COLÈRE
La colère esl un mouvement violent de l'âme qui nous porte à repousser tout ce qui nous déplaîl et à nous venger de ceux qui nous ont < ffensés. La colère peut avoir un bon nu un mauvais principe. Une colère juste pour de fendre sa pudeur, sa personne ou en innocent, n'est point un péché. Une colère excitée par la charité, par un zèle prudent pour reprendre est une vertu. Sans la juste colère des maîtres, des pasteurs, de^ pères et des supérhurs, les écoles, les ails, les familles et l'Etal seraient dans le désordre. La colère qui n'csl pas selon Dieu, ni selon la droite raison et qui n'est que pour se satisfaire, est un péché quelquefois mortel, mais ordinairement véniel.
Cas. Vous êtes-vous laissé aller à de violents mouvements de colère, vous en prenant au ciel ou à D:eu? C'est horrible, c'est blasphème.
Vous ëles-vous laissé aller dans votre colore à souhailerdu mal, l'exprimant en paroles? C'est malédiction.
Dans voir.- colère avez-vons dé>iré de faire du mal au prochain et de lui rendre la pareille par haine' C'est vengeance. Péihé contre la charilé, et mortel, si c'est en matière grave cl avec délibération sufiisanle.
Voire colère a -l-elle été telle que ni remontrances , ni soumission n'aient pu la fléchir, et que vous a\ez voulu absolument vous venger? C'est fureur. Telle esl la détestable disposition des duellistes, lans un accès de fuieur Alexand p devint ]fi meurtrier de Clylus; le grand Théodose lui-même ordonna le massacre de Thessalonique.
Votre colère a-t-clle été accompagnée d'emportements fougueux, de transports violents? C'est rage. Péché mortel, si c'est avec la circonstance d'un grand scandale ; ou si dans lo transport vous grinciez les dents, si vous écumiez de rage, si vous vous laissiez aller à des cris désordonnés, à des contorsions qui, comme le dit Billuart, défigurent énormément limage de Dieu et pourraient nuire beaucoup à voire saute. Valenliuicn mourut d ns un accès de colère. Deux hommes se détestaient mutuellement : l'un d'eux élant au lit de la.
mort, son confesseur voulut qu'il se réconciliât avec son ennemi. Le malade y consentit, et ils se réconcilièrent; mais l'autre en se retirant laissa échapper ces mots : Il attendait pour se réconcilier le temps où il ne pourrait plus se venger. Le moribond qui les entendit, s'écria : Ah! si f en échappe, tu verras si je sais me venger. Et la colère l'enflamma tellement qu'il expira aussitôt.
Lorsque la colère d'un homme va jusqu'à un certain excès, elle lui ôte l'usage de la raison. 1 1 ne se connaît plus , il ne connaît et ne respecte personne. Son sang est bouillant dans ses veines, son visage est en feu, ses yeux enflammés, son teint livide , ses dents serrées, son front ridé, ses membres tremblants, sa voix rauque, ses paroles confuses, sa bouche écumanle; on dirait qu'il a sur sa face le masque wd'une Euinénide, d'une furie denfer; est-ce donc là un homme formé à l'image de Dieu? Est-ce là un chrétien? Non, dit saint Basile, la colère l'a change en bête féroce. La colère «'une femme irritée est encore pire et plus à craindre. C'est le Saint-Esprit qui nous le dit.
Votre colère a-t-elle été vive et passagère, vous causant du déplaisir? C'est dépit, péché véniel ordinairement. Les ouvriers, les artisans tombent souvent dans cette faute en travaillant.
Le mouvement de votre colère a-t-il été subit, vous a-l-il fait dire ou faire quelque chose par vivacité, par élourderie , par inconsidération ? C'est brusquerie. A-t-il été empressé, parce -que vous ne vouliez ni souffrir ni attendre? C'est impatience, défaut ordinaire de gens prompts et vifs, et de ceux qui sont trop sensibles, péché véniel. Un premier mouvement ne fut jamais un crime. .
Dans votre emportement vous étes-vous laissé aller à dire à quelqu'un des paroles grossières et choquantes ? Si c'est dans un premier mouvement tel qu'il n'y ait pas eu entière liberté, péché véniel. Si c'est avec pleine délibération , consentement parfait et en matière grave, péché mortel. Toutefois, on excuse volontiers un homme en colère : C est la colère qui le fait parler, dit-on ; et difficilement, entre gens du commun surtout, ce qui se dit alors pourrait-il blesser grièvement l'honneur ou la réputation de quelqu'un.
La colère, comme vous le voyez, est un péché qui n'est presque jamais seul, il a presque toujours une autre passion pour principe : ainsi , vous mettez-vous en colère parce qu'on vous contredit, qu'on fait peu de cas de vous? C'est un effet de l'orgueil. Est-ce pour quelques pertes de meubles ou de biens? C'est avarice, c'est une marque que vous êtes trop attaché aux biens de la terre. Est-ce parce que les choses qu'on vous présente à manger ne sont pas de votre goût? C'est sensualité el gourmandise. Est-ce parce qu'on vous reprend de votre lenteur dans le travail ? C'est paresse. Est-ce parce qu'un autre réussit mieux que vous dans ses affaires ? C'est envie. Saint Augustin rapporte qu'un enfant encore à la mamelle fut jaloux d'un enfant de son âge, au point d'éprouver des convulsions et de donner tous les signes d'une colùre impuissante. Oh ! que l'homme est malheureux d'être sujet à tant de misères, à tant de passions qui l'agitent 1
— Mais c'est mon caractère qui est prompt, dites-vous ; le caractère précisément n'est pas un péché ; mais c'est un péché que de le suivre quand il est mauvais ; c'est votre caractère, dites plutôt que c'est votre négligence et votre lâcheté, parce qu'il ne vous plaît pas de vous retenir et de veiller sur vous ; c'est votre caractère, dites plutôt que c'est votre orgueil qui veut dominer en tout, que c'est votre délicatesse, parce qu'il ne vous plaît pas do rien souffrir ; c'est votre caractère, dites plutôt que c'est votre peu de raison et votre peu de charité; vous faites souffrir tous les autres tandis que vous ne voulez rien souffrir, ni supporter personne; c'est votre caractère, dites plutôt que c'e^t votre peu de religion et que vous manquez de crainte de Dieu. La présence d'un homme d'honneur vous retiendrait dans la modération; pourquoi la présence de Dieu ne vous retient-elle pas?
Une femme enceinte doit éviter la colère, paice que la colère peut étouffer l'enfant qu'elle porte. Si cet accident arrive sans qu'il y ait de sa faute, elle doit s'en consoler et adorer les desseins de Dieu.
Les nourrices doivent aussi se souvenir que la colère, les inquiétudes, des passions trop vives, altèrent et gâtent leur lait; que l'enfant qui s'en nourrit prend un mauvais tempérament, qui, dans la suite, occasionne des inclinations vicieuses. L'esprit de charité apporterait un remède à tous ces maux.
Cas I. Un confesseur demande s'il y a des haite au prochain plus de mal qu'il n'en mé-
règles pour connaître quand la colère n'est rite ; ou qu'au lieu de le lui souhaiter pour
qu'un péché véniel, ou quand elle va au une bonne fin, on le lui souhaite par esprit
mortel. de vengeance et d'animosilé. Hors de ces cas,
R. Toute colère qui n'est pas réglée par la la colère peut n'être que vénielle ; et dans ces
raison el la justice, est un péché. Or ce péché cas même, elle n'est pas mortelle, quand il n'y
peul être mortel, ou à raison de la personne a pas une délibération suffisante. Voyez Syl-
qui se livre à la colère, ou à raison de l'ob- vius,2, 2, q. 158, art. 3.
jet et de la fin qu'elle se propose. 11 est mor- Cas II. Paul ayant un (ils libertin, qu'il n'a
tel à raison de la personne, quand la colère pu corriger par douceur, se trouve dans la
est si véhémente, qu'elle détruit la charité, nécessité de le châtier. Mais il tombe presque
qu'elle scandalise ceux qui en sont témoins, toujours dans la colère en le châtiant. Pout-
qu'elle nuit à la santé , etc. Il est mortel à on dire que sa colère soit un péché au moius
raison de l'objet ou de la fin, quand on sou- véniel?