‹ Dictionnaire d'orfèvrerie, de gravure et de ciselure chrétiennes. 3. Encycl. théol., tom.27 (volume 4)Chapitre 260 sur 457 · MAU DICTIONNAIRE · texte numérisé non relu

MAU DICTIONNAIRE

sieurs, » .«.'écrie Maury, « que l'on n'est plus si pressé de me répondre? Je continue donc, faille d'interlocuteurs, à servir seul In chose publique, et je laisse ià votre comité pour discuter les moyens do l'un de ses principaux oracles. M. de Mirabeau, en nous lisant une dissertai ion théologique sur la cause du cler.u<',) a solennellement abjuré le principe qu'il professait, il y a trois ans dans son ouvrage, très-peu lu. sur la monarchie prussienne. C'est à l'Eglise, disait-il alors , c'est à l'Eglise dont la hiérarchie est de droit divin, à régler la manière de juger les causes ecclésiastiques, et en gui réside la puissance d'ordonner sur chacune; car vouloir régler les droits de la hiérarchie chrétienne établie par Dieu même, comme dit te concile de Trente, c'est assurément le plus grand attentat de la puissance politique contre la puissance religieuse. Voilà quelle était alors l'opinion de ce célèbre adversaire, qui dénonce aujourd'hui au peuple, comme des ennemis de ia nation, tous les ministres du culte qui professent encore la môme doctrine. On dirait qu'il n'aflVcto de louer la religion que pour

s'autoriser à flétrir le clergé » El il en

vient è interpeller nommément Mirabeau, le sommant do déclarer s'il n'a pas avancé commo principe fondamental de sa thèse, que chaque évéque, jouissant d'une juridiction illimitée, était, en vertu de son ordination» évéque universel. Mirabeau alors se lève :

« Noii, Monsieur, » répondit-il, « ce n'est point la ce que j'ai dit : j'ai avancé que chaque évéque tenait sa juridiction de son ordination; que l'essence d'un caractère divin était de n'être circonscrit par aucune limite, cl par conséquent d'être universel, suivant le premier article de la déclaration du clergé en 1682. Voila, Monsieur, ce que j'ai dit; mais je n'ai jamais prétendu que l'ordination fît d un évéque un évéque universel. » (Bruyants applaudissements des "tribunes.)

« lih bien 1 nous sommes d'accord, » répliqua Maury. « C'est bien à ces mêmes assertions, M. de Mirabeau, que je vais répondra ; et j'espère qu'il me sera facile de vous faire expier dans un instant les applaudissements dont les tribunes viennent de couvrir votre naïve explication.

« Voici d'abord le premier article de la déclaration du clergé de 1682, que vous invoquez : L'Eglise n a aucun pouvoir direct, ni indirect sur le temporel du roi. Voulez-vous entendre le second : L'autorité de l'Eglise est supérieure à celle du Pape , non-seulement dans le temps de schisme, mais encore dans l'ordre commun, conformément à la décision du concile de Constance. Voici le troisième : Le Pape est soumis aux canons; et c'est dans Ut charge éminente qu'il a reçue de veiller à leur exécution, qu \l trouve le principe et l'exercice de la prééminence du siège aposto~ ligue. Le quatrième enlin prononce que les décrets des Souverains Pontifes ne sont irréformabtes que lorsqu'ils sont acceptés par le consentement de l'Eglise universelle. Vous voyez qu'il n*y a rien de commun entre votre proposition et ces quatre fameux ai li-

des. Il n'est pas même question de la juri. diction épiscopale dans les quatre pro^K>sttions de l'Eglise gallicane. Vous avez donc cité à faux pour en imposer a faux à cette assemblée ; et la vérité a le droit de vousdonner à vous, ou plutôt è votre écrivain, !e démenti le plus authentique Mais raisonnons, et voyons si votre logique est plus sûre, cl plus ferme que votre érudition. Vous reconnaissez formellement nous avoir dit quo chaque évéque tenait sa juridiction spirituelle de son ordination, et que ce pouvoir divin n'était circonscrit par les limites d'aucun diocèse. Or, si la juridiction d'un évéque, si sa puissance spirituelle , n'est limitée par aucune circonscripliondiocésaine, chaque évéque a donc partout la même autorité, chique évéque a droit d'exercer partout une juridiction commune h tous les territoires, et égale sur tous les territoires; chaque évéque est donc dans l'Eglise un évéque universel. Je ne vous ai donc pas cité à faux, puisque vous venez do répéter avec la plut édifiante simplicité ce que vous aviez dit d'abord et ce que je vous avais fait dire. La seule différence qu'il y ail entre votre nouvelle version et la première, c'est que iooi venez, je ne sais pourquoi, de délayer, dans une longue phrase, ce que, d'après vos maîtres, vous aviez d'abord exprimé dans un seul mot, évéque universel. Il est donc vrai que vous avez réellement dit ce que je vous ai attribué ; et si voire phrase signifie autre chose, elle ne peut plus avoir aucun sens. Je ne dirai point alors, en discutant votre réponse, que ces ridicules paroles ne sont sorties que de votre bouche ; mais je dirai, et cette assemblée dira comme moi, que votre proposition n'a pu sortir que d'une tête absurde. Remerciez à présent les tribunes des applaudissements flatteurs qu'elles vous ont prodigués, lorsque vous avez eu la charité de me dénoncer à leur savante iuiprobalion par votre dé>avœu. Si vous êtes tenté de me répliquer, parlez, je vous cède la parole.... Vous ne dites rien !... Cherche! tranquillement quelque subtilité dont jo puisse faire aussitôt une justice exemplaire 1.... Vous ne dites plus rien T.... je poursuis donc, et, après avoir restitué ces mêmes paroles que vous avez trouvées si concluantes dans votre bouche, et si ridicules dans la mienne, j'atlaque directement volro argument. Je vais vous mettre en étal de juger vous-même des principes théologiques qui vous ont fait tant d'honneur dans les tribunes. »

fit l'orateur laissant 'cloué a son banc, dans une muette impuissance, son adversaire confondu, marche de victoire en victoire, signalant à chaque pns une nouvelle absurdité dans cette monstrueuse constitution civile du clergé ; la rage du vaincu s'irrite contre ta puissance du vainqueur; il est écoulé avec des clameurs menaçantes- « Le tumulte do celte Assemblée, * *y~ crie-i-il, « pourra bien étouffer roa voix, il nelouffern point la vérité... Nous eonfroulorons vos déciels avec nos consciences

f2lJ M AU DES CAI

Ou veut nous faire opter ici entre les lois do l'Eglise que nous ne pouvons enfreindre, e( les modiques restes de nos fortunes, tristes débris qui onl échappé à votre avid:ié, lorsque, vous nous avez fait si indécemment notre part en confisquant nos bipns, et que vous regarderez peut-être a présent comme des" dons de votre mun licence; mais nous nous souviendrons, Messieurs, qu'au moment où l'on veut nous placer dans cette alternative , on vous a proposé de suspendre, p«ir un décret, toutes les ordinations dans lu royaume. Nous nous abstiendrons de caractériser une persécution qui renouvellerait, pour l'Église, cette époque de désastre el de gloire où les pontifes de la religion, dévoués au minis'ère du martyre, étaient obligés d'aller se cacher nu fond des cavernes, pour imposer les mains à leurs successeurs ... Nous dirons qu'il y a autant de lâcheté que d'injustice à attaquer des hommes oui ne peuvent opposer aux outrages que la patience, et à la fureur que la résignation; nous dirons à uns détracteurs que si le tombeau dans lequel ils croient nous avoir ensevelis, ne leur parait pas encore assez profond pour leur répondre de notre anéantissement, ce seront leurs injures, ce seront leurs persécutions qui nous en feront sortir avec gloire, pour reconquérir l'estime et l'intérêt de la nation, et que la pitié publique nous vengera bientôt du mal auo nous a fait l'envie.... Vous verrez, par l'exécution du fatal décret que vous êtes prêts a prononcer, si vous ne devez pas regarder comme des ennemis de ia patrie les fanatiques persécuteurs qui oppriment et tourmentent sans intérêt de faibles pasteurs accoutumés à prier pour ceux qui les insultent, et dont la patience a dû vous apprendre, dans la séance d'hier au soir, ce qu'ils savent souffrir et eudurer en silence, quand ils défendent les intérêts de la religion.... Qu'on ose donc nous vexer ennousdumandauudes serments contraires a nos principes 1 nous retrouverons cette énergie de courage qui ne compte plus pour rien le sacrifice de la fortune et de la vie, quand il faut s'immoler au devoir. Prenez-y garde, Messieurs * il est dangereui de faire des martyrs, il est dangereux de pousser à bout des hommes qui ont une conscience, des hommes qui sont disposés à rendre à César ce qui appartient à César, mais qui veulent aussi rendre à Dieu ce oui appartient à Dieu, el qui, en préférant la mort au parjure, vous prouveront par l'etfusion de leur sang, que, s'ils n'oul pas été assez heureux pour se concilier votre bienveillance , ils savent du moins mériter el forcer votre estime. »

Hùlos 1 il le voit et le prophétise en vain, la force aveugle triomphera de tous les raisonnements, mais viendra se briser contro un uernier «rgument, celui du martyre, qui lie saurait effrayer un cœur sacerdotal. Certes, il y avait du courage et tnêiuede la générosité à parler ainsi , surtout quand, au aorlir de l'assemblée, il fallait traverser des

DLNAUX. MAI! lit»

proupes menaçants qui criaient : L'abbé Maury à la lanterne! • Y verrez-vous plus clair, » répondait il ; et il passait d'un pas vif et ferme. Une autre fois un furieux s'élançait contre lui brandissant un couperet, et voulait l'envoyer dire la Mette à loua Ut diablet. — « Soit, » disait Maury, « si tu as du coeur, tu viendras la servir, voici mes burettes. • El il tirait deux pistolets, dont la vue mettait en fuite le jacobin, tandis que la foule changeait ses huées en applaudissements. En pleine assemblée, un jour que les furies de la tribune cherchaient à éloufler sa voix par leurs clameurs : « M. le président, •s'écria-t-il,» faites doue taire ces sansculottes, o

Ces saillies, relie dextérité de tous les instants, jointes à un grand tact parlementaire, sauvèrent Maury ; il fut peut-être le seul qu'on n'envoya pas à l'Abbaye, parmi les improvisateurs qui prirent part aux combats journaliers de la tribune. Ses succès se bornèrent là; ils ne purent contenir le torrent, el quand la Constituante fut dissoute, il dut quitter la France. « Mon ami, » disait-il à Mnrmontel, « j'ai fait ce que j'ai pu, j'ai épuisé mes fore.es, non pas pour réussir dans une assemblée où j'étais inutilement écoulé, tuais pour jeter de profondes idées de justice cl de vérité dans les esprits de la uation et de l'Europe entière; j'ai même eu l'ambition d'être entendu de la postérité. Ce u'ert nas sans un déchirement de cœur que je m'éloigne de ma patrie et de mes amis, mais j'emporte la ferme espérance que la puissance révolutionnaire sera détruite. •

Hélas 1 toujours cette gloire, celte grandeur humaine, cette idole du paganisme lettré du xviii" siècle , qui nous gâte, en l'inspirant, un beau talent et un grand courage dans la plus belle des causes 1

Maury jouissait déjà de la récompense ambitionnée; son roi, Louis XVI, lui avait écrit (3 février 1791) : « M. l'abbé, vous avez le courage îles Ambroise, l'éloquence des Chrysostome. La haino de bien des gens vous environne. Connue un autre Bossuet, il vous est impossible de transiger avec l'erreur; et vous êtes, comme le savant évèque de Meaux, en butte avec la calomnie; rien ne m'étonne de votre part; vous avez le zèle d'un véritable minisire des autels et le cœur d'un Français de la vieille monarchie. Vous excitez mon admiration, mais je redoute pour vous la haine de nos ennemis communs; ils attaquent à la fois le trône cl l'autel, el vous les défendez l'un el l'autre. Il y a quelques jours, sans votre imprrturbable'sang-fnmi, «ans vos ingénieuses reparties, je perdais un Français totalement dévoué à la cause de sou roi, el l'Eglise un de ses défenseurs les plus éloquents. Daignez songer que nous avons besoi.) de vous, que vous nous êtes nécessaire, el qu'il n'est pas toujours utile el toujours bien de s'exposer à des périls certains. Usez avec modi4raltou de ces talents, de ces connaissances,

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