‹ Dictionnaire d'orfèvrerie, de gravure et de ciselure chrétiennes. 3. Encycl. théol., tom.27 (volume 4)Chapitre 339 sur 457 · TOU DES CA · texte numérisé non relu

TOU DES CA

créé cardinal en 1563 par Grégoire XIII, mourut en 1586.

TOUR- D'AU V ERG NE (Em anu el Tn codosb dr la), dil le Cardinal de Bouillon, naquit te SVaoûl 1613, l'année même où Louis XIV monta sur le trône. — Troisième fils de Frédéric-Maurice de la Tour, duc de Bouillon, prince de Sedan, etc., et d'Éléonore- Cslherine-Fébronie de Bergh, il porta d'abord le nom d'abbé duc d'Albret, du duché pairie ri'Albret, que son pèro, après ses intelligences avec les Espagnols, avait été oblige de recevoir en échange de sa principauté de Sedan. Eu 1669, âgé seulement de 25 ans, il fut élevé à la dignité de cardinal. « Sa naissance, dil Pélisson, ses mœurs, son esprit, son savoir et une grande jeunesse le rendaient véritablement digne de cet honneur : et le roi dans les secrètes pensées de la guerre, cherchait à récompenser et à honorer par celte faveur les services du vicomte de Turenne, dans la personne de son neveu. » Si Pélisson était encore de ce monde, nous lui demanderions très-humblement comment il entendait qu'une grande jeunesse rend véritablement digne du cardinalat. L'abbé-duc fut promu à cette dignité, dans une promotion unique, par Clément IX, qui voulait plaire à Louis XIV, et en obtenir un troisième secours pour Candie, assiégée par les Ottomans. Nommé grand aumônier de France, abbé de Cluoi, de Saint- Ouen, de Rouen, de Sainl-Waast d'Arras, de Saint-Martin de Pontoise, de Tournus, de Vigogne, etc., il reçut toutes ses faveurs comme des droits qui lui étaient dus, et se crut dispensé du devoir de la reconnaissance. Hautain et fier, il brusqua quelquefois Louis XIV, qui lui pardonna d'ebord. Louvois, qu'il bravait, s'en vengea en l'empêchant d obtenir la principauté de Liège, dont le cardinal était grand prévôt. Ce dernier mécontenta encore le roi par un Mémoire qu'il rendit public, et où il prélait à sa maison des prétentions excessives. Il roulait que le duc d'Orléans démembrât la principauté dauphins d'Auvergne, dont la maison de la Tour possédait le comté, afin

Sue latné de ses neveux s'appelât Dauphin 'Auvergne. Louis XIV s'y opposa, eu disant avec humeur : ■ Quand finira-l-il donc avec sa maison? » Ce refus irrita le cardinal et l'engagea dans des imprudences qui lui attirèrent sa disgrâce. « Lorsque les princes de Couti et de la Roche sur- Yon , suivis d'une foule de jeunes gens de la cour, tels que la Rochefoucauld, Villeroi et d'autres, allèrent joindre le duc de Lorraine dans la guerre de Hongrie contre K*s Turcs, en 1685, Louvois, dans la seule intention d'arrêter cette effervescence et d'empêcher le départ des volontaires qu'enflammait ce noble exemple, intercepta les lettres qui étaient adressées è l'armée de Hongrie ou qui en venaient, et les remit toutes cachetées s Louis XIV. Le monarque fut profondément blessé de tout ce qui lui apprit ses déiauts et la fausseté des louanges dont il élan accablé; il y en avait une, entre autres,

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du cardinal de Bouillon qui était une satire amère de la conduite du roi, de son gouver* nement, de sa personne, et pleine de ces vérités dures qui laissent un long souvenir. Louis eut la générosité de ne punir les jeunes ens que par de «-ourla exils ; mais le carion!, grand aumônier de France, que son ago et ses dignités rendaient plus coupable, et que d'ailleurs Louvois n'aimait pas, fut banni de la cour pour n'y plus reparaître. » (Micbaud, Biographie universelle.) Envoyé h Rome en 1698, pour l'affaire du quiélisme, ■ il suivit son inclination pour l'archevêque de Cambrai, plutôt que les ordres du roi. Rappelé par une lettre sévère, il allégua qu'il était retnnu h Rome par ses fonctions de doyen du Sacré Collège. Mais quand il vit ses revenus saisis, il s'humilia, et en obtint la jouissance, mais en exil. Le cardinal de Bouillon s'y ennuya, et quitta la France en 1710. Décrété de prise de corps par le parlement, qui mit le séquestre snr ' ses biens, il intercéda de nouveau, et, après une longue attente, obtint la restitution de ses revenus, et la permission de finir se» jours è Rome, où il mourut, peu considéré, Je 2 mars 1715, à l'âge de 72 ans. C'est le cardinal de Bouillon oui avait fait élever à Saint -Denis le superbe mausolée de son neveu, le grand Turenne.

TOUR D AUVERGNE (Henm-Oswald), de la même maison que le précédent, abbé et général de Cluni, grand prévôt de l'église cathédrale de Strasbourg en 1798, abbé de Redon et de Conçues, sacré archevêque de Vanne en Dauphiné le 10 mai 1722, nommé, par Clément XII, prêtre-cardinal du titre de Saint-Ctilixte en 1737, commandeur de l'ordre du Saint-Esprit, mourut è Paris le 23nvriM7*7.

TOUR D'AUVERGNE LAURAGUAIS (Ho-

GUES-HoBEET-JeaN -CHARLES DB La), naquit ft

Auzeville, en Languedoc, le ik août 1768, d'une famille dont l'illustration remonte Jusqu'au xi* siècle, où l'un de ses ancêtres délivra le roi Louis V, retenu captil par le comte de Vermandois. Un clunoiue de Castres, son oncle paternel, fut son premier m «Un» ; laissons parler ici un biographe célèbre (le Solitaire): t Une personne, qui le connaît bien, nous dit qu'à peine âgé de dix ans, lorsqu'on le ques'ionuail sur les articles du catéchisme, il toisait des réponses sur» prenantes, quelquefois effrayantes par la précocité d'intelligence et la patience d'investigation qu'elles supposaient.

• Ayant terminé ses humanités, il entra au séminaire de Saiut-Sulpice, et lit son cours de théologie sous M. Emery.

• La révolution veunild'éelaler quand il fut ordonné sous-diacre. A cette époque, beaucoup manquèrent de force pour le pas décisif; et, de fait, la tentation fut-elle jamais aussi grande, l'excuse aussi légitimer sans blâmer des résolutions contraires, M. de la Tour nu fléchit pas uu moment; il prononça aes vœm, reçut six mois plus tard le diaconat, et l'année suivanle fut (ait prêtre par M. deRoquelaure.

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DICTIONNAIttE

toi;

« L'ordination, du reste, n'eut pas lieu è ciel ouvert, et ce fut la dernière de celles qui précédèrent l'abolition du culte catholique en France.

« A sa sortie de Saint-Sulpîce, il se relira chez sa tante M"' la comtesse de Vergy, Du* d'Aumalo, à Abbeville, en Picardie, et s'y cacha durant la terreur... Découvert, et jeté en prison, il allait subir le sort commun, Jorsquo parut au seuil de son cachot M. d'Arcorabal, fournisseur général de l'armée républicaine, qui le (il rendre à la liberté, et l'employa comme teneur de livras jusqu'à la réouverture des églises par suite du concordat... Voilà done ce rejeton d'une tige quasi-royale... commis «ut appointements de quelques cents livres... heureux du gagner ainsi le morceau de pain qu'il mange d'un appétit charmant, et d'ailleurs jouant à l'avenant un double rôle : car son rôle et son dévouement de prôlro, sitôt que venait a poindre la possibilité d'agir, ne le cédaient en rien è l'ingénieuse désinvolture de son aptitude commerciale.»

« En 1801, M. de la Tour d'Auvergne n'avait d'autre ambition que d'obtenir la cure de Vergy, résidence de sa tante; mais le premier consul lui offrit l'évêelié d'Arras. Il ne l'accepta que sur les instances de M. Etnery, qui venait de refuser cette haute position. Son sacre eut lieu le 16 mai 1602. En arrivant dans le diocèse d'Arras, il trouva les églises détruites ou profanées, les établissements religieux onéautis, le clergé dispersé. Tout était à créer dans ce vaste diocèse. Il ne recula pas devant une telle tâche, cl il eut le bonheur de> l'accomplir. A plusieurs époques, on lui offrit un siège archiépiscopal ; mais il répondait, comme M. Marin Filassier, mort cure de Paris en 1733: « Nos églises sont nos épouses; une fois marié, on ne peut répudier la sienne parue qu'elle est pauvre, ou pour une plus jolie. » Il a refusé ainsi les sièges d'Avignon, d'Auch, do Lyon, et trois fois celui de Paris. Peu après son élévation au cardinalat, il eut à subir les plus vives instances du gouvernement, qui voulait le voir succéder A M. deQuélen. Il fut inébranlable : « Saint Vast,» disait-il à M. Olivier, et à sa nièce Mme la comtesse de la Tour d'Auvergne, « saint Vast a établi le catholicisme dans Arras, et a gouverné quarante ans ce diocèse. Je l'ai rétabli, moi, et j'y suis depuis trente-huit ans; restent deux ans a faire, et nous verrons. »

Empruntons maintenant, au biographe dojà cité, quelque» détails sur les habitudes et l'extérieur de M. de la Tour d'Auvergne : « Il fait par an deux tournées pastorales : à' la première, il donne h confirmation dans tes cantons d'un arrondissement; à la seconde, dans tous les chefs-lieux de souspréfecture, où il reste quinze jours et officie fort souvent. De celle manière, il visite, tous les six ans, toutes les communes de son diocèse, et chaque année toutes les villes... Tous les desservants et vicaires, durant leurs dix premiersans de fonclionsecclésiastiques,

doivent se présenter à certaines laques dans le séminaire d'Arras pour un grai.il concours. En présence de l'ôvôque et du chapitre, chacun discute à son tour et libre* ment une thèse donnée; successivement aussi chacun monte dans la chaire et prononce un discours. L'exercice fini» les capacités sont (lésées el jugées; leséminenls, c'est-à-dire, ceux qui ont fait preuve d'un talent suitrieur lisent bientôt leurs noms écrits en lettres d'or sur une tablette exposée sa cloître ; el les places sont données en coït* séquence. Depuis 1802, M. de la Tour n'a jamais omis volontairement un seul jour de dire sa Messe, et d'ordinaire à six heures et demie... La reste de sa journée, il le consacre tout entier, ou à très-peu près.au soin de son troupeau. 11 reçoit avec dignité, mais sans hauteur et sans morgue, les curés et les vicaires qui le visitent.*. U est incontestablement le plus bel évèque de France. Il a cinq pieds six pouces ; la tète superbe, une main modèle, la jambe elle pied de Louis XIV. Il porte le front haut. lia daiu sa démarche une inexprimable magnificence... Il a un sourire de roi. Sa chevelure, noire autrefois comme le jais, est aujourd'hui d'une blancheur déneige; on ne murail plus majestueusement porter cette sainîe couronne de la vieillesse.»

TOURNON (Fbasçois de), né, en 1M», à Tournou en Vivarais, était le second âU de Jacques, Il du nom, seignour de Tournon , etc., el de Jeanne de Polignac. Si famille, alors une des plus considérables du Languedoc, s'est perpétuée jusqu'à nos jours. Destiné de bonne heure à la carrière ecclésiastiquo, dès l*âg>> de douze ans, il prit l'habit parmi les chanoines réguliers de Saint-Augustin , dans l'abbaye de Saint- Antoine en Dauphiué. Ses talents et sa naissance le portèrent rapidement aux dignités de l'Eglise. Abbé de la Chaise-Dieu, archevêque d'Embrun en 1517, il était <le plus investi de la commanderie de Feurs, oô il reçul et vil pour la première fois François I". Les premières années du règne de ce prince avaient été brillantes; mais les revers suivirent bientôt. Le connétable de Bourbon, poussé à bout par Louise de Savoir, s'était jeté dans les bras de Charles V. Il avait été assez vengé, en 1525 , par le désastre du Pavie, suivi de la captivité du roi. Dans ces graves circonstances , la régente assembla a Lyon un conseil composé des personnages les plus considérables. Il fallait avant tout pourvoir à la délivrance du roi. L'archefèque d'Embrun, chargé do celte négociation, se rend il è Madrid avec Jean de Selve, limier président du parlement de Paris. Après de longues contestations , le prélat , comme chef de l'ambassade , signa , le ik janvier 1526, le traité de Madrid, et accompagna ie roi a son retour en France. Ce traité, « durement imposé par Charles V à l'i'i'P1* tiencede François I", contenait des clauKi contre lesquelles se soulevèrent les cïat* assemblés. Si François l" ue provoqua |«»

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< tto opposition, el ce refus de se soumettre aux conditions consenties et acceptées, il fut loin d'y mettre de? entraves. L'archevêque d'Embrun, retourné on Espagne pour la délivrance des deux jeunes princes , restés en otage, prit part à toutes les négociations qui modifièrent le traité de Madrid, et amenèrent la paix de Cambrai. Renvoyé en Espagne pour y demander la main d'Eléonore d'Autriche, sœur aînée de Charles V et veuve d'Emmanuel le Grand, roi de Portugal, il ramena celte princesse, et célébra, a Captieux , bourg voisin de Bazas, la cérémonie de son mariage avec François I", veuf de Claudo de France. Ses services furent récompensés par l'archevêché de Bourges , l'abbaye de Saint-Germain des Prés et par le cardinalat auquel il fut élevé

militaire ses propres revenus et les sommes qu'il empruntait en son nom des marchands de LyofJ.

« Il paraît qu'a celte époque, le crédit du Trésor n'était pas bien établi, car le roi le remercia très-affectueusement, le 22 janvier 1537, d'avoir trouvé de l'argent à trois pour cent par mois. Lorsque le besoin de la paix se fit sentir, c'est sur le cardinal de Tournon que François I" jeta les yeux pour le représenter en 1538, aux conférences de Nice enlro Paul III et l'empereur; c'est ce ministre qui y signa une paix de dit ans. Lo connétable de Montmorency avait partagé longtemps avec le cardinal de Tournon la confiance du roi ; mais la disgrâce de cet illustre guerrier laissa Tournon l'unique arbitre de l'Etat. » ( Michaud. Biographie

par Clément VII en 1530. La guerre élran- universelle.) Pendant la paix. In poursuite

gère avait cessé; mais l'Europe était profondément agitée par la doctrine du libre examen prôchée par Luther. Celte doctrine, qui favorisait les passions et la cupidité des grands , faisait de rapides progrès en Allemagne; elle cherchait aussi à se répandre en France. Quant à l'Angleterre, cette fière nation allait, à la suitod'un caprice de son maître, subir docilement la religion qu'il lui imposa. Henri VIII, pour épouser Anne Iftriejn, sa maîtresse, sollicitait à Home son divorce avec Catherine d'Aragon , tante de Charles V. Le Pape Clément VU refusait de se rendre à ce caprice, et Henri menaçait de se faire le chef d'une religion nouvelle. C'est alors que le cardinal de Tournon fut envoyé à Rome pour arrêter les foudres suspendues sur Henri; puis il se rendit à Londres pour lâcher de ramener le fougueux monarque. Pendant ce temps-là, le Pape, sous l'influence de Charles V, fulmina l'excommunication ; Henri se détacha de la communion de saint Pierre, et l'Angleterre lo reconnut pour son pontife. Plus heureux dans ses autres négociations, le cardinal de Tournon rattacha à la France les princes •l'Italie. Le mariage de Catherine de Médicis avec lo duc d'Orléans, depuis Henri II, fut Je prix de la complaisance de Clément VU et d'Alexandre de Médicis. Bientôt les hostilités recommencèrent , et Charles Quint envahit la Provence. Pendant que le- maréchal Anne de Montmorency allait repousser les Impériaux , le cardinal de Tournon était nommé, par François 1", son lieutenantgénéral, avec les pouvoirs les plus étendus, afiu de diriger, de Lyon, toutes les opérations de la guerre. « Tournon avait, comme négociateur, donné des prouves de la plus haute capacité; placé dans une situation nouvelle, il montra tout ce que peuvent un grand caractère et un esprit étendu. L'ennemi fut repoussé de la Provence, le Piémont envahi, et l'Italie presque entière échappa au joug de Charles-Quint. Tournon put s'attribuer en grande partie ces succès; • ar c'est lui qui pourvut aux besoins de l'armée, qui par sa sagesse en contint les bandes indisciplinées, et qui , à défaut des fonds de l'Etat, versa souvent dans la caisse

de l'hérésie fut le principal objet des efforts du ministre. Persuadé que la différence des croyances religieuses est une source de calamités pour un Eut, il mit tout en œuvro pour extirper la religion nouvelle, et no recula devant aucun moyen. Une chambre ardente, établie par lui / prononça des condamnations et exerça les plus grandes rigueurs contre les protestants et les Vaudots. De son temps, on pensait, avec raison, que les princes protègent les consciences en proscrivant l'erreur. Si l'on regrette qu'il ait accompli ce devoir avec un excès de sévérité , on doit observer qu'il fit un plus heureux usage de son pouvoir eu s'associant è la protection donnée par son maître aux lettres et aux sciences. S'il empêcha Franp jis 1" do faire venir en France Mélanchtou , il avait toujours auprès de sa personno desérudits, tels que Lambin, Muret, Vincent Lnuro. On lui deil l'accroissement de la bibliothèque du roi, la fondation de l'imprimerie royale, celle des collèges de Tournon, et d Aucîi dont il avait été archevêque. La mort do François 1", en 15V7, mit fin ou pouvoir sans bornes placé aux mains du cardinal de Tournon. Cet habile homme d'Etat, après avoir payé les délies contractées pendant des guerres ruineuses, laissait dans les coffres de l'Ktat quatre millions, somme considérable à cet;e époque. A l'avènement de Henri II, qui arrivait entouré des princes de la maison de Lorraine, le cardinal quitta le ministère. Envoyé à Rome, il coucourut, en 1549, A l'élection de Jules III, et négocia un traité avec ce Poniife. Les huit années qu'il passa en Italie furent bien employées dans I intérêt de la France , et il soutint sa réputation d habile négociateur. Transféré , en son absence, a l'archevêché de Lyon, il possédait encore, outre les abbayes de la Chaise- Dieu et de Saint-Germain des Prés , celles de Tournon, d'Ambouruai, d'Aisnai , de Saint-Antoine, etc. A son retour en France en 1555, il trouva l'Etat aux mains de Diane de Poitiers. Sa fierté ne pouvant plier devant celte idole , il se relira dans son gouvernoment du Lyonnais, où il était en même lemps archevêque, et où un zèle infatigable

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lui fil renouveler ses rigueurs contre Jes en 1809, préfet de Rome, préfet du Rhône

religionnaires. Les Guise cherchaient a rai- en 1821, et conuu par ses Éludes hittoriqutt

lumer la guerre contre l'Espagne. Le cardi- tur Rome, était de la même famille. Ce der-

nal , envoyé de nouveau a Rome avec la nier est mort en 1833. mission d entraîner Faut IV, ne se prêta Voici son éloge par le P. Alby [16U]. pas aux vues ambitieuses des princes Lor- » Il faut avouer que la nal tire, quelque

rains, et des CarafTa, neveux du Pontife, commune et égale qu'elle paraisse en U

Malgré ses efforts pour maintenir la paii, distribution de ses dons, tient en réserve des

les hostilités recommencèrent, et la funeste soins particuliers dont elle avantage que'-

bataille de Saiul-Quentin vint mettre la ques âmes favorites; qui, outre les bonnes

France en péril. Le cardinal de Tournon , inclinations oui l«s rendent comme naturel-

resté a Rome comme chargé des affaires de lement plus habiles aux mouvements de la

France, entra dans le conclave ouvert après vortu commune, ont reçu de l'indulgence

la mort de Paul IV, et fut sur le point d'être de ses affections une trempe plus forte que

élevé au souverain pontificat. Pie IV, qui les esprits vulgaires pour l'essai des plus

fut élu, le nomma évêque d'Ostie, doyen hautes et héroïques habitudes, par laquelle

des cardinaux. La même année, le 10 juillet ils sont considérés au monde, comme des

1559, Henri II avait été tué dans un tournoi, sujets nés pour la gloire, qui trouvent de

Le cardinal , rappelé, trouva la cour livrée l'admiration en* terre mais leur image,

aux factions, et la France en proie aux plus comme leur couronne» seulement dans le

affreux malheurs. Pour combattre le calvi- ciel. Et je mets librement en ce rang le grand

nisme,dontil n'avait jamais cessé d'être le cardinal de Tournon, de qui les mœurs e!

plus ardent adversaire, il- fit recevoir eu les belles actions portèrent dans tout te

France les Jésuites, et leur couûa le collège coura de sa vie un caractère visible degran-

qu'il avait fondé à Tournon. deur et une marque de celle disposition

Le jeune François H n'avait fait que excellente d'esprit, que la nature lui avait

passer sur le Irène. L'avènement de Charles infuse, et que la grâce et les vertus avaioat

IX, frère de ce prince, rendit au cardinal achevée.

une partie de son autorité. Toutefois c'est «Il était sorti de la très-illustre et trèscontre son avis qu'on ouvrit le colloque de ancienne tige de Tournon, qui a porté à lj Poissy qu'il présida en 1561, et où il réprima gloire de cet État quantité Je héros et de l'insolence de Théodore de Bèze. Ce fut le prélats, dont quelques-uns ont mérité du dernier acte important de sa vie politique ; monde chrétien des respects religieux, et il mourut, le 22 avril 1562, à Saint-Germain des autels dans nos temples; et qui a eu en Laye, âgé de 73 ans, avec la réputation l'honneur d'enlacer par alliance ses brand'un des plus grands hommes de son temps, ches dans les couronnes de Bourgogne et après avoir pris, pendant quarante ans ut de France, qui est une gloire aussi belle sous quatre rois, la part la plus active aux ' qu'elle est moins commune. Il commençai événements de celle époque si tourmentée : jeter dans ses plus tendres années doclairs exemple unique d'une laveur à Pabri do rayons d'espérance do ce qu'il serait* Taretoute atteinte dans ces temps difficiles. Il nir : et ses premiers instincts s'accordèrent fut iuhumé dans l'église du collège de si justement avec les sciences st la piété, Tournon, qu'il avait fondée. Le président qu'il cultiva conjointement de ses soins; de Thou dit en parlant de lui : « Homme que pour n'en pas corrompre le fruit, il se d'une rare prudence, d'un mérite encore résolut de quitter le séjour du monde comme plus rare; d'une habileté pour les affaires, dangereux à la vertu, et de se procurer une et d'un amour |>our sa patrie, presque au- tranquillité de, vie, que l'on troure aussi dessus do ce qu'où en peut penser. Fran- rarement parmi la foule et le tumulte des cois l" l'avait mis à la tête des affaires, hommes, que le port en haute mer et ec Après la mort de ce prince, l'envie le lit milieu des orages, chasser de la cour; mais il fut toujours «Pour cet effet il entra dans le célèbre estimé, considéré et respecté de tous, même monastère de Saint-Antoine de Vieooois, de «es envieux. On le vit toujours opposé où il prit toutes les instructions de la vie aux protestants, persuadé qu'on ne pouvait religieuse, et comme un beau cachet de rien changer eu matière de religion, sans diamant reçut tellement en ses moeurs les troubler la paix et la tranquillité de l'Etat, r carrières dos vertus propres de son étal. «C'était, dit Varilles, un ministre laborieux, qu'il fut capable d'en faire impression sur capable selon le temps, qui avait l'esprit les autres par son autorité et par son eiempénétrent et le jugement net, et qui se. pie. Il eut ensuite des charges honorables piquait d'aller au solide» «On ne sache dans l'Ordre; fut pourvu de l'abbaye de la pas, ajoute Daniel , que Tournon-ail jamais Chaise-Dieu en Auvergne, fut élu arche pris le mauvais parti dans une affaire.» Sa vôqtke par le clergé de l'Eglise d'Embrun, vin a été écrite en latin par Vincent Lauro,' et recherché de divers endroits pour avoir par Bouvière et par d'Atlicby ; en français, part aux distributions des premières dtgnjpar Ch. Fleury (Paris, 1779, in-12), et par tés des églises; dans l'opinion qu'on anij d'Auvigny (Uommtt iltustrei de France.) conçue des emplois de sa vie pnvéei <;u » La bibliothèque impériale conserve ses n'occuperait point de charge par ia fareur lettres de 1525, 1550, 1557 et 1559. Le du l'estime publique, qu'il oe la rempli' comte de Tournon, nommé par Nuooléou I", par mérite.

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«De l'Eglise d'Embrun, il fut appelé au conseil du roi, où il fît connaître son esprit capable de tout, et où il rencontra peu de temps après, une occasion de servir aussi glorieuse pour lui, que le malheur qui l'avait produite était funeste pour le royaume. Ce fut après la perte de la journée de Pavie, quand le roi François I", abandonné de la fortune et trahi de son assurance, fut pris par ses ennemis, et emmené a Madrid eu Espagne : auquel cas dans l'extrême confusion et la consternation publique oui av.» il saisi cet Etat, l'archevêque d'Embrun fut choisi du conseil, d'entre tous les prélats du royaume, avec Mme Marguerite, sœur du roi, veuve du duc d'Alençon, le connétable de Montmorency et le premier président de Paris, pour aller traiter, vers l'empereur Charles, de la délivrance du roi. Après laquelle négociation qui le tint un an entier a la cour d'Espagne, il eut l'honneur d'accompagner le roi à son retour, faisant envers lut l'office de cette étoile plus brillante qne les autres, qui ramène au monde son soleil; et d'annoncer à la France la fêle de ses contentements, que la piété publique rendit sainte par ses actions de grâces, et l'amour des peuples solennelle par ses réclamations et par ses feux de joie.

«Depuis ce lemps-lè, il y eut tort peu d'emplois importants dedans ou dehors le royaume, qui ne fussent confiés a sa prudence; il agissait partout, comme l'un des principaux organes de l'Etal; et les honneurs qui viennent sur les pas et sur les mesures de la vertu, quand elle est reconnue, croissaient autour de loi sans mesure, comme il serrait sans intérêt.

«11 reçut quasi en même temps l'archevêché de Bourges et l'abbaye de Saint Antoine de Viennois; et peu après l'honneur de la jiourpre, du Pape Clément VH,fc la demande du roi sou maître, qui eut toujours envers lui, comme envers tous, l'âme si noble et si juste, qu'il ne laissa jamais de service, ni de mérite sans prix, et n'auna pas moins è foire du bien par reconnaissance que par inclination.

•Il avait si dignement satisfait en sa première négociation en Espagne, qu'il y fut renvoyé en ambassado solenuelle avec les grandes sommes de la rançon du roi, pour retirer messieurs ses enfants qui étaient demeurés otages à Madrid, lesquels il ramena es France avec Mme Eléonoro d'Autriche, sueur de l'empereur Charles, promise au roi durant sa captivité, qu'il maria avec lui en l'abbaye de Capitaux en Guyenne; comblant par les effets de ses soins le royaume d'honneur et de réjouissance, dans l'espérance qu'on avait qu une si sainte alliance, approchant les volontés, éloignerait les aigreurs des esprits et la discorde des natious irritées.

«Deux années après il fut envoyé ambassadeur extraordinaire de Sa Majesté avec ie cardinal deGrandmoul vers le Pape Clément VU, tant pour lui demander un pourparler avec le roi, que pour détourner le DlCTIOd*. oi» Caudikaux.

malheur du sohisme d'Ang.etorre. qu'on regardait déjà sur son penchant, a l'occasion du divorce de Henri VIII, «"avec Catherine, infante d'Espagne, tante par mère de l'empereur Charles : en quoi il avait assez heureusement avancé, et fait agréer au Saint- Père quelques moyens d'accommodement; si le roi d Angleterre, l'ayant depuis irrité par ses manifestes et par d'autres actions injurieuses, n'eût fait tomber la foudre que les soins charitables du roi François avaient pour un temps tenue en arrêt. Cependant en suite de celle négociation, le Pape élan* venu a Marseille, et s'étant abouché avec le roi qui l'y était venu attendre, le cardinal de Tournon fui employé a célébrer le mariage deCalherine de Médicis, nièce du Pape, avec Henri, second fils de France, à .'accomplissement duquel il avait agi, et mêlé ses soins avec ceux du son maître, en espérance d'en faire le lien indissoluble de la France, avec, le Saint-Siège et l'otage de nos prospérités.

« Il s'était passé trois ans de repos et de

Raix plâtrée, quand les soupçons < t les dôances secrètes des deux couronnes ennemies, ayant ému de nouveaux (roubles, ni réchauffé la guerre partout où l'un des partis pouvait incommoder l'autre : et ensuite nos armes, et le gros de nos troupes s'étant tourné vers le Milanais, le cardinal de Tournon fut établi gouverneur et lieutenant général pour le roi au Lyonnais et aux provinces voisines, pour procurer plus commodément toutes les subventions nécessaires à nos arméos d'Italie. A quoi il servit avec des soins non moins fidèles que courageux, jusqu'au nouvel ordre qu'il eut de se rendre à Nice, où se devait faire l'abouchement du roi avec l'empereur Charles, par l'entremise du Pape Paul III, qui y avait attiré ces princes, pour les porter à une bonne et sérieuse concorde, qui devait as«urer le repos de la chrétienté, et éloigner le plus grand obstacle qui fut alors du concile général qu'il avait intimé. Que si l'effet d'une entière paix, qu'on attendait de l'autorité d'un si grand médiateur, ne s'en un~ suivit pas, il s y conclut au moins par les sages avis, et par l'adresse du cardinal de Tournon une trêve de dix ans, qui eût été de durée, si le temps eût pu vaincre de si fortes animosités, et si une jalousie si ardente d'honneur eût pu céder à l'amour des peuples et du bien public.

« Il porta depuis tous ses soins à combattre l'hérésie naissante qui se glissait sourdement en couleuvre avec d'étrange» sou-

Slesses, et s'insinuait par mille détours arttuieux dans l'esprit des grands et des sa- . vanls. Et avait-elle déjà coulé son venin plus subtil dans la cour, et saisi l'esprit de M"* Marguerite, reino de Navarre, sœur uninique du roi, et de la duchesse d'Elampes, qui surent si bien bercer l'esprit de ce prince» curieux d'ailleurs et amateur des hommes savauls, qu'elles Obtinrent un saul-con-luit en faveur de Melanchthon pour passer d'Aile* timgne en France, et venir conférer avec les

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docleurs do Sorbonne des points controverses de la religion, qui était ouvrir la porte h de grands et nouveaux périls de la foi, en introduisant dans la cour un des plus insignes imposteurs, et des plus malicieux fourbes qui fut alors ; si l'ange gardien de la France n'eût détourné ce coup, et le sage avis du cardinal de Tournon , qui ayant éclairé les pratiques de ces dames, rompit hr.rdiment leur dessein par un acte digne d'éternelle mémoire. Car ayant pris l'occasion de se présenter un jour au roi avec un livre de saint Irénée en la main, et le roi lui ayant demandé quel beau livre c'était. Sire, dit-il, vous l'avez bien nommé, c'est de l'un des premiers prélats de votre royaume, évêqne de Lyon, où je me suis de hasard rencontré sur ce passage du troisième livre, que les apôtres fuyaient comme la peste les corrupteurs de la vérité, ne voulant point nonseulement entrer en conférence avec eux, mais non pas même se trouver où ils étaient. Ce qu'il confirma, parce que cet auteur raconte qu'il avait ouï dire à saint Polycarpe» que l'apôtre saint, Jean, son maître, entrant dans le lieu du bain public, et y voyant l'hérétique Cériuthus, soudain il s en relira, disant: « Fuyons d'ici de peur que le bain où m est l'ennemi de la vérité ne nous abîme »Ce que ce sage prélat tira fort à propos à l'intention qu'il avait de décrier au roi le péril où il s'était mis, d'avoir promis sauf-conduit, et audience à un des chefs luthériens ; et d'où il lit l'ouverture d'un beau discours

u'il étendit selon le sujet, et avec beaucoup

art privé et aimé du roi); et mêlant parmi cela le danger de l'Etal, la jalousie du Saint-Siège, et les avantages que les autres potentats ses rivaux prendraient là dessus, il fit si bien que le passe-port fut révoqué, avecsermenl solennel que le roi ajouta de vivre et de mourir dans la foi de ses pères , et dans ses devoirs les plus soumis envers l'Eglise, sa mère.

« Le dessein lui étant bien réussi, lui Gt naître de courageuses pensées d'entreprendre à défaire l'hérésie naissante, qui semblait alors faible, d'autant qu'elle était nouvelle, et ne faisait que se montrer. Et comme il était encore en ce temps le chef du conseil (depuis que le roi eut changé ses affections pour le connétable de Montmorency), et la

firemière intelligence qui gouvernait tous es mouvements de l'Etat, il lâcha par toutes les voies de rigueur d'étouffer l'hérésie dedans son berceau, de rompre l'obstination qui roidissait son courage, et de lever le masque de la feinte modestie, avec laquelle elle avait commencé d'endormir les lois, et de surprendre les magistrats. Donc il fil établir une chambre ardente a Paris contre les faux religionnaires; donna ordre qu'en tous les tribunaux du royaume on poursuivit les nouvelles erreurs, en qualité même de crimes civils; porta ses soins à promptemenl éteindre quelques restes do l'hérésie des Validais, dont les charbons s'étaient rallumés à Merindol en Provence, qu'il fit mourir dans leurs cendres, el partout ailleurs il lit la

guerre è outrance pour la religion, jugeant qu'il fallait tenir d'extrêmes sévérités à sou ennemie , auparavant que l'effronterie lui crût avec l'âge, et que sa lieence se débordât plus insolemment, avec l'impunité.

« Le zèle de la religion dont il était ton* ché, comme il est de tous les pays, el qu'il a* connaît ni de frontière, ni de borne, fit qu'il procura une ambassade à Louis Aiheymar, comte de Grignan, qui avait sa nièce eu wariage, devers les princes, et les Etats d'Allemagne assemblés à Worms , pour les exhorter de la part du roi, à renvoyer leurs querelles de religion, et les débats où ils étaient entrés pour la réformation de l'Eglise, au jugement des prélats assemblés an concile. Et, avec le même sentiment, iléteodit ses bons offices, et ses salutaires assislances sur l'Angleterre, lui faisant connaître ses véritables intérêts dans sa réunion avec le Saint-Siège, el où il ne pouvait se char* ger d'autres soins pour remédier au mal qui la travaillait, contribuant à sa guéri$oo,SM ressentiments, ses vœux, ses souhaits et ses consci ls •

« Comme notre cardinal ne se montra jamais ambitieux que de l'honueur qu'il *cquérnil en servant Dieu el le roi, aussi ce fut-il avare que du temps et des occasions qu'il employait à leur service. Ce fut l'unique but, el Te prix des soins assidus qu'il rendit auprès du roi, aux affaires de la guerre el de la paix, dedans et dehors le royaume, et en lous les traités importants qui se conclurent durant sept ans, par ses avis. Encore que ses services ne maoquèrcul point de juste reconnaissance, le roi l'ayant de nouveau gratifié de quelques riches bénéfices, qui surpassèrent ses désirs plutôt que son mérite, qui ne fui égalé que do l'affection de son maître. Cependant, comme nous ne possédons ici-bas rien d'immortel, lorsqu'il pensait d'en jouir plus a plein, il se vit réduit en l'étal d'en pleurer la perle , et d'assister, comme il fil. Jw dixième cardinal, à ses funérailles en l'église do Saint-Denis; apprenant par sa propre expérience, qu'il arrive souvent aui grandes fortunes, comme à la lune, d'entrer en éclypse quand elles achèvent leur rond, et de tomber dans l'ombre de la terre, quand elles sont le plus luisantes.

« Après la mort du grand roi François, le cardinal de Tournon reconnaissant bien que le roi Henri n'avait point succédé aux affections de son père, comme à son Etat, il s0 retira sans bruit en son abbaye de Tourou. montrant par les tendres -soins, et par l'af» ft'Clion qu'il apporta à cultiver le liée de sa retraite , qu il n'était pas tant tombé de la place d'honneur qu'il avait remplie sous le règne passé, qu'il s'était laissé aller a ses propres inclinations, pour jouir du repo* de la solitude, éloigné de la cour et des affaires. Néanmoins comme il avait encore la isse auprès du nouveau roi la mémoire de ses anciens services, il fut jugé expédient de l'envoyer àltoroeavec sept autres c*rdiu*ul à la nouvelle création du Pape, qu'on coQ*

issi îou des ca;i

jeclurail de l'Age el des indispositions du Pape Paul III, n'être pas beaucoup éloignée. Kn effet, peu d« temps après leur arrivée à Home, fut élu Papo Jean-Marie de Monte qui avait été légat au concile de Trente, et nommé Jules U.I, dont le gouvernement fut, h divers visages pour la France, tantôt trouille et tantôt serein, et comme la mer qui, «près une violente tempête, traite de paii *vec les vaisseaux, et baise le rivage qu elle avait battu de ses (lots.

t Le sujet de la mauvaise humeur qu'il prit contre la France, fut de ce qu'ayant voulu ôler Parme au duc Octave Farnèse, el la Mirande au roi, pour les donner à son neveu , el ensuite le cardinal do Tournon tjui s'était retiré b Venise, ayant fait donner par Bresse passage h nos troupes qui étaient envoyées au secours : ces places par ses soins demeurèrent assurées à ceux qui les tenaient. Dont le Pape fut tellement piqué, qu'il dit à M. de Termes, ambassadeur, que si le roi lui ôtait Parme, il lui ôterait la France, et s'il lui ôtait l'obéissance de la France, il lui ôterait le commerce de toute la chrétienté; que s'il prétendait y employer la force* il voulait bien qu'il sût, que sa plume, son encre et son papier ne céderaient en rien a ses armes. Et néanmoins ce fut merveille comment lo cardinal de Tournon étant depuis retourné h Rome salis* fait tellement l'esprit du Saint-Père, préparé a de plus douces pensées, tant par le décès ioespéréde son neveu, comme par la représentation qu'il lui fit, que la prudence lui conseillait de ne risquer point toute son autorité en France, pour 1 augmenter tant soit peu en Italie, que non-seulement il accorda (but ce que l'on désirait pour Parme et pour la Mirande; mais il se porta de plus par l'entremise du cardinal à un traité d'amitié, el à une ligue secrète avec le roi, dont le premier fut l'éloignement des Espagnols de Sienne : auquel Te cardinal travailla de sa part, el reçut aussi en témoignage d'agrément, et pour récompense de tant de bonnes actions, l'archevêché do Lyon, et (ce qui valait encore mieux) un redoublement d'estime dans la créance de son prince.

« Etant revenu d'Italie, il s'arrêta à Lyon, avec la permission qu'il en obtint du roi, dans le dessein de repurger son nouveau diocèse d'une infinité d'abus et d'erreurs, que l'air contagieux de Genève y empirait tous les jours. Dont ayant reconnu que cette maudite hérésie avait là profité autant do la faiblesse du temps, queue celle des esprits, il entreprit par une adresse pleine de force el d'autorité, d'en arrêter ie progrès. Il fil cesser les prêches huguenots, abaissa l'insolence des suppôts de la nouvelle erreur; el ayant trouvé dans les prisons cinq ministres, de l'envoi secret, et de l'école du Calvin, il fil tant que le procès leur fut fait et parfait, el qu'ils furent brûlés tout vifs ; l>our étourdir par le feu le cours de ce venin, qui ne s'irrite que du mépris qu'on fail de «a faiblesse, qui était le conseil qu'il avait autrefois donné au roi François l", d'oppo-

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ser de bonne heure la rigueur des lois à ce mal, et nour l'empêcher de prendre force et racine dans le royaume, prendre contre elle, non tant le sceptre que la foudre en main, qui brûle et tue tout ensemble.

« Et on eùf bien vu éelore d'autres fruits de son séjour à Lyon, s'il eût été plus long. Mais après deux an?, il fut commandé d'aller à Dome en ambassade avec le cardinal de Lorraine devers lo Pape Paul IV, où il trouva bien des occasions d'exercer sa fidélité envers son maître, sa sincérité envers le Saint- Père, et la prudence de son esprit rigoureux, dans les funestes divisions que l'ambition et la jaloosio avaient suscitées entre les Caraïbe et les Colonne, dont ceux-là avaient engagé dans leurs intérêts le parti de France, comme ceux-ci celui d'Espagne; et tons deux avaient partagé les inclinnlions, les villes et les puissances d'Italio. El donne-t-on la gloire au cardinal «lo Tournon d'avoir par ses judicieux avis tiré le Papo de dangereux détroits où l'avait poussé l'ambition effrénée de ses neveux; et, dans l'intrigue de leurs desseins mal dirigés de lui avoir fait trouver des issues qui sauvèrent aucunement son honneur du mépris des hommes, et de l'indiscrétion do la fortune, où ils l'avaient témérairoment exposé.

«Il se trouva a la création du Pape Marceau Cerviu qui, ayant été accueilli d'un accident d'apoplexie, borna au dix-septième jour de son pontifical les espérances de la chrétienté. Dont il lui fallut encore assister à l'élection qui suivit tôt après, en laquelle un bon nombro des cardinaux assemblés inclina de son côté pour le faire Pffpe; la pluralité des suffrages ayant adjugé celte dignité souveraine au cardinal Jean-Ange do Médicis, depuis nommé Pie IV, qui en témoignage de l'approbation qu'il donnait un mérite de uotre cardinal, le pourvut de la riche abbaye de Saint-Jean qui vaqua en France durant la tenue du conclave, le créa évêuuo d'Ostieet doyen du Sacré-Col lége, à la place du cardinal de Bellay alors décédé ; et après l'avoir vu sans jalousie son concurrent en I inclination du conclave, et en l'estime publique, le fil être l'objet de son affection el de .ton estime privée.

« El il montra bien l'étal qu'il faisait ao sa vertu, en la dillicullé qu'il lit de lui bailler son congé, el de s'éloigner de sa cour ; quand le roi François U ayant recueilli, encore jeune d'ans, la succession de la couronne qui lui était échue par la mort désastreuse du roi Henri son père ; et ceux qui gouvernaient alors le conseil jugeaol que le secours d'un esprit puissant el désintéressé, el qui n'avail aucune teinture do partialités, comme celui du cardinal de Tournon, était alors nécessaire au bien de l'Etat, demandèrent au Pape Pie son retour eu France, el le sollicitèrent avec dei lettres si pressantes du roi el de la reine, qu'il fut contraint de relâcher a la nécessité des affaires de France, ce qu'il gardait pour l'ornement et l'honneur de la cour de Rom*. El ce fut, dit-on, en ce voyage, qu'un petit

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poisson de demi-pied de long, arrêta court su milieu de la mer le vaisseau sur lequel le rnrdimvl était porté de grand vent ; et lui fit dire* quand on lui eut montré ce petit tyrnn de vaisseaux : Que citait chose étrange 'de la misère et de la fragilité humaine, qu elle fût $i aitémenl vaincue, et arrêtée en ton cours par les efforts d'une si chétive puissance.

« Il rencontra en remontant à Lyon deux sujets fâcheux, mais favorables à faire paraître son zèle. Le premier fut l'entreprise queCharles de Monlbrun, son allié, avait faite sur le comtat d'Avignon, où il était entré en armes, avec trois mille hommes de pied hérétiques, et s'était saisi presque de tout le pays, avec l'aide de ceux qui s'y étaient révoltés par l'entremise d'un certain Guillolin, jurisconsulte, en faveur de In nouvelle religion. El était-on.pour voir cette province perdue et éclipsée du patrimoine de l'Eglise, si le cardinal de Tournon n'eût fait retirer Monlbrun avec ses troupes, lui promettant de le remettre aux bonnes grâces du roi, d'où la rébellion lui avait fermé l'entrée. L'autre sujelde fâcherie qu'il'eul fut d'avoir irouvé son collège de Tournon (qu'il avait bâti, et doté magnifiquement, et fait ériger en université) sous la conduite de professeurs hérétiques qui s'y étaient coulés & dessein de corrompre l'esprit de la jeunesse qui y était élevée, et par le moyen de ces tendres rejetons des plus honorables familles qu'ils auraient erapoisonnésde leurs erreurs, peupler du plant de l'hérésie toutes les provinces voisines. De quoi étant bien informé, tant par les tirtèles avis de Jean Pélisson, principal du collège, que par les placards, non moins arrogants qu'injurieux a l'Eglise, «Qîchés de nuit aux portes du château de Tournon; il appela les PP. de la Compagnie de Jésus, qu'il avait connus à Rome durant le séjour qu'il y fit a diverses fois, et a Lyon , en la personne des PP. Alphonse Snlmoron et Pasquler Broël, qui, revenant d'Hybernie en qualité de légats du Pape Paul III, avaient été détenus en prison, en leur passage nar Lyon, comme espions des ennemis : d où le cardinal les retira ; et

ftour effacer entièrement le blâme qu'on eur donnait & tort, les tint un longtemps avec honneur et caresses en son logis, et conçut de leurs pieux et doctes entretiens une si bonne opinion de la Compagnie, qu'il résolut dès lors de lui procurer tous les avantages que l'occasion lui pourrait mettre en main : ce qu'il exécuta en partie en lui donnant son collège de Tournon pour y instruire la jeunesse (corane elle a depuis fait avec des fruits inestimables) en la vraie religion, aux bonnes mœurs et en toutes les sciences divines et humaines; qui fut une arrhe et un témoignage magnifique de l'estime et de l'affection de ce grand cardinal envers la Compagnie; comme il sera le précieux monumenldes immortelles obligations qu'elle a d'honorer la mémoire de son trèslibéral et très-illustre fondateur.

« Après avoir rendu cette satisfaction a son zèle envers le oublie et à son inclination

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envers la compagnie, il hâta son voyag« pour se trouver à l'ouverture des Etals d'Orléans, d'où le roi et la reine, pour faire voir à loul le monde le jugement qu'ils faisaient de sa vertu et de la nécessité de ses services, lui vinrent au-devant avec tonte la cour; qui fut un honneur trop excessif pour être reçu de sa modestie sans confusioo, et trop éclatant pour ne faire point de mal aux yeux de l'envie. Et il ne fut néanmoins personne qui doutât qu'il n'eût rendu si conduite autant illustre qu'heureuse, par les effets glorieux qu'il promettait souf ce règne, s'il eût été aussi longtemps qu'on le souhaitait; mais lo malheur de la mort avancée du roi en moissonna l'espérance en sa fleur, et rendit la fortune de cet Elalsi douteuse, que (nonobstant les soins qu'on apporta h donner de sages conseils au jeune roi Charles, à qui son frère avait laissé le sceptre, en mourant, entre lesquels noire cardinal n'était pas des derniers) le ratai» des guerres civiles suscitées durant la minorité du prince, et le l a de la rébellion allumé du souffle de l'hérésie, et nourri d« la débauche des peuples, et de l'ambition des princes, faillirent à embraser et réduire en cendre le plus beau royaume de la chrétienté.

« Ce fut en ce temps trouble et orageui, qu'au déçu et contre l'intention du cardinal de Tournon, on accorda l'entrée libre el le pourparler aux chefs de Pbérésie en l'assemblée de Poissy. El quoi qu'il fil tout ce dont il se peut sagement aviser pour empêcher l'exécution de ce projet, comme d'une menée secrète qui était dressée contre la religion, jusqu'à s'en prendre avec des paroles fort aigres au chancelier, cftiwne insensible aux maux que ce colloque deriii produire. Il y assista néanmoins, ne pouvant iaire autrement, lui sixième cardinal, arre trenle-six évéques et un grand nombre de docteurs. Où ayant aperçu le désordre qu'il avait appréhendé, et jugeant bien qoM n'était plus temps de se défendre de la mine quand elle avait pris feu, il se crut au moins obligé de déclarer avec liberté ses resseniimenis à la reine mère, do quoi le clergé du royaume, qui était juge-né des différend* de religion, paraissait en celte assemblée pour disputer comme à la barre, et de pair avec les ennemis de l'Eglise, déjà flétris f«r les arrêts de la justice divine et humaine; el ce par-devant des personnes laïques, qui ne devaient poinl tant avoir égard a l'étendue de leurs pouvoirs dans l'Etat, qu'ils ne considérassent en même temps la mesure de leurs devoirs envers la religion, sans laquelle il n'y a point de protecliou dans I** royaumes ni de salut dans l'univers. B" arriva encore que Bèze, dans son discour?, ayant effrontément avancé que 1» corps d" Christ était aussi éloigné du sacrement « l'Eucharistie que le ciel l'était de la terre, '« cardinal se leva et demanda a ses majesté^ le visage hautement coloré d'un saint ièi«. ou qu'on fermât la bouche è l'itnpudenw punissable de ce prélat, ou qu'il lui fûtp*"

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Iretenaieûl du cher objet de ses espérances, ménageant, de tout l'effort de son esprit, ces précieux moments pour le mérite do l'éternité. Et il s'était bien si Tort attaché de tous les sentiments de la chair et des amours delà vin, et transporté si entièrement en Dieu, par une dévotion pure, tendre et toute confite en amour, qu'il pria le P. Polanqoe d'employer les prières de ses compagnons qui étaient a Paris, pour lui obtenir de Dieu qu'il tranchât sans délai, par un coup do faveur, ce filet pourri de sa vie mortelle, pour commencer au plus tôt l'immortelle.

« Ainsi acheva chrétiennement cette âme rare et exemplaire le dernier du ses jours, faisant de l'ombre de sa mort l'un des plus beaux traits de l'image de sa vie; comme il avait fait de sa vie l'un des plus glorieux ornements de sa patrie et de l'Eglise, dont il avait été la défense et l'appui. II mourut à Saint Germain en Laye.daus le palais royal, le 22' jour d'avril , de l'année 1562, de sou Age la 73*; d'où son corps, suivant sa disposition, fut trausporté a Tournon, un la chapelle du collège qu'il avait bâti et donné à la Compagnie, où le tombeau et la mémoire de ce grand homme servent encore aujourd'hui de colonne à lElat, d'exemple et de modèle a la rerlu. »

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