SOURD-MUET
M. P. prouve savamment ici qu'il y a des gens plus sourds, d'autres qui le sont moins. 11 ajoute qu'Attis, fils de Crœsus, roi de Lydie, quoique né muet, fit un si grand effort de nature, voyant un soldat ennemi qui allait tuer son père, qui était caché dans un lieu de son palais, le jour que Gyrus, roi de Perse, prit Sardes, ville capitale de Lydie, que sa langue se délia, et qu'il s'écria en prononçant ces paroles : Arrête, soldat ne porte pas la main sur mon p re, comme le rapporte Aulu-Gelle, Noct. Attic. lib. v, cap. 6. Nous prouvons dans ce litre que l'Eglise n'exclut point les sourds-muets de naissance de la participation des sacrements qui sont nécessaires à leur salut.
Cas I. Pamphile, sourd-muet de naissance, seignent Gibert, consult. 31, et M. d'Argen-
étanl malade à l'extrémité , son curé considérant qu'on ne peut être sauvé sans la foi , et qu'il n'en a pu être instruit, demande s'il peut l'absoudre et même lui donner le viatique?
R. Si Pamphile, ayant été baptisé, a donné quelques marques extérieures de foi, comme s'il a vécu d'une manière catholique , en as sistant aux offices avec respect, son curé peut sans témérité croire qu'il a été instruit par l'inspiration divine, ou par le ministère des anges, commel'enseignent saint Thoma >, Alexandre de Hels, etc., et par conséquent il doit lui donner l'absolution , principalement s'il lui donne quelque signe de pénitence. Il ne doit pas même lui refuser la communion, s'il fait paraître par des marques d'adoration, qu'il discerne celle nourriture spirituelle d'avec la matérielle. On sait que dans les premiers siècles L'Eglise admettait à l'eucharislie les enf mis mêmes qui étaient encore à la mamelle, et qu'encore à présent on accorde le viatique aux malades, qui, après l'avoir demandé, ont perdu le jugement, lorsqu'on le peut faire sans péril d'irrévérence.
— Cas 11 . Mais ce curé ne pourrait-il pas, hors ce cas de nécessité, absoudre et communier un sourd-muet de naissance?
K. H le pourrait à Pâques, el même aux
grandes fêtes, selon le degré de lumière et de piété qu'il remarquerait en lui. Cela suit •les mêmes principes ; cl c'est aussi ce qu'en-
tré, évéque de Tulle, tom. I de son Explication des sacrements, p. 291. Le Rituel de Strasbourg et les Instructions deBlois disent la même chose, pag. 208. Mais ils veulent qu'on ne fasse rien en ce cas sans consulter l'évéque.
Cas III. Clodion, curé, a dans sa paroisse un sourd-muet du salut duquel il ne prend aucun soin, sous prétexte qu'il est hors d'état d'être instruit des choses nécessaires à son salut. Ne pèche-l-il point?
R. Il pèche très -grièvement , puisqu'on peut suffisamment instruire un homme sourd-muet de naissance des principales vérités de la religion, en se servant de différents signe> qui ont du rapport aux choses qu'on lui veut apprendre. Or, le meilleur mo\eu est celui des images, et surtout de celles qui représentent la création de l'homme, la naissance de "Jésus-Christ, les principaux miracles qu'il opéra dans sa vie mortelle, l'institution de l'eucharislie, les principales circonstances de sa passion, sa résurrection, son ascension au ciel, la descente du Sain- Esprit au jour de la Pentecôte, les quatre dernières fins de l'homme ; < n présentant au sourd-muet ces images l'une après l'autre, dans l'ordre que nous venons de marquer. Il faut y joindre les gestes qui ont du rapport à chacune, comme ccn\ qui sont propres à exprimer des acles de respect, de crainte, de joie, de douleur et autres, qui, étant joints à tout le culte extérieur qu'ils \ oient qu.1 les fidèles rendent à Dieu et au