‹ Dictionnaire d'orfèvrerie, de gravure et de ciselure chrétiennes. 3. Encycl. théol., tom.27 (volume 4)Chapitre 65 sur 457 · BF.L · texte numérisé non relu

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nner les frais, on ordonnant qu'elle^ se fissent sans pempc et suivant l'usage des Jésuites, sa tendre amitié lui fil trouver encore un expédient : ce fui d'obtenir du Souverain Pontife la remise des cinq cents écus d'or que doivent payer (es héritiers d'un enrdii nal, quand on leur remet l'anneau qui lui a été donné avec la pourpre, en la cérémonie de la promotion. Avant obtenu cette grâce, il en fut extrêmement consolé et n'en attendit plus qu'une, qui devait mettre le comble à toutes les autres, c'était la bénédiction du Saint- Père, que Sa Sainteté lui envoya, comme il l'avait souhaitée, avec une indulgence plénière, qu'il reçut tête découverte, en prononçant leConfiteor, avec les démonstrations les plus touchantes de sa piété envers Dieu, et de sa reconnaissance envers celui qui tient sa place sur la terre.

Le bruit s'élntit répandu à Rome qu'il approchait do sa fin, le deuil y fut' général ; on y pleura partout la perle du saint cardinal. C'était, en la maison de Saint - André, un concours de cardinaux, de seigneurs romains, de tout ce qu'il y avait d'hommes distingués ; tous admiraient cette paix sainte qui paraissait sur son visage. Les uns, lui prenant là main pour la porter à leur cœur et à leur boucho, les autres, lui demandant fa dernière bénédiction, lui donnaient les marques d'une estime qu'on n'a que pour les saints. Comme il avait toujours élé naturellement bon, et que sa bonté augmentait a mesurequ'il élait plus près de celui qui en est In source, il fut contraint de bénir ceux qui l'en pressaient ; et c'est ce qu'il ne put refuser aux prières qui lui furent faites par es ambassadeurs des princes étrangers pour leurs maîtres.

Le ik septembre, sur le soir, dix-seplième jour de sa maladie, il parut si mal aux médecins, qu'ils le jugèrent à l'extrémité, et tous prononcèrent qu'il n'irait pas jusqu'à la matinée suivante. Cet arrêt ne se réalisa point ; le Seigneur, qui voulait consoler son serviteur, et accomplir le désir qu'il avait eu depuis longtemps de mourir le jour consacré à la mémoire des Stigmates de saint François, opéra en lui un changement si prompt et si inespéré, que sa mort sembla miraculeusement reculée de quatre jours, pour lui faire atteindre lo 17 septembre, auquel il souhaitait passer de cette vie en l'autre. Il se livra aux exercices de la plus pure religion jusqu'au soir qui précédait immédiatement la fête des Stigmates de saint François, et, comme il avait prédit que son dernier jour serait celui do cette solennité, il le regarda avec la complaisance d'un voyageur fatigué de la longueur du chemin, et qui se voit près de son terme; il redoubla sa ferveur, pour se hâter d'y arriver heurousement; et il employa, sans relâche, co qui lui restait de temps, pour mériter l'éternité. Quelques heures avant minuit, il entra dans l'agonie. Tout innocent qu'il avait vécu, il voulut mourir en pénitent; il récita le Muer en tout entier d une voix faible, mais affectueuse et entrecoupée de soupirs; il

prononça de même tontes les paroles de l'Oraison dominicale, de la Salutation angéliquc cl du Symbole des apôtres, pour exprimer la joie qu'il avait de mourir enfant île Dieu, de la sainte Vierge et de l'Eglise. Les doux noms de Jésus et de Jfarie étaient toute la consolation de son cœur; il répéta plusieurs fois avec tendresse celte prière si propre à fortifier un fidèle dans ses dernières faiblesses : Sainte Marie, mire de Dieu, priez pour nous qui somme» pécheurs, maintenant et à l'heure de notre mort. A ces mots, tous ses domestiques, percés de la plus vive douleur, jetaient des cris lamentables, el il n'y en avait pas un qui ne semblât devoir mourir avec un si bon mattre. On avait fait venir aulour do son lit tous les novices, pour les animer à la vie sainte, par le spectacle consolant de la bonne mort, qui en est d'ordinaire la suite et le couronnement. Il eut de la joie de voir celte troupe tendre et nffeciionnée de chers enfants ; il leur accorda volontiers la grâce qu'ils désiraient, de lui baiser la main, et il leur donna sa bénédiction paternelle, comme le gage qui lui restait à leur donner , de la vraie amitié qu'il avait toujours eue pour eux. Plus do cent Jésuites s'étaient rendus des maisons de Rome en celle de Saint-André, pour être lémoins de la fin du saint homme; tous à genoux dans sa chambre, sans excepter le général lui-même, fondaient en larmes aux pieds de son lit. Mais c'était moins la tristesse, qui les faisait couler de leurs yeux, que la dévotion dont ils étaient pénétrés à la vue du vénérable vieillard, qui commençait, comme l'aigle, h renouveler sa jeunesse dans la ferme espérance do la vie fulure. Rien ne les loucha plus vivement que le dernier effort de l'heureux mourant qui, ayant perdu la parole, prit encore d'une main le crucifix , el de l'autre se découvrant la tôle, fil loul ce qu'il put pour l'y porter, en signe do l'hommage qu'il rendait au souverain domaine du Créateur sur lui; et, l'ayant plusieurs fois baisé, il l'appliqua sur son cœur, afin qu'il en fût le défenseur et qu'il en reçût les derniers soupirs. Il rendit heureusement son esprit, après avoir, d'une voix basse mais tendre, prononcé jusqu'à trente fois l'adorable nom de Jésus.

Ainsi mourut, collé à Jésus crucifié , celui qui avait vécu uni à lui par amour et par imitation. C'est le malindu vendredi 17 septembre 1621 qu'il sortit de celte vie, chargé de bénédictions par les pauvres, dont il avait toujours fait profession d'être le père, pleuré par les Jésuites, qu'il avait aimés et protégés jusqu'à la mort; regretté de loule la ville de Rome, qu'il avait édifiée par ses exemples; révéré des cardinaux , qui avouaient tous qu'il avait fait l'honneur du Sacré Collège et qui tous mêlèrent leurs larmes a celles des Pères de la Compagnie; respecté comme un saint par le Souverain Pontife lui-même.

C'était, sans contredit, un des plus savants, des plus saiuts et des plus aimables hommes de son temps; et on peut dire avec juslice qje ces trois traits de sainteté, de science

et de bonté résument son véritable caractère. Il était l'esprit élevé, facile, solide, pénétrant , cultivé par l'étude constante de toutes les sciences ; le cœur droit et sincère, ennemi des intrigues des cours, et des artificieuses fourberies du siècle; uu naturel charmant, une humeur agréable, des inclinations bienfaisantes, qui le portaient à obliger tout le monde, et une égale aversion a Taire de la peine à qui que ce fût. Reconnaissant, autant qu'on le peut être, des plus petits services qu'on lui rendall.il n'exigeait nulle reconnaissance des plus considérables qu'il rendait lui-même aux autres. Content de faire du bien, il ne cherchait, en le faisant, d'autre satisfaction que de plaire a Jésus-Christ. La charité semblait^étre née avec lui ; et le Dieu de la charité," l'ayant formé dès son enfance aux exercice!» de cette divine vertu, qui est la maîtresse de toutes les autres, lui avait donné toutes les qualités qu'exige en elle saint Paul dans sa première épltre aux Chrétiens do Corinthe. Elle était douce, patiente, inaltérable, sans envie, sans enflure, sans ambition, sans aigreur, établissant, pour ainsi dire, dans son cœur un port tranquille, où les passions humaines n'excitaient aucune tempête. Celte excellente vertu avait élevé autour de lui une espèce de rempart, qui le rendait inaccessible à la malignité, et qui empêchait d'arriver jusqu'à lui les jalousies , les soupçons, les idées peu favorables au prochain. Persuadé avec un Pèro de l'Eglise et un grand Pape (saint Léon ) , qu'il est peu do Lien préférable è celui de ne pouvoir et do ne savoir nuire a personne, il jouissait de celte heureuse impuissance, qu'une constante habitude, avec un grand fond de bonté, lui avait rendue comme naturelle. On avait beau lui faire du mal, il ne pouvait se persuader qu'on eût dessein de lui en faire ; et quanti la mauvaise volonté d'autroi avait paru évidente, quelque pouvoir qu'il eût de se venger, ou lui trouvait toujours le cœur désarmé. Toutes ces admirables qualités faisaient en sa personne un mérite peu ordinaire , que lui seul ignorait, et qu'admirait la capitale du monde chrétien. C'était n'y avait pas ne <

eicepterla souveraine, à laquello il ne pût faire honneur. Seul il se croyait indigne des moindres rangs ; et quand il fallait que malgré lui il y moulât, on voyait sa modestie dans une violence qui le faisait autant admirer que le reste de ses vertus. Ce qui parut en rui une espèce de simplicité è des esprits imbus des fausses maximes d'une politique mondaine, était aux yeux de ceux qui jugeut des choses selon les règles de ( Evangile, l'effet d'une véritable sagesse. Dans cet esprit, il pratiqua à la lettre le haut enseignement de l'Apôtre saint Paul : il fut

saint Augustin , de joindre l'enfance avec la vieillesse, de sorte qu'étant enfant , il eut une humilité sans imprudence , et devenu vieillard, il eut la prudence sans orgueil et sans présomption : telle fut la grande âme de Bcllarmin.

Elle animait un corps, qui ne répondait pas tout à fait è sa grandeur ; sa taille était un peu au-dessous de la moyenne ; il élnit aisé de juger que son âge et ses travaux l'avaient même un peu courbé. Il ne laissait pas d'être bien pris dans sa stature, et d'avoir une certaine majesté, a laquelle sa douceur et sa modestie ajoutaient une grâce particulière. Sa tête, comme sa principale partie, paraissait bien être celle d'un homme au-dessus de l'ordinaire; il avait le front large et élevé, le nez long, les yeux vifs et brillants et toute la physionomie d'un grand esprit. Il avait au reste le tour du visage agréable, l'air gracieux, la bouche proportionnée, et, tant qu'il fut jeune, un teint vermeil,dont quatre-vingts ansde fatigues purent a peine effacer les agréments. La vieillesse avait blanchi ses cheveux qu'il avait naturellement tirant sur le noir; mais elle ne lui avait rien été de sou humeur enjouée , qu'il conserva jusqu'à la fin, et qu'il sut parfaitement accorder avec tout le sérieux d'un homme sage, et toute la gravité d'un grand prélat. Cette vieillesse , quelque extrême qu'elle fût, no lui eût pas môme encore ruiné entièrement les forces, si l'étude et la pénitence n'avaient travaillé de concert avec ello, pour achever de les affaiblir. Car depuis cette espèce de guérison miraculeuse, qu'il obtint dans sa jeunesse parla ferveur de sa prière, quoiqu'il se trouvât do temps en temps épuisé par ses applications continues, il se rétablissait aisément par la bonté do son tempérament, et il était pour vivre un siècle, comme il en menaça agréablement les cardinaux pour leur ôter l'envie de l'élever à la papauté. EnÛn on peut dire qu'il sacrifia vingt ans do sa vie, en s'accoutumant de bonne heure à la prodiguer à la gloire do Dieu, au salut des âmes et à l'utilité de l'Eglise.

Dès qu'on lui eut fermé les yeux., à peine un sentiment commun, qu'il avait-on Uni les prières de l'Eglise pour le de dignité dans l'Eglise, sans repos de son âme, que tout ce qui était de

personnes dans la chambre, s'empressa de rendre à son corps, que le grand homme avait si fort méprisé, tous les honneurs qu'on ne rend d'ordinaire qu'à celui des saints. On le baisait, on l'arrosait do larmes, on lui faisait toucher des chapelets et des médailles ; on enlevait tout ce qui avait été à l'usage du serviteur de Dieu; on n'avait

f>as même attendu sa mort pour le dépouiler do tout par une dévotion précipitée ; ce qu'il avait, iinge, habits, images do piété, livres de dévotion, instruments de pénitence, tout avait été exposé à ce pieux pilsans Tnalice comme 'un eofanl ; et l'esprit lage. Les premiers cardinaux, les prélats les de lumière, qui éclaire les parfaits fut tou- plus distingués avaient demandé avec msjours l'âme de sa conduite. Dans le temps tances quelques-unes de ses dépouilles. Le de sa jeunesse, ou dans celui d'un âge très- cardinal Farnèse qui, par la haute idée qu'il avancé, il se conforma à l'avis que donne avait de la sainteté de Bollarmiu, avait voulu

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être sacré par ses mains évêque de Sabine, ayant été obligé, pendant la maladie de celui-ci, de partir de Rome pour Caprarola, écrivit de là au Jésuite Minuloli, confesseur du saint homme, « qu'il espérait bien qu'on lui garderait quelqu'une de ses reliques. » Ayant appris du même Père qu'on lui destinait le bréviaire du regret'able défunt, il récrivit a Minutoli en des termes qui mar-

Î tuaient en même temps, et l'estime qu'il aisait de ce pieux monument, et la tendre reconnaissance qu'il avait pour le Père qui le lui avait conservé. Il ajoute , « qu'afln que rien ne manque a sa consolalion, il attend de l'amitié du Père, qu'il l'aura recommandé aux prières du saint cardinal, qu'il lui fera un récit fidèle de sa bienheureuse mort et des héroïques vertus qu'il y aura pratiquées, et quo le recueil qu'il se donnera la peine de lui envoyer, sera do toutes les reliques do l'homme de Dieu la plus estimable en elle-même ek^la plus utile pour lui. » C'est là le précis de la lettre qu'il écrivit de sa propro main dans son palais enchanté, dont les délices et les beautés n'avaient pas assez de charmes, pour lui faire oublier la perle que faisait l'Eglise et qu'il faisait lui-même en particulier à la mort de Bûllarmin.

Dès la matinée même, son corps, placé dans un de ses carrosses, fut porté en secrel.ainsi qu'il l'avait ordonné, du noviciat de Saint-André en la maison professe, accompagné seulement de Guidotti, mattred'hêlel du cardinal, et de trois Pères do la Compagnie. Aussitôt qu'il y fut, une foule de personnes considérables, des cardinaux, des princes, des prélats vinrent donner au saint homme toutes les marques de In plus religieuse vénération ; les uns lui baisant Jes pieds, les autres, entre lesquels surtout les seigneurs Celsi et Merlini avaient une dévotion singulière à lui baiser les doigts de la main droite, qui avaient rendu tant de gloire à Dieu, en écrivant de si savants ouvrages au service de «on Eglise; tous demandaient avec instances do ses reliques; on voulait avoir quelques-uns des objets dont il s'était servi. Pour contenter la dévotion do ces personnes illustres, auxquelles on ne pouvait rien refuser, il fallut mettre ses habits en pièces; ce qui n'était pas difficile : car l'amour qu'il avait pour la

Eauvreté, les lui avait fait user jusqu à lomer en morceaux dès qu'on y touchait. La nuit seule mit fin à ces empressements, et ce temps-là fut pris pour ouvrir le corps du serviteur de Dieu, malgré la défense qu'il en avait faite, et l'opposition qu'y formèrent les Jésuites, fidèles à observer, autant qu'ils purent, cet article de son testament. Castellan, médecin du Pape, en ayant obtenu permission de Sa Sainteté, en fit l'ouverture, et laissant recueillir aux autres le sang et les humeurs qui en coulèrent, il se partagea le mieux, emportant avec lui la partie du crâne qu'il avait sciée. Le lendemain, on le revêiit de ses babils pontificaux, pour l'exposer à la façon ordinaire, avanl.la

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cérémonie de son enterrement. Messieurs de la Congrégation de l'Assomption le vinrent prendre en la chapelle de la maison, et le portèrent eux-mêmes à leur oratoire, afin d'y faire l'Office pour lui, comme pour un do leurs confrères; car le fidèle et zélé serviteur de Marie s'était fait honneur d'être de celte illustre assemblée, tou'e dévouée au culte de la Reine des anges. La foule fut si grande à cette première exposition du cardinal, que quatre seigneurs des plus considérables, qui s'étaient chargés u'empêcber qu'on n'en approchât, eurent bien de la peine avec toute leur autorité à so iairo obéir. Ce fut bien un antre embarras l'aprèsmidi en l'église de la Compagnie, quand on sut qu'on y devait chanter l'Office des morts avec solennité ; car le Pape ne crut pas devoir écouler tout à fait l'humilité de Bellarmin au préjudice de sa pourpre; el s'il consentit qu'il fût mis au tombeau commun des Jésuites, il voulut au moins qu'il y fût mis on cardinal et que le Sacré Collège, suivi du nombreux cortège qui en est inséparable, vengeât en quelque manière l'obscurité de la sépulture, par l'éclat «le sa présence.

C'est là que le concours du monde fut incroyable : on y élait accouru de toutes parts. L'église fut trop élroito pour contenir la multitude infinie, qui so pressait d'y enlrer par lescinq portes, qui en étaient si occupées, quo les maîtres des cérémonies désespéraient de pouvoir faire enlrer le corps. Il fallut recourir aux suisses et aux massiers du Pape, el ce n'esl qu'à forco de menaces, de coups, qu'ils purent obtenir, en écartant la foule, un espace étroit, pour y faire passer la pompe funèbre, jusqu'à la chapelle ardente, où le corps devait être exposé pendant l'Office. 11 ne put so célébrer avec la tranquillité qu'exigeait la sainteié do la cérémonie; le chont des psaumes fut interrompu por les soupirs et par les cris des assistants : « Ah le saint cardinal 1 » s'écriail-on. On ne s'en tint pas à ces voix lumu Itueuses.On approcha de la représention malgré la garde. La garde, tout armée qu'elle élait, allait être forcée par la foule, qui croissait toujours, si, pour en contenter (a dévotion, les Suisses ne s'étaient avisés de prendre continuellement au bout du leurs hallebardes et les massiers au bout de leurs masses, des trousseaux do chapelets, pour les faire loucher au corps du saint homme. On y en fil toucher plus de vingt mille. La foule gagna encore du terrain à la fin de l'Office, et, lorsqu'il fut achevé, elle se crut tout permis; on enleva tout ce qu'on put prendre autour du saint corps, la raitro sur sa tête, le chapeau sous ses pieds ; tout ce qui venait ft la main, était rais d'abord en pièces, et chacun emportait sa part. Enfin, il allait ôlredépouillé, si les suisses, de vive force, n'avaient contraint la popula'ce à sortir do l'église.

Quand elle fut vide, on introduisit en paix et sans trouble les princesses et les dames les plus illustres qui, étant venues révérer le saint homme, et n'ayant pu se mêler avec celle foule tumultueuse, avaieut attendu

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constamment une bonne partie de la journée; elles furent récompensées de leur patience par la consolation qu'elles eurent de contenter à loisir leur piété, et par les fruits

Su'elles recueillirent du spectacle éJifiant 'un homme qui avait conservé l'humilité chrétienne au milieu des plus hautes dignités. On le rapporta ensuite è la sacristie, pour lui ôter les ornements de sa dignité, auxquels il avait été, pendant sa vie aussi insensible qu'il l'était après sa mort; on le mit comme un simple Jésuite, ainsi qu'il l'avait ordonné, dans un cercueil ordinaire et on l'enterra dans le caveau commun aux Pères de la Compagnie. Dix jours après, on lui ût un service solennel, mais sans éclat, pour ne pas contrevenir tout à fait h ses ordres, et on ne put se dispenser, toute la cours de Rome attendant cette reconnaissance publique des Jésuites, d'y faire prononcer son oraison funèbre, qui fut depuis imprimée .et dédiée au cardinal Farnèse, comme è un de ceux qui témoignèrent le

Elus de zèle pour l'honneur de l'nomme de ieu. C'est lui-môme qui depuis lui a fait construire le magnifique mausolée, ouvrage de fiernini, qui se voit encore aujourd'hui en l'église du Jésus : on y lit l'épilaphe suivante, simple et sans éloge, et qui éternisera la mémoire du généreux et magnifique Farnèso, aussi bien que celle du saint cardinal :

Rolicrio Card. Bdlarmino,

PolilMMO,

E Socieiaie Jesu,

MarcclH 11, P. M. «ororis Filio, Odoant card. Faniesius Sui erga virwn Quem Palris loco seinpor coluit, Ainori» nunqiiam moriluri MoiiumeiiUiin Posuil.

Obdoruiivii in Domino Aiiuo mIuUs 1621, xiaiU79.

Rvbett Bellarmin, cardinal.

Ni à Monte-Paleiano, b* la Compagnie de Jitnt, iïeren du Pape itarce.l II, Odoard Farnèse, cardinal, A lait itérer ce tombeau.

Pour tire un monument De ton amour iternel envers lui.

L'ayant toujours honoré Comme ton père.

H t'tll endormi dam le Seigneur, L'an dm tnlul IWt, be ton Age U 79\

C'est ainsi que Dieu se platt à glorifier les humbles, et è leur rendre avec usure tout l'éclat qu'ils ont éclipsé. Bellarmin prétendit en vsin, par les ordres qu'il avait laissés dans son testament, perpétuer encore, après sa mort, l'obscurité qu'il avait aimée pendant sa vie; ni lui, ni ses héritiers n'en furent les maîtres. La Providence, à laquelle il appartient de passer souverainement sur les disoosilions humaines, lui procura des

funérailles si éclatantes par te concours, le zèle et la dévotion des personnes de tous les ordres, qu'elles furent jugées par les cardinaux mêmes plus glorieuses a Bellarmin que le souverain pontificat. Ils ont préféré sa pompo funèbre aux triomphes des Césars, et ils n'ont point fait difficulté de dire, h la vue d'un si rare spectacle, qu'après les exemples de vertus dont ils avaient été les témoins, et les suffrages publics qu'ils avaient alors sous les yeux, il ne fallait qu'un miracle pour le canoniser.

Les membres du Sacré Collège ne furent pas les seuls admirateurs des éminentes vertus du serviteur de Dieu, et de sa manière éclatante dont il plut a Noire-Seigneur de le glorifier. Jamair homme n'eut ni do plus sincères éloges, ni de plus illustres panégyristes que lui. Il n'y eut presque point do tètes couronnées qui ne l'honorassent do leurs louanges; son mérite en arracha de la bouche même des plus habiles nroteslants,quoiqu'iis le regardassent comme leur plus dangereux adversaire : mais rien n'est comparable à celles que publièrent, comme a l'envi, presque tous les cardinaux qui vivaient alors. Tous s'accordent h protester que c'est un saint, mais un des saints les plus savants qu'ait eus l'Eglise, et des plus fidèles è faire un saint usage de la science a l'avantage de la religion. Qu'il nous suffise de citer les témoignages de quatorze d'entre eux :

1. « C'est le eardinal que la cour de Rome a le plus admiré pendant sa vie, et qu'elle a le plus vénéré après sa mort. » (Card. Fr.- Marie Momi.)

S. « 11 est comparable aux anciens docteurs de l'Eglise par rérainence de son savoir et de sa vertu. » (Card. Oclav. Bandini.)

3. « Sa pourpre inspirait moins de respect que la sainteté qui brillait sur son visage, et qui se faisait sentir dans ses discours. On ne pouvait ni le rencontrer sans le regarder et l'honorer comme un saint, ni l'entretenir sans être pénétré de la dévotion la plus tendre. » (Card. Alex. d'Est.)

4. « On ne peut imaginer dans un prélat ni plus de zèle pour le bien de l'Eglise, ni plus d'attachement à Dieu et d'assiduité a la prière, ni plus de charité envers les pauvres, ni plus de douceur envers tout le monde. » (Card. Febr. Veral.)

5. « 11 a conservé dans les dignités de l'Eglise toute l'humilité de la religion; aussi pauvre, aussi mortifié sous la pourpre, qu'il l'avait été sous l'habit de Jésuite; se faisant honneur de la simplicité de son premier état , et ayant toujours rendu, tout cardinal qu'il était, une obéissance de novice au gé-

général de la Compagnie. »(0. Pierre-Paul RKSCEtVTIO.)

0. c L'Eglise n'a pas eu dans les derniers siècles un plus célèbre défenseur ; et , chez les nations les plus éclairées de l'Europe il passe avec justice pour l'Augustin et l'Allianase de son temps, suscité par une Providence particulière pour la défaite et la confusion de l'hérésie. »(Card. Robert Ubald.)

DtS CARDINAUX.

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