‹ Dictionnaire d'orfèvrerie, de gravure et de ciselure chrétiennes. 3. Encycl. théol., tom.27 (volume 4)Chapitre 312 sur 457 · SAD · texte numérisé non relu

SAD

SADOLET (Jacques), un des écrivains les plus éminenls de in renaissance, naquit a Modène en 1477. Son père; jurisconsulte célèbre, et professeur de droit à Pise, puis h Perrare, lui donna les premiers soins. — Doué des pins heureuses dispositions, il fit de rapides progrès dans les langues anciennes et dans les diverses branches de la littérature. Il suivit surtout avec un grand succès 1rs leçons de philosophie que donnait à l'université de Ferrare Nicolas Léonit ène. C'est dans celte ville qu'il se lia avec Berobo, depuis cardinal comme lui, de celte étroite amitié* qui ne finit qu'aveu leur vie. Son père lui ayant permis d'aller à Rome, il entra dans la maison du cardinal Olivier Caratta, dont il devint le secrétaire, et qui émit pour

lui un ami

M qu'un patron. Après la

morl du cardinal Carafla, Sadolet s'attacha à Frédéric Frégose, archevêque de Salerne ; mais, en 1513, Léon X , aussitôt après son exollation, le choisit pour secrétaire en mémo temps que Bembo. On conviendra que le Pontife savait b;en choisir. L'élude avait toujours été la pa Psion de Sadolet; l'emploi envié qu'il occupait ne l'en détourna point. Il était toujours I Ame des réunions de l'académie romaine, rendez-vous de ce qu'il y avait «lors d'hommes distingués par le talent ou par le naissance. Théologien et orateur, philosophe et poë'e, uniquement homme d'éludé et sans ambition personnelle* il ne sollicita jamais que pour ses amis. En 1517, pendant un vojage qu'il fit è Notre-Dame de Lorelle, ■•our l'accomplissement d'un vœu, Léon X lo nomma a I évêché de Carpentras*, dans le comlal d'Avignon ; et il fallut un commandement exprès du Pontife pour le déterminer à accepter. Sous le sévère Adrien VI, les gens de lettres n'étaient pas en faveur ; Sadolet fui même en butte à d'injustes accusations. Il était dans son diocèse à l'avénemenl de Clément VU, qui le rappela et lui rendit son emploi. 1J ne revint qu'à la condition de pouvoir retourner au bout de trois ans, au milieu de son troupeau. Il essaya vainement de détourner le Pontife d'entrer daus la ligue qui se formait contre Charles V, el Clément eut bien à regretter de n'avoir pas suivi un si sage conseil. Sadolet partit de Rome en 1527, peu de temps avant l'entrée des troupes impériales qui pillèrent et saccadèrent celle ville. Sa maisou el ses meublus furent détruits. II perdit sa bibliothèque d'uncaulre manière; elle avait été embarquée sur un bâtiment faisant voile pour la France; la peste se déclara a bord ; tous les ports lui furent fermés* el l'on ignora ce qu'il était devenu. Sadolet qui n'avait pas d'autre bénéfice que son évéché, dont il ue retirait qu'un revenu de 1,G00 écus d'or, trouvait moyen cependant de faire des fondations utiles, et de secourir les oeuvres. Paul 111, successeur de Clément Vif, arracha de nouveau, en 1536 l'ôvêque de Carpentras à son diocèse, el le rappela è Home pour l'adjoindre aux prélots chargés de préparer les matières qui devaient être soumises au concile, qui enfin s'ouvrit à Trente en 1545. Ce travail terminé,

Sadolet voulait retourner dans son diocèse; mais le Pontife le créa rardinal-prèlre dans m troisième promotion, en décembre 153G, el la retint auprès de sa. personne. Deux ans après, le nouveau cardinal accompagna Peol 111 a Nice, pour assister à l'entrevue de Charles V et de François I" , qui conclurent cette trêve de dix ans, si mal observée. Il profita de cette circonstance pour demander è aller Visiter son diocèse. Cette permission lui loi accordée, mais pour un temps tort limité. Néanmoins, sous différents prétextes, il arelongea son séjour au milieu d'un peuple qu'il aimait, el qui lo payait bien de retour. C'est de Carpentras qu'il écrivit, ea 1539, aux habitants de Genève, quivenaienld'erabrasser lo calvinisme , celte lettre si touchante, modèle d'éloquence et de charité chrétienne, compiralde a ce que saint Jeaa Chrysostomo a laissé de plus pathétique. Imitant la manière d'écrire de saint Paul, il commence par celte adresse : Jacobin Sadelelui, rpiscopui Carpentorati, S. R. E. lit. êancti Calixti, prttbyttr cardin. suis dwiaV ratitfratribus, mngisiratui, concilie <feû> but Gcbennentibus. Il continue en leur soubai tant la pah : Charùtimi m Ckristo fratrtr, pax vobit el nobiscum, hoc tU cvm caiholict Eccletia. . . . Calvin ne larda pas 6 réj>onilre. Eu 1512. le cardinal, rappelé a Rome, fut envoyé auprès de François 1" pour le porter 1 la paix. Le pèrt des lelirei connaissait Sadolet , qu'il avait déjà vu a Lyon en 1527, et qu'il honorait d'une estime particulière; il tenta encore de se L'attacher, et promit de fairo tout ce qu'il demandait; mais Charles V rendit toute négociation inutile. Le prélat, retourné à Carpentras, fut de nouveau rappelé par Paul III, qui ne pouvait se passer de ses conseils. En 1544 il accompagna ce Ponlife à Parme, el, de concert avec lui, détermina Charles V a faire la paix avec la France. Tranquille désormais sur l'administration de son diocèse, qu'il avait remise è Paul Sadolet, son cousin, il mourut à Rome en 1547, dans sa 71' aunée, et fui inhumé sans pompe, comme il l'avait ordonné, dans l'église de Sainl-Pierre-ès-Liens, qui était celle de son titre. Le cardinal CaraETa, depuis Paul IV, prononça son oraison funèbre en présence du Pape; et Jacqos» Gallo en prononça une autre dans lYglise de Saint-Laurent. « Plein de douceur et «le sensibilité, il avait une noblesse d'âme el un désintéressement admirables : pieui sans superstition, zélé pour la foi, mais ennemi de toute violence, son exemple aurait du suffire pour rendre tes hommes bous et heureux. Bien éloigné de rebaisser, comme tant d'autres, le mérite de ses adversaire», il rendait justice aux talents deCalvio aide Bucer, ainsi qu'aux qualités aimables é> Mélanchlhon. Erasme le con.sullaiUouveiil.t1

se repentit toujours d

avoir ne^

ligé ses con-

seils. Enfin il fut aimé des protestants f* admiré des Catholiques. » (Biographie uuh verseilo.) L'édition la plus complète de sti Œuvres est celle de Vérone, 1737-17*0, * vol. in-4\ sous ce litre : Jaeobi SadoUu,

Cnrdi*ali$,et emiscovi Corpenteractensi* opéra çuaexlant omnia. El le contient seize ouvrages (innl voici le*- principaux: I. Deliberis recte iMiUuendu, Venise el Paris, 1533, in-8"; Lyon 1533, in-8*; 11. De philosophica consolatione, et meéitatione in adversis , Rome, 1502 ; Francfort, 1577, in-8"; III. Commentant»* in epistolam S. Pauli ad Romanos, Lyon, 1535, io-fol., 1536 el 1537; IV. De phito$ophiœ laudibus, Lyon, 1538, in-V; comme Ions les ouvrages de Sodolet, co traité est écrit avec une grande perfection de style. V. Fpittolarum libri XVII, etc., Lyon, 1550, in- 8*. VI. Ad principes populosque Germaniœ cjhortalio gravissima, ul. desertis et abjectis jKttilentiuimii hœresium insanité, in gremium catholieœ et opottolicœ Christ i Ecclesiœ rer/'<mf, DIlingiMi. 1560, in-12; VII. des Harangues, un Commentaire sur les Psaumes, des poésies latines, parmi lesquelles on distingue son Curiius el sou Laocoon,elc.

Voici son éloge par le P. Alby [î6H] :

■ Il n'appartient qu'aux sages de faire, comme l'on dil, leur fortune, et de (ailler justement ses mesures au calibre de leurs désirs, après qu'il les ont ajustés aux règles do la raison. En quoi leur travail est d'autant plus recoromnndoble, qu'il est plus rare; se tiouvant moins de personnes qui sachent l'art de la vertu, pour assujettir à leur gré la matière désobéissante d'où se taillent les images d'une belle ot glorieuse fortune, qu'il n'est d'experts ouvriers qui aient l'adresse de travailler de bonnes ligures, du marbre ((rené ou du serpentin, et faire obéir la dureté rebelle de ces pierres è leur plaisir.

« Or eolre ce peu de personnes qui ont su rn perfection ce grand et noble métier, j'y •ompie le cardinal Sadolel; de qui l'on peut Jire avec vérité, qu'ayant toujours possédé moins de dignité de la faveur et de Ifc bienveillance des grands, que de mérite du fonds Je sa vertu, i! fut néanmoins ce qu'il voulut Sire, et jela pour ainsi parler, sa fortuue Jiifis le moule qu'il voulut, la façonnant seon les mesures qu'il s'était prescrites parla ingulière modération de sou esprit.

« L'emploi qui détonait son père à Ferrare, >ù il avait étéappelé par le duc pour y faire t-cture publique du droit civil, le tira en ses dus tendres années de Iflodène, qui fut le ieu de sa naissance, auprès de son père, qui oulut prendre le soin, et avoir le contenten «.ni de donner la première teinture des iceurs et des lettres à son enfance, sachant ien les effets que la première institution ntlue dans le cours delà vie, el qu'un chacun al quasi ce qu'il a appris d'être en ses plus -unes ans.

.« Il montra une incroyable vivacité desr H è apprendre les langues latine et grecque, csquelles il fut rendu savant eo un degré Miaule de perfection, en uu âge où l'on se entente, si les autres se rendent capables os principes. Son inclination et la genliljssc du sou esprit le jetèrent plus aux exerices" el • l'élude du bien dire, qu'a nulle uire : lequel il voulut puiser daus les sources

les plus nettes, ef dans les livres de ceox qui en avaient fait la profession avec plus de majesté el d'éclat. Eh quoi il réussit avec une louange qui égala le travail et l'assiduité dèson étude, et surmonta celle de ceuxqnt de son temps aspirèrent à l'expression de la latinité el de l'éloquence romaine. Ce que l'on peut encore reconnaître dans les pièces qui sont parties de sa main, et qVil a laissées à la postérité, dans lesquelles on remarque un discours ai ferme et si concluant au raisonnement ; si facile el si naturel au sens; si cultivé et si exprès au langage ; ai exact et si religieux au chois des paroles; si égal et si vrai a la tissure; si régulier et si limé autour des périodes; qu'il a mérité des mieux entendus la louange d'avoir approché de fort près le partait exemplaire qu'il s'était proposé d'Imiter.

« Ayant déjà passé les premières années do sa jeunesse à Ferrare, et acquis bien de l'estime dans tous les essais qu'il rendit de son érudition et do sa suffisance , il obtint congé de son père poar aller a Rome, où chacun le flattait de belles espérances d'y rencontrer un tbéàtrn plus résonnonl au mérite de son esprit. La connaissance qu'il y donna tout aussitôt des rare* et excellentes, qualités qui étaient en lui, le tirent recherché du cardinal Olivier CarafTe, porsonnaga de grand mérite, et bien entendu au choix des bons esprits, dans le palais duquel les belles-lettres avaient pour lors dans Rome leur académie, la philosophie ses promenoirs, l'honnêteté son domicile, el la vertu son temple. Il reçut avec los autres témoignage» des libéralités et de la bienveillance ue ce cardinal, un bénéfice d'hoonôte revenu dans Rome; et à même temps il lia une étroite amitié avec Frédéric Frégose, évêque deSalerne, et avec Pierre Bombe, qui étaient deux esprits polis, et de la taille du sien, avec lesquels il entretint autant qu'ils vécurent une particulière communication d'études, d'affaires et do desseins.

< Cependant le décès advenu du cardinal Cai affe.no le laissa point dans Romedépourvu d'appui, pour y soutenir et élever sa fortune naissante. Le Pape Léon X. de qui lu gra'xl et le profond jugement était lo caractère des belles qualités de ceux qu'il appelait t sou service, succéda avec avantage aux bonnes volontés que ce cardinal avait pour Sadolei; il le choisit d'enlro plusieurs habiles- lioiumes qui abondaient pour lors en sa cour, pour être son secrétaire et le servir aux dépêches des affaires les plus importantes de l'Eglise En laquellocharge il se comporta avec tant d'adresse el de lidél lté, que, de secrétaire du Pa|»e étant devenu soo pnocipal confident, il était en réputation de gouverner ses faveurs en la distribution des offices, et en la promotion des prélats. Et néanmoins il e«l le cœur si épuré de l'intérêt, el l'Amo si blanche el si franche d'ambition, qui est souvent la lare des meilleurs esprits, que parmi lanl de charmes d'honneur, el dans la confidence privée qu'il (tossédait de ce grand Pontife, il n'ouvrit jamais la bouche pour lui demander

1491 8 Al)

chose qui fût pour soi, quoiqu'il procurât nrdemmenl en tout plein d'occasions, sans êlrcmftme recherché, des faveurs pour les mitres; su réservanlce qui tient du divin. In gloire de faire gratuitement du bien» sans en prétendre ou recevoir de personne.

« Il arriva cependant, comme il était allé rendre un vœu à Notre-Dame de Lorelle, que le Pane le nomma de son propre mouvement a I évôché de Carnentras, vacant au comtnt d'Avignon: dont la nouvelle, qui eût épanoui un cœur plus étroit que le sien, ne sembla pas seulement le loucher ; et il était disposé b refuser l'honneur qui lui était offert, s'il n'eût eu plus de crainte d'offenser l'affectionnée volonté de son bienfaiteur, qu'il n'avait d'indifférence pour la dignité qu'il lui déférait. Il l'accepta enfin, et reconnaissant en celle vocation les traces de la Providence éternelle, il résolut de faire passer dans ses mœurs la dignité un degré où il avait été appelé de Dieu, et quant et quant d 5 s'employer de toute l'élenluo de son devoir aux fondions de son ministère.

« La mon du Pape Léon, qui arriva peu de temps après, lui en donna le moyen. Il sortit incontinent de Rome pour se rendre» son évôché, où il acquitta sa conscience, et les belles résolutions qu'il avail prises, avec toute sorte d'ardeur et de fidélité. Il y fut tout le lemps du pontifical du Pape Adrien VI exerçant les fondions épiscopales avec lant de perfection et d'assiduité, que hors de ce qu'il prêtait à l'occupai ion de l'étude pour ^'entretenir en la compagnie des Muses, qui lui fut toujours très -douce et trèsagréable, il vaquait infatigablement an bien des peuples qui étaient sous sa charge, comme a sa principale affaire, faisant partout recueillir l'instruction do sa doctrine, l'édification de ses exemples et de ses charitables soins, In consolation et le soulagement des petits et des grands.

• Après deux ans de résidence, le Pape Clément VII, neveu du Pape Léon sou bon maître, qui succéda à Adrien, l'attira deruchefà Rome par des semonces si pressantes et si affectueuses, qu'il fut enfin contraint, quelque résistance qu'il y sut apporter, de ployer à ses désirs; avec cetlo condition néanmoins qu'il lui fil agréer, qu'après (rois années d'absence il pourrait se retirer a sa chère Eglise, de laquelle, lorsqu'il était éloigné, la cour même do Rome lui semblait un bannissement. Il assista fidèlement le Pape de ses conseils, on une saison où In chrétienté était déchirée par les partialités elles animositées échauffées des princes, el ûù, durant leurs divisions, il fallait parer à tant de coups adroits el secrets qui portaient contre les intérêts et l'autorité de l'Kglise. Et il eût été bien a souhaiter que le Sainl-Père eûl toujours agi par ses sages avis: mais rours'êire engagé à suivre en l'exécution les conseils de quelques esprits ardents qui s'étaient saisis arlificieusemont de la principale créance auprès de lui, el qui, pour aimer mieux le hasard que la sûreté, berçaient sa crédulité par des succès imagi-

Page 1