BLASPHÈME
Le blasphème, pris dans un sens général, est une parole injurieuse à Dieu, qu'on prononce quelquefois de bouche, quelquefois intérieurement. Le blasphème est ou immédiat, quand il attaque Dieu même; ou médiat, quand il attaque les saints. Il y en a encore un qu'on appelle blasphemia defioneslativa, qui consiste à déshonorer les sacrés membres du corps de Jésus-Christ, comme quand on jure par la mort, par la tête ou par quelque autre membre de l'Homme-Dieu. Tout blasphème commis avec délibération est péclié mortel, et la loi de Moïse le punissait de mori ; en Frani e, avant la révolution de 93, on condamnait les blasphémateurs à l'amende honorable, à avoir la langue percée d'un fer chaud , et même aux galères.
Avez-vous dit : Dieu n'est pas juste , il est cruel ; il n'est pas tout-puissant , il est trop grand pour s'occuper de nous , et autres paroles du même genre? Si elles sont dites sérieusement, péché très grave, blasphème. Si c'est par légèreté, par manière de conversation, \ocose , quelques théologiens n'y voient ni un blasphème, ni un péché mortel. Si on le pensait avec réflexion , sérieusement, en y donnant son assentiment, ces pensées seraient blasphématoires et péchés mortels; mais si l'on n'y donne pas son consentement , il n'y a pas dépêché.
Avez-vous mê é le sacré avec le profane? Avez-vous dit, par exemple, de quelqu'un, que c'est un sacré b., un sacré j. f., un sacré m.? Il n'y a ordinairement ni blasphème ni péché mortel dans ces sortes d'expressions. Ceux qui les profèrent n'ont l'intention ni explicite ni implicite de déshonorer Dieu , ce qui est de l'essence du blasphème ; ces paroles sont souvent dites en colère et avec indignation ; mais ce tte indigna lion et cet te colère ne s'adressent p is à Dieu, mais seulement et bien plutôt aux hommes ou aux animaux; prononcées mènie avec cet le indignation et celle colère contre quelques créatures, elles ne Boni, d'après CajMan, Konacina, Biliuarl et Vemier, parmi les modernes, que des péchés véniels d'irréligiosilé. «Ce n'est point un blasphème , dit Gousset , ni un péché mortel de prononcer , soil de sang-froid , soit dans un m ihvement de colère ou d impatience, le mol sacré, qu'on emploie le plus souvent avec certaines expressions grossières , plusou moins injurieuses au prochain; ce n'est point contre Dieu que l'emporiement fait tenir de semblables propos , mais bien contre les hommes ou les animaux, oucontre lescho-es mêmes qui ont étéi' occasion de notre impatience. La colère, quelque grande , quelque grave qu'elle soit, n'en change point la signification. »
Avez-vous prononcé le nom de Dieu d'une manière outrageante? par exemple, dans l'emportementde acolère,avez-vousdit : sacré nom de l)., nomde 'l).?Nous dirons de celle manière d exprimer son indignation ce que nous avons dit plus haut au sujet de ces mots s. m., sacré b. : ce sont ordinairement des péchés véniels d'irréligiosite. Même le mol àesacré appliqué à Dieu , esl vrai et ne le déshonore point : en soi donc, il n'est point blasphématoire. Toutefois quelques théologiens y voient un pé hé mortel à raison du -.c indile et des circonstances, et même un blasphème, parce que, disenl-ils, selon 1 usage du pays, ces expressions fout
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considérées comme une diminution de l'honneur et de la gloire de Dieu, et effrayent les oreilles pieuses.
«Ce n'est point, dit Gousset, un blasphème proprement dit de prononcer en vain le nom de Dieu, en disant, par exemple : nom de Dieu ! sacré nom de Dieu! Ces mots, qu'on profère le plus souvent dans un mouvement d'impatience , ne sont point contre Dieu dans l'intention de celui qui se les permet , mais contre les hommes, les animaux eu les êtres inanimé à l'égard desquels on se livre à la colère. Ils n'expriment par eux-mêmes aucune injure , aucune diminution de l'honneur qu'on doit au saint nom de Dieu. Si on y fait hien attention, on remarquera que ce sont des jurements, jurements matériels et comminatoii es ; des jur ments, car ces mots : nom de Dieu, sacré nom de Dieu, répondent à ceux-ci : par Dieu, par le nom de Dieu, p r le sacré, ou saint nom de Dieu ; jurements matériels et non formels , , ar ici on n'a pas généralement l'inention de jurer, de prendre Dieu à témoin ; jurements comminatoires : ils sont ordinairement accompagnés «le m naces , plus ou moins explicites. Aus i, ce qui confirme notre manière de voir, c'est que les fidèles qui ont l'a malheureuse habitude de proférer le saint nom de Dieu de la manière dont il s'agit , s'accusent toujours, conformément à l'o| inion vulgaire, d'avoir juré le nom de Dieu ou par le nom île Dieu. D'ailleurs, y eûi-il du doute s'il y a hlasphème ou non , un confesseur doit dans la pratique, se comporter comme s'il n'y avait pas blasphème. »
Mais en tout cas , de quelque manière qu'on envisage la chose , on ne peut excuser de péché véniel ceux qui prononcent en vain le nom de Dieu. Il peut même y avoir péché morte', à raison du scandale. Pour en juger, il faut avoir égard au caractère de la personne qui se rend coupable de cet abus, et à l'idée qu'on y attache généralement dans le pays.
Quant à ces manières de parler, qui sont une corruption du nom de Dieu : mor die, »c»itv die, télé die , sany die, jarné die, maugré die (malgré Dieu), elles ne sont ni des blasphèmes, ni des péchés mortels ; ce ne sont ordinairement que des manières de parler dans lesquelles pour l ordinaire il n'y a ni mauvaise intention, ni péché véniel. Il eu faut dire autant de ces expressions mi foi, oui; ma foi non; mon dieu oui , en conscience. Les chrétiens doivent les bannir de leurs "discours. Le célèbre Newton avaitunesi haute idée du souverain Être, qu'il ne prononçait jamais le nom de Dieu qu'en se découvrant ou s'inclinant ; on en dit autant du (iocicur Clarke.
Avez-vous mêlé le saint nom de Dieu à des exécrations , à des termes de mépris , de brigand, de volnii'....? Blasphème plus ou moins grave , selon le scandale qu'occasionnent presque toujours ces exécrables emportements. Les Juifs, en entendant un blasphème, déchiraient leurs vêtements de douleur.
Cas I. Proc'us , entendant en confession Gilbert, qui s'accuse d'avoir dit par impatience que Dieu le traitait injustement, l'en a repris comme d'un grand blasphème. Gilbert a prétendu qu'il n'était coupable que d'un péché d'impatience. Le curé a-t-il raison ?
R. Oui, rarce que le blasphème consiste à parler de Dieu d'une manière injurieuse, soit en niant quelqu'une de ses perfections , soit en lui imputant quelque défaut. Sur quoi il faut remarquer : 1" que plusieurs gens mal instruits profèrent souvent des paroles qu'ils ne croient pas être blasphématoires, et qui néanmoins le son!, à les prendre dans leur propre sens , quand ils font attention à ce qu'ils disent; telles sont celles-ci : 1° Cela est aussi vrai qu'il y a un Dieu; 2° cela est ausoi vrai que Jésus-Christ est Dieu ; 3° cela esi aussi vrai que l'Eglise ; 4° mon Dieu, que vou> ai-je fait, pour me traiter si durement? 5* est- il un Dieu? 6° tout arrive par hasard, etc. 11° Que par les ordonnances de nos rois, les blasphémateurs doivent être sévèrement punis, et qu'il est à propos que les blasphémateurs ne l'ignorent pas.
Cas II. Bermocrate est si accoutumé à proférer des blasphèmes, que souvent cela lui arrive sans y faire aucune attention. Pèche-l-il mortellement toutes les fois qu'il blasphème de cette sorte?
R. Le blasphème délibéré est toujours un péché mortel. A l'égard de celui qui est indélibéré, il faut voir s'il vient d'une passion subite, qui ne permet pas de faire réflexion, ou s'il vient d'habitude. Dans le premier 'ms : Non habet proprie rationem blasphemiœ , co iime dit saint Thomas, 2-2, q. 13, art. 2; dans le second, ou un homme travaille sérieusement à vaincre la mauvaise habtude, et alors on peut l'excuser de péché au moins mortel, parce qu'une mauvaise parole peut échapper à celui qui y est accoutumé, quoiqu'il soit véritablement pénitent ; ou il ne fait que de faibles efforts pour se corriger, et dans ce cas on ne peut excuser ses blasphèmes, parce que, quoiqu'ils puissent n'être pas volontaires en eux-mêmes, ils le sont dans leur cause, qui n'a pas été bien révoquée. C'est sur ces principes qu'il faut juger d'Hermocralc.