SAD MM
naires, il se vil en peu de temps enve!opi«é en de grands périls, au dessein de la guerre qn'il entreprit contre l'empereur Charles V, d'où Sadolet s'élant défié de pouvoir le dégagerai d'ailleurs se voyant toucher au terme qu'il s'était prescrit deson absence hors de son évôché, il obtint par ses inslanies prières d'aller revoir son Eglise, et satisfit tnui ensemble par sa re> raile autan t a sa consc enre, comme aux secrets émulateurs de sa venu, qui prenaient un si long séjour à la cour de Rome plutôt pour un effet de son amb tion, que de son affection è la personne du Pape cl au bien de l'Eglise.
« Il sembla certes avoir prévu l'orage qui menaçait la ville de Rome : car vingt jours seulement après son parlement, les Gibelins entrèrent en armes dans Rome, el pillèrent tous les mcublos du palais du Vatican el de l'église Saint-Pierre, le Pape s'élant sauvé dans lechâieau Saint-Ange, où il fut garanti de leur fureur par l'arrivée de la faction guelfe qui les força de se retirer. Mais en même temps l'armec impériale ayant pris de vive force el saccagé la ville, assiégea le Pape dans le château, le prit, el le tint prisonnier six mois durant, lui donnant un long loisir de se repentir d'avoir plus aimé Sadolet que ses sages conseils.
« Un accident si funeste comme celui du sacesgement de Rome, et de la captivité du chef de l'Eglise, apporta une sensible affliction è l'ôvêque Sadolet ; qui lâcha néanmoins par ses belles lettres de soulager et d'adoucir celle du Sainl-Père, et de plusieurs cardinaux qui avaient eu plus de part à la commune calamité de l'Kglise romaine. Et luimême dès lors pourdonner plus large ouverture dans son cœur aux consolations du Ciel d'où «il les attendait, s'adonna d'une grande affection à l'étude des saintes lettres ; auquel temps il composa de sa façon le beau commentaire qu'il nous o laissé sur l'épllre de saint Paul aux Romains ; qui est bien au jugement des dooles, l'un des excellents ouvrages qu'on pourrait produire sur ce sujet, ou encore par occasion i) prépare des salutaires anlilodes aux erreurs des sectaires qui commençaient de son temps d'empoisonner l'air de la France. Ce fut aussi l'un des utiles emplois auquel il partagea les soins de s* charge, d'empêcher que l'infection contagieuse de l'hérésie naissante ne se prit è son diocèse dont il veilla diligemment sur ceux qui distribuaient la parole de Dieu «ut peuples-; comme encore sur les professeurs qui instruisent In jeunesse aux écoles, l'entretien desquels il augmenta libéralement, les appointant de bons gagos après lesa'Oir bien reconnus et fondés en leur créance; pour la crainte qu'il avait que ces tendres esprits ne fussent d'autant plus aisément imbus de mauvais principes, qu'ils sont plus curieux de nouveauté, et plus susceptibles d'erreur; comme la plus grande blancheur se tache plus aisément, et la noirceur y trouve plus de prise.
« Les vifs el les tendres sentimcnls qu'il avait des malheuis qui se préparaient à f»a»
dre sur ta France, le firent ovancer à Lyon sur l'arrivé» du roi François I" pour I hÎ communiquer ce que son Affection et sa prudence lui avaient inspiré au soulagement des peuples, et pour l'intérêt de la religion. Le roi aynnl goûté extrêmement son humeur, et estimé au delà de tout ce qui se peut dire la générosité de son esprit, sa vertu pure et sans artifice, et les lumières de ses conseils, ni faibles, ni intéressés, lui témoigna beaucoup d'affection, et lui offrit de gr.mds avantages pour le retenir à sa cour; mais tout le royaume de In fortune n'avait point de présent capable de tenter sa vertu, ni d'appât qui put vaincre l'amour et la Gdélilé qu'il avait vouée à sa charge.
« Il se retira ensuite à son évêché, arec dessein d'y continuer ses soins, et de s'y employerde toute l'éiendue de son devoir. Mais le Pape Paul III étant cependant entré au gouvernement de l'Eglise par le décès de Clément, comme il méditait de grands desseins pour la réfonnaiion de ta cour do Rome, et de l'Etal ooclésiastique, et faisait choix de six prélats éminenls en doctrine et en vertu, pour étro les mobiles de ses actions et de ses conseils. Il obligea l'évêqueSadolet du se rendre en diligence auprès de lui, afin qu'il l'assistât à l'exécution de son projet; lequel il voulut d'entrée qu'il traçât en de belles oraisons qu'il composa de ce sujet, pour en proposer la monlre au public. Mais comme toutes les grandes entreprises sont plus aisées à projeter qu'à effectuer, trouvant d'ordinaire des obstacles
3ui se bandent à les traverser , l'exécution e cet ouvrage qui n'était pas d'un peu de temps ayant été dilnyée, l'évôqne Sad ilet prit occasion de solliciter son retour à son évûché. Ce qui obligea le Pape, pour avoir moyen de le retenir plus longtemps à sa cour, de l'admettre au Sacré Collège, et de lui conférer une dignité qui était déjà due à ses services ou à son mérite.
« Cette élection, qui avait suivi tous L s désirs publics, surprit la modestie d« celui en faveur de qui elle avait été fnite. Il crut bien d'en pouvoir arrêter l'effet par une belle et éloquente lettre qu'il adressa au Pape ; mais sa vertu trahit innocemment son éloquence, et le fit juger plus digne de l'honneur qu'il fuyait. Cependant il ne se P'-ul dire combien cette nouvelle dignité lui accrut les véritables sentiments des nouvelles obligations qu'il avait au bien et è la manutention de l'Eglise. Il épousa d'une très ardente affeclou les intérêts «le la religion en Allemagne, qui commençaient à y souffrir d'étranges et dangereuses convulsions récrivit de fortes lettres aux dues Georges de Saxe, et Guillaume de Bavière, pour les exhorter à appuyer de leur crédit et de leurs forces la muraille branlante de la religion; l'intérêt de laquelle il préféra toujours non-seulement à son repos ou à ses commodités, mais encore aux choses qui lui étaient permises dans l'ordre de la charité, et de la plus sûre justice.
sad m%.
« Ce l'ut en ce même temps que les animosités de l'empereur Charles - Quint, et du roi François rr éclatèrent avec tant de vio~ lence, et avec de si visibles dommages de l'intérêt général de la chrétienté, que pour en empêcher le cours, et pour travailler à leur réconciliation, le Pape Paul III ne refusa point d'exposer sa propre personne h un long voyagejusqu'à Nice en Provence, on, il voulut être accompagné et assisté des sacres conseils du cardinal Sadblet. Mais ta fatale obstination de ces princes ne put étro vaincue par une autorité si puissante. Dont le Pape n'ayant pu obtenir d'eux avec peino qu'une trêve de dix ans, il s'en retourna à Home, et le cardinal Sa Joie t poursuivit son voyage pour sa rendre o son évêché. Toutefois ce no fut pas pour longtemps : car la trêve ayant été rompue, et la division ouverte de ces monarques ayant attiré de tous cêtés uno inondation de maux et d'armées ennemies sur la chrétienté ; le Pape rappela en diligence le cardinal Sadoletpour l'envoyer devers le roi de France; comme il envoya en même temps le cardinal Contaren devers l'empereur, à dessein d'adoucir leurs courages, et de les disposer à un.; durable réunion si nécessaire, en celle occurrence, tant au bien de la religion qu'ait repos de l'Europe. Mois les esprits tenaient encore (ropàlours ressentiments ; dont I3 cardinal Sadolel fut contraint sans pouvoir achever l'ouvrage de la paix, de se retirer encore en son évêché, où il eut permission du Pape, pour les incommodités de sa vieillesse, de passer l'hiver; donnant à la fin deson voyage et do sa négociation l'exemple de la plus pure et désintéressée vertu qui1 fut jamais pratiquée par aucun ministre, ayant fait rendre au trésorier du Pape un reste seulement do dix jours, qui lui avait été avancé pour sa dépense ; et faisant bien comprendre qu'il était touché d'une si belle et si entière passion pour tout ce qui est honnête, qu'il dédaignait d'en avoir pour ce qui est utile.
■ A son retour en Italie, il assista à la conférence que le Pape eut avec l'empereur à Parme : et comme il était fort savant au fond de celte négociation, et bien instruit dos mouvements du roi, il mil la dernière main à une action la plus utile et la moins espérée qui fut jamais ; il porta efficacement l'empereur à rétablir la paix, que soixantehuit armées dressées de part et d autreavaienl renversée ; et pour laquelle toute l'Eglise était eu prières, tous les peuples en soupirs, et louto l'Buropo en attente. La paix étant conclue, et les querelles do ces deux gran des couronnes heureusement terminées, lu cardinal Sadolel après avoir rendu ses vœux à Dieu, écrivit une belle oraison latine du> bien de la paix, qu'il adressa à l'empereur, l'exhortant au surplus à s'aider courageusement à sauver la religion chrétienne de la décadence où l'on la voyait tous les jours tomber, el à lui redonner avec sa liberté, et sa sûreté, son ancien lustre, sa beauté el sa félicité complète.
c 11 s'était en ce temps retiré a Rome, et •'▼ait pris son logement au delà du Tibre, où il tomba en une fièvre qui ravagea en peu de temps les restes d'un peu de forces que tes fatigues continuelles du corps et de l'esprit lui avaient laissées. Il ne dilaya pas de préparer en diligence son cœur è la semonce que le Ciel lui faisait, le nettoyant dans le bain de la pénitence, et le blanchissant dans le sang de l'Agneau, qu'il prit avec une grande dévotion, parlant è son Rédempteur avec des entreliens si tendres, que les pleurs et les sanglots étouirèrent plusieurs fois ses paroles dedans sa bouche. Après quoi, ayant affectueusement recommandé son Eglise de Carpentras h son neveu Paul Sadolet, qui avait élé un peu auparavant pourvu de la ebadjutorerie, il rendit en paix le tribut a la nature, et son âme à son Créateur, âgé de 70 ans, en l'année 1547 ; et fut enterré à Sa int-Pierre-oux -Liens, qui était l'église de son titre, sans pompe, et sans cérémonie funèbre, comme il l'avait ordonné. »
TOftt&AU W CARDIVàt Sl»OLCT.
Jnrobo Sadoleio episcopo Carpeiitoractensi, S. R. £. presb. cardinali, viro moruiti gravitât» prudentia, el viue iulegriiaif praslaoliasimo : tloctrim, el cloipieiilia corn iis <|uos mirala est anlitpiiias comparando Paiilos Saitolelu» epi$c. Carpenloracl. el Cainillus Sadolcliig fraihim fi t il iii'œsiissiuii multis cuin lacijmis Palnio 0. M. posuemiil.
Ylill ann. lis, menses m, dies vi.
(Yoy Anl. Flobebbau ;— César Lbpack ; — Aut. Sarderk ; — Aug. va Tiiou; — Gabiseht; — Bkmbk.)
SAINTE-CROIX, vulgairement SANTA- CROCE (Pbospeb), d'une illustre famille de Rome, prétendant d.-scendre de Valerfua Publicola, étudia la jurisprudence è Padoue. —Pourvu, dès l'âge de 22 ans, d'une charge d'avocat cousislorial par le Pape Clément Vil, puis d'un ofïico d'auditeur de Rote, et entin do l'évêchô de Chisaro, dans l'Ile do Candie, que lui donna le Pape Paul III, il fut, plus tard, envoyé nonce en Allemagne, en Portugal, eu Espagne, ensuite eu France, où il s'acquit tant de réputation que la reine Catherine de Médicis le Qt nommer a l'archevêché d'Arles, el lui obtint le cardinalat qui lui fut conféré en 1565 par le Pape Pio IV. Le cardinal travailla avec zèle pour tâcher d'obtenir la restitution du royaume de Naples a ses maiircs légitimes, et assura Antoine de Bourbon que les Espagnol* étaient disposés è lui céder la plus grande j»arlie de col Etat avec le royaume de Saril aiguë. Le Portugais Aimeida alla même en Espagne de la part du môme prince, pour négocier avec les ministres espagnols, qui lui tirent les mêmes promesses. Mais, comme le remarque avec raison l'historien Strada, les Espagnols étaient trop avides de royaumes, pour en donner avec tant de libéralité. On reconnut dans la suite que leurs promesses n'étaient qu'un leurre, afin de détourner certaines entreprises qu'ils redou-