‹ Dictionnaire d'orfèvrerie, de gravure et de ciselure chrétiennes. 3. Encycl. théol., tom.27 (volume 4)Chapitre 29 sur 457 · AMR · texte numérisé non relu

AMR

Bnr^ia élait venu de la pari d'Alexandre VI apporter le chapeau de cardinal à d'Amboise. A la mort de ce Pape, le ministre , s'il eût «u de* vues ambitieuses, pouvait parvenir au Sainl-Siége. Pendant les préliminaires de l'élection il consentit a faire éloigner de Rome les troupes françaises pour ne pas influencer les suffrages , et le cardinal de la Wovère, qui avait eu de bonnes raisons pour lui donner ce conseil , fut élu a sa place «t prit la tiare sous le nom de Jules II. Aux fonction» de premier ministre en France le cardinal d'Amboise réunit aussi celles de légat du Pape dans ce royaume, réunion sans exemple; et des fonctions aussi incompatibles ne lui attirèrent jamais le moindre reproche , soit de la cour de France , soit de relie de Rome. — Il fut enlevé trop tôt à la France et mourut en 1510, dans le monaslère des Céleslins, è Lyon, où il avait suivi la cour. Sa mort excita les vifs regrets de Louis XII, et toute la France pleura un ministre qui avait gouverné sans orgueil et sans avarice , un cardinal qui se contentait d'un seul bénéfice, et qui ne considérait que la gloire du roi et l'avantage des peuples. — Commo légal du Pane, il s'élail occupé de lo réforme, de quelques ordres religieux, et particulièrement de celui de Saint-François. Il donna a la ville de Rouen un parlement sédentaire, au lieu de la juridiction de l'échiquier qu'elle avait eue insque-là. Il la dota de fontaines, de cloches, de places, de divers édifices. Il ne recevait que le tiers des revenus do son bénéfice, abandonnant les deux autres, suivant la prescription des canons, a la nourriture des pauvres et à l'entretien des lieux saints. Il ne demanda jamais rien au roi; il se contentait d'accepter les présents qui lui étaient offerts parce prince» quand il craignait de l'offonser par un refus. Un gentilhomme de Normandie avait une terre voisine de la balle maison do Gaillon, qui appartenait b l'archevêché de Rouen. Manquant d'argent

f>our marier sa fille, il offrit au cardinal de ui vendre sa terre à vil prix. Celui ci qui connaissait la position du gentilhomme, lui laissa son domaine , et lui fil don de la somme dont il avait besoin. On pourrait citer d'autres traits de ce genre, à I honneur du noble prélat. Son testament fut uue preuve de sa charité pour les pauvres, de sa modération è l'égard de ses parents. Il conseilla h ceux-ci de ne point rechercher les affaires publiques, de peur qu'ils n'y engageassent leur honneur ou leur conscience. Il témoigna du regret d'avoir employé a ces affaires le temps qu'il devait a l'instruction de son troupeau, et sembla porter envie au frère Célestin, qui lui servait d'infirmier dans sa maladie, en lui répétant souvent : « Frère Jean, que n'ai-je été toute ma vie frère Jean I » Son coeur fut enterré dans l'église des Célestins de Lyon, et son corps transporté a" Rouen , où i on voit encore lo mausolée qui lui fut élevé dans la cathédrale. IVoy. Baudier, Hitt. du cardinal d'Amlohe; — Dbsmontagres et Legbndrb, fie du

cardinal d'Amboise ; — Srssei.. Vie de Louii XII; — l'auteur d<; Ja Vie de fiaynrd, c. kt ;

— Gcichardin ; — Ciaconius, plus connu sous le nom de Cuaco* : — Oxuphre; — Fri/oh ; — Aubery, Ui$t. des cardinaux ; — Genebrard ; — Sfonub; — DecosTb; - Bubouchet-Dut:li et; — Saittb Marthe;

— Mezerai; — Dcplbix, etc.)

Voici son éloge par le P. Alby (16V4) :

« Le temple de la gloire n'est pas ouvert en tout temps, et è tous venants, comme élait autrefois celui des Grâce*. Elle n'y permet point l'entrée à ceux qui n'apportent que la seule recommand ition de la fortune, et qui ne s'y présentent qu'avec les dignités, les richesses, la noblesse et les alliances, qui sont toutes plumes de dépouille» et qu il ne faul non plus compter entre le* ornements qui rehaussent le prix de l'homme, que ses obligations dans la valeur de ses biens. Elle demande de plus le témoignage des belles actions, et le consentement do la vertu, à qui elle a laissé la charge des portes de cet auguste sanctuaire, et l'office d'assigner los places à ceux qui y doivent tenir quelque rang; et après avoir dépouillé leur mortalité, être revêtus de l'honneur d'une éternelle mémoire.

• Ce que je dis sur le sujet du cardinal d'Amboise, qui étant venu au inonde par la porte de l'honneur avec toutes les recommandations les plus favorables delà fortune, n'eut jamais eu d'accès ni de part aux faveursde la gloire, s'il n'eut été particulièrement reconnu au témoignage de sa vertu, cl par les caractères de son propre mérite. Ils étaient huit frères en la famille, dont l'un fui grand roattre de Rhodes, cinq furent évêques, et deux gouverneurs de province : cl néanmoins notre cardinal pour ses belles actions a été comblé de gloire beaucoup plus avantageusement que tous eux, quoi qu'ils participassent également avec lui au bonheur d'une mémo naissance.

« La vivacité de son naturel, avec la force et la résolution de son esprit ie poussèrent d'entrer si avant dans la réputalion publique, qu'il se fit estimer aussitôt que connaître. Car è peine était-il sorti de cultiver sa jeunesse et son esprit par les lettres dans l'A* cadémie, qu'il Tut jugé capable des fonctions épiscopales, et pourvu de l'évéché de Montauban, et bientôt après de l'archevêché de Narbonne : comme si le talent du gouvernement et du maniement des affaires qui vient aux autres par les expériences de l'âg<9 lui eût élé donué aveu la raison et lo sens.

« Un mouvement particulier de son inclination, qui est è plusieurs l'introduction au théâtre de l'honneur, le jeta dans le parti et dans les intérêts de Louis, duc d'Orléans, alors le plus proche successeur de la couronne; qui pour avoir été refusé aux états du royaume tenus à Tours, de la régeuco qu'il prétendait comme premier prince du sang, pendant la minorité de Charles VIII avait pris les armes, avec dessein d'onlever lo roi d'entre les mains du comte et de la

A Mil

DES CARD1.NAUX.

AMB

èoratesse de Beauje , Anne de Franco, sœur atnée du roi, qui avaient élé préférés a lui, le roi consenlact a cet enlèvement, et le détirant. Mais '<t secrète brigue qui avait été accorlemeM liée a la cour pnrGenrges d'Amboise, ayant élé éventée, et lui fait prisonnier ; tf. quelque temps après, le duc d'Orléans encore prisa la bataille de Saint-Aubin en Lretagne, et conduit en la tour de Bourge«. un chacun condamna ouvertement les jr -;nes pratiques de l'archevêque de Nar- *»>onne, et l'entreprise téméraire du duc, qu'on appelle communément la folle guerre. Toutefois ni la détention, ni le blâme de l'inexécution dont on chargea l'archevêque, n'abattit nullement son courage, qui s'élant comme répondu de la bonne fortune du duc, travailla houreusement après avoir obtenu sa liberté, a procurer celle de son maître, après trois ans de prison ; signalant son affection, et sa ûdélilé envers lui par un si notable service.

• Aussi depuis il jtosséda singulièrement entre tons I affection réciproque, le secret et la confidence de ce prince, qui ayant refu de la faveur et de l'amitié du roi, avec la liberté, le gouvernement de Normandie , obtint peu après la lieutcnance pour l'archevêque de Nar bonne, avec l'archevêché de Rouen qui vaqua en ce temps; faisant triompher la gloire de la fidélité, dans une si légitime reconnaissance.

« Et il n'était pas beaucoup éloigné de posséder encore les affections du roi, quand ses envieux piqués de le voir dans le chemin d'une grande fortune, entreprirent de le traverser, versant quelques blâmes injurieux sur sa fidélité envers son prince légitime, a dessein de le perdre, ou de l'éloigner de la eonr. Mais la mort inespérement survenue du roi Charles VIII brouilla leur fusée, et rendit leurs artifices inutiles. Car le duc d'Orléans succédant a la couronne et à l'autorité royale sous le nom de Louis XII, s'éleva % un si haut degré de faveur qu'il fut inaccessible aux envies, et éblouit les yeux jaloux de son éclat.

c Depuis on put dire de lui ce qu'en a dit un historien étranger, que sa langue et son autorité au maniement de toutes les affaires, furent la langue et l'autorité du roi. El comme il s'employa sans aucune réserve à servir a la gloire de son maître, et à la grandeur de sa couronne; aussi le roi assisté en lui du plus Adèle conseil, et du ministre le plus généreux qui eût jamajj soutenu le faix de l'Etat, porta la réputation de son règne au plus haut poiut de la gloire, remplissant sa eour de magnificence, son royaume de commodités, ses sujets de félicité, ses ennemis de terreur, et ses voisins d'admiration ou de jalousie.

« Ce fut par son conseil que le roi à l'entrée de sou nouveau règne, réforma sa justice, qui est la base des trônes, et en ôla les longueurs avec les formes et les amusements de chicane qui étendaient les pro< ès a l'infini ; cbâlia les corruptions manifestas, et les friponneries du palais ; ordonna è l'a-

vantage des pauvres que l'on eût è traiter leurs causes avant toutes autres affaires; retrancha ce qui nuisait a l'exercice des sciences en l'université ; diminua la taille, et les subsides par tout le royaume ; réprima l'insolence des gens de guerre qui ruinaient les paysans, et pillaient la campagne; ordonna les garnisons, punit les vagabonds, et fit jouir son peuple dans tous les Etals, de l'abondance du repos et de la liberté.

« Cette noble et obligeante conduite de l'archevêque de Rouen fut le précieux aimant qui lui attirèrent la bienveillance et la bénédiction des peuples, et toutes sortes de félicité*, dont ensuite le Pape Alexandre VI lui envoya de son propre mouvement le bonnet de cardinal par César fiorgia duc de Valentinois, qui apporta ensemble les bulles du démariage du roi avec Jeanne de France, et de la dispense de parenté pour épouser la duchesse Anne de Bretagne, allumant les feux de la joie publique dans tous les cœurs, comme dans tous les coins de la France.

« Au même temps le roi ayant été sollicité à se resouvenir des droits que la maison d'Orléans avait sur le duché de Milan, la guerre d'Italie fut conclue par le conseil du 'cardinal d'Amboise, les finances nécessaires trouvées par son adresse, sans faire aucune nouvelle imposition sur le peuple, l'entreprise acheminée avec tant d heur et de diligence, que le roi étant encore è Lyon qui suivait son armée, les nouvelles lui furent apportées de la prise et réduction de Milan, où il alla faire son entrée; faisant éprouver aux Milanais par les sages avis du cardinal la douceur do son gouvernoraent , qui leur apporta toutes'sortes de biens, d'honneur et de commodités. Ce fut aussi a ce voyage qne le cardinal ayant pris corinaissance de tous les hommes de quelque rare mérite qui étaient en Italie, leur fit éprouver les faveurs et les libéralités du roi, comme aux docteurs et jurisconsultes renommés, Jason. Dece, Curlie:à Jean Lascaris, è Demetrius, à Paul Etoile, et quelques autres hommes de lettres, qui apprirent pour leur bien, que les vertus étrangères se sont toujours dorées auprès des lys de France.

« Toute l'Italie eut des applaudissements et de l'admiration pour cette nouvelle et si . soudaine conquête, suivie de la reddition de Gênes et d'autres places. Il ne restait que de laisser un bon ordre pour la conservation de ces Ecals : a quoi les soins du roi, et la prudence éveillée du cardinal travaillèrent bien. Mais comme les meilleurs conseils ont souvent des disgrâces, et des traversea oui se bandent è les faire condamner en I événement; il ne se passa que cinq mois entre la conquête, et la perte du Milanais : le duc Ludovic Sforce y étant rentré avec le secours des armes de l'empereur. Toutefois comme il fut prompt en son expédition, la fortune lui tourna le dos aussi bientôt. Car le cardinal ayant été renvoyé par le roi comme son lieuleuant-général en Italie, avec de grandes forces, el deux cents gentilshommes de sa maison pour l'accompagner, et fe

AMB

suivre quelque part qu'il irait il reconquit en un instant toot le pays, prit le duc, le cardinal Ascagne son frère, et Ions les chefs du parti ennemi. Et au lieu que les Milanais devaient attendre de son juste courroui une sanglante vengeance de leur rébellion , ému de leurs extrêmes sommations, et des cris pitoyables de quatre mille petits enfants vêtus de robes blanches qui lurent en procession devant lui avec l'image du crucifix , il leur donna au nom du roi absolution de leur crime : et rut tant de jalousie d'égaler les victoires de sa bonté, à celles de la puissance de ses armes, que pour empêcher qtie la ville de Milan ne fût saccagée, et tout le paysohtragé de l'insolence du soldai, il fut trois jours sans dormir, faisant restituer tout ce que les gens de guerre avaient pris, depuis qu'il en eut «publié les défenses. Il entreprit et mena à chef un bon nombre d'où 1res affaires en Italie, au soulagement des princes, et au contentement singulier du Pape qui, en témoignage de sa reconnaissance et de sa conjouissance pour tant de glorieux succès, le créa pour dix-huit mois son légal en France. Dont toutes choses expédiées, il partit d'Italie, ayant laissé son neveu le grand n attre de Chaumoni, amiral et maréchal de France, gouverneur et lieutenant général dans l'Etal do Milan. A son retour ilfit son entrée dans Paris avec honneur et magnificence, comme légal apostolique ; et procéda peu après a la réformation des couvents, avec des soins et des diligences si grandes, qu'il fit comprendre à tous, qu'il ne manquait |H>inl de volonté, non moins que de pouvoir» aux louables exécutions; et qu'il ne relèverait jamais In gloire de sa dignité, que sur les ruines du vice.

« La nécessité des affaires do roi prépara bientôt à l'esprit du cardinal de nouvelles occupations : aussi était-il comme un feu éternel qui t'éclaircissail dans l'action, et s'augmentait, et se nourrissait de ses charges. Cne trêve ayant été conclue avec l'empereur Maximilicn, et l'ouverture faite d'un mariage de Claude, fille unique du roi, avec Philippe fils aîné de -l'archiduc: le cardinal fut envoyé à Trente devers l'empereur pour concerter les conditions de ce mariage, comme aussi pour traiter d'une ligue contre les Vénitiens, et de l'assemblage d'un concile général pour te bien de I Eglise. Et a peine fut-il de retour de ce voyage, qu'il en entreprit un nouveau avec le roi pour l'Italie, où la présence de Sa Majesté, semblait ué-

AMB 240

se rendre en dili-

cessaire pour le bien de ses affaires en ce pays-là ; et pour donner pied è quelques nouveaux desseins sur le royaume de Nnples, dont il laissa l'exécution au duc de Nemours, Louis d'Armagnac, qui ayant asser heureusement partagé avec les épées françaises, la couronne de dom Frédéric avec Goosalve, capitaine espagnol, fut enfin contraint de lâcher sa part et sa prise è la tromperie, et è la violence de son concurrent.

€ Cet accident avec la mort survenue du Pape Alexandre VI, obligèrent le cariliual à

repasser les monts, et à gence a Rome accompagné des cardinaux d'Aragon et Sforze, è qui il avait procuré déjà sa liberté, où étant arrivé suivi de l'armée du roi, et le conclave s'elTrayant aucunement de l'armée française qui élait toute dedans et aux environs de Rorae.il se laissa duper aux artifices du cardinal du Roure, qui lui promcllail le pontificat sans contredit, pourvu qu'il donnât seulement la liberté à l'élection, qui sans faillir se devait faire de lui : ce qui apporterait une autre commodité qu'en éloignant ses forces, il mettrait à néant les prétextes que l'on pourrait prendre de contrainte et de violence, ponr faire schisme dans l'Eglise. A quoi, pour s'être tron franchement accordé, non-seulement il déchut, aux deux élections qui se firent en moins de deux mois, de la souveraine digoilé, que la brigue do France et son autorité lui avaient préparée, mais il s'engagea à une extrémité de périls et d'épineuses affaires, par la faction ouverte des Espagnols et des Vénitiens, qui lièrent d'intelligences les Drsins avec les Colonne pour traverser les intérêts du roi, et son entreprise au recouvrement de Naples, auxquels se joignit le cardinal Ascagne, armant contre son libérateur ses propres bienfaits. Ce qui apporta un très-sensible déplaisir au cardinal, et quel-

S|ue décri à sa conduite, pour avoir été déavorisée du succès à Rome et à Naples; quoi que à vrai dire, quand la vertu lutte contre la fortune et contre les embûches de la trahison, on ne la doive pas moins estimer pour être demeurée au-deçà de l'exécution.

• Copendanl l'esprit du cardinal piqué au vif s'essaya de mettre les ennemis du roi dans leur'tort, et dans les voies de se repentir d'avoir trahi leur conscience, et abusé de sa franchise, fin effet, dans peu de temps les ambassadeurs de l'empereur vinrent en France solliciter la paix ; et ensuite le cardinal fut en Allemagne pour la conclure dans Haguenau, et la faire jurer tant à l'empereur Maximitien, comme à Philippe son Bis. Il était encore après pour le bien de la France de lier l'amitié du Pape (qui l'avait continué légat) avec le roi, quand ce dessein fut traversé parla rébellion des Génois» ce qui fil résoudre le roi d'y aller en personne pour les châtier; ayant fait avancer le cardinal avec ses troupes jusqu'à la ville d'Ast. De quoi les Génois 'effrayés envoyèrent des députés vers le roi qui avait suivi à grandes journées, qu'il fit ouïr par le cardinal, et sans s'amuser passa outre, atténua et gagna la montagne de Gênes, donna bataille aux rebelles , les défit , entra comme en triomphe dans la ville, armé de toutes pièces, le cardinal d'Amboise, accompagné de trois autres cardinaux, marchant après lui, armé aussi de toutes pièces, portant en sa main son épée nue, comme général d'armée, et vainqueur des Génois par les armes du roi : tout le peuple abattu implorant par des corps élaucés sa clémence et sa miséricorde.

■ El non-seulement Gênes, mais toute l'Italie demeura comme frappée des éclairs de la victoire et de la puissance du roi, qui parut en divers endroits de ces provincos comme un astre luisant de gloire, suivi d'une infinité d'acclamations cl d'applaudissements des peuples. Il n'y avait que les Vénitiens qui regardaient d'un œil envenimé la prospérité de ses armes. Ce qui lui fit mettre en délibération après son retour en France, s'il ne serait point à propos de se ressentir des offenses qu'il avait reçues d'eux ont guerres de Naples, et de retirer l'Etat de Crémone qu'ils' lui occupaient. Sur quoi quelques sages conseillers Turent en d'ouïe s'il no valait point mieux les avoir pour amis, que de les affaiblir, pour fortifier la faction envieuse de cette couronne. Mais le cardinal qui n'eut jamais le génie douteux, où il s'agissait do la gloire de son mattre et de la grandeur de son Etat, fit par le crédit qui accompagnait ses conseils conclure la guerre, a laquelle le Pttpe et 'l'empereur désirèrent se joindre poux recouvrer les places que les Vénitiens détenaient ou de l'Eglise ou do l'Empire. Il Accompagna le roi a ce voyage, et bien qu'il fût si presséde violentes douleurs de la goutte qu'il ne put aller à cheval ; il se fit porter, et passer les monts en litière, se trouva tout malade qu'il était a la bataille d'Agnadel, donna ordre partout où il était besoin, exposant franchement sa personne à toutes sortes de périls, pour faire réussir à l'honneur du roi l'entreprise qu'il avait conseillée, qui s'acheva avec la défaite de l'armée vénitienne, la prise du général et de toute l'artillerie, le massacre de quatorze mille des ennemis, la reddition de Crémone et de tontes les places appartenant aux confédérés du roi, qui recueillirent les fruits de la victoire, sans y avoir rien contribué.

Enfin, après tant de glorieuses expéditions étant de retour en France grièvement malade, il s'arrêta à Lyon , où après avoir en vainéprouvétous les remèdesliumains contre la fièvre qui lui allait ravageant d'une flamme subtile, avec ses forces, jusqu'aux moelles des os, il se disposa chrétiennement a faire une sortie du monde qui ne démentit point le glorieux cours de la vie qu'il avait menée. Il se retira pour cet effet aux Céloslius, pour recevoir plus commodément les assistances spirituelles de son âme, convertissant toutes les luraièros do sa grande prudence en pensées de rare piété. Il y fut visité du roi, à qui il prolesta d'avoir toujours apporté de très-sincères intentions au bien do l'Etat, et a l'honneurde son service, et de n'avoir jamais abusé de sou crédit pour amasser des trésors et piller le royaume; de quoi il prit Dieu à témoin, aux mains duquel il était prêt de déposer les biens et les honneurs qu'il avait acquis, sa vie, son âme et sesdernières espérances. Après avoir ainsi parlé et donné au roi quelques avis secrets pour le bien de ses affaires, il lui dit le dernier adieu, qui frappa sensiblement le '-sur du roif et lui tira les larmes des yeux. Il dit encore un solennel adieu a tous acs

iROINAIX. AMB «a

parents, à qui il laissa avec de grands biens, un avis plus précieux que tous les (ré.<ors ■ de ne s'enfoncer jamais si aulant que lui dans l'administration de l'Etat, d'où ils auraient peine de sauver, comme il avait fait, leur conscience et leur honneur. Il commanda de marier cent cinquante filles, en l'honneur de la glorieuse Vierge et Mère de Dieu. Et sentant dès lors que son esprit tirait au déclin delà vio mortelle, a laquelle il passa, comme il est à espérer fort paisiblement, disant lui-même en mourant un hymne de la croit, cl scellant sa bouche avec la profession oe sa foi. Ainsi mourut le cardinal d'Amboise, grand ministre dlîlat en France, le vingl-cinquième jour de mai de l'année mil cinq ceci dix, âgé de cinquante ans; personnage orné de qualités grandement relevées de courage, de sagesse, de conseil et de modération dans une grande fortune, aimé du roi, chéri des Français, craint des étrangers, toué.el eslimé'de tous; la mort duquel rendit la gloire, et les prospérités de la France douteuses que sa rie et ses conseils avaient toujours assurées.

« Le roi ayant eu les nouvelles de sa mort, témoigna par ses larmes combien grande il en estimait la perle. Jamais on ne vit dans Lyon tant de momie ensomble qu'il s'en trouva pour honorer ses obsèques. On mena parmi la pompe des funérailles une statue et une personne en vie de la stature du cardinal revêtue do ses habits par toutes les grandes églises de Lyon, accompagnée d'onze mille prêtres et de douze cents prélats, de deux cents gentilshommes et de cent archers de la garde du roi, qui environnaient le corps couché en un lit de camp, oncouitiné de velours noir, et paré de ses armes ; monsieur le duc de Lorraine et dix autres grands seigneurs, par le commandement du roi, menant le grand deuil. Son cœur fut enterré aux Célestins de Lyon, el son corps conduit depuis Lyon jusqu'à Rouen par trois cents hommes pauvres, vêtus de noir, portant torches, cinq évêques et un cardinal, accompagnés de cinq cents chevaux lous'houssésde noir jusques en terre, et de plusieurs chariots de religieux mendiants, marchant avec eux un personnage en archevêque revêtu de l'habillement du défunt, qui lira les larmes à tous sos diocésains, en leur renouvelant la mémoire du ses incomparables mérites. «

Page 1