‹ Dictionnaire de cas de conscienceChapitre 87 sur 448 · AUMONE · texte numérisé non relu

AUMONE

L'aumône est une action extérieure de miséricorde pour soulager le besoin d'autrui. 11 y a une aumône spirituelle qui consiste à donner au prochain de bons conseils, à le reprendre, à le consoler, etc. Il y en a une corporelle , qui tend à lui fournir les besoins du corps. Quoi qu'en aient pensé quelques maudits casuisles, qui ont soutenu qu'à peine les rois eux-mêmes sont obligés à l'aumône', parce qu'à peine peut-on trouver du superflu chez eux, il est sûr , et nous le prouverons bientôt, que l'aumône est de précepte rigoureux pour eux et pour bien d'autres.

Cas I. Barnabe ne fait jamais l'aumône, par celle seule raison que l'aumône n'oblige pas sous peine de péché mortel. N'est-il pas dans l'erreur?

P. Il est dans une grande erreur, parce que, selon 1 Evangile et tous les Pères, le superflu des riches est le nécessaire des pauvres : Super flua divitum sunt necessaria pauperum, Aug. in ps. cxlvii, et qu'il en est d'un riche comme d'un trésorier, à qui Dieu a donné une somme d'argent pour soulager les besoins de l'indigent, après avoir pourvu aux siens : Accepisti plura cœteris, non ut ea solus consumas, sed ut cœteris bonus fias dispensator, Chrysost. Conc. I, de Lazaro.

Cas II. Barnabe convient qu'il a du superflu; mais, dit-il, ce qui est superflu aujourd'hui peut devenir nécessaire dans une maladie ou un procès à soutenir. Celte raison n'est-elle pas légitime?

R. Ces sortes d'excuses sont inutiles devant Dieu, parce qu'on ne doit regarder une chose comme nécessaire ou superflue que par rapport à ce qui arrive ordinairement ou à ce qui doit probablement arriver, et qu'autrement ce serait, sans raison légitime, se mettre en peine du lendemain, ce qui est contre la défense expresse de Notre-Seigneur. Saint Thom., 2-2, q. 32, art. 5.

Cas III. Ferdinand dépense depuis longtemps près de 25,000 écus par an, à tenir table ouverte, à acheter des tabicaux originaux, et à jouer, de sorte qu'il n'a jamais de superflu pour les pauvres. Son confesseur doit-il lui

refuser l'absolution, s'il ne veut pas changer de conduite, sous prétexte qu'il est maître de son bien?

R. On ne peut excuser Ferdinand de péché mortel, puisqu'il emploie tout le superflu qu'il pourrait aisément épargner, en bonne chère, en curiosités et au jeu, pendant que les pauvres, à qui le secours nécessaire est dû par le droit naturel et divin, n'en tirent aucun de lui; et qu'ainsi on peut très-justement le comparer au mauvais riclie, qui induebatur purpura et bysso, et epulabalur quotidie splendide, sans donner aucun secours au pauvre Lazare. Il est vrai qu'un homme riche est le maître de ses biens quant à la propriété; mais, dit saint Thomas, comme ils ne lui ont pas été donnés pour lui seul, il n'en est pas absolument le maître, quant à l'usage qu'il en doit faire, les pauvres ayant une espèce de droit au moins sur le superflu qu'il doit mettre à part, pour leur fournir les secours nécessaires. Saint Thomas, 2-2, a. 32, art. 5.

Cas IV. Basile a 8,000 livres de revenu, mais comme il a une femme, un enfant et deux domestiques, il doute s'il doit en considérer une partie comme superflu. Quel conseil son confesseur doit-il lui donner?

R. 11 est certain, 1° que le nécessaire ne consiste pas dans un point indivisible; 2# que hors le cas où la nécessité des pauvres serait extrême, on peut regarder comme nécessaire ce qu'on ne pourrait retrancher sans déchoir d'uu état légitime. Sur ces principes,

un confesseur doit porter son pénitent à ne faire aucune dépense inutile , et à se contenter de celle que' la prudence chrétienne lui persuadera être nécessaire par rapport à sa condition, en lui représentant néanmoins qu'il doit se considérer comme le dépositaire des biens que Dieu lui a donnés, et qu'il lui rendra un compte fort exact de l'usage qu'il en aura fait.

— Cela peut suffire pour un homme qui craintDieu ; mais il faut entrer dans une plu* grande discussion avec celui qui a peu de vertu, et qui pourrait bien prendre le cri de la cupidité pour la voix de la prudence chrétienne.

Cas V. Paul a près de mille livres de superflu. Est-il obligé, sous peine de péché, de donner l'aumône à tous les pauvres qui la lui demandent, jusqu'à ce que toute cette somme soit distribuée?

K. Saint Thomas, quodlibeto 8, art. 12, répond à cette question en ces termes : Quamtis dives teneatur dar.e super fluumpaupei • ibus , non tamen tcnetur omnibus dare, nec huic dare , sed tenelur disttibuere secundum quod sibi visum fuerit opportunum. Il n'y a que le cas de l'extrême nécessité qui l'obligerait à soulager sans délai celui qui la souffrirait. Il y a des pauvres que leur vie déréglée et ta fainéantise rendent comme indignes de pitié. Voyez pourtant le cas 8.

Cas VI. Gervais,qui a beaucoup de superflu, est dans un lieu où il ne connaît point de pauvres- Est-il obligé à en chercher, sous peine de violer le précepte de l'aumône?

R. Il faut dire avec, saint Thomas : Non tenetur inquirere : quia hoc esset nimis grave, quod de omnibus pauperibus inquireret. Malgré cela, un riche ne peut accumuler son superflu ; mais il doit le donner aux hôpitaux ou aux maisons religieuses qui sont dans le besoin, ou en faire quelque autre bon usage, suivant l'avis d'un pasteur ou d'un confesseur éclairé.

Cas VII. Frambour confesse quelques pauvres à qui il fait souvent part de ses aumônes. N'a-t-ilpas raison de les préférer aux autres, dont il ne connaît pas si certainement les besoins?

R. Un confesseur est si souvent trompé par de faux pénitents, qui ne s'adressent à lui que pour lui dérober des aumônes, en alléguant tantôt qu'ils ont été sur le point de se donner la mort, tantôt de succomber à de mauvaises sollicitations, etc., qu'il doit prendre de justes mesures pour n'être pas dupe d'un indigne et sacrilège artifice. Le meilleur parti pour lui est doue de ne pas commencer par l'aumône, et de se faire bien instruire de l'état et de la vertu de ceux qui s'adressent à lui. Après quoi il peut les préférer aux autres, cœlerispari b us, c'est-à-dire, à ceux qui ne sont pas dans un besoin plus pressant, ou que la proximité du sang ou une piété plus solide ne rendent pas plus dignes de sa charité.

Cas VIII. Spire, qui peut aisément donner 200 liv. par an, ne connaît, dans tout son voisinage, que deux ou trois pauvres qui,

quoique déjà fort vieux, mènent nne vie fort déréglée. Est-il obligé à leur faire l'aumône, surtout lorsqu'ils sont dans une griève né cessité?

R. II y est obligé : parce qu'un chrétien doit aimer comme soi-même tous les hommes, amis ou ennemis, bons ou méclianls, fidèles ou infidèles, et leur faire du bien : Benefacite his qui oderunt vos, Malth. v. C'est ce que nous apprend saint Paul quand il dit, Rom. I . Si esurierit inimicus tuus, cibaillum :sisitit, potum da illi; hoc enim faciens, carbones ignis congères super caput ejus. Rien n'est plus propre à touclier un mauvais pauvre que la bonté avec laquelle on soulage sa misère et on lui remontre ses écarts. Que si on ne peut rien gagner auprès de lui, on gagne toujours auprès de Dieu : Eleemosyna a morte libérât, Tob. iv.

Cas IX. Toussaint demande si ne pouvant soulager qu'un pauvre, il doit préférer son parent à un étranger qui a plus de besoin et de vertu que lui?

R. Quand tout est égal de part et d'autre, on doit préférer un parent à celui qui ne l'est pa's; mais dans le cas dont il s'agit, on doit s'en tenir à celte règle de saint Thomas , 2-2, q. 32, art. 9 : Mullo sanction, tnagis indigentiam patienti, et magis utili ad commune bonum , est magis eleemosyna danda , quant personœ propinquiori ; maxime, si non sit multum conjuncta, cujus cura specialis nobis immincat, et si magnam necessiiatem non putitur.

Cas X. Fargeau rencontre souvent des pauvres valides, qui aiment mieux vivre dans l'oisiveté, que de travailler pour gagner leur vie, quoiqu'on leur offre du travail. Est-il obligé de leur donner l'aumône quand ils manquent de pain?

R. On peut refuser l'aumône à des pauvres qu'on sait certainement n'être dans la misère que parce qu'ils refusent d'en sortir, et leur dire avec le Sage : Vade ad formicam, o piger, et disce vias ejus. Cependant, comme tel qui paraît vigoureux est quelquefois dans l'impuissance de travailler, soit à cause d'une infirmité qui ne paraît pas, soit à cause de sa naissance, le plus sûr est de suivre le conseil de saint Chrysoslome, c'est-à-dire, de n'examiner point trop scrupuleusement la qualité de celui à qui on fait l'aumône, et surtout de ne commencer jamais par l'accabler d'injures.

Voyez Restitution, cas Vinebaud

Cas XI. Fabien fait quelquefois des aumônes modérées du bien de son père, et 1 1 servante en fait aussi quelques-unes. Le peuvent-ils sans péché?

R. Les domestiques ne doivent point sitrop flatter du consentement tacite de leurs maîtres ; et en général ils ne peuvent donner sans sa permission que quelques morceaux de pain, quelques fruits qui vont se gâter, et semblables choses de petite conséquence, encore faut-il qu'ils s'arrêtent quand leur maître résiste. Les enfants de famille, quoiqu'un peu moins gênés, doivent se souvenir qu'ils ne sont pas maîtres, à moins qu'on ue.

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