AUX ATELIERS CATHOLIQUES DU PETIT -MONTROUGE
DARBlfellE d'enfer DE PARIS. ,^C^^Z5 '^ »<
[ÈfuBRARyjgl
Imprimerie MioNt, au l'elil-Monlionge.
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Pour l'homme qui Ignore les lois et les phéDocnèa<>.s de U nature, il est impossible qu'il réussisse à se faire une idée de la Honlé et de la Sagesse iiiliiiies du Créaleur. Kn elfet, tout ce que l'imaginalion la plus féconde, tout ce (lue rintelligence la plus élevée, peuvent r — cevoir, nOBS produit l'elli'l, quami ou le compare ii la réalité, d' bulle de savou vide, aux couleurs irisées et chatoyantes.
LlEBlO.
;on- 'une
La création est la réalisation extérieure de la volonté et des idées éternelles de Dieu , se manifestant par ses œuvres dans le temps et dans l'espace ; et la science , dans sa plus grande généralité , est l'expression des phénomènes et des lois ainsi réalisés dans l'univers par la Toute-Puissance créatrice.
La science repose donc sur la double base des faits et des lois des faits. L'observation fournit les faits, la pensée découvre les lois ; elle remonte des choses à la raison des choses, des phénomènes aux causes des phénomènes, aux énergies qui les produisent par leur efficace essentielle, et dont ce qu'on nomme loi n'est que le mode d'action (1).
Mais l'homme a des relations de plusieurs ordres avec ce qui existe hors de lui. Delà diverses branches de la science.
De ses relations avec l'univers , avec ce qui se manifeste sous les conditions de l'étendue, les conditions de l'espace et du temps, sont nées les sciences physiques , cnimiques , physiologiques. Comme ces sciences reposent sur l'observation d'une prodigieuse variété de faits , on a classé ces faits en différents groupes , constituant autant de sciences partielles, qui s'impliquent mutuellement et dont la réunion forme la science générale des corps animés et inanimés, depuis la molécule atomique jusqu'aux masses énormes qui, gravitant l'une vers l'autre , décrivent leurs orbites au sein de l'immensité ; depuis l'organisation la plus siiuple , soit végétale, soit animale, jusqu'à la plus complexe dans son unité, unité qui, dans la série ascendante des êtres , croît avec leur complexité même.
C'est pour faciliter l'étude et proportionner le travail aux forces de l'homme et à sa durée individuelle si courte, que l'on a introduit dans la science , à mesure que la connaissance s'étendait , des divisions de plus en plus nombreuses. On a créé ainsi autant de sciences partielles que les objets de la science olTrent de différences plus ou moins caractérisées. Il résulte de là que plus le cercle où se renferme chacune de ces sciences partielles est étroit, moins les causes deviennent accessibles , ou moins la science est intellectuelle
(1) On peut définir la science : le travciil de l'intei- sa raison, la science de l'univers ne saurait être sé-
'igence pour arriver par l'observation à la connais- parée de la science de Dieu, cause première, essen-
sance des faits, et par la pensée à la conception des tielle, nécessaire, infinie, sans lequel le mot même
lois qui régissent les faits, ou des causes dont les de cause n'aurait aucun sons, ou n'oU'rirait (ju'un
lois ne sont que le mode d'action. sens contradictoire.
La science a pour objet tout ce qui est. Dieu et Ainsi la science est une : elle descend de Dieu
l'univers; et comme l'univers ne saurait être séparé pour remonter vers lui. de Dieu , dans lequel il a son origine, son principe,
DicTioNN. DE Chimie. - 1
Il . INTRODUCTION. 12
jusqu'à te que ne voyant dans les fait-s que les faits mêmes, et n'en étant qu'une pure énumération , elle se matérialise et finisse là où le nombre règne seul. Mais môme à ce degré d'abaissement de la science , la simple énumération de phénomènes déterminés, c'est-à ^ dire réels, serait impossible si l'esprit ne concevait à quelque degré ce qu'ils sont en soi , ce <iui les constitue positivement , c'est-à-dire , en deux mots , leurs ressemblances et leurs dissemblances. Telle est la base des nomenclatures , dont la valeur dépend de la vérité des faits dénombrés et de la régularité de leur enchaînement ; en d'autres termes , de l'exactitude de l'observation et de la conception vraie des lois on des causes (1).
S'il nous était donné d'embrasser la création entière, d'en suivre par la pensée le développement depuis son origine, les phases de ce développement considéré et dans l'ensemble de l'univers et dans chaque espèce d'êtres, qui, distincts et unis, y occupent une place déterminée par les lois harmoniques d'une mutuelle dépendance, cette connaissance, comprenant tous les êtres avec leurs relations phénoménales , serait la science même , telle qu'elle peut exister pour les intelligences Unies. Il s'en faut de beaucoup que cette science, quoique bornée, quoiqu'à une distance infinie de la science absolue de Dieu, soit accessiible à l'homme. Celle à laquelle nous pouvons atteindre est renfermée en des limites incomparablement plus resserrées. Nous no possédons que des fragments , des lambeaux épars de la science propre des esprits créés, continés que nous sommes en un point de la durée et de l'espace , et réduits sous notre forme terrestre , pour seul moyen d'investigation, à des sens imparfaits et à une intelligence non moins imparfaite.
La grandeur de l'homme , malgré cette imperfection de ses sens et la faiblesse de ses facultés intellectuelles, n'en consiste pas moins à suivre par la pensée , autant qu'il est en lui , la magnifique évolution de l'univers , à en observer les phases , à en rechercher les lois, à reproduire en soi , dans son type idéal, l'œuvre de Dieu dont il fait partie , et c'est ainsi que la science devient tout ensemble une philosophie et un hymne, l'expression du vrai et ilu bien , qui se révèle par l'ordre , l'aliment divin de l'intelligence et de l'amour. Heureux le savant à qui il a été donné de coneourir efficacement à satisfaire ce besoin de connaître, inhérent à la nature humaine, d'ouvrir à cette philosophie quelques perspectives îiouvelles, de balbutier quelques mots de cet hymne sublime I
Après ces considérations générales sur la science et sur sou objet, abordons un ordre de faits naturels et de lois bien dignes d'exciter le plus vif intérêt, nous voulons parler des phénomènes moléculaires, objet propre de la chimie.
La Chimie est la science qui étudie la nature ou la constitution intime des corps et les lois qui régissent les éléments qui les composent, lorsque ceux-ci sont mis en présence suivant certaines conditions que l'expérience elle-même a déterminées.
L'affinité doit être considérée comme la cause générale, primitive, comme le principe générateur des phénomènes chimiques ou de la formation des corps.
Sans forme, point d'existence; car pour exister, il faut exister d'une certaine manière. Une existence indéterminée serait une contradiction ; c'est la forme qui détermine l'être , qui le caractérise et le spécifie. Elle est le principe d'individualité et de personnalité.
Sans la forme, on peut concevoir le mouvement comme possible, mais jamais comme actuel, parce qu'on ne peut concevoir le mouvement sans direction, et que toute direction, étant une déleraiinalion, ne saurait être conçue que comme le résultat , l'elfet , le produit de la forme, sans laquelle nulle détermination. De l'idée de direction naît l'idée de fin dans une sphère plus élevée.
Nous venons de dire que la forme est indispensable pour déterminer le mouvement ; le mouvement à son tour est nécessaire pour développer la forme et opérer entre les formes
(1) « Les sciences, quoi qu'on en .'lît dit, ne se pas, se livrer à la recberclie des causes cachées, lifinicnl pas seulement h l'oliservalinn et à l'inscrip- mystérieuses et trop souvenl introuvables qui les
lion (les laits qui résultent (le toutes nos expcneiices, produiseiil, et tendre par là à diriger notre espnl
à la coordination et à la simple coiiteniiilation des vers la suprènn; intelligence qui ordonne l'univers, i phcnoniènes de la nature. Leur mission est plus ^ .■ . i .. • . . • i i . i .--i-
noble et plus élevée; elles doivent, après la Réneralisatioa de ces faits, sans laquelle elles n'exi^icraicnt
phcnoniènes de la nature. Leur mission est plus ■ — Gaudichaud, Ili'cherches 'jéucrales sur lu physioloiHilAr et plus élevée; elles doivent, après la généra- gie, Ole
13 INil\OI>l]C,TI0N. M
diverses, au soin do l'univors physique, les combiiinisons d'oii résultent les séries progrossivos des élics. Mais la i'urme ne saurait détorniincr le uiouveinont (ju'autant qu'elle csl unie, dans tous les i)oints du uiouveiiienl uiùme, k la Ibrcc dont il est l'action; de l;i découla la nécessité d'un principe spécial dont la fonction est do les unir, et la nécessité do son iiilcrventioa dans tous les pliénoiiirius. La combinaison directe du principe d'union^ tt du i)rincipe de force produit le luouvciiicnt central ou la loi do «ravitalion, (lui rainf:ntj l l'unité chaque monde , cha.pio s^> slènio de mondes et l'innombrable multitude do ces systèmes.
La cause primitive yénératiico des faits chimiques, que nous avons appelée affinité, est cette teadanco naturelle et nécessaire des formes diverses h s'ordonner et à se combiner dans l'unité, selon l'ordre dos relations (pii existent outre elles. Sans doulo il existe d'autres-causes non moins générales ([ui concourent à leur production, toiles que l'électricité, la lumière , etc. Mais comme ce qui dill'érencie spéciliquement les corj)s dépend do la forme seule . et que l'aflinilé est l'action [iropre do la forme , elle a évidoumient un rappoi't plus particulier avec la scioneo ilont l'objet final est de classer les corps en espèces dé- Unies, d'après l'cnsomble de leurs propriétés respectives.
Quelque iirodiBieusomcnt varié que soit le travail de la nature dans ses résultats, il n'est autre qu'un travail do composition et de décomposition, mots qui eux-mêmes n'expriment qu'un seul fait envisagé sous deux aspects divers ; car la décomposition d'un corps aboutit toujours à la production d'autres corps plus complexes su plus simples.
Puisque, dans l'universalité dos cllets, c'est rafliuité qui dttcrmine ce que chacun a de propre, elle est donc la cause première et directe de ce grand phénomène do composition et de décomposition, phénomène essentiellement moléculaire.
Los phénomènes de cohésion, d'agrégation, de dissolution, ne sont que des modes do son action propre, respectivement caractérisés pafce qu'ont do divers les effets produits ; car, du reste, l'unité radicale do la cause ressort évidemment de ces mêffles effets, qui s'impliquent plus ou moins l'un l'uutro.
L'affinité , une dans son essence , peut donc être considérée sous deux points de vue , comme générale et comme spécifique ; générale , quant aux conditions universelles de l'existence dos êtres ; spécifique , quant aux différences qui subsistent entre eux : et l'on ne pourrait la concevoir autrement, puisqu'elle n'est que l'action du principe même de détermination ou de variété. Dans l'ordre dos réalités finies ou contingent-os, aucun être ne peut exister, aucune forme ne peut se développer sans l'électricité , la lumière et le calorique ; toute forme a donc une afiinité radicale et nécessaire pour ces trois fluides. Mais cette affinité générale se spécifie en chaque forme distincte , de sorte qu'elles contiennent toutes, selon leur nature propre, dos quantités diverses d'électricité, do lumière et de calorique, ou sont en des rapports divers avec ces fluides, sans quoi, évidemment, il n'existerait qu'une seule et même forme, un seul ot même corps.
Il est encore d'autres aspects sous lesquels on peut considérer l'affinité ; ainsi, il y a dans chaque forme complexe une affinité spécifique pour les formes plus simples que cetta forme complexe implique , et la Chimie n'est presque tout entière que la icience de ces affinités spécifiques.
Enfin, chaque forme a de l'affinité pour elle-même , et c'est de cette affinité que résuite l'agrégation et la cohésion des molécules similaires dans les corps oii il ne s'opère actuellement aucun travail de composition ou de décomposition.
H est facile à présent de comprendre et d expliquer les trois états généraux auxquels peut subsister un composé sans changer de nature , nous voulons parler de l'état solide , de l'état liquide, et de l'état gazeux.
Un corps est solide lorsque l'affinité de la forme pour elle-même ne trouve en lui aucun obstacle à son action. La cohésion y est dans ce cas aussi grande que le comporte sa nature, par oii l'on voit que le degré de cohésion est, en chaque corps, la mesure de la puissance d'affinité de la forme pour elle-même. Mais si cet état vient à être troublé par une cause quelconque, si sa force inhérente au corps tend à passer à l'état libre , la puissance d'ai'firnté décroîtra, quant à ses effets, à mesure qu'augmentera l'activité do la force. Tout
ce qui, dans le corps, excitera l'activité de la force, diminuera la puissance relative de l'affinité. Tel est le genre d'action du calorique introduit dans un corps; il le dilate en opérant l'écartement des molécules qui le composent et peut y produire un double eCfet remarquable, propiiriionnel à la quantité de calorique introduit et au degré de puissance de l'aftinilé de la forme pour elle-même, c'est-à-dire que le corps peut passer successivement par deux états.
Si l'action du calorique ou sa tendance à disjoindre les molécules du corps fait équilibre à sa puissance d'aflinité, le corps passera à l'état liquide.
Si la force du calorique surmonte la puissance d'affinité , elle dispersera de plus en plus les molécules du corps , jusqu'à ce qu'elle rencontre un obstacle qui s'oppose à son expansion ultérieure. L'état gazeux est le résultat de cette dispersion des molécules ainsi soustraites à la puissance d'affinité de la forme pour elle-même.
Ce double phénomène est de la plus haute importance dans l'économie de la nature, en favorisant éminemment l'action de l'affinité de composition. On conçoit, en etïet,que toute composition s'opérant de molécule à molécule, il faut que leur déplacement facile permette qu'elles se rapprochent, se présentent l'une à l'autre dans des conditions qui rendent possible leur action réciproque, les arrangements, les combinaisons qu'impliquent les formes nouvelles dont elles doivent devenir les éléments constitutifs ; toutes choses qui nécessitent une mobilité plus ou moins parfaite de ees molécules , et par conséquent leur séparation ou leur mutuelle indépendance.
On ne se lasse point d'admirer toutes ces belles lois, si fécondes, si harmonieuses, d'où dépendent l'existence des corps et la variété infinie qu'ils présentent. Le monde physique ne pouvait subsister qu'à la condition que les corps résisteraient à leur propre destruction, qu'ils auraient en soi un principe de stabilité ; et il ne pouvait se développer que par la subordination du principe de stabilité à un autre principe en vertu duquel s'accomplit l'évolution de la forme. L'affinité de la forme pour elle-même ou laffinité de cohésion est le principe de stabilité ; l'affinité réciproque des formes diverses les unes pour les autres, ou l'affinité de composition, est le principe de développement. Chose bien remarquable I on retrouve dans les phénomènes moléculaires et dans l'énergie spéciale dont ils dépendent essentiellement, cette même tendance vers un terme dernier, ascendant, idéal, infini, que l'observation constate dans toute créature , dans chaque ordre de créatures , comme aussi dans leur immense ensemble.
« La manifestation de l'affinité chimique est une tendance vers le repos, après une activité plus ou moins prolongée. Si l'on parvenait à réunir tous les corps en un môme point, et qu'ils fussent tous en état de manifester leurs afiinités, ils commenceraient à se combiner les uns avec les autres, et la masse entrerait dans une activité qui durerait plus ou moins longtemps, et se terminerait par un repos éternel, que nulle force ne pourrait trou-* bler ni détruire. La masse se présenterait alors, en vertu de la force de cohésion, sous forme d'un agrégat mécanique de corps indifférents. Cependant il n'en est pas ainsi de la belle nature qui nous environne. Dans le petit point de l'univers que nous habitons, la nature organique est conservée par les changements continuels qui s'opèrent dans la nature inorganique, et nous sommes fondés à présumer que les choses se passent de même dans les autres parties de l'univers.
« Les agents qui troublent sans cesse le repos des éléments unis sont la lumière, le calorique et l'électricité, concurremment avec les différents degrés de l'affinité (1). »
L'univers tendrait-il au repos par le mouvement ? Les corps seraient-ils comme des fragments séparés duii tout qui clierchent à se rejoindre? Y aurait-il dans la création comme une aspiration perpétuelle veis une g.ande unité et un perpétuel elfort pour l'atteindre?... Il n'est pas de notre sujet de pénétrer dans ces profondeurs d'une philosophie transcendante pour en sonder les mystères.
Jetons maintenant un coup d'œil sur l'histoire de la chimie, sur ses rapports avec les autres sciences, sur ses applications.
(I) Berzdlius, Traira (ie Chimie, t. IV, p. 512.
n INTRODUCTION. »»
L,i Chimio n'a comnionc(^ h exister coniino scifiK'o qu'à la fin du xvii' si^i^lo. Pendant les dix siècles qui pr(^cédùrent, toutes les reehereiies entreprises isoii-ment, sans nnHliode, et souvent sous l'cmiriro des fantaisies les plus capricieusos de l'iniagination, les travaux |ili;irm;ieouliques des nuSleeins arabes et les opérations des alcliiiuistes du moyen Age en (luc^te de la jiierre pliilosopliule, n'avaient abouti qu'à la découverte d'un petit nombre de corps et de (pielques-unes de leurs combinaisons. Lorsque Bacon, Descartes, Leibnitz, Galilée, eurent im[)riuié aux recherches seientiliques une direction salutaire, à la(iuelle les sciences naturelles durent tous leurs progrès idtériours, lorsqu'ils eurent all'ranchi les esprits du joug des oi)inions reçues, en faisant triompher le principe que l'expérience doit ôtre le seul guide de l'observateur dans l'étude des phénomènes do la nature, on vit, à la vérité, la physique expérimentale prendre un vaste essor ; mais la Chimie proiirement dite n'avait gagné à ce mouvement que de pouvoir dégager les résultats déjà obtenus de la croûte épaisse d'erreurs qui les enveloppait. Ainsi, au milieu du développement déjà considérable des autres sciences d'observation, la science de la nature intime des corps et de leur action réciproque n'ofl'rait encore qu'un confus mélange de faits isolés, sans lien entre eux, sans base commune, sans unité et sans loi. Un chimiste prussien, Stahl,aidé des travaux de quelques-uns de ses devanciers, entreprit le premier d'expliquer et de coordonner en système tous les faits connus jusque-là. Stahl, rejetant les éléments scolastiques, divisait les corps en corps simples et en corps composés, rangeait les métaux parmi les corps composés, tandis que de leurs terres, c'est-à-dire de leurs oxydes, il faisait au contraire autant d'éléments. Pour expliquer le passage des métaux de l'état terreux à l'étal métallique, ou de l'état métallique à l'état terreux, il admettait l'existence d'un principe inflammable, d'un agent universel, qu'il nommait phlogistique, q\ie les métaux absorbaient ou dégageaient en vertu de certaines conditions. Quoique souvent contredite par les découvertes postérieures, cette théorie parut si bien concorder avec tous les faits alors connus, qu'elle fut adoptée pendant près de soixante ans par les plus habiles chimistes. Elle régna dans la science jusqu'à l'époque où les travaux de Schéele en Suède, de Priestley en Angleterre, et de Lavoisier en France, vinrent ouvrir à la Chimie la vaste carrière dans laquelle elle n'a pas cessé de marcher depuis à pas de géant.
Une observation capitale avait déjà été faite depuis longtemps par un médecin du Périgord, Jean Rey. Ayant pesé les métaux avant et après la calcination, il avait reconnu que, loin de diminuer après la calcination, ils augmentaient de poids; d'où il avait conclu que la calcination, au lieu d'être le résultat du dégagement d'un prétendu phlogistique, pour rait bien être au contraire le produit de l'absorption d'un principe particulier de l'air.
Les savants dirigèrent donc leurs recherches sur la composition de l'air et sur l'étude des gaz, que l'on apprit à recueillir et à distinguer les uns des autres. C'est ainsi que Lavoisier, mettant à profit toutes les recherches antérieures, établit le premier que la calcination et toutes les combustions étaient le produit de l'union d'un élément particulier de l'air avec les corps. Cet élément, il le retrouve partout, dans l'air, où il est combiné avec le carbone; dans l'eau, dont il est un des principes générateurs, dans la plupart des substances minérales, végétales, animales; dans le phénomène de la chaleur, dans la formation des acides, dans la respiration des animaux. Cet élément si remarquable, ce principal agent de la Chimie, Lavoisier l'appela oxygène, c'est-à-dire générateur de Vacide, et lui assigna le premier rôle dans tous les phénomènes de la nature.
Il restait à coordonner tous ces faits nouveaux, à les réunir en un corps de doctrine. C'est ce qu'entreprit Guyton-Morveau, avec le concours de Lavoisier et de plusieurs autres savants. Il imagina une nomenclature destinée à désigner les divers composés chimiques d'après le procédé de composition constaté par les nouvelles découvertes. « Substituée, dit Cuvier, aux termes bizarres et mystérieux que la Chimie ancienne avait empruntés de 1 alchimie, cette terminologie simple, claire, et qui avait fondu, en quelque sorte, les définitions dans les noms, contribua puissamment à la propagation de la doctrine nouvelle. »
Ce fut une véritable révolution scientifique. En vain la nouvelle Chimie éprouva-t-elle le la résistance de la part des esprits routiniers, elle ne tarda pas h envahir l'Europe et à preiidre un essor prodigieux. Elle commence une ère nouvelle ; elle marche de découvertes
on ddcouvorlos avec une étonnante rapidité, et il n'est presque point de branches des cou naissances liinnainos qui n'éiirouvent son heureuse influence.
Nous avons vu que le point de dé[)art avait été une théorie en apparence fort simple do la combustion. Cette théorie fut un service immense rendu à l'humanité. En effet, c'est à la découverte de l'oxyséne que se rattachent la connaissance de la constitution de l'atmosphère, l'explication des venls, de la rosée, de la [iluie, de la grôle, de la neige, de tous les phénomènes météorologiques ramenés à un travail de composition et de décomposition dont la Chimie dévoile les causes, analyse les résultats. C'est h elle que nous devons rapporter les progrès de la géologie (1) et ceux de la minéralogie, puisqu'elle nous a fourni les moyens de reconnaître, de distinguer et de classer d'une manière rationnelle les substances minérales dont se compose l'écorce solide de notre planète. Enfin, l'extraction des métaux, cette opération si importante, l'exploitation avantageuse d'industries et de fabriques sans nombre, se lient à cette découverte de la manière la plus étroite. On ne doit point hésiter h lui attribuer le dévclofipoment immense qu'a pris depuis lors le bien-être matériel des nations, et l'on peut dire que l'homme en a reçu une augmentation de puissance considérable.
Chacune des découvertes ultérieures de la Chimie a eu pour résultat des effiUs analogues : chaque application nouvelle de ses lois, de quelque nature (juclle soit, apporte un bienfait aux peuples, accroît la somme de leur force et de leur prospérité.
Comparés entre eux, les corps présentent des analogies ou des d>;fférences sous le rapport de la forme ainsi que sous celui des propriétés. Celles-ci éprouvent des changements par le contact d'autres corps et se modifient suivant le mode d'arrangement de leurs molécules. Le chimiste étudie ces propriétés, ces modifications si nombreuses et si variées. L'ensemble de toutes ces observations constitue une langue dont chaque mot représente une propriété, une modification dans les corps, que l'expérience a constatée. Suivant la disposition qu'elles alîectent, les mômes quantités d'éléments identiques donneront naissance à un poison, à un aliment, à un corps volatil ou à un corps inaltérable à l'acfioa du feu.
Le chimiste interroge un minéral : le langage des phénomènes qui se manifestent lui révèle que ce minéral contient du soufre, du fer, du chrome, de la silice, de l'alumine, disposés d'une certaine manière, ou bien il lui répond par tout autre mot de la langue chimique. Voilà Vanahjse chimique.
Celte langue des phénomènes, dans laquelle le chimiste est devenu habile, le conduit à des combinaisons d'où découle une infinité d'applications utiles. La connaissance de ces combinaisons est une source d'améliorations pour les arts et l'industrie, pour la métallurgie et la préparation des médicaments. Ainsi, par exemple, le chimiste analyse l'outremer, puis il eu traduit le mot ou la formule analytique en phénomène, c'est-à-dire qu'il donne
(1) « Il nous est donné maintenant, si nous voulons objet d'un plan et d'une prévoyance à part, a été
atwrder ITiisioire naturelle de noire glotte, de nous mise en liarmonie parfaite avec les conditions diver-
appuyer, non-seulement sur les brancties les plus ses de la vie terrestre ou aquatique pour laquelle
transcendantes des sciences pliysiques, mais aussi elle avait été faite. Enfin, elle démontre que les
sur les découvertes récentes, dune bien plus haute ariangements primordiaux dos éléments inorganiques
importance pour nous, qui viennent d'être failes en ont été faits en vue de leur emploi dans la eomposi-
minéralogie, en chimie, en botanique, en zoologie, lion des corps organisés, animaux et végétaux actuel-
en analoniie comparée. Aidés de ces secours, si nous lenient existants, et surtout en vue de leur utilité
venons à creuser le sein de la terre, nous y irouve- pour l'espèce humaine.
rons écrites, en caractères accessibles à noire iniel- « C'est à l'aide de ces divers témoignages que se
ligence, les annales de la formation du globe, la où reconstruit l'histoire des travaux du toiu-puissant
ceux qui nous précédèrent ne rencontrèrent qu'un Auteur de l'univers, histoire aussi grande par l'éié-
livre fermé d'un sceau que tous leurs eilorts ne pu- vaiion des sujets qu'elle embrasse que par la haute
reni briser. Ainsi débarrassée du bandeau qui obscur- antiquité à laquelle elle remonte, et que Dieu lui-
cissait sa vue, et maîtresse de parcourir en tous sens même a tracée de son doigt dans les fondements
1 horizon immense qui s'étend autour d'elle, la géo- des nionlagiies cIiTiielles. i Buckland, Géologie et
logie embrasse plus eu surface et eu profondeur Minéral., l. I, p. 6. — Dans notre Nouveau Traité
qu'aucune autre science physique, l'astronomie siule des sciences géologiques, cotisidérées dans leurs rap-
exceplée. Car outre qu'elle comprend l'étude cnlière ports avec lu Religion, nous avons essayé de faire
du règne minéral, c'est à elle qu'appartient l'histoire ressortir les harmonies du plan du Créateur dans
des iiuiombrables races éteintes tant du règne animal l'organisation de la terre, (jue du règne végétal. Elle fait voir que chacune.
JA liNTRODUCTlON. Vk
la fonmilo qiio l'on dovra suivre iiour roprotluice arlilicielloment celle subslance. Voilà la l'Iilinii' (ipiiliquee.
Il n'est guère de questions posées par les arls, l'industrie ou par la physioloyio, aux- <|iu'lles laGliimio sc.iontiliquo n ait donné une ri^ponse salisluisanto. Elle a opûré en moins U'ini lifuii-sii-clo un clunij^oiuont considéiabio dans presque Iolis les piocédûs dus art.s ; l'extraction des métaux, leur purilication, leurs combinaisons un divers alliages dans un but irntilité ou d'agrément, leur conservation, ta fabrication du verre, de la porcelaine, la tannerie, la teinture et le lilaneliissagc des tissus, la labrication du savon et du sucre, l'éclairage par le gaz, le chauffage par la vapeur, dont la mécanique a su tirer nu si grand parti, l'invention d(î la lanii)o do srti'oté, la distillation, la transformation en iiroduils utiles de tous les produits inutiles ou malfaisants, en un mot, presque toutes les innovations do l'industrie ont trouvé dans la Chimie moderne leur origine, leur (lambeau et leur point d'appui
Applicjuée à l'analyse des plantes et à l'économie animale, elle étudie les principes des corp:> vivants, elle en décompose les produits pour y reconnaître leur ordre de composition, s'efforce d'expliquer leur nature intime, leurs formations, leurs rapports, et travaille sans cesse à chercher le mot du grand problème de la vie.
Comment les végétaux et les animaux peuvent-ils créer, dans l'intérieur de leurs organes, avec le concours de quatre ou cinq principes élémentaires seulement, cette multitude do composés dont la constitution et les propriétés chimiques sont si distinctes? Par quels moyens puisent-ils dans le sol et tirent-ils de l'atmosphère les éléments convenables pour engendrer la fibre ligneuse ou musculaire, les huiles ou les graisses, le sucre, la gomou-, l'amidon, etc., composés qui ne diffèrent les uns des autres que par des variations souvent insignifiantes dans les trois, quatre ou cinq éléments qui les constituent essentiellement ? Comment le pavot, la jusquiame, la ciguë, la morelle, tirent-ils leurs poisons du même terrain où le blé, la pomme de terre, le haricot, le pommier, ne trovivent cjue des matériaux salutaires et nourrissants?... Dieu seul connaît le secret de ces transformations successives et merveilleuses par lesquelles passent les éléments inorganiques pour constituer la trame des organes des êtres vivants, aussi bien ciue les nombreux produits qui s'y accumulent incessamment. Et, comme l'a dit avec tant de raison le célèbre BerzéUus, tout cela s'opère, non comme un effet du hasard, mais avec une variété admirable, avec une sagesse extrême. « Tout ce qui tient à la nature organique annonce un but sage, et se distingue comme production d'un entendement supérieur... Cependant plus d'une l'ois une philosophie bornée a prétendu être profonde, en admettant que toïft était l'œuvre du hasard... Mais cette philosophie n'a pas compris que ce qu'elle désigne, dans la nature morte, sous le nom de hasard, est une chose physiquement impossible. Tous les effets naissent de causes, ou sont produits par des forces ; ces dernières (semblables aux désirs) tendent k se mettre en activité et îi se satisfaire, pour arriver à un état de repos qui ne saurait être troublé, et qui no peut être sujet à quelque chose qui réponde à notre idée du hasard. Nous ne voyons pas comment cette tendance de la matière inorganique à parvenir dans un état de repos et d'indifférence, par le désir de se saturer que possèdent les forces réciproques, sert à la maintenir, dans une activité continuelle; mais nous voyons cette régularité calculée dans le mouvement des mondes. Nos recherches nous conduisent tous les jours à de nouvelles connaissances sur la construction admirable des corps organiques, et il sera toujours plus honorable pour nous d'admirer la sagesse que nous ne pouvons suivre, que de vouloir nous élever, avec une arrogance philosophique et par des raisonnements chétifs, à une connaissance supposée des choses qui seront probablement îi jamais hors de la portée de notre entendement (1). »
L'objet le plus élevé de la Chimie , son but suprême , est de rechercher lés causes des phénomènes naturels, de leurs variations, les lois qui les régissent. L'ensemble et la coordination de tous les résultats recueiUis et vérifiés oar l'observation constituent ce qu'où appelle une théorie.
(1) Berzclius, Jiaitdrfe Ckimie, t. 'V, p. 5.,
25 INTRODUCTION. ïi
Autrefois la Chimie se réduisait à l'art d'expérimenter, découvert d'une manière empirique et réduit en règles. Aujourd'hui l'art do rex[)érimentation a perdu de son importance. Toutes ces méthodes, tous ces procédés, toutes ces mesures de précaution, auxquels on avait recours dans l'enfance de la Chimie, tous ces bizarres attributs du thimiste d'autrefois, ses fourneaux, ses alambics , tout cela n'est plus qu'un pur objet de curiosité, tout cela ne s'apprend plus , mais se comprend de soi-même, parce que l'on connaît les causes qui ont rendu nécessaire cette comiilication d'appareils. Aujourd'hui le succès d'une expérience, d'une opération, dépend beaucoup moins de l'habileté mécanique que des connaissances de l'expérimentateur ; sa sagacité a remplacé la dextérité : c'est l'organe intellectuel qui maintenant préside à toutes les découvertes chimiques
■' La physiologie, la médecine, la géologie, la physique expérimentale, voilà les régions encore en partie inexplorées dont le chimiste aspire à découvrir les lois. Nos grands physiologistes trahissent à chaque parole leur conviction intime. La science des formes extérieures ne les satisfait plus : ils sont convaincus de l'importance et de la nécessité de pénétrer plus profondément, plus intimement dans la nature de l'organisme, afin de l'étudier chimiquement. Et pourtant, sans la physiologie , qu'est-ce que la médecine, sinon un art purement empirique , n'ayant d'autres règles que les résultats de l'empirisme, s'occupant seulement de savoir ce qui a réussi ou échoué dans tel ou tel cas particulier , sans s'inquiéter des causes des phénomènes ?
Pour juger les états anormaux et morbides de l'organisme humain, quel secours ne puiserions-nous pas dans une notion suffisamment exacte de ses états normaux , dans l'idée parfaitement' nette des phénomènes de la digestion, de l'assimilation et de la sécrétion? Quelles modifications n'en recevrait pas le traitement des maladies? En l'absence de toute idée exacte de force , de cause et d'etïet , de toute vue pratique sur la nature des phénomènes, en l'absence de toute notion solide en physiologie ou en Chimie , doit-on s'étonner de voir des hommes, d'ailleurs intelligents, défendre les opinions les plus contradictoires? Les idées les plus radicalement impossibles ne leur coûtent rien k émettre , et le moi force vitale, par exemple, sera pour eux le mot merveilleux qui réjiondra à tout, qui expliquera tous les phénomènes qu'ils ne pourront comiirendre. On ne pénétrera jamais le mystère de la force vitale qu'ensuivant scrupuleusement la route qui a conduit la physique et la Chimie à de si grands résultats.
Parlant de l'électricité, de son rôle si longtemps inconnu dans les phénomènes naturels, et assurément un des états de la matière le moins accessible aux yeux du corps et de l'esprit, un savant chimiste s'exprime ainsi :"
« Depuis la naissance de la physique , des milliers d'années se sont écoulées avant que l'esprit humain se fût seulement douté de la force immense , gigantesque , qui concourt îi tous les changements dont la nature inorganique est le théâtre , et à tous les phénomènes que présente la vie des végétaux et des animaux.
« A la suite d'infatigables recherches, et grâce à un courage que n'ont pu rebuter des difficultés sans nombre , le physicien a fini par se familiariser avec la force dont nous parlons, et par en faire sa servante. Il sait aujourd'hui que l'électricité , le calorique , la lumière et le magnétisme sont pour ainsi dire les filles d'une môme mère ; c'est l'électricité qui l'a aidé à soumettre et à maîtriser ses sœurs. Par son secours, il trace à la foudre le chemin qu'elle doit parcourir , il arrache les métaux précieux de leurs mines les plus pauvres ; c'est à elle qu'il doit d'avoir pu pénétrer la véritable nature des éléments qui coin posent notre globe ; enfin, avec son aide, il fait marcher les navires et multiplie les arts. »
Puis, s'élevant à des considérations pleines de justesse sur l'art d'observer, Liebig ajoute :
« Lne force ne tomlje ni sous le sens de la vue ni sous celui du toucher. Pour la connaître dans son essence et dans ses propriétés caractéristiques , nous devons étudier ses manifestations et ses effets. Mais la simple observation ne saurait suffire , car l'erreur est toujours h la surface, et il faut fouiller plus profondément pour découvrir la vérité. Quand nous envisageons un phénomène sous un faux point de vue , quand nous le classons et 'interprétons mal , nous appelons cela commetlre une erreur ; mais il est un moyen de
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so mettre à l'abri do l'erreur : il consiste à v( rilior oxpériracntalement nos conceptions , nos iiiterprélations du phénomène observe^. 11 faut, aliii de démontrer leur exactitude, rci-iMiiiaitnî d'.'ibonl les conditions au milieu destiuclles so produit lo phénomène ; puis , ces cundilions une l'ois reconnues , il faut les changer ; entia , l'inlluenco de ce cliangemenl doit laire l'objet do nouvelles observations : i)ar ce moyen, la première observation , si elle est (^xaelo, so trouve conlirniée et acquiert une évidenets coniplèti;. lUen ne doit être abandonné il l'imagination , à l'arbitraire. C'est par les faits , par les phénomènes à l'étude et ^ la reciierchc desquels il s'est voué, que le véritable investigateur explique ses idées ; il laisse les faits parler pour lui. 11 n'est pas de pliénomèno qui , pris isolément , s'explique de luimême ; on ne le connaît et on ne le com[)rend bien que lorsqu'il se trouve rattaché et coordoiuié à d'autres faits bien observés. N'oublions jamais que tout phénomène a sa raison, et que tout efl'ct a sa cause.
« L'iiypotlièso suivant laquelle a force créatrice de la nature serait capable de produire sans semences toutes les espèces de végétaux et môme certains animaux , c'est-à-dire de les faire naître de terres décomposées et de matières végétales en putréfaction ; l'horreur du vide, l'esprit recteur, la supposition singuli'èi'e que l'organisme animal vivant possède la faculté de fabriquer du fer et du phosphore , toutes ces rêveries sont les résultats naturels de rectierches incomplètes ; ce sont des fdles de l'ignoranco ou de la paresse incapable do remonter à l'origine et aux causes des phénomènes. Des milliers d'observations qui ne sont pas liées et coordonnées entre elles n'ont pas plus de valeur qu'une observation unique et isolée; elles ne prouvent rien. Nous n'avons aucun droit de faire intervenir notre imagination et d'i/Tventer des causes hypothétiques, lorsque nous échouons dans la recherche des causes réelles et venons nous briser contre les écueils de la route. Ainsi, quand aous voyons les infusoires naître d'œufs , il ne nous reste plus qu'à rechercher de quelle manière ces œufs se disséminent partout.
« Du moment où. nous abandonnons les rênes à notre imagination et lui reconnaissons le :iroit de résoudre les questions demeurées sans réponse , il n'y a plus d'investigation scientifique : nous n'avons plus aucun moyen do découvrir la vérité. Cependant ce ne serait là que lo moindre mal : le pire de tout, c'est qu'en général l'imagination met à la place ie la vérité un monstre entêté , méchant et Jaloux, je veux dire l'erreur, qui se place au- Jevant d'elle , cherche à lui barrer le chemin , lutte avec acharnemont contre elle , et s'efforce de l'anéantir. Voilà ce que nous voyons dans toutes les sciences où on laisse les opinions se substituer aux preuves et prendre l'autorité de démonstrations positives. Lorsque, reconnaissant notre impuissance, nous confessons que nos moyens actuels sont insuffisants pour résoudre une question et ne peuvent expliquer un phénomène , eh bien 1 c'est un problème que nous léguons à nos successeurs : des milliers d'hommes peut-être y useront leurs forces, mais tôt ou tard le problème sera résolu.
« Les explications satisfont l'esprit , et l'erreur tenue pour vraie procure le repos à son activité, tout aussi bien que le ferait la vérité elle-même.
« Qu'il se présente des millions de cas , l'imagination créera des millions d'erreurs : or, rien n'est plus nuisible au progrès des sciences , rien ne s'oppose davantage à la lumière qu'une vieille erreur ; car il est infiniment difficile de réfuter une doctrine fausse , par la raison précisément qu'elle s'appuie sur la conviction que le faux est la vérité. »
C'est procéder d'une manière tout à fait irrationnelle en physiologie que de prétendre expliquer les phénomènes de la formation des tissus, de la nutrition et de la sécrétion dans l'organisme, avant de connaître l'aliment et les sources d'où il provient, avant d'avoir soumis l'albumine, le caséum , le sang , la bile, la substance cérébrale, etc., à des expériences rigoureuses. 11 faut d'abord étudier les propriétés de ces substances et leur manière de se comporter , connaître les métamorphoses qu'elles éprouvent quand on les met en contact avec d'autres corps. ,
« La cause des phénomènes vitaux, ajoute l'observateur profond que nous citions tout à l'heure, est une force qui n'agit pas à une distance qu'on puisse mesurer, et dont l'aclivité ne se manifeste qu'au moment où la nourriture et le sang entrent en contact immédiat avec les organes destinés à les recevoir ou à les transformer. 11 en est absolument de
môme de la force chimique ; il n existo pas dans la nature de causes génératrices do mouvement ou de changement; il n'y a pas de forces plus voisines entre elles que la force chimique et la force vitale. Nous savons qu'il se produit des réactions chimiques toutes les fois que des corps, en s^éuéral, de nature différente, se touchent; or, ce serait aller conke toutes les règles delà méthode admise dans les sciences naturelles, que de supposer qu'une des forces les plus puissantes de la nature ne prend aucune part aux actes de l'organisme vivant, quoique toutes les conditions, sous l'influence desquelles son action se manifeste, s'y trouvent précisément réunies. Bien loin que nous ayons des motifs d'admettre (jue la force chimique se suhordonne à la force vitale à mesure que ses effets échappent davantage à notre ohservation, nous voyons, au contraire, la force chimique de l'oxygène, par exemple, en pleine activité à tous les instants. Ainsi, i'urée, l'allantoine, l'acide des fourmis et des coléoptères aquatiques, l'acide oxalique, l'huile volatile de la racine de valériane, l'huile de la fleur du Spirea ulmaria, l'huile volatile du Gualteria procumbens, sont bien des produits qui se forment pendant la vie; mais, pour cela, sommes-nous en droit de dire que ce sont des produits de la force vitale?
K Nous pouvons, au moyen de la force chimique, créer toutes ces combinaisons. Avec les excréments des serpents et des oiseaux, la Chimie produit la substance cristalline que renferme le liquide allantoïque de la vache ; avec du sang carbonisé nous faisons de l'urée ; avec de la sciure de bois nous faisons du sucre, de l'acide formique, de l'acide oxalique; avec de l'écorce de saule, nous fabriquons de l'huile volatile de Spirea nlmaria et de l'huile de Gualteria; enfin, de la pomme de terre nous pouvons retirer de l'huile de racine de valériane. ^
« Ce sont là des faits qui sulTisent pour nous donner l'espoir qu'un jour nous réussirons à produire la quinine et la morphine, ainsi que les combinaisons qui constituent l'albumine et la fibre musculaire.
« Distinguons les effets de la force chimique de ceux qui appartiennent à la force vitale, et alors nous nous trouverons sur la voie qui peut nous conduire à pénétrer la nature de celle-ci. Jamais la Chimie ne sera en état de faire un œil, un cheveu, une feuille. Nous savons seulement d'une manière certaine que la production de l'acide prussiqu^ et do l'huile d'amandes amères dans les amandes qui ont celle saveur, de l'huile essentielle de moutarde et de la sinapine dans la moutarde, du sucre dans les semences en germination, est un résultat dedicûiaipûsilion cliimique; nous voyons qu'avec le secours d'un peu d'acide nhlorhjdriq^e un estomac de veau mort agit absolument comme un estomac vivant sur la chair musculaire et sur l'albumine coagulée par la cuisson; qu'il dissout ces deux substances, en un mot, qu'il les digère. Ce sont là autant de faits qui nous autorisent à conclure qu'eu suivant la voie de l'observation nous arriverons à nous faire une idée claire des métamorphoses que les aliments subissent au sein de l'organisme ainsi que de l'action des médicaments. »
Rechercher ce qu'il y a de physique et de chimique dans les phénomènes de la vie est une étude de la plus haute importance, et qui a attiré depuis longtemps l'attention des physiologistes; mais il est probable que leurs investigations auraient été plus fructueuses, . s'ils eussent possédé des connaissances suffisantes en physique, pour les diriger dans un travail de cette nature, qui est hérissé des plus grandes difficultés. On conçoit très-bien que l'on puisse facilement s'égarer, surtout si l'on anive avec des idées déjà arrêtées sur la cause des phénomènes. Celui qui attache une trop grande importance aux forces physiques ou chiifli(|ues ne voit dans la vie que des résultats de l'attraction ou des affinités. C'est ainsi que Tournefort a comparé l'accroissement des plantes à celui des minéraux, et que Malebranche a confondu l'organisation des animaux avec celles des machines. D'un autre côté, quelques physiologistes n'ont voulu voir et ne voient encore que des forces particulières, sui yeneris, dans lesqueUesles forces physiques ou chimiques n'interviennent en rien. La vérité se trouve probablement entre ces deuv extrêmes ; aussi est-il indispensable de rechercher dans les phénomènes do la vie la part des forces physiques et chimiques, et celle qui est due aux forces vitales.
Nous avons parlé longuement de la Chimie et de ses lois; mais il est une autre science
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dont nous tlovons dini (|iiol(juosiuol.s on loiiiiiuiini, imisquo nous en avons étudié les principes dans co Diclionuaiio, ut quu nous y avons dci rit lus substances les plus iiuporlunlus dont ollo s'ouuiyie : nouji voulons imiler du la Minéralogie
Lu monde souterrain a ses merveiUos, non moins surprenantes que celles qui nous frap-t pont dans lo spuulaulo des plantes et dos animaux, ou dans la conteuii)iation des asires qui rayonnent au lirniauient.
l'our les personnes élrangèros à l'étude des sciences naturelles, c'est un sujet d'étonno • uient et d'adniiralion cpie ces formes régulières et variées sous lesquelles se i)résenteut les sulislauces minérales, cristallisées naturellement. Ces i'ormes identiques au\ solides polyédriques de la géométrie, otl'rent des faces, des arôtes et des angles tellement bien délinis, qu'elles semblent être le produit de l'industrie humaine et avoir été travaillées par le lapitlaire. La cristallisation a lieu toutes les fois que les particules destinées à former un solide, étant d'al)ord écartées les unes des autres, sont ensuite parfaitement libres de se réunir lentement et suivant les lois naturelles, sans qu'aucune action mécanique vienne déranger l'intluence de ces lois. On connaît trois moyens généraux de donner lieu à ces circonstances nécessaires : l'un est la dissolution, l'autre la volatilisation, le troisième la fusion.
Tout minéral est couqiosé de molécules d'une petitesse extrême, et ])ourtaut com])osécs elles-mêmes d'autres molécules encore plus petites, se combinant suivant des proportions lixcs et définies, et possédant, d'après ce qu'indiquent tous les moyens d'analyse qu'on leur fait subir, des ligures géométriques déterminées; et loin que ces combinaisons et ces ligures paraissent être des résultats fortuits du hasard, elles sont coordonnées au contraire scivant les lois les plus précises et dans les proportions les plus mathématiquement exactes. « Ainsi, dit un célèbre physicien et le premier des cristallographes, au lieu qu'une étude superficielle des cristaux n'y laissait voir que des singularités de la nature, une étude approfondie nous conduit à cette conséquence que le môme Dieu, dont la jiuissance et la sagesse ont soumis la course des astres à des lois qui ne se démentent jamais, en a aussi étaltli auxquelles ont obéi avec la môme fidélité les molécules qui se sont réunies pour donner naissance aux corps cachés dans les retraites du globe que nous habitons (1). »
Le phénomène de la cristallisation nous fournit un argument décisif contre l'opinion qui veut que le globe terrestre ait existé de toute éternité dans l'état où nous le voyons. L'analyse chimique démontre que les substances minérales sont composées d'autres substances qui les ont précédées en existence à un état de plus grande simiilicité avant de se combiner pour former les minéraux ou roches cristallines qui constituent aujourd'hui l'écorce de notre globe. Ainsi, par exemple, le granit est composé de trois minéraux simples et dissemblables entre eux, le quartz, le feldspath et le mica, dont chacun offre oertaines combinaisons régulières de forme extérieure et de structure interne, en même temps que certaines propriétés physiques qui lui sont propres. Mais ces trois minéraux sont eux-mêmes composés de substances plus simples encore ou de molécules élémentaires. Ainsi le quartz est composé de silicium et d'oxygène, deux corps simples ou derniers atomes de la matière. Il est donc évident qu'il fut un temps où les roches cristallines, qui forment l'enveloppe de notre planète, n'étaient pas encore dans les conditions où nous les voyons aujourd'hui, et par conséquent il n'en est aucune qui puisse avoir existé de toute éternité sur le point oii nous la rencontrons à l'époque actuelle.
Un savant académicien, et le premier des minéralogistes de notre époque, M. Boudant, a présenté la Minéralogie comme la source première des progrès de la civilisation et de ceux des sciences et des arts. Cette assertion n'a rien d'exagéré. On sait qu'une des plus belles et des plus étonnantes découvertes qui aient été faites, c'est celle de la pesanteur de l'air et la détermination de la pression atmosphérique. Sans la connaissance du mercure, Pascal n'y fût jamais parvenu. Sans ce métal aussi un grand nombre de gaz seraient demeurés inconnus.
A quoi les Davy, les Arago, les Ampère, les Ber/élius, les Gay-Lussac, les Thénard, les
{i)llMy, Tableau comparatif des résultats de la cristallographie et de l'analyse chimique, p. 11.
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Becquerel, etc., doivent-ils leurs plus brillantes découvertes? Ï^Tost-ce pas à l'appareil connu sous le nom de Pili" de Volta, « le plus merveilleux instrument, dit M. Arngo, que les liorames aient jamais inventé, sans en excepter le télescope et la machine à vapeur? s Eh bien! sans le zinc, Galvani et Volta n'auraient point inventé la pile.
Sans l'oxyde de manganèse nous n'aurions ni le chlore, ni les chlorures de chaux et de soude, qui sont une des plus précieuses acquisitions que la médecine et les arts aient laites. Sans les minéraux, l'art du teinturier serait encore dans l'enfance. L'architecture doit à te Minéralogie ses matériaux; l'agriculture, ses amendements; la chimie ses agents les plus énergiques ; la physique et la chirurgie, la plupart de leurs instruments ; enfin, les arts, en général, lui doivent presque tout ce qui concourt à leur perfectionnement.
De combien de provisions et de matériaux les hommes n'ont-ils pas besoin pour se loger convenablement ! Dieu pouvait placer ces matériaux à la surface de la terre, en sorte qu'ils se présentassent partout sous notre main; mais alors la terre en eût été encombrée. Il n'en est point ainsi ; notre séjour s'en trouve heureusement débarrassé ; la surface de la terre est libre ; elle a été mise en état d'être cu-ltivée et parcourue sans obstacle par ses habitants. Les métaux, les pierres, une infinité d'autres matières que nous mettons sans cesse en œuvre et qui devaient servir à des ouvrages toujours nouveaux dans la longue durée des siècles, ont été renfermés sous nos pieds dans de vastes souterrains où nous les trouvons au besoin. Ces matières ne sont point cachées à une profondeur qui nous les rende inaccessibles, mais elles ont été rapprochées à dessein vers la surface, et logées sous une voûte assez épaisse pour suffire au support et à la nourriture des plantes et des animaux, et assez mince pour être percée, quand il est nécessaire ; en sorte que l'homme puisse descendre, quand il veut, dans le magasin des provisions sans nombre qui ont été préparées pour son service. Nous recevons tout le profit do cette économie qui a si bien fait valoir le dehors et l'intérieur de notre séjour ; c'est un double présent qui nous a été fait dans un môme terrain. Qui ne serait touché des soins de cette Providence bienveillante qui ne nous perd jamais de vue, et qui, en répandant la fertilité et l'agrément sur les dehors de notre demeure, en a partagé l'intérieur en une infn>ité de couches où elle a logé, comme dans des tablettes, les richesses dont elle nous a pourvus sans nous embarrasser I
Une preuve bien frappante de cette attention de la Providence se manifeste dans l'ensevelissenîent et la disposition de ces immenses amas de combustibles connus sous le nom de houille ou charbon de terre, d'anthracite, etc. Les naturalistes sont d'accord sur l'origine végétale de ces substances ; ils ne diffèrent entre eux que dans l'explication du fait. Arrachées au sol qui les avait vues naître par les tempêtes et les inondations d'un climat chaud et humide, ces plantes furent entraînées dans un lac, dans un golfe ou dans quelque mer peu éloignée. Là, après avoir flotté à la surface jusqu'à ce que, saturées par l'eau, elles soient tombées au fond, elles y ont été enveloppées par les détritus des terres adjacentes, et, changeant de condition, elles ont pris place parmi les minéraux. Depuis lors elles sont demeurées longtemps dans leur sépulture, où, soumises à une longue série d'actions chimiques et à de nouvelles combinaisons dans leurs éléments végétaux, elles ont passé k la forme minérale de la houille. Puis l'expansion des feux internes a soulevé ces lits du fond des eaux pour les élever à la position qu'ils occupent maintenant sur les montagnes et les collines, où l'industrie, brisant leur linceul de pierre , va les chercher pour les mettre.au service des besoins et du bien-être de l'espèce humaine. Aujourd'hui nous préparons nos repas, nous alimentons nos forges, .nos fourneaux, nos machines à vapeur, avec les dépouilles de ces végétaux de formes primitives et d'espèces éteintes, qui ont été, à des périodes reculées, balajés de la surface du globe.
I-.a disposition de ces restes précieux d'un monde ancien dans des conditions qui nous en permettent l'exploitation, nous démontre que l'état actuel de celte portion de la croûte du globe est une œuvre de prévoyance et de sagesse. Il ne suffisait pas, en effet, que ces débris végétaux fussent entraînés de leurs forêts natales, et ensevelis au fond des lacs et des mers primitives pour y être convertis en houille, il fallait en outre que des changements de niveau d'une grande étendue vinssent soulever et convertir en terres habitables
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ces couches où gisaient tant do richesses qui n'eussent ou aucune utilité tant qu'elles • seraient demeurées ensevelies dans les profondeurs iriaeccssijjles où elles s'étaient entassées. De ces soulèveuicnts en collines ou montagnes variant entre elles parleur hauteur, leur direction, ou leur degré divers de continuité, il est résulté une série do dépressions irrégulières ou bassins séparés les uns des autres, de chaque côté desquels les couches lilongent, [lar une pente plus ou moins rapide, vers les vallées qui séparent chaque chaîne. l.es couches carbonifères viennent ainsi toutes îi la surface, sur la circonférence de chaque bassin, ce qui permet à l'homme d'y ])énétrer en y creusant des mines sur i)resque tous les points de leur étendue, et d'en extraire abondamment ces puissants éléments d'art et d'industrie. L'étude des plantes fossiles, les détails mervedleux d'organisation que le microscope découvre dans ce qui n'est pour les yeux, abandonnés à eux-mêmes, (ju'un bloc informe de houille, nous démontrent la constance avec laquelle les mômes moyens ont été employés pour arriver aux mêmes fins dans toute la série des créations diverses qui ont modifié les formes végétales. Ces combinaisons d'arrangements, qui varient avec les diverses conditions du globe, prouvent l'existence d'un architecte par l'existence d'un plan. En voyant la connexion des parties et l'unité du but pour lequel elles ont été faites, dans ce tout si vaste et si complexe, et en même temps si harmonieux, nous sommes conduits à conclure que c'est une Intelligence unique et toujours la même qui a créé et qui maintient toutes ces admirables dispositions.
Que dirons-nous de l'importance des métaux pour l'espèce humaine et des usages divers auxquels on les emploie ? Sans eux, toute culture et toute civilisation seraient impossibles ; il n'y aurait ni charrues, ni faux, ni bêches, ni serpes, et par conséquent point d'agriculture, point de récoltes, point de jardinage, point de grelîe ni de culture des arbres, point d'ustensiles ni de meubles de ménage, point de maisons commodes ni d'édifices publics, point de vaisseaux ni de navigation. Il est remarquable que, parmi les métaux, ceux qui sont d'un usage plus fréquent et plus nécessaire, comme le fer, le cuivi-e, le plomb, sont aussi ceux qui se rencontrent en plus grande abondance dans la nature.
Tous les métaux ont des propriétés qui nous les rendent précieux ; mais le plus vil de tous, le plus grossier, le plus plein d'alliage, le plus triste en sa couleur, le plus sujet à s'altérer par la rouille, en un mot le fer, est réellement le plus utile de tous. 11 a une qualité qui, seule, suftit pour le relever et le placer au premier rang; il est de tous le plus dur et le plus tenace ; trempé chaud dans l'eau froide, il acquiert une augmentation do dureté qui rend ses services sûrs et permanents. Par cette dureté qui résiste aux plus grands efforts, il est le défenseur de nos demeures et le dépositaire de tout ce qui nous est cher. En unissant inséparablement les bois et les pierres, il met nos personnes à couvert des intempéries des saisons et des entreprises des voleurs. Les pierreries et l'or môme ne sont en sûreté que sous la garde du fer. C'est le fer qui fournit à la navigation, aux charrois, à l'horlogerie, à tous les arts mécaniques et libéraux, les outils dont ils ont besoin pour abattre, affeimir, creuser, tailler, limer, pour embellir, pour produire en un mot toutes les commodités de la vie. En vain aurions-nous de l'or, de l'argent et d'autres métaux, s'il nous manquait du fer pour les fabriquer : ils mollissent tous les uns contre les autres. Le fer seul les traite impérieusement et les dompte sans lléchir. De cette multitude innombrable d'objets, de meubles, de maciiines, qui nous olfrent leurs services, il n'y en a peut-être pas un qui ne soit redevable au fer de laforme qu'ila prise pour nous servir. Vous pouvez àprésent faire le juste discernement du mérite du fer d'avec celui des autres métaux : ceux-ci nous sont d'une extrême commodité, il n'y a que le fer qui nous soit d'une indispensable nécessité.
La complaisance du Créateur pour l'homme, si marquée dans les excellentes qualités des métaux qu'il a placés pour nous sur la terre, se montre encore évidemment dans la juste proportion qu'd a mise entre la quantité de ces métaux et la mesure de nos besoins. Si un homme avait été chargé de créer les métaux et do les distribuer au genre humain, il n'aurait pas manqué de répandre plus d'or que de for ; il aurait cru illustrer sa libéralité en donnant avec réserve le métal le plus méprisable et en prodiguant les métaux que nous admi ■ rons. Dieu a iait tout le contraire. Comme le mérite et la grande commodité de l'or proviennent de sa rareté, Dieu nous l'a donné avec économie, et cette épargne, dont l'ingra-
titude se plaint, est un nouveau présent. Le xer entre généralement dans tous les besoins de notre vie, c'est pour nous mettre en état d'y pourvoir sans peine qu'il a mis le fer par tout sous notre main. Ainsi nulle ostentation dans sus dons. Le caractère de la véritable libéralité est d'étudier, non ce qui peut faire un vain honneur à la inaiu qui donne, mais ce qui est solidement avantageux à celui qui reçoit.
Parmi les preuves sans nombre que l'on peut produire pour démontrer l'existence d'un plan rempli de bienveillance et de sagesse dans l'économie de {notre globe, celles que l'on tire de la position môme qu'occupent les métaux dans le sein de la terre méritent surtout de fixer notre attention. Si les métaux avaient été répandus abondamment dans les terrains de toutes les formations, ils auraient nui à la végétation ; s'ils avaient été disséminés par petites quantités dans la substance même des couches, leur extraction eût été trop dispendieuse. Tous CCS inconvéuients ont été prévenus par la disposition actuelle. L'action vio- ..ente des commotions souterraines et des forces perturbatrices sur l'écorce du globe a produit dans les roches des déchirements ou Assures, des fentes et des crevasses qui sont devenues comme autant de réservoirs où se sont rassemblés, à la portée de l'homme, les minéraux métalliques.
La formation de ces dépôts minéraux, le mécanisme des fdons qui les contiennent, cit la disposition qui leur a été donnée, les proportions relatives suivant lesquelles ces substan ces ont été réparties, les mesures qui ont é!é prises pour les rendre accessibles, moyennant certaines dépenses, à l'industrie de l'homme, et pour les mettre à l'abri d'un gas[>illage insensé et d'une destruction occasionnée par les agents naturels, la disposition plus gé nérale de ceux de ces métaux qui sont les plus importants, et la rareté comparative de ceux qui le sont mohis ; enlin, les soins qui ont été pris pour placer à notre portée les moyens de réduire h l'état métallique les minerais qui les renferment : voilà autant d'arguments qui nous autorisent à conclure qu'il dut entrer dans les desseins du Créateur, à l'époque où il déchaîna les forces physiques auxquelles les filons métalliques doivent leur origine, un souci providentiel des besoins et du bien-être de la créature qu'il devait former à son image, et à laquelle il destinait la terre pour domaine. Nous ne pouvons porter les yeux en haut, ni faire un pas sur la terre, ni creuser sous nos pieds, que nous ne trouvions partout des richesses (jui n'y ont été dis])0sées que pour nous. Nous voyons partout que nous sommes l'objet d'une complaisance tendre qui a prévu tous nos besoins, qui a placé partout de quoi occuper nos mains, exercer notre industrie, exciter notre reconnaissance et notre amour.
Puisque c'est un haut privilège de notre nature, et en même temps un emploi plein de piété de nos facultés, de nous élever jusqu'à la contemplation des beautés merveilleuses qui ont été jetées à profusion dans le monde matériel, et de lire le nom de l'auteur de l'univers là où il s'est plu lui-même à l'inscrire partout sous nos yeux, dans les œuvres sorties de ses mains, faisons servir cette noble contemplation à la glorification du Créateur, et que de nos cœurs, dans un saint enthousiasme, s'échappe un hymne de louanges et de bénédictions.
« Etre au-dessus de tous les êtres 1 cet hommage est le seul qui ne soit point indigne do vous. Quelle langue pourrait vous louer, vous dont toutes les langues ensemble ne sauraient représenter l'idée ? Quel esprit pourrait vous comprendre, vous dont toutes les intelligences réunies ne sauraient atteindre la hauteur? Tout célèbre vos louanges : ce qui parle vous loue par des acclamations ; ce qui est muet, par son silence. Tout révère votre majesté, la nature vivante et la nature morte. A vous s'adressent tous les vœux, toutes les douleurs ; vers vous s'élèvent toutes les prières. Vous êtes la vie de toutes les durées, le centre de tous les mouvements, vous êtes la fin de tout. Tous les noms vous conviennent et aucun ne vous désigne. Seul, dans la nature immense, vous n'avez point de nom. Comment pénétrer jiar delà tous les deux dans votre impénétralde sanctuaire î Soyez-nous favorable. Etre au-dessus de tous les êtres 1 cet hommage est le seul qui ne soit point indigne de vous (i) 1 »
(1) Saint Grégoire de Nazianze, Bymue à Dieu,
DE
CHIIË ET DE 9MERiL0GIl.
ABLETTE.— En 1680, un Français nommé jaquin , faiseur de chapelets , observa que lors(ju'on lave un petit poisson , l'ablHle, l'eau se charge de particules brillantes et argentées, qui se détachent des écailles. Le sédiment de cette eau a le lustre des plus belles perles, ce qui lui donna l'idée de les imiter. Son procédé, qu'on suit encore aujourd'iuii, consiste h jeter les lamelles brillantes de l'ablette dans de l'alcali volatil qi^i les ramollit. Cette liqueur constitue ce qu'on nomme Vcsscnce de perles ou Vessence d'Orient. On insullle de cette liqueur dans des globules de verre, sur les parois desquels les écailles s'appliquent en raison de leur mollesse, leur donnent la propriété de réfléchir la lumière et de la décomposera la manière des 2)erles orientales ou naturelles. 11 faut environ 20,000 ablettes pour faire 500 grammes d'cs^pnce d'Orient. C'est dans la Seine, aux Andelys et à Lamare, dans le département de l'Eure, qu'on pèche la plus grande partie des ablettes nécessaires aux fabricants de fausses perles.
Jaquin a perfectionné l'art d'imiter les perles, mais il n'a pas la gloire de l'invention. Tzetzès nous apprend qu'on a su faire des perles artificiollcs avec u'aulrcs petites perles réduites en poudre, et Massarini dit que de son temps un citoyen de Venise imitait lus perles lines au moyen d'un émail transparent, auquel il donnait la forme nécessaire, et qu'il remplissait d'une matière colorante.
ABUUS PKECATOKIUS. Voy. GLicinRui-