SONGE
Le songe est un mouvement de l'imagination qui, lorsqu'on dorl, représente aux sens un objet qui cause quelque impression selon la nature de la chose représentée. Les songes viennent quelquefois du tempérament, quelquefois des traces que les objets ont formées pendant le jour; quelquefois du démon ; quelquefois aussi de Dieu, qui vcul faire connaître auv hommes sa volonté. Quelques songes, il est vrai, peuvent venir de Dieu; l'Ecriture Sainte en fournit plusieurs exemples. Qui de vous oserait se flatter d'avoir de semblables songes? Il arrive très-rarement, dit saint Grégoire, que Dieu nous avertisse par des songes. La foi aux songes, dit le Sage, en a trompé plusieurs qui ont péri dans leur fausse confiance; c'est ce qui arriva à ce misérable qui, ayant aj -uté foi à des songes, se persuada qu'il vivrait longtemps et se mit à accumuler des richesses dont il ne profita pas, étant mort subitement, dépourvu de mérites et de bonnes-œuvres. Une autre personne crut voir en songe les numéros qui devaient gagner dans une loterie ; elle vendit tout ce qu'elle avait, emprunta tout ce qu'elle put,afi« de jouer un plus gros jeu, et il ne sortit aucun des numéros en question.
La plupart des songes (à l'exception de ceux qui sont inspirés de Dieu) sont autant d'idées creuses et vaines, sur lesquelles on ne doit faire aucun fonds. Ubi mulla sunt somnia, plurimœ sunt vanitates, dit le Sage, Eccle. v, G, et qui ne servent qu'à tromper ceux qui y ajoutent foi. Multos enim errarc fecerunl somnia, et exciderunt sperantes in illis. Eccli. xxxiv, 7. C'est pour cela que le prophète Jérémie défend d'y faire attention : Ne atlendatis ad somnia vestraquœ somnialis,ierem. xxix,8; et que l'Ecriture met au nombre des impiétés du roi Manassès la foi qu'il ajoutait aux songes : Observabat somnia, 11 Paralip., xxxiii, t». Dieu permet pourtant quelquefois que les songes se trouvent vrais par l'effet qui s'ensuit. Et c'est pour cela que Socrate, Néron, Galba, Caracalla, Domilien, Genséric, Conslans et Aristodamus curent des songes du jour qu'ils devaient mourir, si on en croit Dupleix ; et que l'empereur Maurice rêva qu'il périrait parla main d'un de ses soldats, ce qui arriva en effet. Yalère-Maxime, Hérodote et d'autres historiens en rapportent plusieurs autres exemples. Yespisien, étant en Achaïe, songea en dormant qu'il serait heureux, quand Néron aurait perdu une den! : ce qui arriva par son élévation à l'empire peu de temps après, comme le rapporte Coëffeleau, liv. vu, llist. Rom., Vie de Vespasien. On peut encore voir d'autres exemples semblables dans Gicéron et dans plusieurs autres, qu'il est inutile de rapporter.
Cas I. Marsilius ayant connu par plusieurs songes des choses qui lui sont arrivées dans la suite, ajoute foi aux autres et lâche, en lés interprétant, de découvrir certains événements qu'il appréhende, ou qu'il désire. Fait-il mal?
R. Il y a des songe; qui viennent de Dieu. Tels sont ceux dont il c>t dit, Num. xn, 6 : Si quis fuerit inter vos propheta Domini, in visione apparebo ei, vtl per somnium loquar ml illum; et dont parle Job, quand il dit, cap. xxxiii, v. 15, Per somnium in ri inné nocturna, quando irruit sopor inter hommes, et dormiunt in leclnlo ; tune aperit (Deusj aures virorum, et erudiens cos instruit disciplina. L'Ecriture nous en fournit beaucoup d'exemples. Car le patriarche Joseph connut en songe qu'il serait élevé au-dessus de ses frères; Nabuchodonosor, ce qui lui devait arriver; les mages, qu'ils ne devaient pas retourner vers Hérode.
Il y a des songes qui viennent du tempérament, et qui d'ordinaire s'y trouvent conformes. 11 y en à qui viennent des pensées ou des désirs qui ont occupé pendant le jour. Enfin il y en a qui viennent de la malignité et de l'artifice du démon. Ingérant daunones nobis cogitationes et somnia, dit saint Augustin, Epist. 3, n. 3. C'est de ces songes, dont il est dit Eccli. xxxiv, qu'ils en ont fait tomber plusieurs dans l'erreur. Et c'est pourquoi Dieu avait défendu à son peuple d'y ajouter foi.
Cela posé, il est aisé de voir que les causes des songes étant si incertaines à notre égard, si différentes entre elles, et en si grand nombre, nous ne devons pas y ajouter foi, parce que la seule véritable, c'est-à-dire celle qui vient de Dieu, porte avec elle une impression si vive de lumière, qu'il est moralement impossible de s'y méprendre, et qu'ainsi ceux où celte impression ne se
vent du démon, ne peuvent nuire à l'âme, à moins qu'elle n'y consente après coup, ou qu'elle n'y ait volontairement donné lieu par une cause criminelle, et qu'elle n'ait point sincèrement rétractée avant le sommeil. Je dis par une cause criminelle. Car on peut faire de très-mauvais songes, qui proviennent d'une cause volontaire, mais innocente; par exemple un médecin, un chirurgien, un confesseur, qui auraient lu des livres, ou eu des entretiens qui ne tendaient uniquement, qu'à leur instruction, ou à la guerison du corps ou de l'âme du prochain : auquel cas ces songes, ou les illusions corporelles de la nuii, ne sont pas des péchés , parce que la cause n'en est pas criminelle. * 11 faut supposer que dans ces lectures ils ont pris les précautions nécessaires devant Dieu, pour que leur cœur ne fût point entamé. Voyez Superstition.
trouve pas, doivent é're attribués ou aux causes naturelles, ou à la malice du ilémon, comme le dit saint Grégoire, 1. fin, Moral, in c. vu Job. Et c'est pour cela que plusieurs conciles défendent tout" divination par les songes. D'où il suit que si Marsiiius croit prévoiries événements casuels,-par les songes, il se rend coupable d'une divination superstitieuse, criminelle, condamnée par l'Ecriture, par les conciles et surtout par ceux d'Ancyre de 31i, de I aris en 829, de Milan, sous saint Charles en 1565, où il est dit : Omnem ditinatiunem ex aère , a/ua ,
terra ex sortibus, somniis, mortuis, aliis-
que rébus, quibus per dœmonum signipeatio-
nemincertapro certi* affirmant ur et hujus
generis reliqua coerceant et ejiciant.
Cas II. Lactancc, homme fort chaste, fait souvent des songes contraires à la pureté. Ne pèche-l-il point en cela?
R. Ces mauvais songes, qui viennent sou-