LIG
DE BfBLIOLOGIE.
slaiile dans la Bibliotheta Spenseriana (t. I» p. 107), mais c'est une circonstance fort rare. Erbard ?tatdott, imprimeur è Venise (vers 1477), est le premier typographe qui ait fait des lettres capitales ornées un emploi fréquent. Cet usage se répandit ensuite de {lias en plus. Des incidents empruntés à *bistoir.e sacrée et profane» des animaux de ' tout genre» des images grotesques consti- ' tuèrent habituellement ta décoration donnée aux majuscules : la Danse des Morts fournit en ce genre des sujets qui furent fort h la mode.
Parfois ces lettres furent introduites dans des ouvrages dont devait les exclure la nature des sujets qu'elles représentaient. Une majuscule ornée d'une vignette représentant le mythe impur de Leda fut, par une étrange inadvertance, placée, ainsi que nous Tavons déjà dit, au commencement de TEpltre de saint Paul aux Hébreux dans uua Bible anglaise imprimée k Londres par Richard Jugge en 15T2; la même lettre se glissa dans un livre de Prières sorti des presses du même imprimeur. De nos jours on a fait usage avec succès, en Angleterre surtout, des lettres ornées. VHistory ofmnes (l'Histoire des vins) par Henderson, 1828, ]n-(, offre de fort jolies majuscules avec des sujets analogues au contenu du vx)lume.
Parfois, dans des livres du xv* siècle» les lettres initiales sont d'une très-forte dimension et ornées de Qgures bizarres, de tètes humaines» d*animaux.
Quelques imprimeurs modernes ont fait usage de lettres ornées mais avec beaucoup de sobriété.
Lettres tourneuses, ainsi nommées à cause de leurs figures rondes et tournantes. Elles ont servi aux anciennes inscriptions ainsi qu'à orner le commencement des chapitres dans de vieilles éditions.
LIGNAMINR (Jban-Philippe de).— Imprimeur du XV* siècle; il avait commencé par être médecin. Né à Messine, il se rendit à Rome, et, secondé par le pape Paul 11, il établit vers 14>70un atelier typographique tn pinea regione^ via Pape^ prope Sanctum Murcum: il travailla jusqu'en t4>81. Plusieurs de ses éditions sont estimées. C'est lui qui a le premier imprimé Quintilienj in-fol., Ili70, volume précieux ei don*, le prix a varié, pour de beaux exemplaires, do 200 à 800 fr.ll est décrit dans Ja Bibliotheca Spenserxana^ qui donne un far-simile des caractères. C'est encore Lignamine qui, le premier, a mis au jour Suétone^ 1470, in-fol. On a pensé que c'était par ce volume qu'il avait débuté dans la carrière typographique; un bel exemplaire de cette édition s'est vendu 1,3M fr., chez le ducdeLa Vailière, mais parfois on en a adjugé d'autres à bien meilleur marché. Un Chronicon summorum Pontificum^ 1470, imprimé et en partie rédigé,è ce qu'on croit, par de Lignamine, renferme sur les débuts de l'imprimerie des renseignements curieux qui ont souvent été cités.
Nous allons mentionner rapidement les
principales éditions sorties des presses de Lignamine.
.4£sopi Fabulœ in latinum eonversœ^ 1475, in-i. (Première édition laiiiie; AuUitfreiii n*en fait pas mention dans son très-bon Catalogiu ediiionum romanarum sœculi xv.)
Ambrosii (B.) OffUiorum libri YI^ in-foL, alisque nota (vers 1471).
Blondit (Flavji) IiaUœ iUustratœ libri VIII, 1474, in-fol.
Cavalcha (Domeiiico) Pengie lingua^ 147i, in-fol.
Corani (A). Oraiio de coneeptione B. M, K., 1475, in-fol. (Edition rare qui a échappé aux retberelies d'AudilTredi.)
Eusebii Historia eecletiastica^ 1476, in-fol.
Horatiuêf 1470. (Edition qui n'est pas encore bien connue ; il paraît cependant que Lignamine a imprimé Horace.)
Laudivii Epi$tolœ magni Turct, 1475, in-4.
Petrarcba, Sonetti, 1473, in-4. (Il paraît, d'aptè<i le Manuel du libraire^ qu'on ne connaît qu'un seul exempl. de celte édition, encore est-il imparfait ; il se trouve en Angleterre.)
Sancii (Roderici) Spéculum vilœ humanœ, 1473, in-fol.
Terentiut, ln-4 (vers 1475). (Volume très-rare sans indication typographique.)
Valise (L.), De elegantia linguœ latines, 1471, in-fol.
Une lettre intéressante écrite par Téditeur au ()ape Sixte IV renferme des détails sur les impressions qu*il avait exécutées. Rlle a été reproduite dans le Dictionnaire biblio^ graphique de La Serna Santander, t. Il, i). 285.
LIVRES.— Nous réunirons dans cet article une as$ez grande quantité de renseignements et de faits qui, nous le croyons, se trouveront rassemblés ici pour la première foiset dont un grand nombre seront nouveaux. Ils nous ont coûté de longues recherches, et les bornes de notre travail nous ont interdit de consigner ici toules les notes eme nous avons recueillies. On peut dire quau sujet des livres il serait facile d'écrire une sério presque interminable de volumes; c*est un sujet qu*il serait impossible d'épuiser. Nous saurons nous restreindre, et pour mettre de Tordre dans les matériaux qui sont dans nos mains, nous les classerons par paragraphes.
§ 1. — De l'amour des livres,
A Tarticle Bibliopbilbs, nous avons signalé un certain nombre d*amateurs qui se sont fait connaître par leur amour pour les livres; mais ceci ne nous dispense pas de mentionner (|uelqiies considérations générales que ce goût, dégénérant parfoisen passion et en manie, a'inspiréesà des écrivains en renom. Ecoutons d*abord d'Alenibert :
« La passion d'avoir des livres est quel()uefois pousséejusqu'à une avarice très-sordide. J*ai connu un fou qui avait conçu une passion extrême pour les livres d^astronomie» quoiqu'il ne sût pas un mot de cette science : il les achetait à un prix exorbitant et les renfermait proprement dans une cassette sans les regarder. Il ne les eût pas prêtés ni mèole laissé voir aux astronomes les plus illustres.
DICTIONNAIRB
Va autre faisait relier ses livres avec Une, et de peur de les gAter, il les empruntait à d*autres quand il en avait besoin, quoiqu^il les eût chez lui.
« J*ai ouï dire è on bel esprit qu*il était parvenu à se faire par un moyen assez singulier une bibliothèque très-choisie, assez nombreuse, et qui pourtant n'occupait pas beaucoup de place. S*il achetait par exemple un ouvrage en douze volumes où il n'y avait que six pages qui méritassent d*étre lues, il séparait ces six pages du reste qo*il ietait au feu.
« L amour des livres n*est estimable que dans deux cas: lorsqu'on sait les estimer ce qu'ils valent et qu'on les lit pour profiter de ce qu'ils peuvent renfermer de bon; lorsqu'on les possède pour les communiquer.
Un critique judicieux » enlevé par une mort prématurée» M. H. Rigauit, disait de son côté :
c 11 faut une passion innocente à l'flge mûr. Quoi de plus désirable que celle des vieux livres? non des rares et des coûteux, celle-là, c'est le privilège des riches et des enrichis; encore n'est-elle souvent qu'une passion factice et toute de vanité, une manière de donner aux millions un air intellectuel chez les faux bibliophiles, race nombreuse dans les temps de rapide fortune. L*amour des vieux livres , humbles, mal reliés, qu'on achète pour peu de chose et qu'on revendrait pour rien si on les reven- ^ dait ; voilà la vraie passion, sincère, sans artifice, où n'entrent ni le calcul, ni l'affectation, où le cœur seul a part et qui prête un charme honnête aux dernières années
de la vie C'est un bon sentiment que ce
culte de l'esprit et ce respect touchant pour les monuments les plus aélabrés de la pensée humaine. C'est un bon sentiment que cette vénération pour ces livres d'autrefois
2ui ont connu nos pères, qui ont peut-être té leurs amis, leurs confidents. Voilà les sentiments qu'éveille dans le cœur l'amour des vieux volumes. Admirable passion qui est plus qu'un plaisir, qui est presque une yertu. Aussi qu'il est doux de s'y abandonner! qu*il est doux de partir le matin du logis comme pour une conquête I et qu'il l'est plus encore d'y rentrer tout chargé de dépouilles opimesl On raconte son bonheur, qu'on appelle son adresse; on compte ses prisonniers avec un air vainqueur; on les range un par un sur de modestes rayons ; ils seront aimés, choyés, dorlotés, malgré leur indigence, comme s*ils étaient vêtus d*or et de .«^oie. »
Encore une citation que nous empruntons au Bulletin du bibliophile,
« il est arrivé trop souvent que la passion des livres rares et curieux l'a emporté sur l'utilité qu'on pouvait tirer de la possession des ouvrages classiques dans les sciences et <lans les lettres; il a pu arriver parfois, €omme l'a dit un poëte spirituel, qu'on ait •appelé bonne édition d'un livre celle qui se distinguait par des fautes d*inipression qui <ie sont ()as dans une autre édition appelée
mauvaise; mais il ne faudrait pas coodore de là que les bibliophiles soient des espèces de maniaques, cherchant seulemestlês livres qu'on ne lit pas et qui n'ont d'aotre mérite que leur rareté. Sans parler des premiers monuments de Tari typographique, précieux à double litre par la beauté de l'exécution et par l'intérdt historique qui s'/ rattache» ni de ces éditions princaps des anciens classiques dans lesquelles doos retrouvons souvent la reproduction fidèle d'anciens manuscrits qui n existent plos, on peut affirmer que le plus souvent c'est pir quelque singularité curieuse ou importante, par quelque fait intéressant relatif à l'histoire littéraire, que se distinguent ces éditions si rares de livres qu'on paye parfois au poids de l'or. »
Un grand nombre de poètes ont célébré le lionheur d'avoir des livres de choix, mais la poésie latine nous semble plus propre
aue toute autre à rendre iustice au mérite *une collection où la littérature ancienoe doit nécessairement occuper une larçe plier, c'est ce qui nous porte à placer id deoi pièces de vers qui n'ont peut*étre point passé en France sous les yeux aone demi-douzaine de lecteurs. La première est adressée à un amateur anglais très-zélé, C. M. Cracherode, qui avait rassemblé oo grand nombre de livres précieux et qui lei a légués au Musée britannique.
Libros go» (jiciint venostiores, Heatissime Cracherode, dîciin.
Noo obscun domas, propiiMioion Urbis 00» loca |)rospicit supèib», Alque nortos tibi GMaris nreoiet.
Sii magoum specular, focus pereonis, Nec ftimo, neque paivere iiideoonts ; Nidi, 9cri .iaque omnibus reclosa^ Cedrique arcula, le vis et cupresa Nosquam blatta, vel iaquinau charia , Sed mar§[0 calami ooteqne purua, Margo lauor, albus iolegerqii«^, Necnoo copia larga pergamenc.
Âdsint Viii^lius, paierque Hom^rus»
Muudi puDuce, purparaqtte cuhî ; Kt quicquid magica quasi arte freii Faustusque Upilioque prssiiieruiiL Adsit Lascaris, aoreos libellu!^, Argivi decus, atqiie origo pr>-ii ; El que Don prcuo empu, sed reliefs.
Adsit Caliimacbus, frequem deuruiu Cultor carmiuibus pie canons, Ëtscriptor (^ravium Leaadri amonia.
Adsit velteris aurei poeta.
Kl mus» tragic» lener sacerdos« Grscorumque epigrammalon libelli.
Sieolque omnes capite emineotiuri Quadris lillerulis siiperbientes.
nie sitqni uiiel arle Moiilacati, Aul P;(ini, Deromique ju nions ; lUic cui decus ami a sunl Thuaui, Aul régis brève lilium radud Qnid, mitissime Cracherode, pi ura^ Dii magoaiD tibi copiam librorum Alque ariem dedenint simul frueiidi4 Habes omnia ; niique vivus optas, Nec post le tremis auctioois nasum.
Un autre bibliophile britannique, Drurr, avait placé au-dessus de la porte de sa Inbliothèque huit vers que sou fils traduisit élégamment en latin. Ceux de nos lecteurs qui aiment la langue de Virgile et d'Horaie ne seront peut-être pas fAchés de trouier ici ce fragment, qui fut inséré dans un re-
DE BIBLI0L06IK.
UV
de vers latins composés k Cambridge julines Cani) et que nous reproduisons es la Bibliomania de Dibdin, iSA%
Pontificnm Tidens penetnilibiis eitiU lapjofi
AnHquas mouacbûm vellera pasjta manus, Et veleres puneto sine divisore papyros
Qasque rremit rnoostrls Huera picla suis . JElaiis dechn» specles iiiduslria quiotaB :
Quam pulchra archet^p» imprimai arte duces Almnas «des ineuot et limina Junt»,
Quosque suos Stephauus vellel babere Lares.
S possesseurs délivres sont en général peu disposés à s'en dessaisir, mais il en ui ne veulent pas oue les collections s ont formées avec beaucoup de peine u prix parfois de grands sacrifices, it dispersées après leur mort; ils se Itent à ridée de la destruction de Té- ) qu'ils ont élevé, et ils lèguent leurs s à quelque dép6t public en mettant ent la condition qu'ils seront conservés t. C'est en Angleterre surtout, |iays I et où existent depuis longtemps des cteurs fervents, que cette circonstance oduit. Sur 550,000 volumes que coule Musée britanique,218,000, au moins, \ié donnés ou légués. Ce nombre serait re plus considérable, si quelques amai avaient obtenu cequ'ils ambitionnaient qu'on peut regarder comme la distincla plus flatteuse i]ue puisse dans la de-Bretagne obtenir un ami des livres, ace (honorifique et non rétribuée) de :eurs ou administrateurs j du Musée rmique. L'archéologue Richard Gough, quaire Francis Douce, auraientfaitdon urscollections importantes, s'ils avaient it cette dignité. Ils n*y réussirent pas, iirs livres ont été offerts à la bibliothè'^ Bodieyenne k Oxford, où ils sont heu- 3ment conservés, maisoù ils ne peuvent re autant de services que s'ils étaient lurés à Londres.
comprend l'anxiété du bibliophile qui upe le jour de ses livres, qui y rêve la
et qui s'inquiète de leur sorL il a lé à une foule de ventes ; il a enlevé, :haleur des enchères, auelc|ue rareté aisait l'orgueil d'une collection rivale; arcouru pendant longues années toutes ouliques des libraires, il a fouillé tous aiages :et les résultats de tant de peines, ut d'efforts seront livrés au ventl Cette ie est un supplice.
vèque d'A vranches,le savant Huet, parle ses Mémoirti avec attendriasement de ction qu*il éprouva lorsqu'il vit ja belle Khèquedu président de Thou disper- •ardes héritiers avides. Ne voulant pas (es livres chéris éprouvassent le même il résolut de les léguer h quelque corion religieuse amie des lettres; il se t ainsi d'assurer à sa bibliothèque une ;nce perpétuelle. Il lalésuadoncaux Jesde Paris : mais un siècle s'était èpeine é que cette Compagnie était détruite et ;)iumes de Huet étaient expulsés de
Tasile où il s'était flatté de leur assurer uu repos assuré.
En thèse générale, il ne faut pas qu'une grande bibliothèque compte sur les dons pour s'enrichir ; le caprice forme, en France surtout, des bibliothèques; les goûts changent; parfois la spéculation s'en uièlet et le bibliophile met ses collections en vente. Très-souvent elles constituent une portion de sa fortune, il ne peut priver sa famille de cette ressource. On a remarqué aussi, assez souvent, que les bibliothèques données ou léguées à des établissements publics se composaient principalement d'ouvrages de peu de valeur.
§ II. — Le$ livrée chez Us ancien».
On trouve dans le Bulletin du bibliophile^ 3- sérÎH, p. 631-660, 695-708, 739-788, 823- 852, 935 9V8, etc., un Essai de M. H. Géraud sur les livres dans F antiquité^ particulière^ ment chez les Romains, Ce travail étendu et savant se compose de divers chapitres dans lesquels fauteur passe successivement en revue ce qui concerne :
1* Les substances sur lesquelles on a écrit
dans les temps anciens.
a* Les instruments de l'écrivain et les matières colorantes.
8* Les écritures anciennes.
h* Laforme et les ornements des volumes.
5* Les libelli^ les lettres et autres écrits qui, par leur forme, se rattachent aux volumes.
6" La forme et les ornements des codiees ou livres carrés, etc.
Nous ne saurions mieux ftiire que de renvoyer à ces recherches, dont il serait trèssuperflu de reproduire ici les résultats.
Une circonstance fatale à certains égards» mais dont l'érudition moderne a fait son profil, nous a fourni les moyens de connaître exactement ce qu'étaient les livres des anciens.
On sait quela ville d'HercuIanum, enfouie par suite des éruptions du Vésuve, fut découverte en 1706, mais ce ne fut qu'un demi-siècle plus tard qu'on s'aperçut qu'au milieu de ces ruines il y avait des manuscrits. Un antiquaire zélé, Paderno, travaille è les recueillir; en 1754 il avait réussi h rassembler 337 codiees grecs et SO latins Celte découverte attira les regards de l'Kurope savante ; on s'occupa de chercher à rendre au jour ces productions de l'anti-
auité: mais ce n'était pas facile, car on avait evani soi des rouleaux noirs qui paraissaient carbonisés. Pendant longtemps no regarda comme inutile d'essayr le déchiffrement de ces edébris.
Au commencement de ce siècle, les relations des voyageurs, l'espoir de trouver dans ce tombeau quelque important monument du génie de la Grèce ou de Rome, amenèrent le gouvernement anglais à fiire des efforts. Une mission scientifique fut orga* nisée» mais elle produUiti peu de résultats»
ei rinrasion de Naples par les Iroupes fran* çaises fit cesser ces tentatives. Quelques manuscrits apportés en Angleterre furent donnés à Tuniversité d*Oiford, mais en essayant de les dérouler, on en détruisit nlusieurs (171). Un chimiste célèbre, sir Humphrey Davis, prit la question «^ cœur et Qt deux voyages en Italie pour Téiudier à fond. Il s*assura que les ma* nuscrits n'avaient point été atteints par le feu, comme on le prétendait, mais que les feuillets avaient été cimentés par une substance particulière formée par lafermentation, durant une longue suite de siècPes, de la matière végétale qu'ils contenaient. La constatation de ce fait amena Tillustre savant à trouver le procédé qu'il fallait employer pour dérouler les manuscrits. Un mémoire de sir Humphrey Davis k cet égard, inséré dans les Philoêophical Transactions (1821, part. I, p. 191-208), est d'un grand intérêt. Il fait connaître que sur 1696 manuscrits ou fragments de manuscrits dé|;K)sés dans le principe au Musée de Naples, 88 avaientétô déroulés et trouvés déchiffrables, 319 avaient été examinés, en partie déroulés et trouvés illisibles, 2k avaient été donnésen présents et trouvés aussi illisibles. Sur les 1265 manuscrits restants, un examea attentif démontrait que la très-grande partie étaient de petits fragments ou des rouleaux écrasés et mutilés de sorte qu'il y avait bien peu d*espoir d'en tirer quelque chose; 80 à 120 tout au plus offraient la chance d'uu déchiffrement partiel.
Sur les quatre-vingt-huit manuscrits déroulés, la plupart offraient de^ ouvrages de philosophes ou de sophistes grecs; il y avait neuf ouvrages d*Epicure, trente-deux portaient le nom de Phiiodème, trois celui de Demetrius; Colotes, Polystrate, Carpéade, Chrysippe, Gguraient chacun pour un ouvrage; la philosophie, la médecine, la critique, des observations sur la morale et les usages formaient la presque totalité des questions traitées dans ces codices.
La jalousie des autorités napolitaines entrava les efforts du savant anglais et de l'helléniste Ëlmsley, qui s'était joint à lui, et la tâche fut abandonnée. Des érudits italiens l'ont continuée depuis et ont publié (|uelqnes textes grecs inédits, mais tout cela n'offre encore rien de bien intéressant.
De 1793 à 1844, l'imprimerie royale de Naples a mis au jour huit volumes In-folio
(171) On a reproduit à Oxford par la litliograpbie en 18i4'i5 cing écriude Phllodéme, en deux parties ; la première, 135 pages, sans notes ni inlrodticlîon, la seconde 155 pages. La Revue trimestrielle {Quarlerly Review) a publié il y a bien longtemps (toin. Hl) un article sur les manuscrits d^Hcrculaaum.
(172) Les écrits de Pliilodème se trouvent dans le tome Ul publié en f8i7; voir le Bulletin de Fërussar, Sciences hiêtoriaues, t. XVII, p. 271. Observons aussi que M. Ldwards, dans ses Mé-
intitulés : Herculanensium voluminum ç«c supersunt. Ce sont des fac-similé exécutés avec soin et accompagnés d'une tradudjua et de noies. On y trouve le u* et le xi* lirre du traité d'Epicure UepX ^ù(stu>ç^ le premier
de Touvrage de Phiiodème sur la musique, et quelques fragments d*autres traités du même auteur (172}» des écrits en fragaients de Métrodore, Polystrate et autres auteurs grecs, et des lambeaux d*un]poëme latin qu oq sup(K)se avoir été Tœuvre de Rabirius.
On peut consulter la Notice de M. Booi sur les manuscrits trouvés à Herculamok, Amsterdam, 18^1 « in-8; Blanco, Yarietn m volumini Ereolanensi^ Naples; G. Caslrucd, Tesoro litterario di Ercolano, ossia iareaU officina dei papiri ercolanensi » Naples. 1855, in^. ^
Nous allons maintenant passer en revue ce qui concerne les livres que certaines circonstances particulières recommandeat è Tattention, soit des amateurs, soit des hommes d*étude.
g III. Livres annotés et signés.
Dans ses Mélanges extraits dune petite bibliothèque^ un ingénieux académicien qoe nous citons volontiers, Cb. Nodier, a uil observer qu'un chapitre de bibliologie trèscurieux pourrait être intitulé : Deskomma célèbres qui ont signé ou annoté leurs livres. «A Tépoque actuelle où la multitude des ouvrages imprimés force les vrais amateurs à accomplir le cercle vicieux de la typographie et à revenir aux maoasrrits, ces notes et ces signatures ajoutent infiniment au prii des livres; on connaît même des curieiu bizarres ou raffinés qui n'en admettent plus d*aulres. Les signatures manuscrites sooi assez rares dans les premiers temps derimprinierie; quand un volume était le gage d*une amitié réciproque, cette consécration était tracée sur le frontispice. M. Kenouard possède dans sa magnifique bibliothèque un volume donné par Montaigne à Charron, ei signé ou annoté de tous deux (173). Quand des éditions sans cesse renouvelées eurent multiplié les livres au point de faire penire k chaque exemplaire en particulier tout caractère d'authenticité qui pouvait en faire reconnaître le propriétaire, et que celui-ci eut peine lui-même à fixer dans sa mémoire le signalement de ses richesses, il fut naturel d*en constater la possession par un chiffre, par un sceau, par une signature; malheoreusement peu de nos grands hommes ont eu assez de livres ou ont pris assez d*intéiéi à leurs livres pour que ce signe heureui,
moirs on librarles que nous cilons plusieurs fois dans ceOf cltonnatre, enire, 1. 1, p. 63 et suiv., daus des détails au sujet des niaiiuscTiu d'Ilerculâiiam, et qu'il a reproduit, d'après le mémoire de sir Humphrey Davis, des fac-siiuile de divers fragmenis de manuscrits grecs et latins, dont Paspeci indique assez combien les décbiffreurs ont eu d'oi^ucle» à surmonter.
(173) Ce volume a été acheté au prix de 200 fr.. par la bibliothèque Impériale en 1853 à la vente de M. Renouard.
DE BIBLIOLOGIE.
ientupierail aujourd'hui leur valeur, levenu fort commun. La signature de de Thou se lit sur quelques-uns des Des oui composaient sa fameuse bibliole. On voit quelquefois le nom de •rneille sur def exemplaires de son7iDt- I de JésuS'Chrisi en vers français, en- } en présent (173^). Racine a tracé le avec des notes grecques, latines ou aises sur les marges des principaux s de fantiquilé. La bibliothèque du a son Euripide et son Aristophane; enouard a son Sophocle.
alesdens, savant judicieux qui se défenvec une modestie si bien placée de la jrrence de Corneille, écrivait son nom ous ses livres, circonstance qui donne ont plus de prix à un exemplaire que t un excellent amateur, sévère sur le et sur la forme de ceux qui étaient ad- 1 faire partie de sa collection. Le docte me Baluze (Stephanus Baluxius Tute^ r) a souscrit de ces trois mots d'une et ferme écriture» chaque volume de imbreuse bibliothèque. Le savant Sa- Bochart jetait ses premières pensées sait, pour ainsi dire, son premier tra- »ar les ouvrages mêmes qu*ii avait à jlter. L*babile philologue Guiet prét ses éditions des classiques sur le texte I meilleure des éditions antérieures, îmable Adrv» dont Térudition rappelait ivantsde la Renaissance, faisait la même s. La Monnaie n'écrivait le sien que la forme d'un anagramme; on recouses livres à cette devise : a Delio nomen^ ix notes curieuses que sa plume leur ait en traits presque microscopiques»
élégants et bien formés. D. Durand y lit encore plus de coquetterie ; il écri- 3rdinairement avec de l'encre rouge» et ure de ses lettres offre la netteté de »re3sion et le fini du dessin. Ce n'est eite qualité» tant s'en faut, qui disle le griffonage maigre et hftté des endédicatoiresde Santeul.
jàs gens de lettres du xviir siècle s'ocrent beaucoup moins de leur biblioie;on trouve cependant sur quelque !De la signature ae J.-J* Rousseau ou >urtes notes de Voltaire, mais cela est ; rare. J'ai vo présenter en vente bien K>uquin8 appuyés de cette recomman* •n, et ^'en connais peu d'authentiques a justifient. Au dernier âge de la phi* ;ie» l'habitude d'écrire sur les livres se uvela parmi les savants» et les curieux isputent quelques volumes revêtus de % piquantes de la main de Moreltet» de ley» iïfi l'abbé Rive, de l'abbé Mercier sint-Léger» d*Adry» de Barbier» de Charte laRochette, etc.»
Arthur Dinaux» littérateur plein d'ins-
V), A la vente de M. Ch. G. (Giniud) en
Un exempl. de Vlmiaiion tmduiie en vers
omeille (1656, iii-4)aveG un envoi autographe
ux lignes de la main de Tillusire peéte, s est
truction et de goût» bibliophile des iilus zélés, a donné dairs le Bulletin du biolio" phile (1846, p. 78ii^, et 887, iSkl, p. 490)» des recherches intéressantes sur les ouvrages annotés, signés et estampillés. Nous signalerons d'après lui quelques circonstances en ce genre : Don Francisco de Solis avait une mode singulière de constater sa possession; il mettait sa signature d'une écriture ferme et rapide sur le premier feuillet de ses livres» et il disséminait adroitement les cinq lettres de son nom 5oIi>dans l'étendue de la page du titre, de sorte qu*cn supposant la signature enlevée on retrouvait encore» quand on en avait la clef» le nom du propriétaire.
Les livres qui ont appartenu au poëte Desportes sont très-reconnaissables; les uns
Sortent son nom écrit très-lisiblement au autet à droite du titre; les autres révèlent leur origine par des couvertures et le dos entièrement couverts de dorures à petits fers parmi lesquels on remarque le double M grec, monogramme choisi par cet auteur pour représenter l'initiale de son nom de baptême, Philippe.
Claude Duret de Moulins» auteur estimable et contemporain d'Henri IV, inscrivait son nom sur la garde de ses livres, et il y ajoutait sa devise : Dura et quiesee. 11 soulignait les passages remarquables des textes et mettait en marge des mots de rappel.
Contrairement à cequefont tous les autres» le grammairien Richelet avait l'habitude de placer son Donum authoris avec la date de l'envoi de ses œuvres, au haut de la doublure de la couverture de droite» et il signait au bas du même rerers.
Le chancelier de l'Université de Paris, Cocquelin» traducteur d'Ëpictète, signait son nom avec une de ces grandes écritures adoptées par les gens haut placés du règne de I^uisXlV, à l'exemple du maître.
Hébert» avocat à Paris, embellissait pour ainsi dire ses livres en les chargeant de ses notes; son écriture est charmante.
Le marquis d'£nlragues avait réuni sur ses livres tous les moyens d'affirmer son titre de possession ; les deux plats des volumes étaient frappés en or de l'écu compliqué de ses armes; les gardes et contregardes portaient au commencement et k la tin de chaque tome ses armoiries gravées ; enfin en tête comme en aueue on lisait, Jfonmur Dantraçues (sicy, écrit lisiblement mais d'une main peu ferme et peu exercée.
Un poëte assez ridiculel, Cubières Palmezeaux, mettait sur les livres dont il gratifiait ses amis une dédicace non signée placée au bas du titre. Son écriture ressemblait à un devoir d'écolier, et on y voyait des majuscules s'élever là où il n'en fallait pas.
adjugé à 665 fr. Il serait facile de fournir d*autr«s exemples du prix irès^levéqui s'attache aujourd'bni à ce genre de nretés.
DICTIONNAIRB