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7. « Le Sacré Collège a fait dans sa personne une perte irréparable, et l'on doit dire a sa mort que la couronne de notre tôle est tombée; car il était le modèle et l'honneur des cardinaux, qui ne se consolent de l'avoir perdu sur la terre, que parce qu'ils ont en lui un puissant intercesseur dans le ciel , où Ton ne peut douter qu'il ne soit fort élevé, puisque, selon la parole de Jésus- Christ , celui-là sera grand dans le royaume des cieux, qui aura pratiqué ce qu'il a enseigné. » (Card. de Sainte-Scsanrb.)
8. « S'il a été grand sur la terre, ce n'est pas qu'il en ait aimé ou recherché les grandeurs : l'obscurité de la retraite lui plaisait beaucoup plus que l'éclat de la cour ; les livres lui étaient plus chers que son chapeau de cardinal, et il l'aurait mis bas miile fois plus volontiers qu'il n'aurait reçu la tiare pontificale.» (Card. Fr. Dietmchsteix.)
9. « Tout ce qui brille aux yeux des hommes lui semblait digne de mépris; ce qu'il estimait uniquement, c'était l'humilité, la soumission , la bonté', la modestie et les autres vertus religieuses, qui ne reçurent jamais aucune altération du changement do son état. » (Card. Pierre Valieb.)
10. « Sou humilité était aussi profonde que la science; il n'avait de sévérité qu'envers lui-même : et comme étant religieux, il mérita les premières dignités de l'Eglise; quand il fut obligé de les accepter, il se souvînt toujours, qu'il avait été religieux, et il en remplit les devoirs avec une conslarile fidélité.» (Card. François delaRocqet.)
11. «Jamais on ne vit plusde science avec plus de vertu; de la vient qu'il est difficile de décider s'il y a plus d'érudition que de dévotion dans ses ouvrages spirituels. Infiniment éloigné de faire une raine ostentation de celle-là, il avait continuellement celle-ci dans le cœur, où le feu de l'amour do Dieu brûlait sans cesse. » (Card. de Crbuokb.)
12. « Le zèle, qui est comme la flamme de la charité, était I âme de ses actions; c'est lui , qui lui a fait écrire tant de volumes si miles à la religion et qui le font appeler avec justice le marteau des hérétiques , lo boulevard de l'Eglise, une des plus fermes colonnes de la foi, et l'invincible défenseur de la vérité. » (Card. Félix d'Ascoli.)
13. • J'ai souvent entendu Son Altesse le duc mon père, parler de Bellarmin , en public et en particulier, comme d'un saint et savant cardinal de qui la ruligion catholique a reçu do grands et importants services. Je j'ai toujours beaucoup estimé : mais, dès quo je le connus à Rome, j'ajoutai la tendresse à l'estime, et je trouvai tant d'affabilité dans *a personne, lant d'onction dans ses discours, qu'il ne m'était pas possible de me défendre, ni d'aimer un homme si vertueux, ni d'affectionner la vertu, qu'il rendait si aimable. » (Card. Maurice de Savoie.)
H. ■ Je l'ai toujours regardé comme mon |>ère, » ajoute un autre, d'une naissance illustre et d'une piété qui le fui encoro davantaue.» avant eu lo bonheur de converser
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avec lui plus familièrement que beaucoup d'antres, je dois ce témoignage à sa mémoire , de protester que les trois martyres sans effusion de sang, que reconnaît saint Bernard, se rencontrent parfaitement dans le cardinal Bellarmin , la chasteté dans la jeunesse, la pauvreté dans les richesses , et une espèce de prodigalité dans l'indigence ; je puis dire encore qu'il a uni la solitude intérieure avec le bruit et le tumulte des affaires extérieures , le mépris de lui-même avec l'estime générale qu'en avait tout l'univers, et avec les égaras qu'il faut obser?cr dans les cours, la liberté d'un Jean-Baptiste.* (Card. Alex. Orsimi.)
Tels sont les témoignages rendus à Bellarmin par les cardinaux. C'est ainsi qu'on en pensait , et qu'on en parlait publiquement dans Rome. Sa sainteté fit en ce temps-là l'entretien des consistoires ; quelque affaire qu'on eût à y traiter, on retombait tout naturellement sur l'éloge de ses vertus.
Celte haute réputation, qu'avait auçmcn* tée la mort du saint cor final , passa bientôt au delà des monts ; elle se répandit dans toutes les cours de l'Europe; on y voulut avoir de ses reliques, aussi bien qu'en Italie; les princes et les princesses en firent demander au général de la Compagnie. Guillaume V, duc de Bavière, en obtint un portrait du cardinal, pour avoir devant les yeoc un modèle de sainteté i suivre dans la solitude , où il s'était retiré après un heureux règne de dix-huit ans. Maximilien, héritier de sa couronne et de sa piété , eut quelque autre pièce , que le saint homme avait consacrée par son usage. Une petite partie du cerveau, embaumée, comme la chose la plus considérable, fut accordée aux vœux de Marie de Médicis, veuve de Henri IV et mère de Louis XIII. Cette reine la reçut avec une vénération religieuse, et elle honora ce reste précioux d'un des hommes les plus sages de son siècle. Elle ne manqua pas de témoigner son affectueuse reconnaissance au général.
C'était encore Mutio Vitelleschi, aussi sensible aux honneurs qu'on rendait au saint cardinal après sa mort, qu'il l'avait été à-fa douceur de son amitié pendant sa vie. Observateur, à son gré trop fidèle de la promesse qu'il lui avait faite, de placer son corps avec celui des autres Jésuites, il souffrait avec peine de le voir ainsi confondu dans la mémo tombe. Il est vrai qu'on ne laissait pas de l'y révérer, d'y invoquer son crédit auprès de Dieu, d'y répandre des fleurs , d'y allumer des ciergos, et d'y ap; porter des offrandes ; c'est cela même qui donnait sujet au sage et tendre ami de se reprocher son peu de zèle , comme s'il eût semblé oublier celui que toute l'Europe s'empressait d'honorer. Il n'avait garde d'approuver qu'on lui rendit un culto religieux, avant que l'Eglise se prononçât sur sa sainteté ; il en empêchait, autant qu'il pouvait, les marques publiques; et il les faisait porter de la chapelle en la sacristie, où avait été placé par ses soins le tableau du serviteur de Dieu. Mais il se crut au moins obligé d«
ftire Jeter le sacré dépôt, pour le placer en un lieu plus convenablo ; celui où avait été saint Ignace lui-même, avant le transport qu'on en fit à sa canonisation, était vide» c'était au coté droit du grand autel; celte sépulture convenait à un fils qui avait si parfaitement retracé la sainteté de son père.
Le général le fit donc tirer du premier en* droit, où il était depuis un an, pour le transférer au second , qui était plus digne de lui, après l'avoir reconnu en présence des principaux de la maison, lui avoir trouvé la tête et tout le buste presquo en son entier, l'avoir revêtu de sa dnlmatique et de sa cbasubfe de taffetas, et l'avoir mis dans un cercneil de bois de cyprès couvert de plomb. C'est là que repose le saint homme , sur lequel* (e registre mortuaire des cardinaux s'exprime en ces ternies: « Le 17 septembre 1621, le révérendissime seigneur R. B.-tlarmin, prêtre cardinal, né à Monte-Pulriano, et qui a été profès de la vénérable Compagnie de Jésus, est passé aujourd'hui de la région des morts en la terre des vivants. C'était un persounage très-illustre, un éminent théologien, un zélé défenseur de la foi catholique, Te marteau des hérétiques: également pieux, sage, humble et souverainement aumônier. Tout le Sacré' Collège des cardinaux et toute la cour de Rome pleurent la perte d'un si grand homme. »
Celui qui le pleura avec les larmes les plus sincères et les plus tendres , fut le cardioal Al. Or>ini, dont on vient de rapporter le témoignage. Il avait de tout temps fait profession d avoir pour Bellarmin un respect el une affection filiale; il fut si vivement touché de sa mort, qu'on ne put le consoler qu'en lui accordant l'entrée de la Compagnie. Depuis bien des années, il soupirait pour elle: mais le duc de Bracciano, son père , el tous les princes de son illustre maison, y avaient mis des obstacles insurmontables. Après avoir passé les premières années de son enfance dans le palais du duc, son père , il fut envoyé à la cour de Florence , comme dans une écolo de politesse. Elevé dans tous les beaux arts , avec les princes de Toscane et de Lorraine , qui > étaient réunis par la proximité du sang, sous la sage conduite de Christine de Lorraine, duchesse de Toscane, il passa de là à Pise, où il devint en peu de temps très-habile dans le droit canon, de Pise à Rome , où il réussit également dans la philosophie et les mathématiques. C'est là qu'il fit tous ses efforts pour être reçu parmi les Jésuites , préférant leur habit à la pourpre que sa naissance et son mérite ne pouvaient manquer de lui faire porter, soit dans le monde, suit dans l'Eglise. Ces Pères n'ayant pu , malgré leur désir, lui accorder la satisfaction qu'il demandait avec instances, le jeune prince, convaincu de leur bonne volonté, ne (.'offensa nullement de leur refus ; et , ne pouvant obtenir d'être admis en leur noviciat , il s'exerça dans toutes les vertus qu'on y pratique ; il fut novice de cœur et d'inclination, pour se dédommager de l'impossi-
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bitilé, où il se trouvait, de l'être "en effet
il ne fui pas longtemps dans eu saints exercices, sans s'attirer les yeux de toute la cour de Rome , qui crut voir revivre Louis de Gouzague dans Al. des Ursi ns, quoique sous un habit différent. Paul V en fut charmé dès qu'il le vit; c'était quelque chose en effet de surprenant de voir un jeune prince d'une beauté et d'une modestie angéliques , ayant, dans un corps admirablement bien fait, une âme encore plus belle, aussi modeste el aussi recueillie au milieu de la cour, qu'il aurait élé dans la maison de Saint- André ; fait pour plairo parfaitement à Jésus- Christ, sans déplaire au monde, dans loquet on voulait l'obliger à rester. Le Souverain Pontife, lui voyant de si rares qualités, se hâta d'en faire un prince de l'Eglise , en lui donnant le chapeau ; il n'avait que vingt-deux ans ; et il ne laissa pas , dès qu'il fut entré dans le Sacré Collège, d'y paraître avec toute la maturité des cardinaux les plus consommés en âge et en sagesse.
Sa nouvelle dignité, qui l'approchait si fort du vicaire de Jésus-Christ, ne fit qu'augmenter en lui le désir de suivre de plus près Jésus-Christ lui-même; il en imita l'humble douceur, le tendre amour pour les pauvres et le zèle des âmes. Retiré dans un 'profond mépris de lui-même , Il y était inaccessible à toutes les idées dn grandeur et è toutes les tentations du siècle; il n'avait jamais plus de plaisir que quand il était aux pieds des pauvres pour les leur laver et pour les servir. Le soin qu'il avait deces misérables, ne lui faisait pas oublier les personnes de naissance, dont le salut est si important pour le bien commun des Etals.
Pour engager à la piété la noblesse de Bracciano, il y établit une congrégation de gentilshommes et des personnes les plus notables, qu'il instruisit lui-même do tous les devoirs du christianisme, et auxquels il apprit tout ce que l'Evangile a de plus humiliant et de plus rude ; et, afin de leur en faciliter la pratique il se mil à leur tête, soit qu'il fallût aller dans les hôpitaux soulager les malades, soit qu'il fût question de faire dans la chapelle de la congrégation quelque exercice de pénitence. Ce qu il ne pouvait faire par lui-même, il le faisait par le ministère du P. Zucchi , auquel il avait donné toute sa confiance, el parles mains de qui il répandait ses finances sur une infinité do malheureux. Agissant par les mains de cet homme apostolique , il lui semblait déjà qu'il fût à demi Jésuite : mais il n'eut pas de repos qu'il ne le fût tout à fait. Quand il apprit la mort de Bellarmin, qu'il avait toujours regardé comme son i>ère et son maître en Jésus-Christ, il demanda instamment d'avoir sa place dans la Compagnie, résolu d'en remplir le's.devoirs, autant que lui permettrait sa dignité de cardinal, de laquelle ou ne voulait pas le décharger.
Le général de la Compagnie, forcé par les instances du cardinal, le reçut au nombre de ses enfants , el l'associa à la province romaine, après lui avoir o errai s le faire les
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vœux de la Compagnie, qu'il observa, sans sortir du monde, avec une régularité et une perfection, a'Iaquelleon a peine d'atteindre, après avoir vécu beaucoup d'années dans la religion. Jamars dépendance ne fut égale a la sienne ; il surpassa en soumission les plus humbles religieux ; et en matière de zèle, «Je piété, de mortification et des autres vertus propres d'un homme de la Compagnie, on peut dire que, quand il en eut obtenu l'entrée, il se surpassa lui-même. Cette idée, qu'il y était le successeur de Bellarmin , le sollicitait vivement à son imitation ; il s'était persuadé qu'il devait être l'héritier de son esprit; et qu'ayant été son 61s spirituel, il avait une obligation particulière d'en exprimer dans sa personne toute la sainteté. Il aima, comme lut tendrement les règles de la Compagnie de Jésus, il les observa avec une exnclilude qu'il sut accorder avec les biensénnees de sa dignité ; et il les envisagea comme des nœuds sacrés qui l'unissaient à Jésus-Christ. La passion déco divin Mettre, s laquelle il avait toujours eu une dé? olion singulière, s'imprima encore plus profondément dans son cœur, depuis qu'il se futeonsacré par les vœux de la religion à Jésus crucifié. C'étéit sa chère pratique de porter nuit et jour sur sa poitrine une croix arméo de cinq clous aigus, qu'il pressait de temps en temps avec la main, pour en faire entrer les pointes bien avant dans sa chair et pour en tirer le sang, ce qu'il faisait avec des sentiments de la plus douce piété et de l'amour le plus ardent.
Il ne se relâcha nullement de ses saintes pratiques quand, chargé de la légation de lia renne et du gouvernement de toute la Romogne, il fut obligé de donner ses soins à celte partie de l'Etat ecclésialique. Ce fut même pour toi un engagement de travailler encore avec plus de ferveur è sa sanctification, pour procurer efficacement le bien spirituel des peuples qui lui étaient confies; il redoubla ses prières à Dieu, ses rigueurs envers lui-même et ses charités envers tout le monde.
Il fit surtout un acte héroïque envers ses plus implacables ennemis, qui avaient résolu de le perdre, parce qu'il n'avait pas, è leur prièro, épargné des scélérats, qui infestaient tout le pays de meurtres et de pillages. Une lettre des conjurés, contenant leurs noms et leurs intrigues, étant tombée entre les mains du légat, il la lut froidement, et sans en être ému, il la mil à la flamme d'une bougie, qui était sur sa lable, et la brûla en disant qu'il espérait qu'elle lui servirait de passeport pour l'autre vie. Il no resta pas longtemps en celle-ci, après avoir donné à l'Italie cet exemple admirable de charité. Comme il se préparait à partir pour l'Allemagne, en qualité de nonce extraordinaire du Saint-Siège auprès dv l'empereur Ferdinand, il fut arrêté è Bracciano par-une maladie, qui lui ouvrit les portes du ciel, où une action si chrétienne lui avait méritéune couronne immortelle. Tandis que son flme, délivrée des liens de son corps, prenait son
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essor, pour s'y envoler, son cœur fut porté a Rome, selon ses ordres, et déposé, comme il l'avait souhaité, auprès du tombeau de Bellarmin, pour n'être pas, après la mort, séparé du saint cardinal, auquel il avait été
' étroitement attaché pendant sa vie.
' Quelque soin qu'aient les saints de cacher
, leur sainteté, le Seigneur prend plaisir à tirer le voile, dont ils la couvrent et de la donner en spectacle aux yeux des hommes, pour qu'elle leur serve de modèle, et pour qu'il en soit glorifié lui-mêmo. Telle a été la conduite de la Providence envers Bellarmin; elle a fait briller ses actions vertueuses, malgré les ténèbres dont il aimait è les couvrir, et elle les a mises en un si grand jour, qu'il est pmi d'hommes oui aient eu une si haute réputation, et dont les vertus aient été plus célèbres.
Celle que l'apêlre saint Paul élève audessus de toutes les autres, qu'il appelle le lien de la perfection , et qui fait effectivement les parfaits et les saints, c'est la charité. On peut dire qu'elle était en Bellarmin a un degré éminenl, et qu'elle était comme l'âme qui donnait le mouvement è ses actions et à ses paroles. Tout le fond de son état d'uue part, un exlrômo attachement an Créateur, attachement établi sur l'ineffable grandeur de son être, de l'autre une profonde indifférence pour tout être créé, dont il avait continuellement le néant devant les yeux. Son cœur, vide de toutes les créatures était plein de Dieu, et tout transporté de son amour. Quand il lui arrivait d'entendre des gens qui lui disaient, à l'occasion de set livres, qu'en donnant de la gloire à Dieu par son travail, il en avait été comblé lui-mêioe; on le voyait, en ces occasions, répondre avec un certain feu , et une espèce d'émotion, qui ne lui était pas ordinaire : « Hélas I tout ce que j'ai fait, et tout ce que j'ai pu faire; tout ce que j'ai, et tout ce que je puis avoir de cette gloire prétendue, dont vous me parlez, je le changerai très-volontiers avec le plus petit degré de charité. Ah 1 si j'étais capable de le mériter, c'est alors que je m'estimerais bien heureux 1 » C'est le srn-
' timent qu'il avait puisé dans le Prophète royal , en méditant ses psaumes ; il avt,'t, eoramo lui, pitié du vulgaire, qui admire la bonheur frivole do ceux qui sont en possession des biens de la terre, au lieu que la vraie félicité consiste a posséder le Seigneur.
Ecrivant au cardinal Augustin Valîer, qu'il regardait comme son père, et auquel il s ouvrait confidemmiml des dispositions les plus secrètes de son cœur : « Les grondeurs do la terre, » lui disait-il, « les dignités émineates, et, en particulier, celle de cardinal dont je me vois revêtu, tout cela parait çrand è qui est attaché à la terre, à qui oublie la céleste patrie ; mais a celui qui a goûté la vérité, et qui, élevé dans l'école de Jésus-Christ , a bien appris les maximes de son saint Evan-
Jile, hélas 1 que cela semble peu de chose I 0 vous l'avoue* franchement, 1res -cher Père, je n'ai jamais ni eslimé ni aimé U
pourpre, et je porte grande compassion a ceux qui se laissent éblouir de son éclal. »
Deux choses touchaient moment ce saint homme, et allumaient toujours davantage l'amour eitrême dont il brûlait pour Dieu. La première, qui le desséchait comme David, c'est que ce grand et admirable Seigneur n'était ni aimé ni respecté dans le monde, qu'on n'y voyait que violation de ses lois, qu'oublf de ses grandeurs, que mépris de sa divine Majesté. Il en avaiMe cœur percé de là plus vive douleur, et son zèle ne s'expliquait des désordres si communs sur la terre, qu'en l'appelant elle-même un enfer anticipé, cl comme le vestibule du séjour affreux où Dieu ne sera jamais aimé. La seconde, à laquelle il était dovënu*infinîment sensible sur la fin de sa vie , c'est qu'il croyait être inutile à ce Dieu de bonté, au service duquel, dans tous les moments de ra vie, il aurait voulu se prodiguer. Il lui semblait, quelque application qu il eût à lui p'aire dans toutes ses actions, qu'il ne faisait plus rien pour sa gloire. • Je ne fais plus que vivre,* disait-il avec douleur. Cet étal lui était plus pénible que la mort même; e'estee qui le faisait soupirer après elle, avec saint Paul, et souhaiter comme lui d'aller è Jésus-Christ, de l'amour duquel il était si enflammé qu'il ne pensait qu'à lui, ot ne soupirait qu'après lui.
Comme c'est dans la solitude qu'il recevait plus intimement les impressions du Saint-Esprit, il avait pour elle une inclination singulière, et c'est peut-être la vraie cause qui avança sa mort. Tandis qu'il logeait au palais du Vatican, tous ceux qui l'habitaient ne manquant jamais d'en sortir dans le temps des chaleurs, il se plaisait à y rester seul, à cause de la pleine liberté qu'il avait alors d'y vaquer entièrement à Dieu. C'est la raison qu'il apporta au cardinal Crescence, qui le pressait d'aller ailleurs, et qui, pour le persuaderde quitter ce palais en une saison, où l'on y respire un air malsain , lui disait qu'il n'y demeurait alors personne. « C'est parce que tout le monde en sort, que j'y demeure,» répoudit-il en souriant ; « je n'y souffre l'importunité de personne, et j'y ai tout le loisir de m'enlrelenir tranquillement avec Dieu; on est trop bien en sa compagnie, pour appréhender le mauvais air. » Il ne laissa pas de nuire notablement à sa santé, et on prétend qu'il y prit les germes de sa dernière maladie : mais il ne se mettait guère en peine de conserver sa vie, lui qui souhaitait si fort d'en voir la fin, pour aller, dans Je ciel, en commencer une meilleure.
Il ne voyait personne avant huit heures du matin, pour donner à Dieu tout à loisir les prémices de la journée, et lui présenter, •ans distraction, le tribut de sa prière. Après un repos d'environ quatre heures, pendant lequel on peut dire que son cœur veillait, par l'habitude qu'il avait contractée, de prier et d'aimer continuellement, il se levait sans l'aide d'aucun valet de chambre, et, ayant la i -même allumé sa lampe, il récitait de nuit