CHAPELETS
Nous ferons oDserver qu'il faut distinguer les chapelets simplement bénits, et les chapelets bénits avec indulgences ou indulgenciés.
En récitant le chapelet non encore bénit, ou simplement bénit, on fait certainement les y\m belles prières du monde, et on gagne quelques indulgences qui sont attachées à la récitation de ces admirables prières; et alors il n'est même pas nécessaire d'avoir un chapelet, il suffit de compter les Ave Maria avec ses doigts; c'est à cette prière, répétée cinquante fois qu'est attachée une indulgence de cinq ans et de cinq quarantaines. Mais quand on a un chapelet bénit avec indulgences ou indulgencié, celui qui le récite avec les conditions requises gagne, en outre des indulgences qui sont attachées à la récitation des cinquante Ave Maria, des indulgences spéciales, selon les pouvoirs dont était pourvu le prêtre qui l'a indulgencié. Or, il en est qui appliquent l'indulgence dite brigitaine, et d'autres, l'indulgence apostolique.
Les chapelets brigitains; du nom de sainte Rrigitte, qui obtint, pour une espèce de chapelets composés de six dizaines, les indulgences qu'on attache aujourd'hui aux chapelets ordinaires de cinq dizaines, ont des indulgences attachées à chaque grain ; il n'y en a pas aux autres simplement pourvus de l'indulgence apostolique. L'indulgence attachée aux chapelets brigitains est divisible, c'est-à-dire qu'on la gagne en récitant les prières correspondantes à chaque grain; au lieu que l'indulgence attachée à la récitation de l'autre chapelet est indivisible et ne se gagne qu'au moment où l'on finit de le dire. 11 n'est cependant pas nécessaire qn'on le dise tout d'un trait; on peut le partager, et pourvu qu'en le reprenant on renouvelle son intention, on gagne l'indulgence en le finissant.
Si une personne, qui n'a pas de chapelet brigitain, dit le chapelet en commun avec d'autres qui s'en servent, chacune de ces personnes gagnera les mêmes indulgences que si elle récitait ou avait seule le chapelet; tandis que si on se sert d'un chapelet simplement tndulgencié, la personne avec laquelle on le dit ne gagne pas l'indulgence.
Les indulgences attachées aux chapelets brigitains sont plus abondantes; car, outre les cent jours pour chaque grain, ils procurent à peu près les mêmes avantages que les autres. Avec les chapelets brigitains, la considération des mystères du rosaire, toujours excellente en elle-même, n'est cependant pas exigée pour gagner les indulgences; mais elle est nécessaire quand on se sert de chapelets ordinaires.
Mgr Rouvier affirme qu'on peut laisser le chapelet brigitain, en mourant, à une personne qui devra dire les trois chapelets prescrits avant de pouvoir gagner l'indulgence ; tandis que, selon lui, ou plutôt d'après une déclaration de la Congrégation des indulgences, 26 novembre 1714, les croix, médailles et chapelets ne passeront point à d'auires personnes, à quelque titre que ce soit, et ne pourront servir qu'à ceux pour qui ils auront été bénits, ou à qui ils auront été distribués pour la première fois : ce qui no peut s'entendre apparemment que des chapelets simplement indulgenciés. Il faut dire trois fois le chapelet brigitain avant de pouvoir jouir de son privilège; la première fois pour l'Eglise, la seconde pour le pape, et la troisième pour celui qui l'a bénit. Nous ne voyons pas que cette condition, uniquement fondée sur l'usage pour les chapeleis brigitains, soit également nécessaire pour les chapelets simplement indulgenciés.
Les indulgences attachées aux chapelets indulgenciés aussi bien qu'aux brigitains sont toutes applicables aux morts. On peut réunir au même chapelet les indulgences brigitaines et celles que le souverain pontife a coutume d'y attacher, et dites apostoliques. Los prêtres, qui ont le pouvoir d'attacher aux chapelets les mêmes indulgences que Sa Sainteté a coutume d'y attacher, n'ont pas pour cela le pouvoir d'y attacher celles dites de Mainte-Brigitte. Ces indulgences sont tout à fait distinctes ; on ne d^ il pas tromper les fidèles, en leur faisant regarder comme brigittés des chapelets qui ne sont qu'indulgenciés. Le pouvoir d'indulgencier les uns n'emporte pas le pouvoir d'indulgencier les autres.
Ceux à qui le saint-siége donne le pouvoir, je ne dis pas d'accorder, mais de distribuer des indulgences par le moyen des chapelets , 1° doivent les avoir devant eux, présents ino-
ralement, quand ils les bénissent; 2° ils peuvent bénir un nombre de chapelets qui n'auraient point encore de destination individuelle ; 3° il n'est pas besoin qu'ils emploient une formule particulière pour attacher les indulgences à ces pieux objets; la volonté suffit, quoiqu'il soit d'usage d'y ajouter un signe de croix avec une petite prière. L'indulgence attachée aux chapelets cesse quand la chose périt, de manière à n'être plus estimée la même; mais l'indulgence subsiste quand la chose ne souffre qu'un changement qui n'a rien d'essentiel, comme lorsqu'on substitue quelques grains de chapelet à ceux qu'on a perdus, ou lorsqu'on met une autre chaîne ou un autre cordon à un chapelet.
Quoi qu'en pense Bonacina, l'indulgence d'un chapelet ne le suit pas quand il passe d'une main à l'autre ; toutefois ils ne perdent pas leurs indulgences quand on les prête à d'autres, à moins qu'on ne les prête pour faire gagner l'indulgence. Nous observerons qu'on ne fait à Rome aucune difficulté d'indulgencier les chapelets d'albâtre, de verre, de cristal et de composition, pourvu qu'ils offrent une certaine consistance. Lorsqu'on perd un chapelet on ne peut lui en substituer un autre à son choix : l'indulgence est perdue avec le chapelet. Pour gagner les indulgences il faut avoir le chapelet à la main et en parcourir les grains à mesure qu'on récite les prières. Si on laissait le chapelet dans sa poche sans le toucher, on ne gagnerait point l'indulgence : cette décision est de Collet; elle semblerait ne devoir s'appliquer qu'aux chapelets brigilains; car lorsqu'on est possesseur d'un chapelet simplement brigilté, en le portant sur soi, on peut gagner ces indulgences en récitant l'office divin ou autres; à plus forte raison, en récitant le chapelet.