‹ Dictionnaire de biographie chrétienne (volume 2)Chapitre 59 sur 228 · ALC · texte numérisé non relu

ALC

don Pierre de quitter sa femme pour une »ia/tresse. Le pape Innocent VI l'ayant envoyé comme général et comme légat dans l'Italie, qui avait secoué l'autorité des papes pendant leur séjour à Avignon, il la remit sous l'obéissance du sainl-siége, et Ol revenir à Uoine son surcesseur Urbain V. Ce pape lui ayant demandé un jonr à quoi il avait employé les grandes sommes qu'il lui .ivait f.iil tenir pour la conquêle de l'Italie, le carlinal ne lui répondit qu'en lui faisant amener un chariot chargé de cL fs et de serrures. Voilà, lui ditil, à quoi j'ai fait servir votre argent. Je vous ai rendu maître de tontes les villes dont vous voyez les clefs et les serrures da>}s ce chariot. Albornos alla passer le reste de ses jours à Viterbe, où il mourut en 13()7. Le c«llé^;e des Espagnols à Bologne est Je sa fondation. La vie politique d'Alborno.ï a éié écrite par Sépulvéda, sous ce tilre : Hisl ria de bello administrato in Italia per aunos XV , et cunfecto ab jEij. AUiornotio, Bologne, 1623, infol. Il est prouvé par celle histoire que ce fut par le zèle et le courage d'Albornos que les donations faites à I Eglise par Pépin et Charlcmagne reçurent leur entier aci'uniplissement. Le chevalier de Lescale publia, en 1629, nn ouvrage assez rurieus, intitulé : La vertu resstiscitée, ou la ^ ie du rardiiial Al!;ornos, surnominé le l'ère de l'Eglise, et dédiéà monseigneur le cardinal de Richelieu, surnommé Père delà France; avec les portraits d'Albornos et de Richelieu couronnés par les anges, el ces deux devises : Duo lucida sidéra cœlis : — Duo numina prospi:ra terris.

ALCAÇAR (Lonis d'), jésuite espagnol, né en 1554-, est mort à Séville, sa patrie, en 1613. On publia, en lOU, à Anvers, avec ses autres ouvrages, un gros commentaire, en 2 vol. in-fol. , sur rA[>ocalypse. Le premier volume a pour titre : Vesligatio arcani sensus in Apocalypsi ; et]^ second : In eas veteris Testamenti panes quas respicit Apocalypsis. Son ouvrage a eu plusieurs éditions. Les écrivains postérieurs, et Bossuet en particulier, en ont fait grand usage. Les anciens croyaient que l'Apocalypse n'annonçait que des choses Irès-éloignées, et ne pouvait par conséquent trouver d'explication que dans un avenir qu'ils ne connaissaient pas.Alcaçar ayant découvert le rapport de l'Apocalypse avec l'histoire des iiremiers siècles de l'Eglise, trouva dans cette découverie la source des explications les plus naturelles. De nouvelles recherches ont répandu sur cet objet de nouvelles lumières, qui ont dissipé en grande partie les ténèbres qui couvraient ce livre mystérieux; de nianière que Bossueta eu raison dédire quedans un grand nombre de chapitres, on croyait lire une histoire, plutôt qu'une prophétie. Voy. saint Jean.

ALGIAT (Françoîs), de Milan, cardinal, élève et neveu du jurisconsulte André Alcial, lut comme lui un des plus grands ornements du droil, qu'il enseigna à Pavie dans la même chaire qu'André, et où il cul saint Charles Borromée pour disciple. Ce cardinal le ût

venir à Rome, où le pape Pie IV, après l'avoir pourvu d'un évéché, se servit de lui dans l'emploi de dataire, et ensuite le nomma cardinal. Muret assure, dans une de ses Oraisons qu'il fit sur l'excellence des sciences , que les cardinaux Alciat et Sirlet éiaienl « l'ornement du siècle, le soutien des lettres et les véritables modèles de la vertu et de l'érudition. » Le cardinal Alciat mourut à Rome l'an 1380, âgé de 58 ans, et fut enterré dans l'église des chartreux, où l'on voit son portrait et son épitaphe.ll avait été protecteur de leur ordre et de celui de Saint-François. 11 avait laissé plusieurs ouvrages (lui n'ont point élé imprimés.

ALClME,grand prèlredes juifs qui usurpa celle souveraine dignité, soutenu des forces du roi Aniiochus Eupalor. Alcime ayant entrepris d'aballre le mur du parvis intérieur du temple, bâli par les prophètes, Dieu l'en punit en le frappant de paralysie, dont il mourut après trois ou quatre ans de pontificat.

ALCOCK (Jean), savant et pieux évéque anglais, naquit à Beverley, en Yorkshire, au milieu du xv siècle, et fit ses études dans l'universilé de Cambridge où il prit ses degrés. Il jiarvint par son seul mérite aux premières dignitésde l'Eglise etde l'Etal. Nommé d'abord doyen de Westminster, il fut promu en H'*0 à l'évêché de Rochester, d'où il passa en 14ti6 sur le siège de Worcester, et en 1476 sur celui d'Ely. Henri Vil le fit grandchancelier d'Angleterre, et l'envoya en ambassade près du roi de Casiille. Son goût pourrarehileclure, etses connaissances dans cet an, lui valurent la surintendance des bâtiments royaux. L'Angleterre lui dut plusieurs élablissemenls utiles. Il mourut en octobre loOO, à Wisbeach, en odeur de sainteté, et fut inhumé à Kingsten, dans unechapelle qu'il avait fait bâtir. Parmi les écrits qu'a laissés ce savant prélat, nous citerons: nions pcrfectionis ad Carthusianos, Londres, laOi, in-V; Galli canlus ad confralres suos curatos in synodo apud Barnu-cll, Londres, l'i93, iii-i° ; Abbatia SanctiSpiritus, inpuru conscientia fundala, Londres, V63l,in-'*°; Les Psaumes de la pénitence, en vers anglais;i/omeliœvulgares ; Meditaiiones piœ; Le mariage d'une vierge avec Je'sus-Chrisl, i486, in-4°.

ALCOCK (Simon), florissait au xiv siècle, et vivait encore en 1320. Il était docteur en théologie, et s'était rendu célèbre par ses prédicalions. On allait le consulter sur les questions épineuses de l'école, sur les passages difficiles de l'Ecriture sainte et sur les Cas de conscience. Il a laissé des Expositions sur le Maître des Sentences, et un livre intitulé De modi dividendi iliema pro maleria sermonis. utile aux prédicateurs.

ALCUIN (Flaccls Allmnds,) écrivain connu du viii' siècle, naiiuitdans le Yorkshire, auprès de Londres ; il fut élève de Bède etd'Ecbert. Il était diacre de l'église d'York, où il enseignait les sciences ecclésiastiques, lorsqu'il fut appeléen France par Charlemagne, qui le prit pour son maître et qui lui donna pour le fixer près de lui plusieurs bénéfices

123 ALD

considérables et le flt même son aumônier. Ce prince écoutait ses leçons en disciple qui veut s'instruire. Il paraît être le fondateur de lecolePa/a/ùie, ainsi nommée parcequ'elle se tenait dans le palais de Cliarlemagne. L'université de Paris s'y rattache par une succession de maîtres non ir.terronipue. Alcuin y joignit une sorte d'académie, dont chaque membre empruntait le nom d'un personnage d<; l'anliquilé. Chirlemagne avaitle nom de David, et Alcuin celui de FI. Albinus. Alcuin retourna en Angleterre d'où il revint au bout de trois ans. C'est alors qu'il fonda sous les auspices de Charlemagne plusieurs écoles, à Ais-la-Ch;ipclle, à Tours, etc., et fit renaître les lettres dans les vastes états de ce prince. Charlemagne l'honora de sa familiarité, et s'en servit dans plusieurs négociations. Il l'engagea à écrire contre l'hérésie de Félix et d'Elipand. 11 mourut dans son abbayede Saint-Martin de Tours, enSOi. Ses œuvres ont été publiées à Paris, en 1617, par André Duchéne, in-fol.; mais la meilleure édition est celle de Ralishonne, 1777, 2 vol. in-fol., avec des notes et des dissertations. Le père Chifflet a aussi publié un écrit intitulé La Confession d' Alcuin, i6oG, in-4°, (lue le père .Mabillon prouve être de ce savant. Il y a dans ses œuvres de la théologie, de la philosophie, des histoires, des épîlres, des poésies ;ony découvre sans peine une science plus étendue que profonde. Alcuin avait plus de génie que de goût, plus d'érudition que d'élégance, et il était plusdisertqu'éloquenl; son style est surchargé de paroles inutiles, ses pensées sont communes, ses ornements affectes, et, malgré l'art de sa dialectique, ses r;)isonncments allongés manquent de de nerf, quelquefois de justesse; ce qui n'empéchepas que l'on n'ailtoujours bcaucoupeslimé ses ouvrages. Sa doctrine est trés-saine sur tous les points de la foi, et il saisit avec ompressi'meiil toutes les occasions de réfuter les erreurs des hérétiques.

ALDFBFUT, ou AUALBERT, ou ADEL- Bl'^HT, est le nom d'un imposteur, Français de naissance, qui séduisait le peuple p;ir le récirdesesréveriesdans Icvursiécle. Ilaffecla une dévotion particulière pour être élevé à l'ordre de prêtrise, et devint évêiiue à force d'argent. Il employait surtout le secours des visions, pour insinuer ses erreurs. Il disait avoir une lettre écrite par Jésus-Christ, el tombée du ciel à Jéiu.--alem, d'oîi elle lui avait été rappurlée par l'arcliange saint Michel. Il se vantail encore de posséder des reliques d'une verluadinirable, qu'il distrihu lil au peuple abusé, avec des roiiuiircs île ses cheveux el de ses ongles. Il remelt.iil les péchés sans confession, se moquait des églises et des jèlerinages, faisait bâtir des oratoires à la campagne, et dressait des croix au bord des fontaines et dans les bois. Il vouliil qu'on y vriàl Dieu, els'y faisait invoquer lui même. Il ftit dépose, cl ses erreurs furent condamnées dans le concile de Soissons, assemblé par Pépin en Ikk, H depuis , dans un autre, convoqué à lîoiue par le pape Zacharic en 'i'kî ou 748.

ALD

ALDEGONDE (sainte), née en 630 à Cousolrc dans le Hainaut (aujourd'hui dansl'arrondrrîsemenl d'Avesnesl, était du sangroyal de France par son père Walbert. Berlilie, sa mère, était aussi d'une race illustre, et, selon quelques auteurs, de celle des rois de Thuringe. De bonne heure elle résolut de consacrer à Dieu sa virginité, et elle quitta la maison paternelle pour se réfugier auprès de sa sœur, sainte Vaudru, fondatrice d'ua monastère à Mons, connu alors sous le non» de Cbàleaulieu [Castri-Locus]. Ses parents la rappelèrent en lui promettant de respecter ses goûts de piété. Lorsqu'elle eut vu mourir saintement les auteurs de ses jours, elle se rendit à l'abbaye d'Hautmont, prit le voile des mains de saint Arnaud, évêqne de Maestricht, et de saint Aubert, évêque de Cam> brai, et consacra sa fortune à rérection d'un monastère de filles dans un lieu sauvage et inculte baigné par la Sambrc : telle est l'origine du célèbre chapitre des chanoinesses de Maiibeuge. Sainte Aldegonde mourut en 680, ou 684, ou encore en 689, le 30 janvier, jour où se célèbre sa fête. Le culte dont cette sainte jouit dans le Hainaut est de la plus haute antiquité. Le testament qui lui a été attribué est rapporté par Aubert Lemire, dans les Diplomata Belgica, tom. III, p. 33'7 et suiv. Si cet acle n'est pas faux, comme l'ont avancé quelques critiques, il reste suspect d'interpolation. Il a été iiublié plusieurs Vies de sainte Aldegonde, et Corn. Smet les a commentées dans les Atin sanctorum Belrjii, Bruxelles, 1783-89, m-ï\ p. 291-315. Les noms des principaux biographes de sainte Aldegonde sont le moine Hucbaud, qui vivait en l'an 900, et dont Mabillon s'est fait l'éditeur; André Triquet, Liège, 1625: son Sommaire delà rie admirable de latrcs-illustre princisse.ildeij on de, miroir de ver lus, patronne de iMaubeuge, a en 7 on 8 édi.ions, et a été Irad.en lalin, Tournai, 1600 ; le jésuite HinrI, Paris, l()2o, in-12; eiùin Jacques de (luyse, dans les tomes \'l et VII de son Histoire du Hainaut, publiée en hiliii el en français, par le marquis de Forlia, Paris, 1829.

ALDERÈl'E ( JosEPu cl ItEit^ARn), deux frères, nés à Mulaga, !^uivirenl avec une égale dislinclioii les mêmes éludes de belles-lettres, d'antiijuilés et de droit, etcmbrassèrenl tous deux l'état ecclésiastique. Joseph obtint un canonical de Cordoue, qu'il résigna bientôt en faveur de Bernard, pour entrer dans la société des jésuites, el devint recteur du collège de Grenade. Il publia un volume >ur ri''Temption des ordres rcijuliers, Sévillc, 1603, inV", el un autre />c relif/insa disciplina luenda, Sévillc, 16;5, in-'i'. Bernard fut choisi pour grand-vicaire par l'archevêque de Séville, don Pedro de Castro, et obiinl toutefois la permission de «lenieurcr à (Cordoue. Il selit aimer el respecter par son s.noir et sa modestie. On a de lui deux ouvrages Irès-eslliiies ; le premier : Ongeti de lalengua Caslellana, Home, 1601), in-i°; l'.iu- Ire : inrias an!i(inedades de l-'.spaùa, Africa, !/ olnis indriiiiids. Anvers, Kil'i., in-4°. Il est cil outre auteur d'une Lettre au pape Urbain

ALD

F///, sur les reliques de quelques martyrs, Cordoue, 1030, in-folio, e( d'une roUeclion de Lettres sur l'Eucharistie. L'année de sa morl esl inconnue. Joseph, né en 15G0, niourui en IfilG.

ALDERfiTE (Bernard), né à Zaniora dans le royaume de Léon, sur la fin du rèo;ne de Philippe II, entra Irès-jeune dans l'ordre des jésuites, et devint premier professeur de Ihéologic à Salamanquo, où il mourut en 1657. Il fut, dit-on, le preniier de son ordre à qui l'université consentit à conférer lu dignité de docteur. On a de lui : Commenlaria et disputationes in lerliam pnrtem sancli Thomœ, de incnrnati Verbi Dujsteriis et perfecl ion ibu'> ,Ly (ta, l()o2, 2vot. in-folio; des tmités: De visione et scienlia Dei; De rolnntaleDei; De rejiroJxilione et prœdestinulione, imprimés ensemble, à Lyon, en 16G2.

ALDOHRANDIN. Voy. Clément VIII.

ALDltED, prélat anglais du xi° siècle, fil, le premier des évèques de son pays , le voyage de Jérusaletn , fut chargé ensuite d'une ambassade imnorlante auprès de l'empereur Henri il par EJouard le Confesseur, cl rest^ près d'un an en Allemagne. Non conlenl des riches bénéfices qu'il possédait, il usa de simonie, dit-on, pour ol)lonir des sièges épiscopaux. Nommé à l'archevêché d'York, il s'attira de nouveaux reproches par sa cnniluile politique. Après la mort d'Edouard, il appuya les prétentions qu'IIarold formait sur la couronne. Siiganil, archevêque de Canlorbéry. ayant refusé de couronner (iuillaumede Normamlie, qui venait de défaire ce prince à la fameuse journée d'Haslings, ce fut Aldrcd qui se chargea de celte cérémonie. Lorsque les habitants d'York et des comtés du Nord, appuyés d'un corps de Danois, se déclarèrent en faveur d'Edouard Atheling , celle résolution causa tant de frayeur ou de chagrin à AIdred , qu'il en mourut en 10(59.

ALDKIC (saint), évêque du Jlans , issu d'une famille distinguée par sa noblesse, niorl en 836. avait compos.- un Recueil de canons, tirés des conciles ot des dccrétales des papes. Cette compilation si utile s'e.'>t perdue. Il resie de lui Irois Testaments et un Règlement pour le service divin, dans les Anatectes de Mabiilon et dans les Miscellanea de Baluze. Cet évéque était aussi pieux que sav;mt. Ce n'est point, comme quelques-uns l'avancent, du temps de saint AIdric que l'usage des orgues fut inventé. Cet instrument , décrit par (]as<.iodore et même par Claudien , esl d'une origine plus ancienne ; mais il est vrai que ce n'est que de son temps qu'on en a placé dans les églises. On ne connaissait pas cel instrunient en France avant l'année 737. que le premier orgue y fut apporté de Constanlinople par les ambassadeurs que Constantin Copronyme envoya à Pépin. Les Français furent ravis d'entendre les orgues dans les églises. Valafride Strabon rapporte qu'une lemme en fut telle nent extasiée, qu'on ne put la faire revenir à elle-même , et qu'elle en Biourul :

ALIÎ 12é

Dulce melûs lanlum vanas deludere mentes Cœpil, m iina suis decedens seiisibus , ipsam Famina perdideiil vocum dulcediite vitam.

ALDRICH (Robert), né vers la fin du xv' siècle à Biirnhaii), dans le comté de Buckingham, fut évêque de Carliste, sous les règnes de Henri VIII, d'Edouard \'I et de la reine Marie, et mourut en tooo. Ses principaux ouvrages sont : Epistola ad Gulielmum Ilormannum ; Epigrammala varia; Déci' sions diverses sur les sacrements ; Réponses à queltjues plaintes concernant les abus de la messe.

ALDRICH (Henri), savant théologien anglais, né en lGi7 à Westminster, était aussi architecte el musicien distingué. Il consacra une grande partie de sa vie à l'enseignement de la jeunesse, pour lequel il écrivit plusieurs ouvrages. La chapelle du collège de la Trinité, la place de Peckwaler à Oxford, el l'église de Tous-les-Sainls furent bâties sur ses plans. Enfin, il laissa aussi plusieurs compositions musicales religieuses. Ses principaux écrits sont : Arlis logicœ compeiidium ; des Eléments d'architecture, en latin ; deux traités sur l'Adoration de Jésus-Christ dans l'Eucharistie. On lui doit en outre des éditions de difl'érenls auleurs grecs, avec la version latine, composée pour l'usage de ses élèves. 11 mourut à Oxford, en 1710, à 63 ans.

ALEA ( LÉoNAM» ) , et non Léon, né à P .ris d'une famille de finance, mort dans la même ville vers 1812, a laissé : VÀnlidole de l'athéisme, ou Examen critique du Dictionnaire des athées, Paris, 1801, in-8", imprimerie de la Décade, sans nom d auteur. La seconde édition, refondue et considérablement a'ugmenlée, parut sous ce litre: Lu Religion triomphante des attentats de l'imiiiété, dédiée à M. Porlalis, conseilliT d'Etat, depuis ministre des cultes, avec cette è|)igraplie : Interest reipuldicœ cognosci tnalvs ^Cicér.), 2 vol. in- 8% Paris, 1802, avec le nom de l'auteur. Le succès de ce livre fui complet. Le cardinal (jerdil en faisait le plus grand cas, el Porlalis voulut, mais inutilement, faire entrer l'auleur dans le conseil d'Etat ; Réflexions contre (sic) le divorce, Paris, 1802, in-8°. On dit qu'il a laisse en outre plusieurs manuscrits relatifs à la révolution française.

ALEANDRE ^Jéuômi), cardinal', né le 13 février liSO, à La Molle, petite ville sur les contins du Erioul el de llstrie, enseignait les humaiiilés à lo ans, dans un âge oii on les étudie encore. Los souverains connurent ses talents el ies récompensèrent. Louis Xll l'appela en France, et le fil recteur de l'université de Pari>^. Léon X l'envoya nonce en Allemagne, où il signala son éloquence coi Ire Lullier, à la diète de Worms, en 1319. Clément Vil le fit archevêque de Brindes et nonce en France. François 1" le mena avec lui, en 1323, à la bataille de Pavie, où ils l'tirent faits prisonniers l'un et l'iiutre. Paul 111 l'honora de la pourpre. H mourut à Rome en lo42. Nous avons de lai : Lexique grec-lutin, Paris , 1527, in-folio ; Grammaire grecque, Argeuîorali , 1317, in-8*.

ALE

ALE

ALÉANDRK (Ikhôme'!, surnommé /e Jeune, pour le distiupuor du précéiicnl dont il Ptait polit-npven , fol juriscnnsulle, .Tuliiiuairc, potHe, lilléralour, cl ccrivil sur ces diU'érenls arts avec un rRal succès. Il mourut à Rome en 1620, â;;é de 53 ans, d'une indigestion à laquelle sa santé, naturellement l'élicalc, ne put résister. Le cardinnl lî.nrherini, auquel il était attaché, lui fit faire une pompe funèbre magnifique. On a de lui quelques ouvrages sur les diverses matières qu'il avait enibrassées, tels qu'un Commcninire sur 1rs ]nslitule^deGniiis,yen\-e, IGlîO, in-4-', cl quelques Explications (Vantiques, Paris, 1017, mh". Nous devons mentionner en oulre ses Psalmi ptnitentinh^. versibits e'egidcis erprrxsi, Tarvisii, l'■W^. iii-'i"; Le Lac/rime (li Pmitcnza, wl iuiitazione de' fctte Snlmi ppuilenziall, Rome, 1(')23, in-8'. L'auteur assure dans sa dédicace qu'il avait composé cet ouvrap;e à seize ans. Le Ouadrio en vanic le slyle et le mérite poétique. ALKriAMiîK (Puiliite), jéMiite d^' Rruxclles.nèen 1.H02, fut d'abord attaché au duc d'Ossone en Kspaiine et en Sicile : il prit l'h.ibil de jèsuiie à Palerme, fit sa ihéologie à Rome et eu'^eiprna la philo'-ophic à Gratz. Devenu gouverneur du jeune prince d'E'^gembcrg, il parcourut avec lui toute l'Europe : enfin il revint à Rouie, où il fut préfet delà maison profe>ise de son ordre, et où il mourut à 00 ans, l'an 10.32. Il a augmente et continué la nihiiollièqite des écrivains de la société, que lîihadeneira av.iit fait imprimer en 1008, in-8", eu un petit volume, dont le P. Alepambe fit un «ros in-folio, imprimé à Anvers en \'.')k'^, par les soins de Ruilandus, et réimprimé à Rome, et considérahleincnt auirmenlé par le P. Sotvvel , Rome, 1070, in-fol. Le savant Père Oudiu a laissé une liihliolluqne des (utlciirs jésuites, plus ample et plus exacte que celle d'Alcgambe. On a de ce dernier plusieurs autres ouvrages où la piété est réunie à l'érudition, entre autres de petits Ir.iilés sur les vanités des honneurs et des plai-^irs du monde; ils sont élégamment écrits, plciiisile pbilosopbiechrélienne, et liieii propres .à détromper l'Iiommo des illusions qui l'égarent. On lui doit vnrorc : Mortes illustres et qestn eorum qui in odinm fidrinb hœrelicis vet aUis orcisi sitnt, Ronue, 1037. iu-fol., ouvrage qui iormerait un résultat liien honurablc à la religion, si on le faisait contracter avec le car.ictère de ces gens dont Cicéron a ilit : l'iiilosopiti in suis lecliilis jileri'iue moriiinlur.

ALEIiU.MN (.Iean), d'Ahbeville , célèbre cardinal cl patriarche de Con^tanlinople sous Tirégoire IX, fut en-uite légat a lutere en Espagne et en Portugal, et mourut en 12117. On a de lui (;uelques ouvrages peu estimés. ALÎ:('irvE (le Père u"), prêtre do la Doctrine chrétienne, a laissé des Sermons nouvenux sur les vérités les plus intéressantes de la religion, 3 vol. in-12, (|(ii ont obtenu un certain succès. Le troisième volume ne fut publié qu'après la niorl de l'auteur, sur lequel on manque, du re^te, de rtuscigueuicnl» biographiques.

ALEMAN (Louis), connu sous le nom de cardinal d'Arles, naquit en 1390 au château d'Arbent, seigneurie du ()ays du Bugey, qui appartenait à son père. Il fut nomme archevêque d'Arles, et ensuite cardinal et vicecamerlingue de l'Eglise. Il fut président du concile de Râle, à la place du cardinal Julien ; le pape Eugène fut déposé dans ce concile, et l'on élut à sa place Amélée de Savoie, qui prit le nom de Félix V. Eugène IV, irrité de ce procédé schismati(iue , dégrada le cardinal d'Arles de la pourpre; mais Nicolas V, son successeur, le rétablit et l'envoya légat en Allemagne. H mourut à Salon, vil!e de son diocèse, en 14o0. !1 s'est élevé une sorte de dispute entre plusieurs auteurs, tant français qu'italiens , pour savoir si le cardinal Aleman s'est repenti, avant sa mort, de tout ce qu'il avait fait durant le schisme. Les uns , comme Garnefeld, dans la Vie du cardinal ; Saussay,dans \e Marlyrologium Gallicum ; Sponde, à l'année 1450 ; d'Atlichi, dans Flores card. ; et Oderic Itainaldi , prétendent qu'il témoigna un repentir sincère, et ijuil demanda pardon au pape Nicolas V; d'autres disent qu'il n'existe aucun monument certain de ce repentir. Ce qu'il y a de certain, c'est que le pape Clément Vil béatifia cet archevêque en 1527.

ALEiMBERÏ(JEANLERoNDD'),run des principaux ennemis delà révélation chrétienne, naquit à Paris le 10 novembre 1717. Un voile impénétrable cacha longtemps au public le mystère de sa naissance; mais enfin le temps a tout découvert, et l'on sait aujourd'hui que d'Aleuibert était fils naturel de Deslouches, commissaire provincial d'artillerie, et de madame de Tencin, femme célèbre par son esprit philosophique, sa beauté et le dérèglement de ses mœurs. Abandonné dès sa naissance par ceux qui lui avaient donné le jour, il fut exposé sur les marches de Saint- Jean-le-Hond, église située près Notre-Dame, et détruite maintenant. Un commissaire de police le recueillit , et, soit qu'il eût des instructions particulières, soit que l'existence de cet enfant parût assez délicate pour exiger des soins assidus, il fut confié à la femme d'un pauvre vitrier, qui l'cleva comme son cnf.inl, et chez laquelle d'.Vicmberl p issa plusde.'iOans. Il lit >es éludes avec succès, et aiinonra Je tiunne heure un talent distingué. .Mis dans une pension à 'i- ans, il n'en avait encore que dix, lorsque le maître de cette pension, homme de mérite, déclara (|u'il n'iivait plus rien à lui apprendre. Ce ne fut néanmoins qu'à l'âge de 12 ans qu'il passa au collegi- Mazarin,où il entra en seconde. 11 fit pendant sa première année de philosophie, un comiuenlairc sur l'Èpître do saint Paul aux Roniains, et commença, dit (Jondorcet, comme .Newton avait fini. Ses maitrcs désirèrent se l'attachi-r; mais sou goût prononce pour les sciences exactes mit obstacle à leurs projets. Il cultiva fort jeune les mathemaui|i'ies. cl parvint sans tiiaitre et pres(|ue sans livre a faire d'étonnants progrès dans celle science. Gepeu-

ALE

ALE

dant les conseils de ses amis lui firent su'^pendre ses éludes chéries, et il songea à embrasser un état du vie qui lui donnât de l'aisance et un rang honorable dans le monde. In sortant du collège, il avait étudié en droit et s'était fait recevoir avocat ; il voulut joindre à ce lilrc celui de méiecin, et il entreprit à cet eiTet de nouvelles études, auxquelles il essaya de se livrer sans aucune distraction. Mais bientôt ses penchants et son goût le rappilèrent ^ers les malhéai itiques, et dès lors il s'y adonna tout entier. D'Alembert se fit conuaitre fort jeune encore à l'académie des sciences, et présenta à cette compagnie, en 1739 , un niémoire sur le mouvement des corps solides à travers uu fluide; et l'année suivante il fit paraître celui qui a pour objet le calcul intégral. L'académie des sciences l'admit dans son sein eu 17il, lorsqu'à peine il avait atteint sa 2ï' année ; et ce témoignage aussi flatteur que distingué préluda aux faveurs que les académies savantes s'empressèrent d'accorder au jeune mathématicien. Depuis celle époquejusqu'à l'âge de quaranleans environ, d'Alembert ne vécut que pour les sciences exactes, et ce fut dans cel intervalle qu'il composa les dissertations , les mémoires et les ouvrages qui lui ont mérité un des premiers rangs parmi les géomètres ses contemporains. Parmi ses productions mathématiques on distingue son Traité de dynamique in-4°, 174-3 ou 1738, qui l'ut le fond inent de sa réputation comme mathématicien. « Il ajouta, dit Condorcei, un nouveau calcul à ceux dont la découverte avait illustré le siècle précédent, et de nouvelles branches de la science du mouvement à celle de Galilée et de Newton. » Traité de ré/Htlilire et du mouvemint des fluides, in-'i-°, 17Vi ou 1770; Réflexions sur la cause générale des vents, \n-k , 17V7. Cette dissertation, où se trouvo le germe de l'application rigoureuse de l'analyse au mouvement des fluides, valut à son auteur une place à l'académie de Berlin, le prix proposé par cette société , et une pension de 1200 Irancs, dont le gratifia dans la suite le roi de Prusse, à qui cet ouvrage était dédié. Recherches sur la précession des équinoxes et sur la nululion de V axe de la terre, in-i", 17i9; Essai d'une nouvelle théorie sur la résistance des fluides, \ii-ï°, 17o2 ; Recherches sur différents points imporlanls du système dumonde, 3 vol. in-4*,175i, 1756; Opuscules malhénialiquts, 8 vol. \n-k'. Ces dilTérents écrits, et quelques autres qui nous restent de d'Alembert sur les mêmes matières, sont sans contredit le véritable fondement de sa gloire el de sa réputation. « Il partagea avec Euler l'honneur d'être un dos plus célèbres géomètres de son siècle; peut- être (nême le placerait-on au premier rang, a dil M. Lacroix, quand on considère les difficultés qu'il a vaincues, la valeur des méthodes qu'il a inventées, et la finesse de ses aperçus , si son exposition était toujours lumineuse et facile, si son style était en harmonie avec ce qu'il écrit, si la trop grande iinesse de ses aperçus nelc jctaitsuuventdaus des voies détour-

nées, et s'il avait soigné les détails de ses ouvrages mathématiques. Aussi les découvertes de d'Alemberl ont pris dans les écrits de ses successeurs une forme nouvelle, qui détourne de plus en plus de la lecture des traités où elles ont paru pour lapremièn'fjis; et ses œuvres mathématiques, peu recherchées, n'ont pis été réunies en collection.» La lilléralure et la philosophie, qui semblaient devoir être étrangères à un auteui enfoncé dans les profondes méditations des sciences abstriites, devinrent tout à coup le sujet de ses études et de ses productions. Il commença sa carrière littéraire p/ir son Discours pctï/mi'nrtirederEiicyclopédie. Ce morceau ou plutôt cet ouvrage où l'auteur a fait une généalogie savante et bien raisonnée des sciences el des connaissances humaines, et où se trouvent réunies la force et la clarté des idées, l'élégance et la précision du style, est le seul titre incontestable qu'il offre à la postérité comme écrivain. L'auteur fut beaucoup loué et beaucoup critiqué; mais toutes les préventions ont disparu, et le discours préliminaire de l'Encyclopéilie est le morceau le |)lus remarquable de cette énorme compilation. En altachaul son nom à ce grand ouvrage, et en se chargeant, pour ainsi dire, du vestibule de ce vaste édifice, d'Alembert s'im[iosa l'obligation de travailler à son succès. Il en rédigea la partie mathématique, el quehiues articles d'hi-toire et de beles-lettres ; et il eût sans doute travaillé plus longtemps à la nouvelle Babel, sans le refroidissement qui survint entre lui et Diderot. \ ers celte épo(iue (17olj il fut reçu à l'académie française, et continua d'allier la culture des lettres à celle des mathématiques. En général ses productions littéraires , à l'exception de quelques morceaux, n'offrent rien de bien remarquable, et (luelques-unes même porlenl l'empreinle d'une imagination stérile et d'une prétentieuse recherche. On voit, par exemple, dans ses Eloges des acndéniiciens, de Vendare dans le slyle, un certain apprêt, et un désir trop marqué de faire de l'effet, par une pensée fine et délicate. Cependant ses éloges ne sont pas sans mérite, quoique bien inférieurs à ceux de Fontenelle. Lié avec tous les écrivains qui, vers le milieu du dernier siècle, firent la guerre au christianisme, d'Alembert partagea leurs senliments et leurs projets; il fui même un des coryphées du parti, el à la morlde Voltaire, il obtint ou plutôt il usurpa, suivant l'expression de (irimm,/a iouveraineté de Cillastre église dont Voltaire avait été le chef et le soutien. Cependant d'Alembert n'était pas un frondeur hardi de la religion, il n'eul jamais l'etnporlement du philosophe de Ferney. D'un caractère moins vif el moins inquiet, il mit dans son zèlo plus de circonspection , de prudence el de lenteur, el se peignait lui-même dans sa correspondance comme un honune ^/«j donne des soufflets en faisant semblant de faire des révérences. Ccpi'iidantil s'écarta en plus d'une rencontre de celte modéralion dont il faisait parade, comme on peut s'en couvain-

ALE

âLE

cre pnr ses lettres du 10 juin et du 18 oelobie 1760. Toutes ses productions, à l'excpption de celles qui ont rapport aux iiiallu'iiiatiques, se ressenlenl plus ou moins ilc ses affeclions auti-relisieuses. La brochure inlilulée De la destruction des jésuites en France, et la lettre qui lui sert de supplément, est, suivant la Biographie universelle, ce qu'il y a de plus impartial sur les jésuites et leurs adversaires ; mais quiconque l'a lue, a pu se convaincre que, sous prétexte dé se moquer tour à tour des jésuites et des jansénistes, il a lournc la religion en ridicule ; et voilà sans doute pourquoi Voltaire l'enga^i'ait à continuer sur le même ton, et applaudissait à ce genre d'attaque. La Mélanges de liltéralure, d'histoire et de philosophie,qui, sous le rapport littéraire, ne sont pas exempts de reproches, en mcrilent de plus graves sous le rapport moral ; et les Eloges académ\:jues, où l'on trouve plus de réserve, perdent ce mérite par les notes que l'auteur y a insérées. Là, il se met à l'aise e' donne un plus libre cours à sa malignité, quclqueloii même aux dépens de la vérité. " Au reste l'âme de d'Alerabort se montre tout entière dans s;i Correspondance avec Voltaire et le roi de Prusse, qui avait été écrite, à ce qu'il parait, pour la postérité. L'auteur avait fait faire deux copies de la première : l'une fut confiée à Condorcet, et l'autre à Watelel. Celte précaution annonce assez qu'il la destinait au public, et que la divine Providence l'aveuglait jusqu'à lui faire élever ce monument honteux de son audacieuse impiété.

Là, dit un auteur peu suspect, M. Lacrctelle, d'Alembert et Voltaire firent un déplorable assaut de mépris pour ta religion chrétienne. L'n grand poète et un grand géomètre semblent s'y donner le diverliss'inent de jouer

une conspiration Une pensée domine dans

leurs lettres, c'est celle de réunir contre la révélation toutes les forces de l'esprit philosophique... D'Alembert, dans ses lettres, donne à son ami des conseils et des renseignements utiles à leur cause; il le met au fait de tout ce qui se passait à Paris, lui indique les sujets à traiter, les hommes à tourner en ridicule, applaudit à ses sarcasmes, et parait tout dévoué au triomphe de la philosophie. La Correspondance avec le roi de Pius^e n'a pas un esprit différent; tantôt il recommande au roi des sujets à placer, de jeunes philosophes à favoriser ; tantôt il le presse de chasser les jésuites, et Frédéric est obligé de lui reprocher son acharneuicnt ; tantôt il le solhtiic de demander an Grand- Seigueur la réediiic.ition du leiople de Jérusalem,/jour /e.< embarras de la Sorbonne tlles menus plaisirs de la philosophie. Cette réédi/i- C'iliun, écrivait-il, est ma folie comme celledc la ileslruclion de lareligionchrélienneest celte du patriarche de Fcrney (tjLuvres de d'Aleinberl,.lom. XVlll,pag. 309j. Au milieude tant <lcsarcastnes, des aveux étonnants écha|ipent à sa plume ; il se pl,;int, il s'indigne de l'incroyable démence cl sotliie de l'auteur du Système delà nature, e/ ce n'esl />'is, ;ij oule-l-il, ia première fois que la pliilosuphic a été men-

te'i,se et absurde. (Lettre du 16 février 1783.) D'Alembert vécut toujours à Paris, refusa la présidence de l'académie de Berlin, et résista aux pressantes sollicilaiions de l'impératrice de Bussie, Catherine 11, qui voulait lui confler l 'éducation de soi» fils. Il jouissait d'une grande réputation, avait une correspondance très-étendue, et obtint successivement pour 14,000 livres de pensions, il passa les dernières années de sa vie dans des infirmités douloureuses, et mourut de la pierre le 29 octobre 1783, à l'âge de 66 ans. On dit que ses amis se relevaient pour le garder dans sîs derniers instants, et l'empêcher de démentir les principes qu'il avait professes ; ils se vantèrent après sa mort d'avoir mis olistacle à ce qu'il ne fît \eplongeon, cl La Harpe écrivait qu'un d'eux lui avait dit (jue d'Alembert faisait le couard. (ïrimm le traite assez mal : suivant lui, il était accusé d'affecter très-passionnément li gloire d' trc le cliel du parti encyclopédiste, el d'avoir commis pour l'intérêt de cette gloire plus d'une injustice, plus d'une noirceur lilléraire {Voyez Condorcet) Ce

qu'on ne saurait nier, c'est que les passions qu'inspire l'esprit de parti, étaient bien sûrement celles dont il pouvait être plus susceptible... Parlant ensuite du litre de chef qu'on lui donnait après la mort de Voltaire : Cette dénomination, <lil-il, ne fat jamais universellement reconnue. .\ux yeux de beaucoup de gens, il l'avait plutôt usurpée que conquise; et aux yeux même du grand nombre, la supériorité de ses titres littéraires contribua bien moins à l'y maintenir que la subtilité de ses intrigues et de sa politique (Correspondance, t. Il, p. 373 . Ce portrait de d'.Membert ressemble assez à celui d'un autre critique qui lui reproche, sous le masque de ta modération, toutes les convulsions d'un amour-propre outré cl vindicatif: une grande apparence de zèle pour la vérité et la gloire dei- lettres, et dans le fond la fausseté la plus rafjinée, et la vanité d'un mérite de coterie. Quoi qu'il en soil de son caractère et des passions de son cœur, d'Alembert sera toujours regardé comme un des propagateurs les plus zélés de lu nouvelle philosophie, et un des ennemis les plus adroits du chrislianisiiie, qu'il attaqua avec autant de ménagement (lue d'adresse; et la postérité apprendra de sa plume elle-même, qu'il seconda ou plutôt qu'il d.rigea celte conspiralioii qui, plus tard, renversa le trône et l'autel. Sou mérite comme géomètre n'a pa; été contevté, quoiqu'on ail répété souvent ce bon mol, qu'il était grand géomètre parmi les litléraleurs, et grand littérateur parmi les géomètres ; et il occupe dans cette caiégorie un rang distingué. Comme écrivain, il n'est pas au-dessus du médiocre, et tr<ip de déf.iuls déparent ses productions |ioiir lui donner un rang plus honorable. Considéré comme philosophe, il ne mérite que le mepi is, puisqu il tourna contre le cii I les dons qu'il en avait re(;us, et fil servir pour le mol des talents qu'il pouvait si utilement employer. I) >ii giomère, médiocre écrivain,

ALE

ALE

mauvais philosophe, voilà en trois mots d'AIcmbert loul entier. Tous les ouvrages philosuphiques et littéraires de d'Aiembert onl été réunis et publiés à Paris sous le titre à'OEuvres plulosopliiriues, liistoriqnes et littéraires de d'Aiembert, t8 vul. in-8°, 1803. Cille colleclion renferme les Mélanges de littérature et de philosophie ; les morceaux les plus frapp.ints des Mélanges sont V Essai sur les gens de lettre^, où d'Aiembert recommande aux érrivains l'indépendance dans leurs relations avec lis grands; le Discours préliminaire de V Encyclopédie, dont nous avons déjà parlé ; Abus de la critique en matière de religion : l'auteur montre beaucoup de dextérité et d'esprit dans cet écrit, où il a l'art de cacher sa pensée, et de tenir un milieu perfide entre ceux qui attaquent de front la religion chrétienne et ceux qui n'en disent rien ; Eloges lus dans les séances de r Académie française. Correspondance avec \'oltaire et le roi de Prusse ; enfin, (|uelques Dissertations el d'autres pièces moins importantes. Voyez son Eloge par Condorcet.

ALENIO (le P. Jiles), missionnaire, né à Brescia en 1582, enira dans l'oidre des Jésuites à ISans, et, après avoir achevé sa philoso|)hic et sa théologie, fut envoyé en Chine par ses supérieurs. H débarqua e» 1610 à Macao, et y attendit une occasion favorable pour passer dans sa mission, où il ne parvint à pénétrer qu'au bout de trois ans. Dès lors il se consacra tout entier aux pénibles et dangereuses fonctions de l'apostolat avec autant de zèle que de succès. Il prêcha le premier l'iilvangile dans la province de Xan-Si, et bâtit un grand nombre d'églises dans celle de Fo-Kien. Il mourut en 16V9, après 36 ans de travaux continuels, à l'âge de 67 ans. Les ouvrages du P. Alenio, tous écrits en chinois, sont peu connus en Europe. Les principaux sont : une \'ie de Jésus- Christ, orné de planches en bois copiées sur celle dont VVierix a décoré le bel ouvrage du P. Jérôme Natali ; le Dialogue de s(rint Bernard entre l'âme et le corps, Irad. en vers cliinois; un grand traité de costnograpliie (Theatrum ort(s), dont on conservait un exemplaire en 2 vol. in-folio, dans la biblioiliè |uc des jésuites à Rome ; les Vies de plusieurs missionnaires, entre autres celle du P. Matth. Ricci, fonilateur de la missio.i de la Chine.

ALEU (Paul), né à Saint-Guy, petite ville du duché de Luxembourg, le 9 novembre 1656, enira chez les jésuites, et se distingua ])ar son zèle et par ses lumières, particulièrement à Trêves et à Cologne, où sa mémoire a été longtemps en vénération. 11 a publié un grand nombre d'ouvrages, dont ou peut voir le catalogue dans la Bibliotheca coloniensis du P. Hartzheim, pag. 2G4-. Ils ont pour objet la théologie, la philosophie, la morale, la piété, les belles-lettres. Ce savant et estimable religieux mourut à Dueren, dans le comte de Juliers, le 2 mai 1727. Parmi ses ouvr.'iges celui qui a pour litre Greu/us ad Piirnnssuin est devenu livre eléineulairc pour ceux qui étudient la poésie latine. (Ju

a aussi du P. Aler plusieurs tragédies latines, comme Joseph, Tobie, etc.

ALES ou HALliS (x\lkxa.\dre de), prit son nom d'un village d'Angleterre, où il naquit. Il enseigna à Paris la philosophie et la théologie avec beaucoup d'éclat, dans l'école des frires mineurs, chez lesquels il avait pris l'habit en 1222. Ses contemporains, qui aimaient les titres emphatiques , lui prodiguèrent ceux de Docteur irréfragable et de Fontaine de vie. Ceux qui liront sa Somme de théologie, imprimée à Nuremberg, en 148i, et à Venise en 1575, en quatre vol. in-fol., n'y trouveront qu'une fontaine d'ennui; non qu'il n'y ait de fort bonnes choses, mais parce qu'il faut y mettre trop de temps et de peines pour les découvrir. Aies mérite peut-être plus de considération par sa piété et ses vertus, que par sa science. Il fait parjiître plus de subtilité que de connaissance d'antiquité ecclésiastique. 11 mourut à Paris, le -27 août 1245. On voit dans l'église des Cordeliers son épitaphe en vers, où il est appelé :

Cloria doclorum, decus et flos plùlosophorum.

ALÈS, /l/esM«s (Alexandre), théologien de la confession d'Augsbourg, né à Edimbourg en loOO , fut d'abord catholique; mais en voulant convertir Patrice HamiUon, seigneur écossais, luthérien, il le devint lui-même. Il mourut en 1565. 11 était ami de Mélanchlhon, et Bèzc l'appela l'ornement de 1 Ec 'sse. On a (Je lui des Commentaires sur saint Jean, in-S"; sur les Epitres de Timothée, 2 vol. in-S"; sur l'Epîtrc à Tile, in-8° ; sur colle aux /?o/n«(«s,in-8.Lorsdu schisme de Henri VIII, il passa à Lomires, où il enseigna sons la protection de Cranmer ; niais cet archevêque ayant été disgra' ié, Alesius se rendit eu Allemagne et prores>a la philosophie à Francfort-sur-l'Oder. L'électeur de Brandebourg ledéputaen 15i1 aux conlérencesde Worms; le cardinal de Granvclle qui y présidait pour Charles-Quint ne lui permit pas de disputer. En looi, il assista avec Mélanchthon aux conférences de Marliourg et à celle deNauenbourg, contre les disciples d'Osiamler.

ALES (Jean), né l'an 1584 à Oxford, abandonna les erreurs du calvinisme pour se faire catholique, acquit une réputation de bon théologien, et mourut en 1636, à 72 ans. 11 avait composé un Traité sur le schisme, et plusieurs autres ouvrages où il se montrait conciliant.

ALÈS (Piebre-Alexandre d'), vicomte de Corbet, ne le 18 avril 1715, d'une ancienne famille de Touraine, entra dans les mousquetaires à 18 ans, prii par! l'année suivante au siège de Kehl , et passa ensuite commeofficierdans un régiment de la marine. En 1741,il licmanda sa retraite a cause de ses inlirmilés; il s'adonna alors aux lettresetaux soins de l'agriculture, et embrassa les doclrines des economisies.On ignorel'année de sa mort. On a de lui unassez grand nombre de productions anonymes. La plus importante, celle qui nous a porté a lui donner une place dans ce Dictionnaire, a pour lilrc: De l'origine dumal, ou Examendes principales difficultés de

ALE

ALE

Bayle sur cette matière, Paris , Dnchesne, 1758, 2 vol. in-12. C'est un ouvrago solide, et quoiqu'il ne soil pas sans défaut, on peut sVtonner qu'il soità peu près oublié aujourd'hui. — Sa sœur Alès de Corbet (Geneviève), depuis dame du Lude, composa un Abrégé de la rie de M. Lepelletier, mort à Orléans en odeur de sainteté en 1736, Orléans, 1760, in-12.

ALESSANDRO ALESSANDRl {Alexander ah Alerandro), jurisconsulte napolitain, né en \hG\, et mort à Rome le 2 oclobre lo23, à l'âge de 62 ans, se dislingua dans la jurisprudence el dans les belles-lettres. On a de lui Genialium diernm lihri sex, sur lesquels André Tiraqueau a fait d'excellentes remarques, in-fol., et réimprimés cum notis variortim, Leyde, 1673, 2 vol. iu-8'. Cet ouvrage, devenu rare, montre dans cet écrivain autant de science que de crédulité.

ALEXANDER (John , jeune et remarquable écrivain anglais, nvirtà 30 ans, eu HOS, avait exercé le ministère évangélique parmi les non-conformisti s. On trouve plusieurs compositions de lui dans l'ouvrage périodique intiiulé : La liibliolhêque (the Librarj); une Apologie ironique de la persécution, des Essais sur la sottise, sur le sens commun, la mi saut h copie, l'étude de l'homme, l'inconduite des patents, le sort des écrits périodiques, etc. Après sa mort, on a imprimé sa Paraphrase du xv chapitre de la 1" Epître aux Corinthiens, avec des ob.ser- Tations; et nu Commentaire sur les vi', vu" et vin" chapitres de lEpitre aux Romains, Londres, 1760, in-4°.

ALEXANDRE I" (saint), successeurde saint Lvarisle dans le siégi^ de Rome, l'an 10'.) de J.-C, mourut le ."} mai 119. Son pontificat fut de dix ans. Nous ne trouvons dans l'antiquité aucun détail sur sa vie. Il est compté parmi les martyrs dans le canon delà messe. Il a aussi le nom de martyr dans le Sacrametitaire de Grégoire le Grand, dans l'ancien calendrier publié par le P. Frouteau, et dans tous les .Martyrologes. Les épîtres qu'où lui attribue sont supposées.

ALEXANDRE II, auparavant nommé /In- «e?medeRada;'eoudeRaggio,étaildeMilan.Ou le lira du siège de Liic(|ues, pour le placer sur celui de Rome en 1001. Cette élection ayant été faite sans la participation de l'empereur Hinri IV, ce prince, violent et simoniaque, opposa au nouveau p;ipe un homme trèscorrompu dans ses mœurs, C;idalous, évoque de l'arme, qui prit le nom li'llonurius II. -\lexandre l'emporta sur sou concurrent, le chassa de Rome, et le fit coudauuicr dans plusieurs conciles. Hildcbrand, connu depuis sous le nom de (irégoire \'ll, l'engagea ,'i citer à sou tribunal l'empcriur Henri 1\ , qui fomi'ntait le schisme. Ce fut par les soins d'Iiildcbraud ((ue le pape, soutenu des minées de la comtesse Malliiide, se (it rendre les li-rres que les prijices ni)rni;iii<ls avaient enlevées au s.iint-siégc. Nous .avons de (e pape plusieurs lipîlrcs. parmi lesquelles on dislingue celle (^l'il écrivit ;in\ é\équcs de France, à l'occasion des uiallieuis qu'es-

suyaient les juifs. Plusieurs chrétiens, indignes de ce nom , ava eut alors l'étrange dévotion de massacrer ces malheureux, s'imaginant gagner la vie éternelle par ces meurtres. Alexandre loue beaucoup les évéques de France de ne s'être pas prêtés à ces cruautés contre un peuple autrefois chéri de Dieu, et que sa justice a dispersé sur la terre. La lettre qu'il écrivit à Harold, roi de Norwège , n'est pas moins remarquable , et prouve la puissance religieuse qu'exerçait alors pour le bien de l'humanité, le pontife romain, dans les glaces du nord comme dans les sables brûlants du midi. « Comme vous êtes encore peu instruit, lui « écrivait-il, dans la foi et la sainte disci- « pline, c'est à nous, qui avons la charge de « toute l'Eglise, de vous éclairer par de « fréquentes instructions ; mais la longueur « du chemin nous empêchant de le faire par « nous-mêmes, nous en avons donné la a commission à l'archevêque de Rrême, notre R légat. Soyez donc assuré qu'en suivant sa « voix, c'est au saiut-siégc même que vous « rendez obéissance. » 11 mourut le 21 avril

ALEXANDRE III, natif de Sienne, était cardinal et chancelier de l'église romaine. Après la mort d'Adrien I\' eu 1159, tous les cardinaux le choisirent pour lui succédera l'exception de trois cardinaux dyscoles, dont deux nommèrent l'antipape Victor IV, qui eut la brutalité d'arracher la chappedes épaules du vrai pape, pour s'en revêtir; mais il la mit à contre-sens, ce qui lit dire qu'il avait été élu « rebours. L'empereur Frédéric- Barberousse assembla, l'an 1160, un conciliabule à Pavie, qui jugea en faveur de Victor. Alexandre III, retiré à Anagni, excommunia l'empereur. (Juelque temps après le pape se réfugia en France , où l'empereur le poursuivit. Victor étant mort en 116/^, Frédéric fit sacrer un autre pontife, sous le nom de Paschal 111, et lobligea de canoniser (]harlemagne. Alexandre quittant la France, oij il avait été très-bien ac( ueilli par le roi Louis le Jeune, passa en Italie pour armer les Vénitiens contre l'empereur. Frédéric, lassé de tous ces troubles et obligé de fuir, offrit la paix au pontife. On se donna un rendez-vous à N'enise, où l'empereur baisa les pieds de celui contre lequel il s'était armé. (>alixle III, successeur de l'antipape l'asclial III, abjura le schisme. Le sage el paciliciue .Mexandre le reçut avec la bonté d'un père et le iil mangera sa table. Rien de plus opposé que le caractère de ce pape à la lablc qui raconte qu'il mit le pied sur la gorge de l'empereur Frédéric, eu disant : Supir aspidrm a hasili.tcum ambulabis. Les plus glands ennemis du s,iiut->iege avouent que c'est un conte destitué de toute vraisembl.ince. Alex^indre rentra à Rome, y convoqua le .'t concile général de Lalrau en II7'.>, el mouiulilcux ans après, le .30 août, chéri des Romains el respecte ilc l'Europe. Ce pontife abalit la servitude, et en rendant la liberté aux sujets, il sut aussi ap> prendre la justice aux rois : il obligea celui

ALE

ALIî

d'Angleterre, Henri II, à expier le meurtre de saint Thomas de Cantorbcry. II a été le premier p;ipe qui s'est réservé la canonisation des saints; règlement profondément sage, et nécessaire, non-seulement pour rendre la canonisation respectable et la faire généralement recevoir, mais surtout pour remédier aux abus et à la légèreté avec laquelle la plupart des métropolitains procédaient à un jugement d'une telle importance. Plusieurs de ses prédécesseurs avaient déjà tâché de remédier à ce désordre, mais leurs efforts n'avaient pas complètement réussi {Voy. saint Ulric). La canonisation de saint Gautier, abbé de Ponloise, faite par l'archevêque de Rouen en 115.}, est le dernier exemple que l'histoire fournit des saints qui n'ont pas été canonisés par les papes. Alexandrie de la Paille fut bâiie en son honneur. Lucius III fut son successeur.

ALEXANDRE IV, évêque d'Oslie, de la maison des comtes de Segni, fut élu pape après Innocent IV, en iiok. Son premier soin fut de s'opposer à Mainfroi, fils naturel de l'empereur Frédéric, qui avait inquiété ses prédécesseurs. Il donna l'invesliture du royaume de Sicile, dont ce tyran s'était emparé, à Edmond, fils du roi d'Angleterre. Alexandre favorisa, comme son oncle Grégoire IX, les religii'ux mendiants, il accorda plusieurs bulles aux frères prêcheurs, contre l'universilé de Paris. 11 condamna le livre fanatique de Guillaume de Saint-Amour sur les périls des derniers temps, et V Evangile éternel composé par les franciscains. Le r.ii saint Louis l'ayant prié d'établir l'inquisition en France, le pape lui envoya des inquisiteurs en 1235. Vers ce temps il réunit en un seul corps cinq congrégations d'erniiies, deux de Saint-tjuillaume, et trois de Saint-Augustin. Alexandre travaillait à réunir l'Eglise grecque avec la latine, et à armer les princes chrétiens contre les infidèles, lorsqu'il mourut à Viterbe le 23 mai 1261, regardé comme un bon prince et un pontife zélé. Urbain IV lui succéda.

ALEXANDRE V naquit dans l'île de Candie, de parents très-pauvres, qu'il ne connut jamais. Cet homme, qui devait un jour être pape, mendia de porte en porte. Un cordeliei, qui remarqua dans ce jeune homme beaucoup de dispositions, l'instruisit et lui donna l'habit de son ordre; ce qui lui procura les moyens d'all'T aux universités d'Oxford et de Paris. De retour en Lombardie, Galéas ViscDUti, duc de Milan, le fit précepteur de son fils, et solliciia pour lui l'évéché de Vicence, celui de Novarre, et enfin l'archevêché de Miian. Innocent VII l'honora de la pourpre, et le nomma son légat en Lombardie. Au concile de Pise, en li09, il fut proclamé pape, et il y présida depuis la 19' session. Alexandre V, devenu pontife, n'oublia pas son ancien élal, et son caractère parut assez élevé pour assortir ses sentiments et sa conilultc à une si haute dignité, il avait coutume de dire qu'(7 ne pouvait être tenté, comme ses prédécesseurs, rf'a-

DiCT. DE iîlOGRAPUlU IIELIG. 1.

grandir ses parents, puisqii'il n'avait jamais connu ni père, ni mère, ni frère, ni sœur, ni neveu. Cependant sa reconnaissiince lui. fit accorder aux religieux mendiants de grands privilèges. Il mourut en l'iiO, après avoir confirmé le concile de Pise.

ALEXANDRE Vi naquit à Valence en Espagne. La plupart des auteurs italiens, presque toujours excessifs, soit en louange, soit en satire, n'ont point épargné ce pontife. Ils racontent qu'il acheta la tiare après la mort d'Innocent Vlli, en 1492. Il était de la famille de Lenzuoli par son père, et de celle de Borgia par sa mère. Il prit ce dernier nom lorsque son oncle maternel, Gallixte III, fut fait pape. Callixte le fit cardinal en 1455, puis archevêque de Valence, et vice-chancelier. Sixte IV l'envoya légat en Espagne, où il Ht paraître beaucoup d'esprit et de dérèglement. Il eut (à ce qu'on prétend) d'une dame romai ne, nommée Rosa Vénozza , quatre Gis et une fille, tous dignes de leur père. César, le second de ses enfants, fut un monstre de débauche et de cruauté. La voix publique l'accusait, lui et son frère aîné, le duc de Candie, de s'être disputé les faveurs de leur sœur Lucrèce. On l'accusait d'avoir tué son rival, et de l'avoir jeté dans le Tibre. Alexandre VI, qui l'idolâtrait malgré tous ses vices, employa toutes sortes de moyens pour hâter son élévation. Il n'y a point de forfaits dont on ne l'ait chargé dans cette vue : meurtre, assassinats, empoisonnements, simonie ; on lui impute tous les crimes. Ce pontife si décrié ne laissa pas d'être lié avec tous les princes de son temps ; mais il les trompa presque tous. Il engagea Charles VIII à venir conquérir le royaume de Naples, et dès que ce prince s'en fut rendu maître, il se ligua avec les Vénitiens et avec Maximilien, pour lui arracher sa cou |néte. Louis XII, le père de son peuple, rechercha l'alliance de ce pape, dont il avait besoin pour faire casser sou inari.ige avec la fille de Louis XL Alexandre, continuant toujours à combler de bienfaits son (ils César de Horgia, lui fournil des troupes pour conquérir la Romagiie, et ne fut payé que d'ingratitude. Il finit, dit-on, une vie infâme par une mort honteuse. On racon'e qu'en 1503, le pape et son fils César, voulant hériter du cardinal Corneto et de quelques autres cardinaux, prirent, par mégarde, le jioisou qu'ils leur avaient préparé; (jue le premier en mourut, et que Borgia son fils n'échappa à la mort qu'en se faisant mettre dans le ventre d'une mule. Ce récit de la mort d'Alexandre VI est de Guichardin, auteur contemporain ; mais V^oltaire, qu'on ne soupçonnera pas de trop de zèle pour défendre l'a mémoire des papes, a donné quelques raisons d'en douter, dans sa Dissertation sur la mort de Henri IV. « J'ose dire à Gnichar- « din, dit-il : L'Europe est trompée par vous, « et vous l'avez été par votre passion; vous « étiez l'ennemi du pape, vous en avez trop « cru votre haine et les actions de sa vie. Il « avait, à la vérité, exercé des vengeances « cruelles et perfides contre des ennemis

ALE

ÂLE

MQ

< aussi perfides el aussi cruels que lui. De « là vous concluez qu'un pape de 7i ans « n'est pas mort d'une façon naturelle; vous « prétendez, sur des rapports vagues, qu'un « vieux souverain, dont les coffres étaient a remplis alors de plus d'un rnillioii de du- « cals d'or, voulut empoisonner quelques a cardinaux pour s'emparer de leur mobi- « lier. Mais (emi)bilier élaii-il si important? « Ces effets étaient presque toujours enlevés a par les valets de chambre avaut que les « papes pussent en saisir quelques dépoulla les. Comment pouvez-vous croire qu'un 0 homme prudent ait voulu hasarder, pour « un aussi petit gain, une action aussi in- « fâme, une action qui demandait des com- « plices, et qui, tôt ou tard, eût été décou- « verte ? Ne dois-je pas croire le journal de la « maladie du pape, plutôt qu'un bruit popn- « laire? Ce journal le lait mourir d'une fiè- « vre double tierce : il n'y a pas le moindre « vestige de preuve de cette accusalinu ina tentée contre sa mémoire. Son flis Borgia « tomba malade dans le temps de la mort de « son père ; voilà le seul foadement de lliis- « toire du poison. » Les protestants ont souvent opposé aux catholiques les vices d'Alexandre VI, coii;nie si la dépravation d'un pontife pouvait retomber sur une religion sainte, et que le christianisme, pour être l'ouvrage de Dieu, dût anéantir, dans ses ministres, le germe des passions humaines. Ce n'est pas la tiare qui a rendu Alexandre A'I vicieux, c'est son caractère. Il l'aurait été également, quelque place qu'il eût occupée. [Voy. iEkfi XII.) La l'rovidonce permit nue sescrimes netroutilus^eut pas l'Eglise, etque, dans ce temps critique, elle n'eût ni scliismes ni hérésies à combattre, a Si Dieu a permis, « dit un auteur modernt-,qU'? les chels d'une « religion sainte ne fussent pas toujours a des hommes sans reproches et sans vices, « c'est parce que la conservation de la reli- « gion chrétienne ne dépend pas de l;i sa- « gesse et de la vertu de ses pontifes, mais a de la parole de Jésus-CU''ist et de l'effet « inamuable de la promesse solennelle qu'il « a faite de conserver son Eglise ius(|u'à la « fin des siècles. Le sort des empires de la « terre dépend de la sagesse et de la con- « duite de leurs monarques : il ne faut « qu'un prince faible ou vicieux pour les « précipiter du faîte de la gloire dans la con- « fusiou el le néant. Les péchés des princes a el lies peuples, dil l'Ecclésiastique (c. x, « V.8), renversent les étals, et en donnent a la possession à des peuples étrangers. Si a donc les faiblesses, les scandales, l'imbé- « cillilé ou l'imprudence de que.<|ues pipes Il n'ont pu ébranler les foiiitemciils de la Cl vraie Eglise, c'est que Dieu lui-même les u a affermis, el leur a donné une consistance u que les hommes el le temps ne peuvent a ébranler. (Dan. ii, v. 4'».) 'l'elle est la coii- < clusion qu'on doillirer di' quelqucsendroits « humiliants de l'hintoire de l'Eglise. » C'est principalement depuis ce pontife, que les papes ont commencé à jouer un rôle dans le mundo comme priuces séculier^. Ceu.v qui

l'ont comparé à Néron ne savent pas que la politique d'Alexandre VI fut aussi adroite que celle de cet empereur fut insensée. La bulle Jnier cœlern, qui partage les terres nouvellement découvertes entre les rois d'Espagne et de Portugal, a donné lieu à bien de gauches déclamations sur le pouvoir temporel du pape. Outre que ce pouvoir était alors une opinion reçue, il > si tout naturel de ne voir dans cette bulle qu'uni- décision concilialoire prof)re à prévenir des disputes el des guerres entre deux puissants princes. Ce qui semble avoir le ton d'une véritable concession, n'est que le langage d'un arbitre qui parle dans un différend, el qui fixe les lois des conieiiilanls. Au lieu de blâmer un tel décret, ' e laudi ail-il pas plutôt regretter le teuips où les pontife-,, d'une parole, cimeiiLaient la concorde des rois ; où, à la voix du père commun des chrétiens, s'évanouissaient, sans résistance el sans bruit, les semences des plus longues el des plus sanglantes ci)nieslation>. ? Alexandre Gordon a écrit la Vie de ce pape en anglais. Cet ouvrage curieux, el assez impartial, a été traduit en français, en 173-', iii-12, 2 vol. J. Burchard avait .lussi publie la vie d'Alexandre \l en latin, Hanovre, 1(J07, in-i°. Tout le monde connaît ce distique lalio, au sujet de la simonie reprochée à ce pape :

Vendit Alexuiider cloves, altiiria, Cltrlslum; Vendere jure polesl , eiiiciiil itle prius.

ALEXANDRE Vil naquit à Si"nne, en 1d9'J, de l'illustre maison de Chigi. D'abord inquisiteur à MaPe, vice-légal à Ferrare, nonce eu Allemiigne, évêqiie d'imola et cardinal, il fut enfin pape en IGoo, après la mori d'Innocent X. Il commença son pontificat par des réformes qui donnèrent une grande idée de lui. Un de ses premiers soins fut d'approuver la bulle d'Inuocenl X, son prédécesseur, contre les cinq propositions de l'évéque Jaiisénius, et il prescrivit le fameux formulaire de lC(i5, devenu indispensable pour distinguer les sectaire* d'avec les calliolii;ues. Les jansénistes ne manquèrent pas d'en parler comme d'une tyrannie odieuse, d'une violence exercée sur les esprits el les consciences, et ils cabalèrent dans les cours el les trioun.iux civils, pour se mettre à l'abri d'un moyeu qui les décelait et les d. 'masquait. Ce moyen pourtant a toujours ele en usjige dans l'Kglise de J.-C; il a lait, depuis la fondation du christianisme, la sauvi'gar,' de la doctrine catholique; sans lui, rai'iait..<iiie devenait la religion du inonae entur; et après lui, le iiesturiaiiisnie eût joui du même triom|ihe; t.ius les symboles, toutes les professions de foi eussent échoué dans l'épreuve (|ui devait distinguer les fidèles des sectaires, les uns cl les autres les récitant a>ec un empressement égal. L'Iiérésie a imagine, dans tous les leuips, des suliliiiles que les déclarations générales d'orthodoxie, et même l'éouineralion ordinaire des articles de la croyance catholique, ne cumbaltaienl pas d'une manière lormellu. Aiusi les sectaires se m^-

Page 1