‹ Dictionnaire de cas de conscienceChapitre 88 sur 448 · AUM · texte numérisé non relu

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leur ait laissé la libre disposition d'une chose, ou qu'ils aient de ces biens que le droit appelle castrensia, et quasi castrensia. Voyez le premier tome de notre Morale, les Instructions pour les domestiques, et le cas suivant.

Cas XII. Marthe fait souvent l'aumône à l'insu de son mari, et quelquefois même contre sa défense. Pèche-t-elle en cela?

R. Si la nécessité du pauvre était extrême, Marthe devrait la soulager, quand même son mari le lui aurait défendu, et il en sérail de même d'un domestique. Mais si la nécessité du pauvre est communeet ordinaire, elle ne le peut que dans les cas où elle a lieu de juger que son mari ne !e trouvera pas mauvais, à moins qu'elle n'ait des biens propres, ou que son mari la laisse maîtresse, ou d'une certaine somme par an, ou du gouvernement de la maison. En général , un homme qui ne donne point d'ordres contraires est censé approuver l'aumône des choses qui ne sont pas de conséquence. Et ceux qui ont de la vertu sont charmés de voir une sage et sainte libéralité dans leurs femmes.

Cas XIII. Théophile, religieux et sacristain d'un couvent , a fait l'aumône à un pauvre qu'il voyait dans l'extrême nécessité, quoique son supérieur eût défendu à tous ses re«< ligieuxde faire aucune aumône particulière. L'a-t-il pu sans péché?

R. II l'a pu et il l'a dû, parce que, comme dit Navarre, une telle nécessité rend en quelque manière tous les biens communs; de sorte qu'elle oblige tous ceux qui n'y sont pas réduits, à secourir ceux qui s'y trouvent, et même à les secourir du bien d'autrui, lorsqu'ils ne le peuvent faire de leur propre bien.

Cas XIV. Justin ayant beaucoup de bien mal acquis veut en faire des aumônes. Est-ce là le parii qu'il doit prendre?

R. Si Justin a acquis son bien injustement, il doit le restituer à ceux à qui il l'a pris par larcin, usure, etc.; et ainsi il n'en peut faire d'aumônes que dans le cas où il ne connaîtrait pas ceux à qui il a fait tort, ou que, les connaissant, la loi lui défendrait de leur restituer, comme en matière de simonie. Mais si Justin n'a point fait d'injustice en acqué-

rant son bien, quoique d'ailleurs il ne l'ait pas acquis sans péché, comme en travaillant les dimanches, en faisant le méliei de comédien dans un lieu où la comédie est tolérée, il peut et doit faire l'aumône de son superflu. Savoir si les femmes prostituées peuvent garder le prix de leur crime, ainsi que l'enseigne saint Thomas, c est un point sur lequel on n'est pas d'accord pour la France, où elles ne sont pas souffertes; ce qui sera toujours bien sûr, c'est qu'elles ne peuvent mieux faire que de racheter leurs pèches par de grandes aumônes, quand elles peuvent en faire, et qu'un confesseur leur en doit faire une loi, si elles ne se la font pas à elle's mêmes.

Cas XV. Albert ayant acquis trois mille livres par des usures qu'il a exigées de quatre personnes, en a donné deux pistoles, par forme de restitution, à un pauvre réduit à une nécessité extrême, qu'il ne pouvait secourir autrement. Est-il obligé d'en tenir compte à ces quatre personnes, lorsqu'il leur fera restitution ?

R. La nécessité extrême rendant les biens communs, Albert a dû faire cette aumône du bien d'autrui, et il peut la déiuire sur la somme usuraire qu'il doit restituer. C'est la décision formelle de saint Thomas, in 4, dist. 15, q. 2.

Cas XVI. Marie, femme très-pauvre, quoiqu'elle ne le paraisse pas, ayant été chargée de distribuer dix écus à quatre des pauvres de son village qu'elle jugerait à propos, en a retenu une bonne parlie pour elle. L'at-elle pu en conscience?

R. Elle ne l'aurait pu, si on lui avait désigné les pauvres en particulier, parce qu'alors elle enlèverait à un autre ce qui lui était donné. Mais puisqu'on a laissé l'aumône à son choix, elle a pu se l'appliquer comme aux autres, pourvu qu'elle ne se rende point suspecte d'infidélité. Saint Thomas, 2-2, q. 32 j art. 9, ad 2. Voy. Excommunication, Cas XXXI, Simonie, Cas LXIV.

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