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roi f'e France, sous e nom de Louis XII, Jeur donna pour lors son palais situé près de Saiiit-Eustache, pour en faire un monastère. Simon, évoque de Paris, leur dressa des statuts et les mit sous la règle de saint Augustin. On les obligea, en looO, de garder la clôture, et en 1572 elles furent transférées dans l'ancienne église de Saint-Magloiri^. IHisto irv ecclésiastique de F leur y, tom . XXI V, liv.cxvii,cliap. 129. 'Lorsque le pnpe Sixte IV, en 1481 , permit aux franciscains de rendre un culte aux cinq frères mineurs martyrisés à Maroc en 1220, le P. Tisserand composa Yoffice de cette fête. AVading, historien de cet ordre, ne donne pas la date de sa mort.
TISSIER (le P. Bertrand), religieux bernardin, de la congrégation de Citeaux, introduisit en 1G64, la réforme dans l'ajjba.ye de Bonnefontaine, diocèse de Reims, dont il était prieur, et mourut vers Fan 1070. On lui doit la publication du recueil intitulé : JSibliolheca Patrum cisterciensium , id est opéra abbalum et monachorum ordinis cisterciensis, qui sœculo sancli Bernardi, aut paulo post ejus obiluin floruerunt, in unum collecta, etc., Bonnefontaine, 1C60-16G9, 8 tomes eu k vol. in-fol. Ce recueil est très-rare quand il est complet. La bibliothèque de la rue Richelieu en possède un exemplaire.
TITE (saint). Grec et gentil, fut converti par saint Paul , à qui il servit de secrétaire et d'interprète. Cet apôtre le mena avec Jui au concile de Jérusalem, et il ne voulut point qu'il se fit circoncire, pour marquer que la circoncision n'était point nécessaire : quoique dans la suite il fit circoncire Timothée, en l'envoyant à Jérusalem, parce que les Juifs l'auraient regardé , sans cette précaution , comme impur et comme profane. Saint Paul l'envoya depuis à Corinthe pour calmer les disputes qui partageaient cotte église; et Tito alla ensuite le joindre en Macédoine , pour lui rendre compte de sa négoriation. Peu après, il porta aux Corinthiens la 2' Lettre que saint Paul leur adressait ; et vers l'an 63 de Jésus-Clirist, l'apôtre l'ayant établi évoque de l'Ile de Crète, lui écrivit l'année suivante de Macédoine, une lettre dans laquelle il expose les devoirs du ministère sacré. Tite mourut dans l'île de Crète, fort âgé.
TITE, auteur ecclésiasticiue du iv' siècle , après avoir passé par tous les degrés de la hiérarchie, s'éleva par son mérite à l'évêché de Bostre dans l'Arabie. La Bibliothèque des Pères nous offre de cet auteur un Traité contre les manichéens. Le style en est assez pet pour une matière assez embarrassée d'elle-même , et les raisonnements en sont solides aussi bien que subtils; mais tout n'y est pas exact. On lui reproche trop d'estime pour Origène , dont il païaît même avoir adopté l'erreur touchant l'éternité des peines. On lui attribue encore un Commentaire sur faint Luc, et d'autres ouvrages qui ne sont pas de lui. Julien l'Apostat menaça de le rendre responsable d'une espèce d'émeute uu'il y avait eu à Bostre; mais Tite confondit ce reproche, et répondit h l'empereur que si le peuple ne se révoltait ouvertement '
contre lui, c'était à lui et à d'autres ecclésiastiques qu'il en était redevable. Sur cpioi Julien écrivit à ceux de Bostre, que leur éyèque était leur délateur, et qu'il les exhortait à le chasser, puisqu'il les supjiosait disposés à la révolte. Les Bustriens se mo([uèrent de cette puérilité, « qui , dit Tillemont , « pourrait passer pour incroyable dans un « prince qui se piquait de raison, si nous « n'avions encore la lettre entière qu'il écri- « vit à ceux de Bostre. Cette lettre est datée « d'Antioche, le 1" jour d'août, l'an 302. » Tite survécut à la persécution de Julien , et mourut sous Valens.
TITELMAN (François), né à Hasselt, vilk de la principauté de Liège, vers l'an 1W8, so fit récollet à Louvain; ayant ensuite entendu parler de la réforme des capucins, il embrassa ce genre de vie à Rome, en 1335, ci mourut en odeur de sainteté à Anticoli, le 12 sept. 1537. Il était versé dans les langues grecque, hébraïque et chaldéenne. Ses écrits sont en grand nombre. Les principaux sont : des Commentaires sur toutes les Epîtres des apôtres, Anvers, 15V0 , in-8°;.... sur les Psaumes, Anvers, 1573, in-fol.;... sur Job;... sur les Cantiques;... sur saint Matthieu et saint Jean; des Dissertations contre Erasme, etc. Richard Simon, qui n'était pas prodigue do louanges, en donne h Tiielman.
TITIUS (Gérard), théologien luthérien, né h Quedlimbourg, en 1020, fut disciple de George Calixte, et devint professeur en hébreu et en théologie à Helmstadt, où il mourut en 1081. On a de lui : un Traité des conciles, Helmstadt, lOoG, in-4°; un autre De l'insuffisance de la religion purement naturelle et de la nécessité de la révélation , 1607, in-'r.
TOBIE, de la tribu de Nephthali, demeurait à Cadès , capitale de ce pays, et avait épousé Anne, de la même tribu, dont il eut un fils qui portait son nom. Emmené captif à Ninive avec sa femme et son fils, il ne se souilla jamais en mangeant, comme les autres Israélites, des viandes défendues parla loi; Dieu, pour récompenser sa fidélité, lui fit trouver grâce auprès de Salmanasar, qui le combla de biens et d'honneurs. Tobic ne profita des bontés du roi que pour soulager ses frères captifs. Il allait les visiter, et leur distribuait chaque jour ce qu'il pouvait avoir. Un jour, à Rages, ville des Mèdes, Gabélus son parent ayant besoin de dix talents, Tobie qui avait reçu ces dix mille écus de la libéralité du roii les lui prêta, sans exiger de lui d'autre silrelé qu'une obligation par écrit. Sa charité fut récompensée dès cette vie ; cependant Dieu l'éprouva par les souffrances. Un jour, après avoir enseveli plusieurs morts, il s'endormit fatigué au pied d'une muraille, et il lui tomba, d'un nid d'hirondelle, sur les yeu\, (le la fiente cliaude qui le rendit aveugle. Tobie, se croyant près de mourir, char gea son fils d'aller h Kagès retirer l'argent qu'il avait prêté b Gabélus. Le jeune homme partit aussitôt avec l'ange Raphaéi, qui avait pris la figure d'Azarias. Son guide lui ût
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(Sponsor Sara, sa cousine, nlle de Raguel, vouve de sept innris que le démon avait étranj;li's , pour n'avoir envisagé l'union conjugale que comme un moyen do luxure. Tobii! se mit en ])rières, et cliassa l'ange des ténèbres. Haphaël le ramena ensuite eliez son père, à qui il rendit la vue avec le liel d'un poisson (|ue l'ange lui avait indiqué. Le saint vieillard mourut l'an 663 avant Jésus- Christ , à 102 ans. Son lils [larvint aussi à une longue vieillesse. On croit assez coinniunément que les deux Tobie ont écrit eux-mêmes leur histoire, ou que du moins le livre qui porte leur nom a été comiiosé sur 'eui's mémoires. Nous n'avons plus l'original de cet ouvrage, que saint Jéi'Ame traduisit en latin sur le texie chaldaïque; et c'est sa traduction que l'Eglise a adoptée, comme la plus simple , la plus claire et la plus dégagée des circonstances étrangères. Nous en avons aussi des versions en hébreu , en grec et en syriaque, faites sur la latine; et quelques autres où les faits sont plus détaillés; ce qui a fait croire à quehjues critiques ([ue Tobie avait écrit son histoire et l'abrégé de son histoire. Les Juifs ne reconnaissent pas ce livre pour canon icjue ; mais ils le lisent avec respect comme contenant une histoire vénérable , et pleine de sentiments touchants et d'excellentes maximes. La constance du juste , sa confiance couronnée, la tendresse paternelle, la jiiété fdialo, la sainteté de l'union conjugale, une attentive et toute puissante providence : tout cela concourt à former l'éditiaiite histoire de Tobie; c'est le tableau d'une famille selon le cteur de Dieu.
TOICT (Nicolas du), né en 1611 ■^ Lille eu Flandre , se tit jésuite en 1630. Il sollicita avec empressement d'être envoyé dans les missions étrangères ; ses supérieurs secondèrent sou ardeur, et il fut destiné pour les missions du Paraguay, où il déploya tout ce que la charité la plus agissante peut insjiirer à un ministre de l'Evangile. Il fut nommé supérieur des missionnaires dans cette province, et mourut consumé do travaux, vers l'an 1680. On a de lui V Histoire des missions dans le Pai-aguaii . l'Uragitaij, etc., Liège, 1673, in-fol.,'('n "latin.
TOINAKD. Voy. Tuoynaud.
TOLAND (Jeax), né l'an 1670, aans le village de Redcastlc, près de Londondorry, en Irlande, fut élevé dans la religion catholique. 11 lit ses études en l'université de (jlascow, puis dans celle d'Eilimbonrg où il embrassa la religion protestante. Après .ivoir |)assé quelque temps à Leyde, il se letiia c'i Oxf'onI, et y recueillit un'graud nond)re de inaléi-iaux sur divers sujets. Sou goût pour les paradoxes et les nouveautés le tira de l'obscurité où il avait croupi ju-ifpi'alors. Il jiublia divers ouvrages sur la religion et sur la polilicpu' dans lescjnels l'impii^té, le di'isnie, j'ullK'isme iiiêm(; paraissi'ut à découvert, r.cl impie lit divers voyiiges dans les cours d'Alliniiaij,ne , où il ful're(;u mieux qu'il ne mentait. De là étant allé en Hollande, il fut
présenté au prince Eugène, qui, ne connaissant pas ses travers, lui donna diverses marques de libéralité. Toland retourna la même année en Angleterre, où il se ruina par ses folles dépenses et par ses débauches. Il mourut à Londres en 1722, à 32 ans, après s'ètrej fait une épitaphe très-tlatleuse, qui n'est rien; . moins qu'un tableau lidèle de son caractère. Il était vain, bizarre, singulier; rejetant un sentiment précisément parce qu'un auteui célèbre l'avait soutenu ou embrassé. Opi- ; niAtre dans la dispute, il la soutenait avec'iji l'elfronterie et la grossièreté d'un cyni(iue. i Ses jirincipaux ouvrages sont : la ileliijion chrétienne sans vn/stè7-es, publiée en anglais ^ à Londres, en 1G'.»6, in-8'. Ce livre impie fuli condamné au feu en Irlande l'année suivante, s| ce qui u'eni|)èclia point Toland d'en donner ij une Apoloiiir , sou impudence augmentante avec les humiliations et leschâliments qu'elle'! essuyait. >1 m (//Uor, et Défense (le la Vie rfe S iI///<o«, Londres, 1609, in-8°; ouvrage aussi; pernicieux que le précédent; VArt de gou- i vrrner par parties, 1701, in-8°; Le Nazaréen, ^ ou le Christianisme judaïque, païen et muhoniétan, etc., 1718, iu-8', fruit de l'impiété la jilus grossière, ainsi que les suivants : Pantheisticon, scii Formula celebrandw iodalitatis soeraticœ, in-8°; Cosmopoli, Londres, 1720; Adeisidemon, sivc Titus Livius a superstitione vindicatus ; annexœ sunt Origines judaicœ, La Haye, 1709, in-8°. Il y soutient que les athées sont moins dangereux à l'Etat que les superstitieux; paradoxe cent fois refuté. iVoy. le Catéch. philos., liv. i, cUap. 5.) Il ])rétend (jue Moise et S|)inosa, ont eu à peu près Içs mêmes idées de la Divinité : assertion qui sullit seule pour faire connaître le désordre de sa tète; cette assertion fut réfutée plus sérieusement qu'elle ne le méritait , par Huot, évêque d'.\vranche5, sous le nom de Marin, et par Elle Benoît. Les livres de Toland , excejilé les deux derniers , sont en anglais. La plupart ont, comme on l'a vu, des titres extravagants, et renferment des idées
encore plus extravagantes. Il écrivait d'une manière confuse, embrouillée et fatigo.nle : aussi, en voulant nuire h la religion, il ne lit de mal qu'à lui-même, et fut méprisé counne ]ihiIoso|.'he et comme écrivain. L'Angleterre libre, 1701, in-8'; Divers écrits contre les français, 1726,2 vol. in-8°, et quelques autres livres de politique, moins mauvais que ses ouvrages sur la religion.
TOLÈDE {FiîHDi\ANn-ALVABF.z DE , duc d'Ai.uEj, né en 13l}8 d'une des plus illustres familles d'Espagne, dut son éducation à Fré (h'ric lie Tolède, son grand-père, qui lui apprit l'art militaire et la politupie. Il porta les armes à la Ijataille de Pavie, et au siège de Tunis, sous l'empereur Charles-Quint. Devenu général des armées d'Esjiagne en 1538, il servit sa nation avec succès contre la France dans la Navarre et dans la Catalogne. Elevé au poste de généralissime des arniées impériales, il marcha coilre les protestants d'.VUemagnc en loV6. Il gagna l'année suivante la fanunise l)ataille de Muhiberg, où les nrotestants furent entièrement défaits. L'électeur
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de Saxe, leur général, y fut fait prisonnier, avec Ernest, duo de Brunswick, et plusieurs autres chefs. Celte victoire fut suivie de la prise de Torgau, de Wittenberg , et de la réduction de tous les rebelles. Après s'être signalé en Allemagne, il suivit l'empereur au siège de Metz , où il fit des prodiges de valeur, que le courage des assiégés rendit inutiles. Philippe II, successeur de Charles- Quint, se servit de lui avec le même avantage que son père. En 1567, les habitants des Pays-Bas, où les nouvelles erreurs s'étaient introduites avec l'esprit de rébellion qui les a accompagnées partout, menaçaient d'un soulèvement. Philippe II envoya le <luc d'Albe pour les contenir. Ce choix annonça la plus grande sévérité. On se souvenait que Charles-Quint, délibéi'aiit sur le traitement qu'il ferait aux Gantois, qui se révoltèrent eu 1539, avait voulu savoir le sentiment du duc, qui répondit qu'une i)atrie rebelle devait être ruinée. Les premières démarches du duc d'Albe confirmèrent l'opinion qu'on avait de lui. Il lit périr sur un échafaud les comtes d'Egmont et de Horn. Après cette exécution, qui lui parut nécessaire au repos public, il marche aux confédérés et les bat. Le plaisir d'avoir remporté une victoire signalée est empoisonné par le chagrin de voir un village réduit en cendres, après l'action, par un régiment de Sardaigne. Ce crime fut puni comme il le méritait. Il lit pendre sur-lechamp les auteurs de l'incendie, et dégrada toutes les compagnies, excepté une qui n'était pas coupable : Irait qui prouve suffisamment que le sévère et inexorable général voulait l'ordre à tout prix, et détestait souverainement des cruautés inutiles et illégales commises de sang-froid. Le |irince d'Orange, chef des confédérés, parut bientôt à la tète d'une armée considérable. Le jeune Frédéric de Tolède, chargé de l'observer, envoya conjurer le duc d'Albe, son père, de lui permeltre d'aller attaquer les rebelles. Le duc, persuadé avec raison que les subalternes ne doivent pas se mêler de juger s'il faut ou s'il ne faut pas combattre, répond : « Allez dire « ti mon lils que sa demande ne lui esl par- « donnée qu'à cause de son inexpérience et « de sa jeunesse. » Ses succès augmentèrent tous les jours. Après la prise de Harlem , le duc d'Albe quitta les Pays-Bas pour retourner en Espagne, précédé" du bruit de ses victoires, dont sa vanité avait néanmoins affaibli l'éclat; car après avûir fait construire à Anvers une bonne citadelle, il y avait placé sa statue en bronze. Il était représenté avec un air menaçant, le bras droit étendu vers la ville; à ses pieds étaient la noblesse et le puujile, qui, prosternés, semblaient lui déni.iiider grâce. Les deux statues allégoriques avaient des écuelles pendues aux oreilles, dv.s besaces au cou, pour rappeler le nom de ■ Gueux que l'on avait donné aux mécontents. Elles étaient entourées de serpents, de couleuvres et d'autres symboles destinés à désigner la fausseté, la malice et l'avarice, vices reprochés par les Espagnols aux vaincus. On lisait au-dovant du piédestal cette inscription
fastueuse : Ferdinando Alvareza Toledo , Albœ duci , Philippi 11 Hispaniarum régis apud Belgas prœfecto, quod extincta seditione, rebelUbus pulsis, religione procurala,justilia culta, prorinciis pacein firmaverit; régis optimi minislro fidelissimo posilum. Ce général laissa le gouvernement des Pays-Bas à dom Louis de Requesens, grand commandeur do Castille, en 1574., qui, par une conduite molle et incertaine, releva le courage des révoltés, abattu par son prédécesseur, et prouva par les effets de son indulgence que les rebelles ne réclament la douceur que pour se fortifier et se faire redouter. Le duc d'Albe jouit d'abord à la cour de la faveur que méritaient ses services; mais s'étant o|iposéau mariage de son fils, le roi Philippe II, qui avait projeté cet liymen, l'envoya prisonnier à Uzeda. Il obtint sa liberté deux ans api'ès, et fut mis <i la tête d'iuie armée que l'on lit entrer en
Portugal
'an 1381. Cet habile général y lit
autant de conquêtes que d'entreprises. Il délit dom Antoine de Crato, qui s'était fait proclamer roi , et se rendit maître de Lisbonne. 11 y amassa un butin inestimable , qui fut encore augmenté par l'arrivée de la flotte des Indes dans le port de cette ville. Tant de succès lui suscitèrent des jaloux. On l'accusa d'avoir détourné îi sou usage une partie des sommes qui lui avaient été remises durant les différentes expéditions ; comme ou lui en demandait coni|ite, il répondit qu'il n'avait à en rendre qu'au roi. « S'il me le demande, je lui met- « trai en ligne de compte des royaumes con- « serves ou conquis, des victoires signalées, « des sièges très-difficiles, et soixante ans « de services. » Philippe satisfait fit cesser les poursuites : le duc d'Albe mourut peu de temps après, en 1382, à 74 ans, dans de grands sentiments de religion, entre les liras du pieux Louis de Grenade. Voy. sa Vie, Paris, 1G98, 2 vol. in-12. Il laissa la réputation d'un général expérimenté et d'un politicpie habile. « Le duc d'Albe, dit l'abbé « Baynal (Histoire du Statlioudérat), l'un des « i)lùs grands capitaines du xvi' siècle, joi- « gnait à une naissance distinguée des biens « immenses. Il avait la démarche grave et « le maintien austère, l'air noble et le corps « robuste, le discours mesuré et le silence « éloquent. 11 était sobre et dormait peu, « travaillait beaucoup, écrivait lui-môme « toutes ses alfaires. Toutes les circonstan- « ces de sa vie offrent un spectacle inté- « ressaut. Son enfance fut raisonnable, et « l'âge avancé ne lui apporta ni ridicule ni « faiblesse. Le tumulte des camps ne fut pas « ])our lui une occasion de dissipation ; ce « fut dans la licence des armes qu'il se « forma à la politique. LoiS(|u'il
opinait
dans les conseils , il n'avait égard ni aux « désirs du monarque, ni aux intérêts des « ministres ; il se déclarait toujours pour le « paiti qu'il croyait le plus juste ; souvent « il ramenait ceux qui l'écoutaient à la pro- « bité ; et lorsque ses efforts étaient inuti- « les, il ne les suivait pas au moins dans « leur injustice. On ne trouve point dans
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« les fastes do sa nation un capitaine plus « lialiile que lui à faire la grande guerre « avec peu de troupes, à ruiner les plus fortes « armées sans les combatde, à donner le « change aux ennemis, et h ne le jamais .< prendre, à gagner la confiance du soldat « et h étouffer ses murmures. On prétend « (lue pendant soixante ans de guerre sous « divers climats, contre dilférents ennemis, « durant toutes les saisons, il n'a jamais été « battu, ni prévenu, ni surpris. Quel hom- « me, s'il n'avait terni l'éclat de tant de ta- « lents et de vertus par une sévérité ou-' « trée ! » C'est aux événements qui ont suivi l'administration du duo d'Albe, c'est à l'iiisloire des provinces où l'on a traité plus mollement que lui les sectaires et les rebelles, à décider si sa sévérité fut effectiveme'nt outrée. Il est vrai que son caractère était quelquefois déraisonnablement inflex-ible, et que par son entêtement à exiger le dixième, tribut exorbitant et tyrannique, il replongea les Pays-Bas dans les troubles qu'il avait heureusement terminés ; mais il faut convenir que, comparée à la conduite des révoltés envers les partisans de l'ancienne religion et les sujets fidèles au souverain, la conduite du duc ne peut que mériter des éloges. Sa sévérité, ou si l'on veut, Sa (pureté légale, aiirès tout, et conforme h la marche judiciaire la plus scrupuleuse, formé un contraste bien saillant avec celle de la plupart des chefs di la réijellion et de leurs subalternes, dont les cruautés n'avaient d'autres règles que le fanatisme et le caprice. Les déclamations perpétuelles contre Phihppe II et son général, et l'alfectation marquée de ne rien dire des atrocités inouïes des rebelles, sont excellemment confondues dans le savant et touchant ouvrage. De crndclitate moribusque priscoram ac rcccntium hœreticorum, par Havensius, 1608, in-8" ; dans le Thealrum criidelitatis hœreticorum nostri temporis, Anvers, 1592, pag. 57 et suiv. ; dans les Mortes illustres et gesta eorum qui in odium fidei ab lucreticis oceisi sunt, par Philippe Alegambc ; et surtout dans V Abrégé de Cllistoire de la Hollande, par M. Kerroux, Leyde, 1778, t. II, pag. 310. Ce dernier auteur. Hollandais et prolestant, après avoir jvarlé du faux bruit, que certains incendiaires menaçaient les villes de la Nord-Hollande, continue de celte sorte : « Les tourments les plus affreux arrachè- « rent à ces prétendus incendiaires le nom « de quelques riches paysans catholiques, « qu'ils accusèrent de tous les crimes tlont « on voulait qu'ils les accusassent. C'était « lu où le cruel Sonoi (ou Snoy) les atten- « dait. Ces délateurs, malgré leurs rétractait lions, malgré même les promesses faites « à quelques-uns d'eux de leur accorder la « vie s'ils chargeaient ces paysans, expirè- « rent dans les plus affreux supplices. Mais « les cruautés inouïes exercées contre quel- « ques-uns de ces infortunés pays.ins, f^Luis- « sèment accusés, ne pourraient être crues « si (iUes n'étaient plcincimiil attestées par « les procédures. Nous voudrions épargner
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« ces horreurs h nos lecteurs ; mais l'impar- « tialité de l'histoire ne nous permet pas de « cacher ces excès dont un parti s'est rendu « cou]iable, pour ne découvrir que ceux du « parti ennemi. Les tourments ordinaires « de la question la plus cruelle ne furent « que les moindres des maux que l'on fit « souffrir à ces innocents. Leurs membres « disloqués, leurs corps déchirés de verges, « étaient ensuite enveloppés dans des linges « trempés dans de l'eau-de-vie ; on y mettait « le feu, et on les laissait dans cet état jus- « qu'à ce que leur peau noircie et retirée « découvrit les nerfs dans différentes parties « de leurs corps. On employait le soufre, « souvent même jusqu'à une demi-livre de « chandelles pour leur brûler les aisselles « et les plantes des pieds. Ainsi martyrisés, « on les laissait quelques nuits couchés par « terre sans couverture, et h force de coups « on chassait le sommeil loin d'eux. Du ha- « reng pec et autres aliments salés étaient « la nourriture qu'on leur donnait, pour « allumer dans leurs entrailles tous les feux « d'une soif dévorante, sans leur permettre « l'usage d'un verre d'eau, quelques suppute cations qu'ils fissent pour en obtenir. On « posait des frelons sur le nombril des pa- « tiénts, et l'on en retirait l'aiguillon qu'ils « y avaient fiché de la longueur de l'arti- « ciilation d'un doigt. Sonoi lui-même avait « envoyé à cet affreux tribunal certain nom- « bre de rats, que l'on plaçait sur la poitrine « et sur le ventre de ces infortunés, sous « un instrument de pierre ou de bois fait « exprès et recouvert d'une plaque de cui- « vre : le feu posé sur cette nlaque forçait « ces animaux à ronger les cnairs et à se « faire un passage jusqu'au cœur et aux en- « traillcs. On brûlait ces blessures avec des « chaibons ardents ; l'on faisait couler du « lard fondu sur ces corps ensanglantés. A « l'une de ces malheureuses victimes de la « fureur la plus fanatique, l'on frotta de « crème cette partie que la pudeur défend « de nommer, et on la fit sucer à un veau « de lait. D'autres horreurs plus révoltantes « encore furent exercées avec un sang-froid « dont à peine on pourrait trouver d'exem- « pie chez les cannjbales ; mais la décence « nous défend de j)Oursuivre. L'un de ces « malheureux mourut dans les tourments a lie la torture. Ses juges fanatiques crurent « couvrii' l'atrocité de leur barbarie, en fai- « saut courir le bruit ridicule que le diable « lui avait rompu le cou. Un autre, vaincu « par les douleurs qu'on lui avait fait souf- « frir et flatté de la promesse qu'il conser- « verait sa vie et ses biens, avoua enfin tout « ce qu'on voulut ; ses jup;es aussitôt pro- « noncôrent sa sentence au nom de Sonoi, « et le condamnèrent à avoir le cœur arra- « ché et à être écartelé. On remarque que, « quoiqu'on eût eu la cruelle précaution de « l'enivrer le jour do son exécution, qui se « lit h Hoorn, malgré toutes les oppositions « du magistrat, il assigna le ministre réf'or- (c iné qui l'accompagnait à la mort à com- « paraître dans trois jours devant le tribunal
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« du souverain juge. Ce ministre, qui avait « été témoin de toutes les protestations que « le patient avait faites de son innocence, « se retira chez lui dans l'abattement de la « plus sombre tristesse, et mourut réelle- « ment au bout du terme, ou peu après. » On dira peut-être que ces fureurs sont celles d'un ])articulier, qu'elles ne tiennent pas aux principes et à l'esprit de la révolution que le duc d'Albe a combattue. Mais ignoret-on les excès des autres fanatiques, qui ne le cédaient en rien à Sonoi ? d'un Guillaunie de La Marck, par exemple, le des Adrets des Pays-Bas, qui, dans une seule année (1372), tua par des supplices inouïs plus de jiaisibles citoyens et de prêtres catholiques que le duc d'Albe ne fit légalement punir de rebelles dans tout le cours de son administration ? Du reste. Fauteur protestant que nous transcrivons ici, réfute lui-même cette objection. « On voudrait en vain chercher « des motifs pour excuser les procédures de « cette hori'ible commission, elles ont im- « j)rimé une tache éternelle au nom liollan- « dais : et quoique Sonoi, le principal au- « teur de ces sanglantes tiagédies fût étran- « ger, la nation, qui n'osa s'y opposer ou « l'en punir, ne se lavera jamais du repro- « che do barbarie dont elle s'est gratuite- « ment couverte aux yeux de toute l'fluropo. « On prétend (]ue tout ce qui se ht alors ne « fut qu'un moyeu pour ôter pour toujours « aux catholiques le prétexte et l'envie do « cherclier à introduire du changement dans « le goiiverneuient : moyen airoce, et qu'au- « cune raison d'état ne légitimera jamais, « non plus que les cruautés inouïes exer- « céos contre des gens absolument iiuio- « cents des crimes dont on les accusait, et « dont on ne peut lire les atfreux détails « sans frémir d'horreur, et sentir des mouj< vemcnts d'indignation et de haine. » Comment, après cela, le puritain Watson, animé de l'esprit de cette morue faction qui s'est Souillée par de si brutales cruautés, ose-t-il nous parler du despotisme de Philippe et de l'infernal duc dWlbe? Non, les souverains des Pays-Bas et leurs ministres n'ont pas été des monstres ; Philippe II, la bonne Marguerite, Jean d'/yUriclie, Alexandre de Parme, le sévère duc d'Albe, n'ont pas été des tyrans. Il n'ont pas combattu la sédition et l'hérésie avec des chandelles, du harang pec, des frelons, des rats, et des veaux de lait. Les lois, et le glaive qui en punit la violation, voilà les armes qui ont apiniyé leur autorité. Lors de la révolution de 1789, où les Belges se soulevèrent en raison inverse et dans des motifs tout opposés à ceux qui les irritèrent contre Philippe II, des écrivains légers ou ignorants ont comparé au duc d'Albe des gens qui ne lui ressemblaient en rien. Il y a de l'un aux autres une distance immense et une opposition parfaite, non-seulement quant au caractère jiersonnel, mais quant aux jirincipes, au but et aux moyens de l'administration.
TOLET (François) Toletus, né à Cordoue, éiî Espagne, l'an 15-32, eut pour professeur,
dans l'université de Salamanque, Domini- \que Soto, qui l'appelait un prodige d'esprit. 11 entra dans la société des jésuites, et fut ^envoyé à Rome, où il enseigna la philoso- ^piue et la théologie, et où il plut au pape Pie y, qui le nomma son prédicateur. Le jésuite exerça aussi cet emploi sous les pontifes ses successeurs. Grégoire XIII le fit lui-même juge et censeur de ses propres ouvrages. Grégoire XIV, Innocent IX et Cléuient VIII gui l'éleva au cardinalat, en lo9i, lui confièrent plusieurs affaires importantes. Il fut envoyé aux Pays-Bas, en Allemagne et en Pologne, pour les affaires de l'Eglise qu'il termina heureusement. Les jésuites n'avaient point encore eu de cardinal de leur société avant lui. ïolet, quoique Espagnol, travailla ardemment à la réconciliation de Henri IV avec le saint-siége. Henri saisit toutes les occasions de lui témoigner sa reconnaissance. Lorsqu'il eut appris sa mort, . arrivée en 1596, dans la Ci" année de son âge, il lui fit faire un service solennel à Paris et à Rouen. Les emplois du cardinal Tolet ne l'attachèrent pas si fortement qu'il ne se réservât toujours quelque temps pour travailler à ses savants Quvrages. Les principaux sont : des Commentaires sur saint Jean, Lyon, 1611, infol. ; sur les 12 premiers chapitres de saint Luc, Rome, 1600, in-fol. ; sur l'Epître de saint Paul aux Romains, Rome, 1602, in-i"; une Somme des cas de conscience, ou l'Instruction des prêtres, Paris, 1619, \n-k° ; traduite en français, m-k°. S?aint François de Sales recommandait beaucoup l'usage de ce livre; l'auteur y soutient cependant quelques sentiments qui ne seraient pas bien reçus aujourd'hui. Cabassut dit « qu'il faute drait attendre plusieurs siècles avant qu'il « |!anït un homme du mérite du cardinal « Tolet, personnage au-dessus de tous les « éloges qu'on lui a donnés. »
TOLLIUS (Jacques), né vers 1630 à Inga, dans le territoire d'Utrecht, était docteur en médecine et professeur ordinaire en éloquence et en grec dans l'université de Duisbourg , lorsqu'il quitta cet emploi pour voyager. Il parcourut l'Allemagne, la Hongrie, où il visita les mines, se rendit ensuite en Italie où il se fit catholique. De retour dans sa patrie, il se mit à donner des leçons privées pour avoir de quoi subsister; mais on lui ôta cette ressource, et on le réduisit à une pauvreté extrême, dans laquelle il mourut en 1696. Ou a de lui : Epistolœ itinerariœ, Amsterdam, 1700, hi-i" Recueil curieux, qui avait été précédé, quatre ans auparavant, d'un autre, intitulé : Tollii insignia itinerarii italici, Utrecht, iu-V ; Fortuita sacra, Amsterdam, 1C87, in-S" ; une Edition de Longin, en 1694 m-k-°, plus estimée que l'ouvrage précédent, lequel est rempli d'idées vaines sur la ]iierre philosophale. Il publia d'autres ouvrages, comme des fables e'gijptietines et grecques. Tollius avait plus d'érudition que de jugement. — $on frère. Corneille ToLLius'fut secrétaire d'Isaac Vossius, qui fut obligé,