DANSE
La danse n'est pas illicite de sa nature, puisque, selon le Sage (Eccles.M), tempus plan* gendi, tempus saltandi; et David s'en lit même un acte de religion, en dansant devant l'arche. Mais comme il est très-rare qu'elle ne devienne criminelle par les circonstances dont elle est presque toujours accompagnée, il est de la sagesse d'un chrétien, et beaucoup plus encore d'une personne ecclésiastique ou religieuse, de s'en abstenir. Les païens, même les plus éclairés, l'ont hautement condamnée. Caton crut ne pouvoir faire un plus sanglant affronta L. Murena, que de lui reprocher publiquement d'avoir dansé en Asie, où il avait été envoyé. x\insi c'est avec raison que la Faculté de théologie de Paris, après avoir condamné ceux qui assistent à la comédie, ajoute Idem judicandum de choreis, quœ vulgo bals vocantur: cœtera vero saltalionum gênera periculosa.
Cas 1. Marie, fille vertueuse, se trouve quelquefois engagée à danser : elle en a du scrupule; ce scrupule est-il bien fondé?
R. La danse n'est pas défendue par ellemême, puisque Marie, sœur de Moïse et d'Aaron, dansa avec d'autres femmes, pour se réjouir de ce que les Egyptiens avaient été submergés dans la mer Rouge. Mais pour être
exemple de tout péché, il faut, selon saint Thomas, in. capAUIsai. ,1° que les personnes qui dansent le puissent faire avec décence et sans mal édifier personne; car ont ne pourrait excuser un ecclésiastique oa une personne religieuse qui serait assez volage pour danser; 2° que cesoit dans un temps de joie, tel qu'est celui des noces ou d'une
réjouissance publique; 3° que l'honnê'eté y soit* régulièrement observée, à l'égard des ch;insons, des gestes, du lieu, du temps et des autres circonstances qui l'accompagnent. Or, comme ces conditions manquent presque toujours, les SS. Pi*, n'ont ménagé ni la danse, ni ceux qui s'y plaisent. Ubi sallus lascivus, dit saint Chrysoslome, ibi diabolus certe adest... lus tripudiis diabolus saltal. K* saint Ambroise : Deliciarum comrs algue iuxuriœ sallatio. C'esl pourquoi le Sage veut qu'on évite les femmes qui aiment à danser, de peur que leurs attraits ne eau ent la perle de l'âme : Cum saltatrice ne assiduus sis... ne fo'tc pereas in ef/icacia illius. C'est donc à Marie à s'examiner devant Dieu sur ces circonstances et à voir s'il n'y en a aucunes qui rendent sa danse condamnable, auquel cas l'on doit l'excuser de poché.
Cas 11. Sever sachant qu'il se fait, dans sa paroisse, les dimanches et fêtes, des danses de garçons et de filles, aprè> les divins offices, et qu'on y chante ordinairement des chansons au moins fort équivoques, et ayant inutilement invectivé dans ses prônes contre celle coutume, demande s'il peut lo'érer ces danses, ou s'il doit continuer, comme il a déjà fait, à renvoyer sans absolution ceux qui refusent de s'en corriger?
R. Ce curé est tenu de s'opposer de toutes ses forces à une si mauvaise coutume, et il doit refuser l'absolution à ceux qui refusent de s'en corriger, ou qui,! ayant promis, font voir, par leurs fréquentes rechutes, que leurs promesses sont fausses. L'expérience n'apprend que trop à tous les confesseurs combien ces assemblées produisent de péchés. Les regards, les paroles à double entente, les désirs de convoitise, les chansons malhonnêtes, et les libertés criminelles, rendent presque toujours coupables de péché, et très-souvent de péché mortel au ant de personnes qu'il s'y en trouve; ce qui fait dire aux Pères d'un concile de Paris, tenu en 1^12, qu'il est plus criminel de faire ces danses que de labourer la terre le jour de dimanche. Teste Gregorio, melius est die l)ominico arare vel fodere. guam chorcas ducere. Plusieurs autres conciles les ont aussi défendues, et saint Charles avec eux. Nos rois très-chrétiens, cl surtout François I", Charles IX, Henri III, Louis XIII et Louis XIV, ont fait la même chose. D'où il suit que tous ceux à qui Dieu a mis son autorité entre les mains d ;ns le for extérieur ou intérieur, ne doivent rien négliger pour abolir une coutume qui ressent beaucoup plus le paganisme que la religion chrétienne.
Cas 111. Gilles s'est accusé en confession d'avoir dansé et voltigé sur la corde, et dit quelquefois des mots équivoques pour récréer ses auditeurs, sans néanmoins avoir blessé ouvertement l'honnêteté. Son confesseur veut qu'il quille sa profession , comme messéanle à un chrelien , et même dangereuse pour lui et pour ceux qui se trouvent présents. Mais il s'en défend, 1° parce qu'il n'a aucun autre moyen de subsister; 2 parce que les lois de la police fa-
vorisent son métier. Que faut-il penser de lui et de ceux qui assistent à de pareils spectacles ?
R. On ne peut absoudre ni les danseurs de corde, ni ceux qui ne veulent pas renoncer à leurs spectacles, 1° parce qu'on ne sail que trop quel est le langage dissolu qu'ils tiennent dans leurs opéras comiques, et les paroles messéanles qu'ils y profèrent, et qu'us corrompent le cœur de ceux qui les entendent; 2° parce qu'un homme qui danse sur la corde s'expose au danger évident de se tuer, ou au moins de se briser le corps en tombant, puisque pour le faire tomber il ne faut qu'un éblouissement, causé par le mouvement qu'il se donne, ou par la faiblesse de 'on imaginalion, ou par la clameur subite des spectateurs qui croient qu'il va tomber. Comme donc il n'est jamais permis de s'exposer volontairement à un tel danger, on ne peut absoudre ni ceux qui s'y exposent, ni ceux qui par l'argent qu'ils leur donnent y coopèrent.
Au reste, tout ce que nous venons de dire des danseurs de code et des volt geurs est encore plus incontestable à l'égard de leurs femmes ou de leurs filles qui exercent la même profession , puisqu'elles ne peuvent le faire sans renoncer à toutes les règles que la pudeur prescrit encore plus particulièrement à leur sexe.
La valse, d'à Ces danses de cette espèce nouvellement introduites en France par le démon de l'impureté, ne peuvent jamais être permises non plus que les bals masqués. Voici ce qu'en dit une femme du monde qui en avait connu les périls : « J'éprouvais, dit madame de Genlis, tout le danger du bal masqué sur l'imagination. Celle musique continue, ces danses, ces mystères des déguisements, ce langage de galanterie, ces intrigues dont j'étais entourée et que j'entrevoyais de tuus côtes, cet abandon universel de toute raison, celte abdication de tous les rangs, cel incognito général , celle gaîté sans mesure et sans irein, enfin ce spectacle, celle réunion de circonstances me tournaient la tête. »
Les bals de famille, de société, surveillés par des pères el mères, paraissent moins dangereux que les bals publics; néanmoins, dit l'estimable el savant auteur de la Théologie pratique, i s ne sont pas exempts de périls quelquefois mortels.
« Lu y refléchissant bien , dit encore madame de Genlis , je trouve qu'il y a eu toujours quelque chose de trop mondain dans mes idées; j'ai trop accordé aux coutumes universelles; par exemple, j'autorisais les bals d'enfants el je m'en repens : je me suis rétractée sur ce point dans un livre où je détaille toutes les raisons qu'on peul donner contre les bals et les spectacles. On ne doit attribuer mon erreur qu'à l'ignorance des principes cl aux préjuges reçus dans le monde. »
C'esi par les circonstances qu'on doit juger quand la danse peut cire tolérée, et un