‹ Dictionnaire de biographie chrétienne (volume 2)Chapitre 207 sur 228 · DIA · texte numérisé non relu

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jour dans sa patrie, étaient réimprimés dans les pays étrangers. Il fut lié avec Garamuelj, Antoine Coton, Escobar, etc., et de tous les pays on lui écrivait pour le consulter. Le sénat de Palerme, les gouverneurs de la Sicile prenaient son avis dans les affaires les plus délicates, et il fut examinateur des évoques sous les papes Urbain VIII , Innocent X et Alexandre VIII. On a de lui : Resolulionum nioralium partes (Uiodeeim : l'édition de Palerme , 1029 , in-fnl. , n'avait que deux parties; l'auteur y ajouta les dix autres, de 163(i k 1656. Cet ouvrage a été si:uvent réimprimé, tant en entier qu'en abrégé; Deprimatu solitis D. Pelri (lisceptationes apologetkœ, 16V7, in-4°. La morale de Diana est fort indulgente et peut-être trop.

DIAZ (Jean-Bernabd), évoque de Calahorra, était bAtard d'une ma'son illustre d'Espagne. Il se trouva au conci'e de Trente en 1552, et mourut en 1556. Il est auteur de divers ouvngi's en latin et en espagnol : Practica criiitinalis canonica, Alcala, 159i, in-folio; Rcgnla juris, etc.

DIAZ (Philippe), célèbre prédicateur franciscain de Bragance, mort en odeur de sainteté le 9 avril 1600. Ses Sermons ont été imprimés en 8 volumes.

DIAZ (Ejimanlei), jésuite et missionnaire, né en 1569 k Alpaiham dans le diocèse de Portalègre en Portugal, se rendit dans l'Inde en 1585. Le vaisscnuqui le portait ayant fait naufrage enfre l'ile de Madagascar et la côte de Sofaîa, il tomba, ainsi que l'un de ses conqiagnons de voyage, le P. Pierre Martins, évèque du Japon, entre les mains des naturels du pays, qui les flrent esclaves. Mais peu de temps après ils furent délivrés, et ils parvinrent à Goa, où le P. Emm. Diaz commença SOS travaux a|.ostoliquis. Quelques années plus tard, il gouverna le collège de Macao, et enfin il finit par s'attacher à la mission de Nankin. Nommé dans un i'ige très-avancé visiteur-général de la Chine et du Japon, il mourui à Macao le 6 juillet 1639. On lui doit les Litterwannaœ, écrites de la Chine pour les années 1618 et 1625. Ces dernièrps furent traduites en italien, Rome, 1629, in-S". — Deux autres Emmanuel Duz furent comme celui-ci jésuites et missionnaires. Le premier, neveu du précédent, mort le 13 novembre 1630 dans le Tibet, oii il avait pénétré avec des fatigues inouïes, avait o'iservé la couiète de 1618 à Cnchin, et avait comp isé à cette occasion : Tractattts contra eos i/aiputant cometas esse sublunares et elementnres. — Le second, né d'une autre Y famille, àCastello-B anco, diocèse de Guarda i en Portugal, se rendit en Chine en 1601, s'y •' appliqua durant de longues années aux travaux des missions, professa pendant six ans ,,j]a théologie, et après avoir été successivui ment vice-provincial et visiteur-général, y mourut le 4 mars 1659, à 83 ans. On a do lui, en langue chinoise : Instructions sur tous les vvanrjiits de l' année , dont 12 volumes avaient paru en 165V ; les Litanies des saints Awjcs, h l'usasse des chrétientés chinoises ;

De la manière d'annoncer l'Evangile aux gentils : un traité de la sphère.

DIAZ (François), religieux dominicain et missionnaire, né près de Toro en Castille, alla en 1632 aux îles Philippines, où il se distingua par son zèle infatigable pour le salut des âmes ; il se rendit au bout de trois ans dans la Chine et y mourut le k novembre 1646, des suites d'un violent coup de pieire qui l'atteignit à la poitrine. Le P. Fr. Diaz avait composé en langue chinoise : Kymung, c'est-à-dire Doctrine des commençants. Ce catéchisme qui parut en Chine en 1650, a été plusieurs fois réimprimé ; divers ouvrages de piété, et un grand Dictionnaire chinois-espagnol , sous ce titre : Vocabulario de letra China, etc., contenant 7160 caractères. La bibliotlièque publique de Berlin en possède un exemplaire que Lacroze a décrit dans ses Miscellanea Bcrolinensia, tome I", p. 84.

DIAZ (Pierre), jésuite et missionnaire, né en 1346 à Lupia dans le diocèse de Tolède, fut un des premiers missionnaires envoyés au Mexique, en 1576. Son mérite lui fit confier plusieurs emplois importants, et il mourut à Mexiciile 12 janvier 1683. On a de Pierre Diaz : des Lettres des missions de la compagnie de Jésus aux Indes occidentales, dans les années 1390 et 1391 ; Epistolw duœ de 52 jesuitis interfectis in Brasilia , Anvers , 1603, in-8°.

DICASTILLO (Jean), jésuite, né à Naples en 1585, enseigna la pliilosophie et la tliéologie à Murcie, à Tolède, et mourut à Ingolsladt en 1633. On a de lui divers traités de théologie.

DIDEROT (Denis), l'un des coryphées de l'impiété au xviir siècle, et le principal architecte delà Babel encyclopédique, éiait fils d'un coutelier de Langres. 11 naquit dans cette ville en 1712, et débuta h Paris par exercer les fonctions d'instituteur. Son génie ne tarda pas à le faire connaître , et l'usage qu'il en fil lui suscita des désagiéments; mais son associali n avec d'Alombert pour l'entreprise de la lourde et massive Encyclopédie, compensa ces disgrâces par des éloges qui ne manquent jamais aux gens agrégés à quelquefaction. AppeIéàSamt-Pétersbourg,il reçut, après un très-court séjour, ordre Je s'en retourner d'où il venait, la critique mordante qu'il exerçait sur tout^'S sortes d'objets, n'étant pas du goût de la cour. On vit , dans cette occasion, ce qu'on ne vojait déjà que trop dans ses livres, combien il aimait à se distinguer et à être remarqué dans la foule. 11 fit le voyage de Saint-Pétersbourg à Paris en robe de chambre et en bonnet de nuit , et se promena dans cet équipage par les villes les pkis fréquentées : les cui'ieux ne tardaient j^as à demander quel était cet homme extraordinaire , et son domestique répondait : c'est le célèbre M. Diderot. Mais s'il ne lut p;>s à l'abri de la vanité, il no paraît point avoir eu, comme la plupart de ses confrères, la soif des possessions terrestres : soit indilfércnce, soit mauvaise économie, il se trouvii plus d'une fois à l'élroit, et fut

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obligé de se défaire de sa bibliothèque, dont l'impératrice de Russie lit l'acquisition , en lui en laissant l'usage jusqu'à sa mort. Quoiqu'on le regarde comme un des grands promoteurs du philosophisme , et qu'il mérite cette dénomination par son ardeur à en propager les erreurs , il n'avait pas la politique tortueuse et l'artificieuse dissimulation de son collègue ; plus libre et plus franc , il fut moins utile à la secte. L'un avait une activité sourde i(ui, sans bruit, faisait beaucoup; l'autre un zèle éclatant qui , avec beaucoup de bruit, souvent ne faisait rien. Diderot, en affectant ses principes d'athéisme , a perdu plusieurs de ses partisans qui n'osaient pas les avouer ouvertement. On sera surpris d'apprendre qu'il a été l'ami des jésuites presque jusqu'au fanatisme, jusqu'à d''venir la victime de son attachement. C'est au moins ce ([ue lui-même nous assure dans une lettre au Père Castel, à l'occasion d'une critique qu'avait faite le Père Berthier d'un de ses ouvrages. « A quoi pense, dit-il, le PèreBer- « thier de persécuter un honnête homme qui « na d'ennemis que ceux qu'il s est faits par « son attachement pour la compaynic de Jé- « sus , et qui , tout mécontent qu'il en doit « être , vient de repousser avec le dernier « mépris les armes qu'on lui olfrait contre « elle? Vous le dirai-je, mon révérend Père'? « Sans doute, je vous le dirai, car vous êtes « un homme vrai, et par conséquent disposé « à prendre les autres pour tels. A peine mes « deux lettres eurent-elles paru, que je reçus « un billet conçu en ces termes : Si M. Di- « derot veut se venger des jésuites , on a de « l'argent et des mémoires à son service ; il est « honnête homme, on le sait. Il n'a qu'à dire , « on attend sa réponse. Cette réponse at- « tendue, la voici : Je saurai bien tue tirer de « ma querelle avec le Père Berthier, sans le se- « cours de personne. Je n'ai point d'argent , « mais je n'en ai que faire. Quant aux mé- « moires que Von m'offre , je n'en pourrais « faire usage qu'après les avoir très-sérieuse- « ment examinés , et je 7ien ai pas le temps. « Je suis, monsieur eî révérend Père , avec « h; respect le jilus profond, et toute la véné- « ration qu'on doit aux hommes d'un mérite « su[)éricur, etc. » IJans une lettre adressée au même Père Castel , le 2 juillet 1751 , M. Diderot dit : « Je ne connais rien de si fin , (( ni de si délié, ni (jui marque tant de goût « et tant de précision (pie vos observations; « vous avez raison ])arlout.... Vous avez si « bien saisi ce qu'il peut j avoir de bon dans n ces petits écrits, que, tout on marquant ce « (}u'il y a aussi de faible et même dr mau- « vais, il se fût fiit dans votre extrait une « compensation de critiijuc et d'éloge , dont « j'aurais été bien content ; c.ir j'ainu? sur- « tout la vérité et la vertu, et ipiaiid ces (pia- « lités se réuLiissent dans un même honune, « il va, dans mon esprit, de jiair avec les « dieux. Jugez donc, monsieiu-, dfs senti- « ments de dévouement et de respect que je «■ dois avoir jioiir vous. >i Ce philosoplie umurul à une campagne près de P.uis, le.'td.piillet 1784., après avoir bien iliné, .-Igé de 72 ans.

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Son enterrement, qui a souffert quelque difficulté comme celui de d'Alembert, s'est fait à petit bruit , malgré le zèle de la secte qui eût voulu (ionner de la pompe aux funérailles d'un de ses chefs. On a de lui ; Prospectus de l'Encyclopédie , et divers articles insérés dans cet ouvrage devenu si fameux, et dont lui-même nous a donné l'idée la plus juste, en le nommant un gouffre où des espèces de chiffonniers jetèrent pêle-mêle une infinité de choses mal vues, mal dirigées, bonnes, MiOMvaises, incertaines et toujours incohérentes et disparates, etc. On y a employé, ajoute-t-il , une race détestable de travailleurs, qui ne sachant rien, et se piquant de savoir tout, cherchèrent à se distinguer par une universalité désespérante, se jetèrent siir tout, brouillèrent tout, gâtèrent tout, etc. Les deux [iremiers volumes furent supprimés jiar arrêt du conseil du roi le 7 février 1752 , comme renfermant des maximes tendant à détruire l'autorité royale , à établir l'esprit d'indéjjcndance et de révolte, et sous des termes obscurs cl équivoques, à relever les fondements de l'erreur, de la corruption des mœurs, de l'irréligion et de l'incrédulité. L'impression des autres volumes fut suspendue pendant 18 mois ; mais les entrepreneurs, actifs et persévérants, obtinrent la liberté de continuer leur ouvrage, en promettant plus de circonspection. Et néanmoins les autres volumes furent encore plus hardis, et' malgré les représentations des hommes religieux, le livre fut continué jusfju'à sa fin. Il devint une afl'aire de parti, et fut [irôné comme la plus belle conception de l'esprit humain , comme un monument qui devait immortaliser ce siècle. Cependant cette vaste entreprise n'a produit, comme la caverne d'Eole , que du vent , du bruit , du désordre. Le sce})ticisme , le matérialisme , l'athéisme s'y montrent partout sans pudeur, sans retenue. Outre l'énorme diifusion , l'un des vices dominants de l'Encyclopédie , on reproche à Diderot d'avoir employé un langage scientifi(iue sans trop de nécessité, d'avoir recours à une métaphysique souvent ininl('iligil)le . qui l'a fait appeler le Lycophron de In philosophie; de s'être servi d'une foule de définitions (pu n'éclairent point l'ignorant, et que le philosophe semble n'avoir imaginées que j)our faire croire qu'il avait de grandes idées, tandis que réellenuMit il n'a pas eu l'art d'exjirimer clairement et simplement les idées des autres. La nouvelle édition qu'on en a donnée sous le titre d'A'ncyclopédie méthodique , est plu-.; défectueuse encore, et surtout plus (li'ligur('e jar les délires de la pliildsophie irreligieuse. L'abbé Bergier s'étanl réservé la partie tlié()Iogi(|ue, on s'est empressé de ré|)andre les erreurs qui étai(Mit destinées pour cette partie, dans toutes les autres. L'Iiisloire, la géographie, jus(prh la grauunaire et la géiimelru\ tout a été asservi au fanatisme de rimpi(''lé l'o?/. le Journ. hist. et litl. 15 avril I7t<5 . p. S"?»); Jlisloirc delà Grèce, traduite dr Slnnyan, ll'i'.i. .'! vol. iu-12, livre médiocii' et Iraducliiin (rès-faible ; Principes de la philosophie viornlc, Iriiluclion lré>-lilii'e de Vr.ssai sur le

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mérite et la vertu, do milord Shaflesbury, l"io, in-12. Cet ouvrage a un but moral ; si on y trouve quelques traits contre le christianisme, ils ne sont ni directs, ni nombreux. Pense'es philosophiques, 17VG, in-12, réimprimées avec qiiel(|ues additions, sous le titre d'Etrennes aux esprits forts, 1757. Parmi des sophismes et des faussetés sans nombre, on y trouve des passades intéressants, tels que celui-ci : « Si un homme qui n"a vu que pen- « dant un jour ou tieux, setrouv.iit confondu « chez un peuple d'aveuj5les,il faudrait qu'il « prît le parti de se taire ou de passer pour « un fou ; il leur annoncerait tous les jours « quelque nouveau mystère, qui n'en serait « un que pour eux , et que les esprits forts « se sauraient bon gré de ne pas croire. Les « défenseurs de la religion ne pourraient-ils « j)as lirer un grand parti d'une incrédulité « si oj)ini;Ure , si juste même à certains « égards , et cependant si peu fondée ? » M. Boudier de Villemer a opposé à ces Pensées philosophiques 4 petits volumes portant le même litre , réimprimés à Liège en 1789 : recueil de réllexions solides, aussi claires et intelligibles, que celles de Diderot sont obscures et intriguées. Mémoires sur différents sujets de mathématiques , 1748, in-8'' ; Lettre sur les aveugles à t'usaye des clairvoyants , 174!), in-12. C'est un de ces écrits insidieux, où le matérialisme n'osant pas se produire en dogme, s'enveloppe dans des hypothèses sophistiques, de façon à ce qu'on puisse le deviner et le conclure. Cette leitre, qui altirasurlui l'aniraadversion du ministère plus d'une fois provoquée, lui coula la liberté. Il fut enfermé six mois à Vincennes. Lettre sur les sourds et muets à l'usage de ceux qui entendent et qui parlent, 2 vol. in-12, 1751. L'auteur donna sous ce titre des réilexions sur la métaphysique, sur la poésie , sur l'éloquence, sur la musique , etc. il y a des choses bien vues dans cet essai , et d'autres qu'd no montre qu'imparfailemenl. Quoiqu'il lâche d'être clair, on ne l'entend pas toujours , et c'est plus sa faute que celle de ses lecteurs. On a dit de tout ce qu'il a écrit sur les matières abstraites, que c'était un chaos où la lumière ne br. liait que par intervalles. Le sixième sens, in-12, 1751. Dans cet ouvrage, comme dans le précédent , on trouve des observations justes, des sentiments vifs et pleins de chaieur et qui conlraslenl avec des erreurs monstrueuses, avec les tristes spéculations du matérialisme. Pensées sur l'interprétation de la nature, 1754, in-12. Clément di; Genève a porté de cet ouvrage h' jugement suivant : « C'est un verliiage ténébreux , aussi frivole « que savant.... Il n'est presque intelligible « que lorsqu'il devient trivial; mais celui qui « aura le courage de le suivre à tâtons dans « sa caverne, pourra s'éclairer de temps en « temps de quelques lueurs heureuses. » Ce jugement est juste dans tous ses pomis , dit Lahar|)c ; jamais la nature n'a élé plus cachée que qu.nid Diderot s'en est fait l'interprète. Le Code de la nature , 1755, in-12, remiili de vues impraticables, fausses et pernicieuses, de déclamations triviales contre lo

clergé , et de toutes ces petites ressources qui constituent la science du jour. Plusieurs bibliographes disent qu'il n'est pas de lui , mais de Morelli. Deux drames, le Fils naturel et le Père de famille , qui parurent en 1757 et 1758. La première de ces pièces, qui est une déclamation froide et emphatique , aussi insupportable à la lecture qu'au théâtre, ne put être jouée que deux fois, malgré la réputation de l'auteur, et les elforts de son parti: la seconde, qui a plus d'intérêt et moins d'entlure , se soutint au théâtre. Diderot, qui se crut l'inventeur d'un nouveau genre , qu'il appela drame honnête , essaya d'appuyer ses pièces ]iar un tr.dté de poésie dramatique , et un écr.t intitulé : Dorval et moi ou Entretiens sur le Fils naturel ; mais les règles qu'il y donne ne sont pas toujours appuyées par le goût, et la scène française , embellie par tant de chefs-d'œuvre, n'a' pas à regretter que ce genre n'ait \>as prévalu. De l'éducation publique, 17G2, in-8°. 11 y a de bonnes remarques, et un plus grand nôujbre d'autres destructives de toute éducation honnête , morale et religieuse. On prétend que cet ouvrage n'est pas de lui. Plusieurs romans, où le cynisme et l'impiété vont do pair. Le plus connu a pour titre : Les bijoux indiscrets, 1748, 3 vol. in-12, production légère et verbiageuse qui ennuie les lecteurs de toutes les classes, autant qu'elle dégoûte les honnêtes gens par les obscénités qu'elle renferme. Les Salons de 1765 et 1767, c'està-dire, les jugements de Diderot sur les ouvrages de peinture et de sculpture qui avaient été exposés au Louvre ces années-là. Ces jugements supposent des connaissances dans les arts ; mais ils ne sont exempts ni de prévention ni de partialité. L'auteur, d'ailleurs, fait dans cet écrit des excursions sur les matières les (dus étrangères à son sujet, où le goût et la vérité sont également blessés par la fausseté des reproches, la licence des images et la grossièreté des paroles, ^'ie de Sénèque , dont il donna une seconde édition sous le litre d'Essai sur tes règnes de Claude et de Néron, sur les mœurs et les écrits de Sénèque, 1782, 2 vol. in-8°. On trouve dans cet ouvrage le même fonds de perversité que dans tous les autres et les mêmes défauts. Plusieurs autres brochures sur divers sujets, et plusieurs manuscrits laissés à sa nièce, élevée par lui dans les principes du philosopiiisme , pour lesquels les imprimeurs ont oH'ert 2,U00 louis. On voit que tandis que la valeur de tant d'objets, autrefois précieux, diminue dune manière étrange, celle des poisons va toujours en croissant. 11 faut convenir cependant que la plupart des ouvrages de Diderot ne sont pas dangereux, parce qu'on ne les lit pas ; (lour les lire il faudrait les entendre, et il est constant aujourd'i.ui que l'auteur ne s'entenihut pas lui-même en les composaiit. Ce qui doit sur])rendrc-, c'est que le philosophe de Langres, avec son enthousiasme et son imagination exaltée, n'ait été souvent (ju'un copiste. Bacon revend quo les Pensées sur l'interprétation de la nature. Les Principes de la philosophie morale ap-

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partienneiit à milord Shaftesbiiry, ainsi que les pensées philosophiques. Il y a beaucoup d'apparence que la chaleur de cet écrivain était dans sa tête plutôt que dans son Ame , et qu'il n'allectait dans ses livres, comme dans son langage, ce ton d'énergumène, que pour en imposer à la multitude. Sa prétendue sensibilité ne s'exprimait que par des liurlements ef des convulsions. Les gens du monde, accoutumés eux-mêmes Ji de «randes démonstrations qui ne signifient rien , n'aura. ent pas dCi être séduits par ce pathétique de parade. Rien n'est plus honteux pour un homme de lettres , et surtout pour un philosophe, que de jouer dans la société le rôle de charlatan ; c'est par là cependant que la plupart aujounl'inii font fortune , et voilà les f. uits qii résultent de ce grand commerce des gens de lettres avec les gens du monde. Les pantomimes de Diderot , et l'emphase de son jargon, lui ont acquis plus de réputation que ses ouvrages. S'il a eu quelque talent, c'est celui de connaître les hommes et de les mépriser assez pour entreprendre de les subjuguer par de misérables farces, dont il n'y a que les sots qui puissent être dupes. Il avait aussi de la célébrité chez les étrangers, qui ne sont pas à portée d'apprécier les écrivains français, et pour qui les plus prônés sont toujours les meilleurs. Aujourd'hui qu'il n'a plus d'autre recommandation que ses ouvrages , il est remis à sa place, et déjà presque oublié. Le Père de famille est la seule production (jui lui survive; et c'est à ce drame romanesque, dont le dialogue est un perpétuel galiuiaiias , que ce grand ch f de parti philosopliique doit encore un reste d'existence. Il travailla aussi à Y Uisloire philosophique de Raynal, et à plusieurs autres pr-ductions de ce genre, sartout à celles du baron d'Holbach, avec lequel il était intimement lié. Ses OEnrres ont été reçu illies à Paris par son ami Naigeon , en 15 vol. in-8°, 1798, et lli vol. in-12, 1800, plusieuis fois réimprimées. Quand on parcourt cette édition, on est étonné d'y trouver tant de déclamations et si peu do suit<^ de goût et d'intérêt. Mirmontel dit de lui dans ses Mémoires , qu'(7 a éerit de belles paf/es et n'a jamais su faire un livre. Au résumé , il n'a, laissé un nom recornmandable, ni comme écrivain ni comme philosophe. Sous le premier rapport, il n'a ni plan, ni méthode, ni mesure ; il fatigue |)ar son Ion doctoral et emphatique, par son style apprêté, par ses élans prodigués, et par un enl'housiasme factice. Comme |)lii!osoph(î , il écrivait sous la dictée d'une imagination fougueuse et (!('•sordonnée, et adopta un système désolant et destructeur. L'abbé Sabalier le peint ainsi : « Auteur plus prAïuj que savant, plus savant « qu'homme d esprit , plus homme d'esprit « qu'homme de génie ; écrivain incorrect , « Iradui'lf'ur iiilidelo , inét'q>liysici<'n liordi , « moraliste dangereux , mauvais géomètre , «'physicien médiocre, philoso[ihc cnthou- « siasti', litté.aleur enlinipii a lail beaucoip (' d'ouvrages, s,ui» qu'on puisse dii'e (pic « HOU? ayous de lui un bou Uvro. Tello est

« l'idée qu'on peut se former de Diderot , « quand on l'apprécie en lui-même, sans se « laisser éblouir par les déclamations des « avortons de la philosophie , dont il a fait « entendre le premier les grands hur'ements « parmi nous. Il faut cpie la vérité ait changé « de nature depuis qu'il a entrepris de nous « l'enseigner. Ses principaux efî'ets sont d'é- « clairer, de saisir, de pénétrer; les vérités de « Diderot n'ont aucun de ces caractères. Ly- « cophron protestait publiquement qu'il se « penlrait, s'il se trouvait quelqu'un qui pût « entendre son poëme de la Prophétie de Cas- « sandre : on dirait que notre [irophète mo- « de' ne a fait le même serment. Ce n'est pas « qu'on ne trouve dans ses ouvrages des « étincelles de lumière, des maximes fortes, '< des traits bar.lis , des morceaux pleins de « vigueur ; mais ces découvertes ne se font « que par intervalles , et souvent les inter- '( valles sont très -longs. On est obligé de « marcher longtemps dans les ténèbres, avant « d'apercevoir des lueurs, de se repaître de « fumée av;int de trouver un ])eu de nourri- « ture solide, de s'engager dans un labyrin- « the raboteux , avant de renconirer une es- « pèce de chemin droit et praticable. Peut- « être cet auteur s'est-il persuadé que l'obs- « curité dans les pensées et dans le style « serait propre à donner du prix à ses pro- « duclions ? mais on a décidé depuis long- « temps que nous étions dispensés de le « comprendre, parce qu'il est évident qu'il « no s'est [)as toujours compris lui-même. » Nous citerons, pour le i)rouver, ce passage , oii il nous enseigne la véritable manière de philosopher. « Ce serait d'applitpier l'en- « teridement à l'entendement, rentendement « et l'expérience aux sens, les sens à la na- « ture, la nature à l'investigation des instru- « nients, les instruments à la recherche et à « la perfection des arts : » et nous ajouteions celui où il cherche à se jusiilier de 1 obscurité qu'on lui reprochait: « S'il était permis, « dit-il, à quelques auteurs d'être obscurs, « j'oserais dire que c'est aux seuls métaphy- « siciens proprement dits. Les grandes abs- « tractions ne comportent qu'une lueur K sombre, l'acte de la généralisation tend à « dépouiller les concrets de (ont ce qu'ils ont « de sensible. A mesure que cet acte avance, « les spectres corporels s'évanouisserit, les « notions se retiient peu à jieu de l'imagi- ;< nation vers l'entendement, et les idées de- « viennent purement intellectuelles. Alors « le philoso;)he spéculatif ressemble h celui « (|ui regar(i(Hlu haut de ces montagnes dont « les sommets se perdent dans les nues, les « o|)jets de la plaine ont disparu devant lui; «.il ne lui reste plus ipie le siieclacle de ses « peiisé( s , et (jue la conscience de la hau- « leur à la(j[uelle il s'est élevé , et of[ peul- « être il n est pas donné à tous de le suivre « et de respiioi-. » Je ue croi.i pas, disait un académicien du dermer siècle . que ceux qui sont iniiilrlli(/ibles .inintt fort ivieltiqmts. (letle sentence, fondée sur la vérité, est un anèl leri'lile cuntre les ('crils de Diderot. Quo sera-ce, si nous ajoutons avcc(Juinliiien,

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que plus un écrivain est médiocre, pins il est obscur? Enfin, Laharpe, après avoir consacré un chapitre fort étendu à examiner ses ouvrages , le juge ainsi : <x II n'était « pas né sans génie, ou plutôt sans ima- « gination : c'est cette partie du génie qui « est chez lui dominante dans les idées « comme dans le style. Mais lima-^ina- « tion , quand elle est seule, avorte plus « souvent qu'elle ne produit. 11 faut qu'elle « soit secondée par le jugement, pour deve- « nir cette force créatrice , d'où naissent les « conceptions soutenues et durables. L'ima- « gination de Diderot , trop destitu-e de ce « jugement en tout genre, ressemblait à une « lumière qui a peu d'aliment, qui jette de « temps en temps des clartés vives , et vous « laisse à tout moment dans les ténèbres. Tou- « jours prêt à s'échauffer sur tout, ce qui est « un moyen sur de s'échauffer à froid, il ne « pouvait s'attacher à rien : de là les disja- « rates continuelles d'un style scabreux, ha- « ché, martelé, tour à tour négligé et bour- « souflé ; de là les fréquentes éclipses du bon « sens et les bizarres saillies du délire. In- « capable d'un ouvrage , jamais il n'a pu « faire que des morceaux ; et c'est lui- « môme qu'il loue dans la vie de Sénèque , « quand il réduit le génie à de belles lignes. « 11 y en a dans tout ce qu'il a fait, plus ou « moins rares, et toujours il faut les aciieter (c beaucoup plus quelles ne val nt. » Il paraît que Diderot croyait à un Etre suprême; car il s'élève parfois contre les alliées , et en distingue de trois sortes : Les vrais, les scepti(lttes , et ceux qui rivent comme persuadés qu'il n'y a pas un Dieu. 11 déteste ces derniers, parce qu'ils sont les fanfarons du parti; il plaint les vrais athées, et prie Dieu pour les sceptiques. Erétléric II n'aunait [>as Diderot ; dans une lettre que ce roi écrivait à d'Alenibert , il s'exprime en ces termes : « On dit qu'à Pétersbourg {en 1774], on trouve « Diderot rais&nneur ennuyeux. Il rabâche « sans cesse les mêmes cltoses. Ce que je sais , « c'est que je ne pourrais soutenir la lecture « de ses ouvrages, tout intrépide lecteur que « je suis. Il y règne un ton suffisant, une arro- « gance qui révolte l'instinct de ma liberté...-»

DIDIER (saint), Desiderius, évèque de Langres , martyrisé vers 409 , lorsque les Aiains, les Suèves et les Vandales ravagèrent les Gaules.

DIDIER (saint), natif d'Autun, succéda à Verus en o'Jo dans l'archevêché de Vienne. Brunehaut, irritée de ce qu'il lui avait reproché ses désordres, l'envoya en exil, le rappela croyant le gagner, "et, le trouvant intlexible, le lit assassmerl'anGOS, sur les bords de la rivière de Chalarone , à sept lieues de Lyon.

DIDIER-LOMBARD, docteur de Sorbonne au xui' siècle, écrivit avec Guillaume de Saint-Amour, et eut un emportement égal contre les ordres mendiants , qui furent défendus par saint Bonavenlure et saint Thouias.

DIDYME d'Alexandrie, quoique av.ugle dès 1 ilige de 5 ans, uo laissa pas d'acquérir

de vasies connaissances, en se faisant lire les écrivains sacrés et profanes. On prétend même qu'il pénétra dans les mathématiques, qui semblent demander l'usage de la vue. Il s'adonna particulièrement à la théologie. La chaire de l'école d'Alexandrie lui fut coniiée, comme au plus digne. Saint JCvCme, Rufin, PalLiiio, Isidore, et plusieurs autres hommes cél. bres, firent ses disciples. Saint Alhinase et saint Antoine eurent pour lui lapins grande estime. Ce dernier étant allé le voir, et Didyme lui ayant confié la peine qu'il ressentait d'être privé de la vue, le saint solitaire lui dit : « Je m'étonne qu'un homme « judicieux comme vous, regrette une chose « qui est commune aux mouches, aux four- ^< mis et aux animaux les plus méprisables, « aussi bien- qu'aux hommes; et qu'il ne se « réjouisse pas d'en posséder une qui ne se « trouve que dans les apôtres, dans les saints, « dans les anges, par laquelle nous voyons « Dieu même, et qui allume dans nous le « feu d'une science si lumineuse. » Malgré les éloges que saint Jérôme donne à Didyme, il ne dissimule pas son attachement à quelques erreurs d'Origène ; et c'est ce qui l'a fait condamner après sa mort ]iar le 5" cuncile général; mais comme il ne les a pas défendues avec opiniâtreté, on ne doit considérer cette condamnation que comme regardant sealement ses écrits ; à moins de supposer que l'orgueil , si voisin de la science, ait altéré la simplicité de sa foi. Il mourut vers 393, âgé de plus de 80 ans. De tous ses ouvrages, il nous reste : Traité du Saint-Esprit, traduit en latin par saint Jérôme ; un fragment considérable d'un Traité contre les manichéens; Discours sur les épitres canoniques; des fragments d'un Commentaire sur les Paraboles de Salomon.

DÏÉ (saint), Deodatus, évêque de Nevers en 653, quitta son siège et se retira dans les montagnes des Vosges, pour s'y consacrer à la prière et à la méditation. Il "mourut entre les bras de saint Hidulphe, son ami, le 19 juin 079. C'est lui qui a donné le nom h la ville de Saint-Dié en Lorraine. En 1633, l'armée suédoise brûla la châsse de Saint- Dié, avec une partie de ses reliques. Des mémoires sur la vie de saint Dié ont été écrits par l'abbé Uiguet, 1701, in-4°.

DIECMANN (Jean), philologue et théologien luthérien, né à Stade le 30 juillet 1647, fut surintendant des églises des duchés de Brème et d • Venier, puis professeur de théologie à Kie!. et mourut le 4 juillet 1720. Outre des préfaces qu'il composa pour des éditions données par lui de la Bible allemande de Luther, il composa un grand nombre de disseitations dont la liste se trouve dans VJIistoria bibliothecce fabricianœ , tome VI. Ses principaux écrits sont: un traité DeNaturalismo, Kiel, 1683, et Leipzig, 1684, in-4° : l'auteur y réfute l'ouvrage de Bodin. Son livre fut réimprimé avec VHistoria naturali smi , d'Adam Tribbechovius , léna. 1700, in-4°; Inquisitio in genuinos natales vocis Kirchc, qua eos non in Gracia sed Germania comtituendos esse probalur. Stade, 1718,

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