nouveau monde, je ne veux plus rien savoir des choses de celui-ci; jo voudrais vivre et mourir avec ces braves gens; je le leur dis comme je le sons, et je pleure eu le leur disant... •

A- la clôture d'une retraite ecclésiaslique, l'évêque de Rodez promulgua, en 1833, les nouveaux statuts que- le clergé attendait impatiemment; voici dans quel esprit ils étaient conçus: « Nous rapprocher le plus possible de la forme et de la teneur des statuts dressés par Mgr de Tourouvre , pour conserver k ces saintes règles leur caractère d'antiquité, et les entourer de ce respect

3ui s'attache aux anciennes traditions , réuire le nombre des règlements, par la raiton que la discipline d'un diocèse dépend iiioius de leur multitude que de la fidélité et de l'exactitude à les bien garder; borner les instructions à ce qui est de défense, d'ordonnanee et de permission , pour faciliter A tous les moyens de connaître promptemeut ce qu'ils ont h faire ou à éviter; rendre plus rares les cas auxquels sont appliquées les censures, pour ne pas embarrasser les consciences timorées et les troubler par de douloureuses surprises; no pas ruéiue réserver les peines canoniques qui sciaient maintenues pour vous donoer une nouvelle preuve de notre estime et de noire confiance, et pour répondre au hosoiu de notre cœur de procéder bien plus par la persuasion que parla contrainte; introduire enfin un petit nombre de dispositions nou- Diction*, dbs Cardinaux.

velles, soit pour prévenir certains abus, soit peur établir sur certains points une discipline uniforme dans toutes les paroisses do notre diocèse: voilà la tâche que nous nous sommes imposée...» disait le sage prélat dans uno Lettre pastorale adressée à son clergé.

Ces ordonnances furent accueillies avec bouheur par tous les prêtres réunis au nombre de plus de quatre cents. Le prélat promit de s'occuper d'un nouveau rituel, qui fut publié en décembre 1837. Des conférences furent établies, uno caisse diocésaine de prévoyance instituée, un petit séminaire construit, to grand séminaire réédifié. Eu 1838, il ajoutait à ces créations une belle maison de campagne peur ses séminaristes. Bn même temps le digne évôque mettait tout on œuvre pour doter chaque paroisse d'une bibliothèque composée de bons livres. Ses Mandements étaient de vérilables chefs-d'œuvre. On remarqua surtout celui qu'il publia sur les cabarets « tristes cloaques tout dégoûtants des vices de l'orgie, oè la population ouvrière vient dissiper en quelques heures les fruits péniblement amassés par toute une semaine de travaux. • En décembre 18fcl, nommé au siège de Cam-. ferai, érigé en métropole, il courba la tête; et il fallut vaincre sa résistance, comme ou avait fait pour Rodez. Dans un Mandement qu'il adressait à sos diocésains de Rodez, avant

de les quitter, il leur disait:» Nous

étions loin de prévoir le coup qui devait nous frapper dans nos plus chères affections ; ce n'est pas que nous ne fussions agité do quelques alarmes, mais les graves considérations que nous avions à faire valoir pour n'être pas séparé de notre bien -aimé troupeau, mais l'humble prière que nous répandions tous les jours avec notre cœur en la présence de Dieu, pour qu'il daignât confirmer notre première alliance, nous rassuraient contre le péril dont nous étions menacé. La divine Providence en a autrement disposé. La volonté du Seigneur, à laquelle rien ne peut ni ne doit résister (Rom. ix, 19), et qu'il nous faut toujours adorer, même dans ses rigueurs, s'est manifestée par des signes qui n'ont plus laissé à notre conscience la liberté d'embrasser d'autre voie que celle de la soumission. Nous qui nous plaisions à nous dire, comme nous l'étions en effet, le plus heureux des évêques de France, nous qui aimions è nous appliquer celte parole du Roi-Prophète : La meilleure part m'est échue dans l'héritage du Seigneur : qu'elle est belle la portion que ta bonté m'a mesurée! (Psal. xv, 6) il nous faut rompre les liens quo Dieu même avait formés, que sa grâco avait bénis, que de mutuelles sympathies, qu'une longue communauté d'intérêts et de sentiments avait resserrés, que la succession des années et des jours, fécondés par vos œuvres et embellis par notre amour, nous rendaient plus doux et plus sacrés I Il.nous faut quitter notre tache pour eu recommencer une autre, quaud cette tâche mus devenait plus légère, quand noua

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voyions, pour ainsi dire, la Ira .ne se dérouler et s'étendre d'elle-même dans notre main I a Puis il ajoute : « Kl loi, noble et fidèle cilé de Rodez, où nous n'avons compté, durant onze années, que des jours de bonheur et de paii, où nos regards ne s'arrêtaient, dans toutes lesadrainistrations comme dans toutes les classes de la société, que sur des visages amis; il faut donc dire à celte terre aimée, à ce peuple chéri, à toute celle vie de consolation et d'espérance, un éternel adieu 1 Oh I nous en emporterons du moins dans notre cœur la douce et sainte image, l'impérissable souvenir I Combien de fois, de la plage lointaine où le souffle du Seigneur va bientôt transporter notre lente pastorale, nou« lèverons, avec le Prophète, \Ptol. exi, 1), nos yeux sur vos montagnes d'où nous viendront les secours de vos prières, les encouragements do vos exemples, les inspirations que nous avons si longtemps puisées dans votre toi I » A Paris, le prélat s'occupa de faire nommer pour son successeur, son ami de tous les temps, M. Croizier, vicaire général de Moulins, dont il disait : « La plus belle de mes œuvres, la plus méritoire, c'est mou successeur. » Muni de ses bulles d'institution, il quitta Paris, passa la nuit à Amiens chez M. Leraillô, curé de Sainl-Remi, et le lendemain arriva incognito chez son sutTragant, le cardinal-évêqued'Arras, désigné pour le décorer du pallium. Le 25 février il arrivait à Cambrai; monté on chaire, il terminait en ces termes l'éloge de son prédécesseur : « Quelle vie fut en effet mieux remplie que la sienne, moins encore par le nombre îles années qui s'ajoutaient comme une couronne de plus à celle de ses mérites et de ses nobles vertus que par les œuvres et les travaux qui les ont fécondées 1 Si vous en retranchez la première page, qu'il a du reste déchirée lui-même, quelle histoire plus pleine que celle d'un pontificat près d'un demi-siècle saintement employé a relever les ruines, à combler les vides du sanctuaire, à doter une grande Eglise d'établisments et d'institutions florissantes 1 » Dans Je même discours, s'adressant au clergé, il disait : « Les contradictions, vous le savez, sont un apanage inséparable de nos fonctions. Nous en écarterons cependant les plus lâcheuses de devant nos pas, si nous savons nous montrer constamment les hommes de Dieu et les hommes des peuples ; des hommes de piété et de miséricorde, forts dans la foi et charitable* dans les œuvres; rendant l'honneur à qui l'honneur, le tribut à qui le tribut, mais demeurant étranger è ces questions irritantes qui divisent si tristement les hommes, ou n'y intervenant que pour y mêler ces douces paroles qui brisent les colères, et ouvrant ôvangôliquemenl à tous, pour les sauver tous, nos bras et nos cœurs comme a des frères bien-aimés. » A peine arrivé à Cambrai, il veut visiter les principales villes de son diocèse, et passe successivement à Douai, à Lille, à Bailleul, a Uazebrouck, à Dunkerque. Dans chacune de ces villes, il adresse, du bauldela chaire,

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une allocution aux fi lùles. « Mi course ilaru la Flandre m'a accablé, écrivait-il dès so > retour à Cambrai ; il semble que tout ce peu. pie s'était donné le mot pour inc fuira mourir de gloire et de consolation. J'ai senti la ce que pèsent les honneurs , c'est de tous les esclavages le plus lyrannique. «L'archevêque a à évangéliser une population de douzeeent milleftraes, à visiter six cent neuf paroisses. « Au lieu de chemins tortueux a gravir sur des rochers calcinés, au lieu de hautes montagnes a escalader au milieu d'abîmes et de précipices, il trouve dans lé Nurd de larges routes unies à travers des campagnes couvertes de la plus riche végétation. Les yeux, il est vrai, n'ont plus à admirer des sites enchanteurs, des rochers aux formes fantastiques, de riants coteaux, de frais vallons; mais l'uniformité des plaines, la rectitude des chemins lui permettent do voyager plus commodément et lui épargnent bien des fatigues. Ce qui doit être pour lui une immense difficulté, c'est la différence qui se trouve enlro les populations de l'Aveyron et celles du Nord. Là, il gouvernait un peuple fortement attaché aux principes et aux pratiques do la foi, pur encore de la lèpre irréligieuse dont il a été préservé par l'aspérité de son sol et la hauteur de ses montagnes, docile à la voix paternelle du prêtre, accoutumé è vivre de peu et heureux de sa simplicité. Ici, c'est une immense multitude au cœur de laquelle la foi est enracinée, mais qui souvent néglige d'en remplir les saints et impérieux devoirs. Dansons belles contrées, ^'industrie enfante chaque jour des merveilles de toute espèce; mais n'étaul point partout réglée seloo les lois de Dieu, elle y propage la licence des cntiurs, In dégradation, et amène l'abandon de In foi. Le bien-être matériel favorise l'habitant des villus et des campagnes, mais il produit l'indifférence et l'oubli de la félicité dos deux. La richesse verse ses dons à pleines mains, mais elle fait naître des besoins si nombreux que la misère v devient plus érigeante et plus hideuse. La charité fait des prodiges, mais le nombre de ceux qui se font nécessiteux est démesurée. » (M. lapilli.)

Telles étaient les difficultés contre lesquelles avait à lutter le prélat. Son prédécesseur, qui avait pendant quarante ans, occupé le siège deCambrai, qui s'y élaii.idenlifléa»ec la population, était universellement regretté. Quel que dût être le successeur, sa position était difficile. 1! fallait du temps à Mgr Giraud pour se faire connaître. Justice ne fut pas toujours rendue & ses améliorations, s ses intentions. Il avait voulu que le séminaire de Cambrai eût une maison de campagne, comme il en avait donné une à celuido Rodez. Il y adjoignit une petite ferme modèle. C'en lut assez pour faire accuser ce prélat désintéressé d'entreprendre un ignoble commerce, de faire concurrence aux marchands. Un journal de Paris accueillit deux lettres signées : Un curé du diocitt dt Cambrai. L'administration de l'archevêque y éta't tournée eu ridicule, ses Mande-

M*rt r.in des

fjifiils critiquas sa bonne foi, sa justice, sa ronscience y étaient attaquées directement. Le clergé du diocèse s'empressa de protester contre ces calomnies. A toutes les lettres qui lui étaient arrivées, le prélat répondit par cette circulaire : • Messieurs et trèscliers (^opérateurs, des protestations, toutes plus énergiques les unes que les autres, me sont parvenues spontanément do tous les points du territoire, à l'occasion de certaines lettres publiées contre ma personne et contre mon administration dans un journal de la capitale, et portant pour souscription : Un curé du diocèse dt Cambrai. Je suis touché de celle démarche, parce qu'elle vous honore; mais croyez bien, je vous prie, que l« n'en avais pas besoin pour être fixé sur l'excellent esprit qui vous anime.

« Tout le monde comprend que dans le corps le plus respectable, surtout lorsqu'il est nombreux, il peut se rencontrer quelques individualités qui s'isolent du sentiment de leurs confrères, seit par un défaut de rectitude dans le jugement, soit par un malheureux penchant a la contradiction , soit par une appréciation exagérée de leur valeur personnelle qui, en élevant les prétentions de l'amour-propre, lui en fait sentir plus vivement las mécomptes. Mais aucun homme sage et votre archevêque moins que personne, ne sera assez injuste pour rendre solidaire de ces rares et presque inévitables exceptions, tout un cierge connu pour sa piété, sa sagesse, son amour de la discipline et des bonnes règles, et son attachement a l'unité. Reposez- vous donc sur notre estime et sur notre confiance la plus entière, comme nous nous reposons sur votre dévouement et sur votre affection filiale. C'est une triste nécessité que le scandale arrive; mais après en avoir gémi devant Dieu, félicitons-oous de voir que l'homme ennemi, qui a voulu semer entre noue des germee de division, n'a réussi qu'a resserrer plus étroitement, s'il est possible, cette union qui fait notre force, et qui ne nous fut jamais plus nécessaire que »lans les circonstances présentes. » En 18*7, il fut promu au cardinalat. Le 4 septembre il arriva à Rome , accompagné du cardinal de Bourges, des évolues de Rodez et de Fréjus, et de trois ecclésiastiques parmi lesquels M. Léraillé, curé de Saint-Remi, è Amiens. Le 10, il écri- ▼ail : « Le Saint» Hère a daigné recevoir ensemble les deux cardinaux. Celte première audience a duré près d'une heure. Que de bonté, que de douceur, que de sainteté j'ai admiré dans le Souverain Pontife! quelo Ame, quel cœur, quel sourire céleste... » l>ans le consistoire secret du 5 octobre, le nouveau cardinal reçut des mains du Saint- Père l'anneau cardinalice. Trois jours après il quitta Rome, et le 3 novembre il arrivait a Cambrai, où il put lire celte inscription au-dessus de la porte de son palais.

L'Aie et ofbtoamor, pr*claraque gloria saecli, Ifm piosaobu vullu» Inclinai amicos.

Pour taire connaître le cardinal Giraud, il faudrait le laisser parler, citer ses beaux

CARDINAUX. CIR 1006

Mandements , mais la place nous manque. Donnons encore quelques lignes d'une do ses lettres : « Je sens plus vivement que jamais que le seul désir de la sainteté peut me faire supporter la vie : tout le reste* est si misérable. Les richesses I si je les désirais, il m'en faudrait plus qu'il n'est donné à l'homme d'en acquérir; un royaume me serait une goutte d'eau. Tout ou rien, c'est le cri de mon ame. Les plaisirs 1 ie ne veux que ceux de l'amitié, ils sont nécessaires è mon cœur et a ma perfection, encore fautil en retrancher les inquiétudes. Les honneurs, la réputation I vous savez si tout cela fait quelque chose su bonheur. La science! c'est le tourment de l'esprit, bien lus que son repos. Le seul désir de plaire Dieu, de s'unir à lui, de faire un saint, ne s'épuise jamais, et c'est l'unique chose qui ne soit point une illusion sous le soleil. Je ne m'étonne pas tant , d'avoir une fois ces idées que de ne les avoir pas toujours. Entretenez-moi dans ces sentiments, sans lesquels je sens que la vie me serait la mort, » En 18V8, une nouvelle révolution soufflait sur la France, et, peu à près Pie IX était obligé de quitter sa capitale, pour aller demander un asile au roi de Naples. Le cardinal Giraud fut alors chargé, par le gouvernement français, d'une mission secrète auprès du Saint-Père. Le bruit courut que le cardinal devait tâcher de déterminer Pie IX à accepter l'hospitalité de la France. Si le bruit était fondé, la proposition ne fut pas accueillie. Quoi qu'il en soit, le cardinal, parti le janvier 1849, fut bientôt rendu auprès du Souverain Pontife. Le 21 janvier il écrivait de Gaëte : « Me voila depuis le 17, auprès du Saint-Père. Le soir môme de mon arrivée, j'ai eu le bonheur do baiser ses pieds sacrés. Il a daigné me témoigner que ma visite lui était agréable, et qu'il me verrail avec plaisir prolonger mon séjour ici. Il a conservé celte majesté sereine que vous lui connaissez. Le roi, la reine el toute la famille royale de Naples lui font de fréquentes visites, avec les démonstrations de la piété la plus sincère et la plus filiale. J'ai eu l'honneur d'être préseulé à ces Majestés et è ces Altesses. Je dîne tantôt au palais, tantôt chez moi ou dans la réunion du corps diplomatique. Je passe, quand je le veux, la soirée avec le Saint-Père, qui m'invite à l'accompagner dans ses promenades ; un cause, on lit les journaux , on parle de l'Eglise el de la France, deux objets bien cbers au cœur de Sa Sainteté. »

Le Suint-Père racontait un jour les terreurs qui l'avaient frappé dans son palais, quand la populace égarée vociférait sous ses fenêtres, tirant des coups de fusil; il lui dépeignait la mort de Mgr Palma. « Ahl » s'écria rarclievêque de Cambrai, « ce n'était pointa un simple secrétaire è mourir ; il aurailfaliu voir plusieurs cardinaux tomber a côté de Votre Sainteté ! Que n'ai-je été là!... » U<i autre jour on recevait de tristes nouvelles de Rotuo. Le Pape racontait au cardinal les détails qui luiéluieul parvenus, el il ajustait:

io<»7 cm mono:

■ Ce qui m'afflige, ce n'esl pas d'apprenti ro quo ma maison ail été saccagée, que l'on pille mus salons, que Ton brûle mes voitures. Dieu sait que les grandeurs m'importunent, que je désirerais être pauvre, aller a pied; mais ce qui m'afflige, c'est de voir que le peuple de Rome perde sa foi, c'est de voir cette ville, centre de la chrétienté, qui devrait ê:re la première pour son attachement à la religion... » Les sanglots l'empêchèrent d'achever. Parti de Gaële le 25 mors, le cardinal de Cambrai arrivait le 15 avril dans sa ville métropolitaine.

Peu dejours après, il écrivit à l'évêque de Rodez : « Je viens me jeter dans vos bras et vous pressersur rooncœur, comme un homme qui revient d'un grand voyage et qui commençait è douter s'il reverrail la patrie. La mer a été affreuse; mais laissons là cessouvonirs déjà loin de moi. J'ai vu Marseille et son bon èvêquo qui m'a montré ses monastères, Notre-Dame de la Garde, où j'ai célébré une M'»sse d'action de grâces, entouré de l'équipage du Sétoslrit; Bourges, où je me suis arrêté un jour auprès de mon collègue, du clergé et de mes amis; Paris, où j'ai porté au Président et aux ministres les remerctments du Saint-Père pour des intentions qui s'exécutent en ce moment, où j'ai vu M. de Falloux, le ministre par excellence; M. Dupanloup, que j'ai pressé de toutes mes forces à accepter, malgré ses répugnances, le siège d'Orléans; les Jésuites, Sainl-Sulpice, et je ne sais plus combiende visiteurs connus et inconnus. Me voilà maintenant encombré de papiers, assiégé do visites qui m'obligent de recommencer vingt fois sur le même jour, mes récits sur Te Saint-Père, Geëte, Naples et le Mont-Cassin. Pro Pon~ tifice Pio legalione fungor. Il ne m'en coûte pas de parler du Saint-Père. L'amour du Pie IX est gravé dans mon cœur, écrit sur les tablettes seusiblcs et vivantes de l'Âme, bien mieux que sur la pierre où je vois ses traits chéris: précieux souvenir qu'il a voulu quo Remportasse de mon séjour auprès de lui dans 'exil. Permettez-moi Je renvoyer a nos pro. chaines causeries û'oread os, tout ce quej'aurai è vous dire de ce grand Pape, de quo grandis sermo^ el inintcrpretabilis ad dieendum. »

Mais l'homme propose et Dieu dispose, dit un vulgaire proverbe. Depuis huit ans le diocèse de Cambrai possédait son bien-aimé prélat; c les liens d'amour qui unissaient lo pasteur et le troupeau se surraient de jour eu jour davantage, le bien opéré par l'administration diocésaine s'atrermissait , les préventions étaient dissipées, la paix régnait partout; on se complaisait à former des vœux pour la conservation du prélat et la réalisation des pieux désirs de sou cœur. Mais ces liens d'amour devaient se rompre prématurément. Brisée parles travaux et les sollicitudes de l'épiscopal, celte exislenoe si chère el si précieuse arrivait rapidement vers son terme. » (M. Capkllb). Déjà en 1846, l'illustre prélat écrivait: « J'éprouve de plus en plus et habituellement une lassitude que le repos ne repose pas; la couse en usl cei-

N:\ire en lots

lainement au cœur ou au inveau fatigué h la longue d'émotions ou d'excès d'application. » Trois ans après, il mandait à sn sœur Elisabeth qui venait de faire une retraite: « Quel bon temps que celui où l'on peut être tout à fait à Diou, sans avoir a s'occuper que de son âme 1 C'est un sentiment eut mo pénètre bien souvent au milieu des préuccupalions de toutes sortes qui m'assiègent ; mais ce n'esl pas une retraite do quelques jours qu'il me faudrait, c'est unu retraite pour le reste de ma vie, un soulagement et une délivrance complète du lardeau qui pèse sur mes épaules. Quand cittu heure sonnera-l-elle? Je n'en sais rien. Je vais lâcher en attendant de m'exercer a la grande vertu d'une conformité parlais à la sainte volonté do Dieu. » Ce repos si désiré allait se consommer dans le sein de Celui qui est le repos véritable. En décembre 1849, ses douleurs devinrent plus aiguës, ses forces diminuèrent Les médecins reconnurent une hypertrophie au cœur el jugèrent la position des plus graves. Le mal fil des progrès rapides et on pensa à administrer les derniers sacrements à l'auguste malade. Il les reçut avec joie, dans les sentiments de la plus ardente piété. Après la cérémonie, il recueillit ses forces, el dit au chapitre:

• Messieurs, avant de vous quitter, comme Jésus-Chrisl, je vous recommande la paix, lo charité les uns envers les autres. Oui, je vous recommande la paix qui surpassa tout sentiment, cette paix que Noire-Setgneura léguée à ses disciples avant de les quitter. Nous allons nous séparer; mais non, nos cœurs seront unis... Je lègue à la métropole toute ma chapelle comme les saints canons le prescrivent, à l'exception d'une chasuble que je laisse à l'église où j'ui eu le bonheur d'être baptisé. Vous connaîtrez tues autres dispositions. Je vous remercie do tous les services, que vous m'avez rendus et de l'affection que vous m'avez ténioiguée. — Messieurs, je vous prie de pourvoir aux besoins de mon diocèse el de ne rien changer aux institutions que j'ai établies. Tout eu laissant la liberté de voiro choix, j'ai une grâce à vous demandor, c'est dejeonserver a l'administration mes grands vicaires ; probablement que l'un d'eux n'aura point à accepter le choix que vous pourriez taire de lui : c'est mon hère qui vous quittera après ma mort. Messieurs, il est bien aisé de mourir, c'est chose facile ; je suis heureux de vous le dire. J'accepte la inoil pour l'expiation de mes péchés, par un acte forme!, d'une volonté ft rrae el absolue. Je sais que je devrais craindre pour la multitude de uns péchés; mais, si j'ai à paraître devant un juste Juge, je sais aussi que je paraîtrai devant uii Sauveur auquel ie serai présente par la plus tendre des mères. » Puis, après un moment de repos : « Ah ! j'oubliais quelque chose, Messieurs : je vous demande pardon do tous les scandales que j'ai pu vous donner el des peines que je vous ai « ••usées. De mon côté, je païUonne, el je piM donne bien volontiers. Ouï, c'est uu hou-

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