‹ Dictionnaire d'orfèvrerie, de gravure et de ciselure chrétiennes. 3. Encycl. théol., tom.27 (volume 4)Chapitre 48 sur 457 · MAUX. BAR · texte numérisé non relu

MAUX. BAR

trois jours en prières, comme il semblait expirer, elle ouit une voix qui lui dit dislinctemept : Prends courage et réjouis.-toi, ton fils ne mourra pas pour cette fois. L'événement rendit indubitable la vérité de cette parole, car dès lors il commença à se mieux porter, et peu après on le vit tout è fait guéri. A quelques mois de la, un pèlerin étant entré dans la maison, s'approcha du berceau du petit César, et lui ayant fait le signe de la croix sur le front, il dit avec une assurance extraordinaire à la mère et a la nourrice qui étaient la présentes : Ayex soin de bien élever cet enfant, car il aoit être un grand personnage et une lumière de l'Eglise.

« La bonne mère, toute réjouie de celle nouvelle, comme elle était grande aumônière, se mit incontinent en devoir de lui farre la charité, mais au même temps il s'évanouit de leurs yeux et jamais on ne put savoir ce qu'il était devenu, dont on crut, avec grande apparence, que c'était quelque ange du ciel, envoyé possible par la Reine des anges pour recommander l'éducation de ce sien petit vassal qu'elle destinait è être un jour l'un de ses grands serviteurs et l'un des mieux employés à l'avancement de la gloire de son Fils.

« Depuis aussi ses bons parents prirent un grand soin do façonner ses premiers ans, n'épargnant rien à son instruction pour le rendre capable des bonnes lettres et des belles connaissances qui pouvaient faire éclater davantage la vivacité de son esprit. Il s'appliqua ensuite avec louange è l'élude du droit civil et canon, sous d excellents maîtres, a Naples et a Rome, au même temps auquel saint Phillppo Nôri jetait les fondements de la congrégation de l'Oratoire, à qui ayant un jour été mené par an de ses compatriotes qui était déjà attaché è sa suite, pour avoir seulement la connaissance de ce grand serviteur de Dieu, il se sentit, au premier entrelien, si fort gagné è lui par les charmes inévitables de sa doucenr el de sa piété, qu'il se résolut enfin de s'abandonner entièrement à sa direction el è ne pratiquer la dévotion et la vertu, qui lui était en ce temps forl chère, que sous les lois de sa conduite.

t Ce fut pour lors quo son cœur s'embrasanl el se fondant comme un encens dans les flammes de sa charité, déploya ses premières ferveurs dan* les hôpitaux de Rome et dans les autres lieux de piété, répandant partout la douce odeur de ses bons exemples, lit sachant bien qu'il n'est point de vertu solide qui ne suit fondée dans le renoncement ol la victoire de soi-même, il s'appliqua à même temps d'une ardeur généreuse à vaincre, avec l'aide de la grâce de Dieu, tous les mouvements et les saillies vicieuses de la nature corrompue. C'esl ce qui lui fit jeter dans le feu, nonobstant les grandes répugnances qu'il y senlit, un gentil ouvrage de poésie qu'il avait composé en sa langue, pour ce seulement qu'il se sentait chatouillé de quelque secret mouvement de vanité el de complaisance sur celte pre-

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mière production de son esprit. C'est ce qui lui fil un jour mâcher et avaler des punaises pour étouffer dans le senlimenl de cette puanteur quelque mouvement voluptueux qui s'était soulevé dans sa chair, et entreprendre d 'autres rigueurs pour roaller cette ennemie domestique, qu'il pratiqua jusqu'à la mort.

« Il n'était pour lors fixé que de vingt ans quand le bienheureux Philippe jugea qu'il pouvait êlre un grand instrument de la gloire de Dieu s'il était appliqué a la prédication de sa parole; et il ne fut pas déçu en son opinion, car il est vrai que ce puissant lonnerro des chaires fil de grands mouvements dans les esprits du peuple romain qui affluait à son audience. Ce fut «n même temps quo commencèrent de sortir du puits de l'abîme les infAmes volumes des eenluriateurs de Magdebourg.qui voiremenl avaient une bello apparence et portaient en leur frontispice un titre fort spécieux d'histoire ecclésiastique, maison etrel n'étaient aulre chose qu'un ramas de faussetés et de calomnies, un polpourri de toutes les vieilles hérésies et un ésnûl de blasphèmes contre Dieu, contre la Vierge et contre les sainls. Le bienheureux Philippe, piqué du zèle de la maison de Dieu qu'il voyait outrageusemant battue de cette tourd'impiété, redressée sur les masures des plus détestables erreurs que l'on eût jamais Inventées, résolut aussitôt d'élever un bastion pour la défense de l'Eglise, et pour le renversement de l'erreur. A chI effet il fil choix de notre César, pour lors Agé seulement de vingt et un an, et l'opposa tout seul à celte troupe ramassée d'esprits révoltés qui avaient entrepris de choquer l'Eglise et d'ébranler b'S colonnes de la vérité et de la fidélité qui l'appuient. El afin de le rendre plus adroit aux exercices de ce combat, il lui commanda dès lors de faire leçon de l'histoire ecclésiastique toutesles après-dînées dans l'église de l'Oratoire; exercice qu'il continua T'espace 'de vingl-cinq ans entiers, peudaut lesquels il reprit jusqu'à sept diverses fois la même histoire debout à autre, selon l'ordre des temps et la succession des siècles, découvrant toujours dans la suite les sources infectes dont toutes les hérésies qui ont combattu l'Eglise do Dieu ont été dérivées. Après quoi il commença à mettre au jour le très-digne et immorie! ouvrage des Annales de l'Eglise, et conduisit celouablo des* sein jusqu au xu* siècle de Noire-Seigneur, où, s étant arrêté, il a fait reconnaître au monde que s'il y avait quelque plume qui eût courage de le suivre, il ne s'en trouvait point qui eût la force do l'atteindro.

• Mais encore comme il aperçut; bien que c'était une entreprise de géant, lui qui ne s'estimait qu'un petit nain, il n'eut garde de s'y engager sans être particulièrement guidé et assisté d'en haut. Et afin d'en venir mieux à bout, il protesta qu'il n'entrerait point en celte lice que sous l.i faveur et les auspices de la Reine et de la proteclricc de l'Eglise, et que sans elle il ne ferait jamais un pas en avant et ne coucherait pas une

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lettre sur le papier; protestation qu'il fait à l'entrée d'un chacun des douze tomes qu'il nous a laissés ; et que forl souvent il réitère selon les occasions qu'il en a en tout le cours de son Histoire, même que l'on voit en divers endroits de l'original de ses Annales, tout écrit de sa main et gardé dans les buffets de la bibliothèque du Vatican, un grand nombre de fois, un certain chiffre oui porte en trois lettres ce mot de la devise de sa dévotion, César serviteur de Marie.

« Et certes l'issue a bien fait connaître que la Reine du ciel avait non-seulement agréé les travaux de son fidèle serviteur, mais qu'elle-meiue en avait inspiré le dessein et fourni les meilleures pièces, puisqu'il est vrai que ces derniers siècles n'ont •point vu d'ouvrage qui ail été reçu avec un applaudissement plus universel de toutes sortes de personnes; comme aussi il n'en est point qui ait représenté avec plus de gloire et de majesté la face de l'Eglise romaine; qui ait plus savamment éclairé les traditions apostoliques et les diverses coutumes de l'état du christianisme; qui ait donné plus de lumière aux définitions des sacrés conciles; qui ail établi plus solidement les dogmes et les vérités do notre créance ; qui ait plus fortement choqué les erreurs et l'impudence des hérésies; qui ait plus nettement développé les confusions embrouillées de l'histoire; qui ail fouillé plus avant dans les sacrés trésors de l'antiquité; qui ail, finalement, écrit des choses saintes plus dévotement, des matières de doctrine plus grandement et avec plus de méthode, de jugement et de conduite.

« Ce grand et sérieux emploi qui devait, ce semble, engloutir tout son loisir et celui de plusieurs hommes, ne l'occupa point tellement qu'il ne lui restât du temps pour vaquer aux exercices de la charité envers le prochain, qui lui furent toujours si chers, qu'il faisait plus de trophée de la conquête d'une âme que d'un empire. El le fruit aussi secondant ses travaux accrut la gloire et le mérite de sa couronne d'un grand nombre do belles et éclatantes conversions, nui lui acquirent communément par toute l'Italie la réputation de grand ouvrier de l'Evangilo, et tirent qu'il fut instamment recherché par le saint cardinal Charles Boiroiuée pour employer ses profitables travaux daus son église de Milan.

« Co fut un même temps que l'on prépara des récompenses à sa verlu, et qu'on lui présenta dans l'Italie trois évêcbés l'un après l'autre. Mais ces objets attrayants d'honneur, qui éblouissent tant du personnes, ne donnèrent pas la moindre atteinte à son cœur, il les refusa constamment, et no regarda jamais ces places émineules depr«'>lature qu'avec effroi, comme des poiules de rocher bordées de précipices. Outre que la profession particulière qu'il faisait de tenir sa personne dans le rabais qui lui avait fait déchirer jusqu'aux lettres de son doctorat, pour abolir toutes sortes de marques d'honneur, qui l'abaissait jusqu'aux services les

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