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« Sainteté. — Ce n'est pas cela ; ne corres- • pondez-vous pas surlesalfairesdujour?» Je « n'avais écrit au Souverain Pontife qu'une fois et n'avais pas reçu de réponse, je crus pouvoir répondre négativement. « Mais « vous avez vu un bref du Pape pu cardinal « Maury? — Oui, je l'ai vu. — Qui vous l'a « montré ? — Jo ne peux pas le dire. — Oh ! « pour terminer, voila M. l'archevêque, don- « nez onlremes mainsvotre démission, et tout « est Uni.— Je ne le peux pas. — Votre refus « prouve que vous voulez être chef de parti : « donnez votre démission, ou vous êtes mon « prisonnier. — Je serai votre prisonuier. » Après que Savary m'eut interrogé, ou me I «is sa seul jusqu'à la nuit. Le conseiller d'Eiat Réal vint ensuite, et ou me fi i monter dans son carrosse pour me conduire chez moi, et y faire la visite de mes papiers Je soupirais après la (in de tous
ces interrogatoires. J'en fus délivré le k janvier, où un agent do police me fil monter dans un fiacre et me conduisit à Vincennes. »
Toutefois ce qui le préoccupait, c'étaient, non pas sa captivité, mais les malheurs de ses parenls et de ses amis, malheurs dont il était la causu innocente. L'abbé de la Calnrado fut détenu à la Force, puis exilé; l'abbé Guairard, mandé a la police, eut le même sort. M. Porialis fut destitué de tous ses emplois, et proscrit. Le P. Fontana, le prélat Grégorio, les cardinaux di Pietro, Gabrielli et Oppizoni furent emprisonnés. Mis au secret dans le donjon de Vineenncs, d'Astres passa un an dans ce silence absolu
Îui fait de la prison un tombeau anticipé, vanl d'être installé dans son cachot, il lui avait fallu subir l'indigne traitement d'être fouillé, comme un malfaiteur. On lui enleva tes moindres objets capables de servir d'instruments & un suicide. Les autres défiances le louchaient peu ; celle dernière l'outrageait: elle était une injure à son honneur de prêtre, a sa foi de Chrétien. 11 demanda une aiguille pour réparer ses ré* tmnenls : après de longues et mûres délibérations, ou se décida à lui faire celle importante concession. « Tout le mobilier de sa prison se composait de la couche de sangle sur laquelle il reposait. Auprès de ce lit se trouvait une cruche, d'où le prisonnier faisait tomber do l'eau dans le creux de sa main pour se laver. Alors la même couverture qui servait de drap de lit pendant la nuit, faisait l'ofike d'essuie-mains pendant le jour. L'abbé d'Astros était heureux au milieu de celle simplicité plus que cénobilique. Son expérience de Vineenncs, disaitil souvent, lui avait fuit sentir combien l'homme a besoin de peu. Aussi acceptait-il avec une gaieté moitié chrétienne, moitié philosophique , la pauvreté du donjon; et, se retournant par la pensée vers les magnificences de Paris, H aimait a répéter avec le Sage : Quam multi$ non indigcol La nudité de sa demeure ('prouvait nioii s la résignalion du captif que son exiguïté. Volontiers il aurait fait bon marché de tous les autres
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agréments de la vie, si l'espace et le grand air ne lui eussent pas été si parcimonieusement mesurés.... Parmi ses gardiens , il en était un dout le cœur était séduit par ce puissant attrait qui s'altache à la vertu persécutée, c'était le concierge du donjon. Plusieurs fois par jour il avait occasion de visiter l'abbé d'Astros en lui portant sa nourriture. La vue de ce jeune prêtre si doux, qui priail presque toujours et ne se plaignait jamais, navrait son Ame. Néanmoins, les règlements lui imposant le mulismo le plus rigoureux pendant les visites, la commisération du concierge fut longtemps refoulée par la consigne. Un jour, malgré la consigne et le commandant, les sentiments de ce noble cœur éclatèrent , et une parole de sympathie lui échappa : ce fut assez pour le reluire criminel. Destitué de son emploi et chassé du donjon, il eipia l'honorable délit do n'avoir pas su gouverner sa pitié. Quand l'abbé d'Astros connut la disgrâce de cet homme, il en fut profondément ému. Cette épreuve renfermait pour lui un double déchirement, celui de perdre le dernier ami qui lui restât, et celui d'être l'occasion de son malheur.» (Cai<ssctte.) Son frère et une de ses sœurs, inquiets de ne pas recevoir de ses nouvelles, se rendirent du fond de la Provence à Paris pour essayer do le voir, mais quelles que fussent leurs prières, celle consolation leur fut refusée, et ils eurent fa douleur de s'en retourr.er commo ils étaient venus. L'année 1818 lui apporta de notables améliorations. Il lui fut donné de voir un peu de solerl, de sa promener dans un préau. Le secret était levé. Il put s'entretenir avec les antres ecclésiastiques du fort. Quelle ne fut pas sa surprise en apprenant que leur arrestation avait été provoquée par la sienne I Les armées de l'Europe, coalisée contre Napoléon , marchaient sur Paris. Le. prisonnier de Vincenncs est transféré à Angers.
« Nous partîmes do Vinccnnes le 9 février 181V el très-précipitamment, dit-il dans uno lettre. On prétendait que le local était nécessaire pour y mettre un magasin de poudre. Dans le l'ail, c'est qu'on avait peur que nous ne fussions délivrés par les Cosaques. Ou nous embarqua dans des diligences.
Nous étions dans la nôtre quatre prisonniers, dont trois ecclésiastiques et un laïque sicilien, plus le commandant du donjon du Vincennes. Dans les autres diligences, il y avait, nuire des prisonniers, quatre gendarmes. Quoique ce fût pour nous conduire dans d'autres prisons, je fus bien aise de sortir de ce donjon fameux, qui restitue avoc lant de peine ce qu'on y met. Nous en partîmes a 6 heures du matin. Je revis avec plaisir les boulevards do Paris.... nous ne descendîmes du voiture que le soir Noire voyage a été très-lent. Les chevaux qui nous menaient étaient pris par réquisition. Enfin après (rois nuits et quatre jours de marche, nous arrivâmes k Angers, dans la prison civile, dans un appartement bien sale, enfumé, garni d'un grand nombre do lits cras-
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seui, dégoûtants el à trois places, que d'autres prisonniers venaient de quitter.... J'avoue que l'aspect de ee logement, el surtout des lits, m'a aflVcté un moment... • A peine avait-il repris ses fonctions de grand vicaire a Paris, que le retour de l'iTo d'Elbe do Napoléon le contraignit de passer en Angleterre. Cet esil ne fut pas long. En 1817 un nouveau concordat portait à quatre-vingtdouze le nombre des siég.-s épiscopaux.
Les nouveaux évêques étaient nommés, lorsque le ministère , reculant , adopta un règlement détinitif qoi pril le milieu entre le concordat de 1801 et celui de 1817, et porta à quatre-vingts le nombre des sièges épiscopaux. L'abbé d'Astros, nommé d'abord a l'évéchô d'Orange, puis a celui de Saint- Flour, fut sacré, en juillet 1830, évôque de fioyonne. Installé lel3août, le prélat faisait entendre, le même jour, de la chaire de sa nouvelle cathédrale, ces simples paroles : « lies frères , ne soyez pas surpris si vous me voyez en ce -noment dans le trouble : quand je vois accourir en foule, dans celle enceinte sacrée, les habitants d'uno si grande ville; quand je pense à ce qui est l'objet d'une réunion si nombreuse et si imitante, une multitude de pensées contraires agitent mon esprit et mou cœur. Quel est mon élonnement surtout de me trouver si bien accueilli dans cette cité a laquelle j'étais étranger jusqu'à ce jour! de me voir dans celle chaire, couvert des vêtements sacrés des pontifes, et portant dans mes mains le bâton mystérieux, symbole de l'autorité pastorale que la Providence m'a confiée. Grand Dieul est-il bien vrai que vous m'ayez desliué pour être le premier pasteur de cet immense diocèse T Qu'avez -vous trouvé en moi pour me juger capable de gouverner un si grand peuple? Est-ce donc un secret jugement de rigueur que vous exercez sur moi, ou bien une punition dont vous les frappez oui-mêmes?... » Ce n'était pas, dans sa bouche, une précaution oratoire, mais l'alaime d'une humilité sincère qui se reprochait, comme Vincent de Paul, de n'avoir pas toute sa vie labouré les champs plutôt que d'accepter le sacerdoce. Administrateur actif, il avait soin que toutes les affaires fussent expédiées avec promptitude, eu même temps qu'avec maturité. * Après avoir donné sa journée aux alfa ires, Mgr d'Astros se prélait aux hommes pendant deux heures de la soirée. A l'issue do son dîner il recevait les prélros et les personnes du monde qui venaient lo visiter. Le clergé surtout y venait avec assiduité, (t le prélat, fécood eu souvenirs quand il était à l'aise, quelquefois piquant, si la charité le permettait, offrait le modèle d'une conversation évangélique en mémo temps que d'étendue... Sa vie publique était sévère, son intimité avait une simplicité, une douceur ineffable... A buit heures, le prélat quittait la distraction pour In prière. Il allait dans sa ebambre dire lo graud OlUce suivi du chapelet, et a neuf heures un son do cloche appelait tout») sa maison a la prière
du soir. Elle était présidée par lui et récitée par son secrétaire. Après cela tout le palais rentrait dans le silence comme un monastère." » ( Ibid.)
La même régularité , qui présidait aux affaires du diocèse, régnait dans sa maison. Eilo était ordonnée avec une simplicité antique. « Cependant le même esprit qui l'êloignait du faste, l'éloignait de la singularité, il était un amour-propre plus coupable à ses yeux que celui do la magnificence, c'était celui de l'affectation. Sans oublier in réformation du concile de Trente, qui prescrit In frugalité et la pauvreté pour les tables épiscopales, il admeltoil l'argenterie et quelques ornements sévères. Il pensait que dans les siècles où la foi baisse, il fallait entourer la dignité épiscopalo d'un peu d'éclat, comme on met un cadre d'or à certains objets pré* deux, pour les faire ressortir, et que le luxe, païen quand il est la décoration de l'homm^, est chrétien comme les splendeurs de l'autel , quand il pare dans l'homme lo représentant de Jésus-Christ; enfin il trouvait la parole de Sénôquo aussi vraie selon l'Evangile que selon la philosophie : Celui-là est grand qui use de plats du terre avec autant de satisfaction mie s'ils étaient d'argent ; mais celui-là est plus grand encore qui mange en des plats d'argent avec autant du mépris que s'ils étaient de terre. » Cependant li piété du saint prélat s'alarmait quelquefois de ne pouvoir réaliser tout lu dépouillement des siècles apostoliques. Un jour il fut troublé dans sa lecture par ces paroles de l'/mitalion : « La pauvreté n'a ni serviteurs, ni servantes, ni palais, ni terres, ni rien de co qui peut contribuer à la commodité et aux plaisirs de h vie. » Aussitôt il scruta, en tremblant, une sentence qui semblait exclure les évêques do la pauvreté do Nolro-Seigneur. Il n'eut point de repos jusqu'à ce qu'il eût trouvé à sa conscience celte solution, consignée dans ses écrits: ■ Heureusement si nous avons des serviteurs, ce n'est que pour avoir le temps de mieux servir les «■lires. » [Ibid.) Parler de son désintéressement, de sa charité, ce serait faire injure a sa vertu. Dèsqu'il recevait son traitement, la première portion était pour les pauvres. Quand ses neveux et ses nièces lo venaient voir.il leur disait, en recevant leurs adieux : « J'aurais bien voulu vous donner un souvenir, mais j'ai dépensé, celte année, les revenus de mon patrimoine, et les autres no m'appartiennent pas. m Mgr d'Astros eut bientôt étudié son diocèse et vu ce qui lui manquait. Par ses soins, trois petits séminaires sont établis, unà Larressore, le second à Saint Pé, lolroisièmeàOloron. Avec ses seules ressources, il bâtit lu grand sémiuairo, un des beaux monuments do ce genre. Il défend de quitter lu costume ecclésiastique, décoration du pré- Ire. 11 fonde uno caisse d'épargnes en faveur des prêtres âgés et infirmes, el élève à ses invalides un monument modeste. Il rétablit les retraites et les conférences. Quelques traits feront connaître la bouté de son cœur. li.i tournée pastorale , jn curé lui présenta à
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•confirmer 150 enfants dont une douzaine savaient à peine l'indispensable pour la réception du sacrement. Le prélat en fut affligé. Il exhorta vivement les parents h envoyer leurs curants au catéchisme , mais il n'eut pas, môme en particulier une parole de blâme pour le curé. Un dus grands vicaires lui en témoignant sa surprise : • Que nuis-je lui dire,» répond le bon évêque, ■ qu'il ne se soit déjà dit à lui-mémo ? Il est assez peiné ; Pieu me garde d'y rien ajouter. Je suis, sûr qu'il me donnera plus de satisfaction à l'avenir. » Un autro prêire avait justement encouru sa disgrâce , et il subissait en expialion un exil humiliant. Du fond de la retraite il poussa vers son évêque un cri d'amende honorable ; et celui-ci, toujours miséricordieux, lui envoya ce précieux encouragement : ■ Je vous écris dès aujourd'hui, mou cher N..., dans l'intention d'adoucir» si je peux, votre peine et la mienne. Je vous répète ici que , si j'ai usé de sévérité, c'est que j'ai cru le devoir, et sans avoir aucune amertume contre vous dans le cœur.
■ Ce qui a dû vous causer le plus de peine, c'est l'opinion défavorable que votre envoi à N... pouvait donner de vous dans Bayoone. J'ai eu ce matin une pensée qu'on pourra trouver singulière, qu'on blâmera peutêtre» mais qui satisfait mon cœur et doit vous en prouver la disposition à voire égard, c'est de vous inviter à venir, dans quelque temps» descendre à l'évéché pour y passer quelques jours Si l'on pouvait m accuser de faire ici une fausse démarche, je ne crois pas du moins qu'on puisse en blâmer le motif. Vous ferez, du reste, de celle invitation ce qui vous plaira. Si vous l'acceptez» vous me ferez plaisir ; si vous ne l'acceptez pas, je ne le trouverai pas mauvais; je n'en ai donné connaissance à personne. Je n'ai pas besoin de vous dire autre chose sur mes sentiments. » Langage admirable, et bien digne d'un ministre de l'Evangile. Un jeune prêtre , sans mauvaise intention sans doute , mais avec une inconvenance faite pour soulever l'indignation , s'était permis de lui donner, en société, des avis outrageants. Mgr d'Astros les écouta sans éajolion. Quelques jours après il écrivit à l'impertinent conseiller pour te remercier et lui dire qu'il tâchait de mettre à profit ses reproches. C'était de l'humilité rhréticono portée à ses dernières limites. Toutefois sa bonté ne dégénérait pas en faiblesse, et n'altérait en rien l'énergie du caractère. Au passage de la duchesse d'Angoulêoje à Bayonne, le chevalier d'honneur de celte princesse demanda à l'évêque une nomination qui n'était pas juste. Quoique le suppliant fût le marquis de Vibraye , ancien ami de Mgr d'Astros , il n'obtint qu'un refus obstiné. Le marquis , reconnaissant h celui-ci une bonne volonté dominée par la conscience, s'inclina devant les scrupules et la justice de l'évêque. Vers ce temps fut oh*erl à Mgr d'Astros un présent dont il était bien digne \ c'était la
crosse de saint François de Sales. Acheté* d'abord par l'abbé de Moncrif , docteur de Sorbonne , elle avait été donnée par lui au trésor de l'église d'Arudy, arrondissement d'Orlhez. Quand les habitants eurent pu apprécier Mgr d'Astros, ils jugèrent qu'uu tel bâton pastoral ne pouvait être mieui placé qu'aux mains de leur évêque, et ils le supplièrent de l'accepter. Les villes qui renfermaient des protestants étaient l'objet d'un zèle tout particulier. A Belloc, il reçut plusieurs abjurations.
A Orthez, ses succès eurent un bien autre retentissement. Cette ville, sur une population de 7,000 âmes, compte mille protestants. Le prélat y devait accompagner les missionnaires et mettre lui-même la main à l'œuvre. A celte nouvelle, l'alarme se répandit chez les ministres réformés. Us sa réunirent et se concertèrent pour empêcher leurs coreligionnaires d'assister aux prédications. Ne pouvant leur parler, l'érêque résolut de leur écrire; de là. une première lettre aux protestants d'Orlhez, lettre qui parut sous le voile de l'anonyme, mais qu'il approuva. Il y touchait sommairement les points fondamentaux de la discussion entre les deux communions; mais son langage était moins celui d'un controversiste qui combat, que la langage d'un père délaissé qui tend les bras. Une polémique s'engagea. Les trois lettres de l'évêque réunies composent le livre intitulé: La vérité catholique démontrée. «Peu de livres, «dit un conlroversisle distingué, • réunissent au même degré que celui-ci le savoir, la logique, la modération et la clarté ; il eu est peu d'aussi propres à raffermir les Catholiques et à détromper les protestants. • [Ami ae la religion, déc. 1851.) fin 1829, l'évêque de Rayonne donna des statuts synodaux à son clergé. Il pensait, avec tous les bons esprits, que les règle» disciplinaires, invariables pour le fond, doivent être modifiées suivant les temps et les circonstances. L'année suivante, il fut transféré à l'archevêché de Toulouse. Il aurait bien voulu repousser co nouveau fardeau comme il avait repoussé l'archevêché de Besançon. Le 13 mai 1830v M. Frayssinous, resté chargé de la présentation aux titres ecclésiastiques, écrivait à l'évêque de Bayonne : « vous accepterez par obéissance et par dévouement à la. religion ce que vous n'avez pas cherché. Vous sentez bien que dans les circonstances actuelles, le roi ne peut, en aucune manière, craindre un refus que pourrait inspirer la modestie, mais que repousserait la sagesse.» Quoique le gouvernement , tranchant la difficulté d'avance, imposât la charge plutôt qu'il ne la proposait , Mgr d'Astros tenta néanmoins de détourner le coup. Il répondit: «Monseigneur, j'ai reçu hier la lettre où Votre Excellence m'annonce ma nomination à I archevêché do Toulouso.
J'espère que le roi ne s'offensera pas, si vous lui soumettez les observations que je crois devoir faire sur ma translation. Il est bien vrai qu'il semble peu convenable d«
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ne point paraître touché Je ses faveurs; mais Sa Majesté verra très-bien que, loin île mépriser ses bontés, c'est au contraire à raison du grand prix dont elles sont a mes yeux, que je m'en reconnais plus indigne.
« Ce ne sont cependant pas ces motifs que je veux alléguer, quoiqu'ils soient très-véritables, parce que vous les attribueriez a un sentiment d'humilité. Il y a d'autres considérations dont vous admettrez vous-même, je l'espère, la solidité.
« Quoique je ne sois pas très-avance en Age, je dois, à raison de ma santé singulièrement frêle, être considéré comme tel. Un de mes jeux p'a jamais vu, l'autre est trèsfaible ; ma constitution est si bizarre que le simple changement d'appartement m est quelquefois nuisible. Que sera-ce si je change même de climat?
« Depuis dix ans que je suis Bayonue, j'ai acquis fa connaissance du diocèse et de son clergé. Il m'est beaucoup plus facile d'y faire le bien. Est-il raisonnable qu'à mon Age j'aille recommencer, sur nouveaux frais, à gouverner un grand diocèse? Ne vaut-il luis mieux c placer un évèque fort et moins Agé qui pourra l'administrer longtemps, et par c<»la même plus utilement ?
«Ce que vous me dites, Monseigneur, que dans les circonstances actuelles le roi ne peut, en aucune manière, craindre un refus que repousserai/ sa sagesse, fait sur mou esprit l'impression qu'il doit y faire. Je suis entièrement dévoué au roi, comme è la religion, le n'hésiterais pas, si l'un ou l'autre avait de moi un vrai besoin. Mais il me semble, après cet exposé, que la religion et le service de Sa Majesté gagneront à ce qu'un autre soit nommé è ma place.» Il quitta sa vi/fe épiscopale çn pleurs, après avoir fait les honneurs de sa cathédrale au n#i et à la reine de Naples qui venaient do marier leur fille au roi d'Espagne Ferdinand VII. Il était h Paris en juillet 1830, attendant ses bulles qui allaient y arriver, lorsque la France, ce pays si fécond en révolutions, en fit eocore une. Ce fut une vive douleur pour le prélat profondément attaché à la monarchie déchue par les liens do la reconuaissancei II avait quitté la capitale où il ne devait plus reparaître, et il vivait retiré auprès de sa famille. Leduc de Broglie, ministre des cultes, lui écrivit, le IV octobre 1830, que ses bulles, arrivées le 1" septembre, se- . raient promulguées quand il aurait satisfait A la condition du serment. Mais IA était uue difficulté. Qu'entendait-on par le serment ? I< allait jurer fidélité au roi : celte fidélité unpiiquail-elle uue simple obéissauce, ou "O lien de cœur incompatible a»oc d'autres directions? 11 fallait jurer fidélité à la charte: <e eontral était-il tbéologiquement irréprochable dans toutes ses dis|>osilioiis ? 11 fallait jurer sur une formule proposée par Je ministre : d'après les concordats de 1801 cl de 1817, on ne le taisait que sur une formule approuvée par le Pape. M^r d'Astros ouvrit sa pensée au ministre en «es termes : • Monsieur le ministre, je vois
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avec plaisir que le gouvernement s'occupe des églises privées de leur premier pasteur ; mais je vois avec peine qu'il est question de nous demander un nouveau serment.
J'aimais à penser que, dans les circonstances difficiles où nous sommes, le gouvernement s'abstiendrait d'interroger nos consciences, et qu'il éviterait de faire renaître la malheureuse distinction d'assermentés et d'insermentés.
« lime semblait voir beaucoup plus d'inconvénients que d'avantages dans une conduite opposée. En effet, si les évoques viennent à refuser le serinent, ce refus doit produire une impression défavorable au nc.ivel ordre de choses; s'ils le prêtent, la foi jurée A ce nouveau gouvernement, le lendemain du jour où le roi légitime a été renversé, ne peut qu'affaiblir beaucoup, dans l'esprit des peuples le respect dû A ce lien sacré.
« Quant au serment lui-même, quel est celui qu'on exigera? Dans quels tonnes sorat-il conçu ? Je vous avouerai. Monsieur le ministre, que si je ne consultais que mes propres sentiments, et, s'ii ne s'agissait que de mes intérêts, je ne pourrais me décider à remplacer sitôt mes serments anciens par des serments nouveaux. Mais comrao ceci intéresse la religion, nous avons dans le che! de l'Eglise, une autorité suprême qui a droit A notre obéissance sur tous les points de la morale : j'attends la décision de Sa Sainteté et je m'y conformerai. Ne vous offensez point, Monsieur le ministre, de la franchise de mes observations. Le serment est un acle essentiellement religieux, et le sceau le plus sacré des conventions humaines. La garantie qu'il offre est d'autant plus puissante que ceux qui le prêtent y apportent une attention sérieuse.» Malgré tous les scrupules de Mgr d'Astres , lo bref de Pie VIII à Mgr deQuélen résolut pour lui les difficultés, et il prit possession de son église métropolitaine le tk décembre 1830.
Quand Toulouse vit cette .simplicité épiscopale, à laquelle le rang n'imposait aucun faste étranger, elle reconnut mieux le successeur de Saturnin et d'Exupère sous ce modeste appareil, et, contre toutes les prévisions, le pontife apôtre fut mieux compris que le pontife grand seigneur, le cardinal de Clormonl-Tonnorro h qui il succédait. Quoique sou nouveau diocèse eût été bien administré, qu'il y eût trouvé un clergé docile, pieux et lettré, il trouva encore A y introduire bien des améliorations. « Il rétablit les conférences ecclésiastiques, donna des statuts au chapitre. Il régla l'exercice de la juridiction, et relira les pouvoirs honorifiques. Il publia un nouveau Catéchisme. Il retoucha la liturgie diocésaine ; enfin il rendit toute sa vigueur à la discipline sur les plus roinulieus détails, ne perdant pas de vue que les petites observances préviennent les grands abus. A celte époque, quelques vieillards affaiblis ou autorisés interprétaient largcmeut le»
DKS CARDINAUX.
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saintes règles siir le lieu des confessions, la disposition des confessionnaux, l'âge de leurs servantes et l'administration des sacrements. Le saint évéque opposa do sévères injonctions a celle facilité toujours funeste pour ceux qui la voient, si ce n'est pour ceux qui la montrent. Il travailla avec la prévoyance de l'amour , à éloigner des presbytères l'ombre d'un soupçon. En arrivant parmi nous , Mgr d'Astros ne changea rien a ses habitudes épiscopales. D'année en année on voyait cependant sa vie se transfigurer comme nn soleil qui monte toujours. Avec celte débile santé qui lui arrachait naguère sa démission, on le voyait quitter son lit de malade pour commencer une tournée épisconale. Les bourgs des plus hautes Pyrénées le recevaient infirme et septuagénaire dans leurs chapelles inaccessibles. Sur son passage, on gardait, comme des reliques, les objets dont il s'était servi. Les prêtres le contemplaient avec une vraie dévotion dans leurs maisons édifiées, et quoiqu'il n'y ait guère plus de saints que de grands hommes pour l'intimité domestique, sa vertu avait cela de particulier que, plus on le voyait de près, plus elle séduisait.* (Le P. Cacssettk.)
La révolution de 1830 l'avait replacé dans une sphère qui était son élément : la lutte. Toute sa vie il avait lutté, tantôt contre Napoléon, tantôt contre les tendances irrégulières, contre les mauvaises doctrines , ou
fiour réclamer la liberté de l'enseignement. I eut bien dos démêlés avec le pouvoir nouveau qui , faible avec les audacieux, trouvait habile du livrer le clergé aux ca-
rrices populaires, espérant se le rallier par ignoble lien de la peur. L'archevêque avait conservé les trois grands vicaires que s'était associés lo cardinal de Clermont-Tonnerre dans l'administration de son diocèse. Le gouvernement en récusa deux. Lo prélat soutint ces hommes éminents. On menaça de retirer le traitement; Mgr d'Astros déclara qu'il ne donnerait pas de pouvoirs à d'autres. Après une longue collision, de guerre lasse, le pouvoir recula. En mars 1831, l'autorilé ordonna d'abattre les croix dans la ville de Toulouse. On demanda môme le concours de l'administration ecclésiastique. L'archevêque répondit avec indignation. Il protesta auprès de toutes les autorités. Il déclara le gouvernement traître envers la liberté des cultes, provocateur envers une cité catholique, et tyran envers la religion de la majorité. Durant ces années, lut agitée là question de réduire de trente le nombre des évéchés. Mgr d'Astros envoya alors au ministère des cultes un remarquable travail. Le concile de Trente d'une main , le chiirre des populations respectives de l'autre, il montrait que, loin d'avoir lait des largesses gratuites à l'Eglise, lo gouvernement dé fa Restauration «ait encore resté son débiteur. Il citait plusieurs administrations en souffrance par excès de travail, et bien des diocèses négligés par excès d'étendue. Il avertissait le
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pouvoir que, s opinifttrer dans celte voie, c'était travailler a sa ruina, parce que touits l'influence, que perdraient lesévêques, passerait aux ennemis de ce pouvoir. On ne parla plus du projet. Quand le ministre des cultes invita les évêques de France b lui communiquer leurs Mandements, l'archevêque fut vivement blessé do cette injonction. Il répondit que de tels écrits n'étaient justiciables que du Pape et de l'Eglise; que les magistrats pouvaient les examiner sous le point de vue politique et les dénoncer s'il y avait lieu ; que, pour lui, ne pouvant rabaisser a ce point la dignité épiscopale, il se ferait de la désobéissance un saint devoir. Au milieu de ces luttes, Mgr d'Astros n'oubliait pas de plus modestes devoirs. Le Catéchisme des sourds-muets en est une touchante preuve. Quoiqu'il l'eût composé plus tôt, c est alors qu'il y mil la dernière main.
i Un curé de son diocèse lui avait présenté un enfant que celte double infirmité excluait des sacrements. Ce dernier, quoi que intelligent et bon, ne pouvait, J'apres l'opinion générale , acquérir l'instruction nécessaire sans le secours d'une langue, el il était trop pauvre pour avoir des maîtres. Celte infortune navra le cœur du prélat. Une catégorie nombreuse d'araes abandonnées se présenta sous ses yeux. Il résolut de continuer en les complétant l'abbé de l'Egée et l'abbé Sicard. Jusque-là , on élait convaincu que les idées morales n'entraient dans l'esprit des sourds-muets que par des signes grammaticaux; que pour acquérir des connaissances intellectuelles, il fallait raisonner, et que le raisonnement n'était possible qu'au moyen d'une langue; enfin que, si les idées ne sont pas etiachées à des mois, on les perd, et, sans la mémoire, on ne conçoit pas l'instruction. Tout cela supposait la nécessité d'écoles spéciales, et Mgr d'Astros pensait à ceux qui n'en peuvent faire lus frais. Il posa donc en principe que les mots étaient è la rigueur suppléés par des signes, surtout par des images. Il fit traduire en ingénieux dessins les principales vérités de la religion. Il créa un Dictionnaire mimique pour exprimer la théologie en gestes, et faire passer l'esprit de la représentation sensible des choses au sens spirituel ; et si la méthode du prélat n'obtint pas des adhésions unanimes, nous savons que des maîtres habiles y puisèrent . de lumineuses inspirations. Le'cœur trouve une douce onction dans ce cours de religion élémentaire, ébauché par un évêque persécuté, que ses ennemis accusaient de troubler l'Etal, el qui, comme le divin Maître, s'en allait chez les pauvres faire entendre les sourds et parler (es muets.» (ibid.)
En août 183V, un prêtre flétri osa publier des libelles contre Mgr de Quélen el porter même au pied de la tribune des accusations où le ridicule le disputait à l'impudence-. Ces accusations soulevaient le mépris er lo dégoût. Mgr d'Astros, que révoltaient ces calomnies, ne put se contenir : » Je déclare
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ipi .durant Dieu, » écrivait-il a VAmi de la que dons les étirâmes el a qui il finit, suireligion, «que lont le temps où j'ai eu des vont un mot célèbre, ou Home ou le désert, rapports avec Mgr de Quélen, simple ecclé- Entré dans les ordre*, il partageait sa vie siasttque. évêque de Samosale, cnadjuteur entre la prière, la prédication, la maison du et enfin archevêque de Paris, je n'ai jamais Refuge qu'il avait fondée, et les pratiques rien tu que d'infiniment honorable dans mortifiées qui étaient l'objet de sa dévotion, toute sa conduite, et que j'ai souvent ad- Le cardinal do Clermont-Tonn^rre, voulant miré sa haute vertu, sa foi vive, sa piété fortifier ses conseils d'une gran le science
tendre, son dévouement inaltérable a la juridique unie à de rares vertus, le nomma
religion et a l'Eglise. Tout ce qu'il a souffert son grand vicaire. Celui-ci qui avait accepté
depuis 1830, et la dignité avec laquelle il les sacrifices du sacerdoce, mais qui en avait
l'a souffert, n'a fait que le rendre plus grand répudié par vœu les dignités, opposa une
aux yeux des gens de bien, et cette haute vive résistance. Sommé d'obéir, il se rendit
réputation, si bien méritée, écrasera le ca- a condition toutefois qu'il lui serait permis
lomniateiir. » de quitter le diocèse pour prêcher des re-
Après ranpnrition du second volume de traites pastorales. C'est dans l'exercice de
Y Efsai sur F indifférence* la France et le ca- ce ministère qu'il connut h Rayonne
tholicisme étaient encore dans l'admiration Mgr d'Asiros. Au premier contant ces deux
de l'abbé Lamennais. Mgr d'Astros, plus cœurs gravitèrent l'un vers l'autre; ils
clairvoyant, avait le pressentiment d'une s'éprirent d'une tendre el inaltérable amitié,
chute éclatante. Il s'en expliqua avec les ils se devinrent mutuellement nécessaires,
évêqne.% et motiva ses répugnances dans et ne formèrent plus qu'un vœu, celui do
une appréciation solennelle. Quelques an- mourir dans les bras l'un de l'autre, et au
nées aprè.«, quand eut paru l'Avenir, alors sein de Dieu. M. Rerger se promit de don-
que les antres évéques hésitaient, l'arche- ner un jour Mgr d'Astros pour archevêque
vêqae de Toulouse porta les premiers coups : a Toulouse. Aussitôt après la mort du car-
« Comprenant que, dans les régions où din.il de Clcrmont-Tonnerre, comptant sur
l'aigle révolté poussait ses cris, les seules son influence h laquelle Mgr Frayssinous
du Vatican tombaient d'assez haut pour ne manquait jamais de déférer, il partit pour
l'atteindre, il rédigea une censure de ses Paris. Les précédents refus de Mgr d'Asiros
principales témérités doctrinales , la fit faisaient craindre une non-réussite. L'in-
signer par treizo pontifes voisins, et la dé* sistance du négociateur triompha des obs-
féra au tribunal de la papauté... Il y joignit tacles. Mgr d'Astros , nommé à Toulouse,
tontes les pièces du procès pour les mettre désirait avoir M. Berger pour successeur
sous les yeux de la sagesse infaillible qui a Rayonne. Il fit part de ce vœu à Mgr
allait prononcer. A cette fin, il conçut et d'UVrmopolis qui le partagea et communi-
tlress» la censure de 56 propositions extrai- qua à M. Berger le désir de Mgr d'Astros,
tfs de.« écrits de M. de Lamennais el de ses appuyé par une supplique du clergé
disciples. Il y prenait lo grand homme bayonnais. « L'humble grand vicaire s'en
presque à son origine; car. quoique celui-ci défendit par uno pieuse défaite, Mgr d'Her-
n'eût comblé la mesure que dans les hym- mopolts déconcerté no poussa pas plus
nés démocratiques de l'Avenir, il y avait avant. Alors Mgr d'Astros, pressé à la fois
déjà longtemps qu'il lui était beaucoup par son cœur et par ses prêtres, adressa
pardonné parce qu'il avait beaucoup coin- directement sa prière à M. Berger en lui
battu. Mais l'heure de la justice ayant faisant des reproches au nom de l'amitié. »
«enné, on comprit l'arriéré dans le compte (/6i'rf.)
qui lui fui demandé. L'acte d'accusation Celui-ci lui répondit : « Ne pourrais-je
commence donc en 1820. » (ibid.) pas dire que c'est vous qui n'agissez pas en
Personne n'ignore la condamnation et la atni en voulant vous séparer de moi et en
triste (lu de l'abbé de Lamennais. Mgr me désignant pour votre successeur î Cor-
d'Asiros qui. pendant toute sa carrière, taineinent, si j'étais condamné a être évê-
avaii été militant contre lous les pouvoirs, que, je ne serais pas insensible à l'honneur
contre l'Université, contre les mauvaises do vous remplacer et de me trouver au
doctrines, était dans l'intérieur un homme milieu de ces bons prêtres qui m'ont té-
«loox et pacifique, un ami tendre et dévoué, inoigné tant d'amilié durant mon séjour au
L'amitié élail un besoin de son cœur. Dans miltou d'eux. Je désire rester simple prêlro
l« clergé; hors du clergé, dans toutes les et mourir sous votre gouvernement. Je
clashs, il comptait de nombreux el vrais n'ose pas dire entre vos liras, mais je lu
•rois. Un de ceux qui furent le plus chers pense... » Là ne se borna pas Je désinlé-
* son cœur fut M. Berger. Celui-ci avait ressèment de M. Berger. Avant de se rendre
débuté dans la vie publique par de grands a son nouveau poste , Mgr d'Astros le
succès et par de grands écarts. Menant de consulta sur les grands vicaires du diocèse
front l'étude el le plaisir, il s'élait tour à de Toulouse. Le r.oble prêtre répondit
•«ur rendu célèbre comme orateur au bar- « quo M. Ortric était un vieillard paisible
rcau, comme professeur à la Faculté de et saint dont l'élimination serait injuste et
droit, eteomme pou moral dans sa conduite, mal appréciée ; que M. Lannéluc était un
"a jour, la grâce l'avait saisi et jeté dans administrateur aimé des prêtres el rompu
•m renoncements du sacerdoce. C'était une aux affaires dont il était impossible de se
««ces natures ardentes qui ne se reposent passer; que Je seul homme facile à déplacer,
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c'élail lui-môme, parce qn*il éls'il là par une faveur capricieuse du cardinal de Clennont- Tonnerre, qu'il trouverait d'ailleurs ilans l'amitié de son nouvel archevêque, pour supporter l'éloignemcnt, une force que les autres ne pouvaient avoir, qu'il avait un gîte tout prêt au Refuge où il n'aurait pas l'air d'un homme déchu, puisqu'il serait en famille, et que du reste, è moins d'une inionclioQ contraire, il optait pour celle solitude. On pense hien que l'injonction de Mgr d'Aslros ne se fit pas attendre. Dne eslimu poussée jusqu'à l'admiration vint développer encore les sentiments qu'il avait conçus pour sou ami. M. Berger lui rendit une réciprocité exaltée qui se traduisait a toute heure par des témoignages enthousiastes. » La mort seule les sépara. Pendant les dix-huit années que dura le gouvernement sorti de la révolution de juillet, Mgr d'Aslros fut toujours sur la brèche pour Ta défense de la roligion, publiant des Mandements, usant de la presse, écrivant au roi et aux ministres.
Il s'attristait des vertiges incompréhensibles qui encourageaient l'immoralité factieuse, et mettaient M. l'abbé Combalot en prison. Il demandait au ministre des cultes ce que faisait snn autorité pendant que des subordonnés vilipendaient la religion de la majorité; et si le ministre le rappelait à l'ordre, il lui répondait d'envoyer ses leçons au collège de France, qui en avait besoin, non a l'épiscopat qui avait mission de lui en adresser. (Ibid.) Un Mémoire adressé à Louis- Pliilippe, et où il demandait que le catholicisme fût la base de l'enseignement universitaire, que le certificat d éludes fût aboli, les grades conférés par un jury indépendant, etc., se terminait ainsi : «... Ou nous fait entendre que nous serons déférés au conseil d'Etat : pense-t-on qu'une pareille menace nous fera trahir nos devoirs? il faudrait apparemment en venir à des menaces hien plus sérieuses. Aussi les feuilles antireligieuses appellenl-elles déjà contre nous la saisie du temporel, les fers, la déportation, toutes les rigueurs de la tyrannie. Leurs provocations feront-elles écoulées? je suis bien loin de le croire. Si elles l'étaient, nous nous rappellerions l'exemple généreux des évêques de 90, nos illustres, prédécesseurs, et à l'aide du secours d'en haut, nous entrerions dans la lice des persécutions, puisqu'il faut trancher lu mol. Dès lors, celte prétendue philosophie
3ui, depuis un siècle, s'épuise à nous parler e tolérance, serail encore une fois vaincue, par cela seul que, pour essayer de nous vaincre, elle se trouverait de nouveau réduite a nous persécuter. »
Dans une autre lettre au même prince il s'écriait d'un ton prophétique : « Sire, pardonnez si j'ose encore recourir à Votre Majesté dans l'intérêt de la religion. Je viens n dire aux pieds du trône que le catholicisme périt, et que les mœurs se perdent en France, par les vices de l'instruction publique. Je laisse a Votre Majesté le soin d'y penser. Ne pas remédier à cet élat de choses, c'est lais-
ast m
serdsos le corps do l'Ëlat un mal intérieur qui, lot ou tard, lui sera funeste. > Quand parut le Manuel du droit ecclésiastique fran çais de M. Dnpin atné, le cardinal de Bnnald qui, dans un Mandement, condamna le livre, vit son Mandement déféré an conseil d'Etal. L'archevêque de Toulouse écrivit au cardinal pour le féliciter, et publia dans les journaux son adhésion ferme et motivée eu Mandement censuré. Enlin il dit au ministre que, quan<l les lois de l'Eglise ne sont pas d'accord avec celles de l'Eta', c'est aux secondes à se modifier: « Celle affaire, M. le ministre, «ajoutait-il, « donne lieu è un rapprochement capable d'imprimer sur notre temps un caractère d'ignominie ineffaçable. Que dira la postérité quand l'histoire lui apprendra qu'au moment où M. Michelet publiait avec succès sa brochure Du prêtre, de la femme, et de la famille, prodige d irréligion et de calomnie, le Mandement publié par un cardinal, pour la défense de* vérités saintes, a été poursuivi et condamné comme abusif par-devant le conseil d'Etal? » Peu de temps après, le gouvernement, par concession h ceux qui criaient le plus fort, invita les Jésuites à se dissoudre et à fermer leurs maisons. Ils obéirent en silonce. Devant cet acte de faiblesse, notre prélat ne put se contenir. Toujours intrépide, et plein de l'idée de ses devoirs, il envoya un Mémoire au Souverain Pontife, une Adresse au roi, où il rendait justice à la Compagnie, et prouvait la légalité de son existence. En 18V7, Mgr d'Aslros solennisa a Toulouse sa 50* année do prêtrise. L'année suivante, croulait une autre dynastie. Le 26 janvier 18^9, M. Berger, grand vicaire de Toulouse, descend à l'évêchô d'Amiens, porleur d'une lettre de son ami.
L'archevêque de Toulouse disait à Mgr Mioland : « Vous approuverez sûrement la pensée que j'ai eue d assurer à mon diocèse, sur la lin de ma carrièro épiscopale, un premier pasteur selon le cœur de Dieu. Mais, comment ai-je pu prétendre que vous, Monseigneur, déjà évêque, consentiriez à quitter voire diocèse pour venir administrer, eu second, celui de Toulouse?.... Que le zèle de la gloire de Dieu vous engage à quelque sacrilice, dans des temps où la religion a tant besoin que ses ministres se montrent des hommes d'un caractère surnaturel. Le Seigneur bénira votre renoncement à ce que vous avez de plus cher, un diocèse où vous avez fait tant de bien, et dont vo is possédez l'affection. » Dans ces conditions Mgr Mioland ne pouvait hésiter, et il fut institué coadjuteur de Toulouse avec le tilre d'archevêque de Sardes. Toulouse se souviendra longtemps de ces jours, où elle voyait sur son trône épiscopal, deux pontifes, vénérés pour leurs vertus, archevêques malgré euxmêmes, se tenant unis d'une main, et bénissant de l'autre : elle connut bientôt celte simplicité affable, celle supériorité pratique, et celte instruction puisée au contact des affaires et des hommes, qui font tant aim«r l'administration de Mgr Mioland. En 1850, la dépuldliou de la Haute-Garonne se rendit
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en corps auprès de M. le président de la république, pour solliciter, en faveur de \\j.r d'Astros, un des trois chapeaux que le Pape Pie IX allait accorder a la France. Le noble vieillard, bien innocent de la démarche, élail depuis longtemps connu a Rome. Déjà, en 1830, des prêtres de Baronne étant allés visiter le Suint-Père, Pie VIII leur dit spontanément : « Vous n'avez plus le môme évèque : je connais Mgr d'Astros ; c'est un prélat bien rempli de l'esprit de Dieu. » Quelques jours auparavant, l'ambas<adeur d* France avait sollicité, au nom île Charles X, la pourpre pour le duc de Rohan:le Souverain Pontife répondit :« MgrdeRohan est un digne ecclésiastique, je suis heureux de pouvoir l'honorer; mais il reste h la France deux grands sujets, Mgr d'Astros et Mgr Frayssinous. • Le Saint-Père ignorait que la barrette, offerte à Mgr Frayssinous, avait été noblement refusée par lut qui proposa è sa P'ace le duc deRohan. « C'est vers la fin de 1830 que Mgr d'Astros fut préconisé avec ileux illustres collègues, Mgr Gousset, archevêque de Reims, et Mgr Mathieu, archevêque de Besançon. La calotte lui fut portée par le garde-noble Troïli, la barrette par Mgr Appoltonî. Notre pontife, infirme et chargé d'années, ne pouvant faire le voyage de Paris, Mgr Fornari, nonce de Sa Sainteté, manda Mgr l'archevêque de Bordeaux, pour remettre à celui de Toulouse les insignes de sa nouvelle dignité. » (Ibid.) Le prélat, chargé de cette mission, félicita le cardinal octogénaire dans ce langage noble et élevé qui déeoule si naturellement de ses lèvres, avec toutes les grâces de l'esprit et la bienveillance d'une belle âme. Le cardinal, dans sa réponse, exprima l'étonnement de porter celle pourpre plutôt que le savant primat d'Aquitaine, et il la lui annonça pour un temps peu éloigné, comme s'il eut pressenti qu'il allait lui en léguer l'héritage. Il admirait les étonnantes vicissitudes humaines, ce dessein providentiel, qui se servait d'un Napoléon pour récompenser des résistances à un autre Napoléon, qui permettait qu'à M) ans de distance réparation fût faite à l'Eglise, et justice è la vérité.
M. Berger avait souvent imploré la grflee de ne pas survivre a son archevêque; sa prière fut exaucée. Il fut enlevé dans une vieillesse encore vigoureuse quelques mois avant son ami. Dès que le graud vicaire eut rendu sa belle Ame à Dieu, e cardinal trouva son palais vide comme un désert, et le quitta pour n'y plus rentrer. I alla cacher son deuil dans une maison religieuse qu'il avait fondée, le Calvaire, afin de tâcher, au sein d'un* famille nombreuse, de se dissimuler l'isolement qui pesait s ir lui. Dieu eut pitié de »a vieillesse, et ne lui laissa point revoir ce foyer épiscopal, on une voix si chère ne (ni aurait plus répondu. Le cardinal d'Astros s'éteignit saintement le 29 septembre 1851. L'archevêque du Sardes, devenu archevêque de Toulouse, donna sa première bénédiction a la dépouille vénérée de son prédécesseur, ei récita uo Ite profond» auquel les prêtres
répondaient par des pleurs. Dans la soirée, le corps, embaumé par le procédé Gannal, fut transféré nuitamment de la pauvre cellule du Calvaire è l'archevêché, et placé sur un lit de parade. Le cardinal, revêtu de la pourpre, demeura exposé huit jours dans une chapelle du palais archiépiscopal. Le 7 octobre eut lieu la cérémonie de sa sépulture. Kl le fut présidée par Mgr l'archevêque de Toulouse, assisté de NN. SS. les archevêques d'Auch et d'AIbi, les évêques de Carcassonne, P.nniers, Aire, Limoges et Bayonne. Un immense concours de prêtres, de soldats, de fonctionnaires, de fidèles, formèrent le convoi. La religion et l'Etat rivalisèrent de rongniticence dans la funèbre expression de leur deuil. Oi célébra une grande solennité funèbre le 12 novembre. Elle était présidée, sur rinvilatioo de Mgr Mioland, par Mgr l'archovêque de Bordeaux. La vaste métropole de Saint-Etienne était tendue de noir. Un nombreux clergé, toutes les autorités occupaient le milieu de la nef. Le reste était rempli d'une foule silencieuse et pressée. L'oraison funèbre fut alors prononcée par le R. P. Causselte, supérieur des prêtres du Saeré-Cœur. La vie du cardinal d'Astros a été écrite par le R. P. Caus«elte, Paris, 1853. chr-z Ausç. Va ton, vol. in-8' de plus du 700 P*ges. Nous avons fait à ce livre de nombreux emprunts. La Fia est suivie de l'Oraison funèbre et de pièces justificatives.
ATALAYA (Do» Joseph-Manuel d }, Portugais , prolonotaire apostolique , premier dignitaire de l'Eglise de Lisbonne, fut fait cardinal en 1747 par le Pape Benoit XIV.
ATRATOS, ou LE NOIR (Hcoi es), né à Eveslmm, dans le diocèse de WorceSter, avait fuit de grands progrès dans les sciences, surtout dans la philosophie, dans les mathématiques et dans la médecine.
Il se rendit surtout si habile médecin, qu'on l'appelait le phénix de son temps. Le Pape Nicolas III désira le voir à Romn, où il justifia l'opinion qu'on avait conçue de lui. Entré dans la urètrise, Atratus fut créé cardinal par le Pape Martin IV, le 23 mars 1281. Il remplit exactement les devoirs de son ministère, et mourut de la peste en 1287. On lui attribue quelques ouvrages : De geneatogiit humanis ; Probtemata ; Canones tntdieinalti. ( Voy. Pitseus , De terip. Angl. ; — Aubkry, H t» loir e des cardinaux.)
ATTAYDE (Nuao da Cumu d'), Portugais, inquisiteur général du Portugal, fut créé, en 1712, cardinal du titre de Sainte-Anastasie par Clément XI, Pape de 1700 à 1721, et qui nomma 70 cardinaux.
AUBUSSON (Pierre d), 39' grand maître de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem, dont la résidence était alors dans l'Ile do Rhodes, succéJa le 17 juin H76 à Jeau-Baplisle des Ursius.
Il était auparavant grand prieur d'Auvergne, et avait signalé son courage en beaucoup'd'occasious, ce qui lui mérita les suffrages de tous les électeurs du magistère. H naquit, en 1423, d'une des familles de France les plus illustres. Dès qu'il fut en âge, il
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omhrassala profession des arma?. La trêvo qui avn.il été conclue entre la France el l'Angleterre, et qui paraissait devoir être suivie rfo la paix, lui fil chercher de i'occupalion et de la gloire en Allemagne. Les Turcs commettaient d'affreux dégâts en Hongrie ; et l'empereur Sigismond, que les affaires de BAIe occupaient alors, ne pouvant s'opposer lui-même au torrent qui allait envahir toute l'Allemagne, envoya promplemenl Albert, duc d'Autriche, son «endre, avec des troupes, pour repousser les Barbares. Aubussnn se trouvait dans ces troupes, el il allait Taire ses premières armes contre l'euneini commun des Chrétiens. Albert marcha avec toute la diligence possible, el attaqua l'armée ottomane, dès qu'il l'eut découverte. Les commencements de l'action furent heureux pour les impériaux, el Aubusson combattit toujours aux premiers rangs ; bientôt voyant plier l'infanterie chrétienne, il rallia ce qui so lrouvr.it auprès de lui, et ranima tellement les Chrétiens, qu'ils fondirent surles Turcs, dontdix-hnit mille demeurèrent sur le champ de bataille, le reste ne pensant qu'à se sauver. Albert ayant licencié ses troupes, Aubusson suivit la noblesse qui se rendit à la cour de l'empereur. Il y fut reçu comme un de ceux qui avaient le plus contribué à la victoire, elgngna les bonnes grâces de Sigismond en s'appliquant aux belles-lettres queceprinceairnnitel cultivait. Il étudia l'histoire, les langues, les mathématiques, particulièrement celles qui s'appliquent à l'art mililaire. Il pouvait prétendre aux premiers emplois dans une cour où l'on rendait justice au mérite ;mais ses espérances furent anéanties par la mort de l'empereur, arrivée en 1W7. Il so retira voyant qn'Albirt n'avait pas pour lui les mêmes sentiments qu'avait eus Sigismond, soit que ce prince n'aimât pas les Français, soit pour touie autre cause. D'ailleurs, la guerre était allumée entre la France el l'Angleterre, son devoir le rappelait dans sa patrie.
Jean d'Auhusson, seigneur de la Borne, sou cous in -germa in, et chambellan du roi Charles VII, le présenta à la cnur. Le comte de la Marche, gouverneur du Dauphin, depuis Louis XI, lui témoigna beaucoup d'amitié, et s'honora même d'être son patron. L'attachement que d'Aubusson eut pour ce comte. lui donna lieu de se faire aimer du Dauphin, et de plaire au roi. Peu de temps après, il se signala d'une manière particulière à Montereau-Faul-Yonno où il suivit le Daunbin, qui avait la conduite du siège. Après la prise de celle ville, le roi, faisant son entrée dans Paris, voulut que d'Auhusson l'y accompagnât avec les principaux seigneurs de la cour. Bientôt ce jeune guerrier eut occasion de faire voir qu'il éiait aussi sage que courageux. Le Dauphin s'élont mis h la tête des princes rebelles, dans* cette fumeuse ligue, dite du- 6i>n public, d'Auhusson sut si bien adoucir el diriger l'esprit du Dauphin, que quand le comte d'Fu vint traiter avec lui de la pari du roi, il le trouva tout disposé à déposer les armes
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et a se soumettre. Charles VU loua plusieurs fois l'habileté do d'Aubusson, et dit que c'était chose rare de voir réunis tant de feu et tant de sagesse. Pendant la (rêve conclue avec les Anglais, le Dauphin, qui avait épousé la sœur de la duchesse d'Autriche, entra en Alsace à main armée, et d'Aubusson fut un des jeunes seigneurs qui le suivirent, et qui eurent le plus de parla la défaite des Suisses près de Bâle.
Pendant les divertissements de la cour à l'occasion du mariage de Marguerite , tille du roi de Sicile avec Henri roi d'Angleterre, Aubusson avait bien d'autres préoccupations. L'exemple de JeanHuniade et de Georges Castriol, qui avaient remporté des victoires mémorables sur le sultan Aruurat en lM2ellH3; les cruautés exercées par (es Turcs sur les Chrétiens après la bataille de Varna en el les avantages que les chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem avaient obtenus sur les Sarrasins, tous ces motifs ensemble L'animèrent d'un nouveau zèle pour la religion, et lui tirent prendre la résolution d'aller combattre les infidèles. Dans cedessein,)il partit pour Rhodes, où il fut reçu chevalier, quoiqu'il y eût une ordonnance du chapitre qui défendait d'en recevoir, jusqu'à ce que les finances épuisées par les dernières guerres, fussent rétablies. On fit en sa faveur une exception en considération de son mérite personnel, el aussi en considération de Louis d'Aubusson, sou oncle, un des plus braves chevaliers de l'ordre, el connu dans l'histoire *ous le nom du commandeur de Charoux. Il n'eut pas de peine à taire ses preuves, appartenant à l'une des plus nobles et des plus anciennes familles de l'Europe.
Quand Aubusson arriva à Rhodes, la paix venait d'être faite avec Amurat, et elle était presquo conclue avec le Soudan d'Egypte; mais, comme cette paix n'empêchait pas les courses dos pirates turcs, il prit la mer plusieurs fois, el fit si bien son devoir en toute occasion , qu'il obtint la commanderie Ho Salins, dès ses premières années de service. En ltô7, le grand maître do M lly envoya le commandeur d'Auhusson en France, pour demander du secours contre les infidèles. Il y arriva un peu après io cardinal d'Avignon, que le Pape Calixte y avait envoyé, pour exciter les Français contre les Turcs. Quoique io roi ne voulût point entrer dans la ligue , d'Aubusson fit valoir des raisons si puissantes que le roi, convaincu, permit au cardinal du lever les décimes sur tout le clergé , pour fournir aux frais de la guerre , et lit donner sur-le-champ seize mille écus d'or à l'ambassadeur de Rhodes. Aubusson employa cet argent en munitions de guerre, selon les ordres qu'il reçut, et en chargea plusieurs navires. Il partit ensuite lui-même, après avoir recueilli une partie de l'argon t qui était dû à la religion , on divers points de l'Iiurope , par les receveurs du trésor commun. Le succès de son ambassade, el la lettre qu'il présenta au grand maître de la part du roi de France, le tirent bien accueillir des chevaliers et du peuulo do Rhodes.
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Dans le chapitre général qui se célébra, peu île temps après, te commandeur d'Aubusson, qui y tenait un rang considérable , comme châtelain de Rhodes et procureur du grand maître, s'opposa fortement aux prétentions des Espagnols , qui foulaient que toutes les dignités de In religion fussent communes, et qui ne pouvaient souffrir que tes Français en possédassent un plus grand nombre qu'eux. Il empêcha avec la môme vigueur que le commandeur do Villemarin, Espagnol, n'empiétât sur la charge de capitaine général, attachée h la dignité de maréchal de l'ordre, et appartenant a la langue •l'Auvergne, dont le maréchal était le chef. Dans le chapitre général qui fut tenu h Rome, en présence du Pape Paul II, lequel y avait mandé le grand maître Zacnsla , le commandeur d'Aubusson s'attacha a faire connaître l'innocence de ce grand maître, et le libertinage de plusieurs chevaliers, ce qui donna lieu à de sages ordonnances. Kn 1471, sous le règne du grand maître des Ursins, on créa , dans un chapitre général , tenu h Rbodes, une nouvelle dignité de bailli capifu faire pour les chevaliers de la langue d'Auvergne, avec droit d'entrer au conseil île religion ; et on élut pour premier bailli le commandeur d'Aubusson. La prem ère fois que d'Aubusson prit sa place dans le conseil , en qualité de bailli, il parla en faveur de Charlotte de Lezignem , reine de Chypre , que la rébellion de ses sujets avait forcée de chercher un asile è Rhodes , et ût ordonner qu'on fournirait à celle reine ce qui était nécessaire pour le voyage qu'elle était résolue de faire a Rome. Quelque temps après il fut nommé surintendant des fortifications de Rhodes, et s'acquitta de cette charge avec une grande intelligence. Il obtint ensuite le grand prieuré d'Auvergne, qu'il quitta pour prendre le gouvernement de la religion , en qualité de grand maître.
Il fil d'obord continuer les ouvrages que la mort de son prédécesseur avait interrompus, et ordonna que, pour la sûreté du port des galères, on le fermât d'une grosse chaîne, et que, sur les t ètes de l'Ile, on bâtit, de distance en dislance, des tours et des forts, pour empêcher les descentes et les courses des pirates. Les affaires de Rhodes étant réglées au dedans, le grand maître, avec le consentement du Pape, renouvela la pais avec le Soudan d'Egypte, et conclut une trêve de 31 ans avec le dey de Tui.is. Ces alliances avec les Sarrasins et les Maures liaient très-avantageuses à l'ordre pour soutenir plus facilement les efforts des Turc?.
Cependant, depuis 1476, Mahomet II était entré en négociations avec les chevaliers. Mais le grand maître, sans repousser les proimsilions qui lui étaient faites, n'en continuait pas moins ses préparatifs , croyant voir un piège dans le traité qu'on lui offrait. En effet, Mahomet leva bientôt le masque, et résolut d'exterminer les chevaliers. Il donna la conduite de son année au pacha Palénlogue, qui n'attendit pas pour partir que la grande flotte fût Drôle, et qui monta
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sur les vaisseaux qui furent prêts les premiers. Il parut en vue de Rhodes le 4 décembre 1479 , et (il débarquer les coureur» pour ravager les campagnes. Le grand maître , craignant que les églises de Sainte- Marie et de Saint-Antoine , qui étaient hors la vilh», et assez près des murailles, ne servissent de retranchements aux infidèles, les fit abattre , et lit transporter dans la ville tout ce qui pouvait être transporté. La Qoltu ottomane, ayant opéré sa jonction avec les vaisseaux de Paléologue, arriva dovaut Rhodes le 23 mai 1480. Elle était composée de 160 voiles ; h voir le magnifique appareil des vaisseaux, h entendre les fanfares des trompettes, il semblait que ce fussent des vainqueurs venant faire leur entrée dans une ville conquise. Mais d'Aubusson soutint le siège, pendant deux mois , avec tant de valeur, que les Turcs, dont les chevaliers firent un affreux carnage, prirent enfin la fuite, se jetant précipitamment dans leurs galères, pour reprendre le chemin de Conslanlinople. Le grand maître rentra dans la ville , couvert de sang et dangereusement blessé; mais une de ses blessures, qu'on avait crue mortelle, fut guérie avec les autres. Dès qu'il eut assez de forces pour marcher, il alla rendre grâces a Dieu , et fit vœu de bâîir une église magnilique sous h: titre de Sainte-Marte de la Victoire, auprès de la muraille des Juifs, où les Turcs avaient été mis en déroute; et il accomplit ce vœu.
A [très la mort de Mahomet 11, en 1480, Zizira, un de ses fils, envoya demander un asile à Rhodes contre Bajazet II , qui s'était emparé de la couronne. Le grand mattro d'Aubusson , comprenant combien il serait utile h la chrétienté d'avoir entre les mains un prince, héritier de Mahomet II , commanda aussitôt le grand navire du trésor avec des galères, pour l'aller chercher, et ordonna qu'on le traitât en (ils d'empereur. Il lui fil ensuite une magnifique réception ; et, quelque temps après, il le fit accompagner en France, où le prince fugitif demandait à ôtre conduit, par le chevalier do Iilonchefort et plusieurs autres, pour lui servir d'esenrie.
Comme Zizim était toujours sous la gardo des chevaliers , la plupart des princes chrétiens voulaient l'avoir en leur possession. Les rois de Hongrie , de Sicile et île N.iples surtout, assaillaient le grand maître de leurs sollicitations. Bajazet lui-môme désirait vivement que le fugitif lui fût livré.
Enfin le Pape Innocent VIII demanda Zizim au grand maître , lequel ordonna au grand prieur de Blanchefort de le conduire a Rome où il fut très-bien accueilli du Pape en 1489. Eu même temps le Soudan d'Egypte, h la persuasion de d'Aubusson, faisait hommage à Sa Sainteté, et s'engageait à entrer dans la ligue des princes chrétiens. Le Pape, en reconnaissance des services signalés rendus au Saint-Siège par le grand matlrê , lui donna le chapeau de cardinal, celle môme année 1489, avec la qualité do légal général du Saint-Siège en Asie. M renouga
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aussi par une bulle consisloriale, signée de tous le* cardinaux assemblés , au droit de pourvoir à quelques bénéfices de l'ordre que ce fût , môme à cent qui viendraient à vaquer en cour de Rome , déclarant par la même bulle, que la disposition de toutes les commanderies appartenait entièrement au grand malire , sans qu'elles pussent être comprises au nombre des bénéfices que les Papes s'étaient réservés , et se pourraient réserver dans la suite. Il donna encore au grand maître le pouvoir de disposer absoluraeni des bénéfices ei des revenus des ordres militaires du Sainl-Sépulcre et de Saint-Lazare, en réunissant ces ordres à celui de Saint-Jean de Jérusalem. Le cardinal grand maîlre redoubla d'efforts pour faire fleurir la religion ; et , voyant les affaires dans un état paisible, il rétablit les églises ruinées, et fonda plusieurs chapelles en différents lieux de l'Ile de Rhodes. En ce temps , Isabelle de Léon, qui descendait d'une des plus illustres maisons de l'Andalousie , résolut de fonder, dans Séville, un couvent de chevalières, sous la règle et l'habit de Saint- Jean de Jérusalem. Elle en obtint la permission du grand mattre, en mai 1WJ9, et fut nommée prieure du couvent dont elle était la fondatrice. Pour y entrer, il fallait faire des preuves de noblesse , à la manière des chevaliers. L'institut de ces religieuses avait pour but de seconder, par leurs prières, Is zèle des chevaliers, et de travailler autant que leur sexe le pouvait permettre, à la diffusion de la foi catholique. Isabelle Fernantfez établit en Portugal un monastère du même ordre dans la ville d'Evora.
Cependant Bajazet, qui avait tenu à être toujours en relations avec le grand mattre , envoyait, à sa persuasion, vers le Pape , un ambassadeur, qui fut accompagné a l'audience par le grand prieur de filanchefort. Cet ambassadeur présenta à Sa Sainteté le fer de la lauce qui perça le côté de Jésus- Cbrist, et que Mahomet II avait fait déposer dans son trésor, avec toutes les riches dépouilles des églises de Conslanlinople. La relique fut d'oborJ suspecte, parce que les Français et les Allemands prétendaient ovoir le Ter de celle lance ; mais , après mûr examen , on trouva que la lance, qui perça le côlé de Noire-Seigneur , fut apportée d'Aulioche è Constant moplo , du temps des conquêtes de Godefroy de Bouillon; que l'empereur Baudouin II engagea aux Vénitiens la poime du fer do la Tance, pour une somme d'argent , dont il avait besoin ; que saint Louis racheta celle relique, av«c la
{termission de l'empereur , et l'apporta en ■Varice, et qu'ainsi il n'y avait à Paris que l'extrémité du fer. Pour la lance , qui se gardait à Nuremberg, on sut que c'était celle de Constantin le Grand, enrichie d'uno partie des clous de la croix , formée en pointe de lance. Avec celle relique, l'ambassadeur présenta des lettres de Bajazet, dans lesquelles il suppliait le Pape de trouver bon que son frère Zizim demeurât toujours sous la garde des chevaliers, suivant les conven-
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lions faites avec eux. En ce temps, don Diégo Ordogna, Espagnol, plus barbare que les infidèles, exerçait la piraterie dans la Méditerranée, et prenait même des vaisseaux en vue de Rhodes. Le grand maître envoya un vaisseau de guerre contre ce pirate , qui, pris et conduit à Rhodes, fut rompu vif sur une roue.
Enfin le grand mattre, convaincu plus que jamais, de la mauvaise foi du Grand Seigneur, se joignit aux princes croisés, et fut choisi pour généralissime de la croisade. Mais cette ligue fui bientôt dissoute ; et son zèlo pour les intérêts de la religion lui fit vainement chercher tous les moyens d'exécuter cette sainte entreprise, par U réconciliation des rois de France et d'Espagne. Ainsi , remettant tout entre les mains de la Providence, il no travailla qu'à régler les mœurs du peuple et des chevaliers. Il s'appliqua ensuite à réformer les statuts, et lit de sages ordonnances.
Toutefois, la rupture de la ligue, et les mauvais procédés du Pape Alexandre VI avaient jeté le grand mattre dans une mélancolie qui l'abattit peu à peu, et le fit tomber dans une maladie mortelle. Il montra une piété exemplaire dans les derniers jours de sa vie, exhorta les chevaliers à défendre généreusement la foi, à bien garder leur règle, et rendit son Ame a Dieu le 3 juillet 1503, ftgé de plus de 80 ans, après avoir gouverné l'ordre plus de 27 ans. On lui fit de magnifiques funérailles, et le premier chapitre général, qui se tint a Rhodes, sous Biuery d'Amboise, son successeur, ordonna que, pour honorer la mémoire du grand mattre d'Aubusson, la religion lui élèverait (aux frais du trésor public) un magnifique mausolée en bronze, et qu'on y graverait une ôpilaphe, où seraient mentionnées les plus illustres actions de sa vie. D'Aubussou a été honoré des plus magnifiques éloges de la part des Papes, des princes et des écrivains. {Voy. le P. Boubours, Hitt. d'Aubut ton.)
AUTRICHE (André, arcbiduc d'), créé, en
1576, par le Pape Grégoire X.I1I, diacre-cardinal du titre de Sainte-Marie la Neuve, et évêque de Constance, mourut en 1600.
AUTRICHE (Albert, archiduc D'),créé,en
1577, |>ar Grégoire XIII, diacre-cardinal, puis prêtre du titre de Sainte-Croix de Jérusalem, archevêque de Tolède, remit le chapeau, fui gouverneur des Pays-Bas, so maria, et mourut en 1621.
AUTRICHE (Ferdinand d'), dit le Cardinal Infant, fils de Philippe lit, roi d'Espagne, créé, en 1619, par le Pape Paul V, diacrecardinal du titre de Sainte-Marie in Portieu, puis archevêque de Tolède et gouverneur des Pays-Bas, mourut en 164-1.
AUTRICHE (Sigismond-Fraîiçoisd'), frèro de Ferdinand, archiduc d'Inspruck, naquit en 1630.— Il fut évêque d'Augsbourg et de Trente, puis cardinal en 1655. A la mort do sou frère, doui il héritait le lilre, il renonça a ses bénéfices pour se marier. Il mourut,
DiCTlONNAlUF.