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1° Par désespoir. Avez-vous desespéré de voire salut, vous défiant de la miséricorde de Dieu cl disant comme Caïn : Mes péchés sont trop grands; j'en ai trop commis, et Dieu ne me les par onnera jamais? Desespoir! Etat affreux! Un saint a dit que le péché donne la mort à l'âme et que le désespoir met un obstacle invincible à sa résu reclion. Si ces sentiments sont volontairement arrêtés, nourris, entretenus dans l'âme, on l'ait une grande injure à la bonté de Dieu, on pèche moi tellement. Le défaut de consentement et la légèreté de matière excusent quelquefois de péché mortel le désespoir. Il y a cependant des IhétilôgieifS qui estime; t qu'il n'y a que le défaut de coiisenlemeul qui puisse faire que le désespoir ne Soit qu > péché véniel.
Dans la pratique, il ne faut pas toujours en croire certaines âmes Irop timorées ou scrupuleuses, qui, tentées de pensées de désespoir, s'imaginent y «voir consenti. Si ces pensées leur déplaisent, si ces personnes s'efforcent de les éloigner, surtout si nonobstant ce désespoir, qui est beaucoup plus dans l'imagination que dans la volonté, elle -; on! continué leurs prières ordinaires, fréquenté les sacrements, rassurez-les : elles n'ont pas péché. En effet, ce n'est pas pécher que de craindre beaucoup de manquer sou salut, el de sa défier de soimême s'il res e de la confiance en Dieu.
Mais si, désespérant de vaincre les difficultés du salut et de vous corriger de vos mauvaises habitudes, vous avez abandonné les exercices de la religion, la prière, les sacrements, on peut penser que votre désespoir a été jusqu'au péché mortel.
Avez-vous désespère de votre saiul, vous croyant du nombre des réprouvés? Considérant d'une part la grandeur et l'excellence de la gloire céleste, et (Je l'autre la bassesse de lq nature humaine, avez-vous craint d aspirer à celle gloire, et dans celte crainle vous élesvous abandonne aux plaisirs des sens, ou demeurez-vous dans l'indolence et dans la nonchalance, sans rien faire pour acquérir la vie éternel. e? Si ces pensées de défiance, de crainte, de découragement ont été volontaires, péché mortel, à moins que la bonne foi ou Une certaine ignorante n'excuse. Dieu vous commande-l-il donc l'impossible quand il vous ordonne de vous convertir-? Demandez-lui sa grâce, faites de vo:re côté ce qui déj.eni de Vous, et vous réussirez : il vous l'a promis. Il est vrai, dit le conférencier d'Ang rs, après saint Augustin, que la gloire du ciel est beaucoup au-dessus des hommes mortels, qui ne sont que terre et que cendre; mais nous devons considérer que Dieu, qui nous l'a promise et qui nous a donné un gage de sa promesse dans la mort de Jésus-Cbrist, étant loulpuissanl, peut faire d'un homme un ange comme il a fait l'homme de rien.
N'avez-vous point regardé votre salut comme impossible, pensant que l'Eglise n'avait pas le pouvoir de remettre tel crime que vous avez commis? Si ces pensées de désespoir ont été pleinement volontaires, il y a péché morlel contre l'espérance non-seulement, mais encore contre la foi, puisque vous refusez de croire un article de foi : que l'Eglise a le pouvoir de remettre toutes sortes de péchés. Selon les Conférences d'Angers, on doit déclarer en confession quand le désespoir est accompagné de pensées Contraires à la foi, auxquelles on a donné son consentement. Ces deux poches sont de leur nature mortels, parce qu'étant opposés à une vertu théologale, qui a Dieu pour objet, ils nous détournent directement de Dieu ; el c'est en cela que consiste principalement la malice du péché morlel. Ce sont même des péchés conlre le Saint-Esprit, puisqu'ils font mépriser son secours, par le moyeu duquel nous nous re irons du péché et en faisons pénitence.
Dans la crainte d'être damné, avez-vous désiré, du fond de votre cœur, de n'être jamais né ou d'être anéanti? Péché grave s'il y avait plein consentement. Mais ordinairement ces pensées, venant de la frayeur de l'enfer, préoccupent des âmes timorées qui sont bien ioin de consentir à do semblables désirs.
Vous ètes-vous obstiné dans vos scrupules par une crainte excessive? On l'a dit : L'imagination est le berceau du scrupule, l'obéissance en est le tombeau. Que le scrupuleux sache donc que la simplicité de l'enfant est nécessaire au salut. Or l'enfant ejt-il donc si rétif? Est-il toujours dans la crainte devant un père qu'il aime et dont il sait être aimé? Une grande crainte de ne pas faire son salut n est pas un péché quand elle est jointe à une grande confiance en Dieu.
Avez-vous été indifférent pour voire salut, disant par exemple : Si je suis damné, je le serai! Vous étes-vous souhaité ia mort, quoique vous fussiez en péché mortel? 11 y a bien dans ces pensées et ces désirs matière suffisante, par conséquent péché mortel, s'il y a consentement.
A l'occasion de quelque maladie ou de quelque adversité, vous êtes-vous désiré la mort, avez-vous appelé le démon à voire secours.au lieu d'avoir recours à Dieu et de metlre votre confiance en sa bonlé? Si ce désespoir était pleinement volontaire, il serait péché mortel. Nous ne devons pas seulement espérer le salut éiernel de la part de Dieu, mai9 nous detons aussi espérer de lui la délivrance (ie tous ies maux de cetle vie.
Vous voyant privé des secours temporels, avez-v< us manqué de confiance en la providence de Dieu? Vous êies-vous applique avec trop de soin el d'inquiétude à vous assurer le» choses nécessaires à la vie ou à amasser des biens temporels, les désirant avec plus d ardeur que les biens éternels? C'est ce soin démesuré el cetle inquiétude que le Seigneur condamne dans l'Evangile. Il ne faut pas pour cela se persuader qu'il soit défendu d'apporter un soin raisonnable et modéré à se pourvoir des choses nécessaires â la vie, et à acquérir des Liens de ce monde; on doit même le faire pour ne pas lenier Dieu.
N'ayant pas obtenu prompfemertl ce que vous demandiez à Dieu, et que vous croyiez être profitable au salut, avez-vous cessé de prier le Seigneur? Jésus-Christ nous enseigne qu'il ne faut pas pour cela se r< buter de la prière, mais prier awc persévérance. Si le Seigneur diffère pendant quelque temps à nous exau er, il viendra une lieu e dans laquelle il nous exaucera. Souvent Dieu ne diffère à nous accorder ce que nous lui demandons que pour nous le donner dans un temps plus favorable.
Qu and vous vous êtes senti attaqué par des tenta ti ns de désespoir, auxquelles vous alliez consentir, avez-vous omis n'élever votre cœur à Dieu par un acte «l'espérance? Il y a un précepte partit ul er pour l'espérance, comme il y en a un pour la foi. Nous sommes donc obligés de faire de temps en temps des actes d'espérance, et l'Eglise a con amné cette proposition : Homo nullo unquam vitœ suœ tnnpore tenetur elicere actwn spei. El ces actes d'esi éran 'e, nous sommes ob igés <le les produire.
1° Quand nous avons l'usage parfait de la raison et que nous sommes suffisamment instruits qu'il y a une béatitude surnaturelle qui nous est préparée; 2° à l'article de la mort : c'< st pourquoi les pasteurs qui assistent les mourants ont soin de leur taire produire des actes d'espérance; 3' quand nous sentons de violentes tpnsations de désespoir, qu'on ne peut vaincre que Irès-dilfi ilement sans faire des actes d'espérance. 'fOn est encore tenu de faire des actes d'espérance de temps en temps pendant la vie : passer un temps considérable, un mois « nlier, p.ir exemple, sans faire aucun acte d'espérance, ce seiait une faute opposée au précepte dont il s'agit.
ii est enco e d'autres circoost ncs où le prr'cpte de l'espérance nous ob ige indirectement, c'est-à-dire à raison de quelque autre chose que nous devons lai e. Ces occasions sont, 1 lorsque nous sommes obligés de nous approcher du sacrement de pénitence; 2° lorsque nous sommes obligés de piier,car en vain demanderions-nous à Dieu ce que nous n'espérons pas obtenir de lui, an I eu que celui qui espère en lui est environné de s* miséricorde; 3° lorsqu'on éprouve de fortes tentations contre une veilu quelconque, et qu'on est obligé de recourir à Dieu pour obtenir la grâce de les surmonter.
Pour accompli: le précepte de l'espérance, il n'est pas nécessaire d' n faire un acte cxpl cite : on y satisfais en lécitanl 1 oraison dominicale, le symbole des apôtres; en faisant un ace de contrition, en enlei dant dévotement la messe. Cependant , dii Suarez,il est quclq' efois nécessaire de faire un acte d'espérance explicite, à raison de la disposition ou des difficultés où l'on se rencontre. Propter disposilionem hominis, tel occurrente difficu'ta'e.
2# Par présomption. Ne vous éles-vous point enhardi à pécher, pensant que vous ol tiendriez aussi aisément le pard-m de plusieurs péchés que d'un seul, et qu'il ne vous en coûterait pas plus d'en confesser dix que de n'eu confesser qu'un? N'avez-vous point d iTerc votre conversion, (résumant qu'aux approches de la mort vous auriez assez de temps, « isant : Dieu est bon, il ne n'a pas fait pour m damner; un heu repentir en mourant effacera tout? C'est être bien téméraire de se fier ainsi dans la bonté de Dieu et de ne pas craindra d'il nier sa justice. Certainement Dieu ne nous laisse pas vivre | our nous donner le temps de pé< lier. (Juoique celte présomption ne suppose pas un sentiment hérétique en celui qui s'y laisse aller, elle est néanmoins un grand ; écbe contre l'espérance et même contre la charité, qui m, us defend de laisser si éminemment notre âme exposée au péril de la dam- Dation.
Vous éles-vous fiatlé de vous sauver sans vous convertir, sans faire pénitence, sans au enue bonne ouvre? Ou vous étes-vous imaginé qu'en faisant beaucoup de bonnes ouvres vous pouviez vous sauver, sans fréquenter ni les églises, ni .es sacrements? De telles pensées sont uon-sculemenl conl aires à l'espoir, mais a la loi, à la religion, qui nous enseigne que ce n est pas assez de faire l'a u mené, mais qu'il faut observer toute la loi, par conséquent se confesser, ou lien que l'on ne peut se sauver sans pratiquer la vertu et (aiie de bonnes œuvres. 11 y a donc dans ce pèche présompt on et hérésie.
Au lit u de-vons appuyer sur la niiscdco.de ne Dieu, avez-vous cru que votre salut est enlièi cment entre vos mains et qu il ne dépend que de votre volonté? Nous èt< s mus | ersiiadé pouvoir faire le bien et acquérir le ciel sans le secours de Dieu et par vos propres forces? Vous courez un grand danger de perdre la loi et l'espérance, cette présomption naissant d'une iuée fau.se que vous vous fai es d< s forces de la nature humaine.
Ou ne peut excuser de celle sorte de présomption ceux qui mettent entièrement leur confiance en eux-mêmes ou en quelque autre créature, par exemple, dans leur esprit, daus lei.rs richesses, dana leur ciédit ou eu celui de leurs amis.