PRÉFACE DE COLLET
Le Dictionnaire de M. Pontas jouit depuis longtemps d'une juste réputation. On y trouve des recherches et une bonne partie de l'érudition dont ces sortes d'ouvrages sont susceptibles. Il ne parle ordjnairementque d'après les bons théologiens ; et il est aisé d'apercevoir qu'il n'a jamais prétendu favoriser une morale relâchée. Mais il y a chez lui des défauts, comme il y en a partout ailleurs. Les uns viennent de son plan, et il faut comme nécessairement les lui passer; les autres sont uniquement sur le compte de l'esprit humain, que ni la droiture de ses intentions, ni la justesse de ses mesures ne peuvent entièrement garantir du mécompte et de l'erreur.
C'est en vertu de son plan, que les matières sont coupées, et pour ainsi dire, hachées en morceaux très-séparés; en sorte qu'il faut souvent parcourir des trois ou quatre titres, plus ou moins éloignés, pour avoir une idée passable de ce qui regarde un seul point. Sur le ministère des prêtres, il faut que j'aille d'AppROBATioN à Cas réservés; de ceux-ci à Confesseur et Confession, de là, aux mots Absolution, Evêque, Curé, Vicaire, etc. C'est un inconvénient; car sans parler de l'ennui des répétitions qui sont inévitables, les titres lu— ! termédiares effacent la notion de ceux qui les précèdent : les idées ne se lient point, on lit beaucoup, et on ne retient qu'avec peine. Le plan des théologiens est beaucoup meilleur. Ils épuisent une matière avant que d'en entamer une autre ; et l'union des articles dont le premier mène au second, forme dans l'esprit un tissu de principes et de conséquences, qui s'y maintient beaucoup plus aisément. i
Pour ce qui est des défauts, qui sont une suite de l'humanité, M. Pontas n'en a pas été exempt. Il dit le oui et le non en différents endroits; et il a besoin, quoique peut-être moins que bien d'autres, qu'on se souvienne de cette maxime, que Prosper Fagnan , cet aveugle si éclairé, a adoptée : Impossibile est doctorem non esse sibi contrarium aliquando. J'ai tâché de faire remarquer ces contradictions, mais toujours avec les égards qui sont dus à l'auteur. Il n'est guère possible que je n'y sois aussi tombé dans un ouvrage de si longue haleine, et où, en retranchant beaucoup, j'ai beaucoup ajouté. Je serai toujours charmé qu'on me relève là dessus, comme sur tout autre chef, où je me serai écarté du vrai. Il me semble seulement qu'il serait d'un esprit bien fait, et plus encore d'un cœur chrétien, d'avoir pour ceux que l'on critique, au moins une partie de l'indulgence qu'on a coutume d'exiger pour soi-même. Cela est d'autant plus juste, qu'on reprend quelquefois très-mal à propos ; et que la censure ne réussit jamais mieux, que quand la charité dirige sa marche, et que la bienséance l'accompagne.
Dans les matières qui sont purement de droit civil, j'ai suivil'auleur, quano de nouvelles ordonnances, ou des écrivains postérieurs ne m'ont pas déterminé à prendre un parti différent du sien. La jurisprudence n'est pas toujours la même; les légistes se combattent comme les théologiens , et il en résulte un bien. Depuis la mort de M. Pontas, il a paru un grand nombre de commentaires, de remarques, etc., qu'il n'avait pu consulter. Fevret , Argou et beaucoup d'autres ont été redressés par des gens qui leur devaient une partie de leurs lumières, et qui y en ont ajouté d'autres.
Comme il y a des m.iiières qu'il est important d'approfondir, et que toutes ne le sont pas, même dans le grand dictionnaire de l'auteur, j'ai renvoyé aux bons théologiens, qui les ont Dictionnaire de Cas de conscience. I. i
Il PREFACE. M
foncièrement discutées, quand il avait manqué à le faire. J'ai même renvoyé à mes ouvrages pour m'épargner et épargner aux autres l'ennui de la répétition. Si l'on ne trouve pas chez moi ce qu'on voudrait y voir, on le trouvera au moins dans les écrivains que j'ai cités.
J'ai traité plus au long les cas plus difficiles, comme l'usure et quelques autres. J'ai plus abrégé ceux qu'on trouve partout, et dont les principes sont plus aisés à saisir.
Pour ne point faire tort à M. Ponlas, et afin qu'on ne loi imputât pas des défauts qui ne seraient que sur mon compte, j'ai marqué d'une étoile quelques courtes additions , que j'ai de temps en temps insérées dans son texte. Celles qui sont plus importantes ont été marquées d'un trait; aussi bien que les titres et les cas que j'ai ajoutés aux siens.
Dans la table des matières, j'ai ajouté quelques choses légères qui manquaient dans le texte du livre, soit par ma faute, soit par celle d ' l'imprimeur. On en verra un exemple au sujet de la remarque que j'ai faite sur le cas Galeacius, au mot Voeu, n. 13.
J'avais conjecturé, que les cas résolus à Boulogne, et imprimés à Ferrare, n'avaient point été approuvés par le feu pape Benoît XIV. Je viens enfin d'en être assuré par deux lettres d'Italie. La seconde qui confirme la première, commence par ces paroles tres-précises : Ho gia falto tuttelemie dilif/enze, et non ho avulo che la sequente notizia; cio e que questi Casus resoluti, etc., non e libro letto ed approvato da papa Bmedetto XlVt etc. On verra en lisant ces résolutions, parmi lesquelles il y en a de fort mauvaises , que cette observation n'est pas indifférente.
Je ne dirai rien des deux abrégés de Pontas, dont l'un qui a couru sous mon nom , a été imprimé à Avignon, et l'autre à Lyon ; patee que je n'aime point à dire du mal, et que je ne pourrais en dire du bien. Je finis, selon l'usage du temps, par une notice abrégée de la vie de M. Pontas. On est bien aise de connaître, au moins en général, ceux qui ont consacré leurs plus précieux moments au service de la religion et de ses ministres. Je v;iis donner ce qu'en a dit M. l'abbé Goujet dans le tome VIII du Moréri, édition de Paris, 1759
« Pointas (Jean), célèbre dans le dernier siècle, et dans les premières années de celui-ci par ses ouvrages, et par son zèle dans le ministère ecclésiastique, était né à Saint-Hilaire du Harcouet, au diocèse d'Avrauches, le dernier jour de l'an 1638, et fut baptisé le 1" janvier 1G39.
« Jean Pontas, son père, sieur de la Chapelle, et Guillemine du Mesnil , sa mère, l'ayant laissé en bas âge, il fut élevé par les soins de M. d'Ar^ueville, son oncle maternel, qui lui lit apprendre la grammaire chez lui, et l'envoya ensuite à Rennes, où il ût sa seconde el sa rhétorique en 1657 et 1658, sous le père de la Trimouille, jésuite ; de là il vint à Paris, où il étudia en philosophie et théologie au collège de Navarre.
« En 1662, M. Pontas embrassa l'état ecclésiastique; et M. André du Saussay, évêque de 'Joui, qui lui avait donné la tonsure cléricale, le siège de Paris vacant, lui conféra en 1663 à Tout tous les ordres, depuis les mineurs jusqu'à la prêtrise, en dix jours de temps, en vertu d'un démissoire de Gabriel de Boylève, évêque d'Avranches, qui permettait à M. Pontas de recevoir les ordres, sans garderies interstices accoutumés.
« Comme l'étude du droit canon avait beaucoup d'altraits pour M. Pontas , ce fut celle dont il s'occupa plus volontiers , et en 1666 il reçut le bonnet de docteur en droit canon et en droit civil. Deux ans après, M. de Péréfixe, archevêque de Paris, le ût vicaire de la paroisse de Sainte-Geneviève des Ardents, et M. Pontas travailla dans ce poste au salut des âmes, pendant vingt-cinq années, avec tout le zèle et toute l'application d'un ministre attentif à remplir exactement les devoirs de son état. Mettant à | roût le peu de loisir que lui laissaient les fonctions du ministère, il s'appliqua à composer des ouvrages pieux et utiles aux fidèles.
« En 1690 il donna un volume d'Exhortations aux malades , sur les attributs de Jésus- Christ dans l'Eucharistie, in-12, à Paris; et l'année suivante 1691 , il donna un second volume , par le conseil de M. Bossuet, évêque de Meaux , contenant des Exhortations sur le Baptême, les Fiançailles, le Mariaqe, et la Bénédiction du lit nuptial. La même année il donna deux autres volumes d'Exhortations sur les Évangiles du dimanche, pour la réception du saint viatique et de l'extrême-onction. Ces quatre volumes sont dédiés à M. Bossuet, évêque de Meaux. En 1693 il publia ses Entretiens spirituels pour instruire, exhorter et consoler les malades dans les différents états de leurs maladies, en deux volumes in-12 imprimés, comme les précédents, à Paris, chez Hérissant, et dédiés à M. de Harlay, archevêque de Paris.
« Le désir de la retraite ayant porté M. Pontas à quitter cette année Sainte-Geneviève des Ardeits, M. de Harlay l'arrêta, et le fit sous-pénilencier de l'Église de Paris. Il y avait déjà plusieurs années qu'il remplissait ce poste, peu capable de flatter l'amour-propre, lorsqu'il donna en 1698 un ouvrage latin sous ce litre : Sacra Scriptura ubique sibi cotisions, in-i°, à Paris, chez Boudot. Son but est de faire voir qu'il n'y a aucune contradiction réelle dans l'Écriture-Sainte. Ce premier volume ne touche que le Pe.Jateuque. L'auteur voulait suivre ainsi les autres livres de l'Ecriture ; mais il n'a publié que ce volume, dans lequel on voit M. Pontas avoir bien étudié les langues originales, qu'il avait lu l'Ecrit ure-Sai nie avec beaucoup d'application, et qu'il avait l'esprit juste. Cet in-V est dedié à M. de N'oailles , archevêque de Paris.
« Le plus grand ouvrage de M. Pontas, et celui qui l'a fait plus connaître, est son Dictionnaire des Cas de conscience, qui parut en 1715 en deux volumes iu-fol., et dont il donna
un supplément en un volume in-fol. en 1718. Ce supplément fut répandu dans la nouvelle édition du Dictionnaire qui fu* donné en 1724 avec des additions nouvelles à la tète de chaque matière, et trois tables chronologiques et historiques : l'une des conciles, la seconde des papes, la troisième des auteurs cités dans l'ouvrage. Cette dernière manque assez souvent d'exactitude. Enfin on a imprimé ce Dictionnaire en 1726 et en 1730, et il a été traduit en latin, imprimé à Genève en 1731 et 1732 en trois volumes in-fol., avec des notes du traducteur, pour expliquer ou rectifier môme quelques décisions de l'auteur. On a encore une autre traduction latine de ce Dictionnaire, imprimée à Augsbourgen 1733. En 1738, le même Dictionnaire fut reimprimé à Venise par les soins du père Concina, qui y ajouta une préface, et un examen critique des notes de l'édition latine d'Augsbourg, dont nous venons de parler.
« En 1728, M. Pontas publia un Examen des péchés qui se commettent en chaque état , volume in-12, à Paris, chez Vincent. Cet auteur mourut la même année, le 27 d'avril, âgé de 89 ans et près de h mois, et fut enterré dans l'église des Ermites de Saint-Augustin , au faubourg Saint-Germain.
« 11 y avait plusieurs années qu'il s'était retiré dans un appartement voisin du couvent de ces pères, dans lequel il pouvait entrer sans sortir au dehors; et il leur a fait beaucoup de bien pendant sa vie et à sa mort, surtout pour leur église, leur cloître et leur bibliothèque. Voici lépitaphe qui se lit sur son tombeau, et qui est de la composition du feu père Maillot, alors bibliothécaire de la maison, et homme de beaucoup d'esprit. »
Hic jacet Joan. Pontas Abrincensis, dignitate presbyter et vita, doctor in utroque Jure; in ecclesia Parisiensi pro-pœnilentiarius ; vir pudore virgineo, sancta gravitale, hilarimodestia, reverenter amabilis. In oratione, vet in sacra lectione perpétuas, Itinc pietatem hausit et scientiam : utramque in omnes refudit egregiis conscriptis voluminibus. Mgris hortator, quos ducit ad vitam. Scripturœ vtndcx, qaam probat ubique sibi consonam. Morum magister, quos œquat ad regulam; veri semper ac recti tenax. Austerus injejuniis productis ad vesperam, etiam in senectute. Paupertalis amator et pauperum, nunquam ipsis defuit vivus et moriens. In magna sapientia, in virtutum cumula humillimus. ObiitinChristoproximenonagenariusdie'21 april., an. 1728, etc.
J'avais d'abord quelque envie de donner d'après lui la table des auteurs qu'il a cités. Mais M. Goujet nous ayant averti qu'elle n'est pas exacte, je crois qu'il est plus sûr de laisser ù d'autres le soin de la réformer. Peut-être que sans examiner trop scrupuleusement celles qu'il a données des conciles et des papes, on trouverait qu'elles ne sont guère moins défectueuses pour la chronologie. On peut les comparer avec celles que j'ai données à la fin de mon seizième volume de Morale; et pour lesquelles i'ai eu des secours que ce savant homme n'a pas eus.
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