PRÉFACE
PfHi de contrées dans Taocien monde ont autant occupé les savants et fourni matière 5 leurs investigations que celle de la Terre-Sainte. On compte par milliers les voyages en Syrie et en Palestine, et cependant peu de pays sont encore aussi inconnus que les parlies les plus intéressantes de cette contrée célèbre.
U y a deux raisons évidentes de ce fait, en apparence contradictoires avec Teiistence d'un si grand nombre de descriptions de la Palestine.
La première, c'est que Timmense minorité des voyageurs a suivi invariablement le mémo itinéraire. Et cet itinéraire, c'est de débarquer à Jaffa, de voir Jérusalem, Beit-lehm, Jéricho et le lieu sur le Jourdain où fut baptisé le Sauveur; de suivre la route de Jérusalem à Naza* reth» de visiter le lac de Tibériade, et de là gagner Saint-Jean d'Acre et Beyrout, d*où l'on s'enitMiique pour Constantinople ou pour l'Europe occidentale.
Ajoutons encore que, même en suivant cet itinéraire tracé par la routine, tout ce qui se trouve en chemin est vu avec tant de négligence que j'ose affirmer qu'il n'y a pas peut-être dix voyageurs en Europe qui soient montés sur le mont £bal qui domine au nord la ville de Naplquse.
I^ seconde raison, c'est que la partie éminemment curieuse de la Palestine, c'est-à-dire, le bassin de la mer Morte et la Moabitide qui borde au levant cette mer étrange, aux souvenirs mystérieux, ne peuvent être parcourus qu'avec des dangers de toute sorte et des frais considérables. Ces deux difficultés ont arrêté sur ce point toutes les tentatives d'exploration. Eq sorte que, à part quelques rares excursions dans les derniers vingt-cinq ans^ toutes les terres bibliques situées au levant de la mer Morte et du Jourdain, depuis Petra jusqu'au pied de l'Anti-Liban, n'ont vu leur sol foulé que par un très-petit nombre de voyageurs.
Qu'on ne s'étonne donc pas de tant de doutes sur des points essentiels de la géographie de la Bible.
Jusqu'au voyage de Chateaubriand, la Jérusalem antique n'était connue que par la Dissertation de d'Anville , qui passe pour un chef-d'œuvre, et que l'illustre voyageur reproduit dans son Itinéraire: quel que soit le mérite de ce travail, d'Anville, n'ayant pas vu Jérusalem, ne l'ayant connue que par un plan défectueux, n'a pu produire une œuvre qui ne laissAt rien à désirer.
Les écrivains anglais sont venus et ont exploré le pays, et surtout la ville Sainte, avec l'esprit de ténacité qu'on leur connaît. Les travaux de Robinson, de Williams, sont classés parmi des œuvres de géographie biblique sérieuses. Mais trop souvent les systèmes bizarres sont Tenus gâter les plus belles recherches. Il y a peu d'années, M. Fergussou écrivait un gros livre pour placer le Golgotha devant la porte dorée du temple, changeant l'entrée du lieu saint en un lieu d'exécution, et plaçant l'église du Saint-Sépulcre dans l'endroit même de la grande mosquée d*Omar élevée sur l'emplacement du temple de Saloroon.
Ajoutons à cela qu'un système singulier d'attribution d'ancienneté aux monuments hébraïques avait prévalu en Europe. Tout ce que la sculpture, l'architecture avait pu laisser à Jérusalem et dans la Palestine était imperturbablement attribué aux époques de décadence de la domination grecque et romaine. On niait qu'il y eût un art hébraïque, des monuments élevés par les Juifs avec des types qui fussent propres au génie de leur nation.
J'ai donc eu, dans mes explorations consciencieuses à travers les terres bibliques, à rectifier les erreurs de toute sorte accumulées dans les écrits de mes devanciers. J'ai dû naturelle- .flieot en fiiire justice. La cause de la vérité, celle de la religion y ont gagné.
J'ai recueilli les sympathies les plus honorables pour mon travail sur l'art hébraïque, matière intéressante, et que j'ai traitée, le premier du moins, avec une certaine étendue.
Diction?! .nrs ANTrniiTàs BiBuçrES. 1
il rnEFACE. it
On trouvera dans ce Dictionnaire mes articles sur Tart h<Jbrajque divisés selon ia méthode» en ce cas, la plus naturelle, celle de suivre un à un chacun des saints Livres pour en tirer les notions importantes d*art qu'il peut contenir.
Mes découvertes sur les villes maudites dont j'ai vu les ruines et dont J'ai constaté la Téritable position depuis Gomorrhe jusqu'à Tzoar» m'ont valu les <)ritiques les plus amères. J'ai subi le choc de ces critiques. J'y ai répondu, et mes identifications subsistent, malgré les dénégations des hommes qui prétendaient, du recoin obscur de leur cabinet, mieux connaître que moi une contrée que j'arais visitée avec une attention je ne dirai pas sérieuse, mais passionnée.
La magnifique nécropole de Jérusalem, la plus curieuse que puissent offrir les villes de l'ancien monde , prêtait matière aux plus intéressantes découvertes. Celles que j'ai faites sont toutes consignées dans ce Dictionnaire, et je dois ajouter que j'ai laissé encore ample moisson aux explorateurs futurs.
Une partie de mes travaux qui a aussi son importance pour les études bibliques, c est le soin que j'ai eu de rendre à toutes les localités que j'ai visitées leur véritable nom si fréquemment mutilé dans les traductions grecques et latines de la Bible. l'ai pu me convaincre que les noms bibliques n'ont pas changé en Palestine : Endor, célèbre par sa pyfhonisse, est toiyours Endor. Mais cette lecture est un barbarisme. La véritable lecture est Aïn-Dour (la fontaine deDour). Il en est de même do Engaddi : c'est Aïn-Djedi, etc., etc.
Je livre donc tous ces résultats d'une étude consciencieuse sur les terres 1)ib1iques au monde religieux et savant. J'ose dire que la plupart de ces questions étaient à peu près complètement inconnues. Mes travaux sur le temple de Salomon, sur le temple du Garrizim, sur celui d'Azor, ville Kénflanéenne que j'ai décrite le premier, jettent un jour tout nouveau sur cette partie de l'archéologie sacrée.
Puissent ces pages servir à encourager l'étude de ces contrées si intéressantes, et à éclaircir les Ûvres saints dont j'ai été heureux de reconnaître partout l'admirable exactitude I